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commentaire de l'arrêt "M.

Lafont"
rendu par le Conseil d'Etat le 28 avril 1967

"La société a le droit de demander des comptes à tout agent public de son
administration", voici les termes utilisés dans l'article 15 de la Déclaration des droits de
l'Homme et du Citoyen qui appartient à notre bloc de Constitutionnalité. Il en ressort bien
le principe selon lequel un citoyen peut mettre en cause la responsabilité des agents de
l'administration. La notion de responsabilité des personnes publiques est donc ancienne.
Cependant son emergence est plus récente.
Le principe de mise en cause de la responsabilité de l'administration est justement présent
dans un arrêt "M. Lafont" rendu par le Conseil d'Etat le 28 avril 1967. Dans cette affaire,
M. Lafont avait été victime d'un accident de ski: il a été pris par une avalanche sur une
piste banalisée par le service des pistes dans le domaine de Val d'Isère. Celui-ci assigne la
commune de Val d'Isère en responsabilité des conséquences dommageables de cet
accident devant le Tribunal administratif. Le Conseil d'Etat se voit saisi de cette affaire en
Cassation en demande de réparation pour le préjudice economique subi en conséquence
de l'incapacité temporaire totalle d'exercer son activité professionnelle. Le Conseil d'Etat
fait droit à la demande de M. Lafont.
Les problèmes qui se posent dans cet arrêt sont de savoir si l'on peut engager la
responsabilité d'une commune du fait d'un fonctionnement défectueux d'un de ses
services publics? Et d'autre part, une faute simple suffit-elle à mettre en cause la
responsabilité de la puissance publique?
Le Conseil d'Etat repond successivement à ces questions, cet arrêt marque avant tout une
évolution progressive de la jurisprudence administrative en matière de responsabilité: il
admet la responsabilité de l'Administration pour faute de service (I), et va plus loin en
admettant la suffisance de l'existence d'une faute simple pour engager sa responsabilité
(II).

I- Le possible engagement de la responsabilité de l'administration pour faute de


service

Le Conseil d'Etat admet en l'espèce l'existence d'une faute de service pour engager la
responsabilité de l'administration (A) , la mise en cause d'une telle responsabilité donne
droit à une indemnisation (B).

A-L'existence d'une faute de service engageant la responsabilité de


l'Administration

1-le soulèvement de la responsabilité de l'administration


En l'espèce, M. Lafont, la victime demande la mise en cause de la responsabilité
de l'autorité administrative en l'occurence ici, la commune de Val d'Isère. Cette mise en
cause de la responsabilité de la commune est à souligner , car la victime aurait pu mettre
en cause la responsabilité du maire seul car celui si est responsable du fait de ses pouvoirs
de police et notamment l'article 97 de la loi municipale. En effet celui-ci dispose de
pouvoir discrétionnaire, et aurait du les utiliser afin de garantir la sécurité des skieurs de
son domaine. On aurait mis sa responsabilité personnelle comme c'est le cas dans l'arrêt
de la CA de Grenobles "M. Serge X" dans lequel la responsabilité d'un agent public était
soulevée por sa personne seule.
Cependant la requête précise bien la demande de la victime , que la commune de Val
d'Isère soit: "déclarée responsable des conséquences dommageables de l'accident".C'est
donc la commune qui est légitimement ataquée, ce qui explique la compétence des
juridiction administrative.

2-l'existence d'une faute de service expliquant la mise en cause de la


responsabilité de la commune
Dans cet arrêt la responsabilité de l'administration est mise en cause du fait du
fonctionnement défectueux d'un de ses services publics. Dans l'arrêt , les juges précisent
que l'accident est une conséquence "imputable au fonctionnement défectueux du "service
des pistes". On peut en déduire que implicitement , ils ont voulu préciser que la
responsabilité d'une autorité administrative peut être mis en cause en cas de
fonctionnement défectueux du services publics.Cette notion n'est pas nouvelle,
puisqu'elle apparait dans un arrêt du 14 juin 1963"epoux Herbert", dans cette affaire on a
estimé qu'en cas de disfonctionnement du service, seule l'administration pouvait se voir
attaqué par la victime, l'agent serait alors exonérer de toute responsabilité.
Or le fonctionnement défectueux du services publics est une faute de service. Une faute
de service est une erreur commise par un agent qui est liée à ses fonctions. La faute de
service engage la responsabilité de la puissance publique, ce principe est appliqué dans
l'espèce, mais ce n'est pas seulement une position ponctuelle des juges,en effet dans une
juriprudence du 10 fevrier 1984 , une commune avait était attaqué en raison d'un défaut
survenu lors de jeux qu'elle organisait.
Ainsi dans l'espèce, le service des pistes a examiné une piste pour évaluer les dangers , et
l'a ouverte, considérant ainsi que tous les risques d'avalanches annoncés du fait du temps,
étaient écartés. La sécurisation des pistes banalisées est une des obligation que doit
remplir ce service. Ici, le service a été défaillant, car les agents de celui-ci n'ont pas
détecté les risques encourus par les skieur du fait de la fragilité du manteau neigeux, ils
ont ainsi commis une erreur liée à l'exercice de leur fonction. C'est donc une faute de
service, ce qui explique la possibilité de mettre en cause la responsabilité de la Commune
dont dépend le service en question.
On peut ainsi saisir comment le juge par ce raisonnement à retenu la responsabilité de
l'adminstration du seul fait de l'existence d'une faute de service dans un premier temps.
L'interet de la mise en cause de la responsabilité de l'autorité administrative est
l'obtention d'une indemnisation.

B-La mise en cause de la responsabilité de l'administration comme une


demande donnant droit à des indemnisations

1-Une mise en cause de la responsabilité de l'administration donnat


seulement lieu à une indemnisation
On a vu dans notre première partie que la victime aurait pu mettre en cause la
responsabilité d'un agent public, en l'occurence le maire. Le problème qui se pose est
qu'elle n'aurais pas nécessairement obtenu des indemnisations satisfaisante. On peut alors
voir la mise en cause de la responsabilité comme une moyen d'obtention d'indemnité. Un
e telle action a l'accontre de l'administration ne peut donner lieu qu'à une demande en
réparation, on ne peut obtenir autre chose d'une condamnation du Conseil d'Etat.
Comme on a admis que la commune en question pouvait être tenue pour responsable
d'une erreur de service de son service des pistes qui est un service public, la victime est
en droit de demander des indemnités du fait du dommage causé par cette faute.

2-Des cas d'exonération de la responsabilité de l'administration écarté par les


juges
Malgré la mise en cause de la responsabilité de l'Administration pour faute de
service, comme c'est le cas dans l'espèce, il existe cependant des cas d'exonération
partielle ou totale de sa responsabilité. C'est le cas lorsqu'il y a une faute de la victime.En
l'espèce L'administration aurait pu soulever une faute de M. Lafont pour tenter s'exonérer
partiellement ou totallement. Le rejet de cette eventualité par les juges transparé dans
l'expression :"aucune faute suceptible d'attenuer cette responsabilité ne peut être reproché
au Sieur Lafont". On comprend ici, qu'en parlant d'attenuation, le juge écarte toute
possibilité d'exonération, même partielle.
Il existe égallement d'autre cas dans lequel la responsabilité de l'administration ne peut
pas être mise en cause, c'est ce qui advient dans les cas de force majeure. La force
majeure est un evenement qui doit être « imprévisible, irrésistible et extérieur ».On a pu
exonérer l'administration de sa responsabilité de ce fait comme les juges le font d'ailleur
dans un arrêt du 21 avril 1967 "Département de la Mayenne contre Menon. On pourrait
en effet qualifier une avalanche d'evenement irresistible et exterieur. Cependant ici, cela
n'est pas applicable, car d'une certaine façon, il était prévisible. En effet, en raison des
chutes de neiges récentes, on pouvait imaginer que la fragilité du manteau neigeux, et
donc la possibilité de survenance d'une avalanche. Le skieur n'a pas non plus fait preuve
d'une négligence ou d'une imprudence qui pourrait lui être reprochées , car il est resté sur
une piste banalisé, sur laquelle on peut considéré que les contribuables ont une
présomption de sécurité.
Les juges dans leur raisonnement ont d'abord cherché à déterminer si la responsabilité de
la commune, puissance publique pouvait être mise en cause. Ensuite, ils détermineront la
faute commise par le service public, et avant tout, ils préciseront que l'existence d'une
faute simple suffit à mettre à condamner l'administration à des réparations.

II-L'existence suffisante d'une faute simple pour engager la responsabilité de


l'Administration et réparation
Le principe désormais utilisé par les juges est que la faute simple suffit à engager la
responsabilité de l'administration et à lui demander réparation (A), la faute lourde est
devenue l'exception (B).

A-Le principe: l'existence d'une faute simple suffisante


1- Le principe
Dans cet arrêt, les juges parlent de "faute", il n'accompagne pas ce terme
d'adjectif. On peut alors en déduire que l'existence même d'une faute, peu importe qu'elle
ne soit pas grave , peut donner lieu à une condamnation de la Commune. Les juges sous-
entendent par là qu'ils ne requierent que l'existence d'une faute simple. Contrairement à
avant, ou seulement une faute lourde, c'est à dire d'une grande gravité pouvait engendrer
la condamnation de l'Administration. Le principe est que l'existence même d'une faute
suffit.
Cette distinction entre faute lourde et faute simple est ancienne, cependant, tenant au
régime de responsabilité de l'administration, la nécessité d'une faute lourde pour
condamner les autorités administrative a été abandonné dans un arrêt du 13 fevrier 1942
"ville de Dôle", c'est donc une décision ancienne. La pratique ici des juges, de retenir
l'existences d'une faute simple pour condamner n'est donc pas une solution nouvelle.
Cette solution a même été réutilisé dans un arrêt postérieur du 23 mai 1958 "consort
Amoudruz" en matière de police administrative.

2-les conséquences de ce principe de l'existence suffisante d'une faute


simple
Les conséquences d'une telle évolution de la jurisprudence ne peuvent être oublié. En
effet la mise en cause de la responsabilité de l'Etat est une notion très récente, elle ressort
de l'arrêt Blanco de 1973. Depuis, les juges évolu toutjours vers une mise en cause plus
"facile" de la responsabilité de la puissance publique. En requierant seulement l'existence
d'une faute simple du Service public pour condamner l'administration donne lieu à des
plus en plus de possibilité pour les victimes d'attaquer l'administration et d'obtenir
réparation. On va donc dans le sens d'une indemnisation toujours plus grande des
victimes, au détriment du régime spécial attribué au puissance publique en vertu de leur
statut particulier.
Il subsiste encore cependant des domaines dans lesquelles l'existence d'une faute lourdes
est la règle, cependant cela reste rare.

B-La faute lourde comme exception


1-Un domaine d'application en régression
La faute lourde reste le règle dans certain domaine déterminé en raison du statut
particulier de l'administration par rapport aux personnes privées. C'est l'exemple de la
police des frontières, pour laquelle seule l'existence d'une faute lourde seule peut engager
la responsabilité de l'administration et éventuellement une condamnation. On peut
apprécier cette exception dans l'arrêt du 26 juin 1985 "Mme Garagnon".
Pour résumer, à la base, la faute lourde était la règle, peu à peu avec l'évolution de la
jurisprudence, elle est devenue l'exception et ne s'applique plus que dans des cas
particulier, par exemple en cas de mesure de police particulièrement complexe.

2-Un évolution du régime de responsabilité des autorité


administrative, dans un sens assimilable à celle du droit privé
Il transparait de cet arrêt une évolution progressive du droit public vers une
indemnisation toujours plus grande des victimes, et dans ce sens on parle surtout
d'indemnisation d'un plus grand nombre de victime et pas forcemment du montant de
l'indemnité. En effet, les exonérations de responsabilité de l'administration, sont de plus
en plus rarement retenu par les juges. J'irai même jusqu'à dire que la jurisprudence
administrative se dirige vers un processus de déresponsabilisation des victimes, comme
c'est déjà le cas en droit privé. C'est l'exemple de l'arrêt du 19 juin 2003 rendu par la
2eme chambre civile de la Cour de Cassation, dans lequel une victime qui a refusé de se
soigner à la suite d'un accident de la circulation attaque l'auteur de l'accident au motif que
sa situation de santé s'est aggravé, et qu'étant l'auteur du dommage, l'aggravation de sa
santé est une conséquence de l'accident. Le juge judiciaire n'a pas retenu en l'espèce uen
faute de la victime, ou quoi que ce soit exonérant l'auteur. En effet, l'aggravation de sa
situation de santé est seulement la conséquence du fait qu'elle ne s'est pas soignée. Peut-
on mettre en cause la responsabilité de l'auteur du dommage premier sur ces motifs? La
Cour de Cassation répond oui.
On peut donc imaginer qu'il reste du chemin au droit administratif de la responsabilité
pour rattraper le droit public, cependant il semble évoluer dans le même sens.