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Confessions d'un mangeur d'opium (Nouv. éd.) Thomas de Quincey ; première trad. intégrale par V.
Confessions d'un mangeur d'opium (Nouv. éd.) Thomas de Quincey ; première trad. intégrale par V.

Confessions d'un mangeur d'opium (Nouv. éd.) Thomas de Quincey ; première trad. intégrale par V. Descreux

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

De Quincey, Thomas (1785-1859). Confessions d'un mangeur d'opium (Nouv. éd.) Thomas de Quincey ; première
De Quincey, Thomas (1785-1859). Confessions d'un mangeur d'opium (Nouv. éd.) Thomas de Quincey ; première

De Quincey, Thomas (1785-1859). Confessions d'un mangeur d'opium (Nouv. éd.) Thomas de Quincey ; première trad. intégrale par V. Descreux. 1903.

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D<Sbut d'une sërio de docuxK'ots en couleur

Couwettute mMtieuœ ntanquante

BïBLÏOTHtQUN CO~MOPOMTB

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THOMAS DIS QUINCEY

CONFESSIONS

D'UN

MAMECRDOPIUM

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Toa< dMita Je traduction,de TtpTCttaetion et d'att*t}r<6 t~aertet peut tou<

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A"LÀ M&ME ~BRAIRÏË

BIBLIOTHEQUE COSMOPOUTE

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Scharmann ot J. Loxaire.

fran<dsûdu MM.

Un9br.in-i8.ï'rix.a

Loi.

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Pitu~tdUci).

RouAd~). Traduit du

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G.

~At~o))M d'HM/)f/OM. Vi'i

et twuturcs de NicitKor Xa.

-– t/M~ant, comëdîo

trapuxny. Traduit du russe,

in-tS.

par

otG.Dehcssc.

M'"Mari))'tPo!on8ky

Un volume

3

50

tf ~)YM<< Ga-

en 3 Rctes.

Aug. M<)n.

3SO

Traduction ttc

nier. Unvol.in.i8. Prix.

– Z~na~a, p!6co en 4 a.!tcs.

Une ~f!<Mt<e,pi&ce en 4 ac.

tes, 6 tableaux. Traduction

in-i8.

Aug.

de M.

~ol.

Monnier. Un

3SO

3f~My<<'e< Po~aMte. Tr&-

Aug. Mon-

nier et G. Montignac. Une

brochure in-iS.

dncUon de MM.

1

J~'fOt, dramo en 4 actes.

te /OMftM~f< drame

tes.

HCUEGAKnAY.

~~o, pièce

GRtGOROviTCH (

an 3 notes. Adap-

de

MM.

2

Les

ro~taM

française

Schurmann et J. Lemaire.

tation

Unebr.in.t8.Prix.

(Dhnitri).

f<!f€n<t<~ /a Ca;)!<o<e,

Traduction

in.iS. 3 SO

traduit du

russe, par

E!éoNoro Tsaknv. Un

M"*

vo).

(Gerhart). ~MM

d'A-

en 4 ac-

A. l

Traduction de M.

ïlAUi'TMÀNN

Monnier. Un voL in.tS. 3 SO

i!t.i8.

Mf!<a:)'M.

BRAfDËs (Edouard). MA!-

.<<(Une visite.

Sous la

lexandre Cohen. Un .volume

Fin d'une sert': do d<K:m[)t:nts

en t:ou!our

~CONFESSIONS

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MANGEUR D'OPIUM

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tnt'nts du

)ro)nM)s.

Phi!t'hop!o. <Jn

'.oiamo in-16.

Cnti~MR littéraire

ot ('ritifjne d'att.

a fr

CEawexpoétiquetoomplètet, traduites !Mr Mti<

rc~'<f<. Reine Nfab, Alutor, I.<mn et

H,wnM.

~ex Cenoi,

1.

Il.

Cythaa,

etc.

ï'Mïn6th~e, I.& Ma~o~naf,

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firagaieuta. –.

Défense de la

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Kptpty.~hidion, Adonaïa, H~Uas.

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votumo in-i8.

poèmes

et

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Gabriel Mo~roy,

Maupa'-s9at. Un voluntc in-i8.

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et

KtaUades,

avec

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A. C.

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Nouve&nx jpo~mes

(ouvres,

M. Albert Savine. ~n volume

et

Théâtre

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CHm&TOFnBMAMt.owe.

su<* Marlowe,

préface

~us.\BKTH

volume in

sa

vie

OscAR WtLOH.

volume

complût.

par

F6H\ Rabbe. avec une

1

fr.

roman.

3

fr.

in-!8.

Jean Mchnp)n. Deux volumes

HKOwsMG.

in-~8

par

Aurora Leigh)

HAttRET

Le

portrait do DoritHt

Gray,

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CONFESSIONS

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~àN,&EUR

D'OPIUM

J~R~U~RHTKADtJCTtONtNTKGRAL);

P.~

V. DESCREUX

NOUVRI.Ï-.H

MMl-i'ION

PARIS I~r~RR.

T?,-V. STOCK, ÉDITEUR

27, RUE

DE RICHELIEU,

1903

27

'tous droits réserva.

PREFACE DU TRADUCTEUR

Les CoM/MtOH.? <fw! M<ïMg-<?«r ~'o~!Hn: présentent.

le double caractère, Is double intérêt d'eue une auto-

biographie et le récit d'expériences nombreuses et va-

riées sur un des agents les plus puissants

que la nature

ait donnés a l'homme. Toutefois elles ne sont

pas com- plètes en tant que confessions, car très développées en ce qui concerne l'enfance et la jeunesse de l'auteur,

elles ne s'étendent guère sur sa vie littéraire et sa ma-

turité. Elles ne sont pas absolument complètes, en tant que récit d'expériences sur l'opium: un accident qu'il

raconte dans son introduction l'a prive de nombreux

documents et l'a réduit en certaines circonstances à

consulter ses souvenirs. Or, l'on sait

que trop de pré-

soup-

cision dans ceux-ci expose le narrateur au même

çon que trop de précision dans les prophéties on

suppose dans les deux cas de l'illusion, sinon de la

mauvaise ibi,

L'autobiographie de l'écrivain

le défendra de ces

deux reproches. U est

sans fausse modeste

des qualités qu'on

le

peut avouer

sévère I.a RochetbuciuUd met

dans ce nombre la mémoire. Ce droit est encore moins

contestable lorsque,

une discipline suivie, l'on a

pas

par

fait subir :t cette t.tcultc un entraînement énergique;

ainsi qu'on le verra, c'est le cas de notre auteur. Donc,

dans

la nécessite de conblcr par l'imagination les lacunes

pas d'illusion de sa part, et de plus il notait

laissées

par la perte de ses documents.

Quant

a sa bonne loi, il l'a détendue

ayant

des argu-

par ments irréfutables. Il fait remarquer la prévention de

ses compatriotes contre tout écrit

autobiographique, contre la sincérité à outrance d'un

un caractère

J.-J. Rousseau. II a lutté contre cette réserve

presque un sanctuaire 'impé-

fatouche qui fait du Aowe anglais

nétrable, et du for intérieur d'un Anglais un MHC~M:. sanctorum dans ce sanctuaire même. La variété, l'inté- r~t.de ses autres écrits le dispensaient d'avoir recours

aux confessions et de'raconter des expériences .psycho-

logiques dans le simple but de captiver l'attention. On peut le croire quand il dit qu'il a souffert de

passer pour un Mangeur d'opium, qu'il a plus souffert encore

après avoir avoué

habitude, et que le seul .désir

son

d'être utile l'a décidé à écrire.

Cette apologie à l'égard de l'erreur de l'illusion et

de la mauvaise foi serait nécessaire aujourd'hui

eoeore,

pu.

difficile

car l'opium est resté l'objetd'une aversion avouée,

est

blique, d'autant plus bruyante, qu'elle sert à dissimu-

ler l'usage qu'on fait de cette substance. H

de persuader qu'on s'y abandonne par la seule impossi-

b!H!e défaire autrement. Tout homme qui en use est r<u'd~ )~~ /~f.'<t' comme un chercheur de paradis t<r-

la volupté phyiiiquc dans

tihciei~, comme poursuivant

ce qu'eue a de plus intense et de p!us rauine, ennn

comme lui donnant ce ratunement suprême qui con-

siste a la rendre purement intellectuelle.

Une cause qui contrihue a an~mouer ces

préven-

tions, c'esUft erainte~uiest venue à quetqucs esprits

de voir i'optum remptacer i'tdcont comme poison na- tiona! et ~urtom comme poison poput.urc. M. Vercs-

cha~<n, dont on connaît te ta!ent et la sincérité tant

comme artiste que comme explorateur,

déclare que

dans un avem!' assez rapproche, cette substitution accomplie HnAng~e!e~c, elle est ircquente, comme

l'x démontre Th. dcQuinccy lui-même, nonseuicment

p~rmi les hautes classes, mais, encore dans les crands

centres ouvriers. Alphonse Esquiros nons

sera

apprend

que

le laudanum~ c'est-à-dire un liquide capable d'ajouter

aux effets de l'opium ceux d'un alcool très concentré, est émployé couramment a Liverpool par les ouvrières

qui ont de jeunes enfantsafin de pouvoir la

les ateliers en laissant leurs enfants

travaillerdans maison. L'on

la Chine,à qui l'Angletcrre a Impose !!M)H< xu'

dirait

litari-l'usage de l'opium, se

que

de sa défaite

peu

venge

par un

talion rigoureux et exact comme une loi de la nature.

~L.a France même, qui a été quelque

cett~ ~ol~nco, n'est pas à l'abri de l'invasion. Les

complice de

études de M. Charles Richet ont prouvé la diffusion du

morphtnisme~qui est une forme plus subtile

plus

et

dangereuse encore de l'opiomanie. Et nous ajouterons

ici que, comme tous les

exemple vient d'en haut,

doute

exemples corrupteurs, cet

H

restera

notre

confiné sans

tempérament

sous un aspect rldi-

y l'admirable équilibre de

national, qui nous fait bientôt revenir des extrêmes et

nous montre tôt ou tard tout excès

pou-

vous donc espe~t'que la race anslo.saxonnc gardera

cuic, nous arrêtera bientôt dans cette voie. Nous

le monopote de ce fléau, avec tl'autres monopoles

non moins pesants, comme son paupérisme~ son esprit de

destruction qui fait que,

races antérieures et leurs monuments semblent s'évu-

partout où e!îe se montre, les

noui: Race extrême~ avec son sang-froid proverbial,

elle doit subir une loi naturelle

que à formuler ainsi. Dans les caractères nationaux

comme dans les caractères individuels, les extrêmes s'appellent

combattant,; soit en

coexistent et agissent soit en se

je me hasarderais

alternant leur action. C'est ce qu'exprime

livre

un

dépourvu de la sereine clarté des Grecs, mais non moins

beau par les innombrables

lueurs d'éclair qu'il jette Famé. On devine qu'il

s'agit ici de la Bible. EUeditqucIque part cequete puis

bien appliquer ici

les plus adonnées aux préoccupations matericHesetmer-

dans la

nuit delà nature et de

~MM~MMtM

!M~oc<!<. Les cités

cantiles n'ont pas été

aime mieux, privées des écarts de l'imagination et des

illusionsmystiques. Lorsque mille signes

cela préservées, ou si l'on

y

persuadaient

par

l'observateur superficiel qu'on adorait un seul Dieu,

Mammoa, chands, tout

d'atTracticn

Plutus, le dieu des voleurs et des mat'.

y laissait voir un fonds puissant de rêveries~

Four ic côté chimérique, ténébreux des

choses. Les J<om.un~ ces modules

de Fcspnt posi-

tif, tt qui la conquête et l'exploitation du monde hu-

posuient comme une nécessité lit vision exacte de tout

ce qui les entourait, eux qui ont créé un empire

deux réalités les pins inexorablesde tontes, le droit et l'épée,ont créé aussi la superstition. L'homme qui n le plus aime et le mieux connu icnr poète natiomd,Heync, réditeur de Vigile, insiste fréquemment sur le carac- tère H la fois naturaliste et sombre~ des mythes itatiqucs. La contre-partie de cette loi démontre !a loi e!!e-meme.

L'Allemagne, réveillée par IH Prusse de son sommeil

plein de rcvcs mctftphysiques, est devenue industrielle,

les

par

et a fait de ïa

même une science dirigée vers les

guerre

applications immédiates. Indépendamment de cette loi, qui fait correspondre

dans le même être un extrême a un autre, loi sunisante

pour exalter chez la race anglo-saxonne les dons de

création imaginative,

semblerait neutraliser son

que

esprit positif, les faits sont là-pour démontrer sa haute

virtualité intellectuelle. Le plus vigoureux ce siede est peut-être Herbert Spencer;

Wallacc ont donné à l'Histoire naturelle des siècles d'impulsion et de progrés l'ère de Victoria, comme on

la nomme en Angleterre n'est

que

penseur Darwin et

de

moins féconde

pas

l'ère d'Elisabeth en poètes profonds et subtils, en mêtne temps qu'elle lui est bien supérieure en délicatesse. L'on

ne voit pas même

cette.ère soit séparée des précé-

que

dentes par des époques de stérilité relative. Or, l'on a

bien le droit de regarder une telle culture comme une

une exacte compensation au

manifestation extrême,

génie poaitit qui disperse

partout et enracine solide-

ment la race tngto-saxonno.

Si, de ces considérations sacrales, nous

revenons par

une transition naturelle al'amen)- qui a connu

expérience de

p~r une cinquante ans Fun des u~ents les plus

trouverons dans le sujet qu'il a

y

est rehterme. et qui

ne man'

puissants du réve~ nous traitè un autre sujet qui

que pas d'intérêt. Th. de Quincey a décrit av~ minutie,

avec précision, les effets de l'opium; nulle

part

il. ne cher-

che & les expliquer. C'est une question qui se po'se

d'eHe-tneme.

Dans ces descriptions l'on

abondance

pour

le

remarquera

des ëiëments moraux, logiques, imaginants, l'absence

totale de

sait dans quel but l'Orient se livre il i'o-

i~tement sensuel. C'est une surprise

lecteur/qui

pium. On peut

Th. de

attribuer cette iacùnea plusieurs causes.

peut-être !n réserve excessive de

peut

admettre !tuasiqa&

La principale est

l'Anglais, qu:<~Midére ieseut fait d'écrire des confes-

sions.comme une audace. On

Quineey 'n'a pas connu ce cùin du paradis de

rompu

de bonne heure a là méditation

l'opium, et que,

purentent intellectuelle, il devait échappera cei entraî-

nement Qu'on iise l'Opium de ï~. Paul Bonhetain,

livre qui porte la trace de bien des impressions

person'

:nelles, on sera frappé desa différence, de son opposition

absolue avec les Co~MfoM. L'on ne saurait expliquer

cettè diversité

eu ~etne~i nN'sr&~l'ea<4" :,I~-doi*.J.

l'un

AU

fume

par

et que

l'autre

emploie

la manière de

prendre ropîum que

sous forme de solution

on~.t.u;ArQA~¡"

~~K~<rg<*nt<.t-

supp~s*"

tions différentes qui font glisser les deux t~rivains sur

deux versants opposés, alors même qu'ils ont le Même

point de départ. De plus, l'auteur francaia place son

personnage

l'agitation

dans )a partie

de l'Kxtreme-Onent oh

des couleurs et des mouvement:: est h plus

intense; il remplit ses journées par des songeries amou-

les scènes d~ lu vie alternativement iié-

reuses, ou par

vrcuse et torpide qu'on mené dans cette région, et tom cela est d'origine extérieure. Quand l'opium étend sur

nos deux personnages sa toute- puissante innucnce, il agit d'un côté sur un hommequi a médité et contemple,

dont lit vie psychologique est aussi animée

que son existence matérielle est tronquilic et pum- ainsi dire vide, de l'autre sur un homme qui remplit cette exis-

tence par

indéterminées. De partetd'aune, I'inteUi~ence,revcillec par l'opium, se b;Uit son théâtre avec les matériaux qu'elle renferme, y joue en drames ses souvenirs, ses idées, ses sensations; de part et d'autre ellene tired'ellc- même que sa propre reproduction. Ce n'est pas que la sensibilité fasse défaut à Th. de Quincey. L'on ne saurait accuser de sécheresse d'âme celui qui a ose écrire l'épisode de la pauvre Anne, et a fait par un simple récit, d'une prostituée de Londres, une charmante et sympathique ngure féminine. Mais cette sensibilité n'est pas la passion. Elle s'étend à tout

des passions, du

mouvement, des rêveries

ce qui souffie dans rhumilianon et le malheur, elle

refuse même de tenir à distance

une rigueur phari:.

par

saïque, les êtres qui ont mérité ce malheur et cett& humiliation jelle puise dans le souvenir de ses propres

fautes l'indulgence pour celles d'autrui. Lu sensibilité

chez Th. de Quincey, est donc une harmonie exacte

entre l'émotion personnelle, instinctive, et des motifs

tout intellectuels pour cette émotion. La passion diffère

de cette sorte de sensibilité par la violence, l'ëgoïsme,

l'aveuglement, c'est-à-dire qu'elle en diffère du tout au

tout, qu'elle en est

umsi dire la négation.

pour

Th. de Quincey insiste longuement sur .la faculté

possède Fopium.au moins au début de son action,

que

d'établir un parfait équilibre entre les affections et les idées, de donner à l'Intel [tgenc~ la sensation et la santé mentale, où l'imagination, la mémoire, le jugement, les sympathies, les antipathies, tiennent leur place, jouent leur rôle, se renferment dans -h:urs limites et les atteignent dans tous les sens. En face de ce tableau, il

trace avec une singulière puissance descriptive, celui

de l'excitation que donne l'alcool, et què la langue anglaise appelle si énergiquement intoxication. Ainsi, voilà deux substances dont Func est connue, au point

que M. Berthelot

l'autre l'est en partie. Toutes deux se réduisent en défi-

nitiveà des groupements d'atomes. Qu'onfasse pénétrer ces substances dans la circulation, que la circulation les mette en rapport avec les éléments, cérébraux, aussitôt la scène psychologique s'ouvre, s'éclaire, se peuple; une vanété infinie de spectacles intérieurs s'y déploie. Et cela a lieu devant une partie de nous-méme

la reconstituer de toutes pièces,

a pu

qui est la conscience, et qui éprouve devant ces

tacles,

terreur, extase,

colère~ remords. Cette même jJI

spcc-

jConscièttCc qu; tout & i'h$t!<* ~!<"t pMMMnte<Jibre. et

disait ~Ia mémoire: tais-toi, a l'imagination: tu ha!. jusque-là et pas plus loin; elle est immobile, muette,

quand le spectacle est terminé, elle éprouve une senau-

laquelle elle

exprime l'impossibilité absolue où elle était de diriger,

tion de regret ou de soulagement

par

de prolonger ou

d'interrompre le drame intérieur.

Cette idée qui ne s'est pas prexemcea Th. dsQuincey,

terrinait Baudelaire. Lui qui a si bien analyse les fan- taisies de l'opium et du haschich, apprécie et traduit

l'alcoolique Edgar excitant:, et comme

Ma~re lui, reftrayuit, au lieu de l'attirer. Qu'est-ce

donc que penser maigre soi, sentir maître soi, comme cela arrive sou~. l'innuence de certains

Poe, il n'a jamais recouru

a

le dit Th. Gautier, rM~~e~M&er

agents, comme

ces

cela arrive aussi en dehors de leur influence?

Un auteur ingénieux, mois par malheur un mauvais

écrivain, De la Salle, compare la mémoire a une longue

bande de parchemin qui s'enroule ù la façon d'un volumende Pompée à mesure que s'y inscrivent toutes

les idées, toutes les sensations, sans qu'aucune échappe

à cet enregistrementautomatique. La mémoire est sous certains rapports une faculté indépendante, isolée, une sorte d'agenda que nous pouvons consulter, mais au- quel nous ne pouvons rien ajouter, rien retrancher.

A de certains moments, sous des influences violentes

et

soudaines, extérieures, morbides, le

rouleau

se

déploie tout à coup dans toute sa longueur, et oSre.a

nos regards toute notre vie passée,

non pas en symboles

plus ou moins abstraits, non en induÏerentes.nptauons

algébriques, niais en

pemont Mux funérailles d'un grand homme cela M

reproduit aux regards de la conscience sous la forme

d'une pa~o de livre, d'une colonne de journal quand

nous avons ninsi connu lu f.)it; mais si nous en avons éte les témoins ocui~ires, nous assistons à uneveritabie résurrection de la scène, exacte comme une photo~r~

phie, mais vivante, pleined'uu bruit etd'un mouvement de foutf?, comme ces réapparitions de nos existences antérieures, que M. Camille Fiammarion nous promet dans Lumen. D'autres fois, ce tableau qui se pfesenîcà

nous, a été réellemcnt sous nos yeux, nous croyons ne

l'avoir jamais vu. Richard Snva~c Landor raconte,avec un souvenir de terreur, l'impression qu'il ressentit en

voyant pour la première fois (c'est-ù-dire

en croyant

voir pour la première fois) un pays~e absolumentiden-

rêve quelques jours

auparavant, fait qui prouve que les choses oubliées ne disparaissentnullement de notre esprit. Les auteursctas* siques de la psychiatrie citent un homme qui, dans un accès de délire, récitait de longues tirades de PAMr~, avec une intonation fort dramatique. Une savait ni lire,

ni écrire, et le seul incident de sa vie qui eût quelque

c'était qu'il l'avait

rapport avec la pièce de

tique à celui qu'il avait vu en

représentation:) directes.

Nous

.1'

fois. Il n'avait

Racine,

vu représenter une seule

pris, mais

fallu davantage pour graver

rien corn-'

il avait

et entendu, il n'en avait pas

dans

sa

mémoire une

sur l'intel*

vu

inutile représentationde la pièce.

+.

Ainsi, de l'action de certaines substances

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lontaire et

pour itnport<ntedel'tntdlijt<ence.N'y a-t-il pxsl~ uupo~a~C.

ainsi

dire convulsif d'une

paniù

jt~

tout naturel? L'analogie sera bien p'm marquée

nous nous reportons aux travaux récents sur )a phy- siologie cérébrale. Ils nous décomposeront lu n'.em'~ire

en plusieurs mémoires bien distinctes, dont chacune

peut disparaît) e internent; ils placeront ce-: f«cul!es de

même ordre dons une certaine circonvolutionde Broca.

Certains faits donnent à penser que l'intelligence, en

tant que distincte de lu mémoire, c'est-à-dire en tant

que faculté de combinaison,dcconstruction, ne s'exerce

pas toujours avec conscience et volonté. Le docteur

Love, prédicant américain, rapporte un de ces faits

Un voyageur,

endormi dans une chambre d'hôte!, fut

réveillé par

cont:i.;ue; entre le moment oit le son arriva a son oreille

et celui où il se r~veilia, il avait eu le temps de voir ~e développer le songe suivant. Il était reporté au temps

de sa jeunesse,

diverses

le bruit d'un coup de feu tiré dans la pièce

s~en~ageait. prenait

part à

batailles, désertait, était repris, jugé et condamné n être passé par le& armes; il avait confondu le coup de feu tire à côté de lui avec celui du peloton d'exécution

devant lequel il se croyait place, et il se réveillait avec

le souvenird'aventures militaires qui avaient duré plu- sieurs années. M. Alfred Maury, dans son livre si

complet sur !e~MttN~

les /~t'M,en rapporte un du

même genre. Comme il dormait; la barre tjui soutenait

les rideaux de

tomba

son Ut;

sans lui faire de mal, mais

de cette

~<L~~M-te(i~Faa~Hcont<M:t

barre froide avec son cou suffit cependant pour faire

naître un rêve complet, parfaitement ordonné, dans lequel il assistait tout le développementde la Révo- lution française, depuis l'ouverturedes Ktats.Genëraux

jusqu'à la Terreur. 11 se croyait l'une des vi(.'imes du

Tribunal révolutionnaire, il montait sur Fëchafaud, il avait la tête engagée dans !a ~uitiotine, et il s'était revdUe confondantle choc de ~a barre avec la chute du

couperet. On sait aussi qu'un des épisodes du Mâha- bhârata est fondé sur un rêve de cette sorte, qui fait

passer pendant la durée d'un éclair, devant rinteUi-

:;ence d'Ard}ouna tout un systèmemétaphysique. Enfin

le mystique Ballanche, dans sa

sdopté la même mise en scène. Du reste, il n'est pas nécessaire de recourir à ces faits

qui, sans être rares par eux-mêmes,le sont par la diffi- culté de les constater par soi-mème et chez les autres, et dont robservanon suppose une grande habitude psychologique. Pour peu qu'on se soit adonné aux recherches philosophiques, aux exercices littéraires,

F~tfM d'jH~&a~, a

on sait qu'à certaines heures, dont on profité sans

pou-

appa-

voir les ramener pu les prolongera l'on est dans une

dispositiond'esprit particulière, qu'alors les idées

Missent avec des rappôrts, des enchaînements ingénieux

et justes, qu'elles se présentent vêtues de métaphores

exactes ou brillantes, tandis qu'à d'autres moments,

et

elles sont pour ainsi dire de si mauvaise humeur,

arrivent dans un négligé tel qu'on préfèreles

repousser 'et attendre le retour de ce qu'on nomme Finspi ration.

Une autre observation que chacmt « pu f5!rC)'sc

rapporte & ces révélations soudaines qui nous font voir

la combinaison longtemps cherchée, et à laquelle, en désespoir de cause~ nous avions essayé de ne plus son-

ger. Cela n'indique.t-il pas l'intelligence reprend, loin