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L’internet mobile va révolutionner nos vies.

par Luc Bretones, représentant Centrales et Essec Alumni pour l’Institut G9+
paru dans Reflets, le magazine de l’Essec – n°84 – janvier-février 2010

Comme au départ d’une lame de fond monumentale, la déformation est juste perceptible par
tous, la ride de surface se propage et se transforme en prenant volume et vitesse.
Pourtant en 1999 déjà, Rick Levine, Christopher Locke, Doc Searls et David Weinberger
écrivaient dans “The Cluetrain Manifesto” : « les marchés sont désormais des réseaux d'individus
connectés les uns aux autres, rendus ainsi plus intelligents, et profondément unis dans un
dialogue. Les marchés sont des conversations ! ». L’interactivité est au cœur des lames de fond
communautaires que décrivent plus récemment Charlene Li et Josh Bernoff dans
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« Groundswell ».
Pas étonnant de constater que parmi les usages les plus en croissance sur le terminal préféré de
l’humanité – le téléphone portable – on trouve les échanges via messagerie et réseaux sociaux.
Certes, parmi les 4,6 milliards d’humains équipés d'un téléphone portable à la fin 2009 - soit
environ 67% de la population mondiale - selon un rapport publié par l'Union Internationale des
Télécommunications (UIT), seule une faible proportion dispose des fameux « smartphones », ces
mobiles évolués qui possèdent des fonctions similaires à celles des assistants personnels, ou
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PDA . Selon IDC, on compterait déjà plus de 450 millions de mobiles connectés au web dans le
monde et que ce nombre doublerait d’ici à 2013, à plus d’un milliard de smartphones connectés.
Dans les pays développés ou en forte croissance économique, la diffusion de ce type de terminal
sera explosive dès 2010 et ce non seulement sur la population active mais aussi sur les
adolescents ou jeunes adultes et sur les séniors.

Ce nouveau couteau suisse universel permet, il est vrai, de téléphoner, payer, accéder à ses
informations personnalisées, se divertir, chercher des informations, utiliser des applications
spécifiques. Et deux éléments majeurs déterminent les usages : la qualité du réseau d’une part,
celle du terminal de l’autre.
Et que de chemin parcouru en moins de vingt ans, depuis le premier gsm dédié à la voix. La
courbe de l’évolution a été ultra-rapide : apparition d’un premier écran avec une puis quelques
lignes pour la rédaction et lecture des sms, intégration des appareils photos, des écrans couleur
ainsi que de la technologie réseau gprs permettant de diffuser des mms, puis du clavier azerty
pour rédiger des mails et enfin du tactile, des microprocesseurs puissants. Côté réseau, les
mobiles basculent aujourd’hui automatiquement sur le meilleur débit disponible entre edge, 3G,

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Groundswell: Winning in a World Transformed by Social Technologies
groundswell : lame de fond
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Sigle signifiant Personal Digital Assistant ou assistant personnel ou ordinateur de poche en français
3G+ en hsdpa et hsupa. Orange, leader du marché en France couvre par exemple aujourd’hui
87% de la population en 3G/3G+.
Côté terminal, parmi les ténors du marché du smartphone, on retrouve selon une étude Gartner
sur le premier trimestre 2009, Nokia en recul avec cependant une large avance en part de
marché à 41,2% contre RIM (BlackBerry) à 19,9%, Apple à 10,8%, HTC à 5,4% puis les autres.
En croissance, Apple met tout le monde d'accord avec 128,3% de croissance suivi par RIM à
67,8%, HTC à 53,3% et les autres sous les 5,5%.
L’i-phone est le grand champion actuel et représente en 2009, selon AdMob, plus de la moitié du
trafic internet mondial généré par les smartphones. Précisément pour les raisons d’usage
évoquées ci-avant et les freins qu’on lui connaît comme l’ergonomie, l’autonomie, la taille de
l’écran, la présence ou non d’un clavier, d’un stylet et bien sûr au-delà du smartphone la qualité
de vitesse et de connexion du réseau. L’i-phone a sû générer une expérience utilisateur simple,
ergonomique sur la base des meilleurs réseaux mondiaux et ce sans se contenter de transposer
les usages fixes de l’internet sur le mobile. Apple capte ainsi 30% des revenus générés par les
dizaines de milliers d’applications disponibles en téléchargement sur son app store.

Cette poussée du smartphone se lit également sur le marché des ordinateurs portables et plus
précisement des netbooks qui passent du rayon du wifi à celui, illimité en distance des réseaux
edge et 3G+. Les particuliers ne sont d’ailleurs pas les seuls à basculer sur ce nomadisme
d’ubiquité permanente. Les entreprises y gagnent évidemment en productivité et réactivité. Les
collaborateurs peuvent rester au contact de l’entreprise (voix, mail, internet, intranet et
applications métiers) et de son écosystème tout en réduisant les temps morts, en s’adaptant aux
grèves des transports et en contribuant autres enjeux actuels de développement durable.

La France dispose d’un potentiel considérable si elle sait exploiter cette révolution en marche.
N’a-t-elle pas été pionnière sur les réseaux par son Minitel bien avant internet puis sur l’internet
social par son taux d’adoption exceptionnel des blogs puis des réseaux sociaux ?
L’internet mobile se fera aussi avec et par nous, et cela se joue maintenant. 8,4 millions de
français l’utilisent déjà, contre seulement 5,3 millions en 2007. Pour autant, il faut nous comparer
aux 14 millions d’Italiens, 12,7 millions du Royaume Uni et aux 11,5 millions d’Allemands
connectés à cette technologie. Et si l’on prend un peu de champs, que penser des 27 millions
d’utilisateurs Coréens du Sud, des 50,6 millions d’Américains et des 86,5 millions de Japonais
face aux 69,9 millions de la somme européenne ?

Tara Hunt, auteur de « The Whuffie Factor » posait dernièrement la question suivante :
«comment transformer ce nouveau paradigme social virtuel en réalité, et comment transformer
nos conversations en ligne en actions dans le monde physique ? ».
Je n’ai pas la réponse mais une forte intuition. Deux objets me feraient revenir chez moi le matin
si je les avais oublié : mes clefs, et, .., mon smartphone !