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Encyclopédie Médico-Chirurgicale 50-275-A-10

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Photographie argentique en dermatologie esthétique

F DanielPhotographie argentique en dermatologie esthétique Résumé. – La photographie argentique, aboutissant à

Résumé. La photographie argentique, aboutissant à des diapositives, reste l’élément de base de l’iconographie dermatologique. Le matériel adéquat nécessaire à sa bonne pratique, les règles de cadrage et de présentation des clichés, les problèmes de rangement des épreuves et les éventuels litiges médicolégaux sont exposés.

© 2000 Editions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés.

Mots clés : diapositives, boîtier, objectifs, pellicules.

Introduction

Le but de la dermatologie esthétique est bien l’embellissement du tégument, essentiellement celui du visage, mais aussi celui des mains et du reste du corps. À ce titre, une belle iconographie est préférable à un long discours ; encore faut-il que celle-ci réponde à des critères de qualité encore plus stricts que ceux requis pour l’illustration des phénomènes pathologiques. En effet, les différences entre l’état antérieur et le résultat obtenu sont souvent relativement modestes et seuls des clichés de qualité parfaite et surtout de cadrage et d’exposition strictement identiques sont acceptables dans ce contexte. On étudie successivement : les principes de base ; le matériel requis ; la technique de prise de vues ; les problèmes de classement des clichés ; les problèmes psychologiques et médicolégaux.

Principes de base [1, 3, 7]

La photographie argentique est basée sur l’impression d’une pellicule sensible aux photons émis par une source lumineuse. La quantité de lumière parvenant sur le film est directement fonction du couple obturateur-diaphragme.

OBTURATEUR

C’est un mécanisme porté par le boîtier de l’appareil photographique, qui laisse passer le flux lumineux pendant un temps variable, fonction de la vitesse de la fermeture du diaphragme, allant de 1 seconde ou plus (position « pose » indiquée par la lettre B) à 1/8 000 e de seconde sur certains appareils perfectionnés.

DIAPHRAGME

Il est porté par l’objectif. Son ouverture est plus ou moins grande, allant d’une grande ouverture de 2,4 à une très faible ouverture

François Daniel : Médecin chef de service de l’hôpital Saint-Joseph, professeur associé au Collège de médecine des : Médecin chef de service de l’hôpital Saint-Joseph, professeur associé au Collège de médecine des hôpitaux de Paris, hôpital Saint-Joseph, 185, rue Raymond-Losserand, 75014 Paris, France.

punctiforme de 32. Le réglage du diaphragme est assuré de telle sorte qu’à vitesse constante, la quantité de lumière pénétrant dans l’appareil double à chaque augmentation d’un diaphragme (cf encadré). Ainsi, la quantité de lumière qui impressionne la pellicule sera-t-elle la même que l’on choisisse une vitesse de 1/60 e de seconde avec un diaphragme de 16 ou bien une vitesse de 1/125 e avec un diaphragme de 11. L’encadré donne les chiffres des vitesses et des diaphragmes de l’appareil photographique usuel.

Vitesses et diaphragmes des appareils photographiques. Vitesses : 1 ; ½ ; ¼ ; 1/8 e ; 1/15 e ; 1/30 e ; 1/60 e ; 1/125 e ; 1/250 e ; 1/500 e ; 1/1 000 e ; 1/2 000 e ; 1/4 000 e ; 1/8 000 e . Diaphragmes : 32 ; 16 ; 11 ; 8 ; 5,6 ; 4 ; 2,8.

Cependant, le résultat final n’est pas forcément identique, bien que l’exposition globale soit correcte. La netteté de l’image dépend de deux autres paramètres :

– le flou lié au bougé de l’appareil : plus la vitesse d’obturation est élevée, moins le cliché risque d’être flou ;

– la profondeur de champ : elle est définie par l’intervalle séparant le

premier plan le plus rapproché net sur l’image, du plan le plus éloigné également net. Elle est elle-même fonction de deux paramètres : la distance focale de l’objectif ; elle diminue lorsque celle-ci est plus longue, et avec le diamètre du diaphragme : plus celui-ci est petit, plus grande est la profondeur de champ. Le grossissement se définit comme le rapport entre la dimension de la pellicule et la dimension de l’objet à photographier. La pellicule est habituellement de format 24 36 mm. Un objet mesurant 24 36 mm entièrement présent sur la pellicule a donc un grossissement de 1/1. Un objet mesurant 216 144 cm a sur la pellicule une taille de 24 36 mm et le rapport de grossissement est de 36/216 = 1/6.

La macrophotographie est définie comme la technique photographique visant à reproduire de très petits détails ou des objets de très petite dimension. Elle peut être intéressante en dermatologie, pour préciser l’aspect exact d’une lésion élémentaire

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ou d’une tumeur cutanée. Elle est moins nécessaire en dermatologie esthétique, sauf si l’on s’intéresse à la photographie du relief cutané ou à la cosmétologie des ongles.

Matériel

Quatre composants essentiels doivent être choisis lorsque l’on souhaite acheter un matériel photographique : le boîtier, l’objectif, la source de lumière, la pellicule.

Tableau I. – Impératifs techniques concernant le couple boîtier- objectif.

 

Boîtier

Objectif

- 24

36

- Focale : 50 à 105 mm

- Reflex

- Qualité optique +++

- TTL

- Macrophotographie

- Programmes MSDP

- Autofocus débrayable

TTL : through the lens ; M : manuel ; S : priorité vitesse ; D : priorité diaphragme ; P : programme automatique.

BOÎTIER

La majorité des boîtiers utilisés sont des boîtiers acceptant les films 24 36 mm. Dans certains cas, il peut être utile d’avoir recours à des boîtiers 6 6, où le format est carré (60 60 mm). La qualité de l’image obtenue est en principe supérieure à celle du 24 36. Quatre caractéristiques doivent être vérifiées avant l’achat de tout boîtier.

Caractère « reflex » du matériel

Il est pratiquement constant actuellement. Il signifie que l’image finale du cliché est identique à celle vue à travers le viseur de l’appareil. On a donc éliminé les erreurs de parallaxe que l’on trouvait dans des modèles très anciens.

Caractère TTL du calcul de la lumière

Le terme TTL (through the lens : à travers l’objectif) désigne un mode de calcul automatique, par une cellule photoélectrique, de la quantité de lumière qui traverse l’objectif.

Possibilité de travail en quatre modes (M-P-S-D)

C’est une conséquence directe du caractère TTL. L’utilisateur doit avoir le choix entre quatre fonctions.

Fonction M ou manuelle

L’utilisateur choisit lui-même la vitesse d’obturation et le diaphragme auquel il souhaite travailler. Il tient compte alors de la vitesse de déplacement du sujet et de la profondeur de champ souhaitée. Le problème est relativement simple en photographie dermatoesthétique : le sujet est habituellement immobile et on choisit une vitesse standard, en général 1/60 e ou 1/125 e , voire 1/250 e si on a mis une pellicule très sensible et rapide.

Programme P ou programme automatique

C’est à l’inverse un mode totalement automatique. L’appareil, grâce à sa cellule photoélectrique qui analyse la quantité de lumière passant à travers l’objectif, détermine lui-même la vitesse et le diaphragme nécessaires à une bonne exposition. Bien que satisfaisant sur le principe, le mode P dans notre expérience donne des résultats souvent un peu variables et n’est peut-être pas la solution idéale pour la reproductibilité des clichés.

Mode S ou priorité vitesse

Dans ce cas, l’utilisateur choisit la vitesse d’obturation qui lui convient et l’appareil choisit le diaphragme convenable. Ce mode est surtout utile lorsque l’on désire photographier des sujets se déplaçant à grande vitesse (photographie de sports). En photographie dermatoesthétique, il est peu adapté puisque le sujet est habituellement fixe.

Mode D ou priorité diaphragme

Dans ce cas, l’utilisateur choisit le diaphragme qui lui convient en fonction de la profondeur de champ souhaitée. C’est le mode le plus utilisé en photographie dermatoesthétique, le diaphragme idéal étant celui de 11 ou de 16.

Autofocus

C’est une fonction introduite depuis longtemps et qui consiste en une mise au point automatique sur le sujet. Ce perfectionnement est utile lorsque le sujet est à une distance relativement grande de l’appareil, supérieure à 1 m. En revanche, au-dessous de 0,50 m et surtout en macrophotographie, l’autofocus peut s’avérer catastrophique, l’appareil n’arrivant pas, du fait d’un éclairage insuffisant, à faire une mise au point correcte. Dans tous les cas, il est indispensable de vérifier avant l’achat que l’autofocus est bien débrayable.

OBJECTIF

Il est constitué par l’assemblage de plusieurs lentilles optiques et sa qualité est essentielle pour un bon rendu des images. Lors de l’acquisition d’un matériel photographique, il est ainsi préférable d’acheter le meilleur objectif possible, alors que l’investissement sur un boîtier très perfectionné paraît beaucoup moins important. Un objectif se définit par deux constantes essentielles.

Focale de l’objectif

Elle détermine l’étendue du champ visuel qu’il est possible d’avoir sur la pellicule (fig 1). Ces focales se divisent en trois groupes :

– les courtes focales ou grands angulaires vont de 20 à 50 mm. Elles donnent un champ très étendu, avec souvent une déformation à convexité externe sur les bords des clichés, et conviennent essentiellement aux clichés de paysages ou d’architecture ;

– les longues focales ou téléobjectifs débutent à 100 mm, et semblent rapprocher le sujet étudié. En revanche, le champ couvert est de plus en plus restreint avec l’augmentation de la focale. Elles conviennent bien à l’étude précise de sujets éloignés et sont les focales utilisées par les reporters avides d’images à sensation ;

– les focales usuelles entre 50 et 60 mm correspondent au champ de

vision de l’œil humain (58°). Elles n’entraînent pratiquement aucune déformation du sujet étudié et conviennent parfaitement à la photographie dermatoesthétique.

Ouverture de l’objectif

Elle est chiffrée de 32 à 2,8 (cf supra). Pour des raisons optiques, les téléobjectifs sont souvent limités dans le choix de l’ouverture, ce qui influe peu sur la photographie dermatoesthétique. Enfin, la possibilité de réaliser des clichés en macrophotographie doit toujours être réservée, malgré le surcoût entraîné par cette fonction. En résumé, le tableau I donne les principales qualités à vérifier avant tout achat concernant le groupe boîtier-objectif.

SOURCES DE LUMIÈRE

La lumière naturelle, bien que permettant des effets artistiques infinis, est à proscrire totalement en photographie dermatoesthétique. En effet, la température des couleurs y est éminemment variable et cette variabilité est un facteur majeur de non-reproductibilité de la qualité des clichés. L’utilisation de flashes est donc habituellement admise. Un flash est une source artificielle de puissance variable qui est définie par un

Dermatologie esthétique

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*A
*A
*C
*C
*B
*B

1 Influence de la focale sur le cadrage des sujets.

A. Focale de 28 mm.

B. Focale de 55 mm.

C. Focale de 300 mm.

nombre-guide. La température de couleur est en général celle de la lumière du jour, ce qui implique de choisir des pellicules également « lumière du jour ».

Il en existe de multiples variétés :

– les flashes fixés au-dessus du boîtier : c’est la technique le plus

couramment utilisée. Il existe une transmission par trois spots des

informations entre le flash et la cellule photoélectrique du boîtier. Ceci fait que la cellule interrompt automatiquement en programme

P ou semi-automatique l’éclair du flash lorsque la pellicule a été

assez exposée. Cependant, en cas de photographie rapprochée, le champ lumineux émis par le flash peut ne pas couvrir l’ensemble du champ souhaité (fig 2). Il faut donc alors mettre le flash en oblique vers l’avant pour avoir un champ lumineux homogène, grâce à un sabot basculant, mais capable de transmettre en TTL les mêmes informations que lorsque le flash est branché directement sur le boîtier photographique [2] ;

– le flash annulaire se fixe devant l’objectif. Il donne une quantité de lumière diffusée de façon homogène, mais qui tend à effacer les

reliefs et à aplatir les clichés. Leur utilité est réduite à l’éclairage de

la cavité buccale ;

– les flashes multiples donnent une lumière parfaitement répartie et

sont une excellente solution. Ils nécessitent en revanche une installation quasi professionnelle nettement plus onéreuse et demandant un local suffisamment grand et bien adapté. Gilmore [4] propose ainsi deux sources lumineuses placées à la hauteur des yeux du sujet à un angle de 45°, complétées par une troisième située au- dessus et en arrière de l’appareil photographique pour « débou- cher » les ombres.

1 S 4 2 5 30 cm 3 *A
1
S
4
2
5
30 cm
3 *A
1 S 4 2 6 6 3 *B
1
S
4
2 6
6
3 *B

2 Position du flash en photographie rapprochée (< 0,4 m).

1. Flash ; 2. boîtier ; 3. plan de travail ; 4. sabot basculant ; 5. zone d’ombre ; 6. absence de zone d’ombre sur le sujet 5.

A. Flash avec tête parallèle au boîtier.

B. Flash avec tête basculée de 20 à 30°.

PELLICULES

Un premier principe est fondamental : quelle que soit la pellicule choisie, il est indispensable qu’elle soit toujours identique si l’on veut constituer une photothèque homogène. La discussion est toujours ouverte par ailleurs quant au choix de la meilleure pellicule possible. On utilise habituellement des diapositives, avec deux sensibilités :

– les pellicules lentes, de sensibilité 25 ASA (Kodachrome 25t) donnent selon nous les meilleurs résultats en ce qui concerne le rendu des couleurs de la peau [5] . Cependant, elles sont difficiles à trouver ; il faut les commander spécialement chez un revendeur Kodak et le développement demande actuellement de 15 à 30 jours puisque les films sont envoyés en Suisse pour y être développés. Enfin, une inconnue persiste quant au maintien de leur fabrication et de leur commercialisation ;

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– les pellicules plus rapides à 64 ASA ou 100 ASA sont très faciles à

trouver, de développement rapide mais leur grain est légèrement moins fin et les erreurs d’exposition moins pardonnées qu’avec le Kodachrome 25t [5] . Les pellicules Ektat, en revanche, sont à éviter car elles donnent des couleurs froides tirant sur le bleu-vert. Les pellicules Fujit donnent à l’inverse des couleurs chaudes tirant sur le jaune-rouge avec gommage des nuances si délicates du revêtement cutané. Enfin, quel que soit le type de pellicule choisi, il est important que celles-ci soient développées le plus vite possible et que, pour les puristes, en cas d’étude comparative avant-après, ce soit le même lot de pellicules qui soit utilisé.

Règles fondamentales d’utilisation des pellicules :

toujours même choix des pellicules ;

développement rapide ;

même lot si photos comparatives.

Technique de prise de vue

Une fois les problèmes de matériel résolus, il est très important de maîtriser une technique standardisée de prise de vue. Elle permet d’obtenir des clichés rigoureusement comparatifs. Elle comporte trois phases :

– le choix des fonds ;

– le cadrage ;

– la standardisation de la prise des clichés.

CHOIX DES FONDS

Un principe fondamental : la peau, rien que la peau. Dans la mesure du possible, le cliché ne doit prendre que le revêtement cutané, à l’exclusion de tout accessoire (bijoux, montre, vêtements) et de l’environnement (table d’examen, murs réfléchissant l’éclair des flashes, blouse de l’infirmière, etc). L’utilisation de fonds colorés est cependant nécessaire dans certains cas (clichés des mains ou des pieds par exemple). On utilise alors un champ de couleur bleu foncé pour les peaux caucasiennes, de couleur jaune ou vert pour les peaux pigmentées de phototype V ou VI. On évite dans la mesure du possible les fonds rouges qui entraînent une élévation de la dominante rouge sur la peau avoisinante (loi de Chevreul) (fig 3).

CHOIX DU CADRAGE

Le cadrage doit obéir à des règles strictes qui ont été bien définies par Sebben [5, 6] . Le visage de face doit être pris de telle manière que l’on trouve sur une même horizontale la base du nez et le lobe des oreilles (fig 4). Les clichés de profil qui sont plutôt de trois quarts doivent être pris de telle manière que la pointe du nez soit tangente au profil de la

manière que la pointe du nez soit tangente au profil de la 4 Cadrage du visage

4 Cadrage du visage de face.

soit tangente au profil de la 4 Cadrage du visage de face. 5 Cadrage du visage

5 Cadrage du visage oblique.

joue opposée (fig 5). On n’oublie pas les clichés de la région sous- mentale, où la base du nez doit se trouver sur la même horizontale que la ligne sous-orbitaire (fig 6). Les mains sont prises séparément, main droite et main gauche. Les doigts sont légèrement écartés. Les ongles sont pris dans leur globalité, en opposant sur un même plan horizontal l’ongle du pouce aux ongles des quatre autres doigts. Ces deux clichés, droit et gauche, sont complétés par des clichés en macrophotographie pris à 20 cm d’ongle isolé. Les pieds sont pris, pour leur face dorsale, posés horizontalement sur un plan dur recouvert d’un champ coloré. La face plantaire des pieds est prise sur le sujet en décubitus ventral, le pied étant en extension maximale sur un plan dur, toujours recouvert d’un champ coloré. Enfin les clichés de la cavité buccale seront pris si possible avec un flash annulaire, l’utilisation de flash sur sabot donnant une ombre portée qui rend le cliché en général peu lisible.

*A
*A

3 Influence du fond coloré sur la teinte du tégument. A. Fond rouge.

*B
*B

B. Fond gris.

*C
*C

C. Fond bleu.

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argentique en dermatologie esthétique 50-275-A-10 6 Vue inférieure du visage. Dans tous les cas, il est

6 Vue inférieure du visage.

Dans tous les cas, il est vivement recommandé de positionner l’appareil de façon perpendiculaire au plan du sujet étudié [8] .

TECHNIQUE STANDARDISÉE

Deux possibilités de travail s’offrent à l’utilisateur.

Travail en mode manuel

Il est fondamental de faire, avant tout cliché clinique, un rouleau d’essai pour étalonner l’ensemble flash-boîtier-objectif-pellicule. Ceci est particulièrement important en macrophotographie. On note sur ce rouleau d’essai les repères suivants :

– clichés à distance croissante, par exemple :

– 20 cm en macrophotographie ;

– 50 cm pour des plans régionaux ;

– 1 m pour des plans plus étendus ;

– pour chaque distance, on prend trois clichés à trois diaphragmes

différents. Par exemple, si l’on veut photographier un visage de face avec un objectif de 60 mm et une pellicule de 25 ASA, à 50 cm de distance, on prend trois clichés au 1/60 e de seconde, à trois diaphragmes différents : 16-11-8. On choisit ensuite le cliché le mieux exposé et l’on note les constantes sur un carnet. Ceci permet ultérieurement d’afficher toujours les mêmes données pour des clichés comparables. Une fois cet étalonnage établi, la technique de prise de vue est toujours la même.

Procédure technique en mode manuel :

cadrer et faire la mise au point ;

choisir le diaphragme, la vitesse est constante ;

recadrer définitivement, sans bouger la bague des distances

jusqu’à une mise au point parfaite ;

déclencher.

Travail en mode automatique ou semi-automatique

Les réglages sont ici réduits au minimum. En mode automatique, il suffit d’effectuer un bon cadrage et de déclencher, l’appareil se charge alors de tous les réglages. Cependant, au-dessous d’une distance de 50 cm entre l’appareil et le sujet, les résultats sont variables et on a intérêt à passer au mode manuel. En mode semi-automatique, on affiche le diaphragme choisi et l’on procède de la même manière qu’en mode automatique. La pratique d’un rouleau d’essai, bien que moins indispensable qu’en mode manuel, est cependant utile, en faisant varier les distances sujet-appareil pour vérifier que ce dernier reste fiable quelle que soit la distance choisie.

Rangement des clichés

Il ne sert à rien de prendre des clichés en dermatoesthétique si l’on ne procède pas à une identification et un rangement précis de ceux- ci. Cela est d’autant plus valable que les clichés, si l’on étudie par exemple l’effet d’une crème antiâge ou d’un traitement de comblement des rides, sont tous assez proches les uns des autres.

IDENTIFICATION DES CLICHÉS

Elle doit se faire à deux étapes.

À la prise de vue

Plusieurs procédés sont possibles :

– noter dans un carnet dans l’ordre des prises de vues, le nom, le prénom, la date de naissance, le jour de la prise de vue et le diagnostic porté ;

– avoir un boîtier avec affichage sur le cliché de la date de la prise de vue ;

– mettre sur une zone limitée du tégument une étiquette

autocollante portant les trois premières lettres du nom et la date de

la prise de vue. Ces divers procédés peuvent d’ailleurs s’associer entre eux.

À la réception des clichés

Il faut noter les mêmes renseignements au feutre indélébile sur la partie non écrite de la diapositive et ne pas oublier d’y appliquer un point rouge situé en bas et à gauche de cette diapositive pour permettre d’éventuelles projections ultérieures dans les mêmes conditions.

RANGEMENT DES CLICHÉS

Plusieurs solutions sont là aussi possibles, fonction de l’usage que l’on souhaite faire de ces épreuves. Lorsqu’il s’agit de cas individuels pour lesquels on n’envisage pas d’exploitation statistique, le rangement de la diapositive dans une pochette étanche en plastique mise dans le dossier du patient est une solution simple. La comparaison avec le cliché de départ se fait lors des consultations successives. Lorsqu’il s’agit d’un sujet qui donne lieu à publication ou expertise dermatoesthétique, le rangement dans des feuilles transparentes mises dans un classeur est une solution facile à manipuler. Chaque feuille contient 20 clichés et un classeur peut renfermer 30 à 40 feuilles, ce qui donne un total de 600 à 800 clichés par classeur. Lorsqu’on envisage une double utilisation, à la fois pour le patient et pour la collectivité, il est intéressant de prendre deux clichés identiques qui sont rangés dans des endroits différents. Lorsque le nombre de clichés est encore plus élevé, on peut les ranger dans une armoire à diapositives, constituée de tiroirs renfermant un certain nombre de cases. Un tiroir peut contenir 20 casiers qui comportent chacun 20 diapositives, ce qui fait 400 diapositives par tiroir. Pour 20 tiroirs, cela fait donc 8 000 clichés qui sont classés par diagnostic et par ordre alphabétique à chaque diagnostic. Enfin, un rangement informatisé des diapositives est également possible selon des modalités variables pour les divers auteurs utilisant ce type de rangement (cf article de ce traité sur la photographie numérisée en dermatologie esthétique).

Problèmes psychologiques et médicolégaux

PSYCHOLOGIE DU SUJET PHOTOGRAPHIÉ

La prise de clichés d’un patient représente dans un certain sens une emprise du thérapeute sur la personnalité du sujet photographié. Cette relation est vécue de façon très variable. Certains sujets se

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sentent volés de leur propre image et ont une réaction à la limite de l’agressivité : « Mais, docteur, je sers de cobaye ! » ou bien « Que comptez-vous faire de ces photographies : vais-je être publié dans une revue médicale ? ». D’autres, à l’inverse, seront flattés de cette prise de pouvoir : « Tu te rends compte, mon cas l’intéresse beaucoup. Il m’a même photographié ! ». Beaucoup de sujets enfin restent dans une neutralité bienveillante et ne font aucun commentaire sur le geste lui-même. Trois conseils se dégagent cependant à la lueur de notre expérience.

Conseils psychologiques en photographie dermatoesthétique

Rapidité et professionnalisme du geste, partie intégrante du geste. Motivation clairement exposée au patient :

intérêt scientifique ;

intérêt personnel : se comparer à l’état antérieur une fois le

résultat obtenu.

Consentement écrit du patient :

pas systématique ;

uniquement si attitude agressive (voire renonciation au cliché)

ou publication envisagée.

PROBLÈMES MÉDICOLÉGAUX

Ils se posent à trois niveaux différents :

– un cliché peut être pris dans certaines circonstances où il sert de

preuve pour une future indemnisation. C’est le cas en particulier des cicatrices d’accident de la circulation, surtout sur le visage, qui peuvent entraîner lieu à réparation et ont une preuve médicolégale auprès des tribunaux ;

– en ce qui concerne l’obligation de résultat, il est devenu prudent, pour ne pas dire obligatoire, d’avoir un document précédant tout

geste agressif sur un patient. Cette obligation existe déjà légalement pour le traitement des angiomes plans par laser vasculaire ; la prise de cliché avant l’intervention peut être demandée par les instances de Sécurité sociale. De même, l’évolution récente de la jurisprudence qui conduit au fait que le médecin doit apporter la preuve qu’il a bien expliqué à son patient tous les aléas de l’acte qu’il va entreprendre, incite à se couvrir au maximum ;

– enfin, en cas de publication, la signature d’un consentement du patient paraît une sage précaution.

Conclusion

La photographie en dermatologie esthétique s’appuie sur les mêmes données que la photographie dermatologique en général. Elle est cependant plus stéréotypée, les sujets traités étant plus limités et la différence de cliché à cliché souvent minime. Ceci impose une technique encore plus rigoureuse afin que les démonstrations cliniques soient réellement crédibles.

Références

[1] BruneauY,RomainJ,DuboisDeMontreynaudJM.Traitépratiquedephotographiemédicale. Paris : édition Paul Montel, 1960 [2] Daniel F, Leblond P. Photographie au cabinet du dermatologue. Congrès EADV Florence, 1989 : 400-403 [3] Gibson HL. Medical photography. New York : Kodak Medical Publications, 1973 [4] GilmoreJ,MillerW.Clinicalphotographyutilisingofficestaff:methodstoachieveconsistency and reproductibility. J Dermatol Surg Oncol 1988 ; 14 : 281-286

[5] Sebben J. Office photography from the surgical view point. J Dermatol Surg Oncol 1983 ; 9 :

763-768

[6] Sebben J. Office photography. Adv Dermatol 1990 ; 5 : 53-73

[7]

[8] Stalder JF, LeForestier D. La photographie en pratique dermatologique. Ann Dermatol Véné- réol 1992 ; 119 : 695-702

Slue NE. Photographic cures for dermatologic disorders. Arch Dermatol 1989 ; 125 : 960-962