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Encyclopédie Médico-Chirurgicale 50-275-B-10

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Photographie numérique en dermatologie esthétique

Photographie numérique en dermatologie esthétique M Le Maître Résumé. – La différence principale entre

M Le Maître

Résumé. La différence principale entre un appareil de photographie numérique et un appareil de photographie classique est l’existence du capteur coupled charge devise (CCD) qui remplace la pellicule argentique et du viseur qui est un écran à cristaux liquides. Les principes de base de la photographie restent les mêmes. Les notions fondamentales indispensables à connaître sont exposées en insistant sur l’éclairage. Les notions de résolution et la compression sont traitées en indiquant les choix pour la photographie esthétique. Le stockage des photographies, leur transfert sur l’ordinateur sont exposés. La gestion des images sur l’ordinateur (classement, travail de l’image), grand progrès du numérique par rapport à la gestion d’une diapothèque traditionnelle, est détaillée. La prise de vue en dermatologie esthétique est envisagée sur le plan pratique. Elle doit permettre un rendu le plus fidèle possible et une reproductibilité. Des conseils sont donnés pour parvenir à ces objectifs.

© 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés.

Mots-clés : photographie numérique, dermatologie esthétique.

Introduction

La photographie numérique apporte des éléments supplémentaires

au dermatologue pratiquant la dermatologie esthétique par rapport

à la photographie argentique : souplesse d’utilisation, meilleure

reproductibilité, classement plus facile. Elle est parfaitement adaptée

à la présentation assistée par ordinateur. Sa qualité s’est largement

améliorée depuis 3 ans et elle ne cesse de le faire. L’environnement informatique nécessaire pour une utilisation rationnelle de la photographie numérique s’est aussi largement développé. Les performances en matière de stockage, de rapidité d’utilisation, d’ergonomie et d’intuitivité des logiciels sont aujourd’hui à un niveau optimal. Mais comme pour toutes choses, si nous voulons profiter des apports de la photographie numérique, il faut savoir l’utiliser. La photographie numérique ne fait pas l’impasse sur toutes les connaissances indispensables à un photographe : lumière, vitesse d’obturateur, cadrage, profondeur de champ. Un appareil de photographie numérique est d’abord un appareil de photographie.

Nous avons donc à la fois résumé les données de bases indispensables à la photographie tout en développant les notions de bases nécessaires pour comprendre le numérique.

Notions fondamentales

CAPTEUR « COUPLED CHARGE DEVISE » (CCD)

C’est la différence majeure entre un appareil de photographie numérique et un appareil classique La pellicule argentique, est remplacée par le capteur CCD. Ce capteur transforme l’énergie lumineuse qui parvient à travers

transforme l’énergie lumineuse qui parvient à travers Michel Le Maître : Dermatologue, 1, avenue du 6-Juin,

Michel Le Maître : Dermatologue, 1, avenue du 6-Juin, 14000 Caen, France.

l’objectif en énergie électrique. Les informations sont digitalisées, c’est-à-dire transformées en une suite de 0 et de 1, interprétable seulement par un ordinateur. La lumière est analysée point par point. Ce capteur est la pièce principale de l’appareil de photographie numérique. C’est sa qualité qui détermine celle de la photographie. Cette qualité est fonction du nombre de points (ou pixels) du capteur CCD capable d’analyser la lumière. Les appareils actuels dépassent quasiment tous les 3 millions de pixels, et les 5 millions de pixels sont aujourd’hui abordables. Ceci permet d’avoir des photographies d’une grande définition, aussi belles sur écran qu’après tirage sur papier. Les fabricants d’appareils de photographies numériques se sont intéressés en priorité à l’amélioration du capteur CCD. Cette course à la résolution du capteur CCD ne s’est pas accompagnée d’un changement fondamental dans le boîtier de l’appareil, et les appareils de photographies numériques sont pour la plupart des appareils de photographies non réflexes, même si la qualité des boîtiers s’est largement perfectionnée depuis ces deux dernières années. Les appareils réflexes (où la visée se fait directement à travers l’objectif) deviennent plus nombreux mais restent encore d’un prix élevé.

Un deuxième élément important de l’appareil de photographie numérique est le viseur qui est un écran à cristaux liquides, liquid crystal display (LCD). C’est d’un grand confort par rapport à la visée d’un appareil de photographie argentique. Le cadrage est largement facilité, on peut y prendre des points de repère précis. Il permet de visualiser exactement le rendu de la photographie et de modifier en direct les paramètres. Les caractéristiques de la prise de vue s’affichent à l’écran. L’opérateur a ainsi une vision globale des informations directement sur l’écran : vitesse, diaphragme etc. Cet écran digital permet aussi de visualiser immédiatement la photographie après la prise de vue. Il n’y a plus ainsi de surprise au tirage et le cliché peut être repris immédiatement si l’on s’aperçoit que le patient a fermé le yeux ou bougé sa position.

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Dermatologie esthétique

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*A
*B
*B

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A. Diaphragme ouvert : arrière-plan flou.

B. Diaphragme fermé : arrière-plan net.

ÉLÉMENTS FONDAMENTAUX NÉCESSAIRES À LA PRISE DE VUE

Les principes de base de la photographie restent les mêmes en numérique et en argentique pour tout ce qui se situe en amont du capteur CCD. Les éléments fondamentaux de la prise de vue ne seront envisagés que dans le contexte d’une photographie de la peau au cabinet médical.

Vitesse d’obturation

L’obturateur laisse passer la lumière pendant un temps plus ou moins long. Les vitesses d’obturation élevées (à partir de 1/250 e ) sont intéressantes pour les sujets en mouvement. Pour les photographies statiques, la vitesse de travail sera en général au 1/60 e . Pour éviter un flou, il est préférable de ne pas se situer au- dessous de cette vitesse.

Ouverture du diaphragme

Elle est comprise entre 2,4 (grande ouverture) et 32 (petite ouverture). Pour une vitesse donnée, la quantité de lumière pénétrant dans le boîtier est multipliée par 2 en passant au diaphragme supérieur. Une grande ouverture de diaphragme va laisser passer plus de lumière, ce qui est bien pour la photographie au cabinet médical, mais elle va diminuer la profondeur de champ, c’est-à-dire l’espace entre le premier plan et l’arrière-plan où la photographie reste nette. Ceci peut avoir une importance sur une photographie du visage par exemple où il existe des reliefs. Si on effectue la mise au point sur la pommette, le nez sera alors flou et le front aussi. Une petite ouverture de diaphragme permet une grande profondeur de champ, mais le flux lumineux arrivant sur le capteur CCD est alors moins important (fig 1A, B). C’est ce compromis entre la vitesse de l’obturateur et l’ouverture du diaphragme qui va être le plus difficile à gérer dans la prise de vue.

Distance focale, zoom

La plupart des appareils de photographie numérique disposent d’un zoom, c’est-à-dire d’un objectif à focale variable. Rappelons que la distance focale est celle qui sépare la première lentille de l’objectif du lieu où se forme la photographie (le capteur CCD pour une photographie numérique). Plus cette distance est importante, plus le grossissement de l’objectif est important. Le zoom ou objectif à focale variable permet de faire varier la distance

focale entre certaines limites. La fonction zoom est pilotée électriquement et représentée par le symbole W et T (Wide et Tele). Cela permet un recadrage de l’image sans changer de position et sans altérer la résolution.

Zoom numérique

C’est une fonction proposée par la plupart des constructeurs d’appareil de photographie numérique : attention ne pas s’en servir ! Le zoom numérique n’agrandit pas l’image réelle mais agrandit l’image numérique ce qui, en fait, réduit sa résolution. Ceci n’a aucun intérêt dans la prise de vue en dermatologie esthétique.

Mise au point

Elle se fait dans la plupart des cas par un autofocus. Cette mise au point automatique est obtenue en appuyant légèrement sur le bouton déclencheur de l’obturateur à mi-course. Pour une parfaite mise au point, il faut un éclairage suffisant. L’autofocus n’arrive pas à trouver ses points de repère si la peau n’est pas suffisamment exposée à la lumière. Sur la plupart des appareils aujourd’hui, l’autofocus est débrayable pour permettre une mise au point manuelle dans certaines circonstances (macrophotographie). Nous percevons donc que le problème principal de la photographie au cabinet médical est un bon éclairage qui va permettre de se situer dans les conditions optimales de vitesse et de diaphragme pour une photographie de qualité.

Éclairage

Un capteur CCD est moins sensible qu’une pellicule argentique et cette difficulté se fait sentir dès les premiers essais de prise de vue avec un appareil de photographie numérique. La contrainte est encore plus grande pour la prise de vue en dermatologie esthétique car cet éclairage doit être suffisant pour assurer une netteté de la photographie, mais ne doit pas être trop puissant pour ne pas écraser les reliefs et effacer les imperfections. Enfin, l’éclairage devra être constant entre deux prises de vue afin d’avoir une comparaison avant une intervention par exemple et après une intervention.

Comment faire en pratique ?

L’appareil va être réglé en position « prise de vue automatique ». Il va alors lui-même calculer l’ouverture de diaphragme et la vitesse d’obturation pour trouver le meilleur compromis. Ces constantes s’afficheront sur l’écran de contrôle de l’appareil.

– Si la luminosité ambiante est bonne, la vitesse d’obturation se situera entre 1/60 e et 1/125 e , l’ouverture correspondante du

Dermatologie esthétique

Photographie numérique en dermatologie esthétique

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diaphragme étant respectivement de 5/6 et 2/8. C’est le meilleur compromis pour prendre une photographie nette. Il suffit alors de laisser l’autofocus effectuer la mise au point et la photographie sera correcte.

Si la luminosité est moins bonne, la vitesse d’obturation se règlera

automatiquement entre 1/15 e et 1/30 e avec des ouvertures de diaphragme identiques de 5/6 et 2/8. Le risque de flou (« bougé ») est alors très important et le risque de voir l’autofocus ne pas accrocher pour la mise au point l’est tout autant.

– Que faire alors ?

– Première solution : passer en réglage « manuel » et accéder à

des réglages de sensibilité du capteur CCD. Cette manœuvre correspond au choix en photographie classique d’une pellicule argentique plus sensible. En réalité, ce résultat est souvent décevant car la qualité et le piqué de la photographie s’en ressentent. Le travail en position de réglage « manuel » peut aussi permettre de prendre la photographie avec un choix prioritaire pour la vitesse, en fixant par exemple par sécurité la vitesse au

1/60 e ; le diaphragme choisira la position d’ouverture maximale. La profondeur de champ risque alors d’être sérieusement compromise.

– Deuxième solution : utiliser le flash. Il faudra éviter le coup de

flash au niveau de la partie centrale de la photographie, ce qui est

préjudiciable à l’exigence de la qualité en photographie dermatologique esthétique. Certains fabricants proposent des accessoires type flash annulaire ou type diode annulaire, surtout utiles pour la macrophotographie.

– Troisième solution : augmenter l’éclairage au niveau de la salle

de soins, soit avec des éclairages néons d’appoint ou des projecteurs utilisés pour la photographie. C’est la meilleure solution quand on pratique la photographie de façon intensive au cabinet. C’est aussi la meilleure façon d’avoir un éclairage

identique pour chaque prise de vue et donc reproductible. Nous

y reviendrons.

Prise de vue en position macrophotographique

Ce n’est pas la position utilisée le plus fréquemment en dermatologie esthétique, qui nécessite plus souvent des cadrages plus grands. Elle permet cependant la prise de vue de détail :

tumeur cutanée dont l’exérèse chirurgicale doit être réalisée, ongle, texture de la peau, cuir chevelu (microgreffe). Nous verrons les contraintes particulières de la macrophotographie.

CARACTÉRISTIQUES DE LA PHOTOGRAPHIE NUMÉRIQUE

Deux réglages fondamentaux en photographie numérique n’existent pas en photographie argentique. Le choix de la résolution et le choix de la compression. Il est important de connaître ces constantes pour se servir correctement d’un appareil de photographie numérique.

Résolution

Pixels

Nous avons vu que la lumière est analysée point par point au niveau du capteur CCD. Le nombre de ces points ou pixels détermine la résolution du capteur. Une image numérique est composée de pixels. On peut les voir physiquement en agrandissant au maximum une image sur un écran. Ce sont de petits carrés de différents tons de couleur juxtaposés. Ils détiennent l’information numérique (le nombre de 0 et 1 nécessaire au codage numérique). Dans une image numérique affichant 16,7 millions de couleurs, le pixel contient 256 valeurs possibles sur trois couches (ce mode est aussi appelé 24 bits par pixel). Les ordinateurs d’aujourd’hui gèrent cette masse d’information tout à fait facilement. Un appareil de photographies qui annonce 3 mégapixels aura un capteur dont la capacité fait 2 048 1 536 pixels.

La technologie avance à une allure vertigineuse. Cependant, aujourd’hui encore, le grain d’argent de la pellicule classique reste plus petit que le pixel.

Réglage de la résolution

Il est laissé au choix de l’opérateur d’utiliser la résolution maximale de l’appareil, mais aussi de choisir des résolutions inférieures à la capacité maximale du capteur CCD, ceci pour éviter de prendre des photographies lourdes au sens informatique du terme, c’est-à-dire occupant sur le support un nombre d’octets important. On peut ainsi, dans un appareil classique, sélectionner une résolution 1 600 1 200 (UXGA [Super extended graffic assay]) ou 1 280 960 (SXGA [ultra extented graffic assay]) ou 1 024 768 (XGA) ou enfin une résolution minimale 640 480 (video graphic array : VGA).

Quel réglage choisir ? Il faut adapter la résolution à la destination de l’image.

Si une photographie n’est utilisée que pour un transfert sur internet, ou l’affichage en petite taille à l’écran, qu’elle ne subira ni recadrage, ni agrandissement, ni impression, une résolution minimale sera suffisante.

Si on veut imprimer une photographie de qualité en A4 sur du papier numérique, il faudra choisir la plus grande résolution.

Cependant, nous ne sommes pas toujours sûr de la destination finale de la photographie. Si nous prenons une photographie en basse résolution, celle-ci ne pourra pas être améliorée. Si nous prenons une photographie en haute résolution, on peut toujours, sur l’ordinateur, modifier la résolution de la photographie en la diminuant, jamais en l’augmentant. En dermatologie esthétique, comme en photographie numérique dermatologique, il est donc souhaitable de prendre des photographies en résolution suffisante de façon à pouvoir utiliser ces documents de toutes les façons en se réservant la possibilité de les agrandir ou de les recadrer.

Compression

C’est une donnée majeure pour éviter d’occuper un espace important sur les supports de stockage ; l’appareil de photographie va « comprimer » la photographie. Cette compression est le résultat d’un algorithme informatique qui permet de diminuer le poids informatique de la photographie sans altérer sa qualité ou en tout cas en altérant sa qualité de façon imperceptible à l’œil humain. La compression la plus utilisée à l’heure actuelle est la compression joint photographic expert group (JPEG). Cette compression permet de diminuer de façon impressionnante le poids informatique d’une photographie qui peut se trouver divisé par 10 tout en gardant sa qualité à l’écran. Toute compression est destructive. Une certaine partie des informations de départ ne sont pas restituées à l’affichage. On peut régler le niveau de cette compression. Quand la compression est modérée, l’œil ne fait pas la différence à l’affichage sur écran. Les premiers appareils de photographie numérique appliquaient une compression importante car les supports de stockage étaient de faible capacité. Cela nuisait à la qualité de l’image.

On peut régler sur les appareils le niveau de compression. Il est certain que plus le niveau de compression est important, plus le risque de diminuer la qualité de la photographie est aussi important. On a ainsi le choix dans la plupart des appareils entre :

– quasiment pas de compression, c’est le niveau « haute qualité » ;

la photographie sort le plus souvent au format tagged image file format (TIFF), mais le nombre de photographies que l’on peut stocker sur la carte mémoire de l’appareil est évidemment beaucoup moins important ;

– les autres niveaux de réglages en JPEG sont appelés le plus

souvent « fine », « normale » et « basique ». Pour ne pas altérer la qualité en photographie numérique, nous préférons, pour la photographie esthétique, rester à une compression faible : « fine ».

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Photographie numérique en dermatologie esthétique

Dermatologie esthétique

en dermatologie esthétique Dermatologie esthétique 2 Cartes mémoire. Tableau I. – Nombre de photographies

2 Cartes mémoire.

Tableau I. – Nombre de photographies stockées sur une carte mémoire en faible compression en fonction de la taille d’image sélectionnée (il s’agit de chiffres moyens susceptibles de varier de quelques unités se- lon la marque).

Taille de l’image (pixels)

2 272

1 704

1 600 1 200

640 480

Carte mémoire de 16 Mo

8

photos

16

photos

86

photos

Carte mémoire de 128 Mo

65

photos

125

photos

700

photos

Choix conseillé pour la prise de vue esthétique de très grande qualité, permettant recadrage et impression :

compression JPEG de niveau faible ; correspond au réglage « fine » dans la plupart des appareils ; taille d’image :

2 272*1 704.

AUTRES FONCTIONS DE L’APPAREIL DE PHOTOGRAPHIE NUMÉRIQUE

Autres réglages

Balance des blancs

L’appareil de photographie a la capacité de corriger les couleurs dans un environnement particulier néon, tungstène, éclairage du jour etc. Si on fonctionne en automatisme total, il n’est pas nécessaire de régler la balance des blancs. Si on utilise le réglage manuel, il est important d’effectuer ce réglage.

Date et heure

Il faut penser à ce détail très utile ensuite dans le classement des photographies. Ces informations ne figurent pas forcément sur la photographie elle-même comme avec une pellicule argentique mais font partie des informations stockées sur la mémoire et liées à la photographie.

Stockage des photographies

Il s’effectue, dans les appareils de photographie numérique, sur des cartes mémoire qui peuvent être de différents types selon la marque de l’appareil. Trois grands types sont disponibles : les cartes Smartmediat, Compactflasht et Memorystickt (fig 2). Les cartes Smartmediat sont plus fines, plus petites mais aussi plus fragiles ; les cartes Compactflasht mesurent 3,6 cm sur 4,2 cm. Elles sont rigides et peu fragiles. Leur capacité est au minimum de 8 mégaoctets (Mo) et on trouve aujourd’hui à des prix modérés des cartes de 128 Mo. Les cartes Memorystickt sont moins répandues ; ce sont de petites cartes rigides assez allongées. Combien de photographies peut-on stocker sur une carte mémoire ? Tout dépend des constantes précédentes, c’est-à-dire de la résolution et de la compression choisies (tableau I).En haute résolution et en faible compression, sur une carte de 16 Mo, on ne stocke pas plus de huit photographies. Il vaut mieux s’équiper d’une carte de 64 Mo ou mieux de 128 Mo, ce qui laisse le loisir de stocker un nombre important de photographies et de faire son transfert à la fin de la journée de consultation. Une fois les photographies transférées, on peut effacer le contenu de la carte mémoire et le

nombre de réutilisations est quasi illimité. Les capacités de stockage des cartes mémoire sont en augmentation constante. Des cartes de 1 gigaoctet (Go) sont maintenant disponibles.

Visualisation des photographies sur l’écran de l’appareil

La fonction visualisation des photographies sur l’écran LCD est extrêmement utile et constitue un avantage appréciable par rapport à la photographie argentique. La résolution de l’écran LCD n’est cependant pas suffisamment importante pour permettre une visualisation optimale des photographies. Elle permet un premier tri. On peut ainsi éliminer directement des photographies mal cadrées ou floues avant le transfert sur l’ordinateur. Ceci permet de gagner de la place sur la carte mémoire, et du temps. On peut afficher plusieurs photographies en même temps. On peut aussi effectuer un agrandissement de la photographie pour visualiser un détail si la résolution choisie le permet.

Alimentation de l’appareil

Il ne faut pas oublier qu’un appareil de photographie numérique est alimenté par des batteries. Même si les batteries modernes ont une

durée d’autonomie plus grande, la prise de vue consomme de l’électricité et il est important de penser à recharger les batteries de l’appareil régulièrement. Le mieux est de faire l’acquisition d’une deuxième batterie de façon à pouvoir disposer en permanence d’une batterie chargée, ce qui évite de rester en panne au moment d’une photographie importante.

TRANSFERT DES PHOTOGRAPHIES SUR L’ORDINATEUR

Deux possibilités existent. La première possibilité est un câble qui relie l’appareil de photographie au port universal serial bus (USB) de l’ordinateur (L’USB permet le branchement de nombreux périphériques à l’ordinateur sans éteindre celui-ci, avec des débits rapides). Le transfert se fait de façon simple et automatique. Il est géré par un logiciel de capture de photographie en général présent dans le système de l’ordinateur. Les différentes marques d’appareils proposent des logiciels de transfert plus ou moins sophistiqués. On peut prévisualiser l’ensemble des photographies avant le transfert, ce qui permet le tri des photographies avant l’entrée dans le disque dur. On peut faire pivoter les photographies quand la prise de vue a été faite en position verticale. Une autre possibilité est d’extraire la carte mémoire de l’appareil et de la glisser dans un boîtier relié en permanence à l’ordinateur qui permet de se passer du cordon de transfert. Dans tous les cas, la carte mémoire est reconnue par le système d’exploitation de l’ordinateur comme un disque dur externe ou une disquette. On pourra l’utiliser de la même façon qu’un disque dur externe, en vider par exemple les photographies à la corbeille après transfert pour retrouver une carte vierge. Il ne faut pas oublier d’éjecter la carte (comme avec une disquette) avant de débrancher le cordon de l’appareil, sous peine de faire des erreurs de système, toujours désagréables. Comme pour les batteries, il est pratique d’avoir une ou deux cartes mémoire de secours pour ne pas être pris au dépourvu. Une variante sur les ordinateurs portables est l’utilisation du logement réservé aux cartes PCMCIAt (personal computer memory card international association) ; la carte Compactflasht mémoire s’introduit dans un support de la taille de la carte PCMCIAt qui se connecte ainsi à l’ordinateur portable et permet le transfert rapide des photographies. Quels que soient les moyens utilisés, le transfert s’effectue aujourd’hui rapidement compte tenu de la performance actuelle des ordinateurs sur le marché.

GESTION DES IMAGES SUR L’ORDINATEUR

C’est au niveau de l’ordinateur que se situe la grande révolution pour tous ceux qui sont habitués à la photographie argentique. C’est aussi le grand avantage de la photographie numérique qui permet

Dermatologie esthétique

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*A
*A
*B
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3

A. Image en video graphic array (VGA).

B. Recadrée et agrandie : pixellisation.

*A
*A
*B
*B

4

A. Image en UXGA.

B. Recadrée et agrandie, pas de pixellisation.

l’agrandissement, le recadrage, l’archivage, le classement des photographies bien plus aisément qu’avec une diapothèque papier ou sous forme de diapositives traditionnelles.

Affichage à l’écran

Pour comprendre l’affichage à l’écran, il faut faire appel à nouveau

à la notion de résolution. Un écran d’ordinateur (ou moniteur) a

une résolution qui, pour la plus basse, est de 72 points par pouce et pour la plus haute de 96 points par pouce. C’est-à-dire qu’une photographie affichée à la taille idéale de 1/1 (1 point de la photographie correspondant à 1 point de l’écran) occupera la totalité de l’écran pour une photographie mesurant 1 024 pixels sur 768 pixels (790 000 pixels). Il est donc inutile pour l’affichage à l’écran d’avoir une photographie d’une résolution supérieure.

Pourquoi alors utiliser des photographies de 3 millions de pixels ? Nous avons déjà exposé la première raison : si l’on veut imprimer une photographie, il faudra envisager une résolution qui dépasse 300 points par pouce. La deuxième raison est la possibilité de recadrer et d’agrandir. Supposons une photographie de visage prise

à une résolution basse de 640 780 ; celle-ci, affichée sur l’écran

dont la résolution est de 96 ppi, va occuper un espace de 19,58 cm sur 17,99 cm en affichage optimal 1/1. C’est suffisant. Si nous

voulons afficher en détail les rides de la patte-d’oie par exemple, avec la même dimension d’image, le résultat aboutira à la pixellisation, c’est-à-dire la visualisation de petits carrés à la surface de la photographie qui perd donc toute sa netteté. Il faudrait, pour pouvoir faire cette opération sans pixellisation, faire cette opération

à partir d’une photographie d’une résolution au moins trois à quatre

fois supérieure. C’est tout l’intérêt des « mégapixels » (fig 3, 4).

Le recadrage permet aussi d’éliminer les objets qui auraient pu malencontreusement être photographiés, malgré les précautions dans la prise de vue (cf infra).

Travail de l’image

C’est l’aspect le plus dangereux en dermatologie esthétique. Si la technique de prise de vue a été correcte, il n’y aura pas, a priori, besoin de corriger une sous-exposition ou une surexposition. Si toutefois la technique a failli, la correction de la luminosité est

extrêmement simple à faire sur la plupart des logiciels proposés par les fabricants d’appareils de photographies qui sont pour la plupart des versions allégées de la référence en matière de logiciels de traitement de l’image qui est Photoshopt. C’est sur ces logiciels que vous pourrez aussi recadrer la photographie ; l’opération sur Photoshopt est extrêmement simple ; il suffit de dessiner un cadre pour isoler la portion de la photographie que l’on veut conserver. On peut aussi changer la résolution de la photographie. Nous avons vu que nous conseillons la prise de la photographie dans une résolution maximale avec une compression faible. Si on veut utiliser cette photographie non pas pour l’impression ou pour l’envoi à un journal médical, il est intéressant d’en diminuer la résolution pour l’adapter à sa destination. Pour une utilisation à l’écran ou à la vidéoprojection, nous avons vu qu’une résolution de 96 points par pouce est largement suffisante avec une taille de photographie qui ne dépassera pas 15 cm en largeur. C’est aussi le cas pour l’utilisation sur un logiciel tel que Power Pointt. Si on veut adresser la photographie à un confrère par internet, il faudra la compresser en JPEG et lui donner une taille raisonnable pour que son poids informatique soit suffisamment faible pour voyager sur le réseau. Le transfert par internet, surtout si on n’a pas la chance d’avoir une ligne ADSL, impose en effet pour les photographies un « poids » en kilo-octets (Ko) raisonnable, de l’ordre de 300 Ko. Ouverte sous Photoshopt, une photographie de 800 600 Mo « pèse » 1,37 Mo. C’est donc bien trop lourd. Photoshopt permet de contrôler le niveau de compression, la taille de l’image et le poids informatique de celle-ci après ces différentes modifications. Comment faire en pratique ?

– ouvrir l’image ;

– aller dans « taille de l’image » ;

600

– rééchantillonner l’image en lui donnant une taille de 800 pixels ;

– utiliser la fonction « enregistrer pour le web ».

Photoshopt vous permet de choisir le poids exact de votre image. C’est précis et assez facile à utiliser. Quand la photographie est sous-exposée (fig 5A), on peut corriger le contraste et la luminosité (fig 5B).

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*B
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5

A. Quand la photographie est sous-exposée.

B. On peut corriger le contraste et la luminosité.

Le danger en dermatologie esthétique est la possibilité de modifier profondément la prise de vue originale. Quelle tentation pour un présentateur n’ayant pas un souci éthique irréprochable d’effacer des imperfections pour donner un résultat plus favorable à ses techniques de dermatologie esthétique ! Dans les congrès aux États- Unis, les présentateurs s’engagent à ne pas avoir modifié leurs photographies par les techniques du numérique.

Classement des photographies

La plupart des constructeurs proposent avec leur appareil de photographies un logiciel de classement. Il en existe aussi autant dans le monde PC que dans celui de Macintosh, qui deviennent à l’heure actuelle très performants et faciles à utiliser. Le principe de ces logiciels est l’affichage de vignettes, images en faible résolution des photographies originales qui restent stockées dans le disque dur. Ces vignettes peuvent être affichées en grand nombre (comme sur des planches contacts en photographie argentique). On peut ainsi d’abord faire un premier tri en éliminant les photographies floues ou sous-exposées. La suppression des vignettes peut supprimer aussi la photographie originale sur le disque dur. Rappelons qu’il vaut mieux, avant toute opération de tri ou de classement, avoir effectué une sauvegarde de ses photographies originales. Les photographies ont un nom d’indexation qui est incrémenté au fur et à mesure par le système gestionnaire de l’appareil de photographie de telle façon que deux photographies ne portent pas le même numéro afin qu’elle n’écrasent pas les précédentes au chargement. Les noms de ces photographies n’évoquent rien à l’opérateur et une des premières tâches est de les renommer. On peut effectuer cette opération sur plusieurs photographies en même temps ce qui fait gagner beaucoup de temps. Selon sa façon de travailler, on pourra par exemple mettre le nom du patient ou ses initiales sur les photographies. La création d’album thématique est d’intérêt très grand pour le classement des photographies en dermatologie esthétique. Cette création d’album est en fait un artifice d’affichage car les photographies ne changent pas réellement de place sur le disque dur. On pourra ainsi faire des thématiques par thérapeutique : lasers,

peelings, chirurgie, injection de produits de comblement des rides, ou par diagnostic : couperose, mélasme, vieillissement photo-induit, etc ; des photographies identiques pouvant se retrouver dans des thématiques différentes (on peut retrouver une photographie de couperose dans « laser KTP » ou dans « lésions vasculaires du visage ».

Une troisième possibilité de ces logiciels de classement est de pouvoir établir des mots-clés permettant une recherche multicritère. On pourra ainsi sortir facilement par exemple toutes les photographies d’angiomes traités par laser KTP sur des patientes âgées de moins de 30 ans.

Le logiciel de classement de photographies permet souvent aussi le recadrage et la correction du contraste et de la lumière. Il permet de faire pivoter la photographie si celle-ci a été prise en position verticale.

Un des objectifs de la photographie esthétique est de permettre la comparaison des clichés. On peut ainsi afficher deux photographies côte à côte sur l’écran afin d’objectiver l’évolution sous traitement (fig 6A, B).

L’exportation des photographies à un format adapté au web est aussi possible directement à partir du logiciel. Ceci permet l’échange de fichier avec des correspondants.

Toutes les possibilités de regroupement des photographies par albums sont faisables sans pour autant multiplier ces photographies sur le disque dur puisqu’il ne s’agit que d’ « artifice recherche ». On peut créer des albums sur des traitements laser, des albums de chirurgie, des albums de peeling, des albums selon les localisations (visage, cuir chevelu, ongles). Toute latitude est laissée à l’imagination du dermatologue esthéticien pour trouver la solution de stockage qui lui convient.

Un autre moyen de classement est la possibilité d’utiliser son logiciel « fichier patient ». Beaucoup de logiciels médicaux permettent de faire figurer des photographies numériques directement dans le dossier du patient. Il faudra cependant, comme pour les photographies destinées au web, veiller à ce que le poids informatique de l’image ne soit pas trop important. Utilisé à grande échelle sur un fichier, cela peut l’alourdir considérablement. Les sauvegardes seront alors plus longues. La recherche multicritère peut être ralentie. Certains logiciels permettent de créer un lien entre la fiche du patient et un dossier extérieur au fichier patient. Ceci permet de conserver les photographies dans son disque dur sans alourdir la base de données patients et d’afficher facilement la photographie demandée par un simple clic sur le lien.

Utilisation de la photothèque

La photothèque ainsi constituée pour le dermatologue spécialisé dans l’esthétique est une source d’iconographie pour la réalisation de cours ou de présentation pour les congrès.

Les photographies numériques de la base thématique peuvent être facilement incorporées dans une présentation type Power Pointt. Il faut cependant pour cela leur donner le format qui convient. Une photographie trop lourde insérée dans Power Pointt ralentit la présentation et est susceptible de créer des ennuis au moment de la projection. N’oublions pas qu’un vidéoprojecteur a la même

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A. Avant laser YAG.

B. Après laser YAG (iconographie Docteur Brigitte Tack,

Caen).

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résolution que l’écran du moniteur de l’ordinateur. Toutes les remarques que nous avons faites précédemment pour l’affichage sur écran sont les mêmes. Quel format utiliser en pratique pour Power Pointt ? Une photographie ayant une résolution de 96 points par pouce et de 15 cm de large est largement suffisante. La projection sera de très bonne qualité et se fera de façon fluide. Attention, quand une photographie est insérée dans Power Pointt, celle-ci garde son poids informatique initial même si l’affichage est diminué pour « la faire tenir » dans l’espace de la diapositive.

Publication

Une photothèque numérique sert aussi à illustrer des articles et des publications. Une haute résolution des photographies numériques est alors nécessaire. Il faut, pour avoir une impression correcte, que le document ait une résolution de 300 points par pouce, et cela avec une taille d’image suffisante (par exemple 10 cm de large). Il est difficile d’adresser dans ce cas des photographies par internet. Même sur une ligne haut débit, on est souvent limité en volume de transfert par le fournisseur d’accès. La compression en JPEG trop forte peut altérer le rendu final de la photographie. Il vaut mieux alors graver les photographies sur un CD-rom et les adresser à l’éditeur en tiff par exemple.

Sauvegarde et archivage

L’informatique n’est pas une technique fiable à 100 % et il est fortement conseillé d’avoir un double de son fichier photographique original. Une fois les photographies introduites sur le disque dur de l’ordinateur en vue de leur classement par le logiciel de classement de photographies, il sera prudent de recopier immédiatement ces photographies originales soit sur un autre disque dur de grande capacité, soit en les gravant sur un CD-rom ou un DVD. On peut ainsi ensuite, sans risque, manipuler les photographies sans crainte d’en perdre et on est à l’abri d’une panne éventuelle du disque dur de l’ordinateur. Cette sauvegarde, comme dans toutes les manipulations informatiques, est absolument indispensable.

Aspects pratiques de la prise de vue en dermatologie esthétique

La photographie, dans le domaine de l’esthétique, doit répondre à deux exigences : être au plus près de la réalité et être comparative, c’est-à-dire assurer un caractère reproductible de la prise de vue. Les modifications de la surface de l’épiderme (érythrose, couperose, taches pigmentées, atrophie) sont parfois peu spectaculaires. La photographie ne doit ni les exagérer en accentuant les rides par un éclairage tangentiel, ni les diminuer en écrasant les reliefs par un coup de flash). Pour juger de l’amélioration après une intervention sur la surface de l’épiderme (peeling, rejuvénation par laser) ou de toute autre intervention, les clichés doivent être comparatifs. Il faut donc que la technique assure le caractère reproductible de la prise de vue qui doit être prise rigoureusement dans les mêmes conditions. La photographie numérique apporte, nous le verrons, un avantage certain sur l’argentique dans ce domaine. Ce sont, avec les dermatologues, les chirurgiens plasticiens qui ont été les principaux utilisateurs de la photographie depuis 50 ans. Ils ont contribué à établir les standards de la prise de vue dans ce domaine. L’arrivée de la photographie numérique depuis 5 ans a bouleversé la gestion de la photographie et déstabilisé ces standards. Des études comparatives sont effectuées régulièrement sur différents appareils de photographie numérique en utilisant des paramètres identiques. La publication de ces études est déjà obsolète avant leur parution. Le développement de la technique dans ce domaine est dans une phase de croissance exponentielle et il faudra attendre quelques temps encore avant d’y voir plus clair. Certains auteurs ont étudié de façon détaillée l’influence des paramètres tels que la

résolution, la compression, l’éclairage, le réglage de la balance des blancs sur la qualité de la photographie en dermatologie esthétique et en chirurgie plastique. Galdino (Baltimore) propose un certain nombre de critères à respecter pour avoir une bonne standardisation de la photographie numérique :

– maintenir une constance dans la photographie : même appareil, mêmes conditions de lumière, même position du patient ;

– respecter les principes de base de la photographie ;

– utiliser une distance focale reproductible (la position grand angle est facteur de distorsions dans les distances) ;

– assurer une constance dans l’éclairage ;

– faire une balance des blancs automatique ;

– utiliser des fonds bleus (éviter le blanc et le noir) ;

– utiliser des résolutions de l’ordre de 1,5 à 2,7 millions de pixels ;

– utiliser une compression faible (« JPEG fine » ou tiff).

On peut déjà se rendre compte que le septième précepte concernant la résolution est déjà balayé depuis 2 ans puisque les appareils de photographie actuels avoisinent tous les 5 millions de pixels.

COMMENT ASSURER AU MIEUX LA FIDÉLITÉ DE LA PRISE DE VUE

Donner au patient une apparence neutre

– Le sujet est la peau : tous les éléments inutiles devront avoir été supprimés : collier, boucles d’oreilles, foulard. Si on prend une photographie sur un champ plus large, les vêtements devront être recouverts par un tissu neutre.

– Tout ce qui peut masquer les lésions devra avoir été ôté, en

particulier le maquillage. Il faut que les patientes se démaquillent avant la photographie, si possible 10 minutes avant, pour ne pas induire de rougeurs. Même une crème de base peut entraîner une altération de la réflexion de lumière sur la peau. Les cheveux masquent souvent le front ou les faces latérales du visage : ils seront maintenus tirés en arrière.

– L’expression du visage : elle doit être la plus inexpressive possible :

– la mimique doit être absente : pas de sourire qui creuse les rides d’expression, notamment les rides périorbitaires ;

– les yeux doivent regarder un endroit fixe du mur (ce peut être

une marque définitive). On peut demander au patient de fermer les yeux rapidement juste avant la prise de vue. Certains auteurs vont jusqu’à recommander une fermeture des yeux qui doit être très relaxée pour ne pas marquer les lignes d’expression du visage.

– L’environnement de la photographie : tout dépend bien sûr des

possibilités d’espace offertes par le cabinet du praticien. L’idéal est d’avoir un espace réservé pour la photographie. On y mettra un fond de mur neutre, sans dessin ni objet visible.

Cadrage de la photographie.

Si on veut donner une crédibilité à la photographie, il faut que l’on puisse apprécier le contexte de l’expression du visage pour juger de l’influence de l’expression sur les détails. Prenons un exemple : nous voulons photographier les rides de la patte-d’oie. Si nous ne photographions que le détail, nous ne savons pas si le patient sourit. Si nous photographions tout le visage, nous n’aurons pas le détail. La photographie numérique marque un point à cet égard en souplesse d’utilisation sur la photographie argentique. Si la photographie est prise dans une résolution suffisante (cf supra), nous pourrons recadrer facilement nous-mêmes la photographie sur l’ordinateur et montrer en même temps sur le même document le gros plan et le panoramique pris au même instant.

Éclairage

Nous l’avons vu dans le chapitre sur les bases de la photographie numérique, la lumière est l’élément fondamental. On peut

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Photographie numérique en dermatologie esthétique

Dermatologie esthétique

complètement changer l’appréciation d’une rejuvénation du visage par la disposition ou l’intensité de la lumière. Pour assurer un éclairage satisfaisant du patient, nous ne pouvons faire confiance à l’éclairage naturel. Celui-ci est trop changeant. Le soleil n’est jamais le même dans une pièce dans la journée et varie suivant la météorologie et les saisons. Il est indispensable de recourir à un éclairage artificiel. Celui-ci peut être de deux types :

– des projecteurs de lumière comme dans un studio de photographie ; des sources de lumière croisées par rapport à l’objectif permettront de minimiser les ombres projetées ;

– le flash ; c’est avec le type d’éclairage par projecteur qu’il faudra être vigilant pour assurer une bonne profondeur de champ au niveau du visage et on pourra travailler en position manuelle avec priorité à l’ouverture du diaphragme. Des essais peuvent être réalisés pour déterminer l’ouverture du diaphragme. Un cabinet de consultation n’est cependant pas un studio photographique. En pratique, c’est le flash qui sera la source d’éclairage la plus fréquemment utilisée. Celui-ci a l’avantage de provoquer une lumière brève synchronisée avec l’obturateur, suffisante pour utiliser une petite ouverture de diaphragme, et donc d’assurer une bonne profondeur de champ. La puissance du flash permet de se mettre à l’abri du caractère changeant de la lumière ambiante. Cependant, il faudra vaincre deux écueils : éviter de créer des zones d’ombres sur le visage, et éviter le « coup de flash » intense par réflexion sur un relief, écrasant les détails. C’est la position du flash et la distance de l’appareil à la peau qui seront déterminantes. Il est possible de fixer au boîtier de l’appareil numérique un deuxième flash synchronisé afin de pouvoir éclairer le sujet sous un angle différent. Il est important de pratiquer des essais suivant le matériel dont on dispose et de repérer la configuration optimale. Une fois celle-ci déterminée, il faudra s’y tenir. Un des avantages de la photographie numérique est la mise en mémoire automatique au moment de la prise de vue de toutes les caractéristiques des réglages de l’appareil. Ces caractéristiques sont lisibles sur le logiciel de classement de photographie. Tout est noté :

date, heure, vitesse, ouverture, flash, résolution etc. Ceci facilite beaucoup le travail de l’opérateur pour affiner ses réglages et trouver, pour sa configuration matérielle et la disposition de sa pièce, les conditions optimales.

Utilisation de filtres

Ces filtres de lumière polarisés sont utilisés par des amateurs avertis et permettent d’améliorer la saisie du détail de la surface cutanée. Il peuvent être placés sur le flash et sur l’objectif. Ces accessoires dépendent bien sûr de l’appareillage utilisé. Ils sont plus rares dans l’univers numérique que dans les appareils de photographies réflexes argentiques.

Réglage de la sensibilité

Dans un appareil de photographie argentique, la sensibilité de la pellicule (ASA) joue un rôle important. Dans l’univers numérique, on peut régler la sensibilité du capteur CCD. Celle-ci se mesure en international organisation for standardization (ISO). Cependant, ce sont les sensibilités les plus basses (100 ISO) qui assurent le meilleur rendu à la photographie.

Couleur

Le rendu de la couleur obtenue par un appareil de photographie numérique dépend du moniteur sur lequel la photographie est visualisée. Les écrans cathodiques et les écrans plats à cristaux liquides des ordinateurs sont aujourd’hui d’une très grande qualité, affichant des millions de couleurs. Beaucoup plus problématique est le rendu des couleurs en vidéoprojection. Selon la qualité du vidéoprojecteur, on pourra avoir de grandes surprises quant au rendu du magenta par exemple. Le problème est aussi important quand il s’agit de passer à l’impression. La qualité de l’imprimante utilisée et celle du papier influent beaucoup sur le rendu des couleurs.

REPRODUCTIBILITÉ

Pour avoir des clichés comparatifs, toutes les photographies de la série doivent être prises de la même manière.

– Le patient devra être prévenu de ne pas être tenté de changer son

apparence entre les deux séances de prise de vue. Quand on vient de subir une intervention esthétique, on souhaite souvent en même temps modifier tout le reste : couleur des cheveux, coiffure plus jeune. Il n’est pas forcément facile d’obtenir que le patient modère son envie de changement jusqu’à la photographie comparative. C’est pourtant un élément important car un jugement objectif de l’amélioration peut être sérieusement influencé par ces facteurs.

– La constance des angles de prise de vue : le même protocole devra

être utilisé pour prendre les photographies. L’appareil de photographie devra se trouver à la même distance du sujet pour une même focale de l’objectif. L’idéal est de pouvoir tourner autour du sujet dont le siège sera placé à un endroit de la pièce repéré à l’avance. Le patient doit regarder toujours dans la même direction. On pourra aisément repérer par de petites marques sur le sol les différents angles de prise de vue. Il vaut mieux tourner autour du patient que de faire bouger celui-ci. Il vaut mieux travailler à focale constante et s’éloigner du patient à une distance précise.

– Le cadrage de l’image est largement favorisé dans un appareil de

photographie numérique par l’affichage de l’image sur l’écran LCD de l’appareil. On pourra repérer ainsi des points de repère sur le visage de telle façon qu’ils se projettent au même endroit sur l’écran LCD. Il faut aussi pouvoir ajuster la hauteur de prise de vue de telle façon que l’axe de l’objectif soit horizontal.

– La constance de la lumière : l’adoption d’une source de lumière

artificielle (flash ou projecteur de lumière) permet de garder les mêmes conditions de prise de vue d’un jour à l’autre et optimise la reproductibilité.

– La reproductibilité des couleurs : la variabilité du développement

des films en couleur et les différences d’un rouleau à l’autre étaient un problème pour la photographie argentique. Pour la photographie numérique, cet obstacle est levé. La stabilité de la couleur ne change pas tant qu’on utilise le même appareil de photographie. Des

corrections standards de couleurs peuvent être faites après la prise de vue de la photographie sur l’ordinateur.

PRISE DE VUE EN POSITION MACROPHOTOGRAPHIQUE

Ce mode de prise de vue nécessite d’être envisagé séparément car les contraintes techniques sont différentes. La position macro-existe sur la plupart des appareils de photographie numérique. Elle permet de prendre des photographies très rapprochées de l’ordre du centimètre. Elle se règle facilement, faisant apparaître alors une petite icône évocatrice (une petite fleur par exemple). Cette icône pourra prendre une couleur différente quand les conditions optimales de focale de l’objectif seront réalisées au moyen du zoom (W–T) de l’appareil de photographie. La mise au point peut s’effectuer toujours par autofocus. Il est possible de débrayer l’autofocus pour faire un réglage manuel de la mise au point. C’est dans la position macro- que les conseils que nous avons donnés pour l’éclairage prennent toute leur acuité. Le flash traditionnel risque d’écraser les reliefs. Il peut aussi, si la photographie est prise de très près, entraîner une ombre au niveau de la photographie. L’éclairage extérieur même puissant peut ne pas suffire pour éclairer la lésion cachée en partie par l’opérateur et l’appareil. Les premiers essais peuvent être décevants car si on n’y prend pas garde, on se retrouve assez vite avec une vitesse d’obturation au 1/30 de seconde. Si on n’a pas une stabilité parfaite (il faut un point d’appui pour les coudes de l’opérateur), le risque de bougé est très important. La photographie sera floue et Photoshopt ne pourra rien pour nous. Il existe des accessoires permettant de pallier ces inconvénients. Des éclairages externes utilisant des lumières froides annulaires autour de l’objectif sont très efficaces. Elles fonctionnent différemment des flashes en restant éclairées pendant toute la durée de la prise de vue, ce qui est très

Dermatologie esthétique

Photographie numérique en dermatologie esthétique

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utile pour la mise au point. Ces systèmes sont facilement fixés à l’objectif par simple vissage. Ils sont alimentés par des piles au cadmium-nickel assez onéreuses. Il est intéressant de s’équiper de batteries rechargeables ou d’une alimentation externe. En dermatologie esthétique (et en dermatologie en général), il est important de pratiquer un cliché des lésions avant exérèse. Ceci permet, sur un plan médicolégal, d’avoir une trace de la lésion dont on a pratiqué l’ablation. En cas de surprise histologique (cela arrive même aux plus compétents !), on pourra ainsi rétrospectivement constater la difficulté du diagnostic clinique de départ. Cela permet aussi de justifier l’importance de la longueur d’une cicatrice (les patients et les praticiens oublient vite ce qui a disparu).

LOGICIELS DE SIMULATION

La simulation (morphing en anglais) permet de présenter au patient un résultat après traitement. Le logiciel permet, à partir de la photographie initiale, une déformation de l’image simulant le résultat après un traitement chirurgical. C’est un procédé surtout utilisé pour la chirurgie plastique. Il peut aussi entrer dans le champ de la dermatologie esthétique en permettant par exemple des changements de couleur pour simuler un érythème postlaser afin d’informer le patient des effets secondaires du traitement. On peut à l’inverse simuler la disparition de l’érythrose après un traitement par laser KTP, l’effacement d’un angiome plan après laser à colorant pulsé etc. Certains logiciels sont très sophistiqués et nécessitent une bonne habitude de l’informatique et du traitement de l’image. Le patient assiste sur l’écran de l’ordinateur au changement qu’il souhaite apporter à sa peau. Cela permet aussi au praticien de se rendre compte de la demande réelle du patient. Ces techniques, aussi séduisantes qu’elles soient, ont des effets pervers. Il est facile de se laisser aller à des simulations idéalisées sur l’écran, et de proposer au patient des modifications qu’il sera difficile d’obtenir dans la réalité. La déception du patient peut être importante. Même s’il est amélioré, il ne le sera pas comme sur le modèle informatique. On peut se passer du morphing, et présenter au patient les résultats réels obtenus. La photographie numérique permet de se constituer aisément une bibliothèque d’iconographie des principales techniques utilisées par le dermatologue. Ces photographies réelles avant et après pourront être disponibles et facilement accessibles sur l’écran de l’ordinateur sur le bureau du dermatologue. Il est facile en informatique d’anonymiser les photographies en ajoutant sous Photoshopt des bandeaux sur les yeux afin de rendre méconnaissable le patient ayant été traité.

PHOTOGRAPHIE NUMÉRIQUE, OUTIL POUR LA CONSULTATION EN DERMATOLOGIE ESTHÉTIQUE

La maîtrise de l’informatique vient facilement si on s’en sert quotidiennement. Un dermatologue habitué aux écrans de contrôle des lasers ne peut pas être perdu devant un ordinateur ! Pourtant,

peu de praticiens utilisent le multimédia sans réticence. Il serait tout à fait facile, une fois sa base de données iconographique constituée, de faire de petits montages Power Pointt à destination du patient pour lui expliquer les petits gestes techniques utilisés : comblement de rides, peeling, resurfaçage etc, et les résultats qu’il peut attendre.

Un dermatologue ayant une activité esthétique importante peut même envisager de mettre à disposition des patients une borne à écran tactile dans la salle d’attente. La souplesse de l’informatique permet une actualisation en temps réel de ces présentations multimédias. On est loin de la complexité des diaporamas traditionnels, trop lourds à gérer au cabinet.

Conclusion

Adopter la photographie numérique n’est pas un simple changement d’appareil, c’est un changement complet dans la gestion de l’image. Aujourd’hui, le texte, le son, l’image fixe, l’image animée peuvent toutes se résumer à des données binaires. L’immense avantage est qu’elles peuvent être transmises de façon immatérielle par la ligne téléphonique, les ondes hertziennes, qu’elles peuvent être gravées sur des supports tel le CD ou le DVD et dupliquées à l’infini sans altération. Toutes ces données numériques peuvent être utilisées par l’ordinateur personnel qui permet de créer des documents véritablement multimédias en intégrant du son, de l’image, du texte, selon des possibilités infinies. Cette conception du tout numérique incarne un changement de civilisation.

En abordant la photographie numérique, il faut véritablement changer ses méthodes de travail. On ne peut pas imaginer changer simplement son appareil de photographie argentique en un appareil de photographie numérique et garder tout le reste : boîtes à diapositives, classeurs, petites fiches bristol. Tout cela devient obsolète. Il faut penser que la photographie numérique va être archivée, classée, uniquement sur l’ordinateur personnel. Elle va être visualisée sur un écran d’ordinateur et projetée éventuellement avec un vidéoprojecteur. Bien sûr, on peut éditer la photographie sur un support de diapositives traditionnel, notamment dans un montage Power Pointt classique. On peut aussi imprimer la photographie avec une imprimante sur papier photographique couleur. On peut enfin faire reproduire les photographies sur un article scientifique dans la presse médicale. Cependant, quotidiennement, l’image s’utilise d’abord sur l’écran d’ordinateur.

La souplesse du système, sa reproductibilité, les moyens de classement informatique, la possibilité d’afficher plusieurs images sur l’écran pour les comparer font de la photographie numérique l’outil idéal pour la dermatologie esthétique.

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