Vous êtes sur la page 1sur 12
Appelant, Non comparant, représenté Maître CHABERT Benoît, avocat au ba¡reau de PARIS, vestiaire 4.39 Composition
Appelant,
Non comparant,
représenté Maître CHABERT Benoît, avocat au ba¡reau
de PARIS, vestiaire 4.39
Composition de la cour
lors des débats et du délibéré :
président : Sophie PORTIER,
conseillers : Pierre DILLANGE
Sophie-Hélène CHATEAU,
Greflier
Anne-cha¡lotte BONNEFONT aux débars et Maria IBNOU rouzlr{Zr
au prononcé,
Ministère public
représenté
aux débats et au prononcé de I'arrêt par Nathalie SAVI, avocat
général,
LA PROCÉDURE :
La saisine du tribunal et la prévention
he, HASSOTIX Didier, BRANDOLINI
le tribunal de grande instance de Paris,
les
hois premiers,
le ,19 janvier2012,
révélé I'informati
l'identité réelle d'
de I'ordonnance
ou de non appartenan€e à l'un de ces services, en I'espèce
"L'espion du prësident" écnt par Olivia RECASSENS,
er FIASSOTIX et publié par les éditions Robert LAFFONT :
- que Paul-Antoine TOMI et Annie BATTESTI étaient des fonctionnaires affectés à la
Direction Centrale
du Renseignement
Intérieur,
- et les
noms de Stéphane TIJARDOVIC, Ma¡c TOROSSIAN et Christian
ORSATELLI,
infr-actionpréyue par l'article 413-13 AL.I du Code pénal, l'article L.2371-I du Code
d9 Iq défense, l'article 6-NONIES de I'Ordonnance 5A-l tOO
du I7/I1/1958, l,article I
de l'Arrêté minÌstériel du 09/05/201l, Art. I2I-6 et 121-7 du Code Pënat
et réprimée
parlesarticles413-13AL.1,414-5duCodepénal,Art. I2t-6etI2I-TduCodàPénal
Le jugement
Le tribun¿l de grande inst¿nce de
Paris - lTeme chambre -
pü jugement
contradictoire, en date du 18 mars 2014:
gu9 l_e tribunal a prononcé la jonction des
procédrnes 13284000884,
1lqp^Pe-l_¿
13284000804,13284000849
à Ia procédure 1217060002, -
- a
Didier FIAS S OIIX, Christophe LABBE
ry.1v9y!
et Olivia
L_e_onello BRAND OLINI D'ADDA,
RECASENS des fins de la poursuite,
Cour d'Appel de P¡ris - pôle 2 <hambre 7 - no rgl4t03l75 - ¡rrêt rendu le 17 septembre 2015- Page 3
á
- a décla¡é recevables les constitutions de partie civile de Ma¡r TOROSSIAN, Stéphane TIJARDOVIC, Christian
- a décla¡é recevables les constitutions de partie civile de Ma¡r TOROSSIAN, Stéphane
TIJARDOVIC, Christian ORSATELLI, Anr:e BATTESTI, et Paul-Antoine TOMI,
- adébouté Mor TOROSSIAN, Stéphane TIJARDOVIC, Ch¡istian ORSATELLI, Anne
BATTESTI, et Paul-Antoine TOMI de toutes leus demandes,
- a débouté Leonello BRANDOLINI D'ADDA, Didier HASSOUX, Christophe LABBE
et Olivia RECASENS de ler¡rs demandes fondées su¡ I'article 472 dtt code de
procédrue pénale.
Les appels
Appel a été interjeté par :
- M. le procureur de la République, le 20 ma¡s 2014 contre LABBE
Christophe,
RECASENS Olivia HASSO(IX Didier, BRANDOLINI D'ADDA Leonello
- le conseil de TIJARDOVIC Stéphane, le 26 mars 2014, son appel étant limité aux
dispositions civiles
- le conseil de TOROSSIAN Ma:r, le 26 mars 2014, son appel étant limité aux
dispositions civiles
- le conseil de ORSATELLI Christian, le 26 mars 2014, son appel étant limité aux
dispositions civiles
- le conseil de TOMI Paul-Antoine, le 26 mars 2014, son appel étant limité aux
dispositions civiles
- le conseil de BATTESTI Annie, le 26 mars 2014, son appel étant limité aux
dispositions civiles
- le conseil de LABBE Christophe, le 28 mars 2014, son appel étant limité aux
dispositions civiles
- le conseil de RECASENS Olivia, le 28 mars 2014, son appel étant limité aux
dispositions civiles
- le conseil de HASSOIX Didier, le 28 mars 2014, son appel étant limité aux
dispositions civiles
- le conseil de BRANDOLIM
D'ADDA Leonello, le 28 mars 2014, son appel étant
limité aux dispositions civiles
nÉnour,nvrnNr ons nÉgets :
À I'audience publique du 05
septemb
re2}l4,lacause a été renvoyée contradictoirement
à I'audience du 05 juin 2015 pour plaidoirie.
A I'audience publique du 5 juin 20l5,le président a constaté l'absence des prévenus
représ_entés par leUr conseil qui a déposé des conclusions régulièrement visées par le
Président et le greflier et jointes au dbssier.
Les parties civiles sont non comparantes et représentées par leur conseil qui a déposé
des conclusions régulièrement visées par le Président et le greffier et jointes au dosìier.
Ont été entendus :
Sophie PORTIER en son rapport,
Le prévenu Christophe LABBE qui a indiqué les motifs de son appel et en ses
interrogatoires et moyens de défense,
Maîte CHABERT, avocat des parties civiles, en ses conclusions et plaidoirie,
Le ministère public en ses réquisitions,
Cour d'Appel dc P¡ris - pôle 2 -chambre 7 - no rgl4lû3l75 - arrêt rendu le 17 septembre 20lS Page 4
á
Maître BOISSARD, avocat des prévenus, en ses conclusions et plaidoirie. Puis la cour a mis
Maître BOISSARD, avocat des prévenus, en ses conclusions et plaidoirie.
Puis la cour a mis I'affaire
en délibéré et le président a déclaré que I'arêt serait rendu
à I'audience publique du 03 juillet 2015.
Et ce jour, le 03 juillet 2015, en application des articles 485, 486 et 512 du code de
procédnre pénale, et en présence du ministère public et du greffrer, Sophie PORTIER,
président ayant assisté aux débats et au délibéré, a donné lecture de l'a¡rêt.
oÉcrsrox:
Rendue après en avoir délibéré conformément à la loi,
La cour reçoit les appels interjetés, à titre principal, par le ministère public, par les
parties civiles et les prévenus sur les dispositions civiles.
Rappel des faits et de la procédure,
Le ler jun 2012, Stéphane Tijardovic, Mæ< Torossian, Christian Orsatelli, Paul
Antoine Tomi et Annie Battesti ont déposé plainte auprès du procureur de la
République de Paris, du chef de révélation de I'identité d'agents des services de
renseignements, en I'espèce la DCRI, à la suite de la publication en janvier 2012, de
I'ouvrage L' espion du président, co-écnt par Olivia Recasens, Christophe Labbé,
Didier Hassoux, joumalistes, et publié aux éditions Robert Laffont, le directeur de
publication étant alors Leonello Brandolini d'Adda.
L'enquête
ay'ant confirmé que I'identité réelle
des cinq
plaignants, agents de la DCRI,
était effectivement mentionnée dans I'ouwage mais que seule I'identité des deu
derniers n'avaitjamais été portée à la connaissance du public, Ie parquet a fait déliwer
citation conte les auteurs de I'ouvrage et le directeu¡ de publication, du chef de
I'infraction prévue par I'article 413-13 du code pénal, introduit par I'article 27 delaloi
du 14 mars 2011 dite LOPSI II, pour révélation de I'identité de Paul Antoine Tomi
et Arrnie Battesti.
Les trois autres agents
s'éta¡rt constitués partie civile en faisant citer directement devant
la juridiction correctionnelle les mêmes prévenus du même chef de prévention, le
hibunal ajoint I'ensemble des procédures .
Par un premier jugement du27 avril 2013 le hibunal a transmis à la Cour de Cassation
la question prioritaire de constitutionnalité dont il était saisi par la défense, portant sur
la conformité de I'article 413-13 alinéa 1 du code pénal au principe de la liberté
d'expression garanti par
I'article 1l de la Déclaration des droits de I'homme et du
citoyen ainsi qu'au
droit des personnes à exercer un recours juridictionnel effectif
garanti, par son article 16.
Par arrêt en date du l7 awil 2013, la Cou de Cassation a dit n'y avoir lieu à hansmettre
la question prioritaire de constitutionnalité au Conseil Constitutionnel aux motifs que
<<la questionposée ne présente pas, àl'évidence, un caractère sériewc, dès lors que la
dispositioncontestée, qui n'institue aucune immunítépénale aubénéJìce des agents des
services de renseignements qui se rendraient coupables de crimes ou de délits, crëe une
limite à la liberté de I'information concernønt leur identíté, justi/ìée par la protection
des intérêts de la Nation et de la sécurité des intéressés, tant que ceux-ci remplissent
leur mission dans le respect des lois. ¡>
Puis, par le jugement déféré, le tribunal, au visa des articles 6-3 et 7 delaConvention
européenne de sauvegarde des droits de I'homme, selon lesquels toute infraction doit
être définie en des termes clairs et précis excluant I'arbitraire et permettant au prévenu
de connaître avec une précision suffrsante la nature et la cause de I'accusation ponée
Cour d'Appel de P¡ris - pôle 2 -ch¡mbre 7 - no rg 14103175 - ¡rrêt rendu le l7 septembre 2015- Page 5
contre lui, et de I'anicle l0 de ladite convention, selon lequel la liberté d'expression constitue
contre lui, et de I'anicle l0 de ladite convention, selon lequel la liberté d'expression
constitue I'un des fondements essentiels d'une société démocratique et ne peut être
toyen d'apprécier la
de la poursuite aux
e pénal
visé par
la
pour
effet
qu'il n'énonce aucurement << les services spécialisés à cet
à une disposition normative permettant dé les déterminer
avec
Statuant sw 472 du code de procédure
demandes estimant que la mauvaise foi
pénale il a débouté les prévenus de leurs
des parties civiles n'était pas démontrée en
I'espèce.
I)evant la cour,
Stéphane Tijardovic,Mæ< Torossian,Christian Orsatelli, Paul Antoine Tomi, Annie
Battesti, représentés par
valoir, en premier lieu
renseignement auxquels
413-13 du code pénal renvoie à I'article 6 nonies de I'ordonnance no 58-l100 du 17
novembre 1958, c 'est-à-dire aux services de renseignements placés sous I'autorité des
ministres chargés de la sécu¡ité intérieure, de la défense de l'économie et du budget, que
le législatetrr a ainsi entendu défrnir et limiter de manière parfaitement détermin¿e la
protection de cet anonymat aux agents des services de renseignements de ces trois seuls
ministères, et plus spécifiquement aux services de la sécurité intérieu¡e, que les
personnels protégés par le code pénal sont donc les agents nommés par arrêté du
ministre intéressé etplacé sour¡ son autorité, que les dispositions fondant les poursuites
sont donc, conformément aux exigences de la CESDH, en son article 7 enselnble avec
I'article 6$3, parfaitement précises et, ainsi qu'il résulte de plusieurs décisions de la
cour de Strasbourg qui tiennent compte de la qualité de professiorurel du destinataire
des textes, prévisibles, les prévenus, journalistes ou directeur de publication, étant tous
des professionnels expérimentés, ne pouvant ignorer que I'identité des parties civiles
était protégée par I'anonymat
;
ils soutiennent en outre que
I'incrimination limite de
façon proportionnée la liberté d'expression, dans les conditions de I'article l0 alinéa
2 delaCESDH, I 'interdiction de révéler I'identité des agents de la DCRI étant destinée
à garantir I'effrcacité de ce service dans la lutte contre le terrorisme et la sauvegarde de
I'ordre public , sans empêcher pour autant le débat public d 'intérêt général sur l'activité
et les moyens mis en @uwe par la DCRI dans I'exécution de ses missions
Au terme de leurs conclusions, chacune des parties civiles réclame, en réparation du
;
préjudice résultant de la révélation de leur identité réelle
dans I'ouwage
(
L'espion du
président >, susceptible d'entraîner des conséquences sociales et professionnelles
inémédiables et de porter atteinte
à
leur sécurité, la somme de un euro à titre de
dommages-intérêts
outre celle de 4000 € au tifie de l'article 47 5- I du code de procédure
pénale;
Madame I'avocat général
au
soutien de I'appel interjeté par
le ministère
public
expose,
,
de même, que I'article
6 nonies de l'ordonnance du 17 novembre
1958, s'il ne
désigne pas nommément chaque service spécialisé de renseignement, énonce
suffrsamment clairement dans sonparagrcphe III à qui ils sont ratüachés, qu'il apparaît
dès lors inopérant de prétendre que ce texte ne serait pas sufhsant pour connaître les
seryices de renseignements français, ces derniers ne pouvant être que les services de
renseignements << spécialisés à cet effet >, < placés sous I'autorité des ministres chargés
de la sécurité intérierue,de la défense, de l'économie et du budget > , étant précisé que
depuis la mise en æuvre pour partie des dispositions du liwe Blanc sur la défense et la
sécurité nationale les services de renseignements sont organisés dans le cadre de la
( communauté du renseignement > et dès lors parfaitement identifiables, qu'en outre
le texte initial, avant I'adoption d'un amendement présenté comme rédactionnel par le
rapporteru, prévoyait le renvoi à I'aliéna trois de I'article L 2371-l du code de la
défense, visant à autoriser I'usage d'une identité d'emprunt ou d'une fausse qualité par
Cour d'Appel de Paris - pôle 2 -chembre 7 - no rg l4l03Ú5 - arrêt rendu le 17 septembre 2015- Page 6
./:
< lesagents des services spécialisés d précisé qu'ils < sont délignés par mentionnés à
< lesagents des services
spécialisés
d
précisé qu'ils < sont délignés par
mentionnés à I'a¡ticle 6 nonies de
fonctionnement
d
es ),
donc en
I'a¡ticle
6 nonies
ervices
spécial
français, cette
si
à considérer
ialisés visés par I 'article 413-13 du code
êhe modifié et à suggérer une
de la répression, il est requis de
nonçant une peine de principe ;
concernant, et en conséquence, confirmer la
leurs demandes et condamner, ces dernières, in solidum, à verser aux
prévenus,
ensemble, la somme de 15 000 € sur le fondernent de I'article 800-2 dú code de
procédure pénale ;
suR cE,
Considérant qu'aux termes de I'article 413- I 3 alinéa I du code pénal, est incriminée < la
révélation de toute information qui pounait conduire, directement ou indirectement, à
la découverte de I'usage en applicatiõn de I'articleL237l-7 du code de la défense, d'une
identite d'emprunt ou d'une fausse qualité, de I'identité réelle d'un agent des services
spécialisés de renseignement mentionnés à I'article 6 nonies de I'ordonnance no 58 -
I 100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires
à I'un de ces services est punie de cinq ans d'emprisonnement
ou de son ?PPartenance
et de 75 000 €
d'amende > ; qu'il est donc renvoyé pour la détermination des services
spécialisés de renseignement auxquels appartiennent les agents dont I'identité est
mission, à savoir celle < de suiwe I'activité générale et les moyens des services
spécialisés à cet effet, placés sous I'autorité des ministres chargés de la sécurité
interieure, de la défense, de l'économie et du budget >, ainsi que Ie cadre limité des
informations et éléments d'appréciation que les ministres concêmés leur fansmettent
et que les membres de la délégation sont autorisés ès qualités à connaître ;
Cour d'Appel de Paris - pôle 2 -chambrc 7 - no rg l4lû3l75 - ¡rrêt rendu le 17 septembre 2015- Pege 7
¿
Considérant que cet article, coûlme le tribunal I'a constaté, ne définit < les services de
Considérant que cet article, coûlme le tribunal I'a constaté, ne définit < les services de
é.gal_ement I'article 413-13 du code pénal, en ce qu'il conceme la révélation
d'inforrrations pouvant conduire à la découverte d'une identité d'emprunt ou d'une
faus des
n de I'identité réelle d'un agent
ces services spécialisés de
par
arrêté du
premier
ministre
parmi
les
rens serv
de I'ordonnance du 17 novembre
1958 )
précité, ledit a¡rêté pris le 9 mai 201 I apportant la précision qu'il s'agit de < la direction
gé4érale de la sécurité extériewe, la direction de la protectibn et de la sécurité de la
la direction du renseignement militaire, la dirêction centrale du renseignement
$éfense,
intérieur, le service à compétence nationale < direction nationale
du renseignément
et
des enquêtes douanières et le service à compétence nationale < traitement du
renseignement et action conhe les circuits financiers clandestin > ;
Considérant que si I'anicle
nit
d 6
pas les services
spécialisés
ret
útl2mai20l4
n" 2014474
s à
ceux de I'arété du 9 mai
201
de
rechercher s'il enarésultétne imprécisiondans I'incrimination, contraire auxprincipes
é¡oncés par les articles 6 -3 et 7 de la
Co
'ention européenne de sauvegarde äes drõits
de I'homme et des libertés fondamentales selon lesquels toute infrãction doit être
définie en des termes clairs et précis expluant I'arbitráire et permettant au prévenu de
connaître avec une précision suffisante la nature et la cause de l'accusaÎion
portée
contre lui et par I' article l0 de la même Convention dont il résulte que la libert¿
d'expression,
au moyen de
fondement essentiel d'wrb société démocratique, ne peut êtie limitée qu'
le cas échéant
é
de conseils
implique
une
appréciation
e dè limiter la
liberté d'expression dans les conditions de son alinéa2:,
Considérant qu'à lecture du texte d'incrimination et même si la dénomination
des
directions concernées n'a été précisée qu'ultérieurement,
il n'apparaît pas qu'une
incertitude ait pu en résulter sur les services
spécialisés
de
renseignèment
suscepìibles
d'être visés par la prévention, s'agissant notamment de la Direction centrale du
renseignement intérieur et de ses agents, qucql des prévenus ne soutenant d'ailleurs
avoir cru que ces agents pouvaient être exclus de la protection de I'anonymat prévu par
contrairement à ce qu'estimé le tribunal, le texte
imprécision telle qu'elle rende incertaines et, par
tes susceptible d'être exercées sur ce fondement ;
Considérant que la défense fait valoir subsidiairement que la prohibition absolue de
révéler I'identité de tous les fonctionnaires de la DCRI et non plus seulement celle des
agents < dont les missions exigent, pour des raisons de
sécurité, le respect de
I'anonymat > ainsi que le prévoit
déjà I'
ticle 39 sexies de la loi
du2gjuillet
1881,
apparaît contraire à I'article 10 de la convention qui exige que les restrictions ou
sanctions qui restreignent la liberté d'expression constituent des <mesures nécessaires,
dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à
I'intégrité territoriale ou à la
sûretépublique
>> ( pourempêcherladivulgationd'informations
confidentielles
)),
d'emprunt ou d'une fausse qualité p
privilège exorbitant aux
agents
qu
justifiée,d'autant que, concemant la
chefBerna¡d Squarcini ou son successe
Cour d'Appel de P¡ris - pôle 2 - ch¡mbre 7 - no rgl4l03l75 - arrêt rendu le 17 septembre 20lf Page E
.2
service, et qu'au surplus, sont régulièrement publiées au journal officiel, et donc librement accessibles sur
service, et qu'au surplus, sont régulièrement publiées au journal officiel, et donc
librement accessibles sur lntemet, les décisions par lesquelles le directeur de la DCRI
délègue à certains de ses agents, nommément désignés le soin de signer divers actes au
nom du ministre chargé de l'intérieur
que la prohibition d'une révélation qui revêt un
;
caractère inoffensif dans de nombreux cr¡s ne répond donc à aucun besoin social
impérieux;
Considérant, toutefois, qu'il résulte des débatspa¡lementaires que le législatenraestimé
nécessaire de protéger les agents des services de renseignements de toute révélation
(
concernant leurlliens avec leur service, même lorsqu'ils n'agissent pas
sous
couverture >, la révélation de leur collaboration s'agissant notamment de domaine très
sensible, tel la lutte contre le terrorisme, pouvant mettre en péril tant la sécurité des
fonctionnaires concernés
que I'efficacité du service
que le besoin social apparaît donc
;
justifier cette prohibition
;
que le caractère proportionné de la limite à la liberté
d'expression en résultant, réside en ce que n'est qu'incriminée que la < révélation > de
I'appartenance
d'un agent à un service de renseignements,ce
qui
implique
que
I'appartenance à ce service ait été auparavant cachée ou secrète et exclut bien
évidemment de la prévention toute information résultant de la publication ofücielle de
nomination ou pouvant être déduites d'autres informations librement accessibles ou
déjà publiquement connues ;
Considérant que, comme le soutient la défense et ne [e conteste pas le ministère public,
I'appartenance à la DCRI de Max Torossian, < chef d'éøt-major à la DCRI >, de
Christian Orsatelli, <brigadier major des RG >, de même que de Stéphane Tijardovic,
n'étaitplus secrète aumoment de lapublicationde I'ouvrage,les fonctions occupéespar
chacun d'eux ayant
été publiquement révélées
pil
des articles de presse, sinon même
par la lecture du journal officiel, les délégations de signature dont bénéficient certains
fonctionnaires au sein de la DCRI faisant I'objet d'une publication légale
;
que, de
même, s'agissant de Madame Battesti, la publication au Journal Officiel le 17 février
2007 de sa nomination au poste de < chef de groupe technique > à la <DGPN/unité de
coordination de la lutte antitenoriste >, dépendant de la Direction de la surveillance du
territoire, devenue suite à la fusion des services DCRI, exclut de pouvoir considérer que
son appartenance à ce service ait été cachée ou secrète ;
Considérant que seule I'appartenance
au service de Paul Antoine Tomi n'apparaît pas
avoir été précédemment
divulguée,lapublication au joumal ofïiciel de son admission
au concours de commissaire de la police nationale puis du décret le titularisant à ce
poste, ne suflisant pas à révéler son affectation à un service de renseignement
spécialisé ; que le souci des auteurs de dénoncer les conditions, selon eux, contraires
aux règles acceptables
de recrutement de ce fonctionnaire, en raison de ses liens
familiaux avec une
personne condamnée à plusieurs reprises, ne peut justifier, pour ce
seul motif et sans que, notamment, la légalité des conditions dans lesquelles cet agent
remplit ses missions ne soit en cause, de divulguer la fonction qu'il exerce au sein d'un
service de renseignement ;
Considérant que le jugement sera en conséquence infirmé sur la culpabilité ;
que sur
lapeine, le prononcé, à I'encontre de chact¡n des prévenus, d'amende de 3000 € assortie
du sursis apparaît sanctionner dans une juste mesure les faits reprochés ;
Sur I'action civile,
Considérant
que
seul Paul Antoine Tomi est fondé à
réclamer réparation du préjudice
résultant de la divulgation de son appartenance à la Direction Centrale du
Renseignement Intérieur
qu'il lui sera accordé en conséquence la sontme de un euro
;
à titre de dommages-intérêts qu'il réclame ; qu' Olivia Recasens, Christophe Labbé,
Didier Hassoux, Leonnello Brandolini D'Add4 seront en outre condamnés, chacun, à
lui verser la somme de 1000 € en application de I'article 475-l du code de procédure
pénale;
Cour d'Appel de P¡ris - pôle 2 -chembre 7 - no rg 14103175 - errêt rendu le 17 septembre 2015- Page 9
z
PAR CES MOTIFS LA COUR, Statuant publiquement, contradictoirement, après délibéré, Reçoit les appels
PAR CES MOTIFS
LA COUR,
Statuant publiquement, contradictoirement, après délibéré,
Reçoit les appels régulièrement interjetés par [e ministère public, les parties civiles et
les prévenus,
Sur I'action publique,
Confirme le jugement sur la relaxe prononcée du chef de révélation de I'identité réelle
des agents_d'un.service spécialisé de renseignements, Stéphane Tijardovic, Max
Torossian, Christian Orsatelli et Annie Battesti,þ our les motifs autres qúe ceux retenus
par le tribunal exposés par la cour,
L'infirme pour le surplus,
Déclare Leonello Brandolini d'Adda, Christophe Labbé, Didier Hassoux, Olivia
Recasens, coupables du délit de révélation de I'identité r éelle de Paul Antoine Tomi,
agent d'un service spécialisé de renseignements,
9n répression, condamne chacun des prévenus à la peine d'amende de 2000 € assortis
du
sursis,
L'avertissentent de l'qrlicle I32-29 du code
p,ënal n'a pu êlre danné aux condamnés,
ceux-ci élanl absenÍs atr prononcé de Ia peine.
Sur I'action civile,
Co.nfirme lqjug-ement en ce qu'il a déclaré recevable en leur constitution de partie civile
Stéphane Tijardovic, Max Torossian, Annie Battesti et Paul Antoine Tomi mãis débouté
de leurs demandes Sétphane Tijardovic, Max Torossian et Annie Battesti,
L'infirme pour le surplus et y ajoutant,
Condamne chacun des prévenus à verser à Paul Antoine Tomi la somme de un euro à
titre de dommages-intérêts
ainsi que celle
de 1000 € en application de I'article 475-l du
code de procédure pénale,
Rejette toute autre demande des parties.
La
parlie
civile a la possibilité de saisir la CIW (Commission d'indemnisation des
viclimes d
lorsc¡ue l'auteur a été condamné pour
l'une des i
706-3
et 706-14 du
code
de
procéùtre
pénale. La
viclimes d'infractions compétente est celle
du li-eu de la,fiu'idiclion
¡ténale
saisie de l'infraction ou-celle du domicile de la partie
civile dentanderesse. A
défaut d'être éligible à Ia CIVI, elle peuf sqisir le
S,qnft
(Sen,ice d'gid9 au recoilr,r'emenl des dommages et intérêts pour les victimes) en
écrivanl à l'adre:tse suivante : Fonds de Garantie Sarvi - 75569 PARIS CEDEX 12.
'a pu lesinþ rmer de la possibilité
on d'Indemnisation des Viclimes
d'Aide mt Recouvrentenl des Victimes
d'Infracrio.ns (SARVI), s'l/s ne procèdent pcts au paiement des dommages
intérêÍs
auxque-ls ils onl ëlé condantnés dans Ie délai de detix mois courant
à com þ ter du jour
où la déci,sitn e,çt devemte définitive et du fait que, en cas de saisine du SARVI pâr la
Cour rl'Appel rlc Paris - pôlc 2 - chambrc 7 - no rg l,l/03175 - arrêt rendu le 17 septembrc 2015- Page ll)
ux mois courant à compter du jour en cas de saisine du SARVI par la
ux mois courant à compter du jour
en cas de saisine du SARVI par la
ne pénalité de 30% en sus de-sfrais
Le
arrêt
est signé par Sophie PORTIER, président et par Maria IBNOU TOUZI
Llésent
TAZI,
greffrer
LE
LE GREFFIER
(
i
La présente décision est-as-sujettie
à
un droit fixe de procédure d'un montant de 169
-condamné.
euros dont est redevable le
paiement dans le délai d'ur mois :
Ce montant'est diminué de 20% en cas de
- à compter d.u joq dq prononcé
{e
la décision si celle-ci est
confradictoire,
- à compter de la signification si
l'arêt est contradictoire à signifier ou parâéfuu1
COPIE
CONFORME
Le
Cour d'Appel de Paris - pôle 2 - chambre 7 - no rg 14103175 - arrêt rendu le 17 septembre 201$ page ll