N°46, octobre 2015

Journal du Parti de Gauche de la Vienne : écologie/ socialisme/ république

Faut-il attendre quelque chose de la COP 21 ?
La COP21 est la 21e Conférence de Parties de la convention cadre de l'ONU
sur le changement climatique (la première s'est tenue à Berlin en 1995) et
tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015. Que pouvons-nous en
espérer ? Si vous êtes pressé-e et que vous n'avez que quelques secondes à
consacrer à cette question, la réponse tient en un mot : rien.

P

uisque vous en êtes à la ligne
suivante, c'est que vous avez du
temps devant vous. Développons
un peu les arguments. L'un des objectifs
affichés de cette conférence est de limiter
à 2°C l'élévation de température consécutive aux activités humaines. Cet objectif est un leurre. La barre des 2°C, sauf
changement très brutal et immédiatement mis en application de notre mode
de vie, cas de figure irréaliste, est déjà
derrière nous. Ce qui nous attend, c'est
un réchauffement de 3°C au minimum et
jusqu'à 5°C à 6°C (voir à ce sujet la tribune de Jacques Treiner publiée le 05
mars 2015 dans Libération).
Notre mode de vie n’est pas négociable ?
Quand nous parlons de résultats à attendre de la COP21, nous entendons des
actions concrètes, et pas simplement de
vagues déclarations d'intention qui n'engagent à rien et ne sont jamais suivies
d'effet. Qui ne se souvient de la déclaration de Jacques Chirac lors du 4e sommet pour la Terre en 2002 à Johannesbourg : « Notre maison brûle et nous
regardons ailleurs. La nature, mutilée,
surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer, et nous refusons de l'admettre » ? Que s'est-il accompli en matière d'écologie depuis ? Absolument
rien. Nous continuons sur la même lancée, en amplifiant le mouvement. Un
seul chiffre pour l'illustrer : entre 1990 et
2015, le transport de marchandises par

bateau a été multiplié par quatre. Avec
une brutalité qui avait le mérite de la
franchise, George Bush père avait résumé cela en 1992 : « Le mode de vie des
Américains n'est pas négociable ».
Hollande a beau dire que « ce rendezvous est le plus essentiel que le monde
s'est donné à lui même », que peut-on
attendre d'un président dont les dernières mesures en matière d'écologie
consistent à autoriser à nouveau les forages pour l'extraction des pétroles et
gaz de schiste, et à repousser la fermeture de la vieillissante centrale de Fessenheim après la fin de son mandat ?
Une COP 21 financée par Renault ?
Le changement radical de notre mode de
vie (en particulier en finir avec le pillage
des ressources de 80% de pays les plus
pauvres par les 20% les plus riches) est
nécessaire pour éviter la catastrophe. Si
la COP21 devait apporter un changement
d'ampleur, serait-elle financée par Renault-Nissan, Air France ou LVMH ?
Depuis longtemps, le choix a été fait
entre la course aux profits et la protection de la planète. En témoignent les
négociations actuelles effectuées au pas
de charge et dans la plus totale opacité,
pour instaurer le Grand Marché Transatlantique (ou TAFTA). Ce n'est pas du
côté de la COP21, qui sera un sommet
d'hypocrisie et de bien-pensance, qu'il
faudra attendre des idées mais du contre
sommet qui se tiendra à Vénissieux le 14
novembre (voir
www.contresommet.org , Aurélien Bernier entre autres y prendra la parole).
Cédric Mulet-Marquis

Edito :

La député ex-EELV de Châtelle-

rault a quitté son parti en mettant en cause le PG
dans ses déclarations. Pour elle, les accords passés avec le Parti de Gauche « ouvre un boulevard
à l’extrême droite !" Nous n’acceptons pas ces
mots, toujours les mêmes, désespérants soit de
candeur soit de calcul cynique selon qui les prononce. Dans cette déclaration, le responsable
tout désigné serait le parti de Gauche qui empêcherait cette union sacrée autour de ceux qui
conduisent la politique du renoncement, la politique du sacrifice du droit du travail, de la soumission aux intérêts d'un capitalisme triomphant ! Cette montée de l'extrême droite n'a bien
sûr rien à voir avec la déception de ceux qui sont
désespérément éloignés de l'emploi, avec le
découragement de ceux à qui on a promis de
résister à la finance, de mettre en œuvre une
politique fondée sur les besoins humains et non
sur les lois du marché. Cette montée de
l'extrême droite n'a bien sûr rien à voir avec la
politique menée en direction des migrants, des
étrangers, des sans-papiers, qui attise les peurs,
qui laisse libre cours aux haines... Non, cette
montée, c'est bien sûr la faute des forces politiques qui disent que le Front National, on ne
peut l'affaiblir qu'en tenant ses promesses, qu'en
construisant le projet politique clair et cohérent
d'une alternative à un parti socialiste qui a quitté
la gauche... Dire tout cela, comme le font ces
députés élus sur un contrat écologiste en 2012,
n'est pas sérieux. Ce gouvernement a aidé à
mettre la Grèce à genoux, est en train de casser
le droit du travail, sabote la COP 21, ne ferme
pas Fessenheim, continue à autoriser les grands
projets inutiles LGV, réduit le budget du ministère de l’environnement pour 2016, favorise la
route contre le rail, signe aujourd'hui encore des
autorisations d'exploration des gaz de schiste, et,
dans le même temps, pour plus de justice sociale, désigne à la vindicte populaire le chômeur,
trop indemnisé ou le fonctionnaire, trop protégé... A chacun de ses pas, ce gouvernement a
fabriqué, au mieux, un abstentionniste de plus,
au pire, un électeur de cette extrême droite qui
n'en demandait pas tant, elle qui, historiquement, a toujours su tirer partie des désespoirs et
des peurs. Alors lutter contre le FN, ce serait
faire front commun avec ceux qui l'engraissent ?
A ce stade-là, dire cela, ce n'est plus de la candeur !
Jacques Arfeuillère

rencOntre

Plenel est venu
«parler de nous», avec nous
Des salons de Blossac pleins à craquer pour confronter l’étranger et la démocratie : les militants
de DNSI (D’ailleurs nous sommes d’ici, organisateur de la soirée) n’ont pas boudé leur plaisir. Edwy Plenel, venu parler des migrants, a rappelé
l’urgence à accueillir si on ne veut pas mourir.
Ne pas être au rendez-vous
d’individus concrets qui sont
menacés, c’est mettre en
danger tout notre équilibre ».
Les mots d’Edwy Plenel sont
clairs, frappés de la simplicité de l’évidence : défendre les droits humains, ce ne
peut être que concret et invoquer l’humanité en général sans reconnaître celle qui
est là, devant nous, à demander l’accueil,
c’est saper les fondements mêmes de nos
démocraties. «Je suis venu parler de nous,
pas de « eux » et de « nous » » , a-t-il précisé d’emblée. « La question que vous posez
n’est pas extérieure, elle n’est pas étrangère. Ce que nous cherchons à faire
quand nous parlons d’accueil, d’asile, de
migration, c’est bien de construire un «
nous », rien de plus, rien de moins. »
Et le journaliste, longuement, affrontant
toutes les questions a répondu aux attentes de tous ceux qui venaient questionner leur engagement tant politique,
qu’associatif ou simplement citoyen sur
cette question que l’on nomme aujourd’hui la question des migrants. D’abord
en parlant de son propre engagement.
Cette question est consubstantielle de la
mission du journaliste selon Edwy Plenel.
« Un journaliste ne doit pas être quelqu’un qui passe son temps à vitupérer
autours des opinions, à ajouter de l’émotion aux émotions », a-t-il rappelé. « Pour
reprendre Spinoza qui disait : « ni rire, ni
pleurer, comprendre », le journaliste est
celui qui doit mettre au cœur du public
des faits, qui, pour cela, se déplace, culturellement, nationalement. Son engagement, par définition, c’est d’aller vers
l’autre ; c’est la raison pour laquelle
nous disons de Médiapart que c’est un

journal sans papiers ni frontières ».
La France n’est pas au rendez-vous des
réfugiés
DNSI ne cesse de le dénoncer : les conditions d’accueil de l’étranger, le traitement
des sans-papiers, les centres de détention,
la jungle de Calais, les reconduites à la
frontière, notre pays qui continue à invoquer de façon misérable sa participation à
la fondation des droits de l’homme, oublie dans les faits les articles 13 et 14 de la
déclaration universelle de ces mêmes
droits. Respecter la liberté de circulation,
offrir le droit d’asile, se heurtent désormais aux postures politiques dictées par
le courtermisme et la construction du
bouc-émissaire de nos misères. Edwy
Plenel dresse en ce sens un portait sans
concession d’une époque qui trouve des
échos alarmants dans la passé. « L’hystérisation de la droite, les propos xénophobes, racistes, islamophobes qui se
multiplient, nous font perdre le réflexe
d’aller vers l’autre et, dans le même
temps nous font oublier que c’est en allant vers l‘autre que l’on découvre sa
propre humanité. Nous nous habituons
progressivement à l‘indifférence », a-t-il
averti. « En entrant dans cet engrenage,
nous construisons cette extériorité qui est
la brèche par laquelle rentre l’idéologie
de l’inégalité ». Rappelant Dreyfus, le
journaliste a d’ailleurs ouvert des pistes
pour le rassemblement politique que la
gauche, celle qui n’abandonne la lutte
pour l’égalité. « C’est sur ce terrain, celui
du combat des Dreyfusards que se sont
retrouvés Jaurès et Rosa Luxembourg », at-il rappelé. « L’affaire Dreyfus a appris
que fondamentalement, pour que
l’homme progresse, il faut fuir la logique

du tri entre les humanités. »
Plutôt que le repli sur soi et la fermeture
des portes qui ne nous ferait construire
comme « commun » que la peur et la
défiance, il faut cet appel d’air qui nous
confronte à l’étranger sans lequel nous ne
sommes pas nous-mêmes. Et les chiffres
en France montrent bien que nous
sommes loin de ce souffle d’humanité.
Sur 122 000 demandeurs d’asile pour
l’Europe, quand 26 sont pour l’Allemagne, seuls 2 concernent la France. Les
200 000 nouveaux titres de séjour annuels, c’est 0.3 % de la population qui se
décomposent en 40 000 pour le regroupement familial, 65 000 pour le mariage,
60 000 pour les études, 18 000 pour
l’asile… « Ces chiffres montrent bien que
l’accueil en France, c’est l’humanité qui
circule, c’est l’humanité qui fait du lien.
Comment peut-on parler d’invasion ? »,
s’enflamme Edwy Plenel.
Un imaginaire des causes communes
Pour le journaliste, il nous faut aujourd’hui un imaginaire supérieur à cet imaginaire de l’invasion qui fait des ravages. « Il
faut balayer tout cela par un rapport de
force nouveau et créer un imaginaire des
causes communes. » Rappelant sa formule
selon laquelle la France serait « l’Amérique de l’Europe », il veut proposer,
plongé dans notre passé de métissage, la
vision de Mandela quand il opposait à
ceux qui voulait la revanche des noirs en
Afrique du Sud, sa vision d’une Rainbow
Nation. (…)
à suivre page suivante

Suite de la page 2
(Plenel)
(…)
« Nous ne pouvons ériger
une barrière qui nous
séparerait de l’Afrique et
du monde qu’on appelle
musulman », souligne-t-il.
« Nous sommes responsables du monstre que
nous avons engendré et
qui prend le visage aujourd’hui de l’Etat Islamique, entre autres.
Notre devoir est de parler
au monde alors que nous
ne sommes plus cette
puissance qui nous faisait penser en termes
d’empire. Fragilisés et
dépendant du monde, il
nous faut être maintenant le chemin concret
des causes communes ».
Une seule conclusion
pour l’action : nous rappeler que nous sommes
faits de ce lien divers et
varié avec le monde, se
souvenir qu’être de
gauche, c’est aller vers le
dissemblable ; se fixer la
tâche d’une démocratie
vivante au quotidien. « La
loi de la majorité, c’est la
loi du conformisme. Le
souci des minorités, c’est
la seule façon dont une
démocratie s’interpelle
elle-même », explique
Edwy Plenel. C’est ce que
nous retiendrons : le
pluriel doit être vécu
comme une force et nous
devons combattre tous
ceux qui, ces dernières
années, ont proposé de
penser notre identité au
singulier. « L’identité au
singulier, c’est comme
une racine qui se nécrose,
tout le contraire de la
beauté. »
Jacques Arfeuillère

La reforme du collège : l’heure
de la resistance a sonne

L

es enjeux de la réforme du collège ne sont pas ceux présentés
dans les médias. Ils sont économiques et politiques, en aucun
pédagogiques. Chacun peut aujourd'hui
les distinguer dans une réforme que
cherche à imposer le ministère malgré
l'opposition d'une écrasante majorité des
enseignants, malgré leurs mobilisations
de juin, de septembre et d’octobre, malgré les efforts incessants, côté syndicats,
pour obtenir à la fois l'écoute du ministère à leurs propositions et les moyens de
faire réussir une réforme ambitieuse du
collège. Enseignants et parents sont au
pied du mur. Seul un mouvement important et déterminé en ce début d'année
peut nous permettre d'échapper à ce
naufrage que l'on peut d'ores et déjà prédire. En se grimant des couleurs chatoyantes de l'autonomie, de la personnalisation, de la pédagogie du projet et de la
mise en activité, de l'interdisciplinarité,
cette réforme se donne l'objectif de plus
d'égalité à l'école. Sous le masque, pourtant, moins de moyens, moins de formation, plus de précarité pour les personnels, moins d'autonomie des enseignants
qui perdent une bonne partie de leur

liberté pédagogique au profit de hiérarchies intermédiaires dont on peut tout
craindre, au risque aussi d'une perte des
repères républicains nécessaires à l'idéal
d'une école publique, laïque et égalitaire.
Cette réforme n'a pas cherché à se construire dans la concertation, dans la mise
en commun de l’expérience des enseignants, de leur expertise, de leur capacité
à imaginer l'école qu’ils servent. Elle a
juste cherché à gagner la bataille de la
communication, omniprésente sur les
plateaux à dénoncer l'immobilisme des
enseignants, à invoquer les belles intentions et la modernité. A tous ceux qui
s’intéressent à l’école, il incombe de lui
opposer leurs idées, leur analyse de la
difficulté actuelle du collège, leur évaluation des moyens nécessaires pour traduire la priorité à l'école que tout le
monde promet et que tout le monde
oublie. Côté enseignants, l’heure est venue d’entrer en résistance, de refuser
d’accompagner la casse des collèges ; côté
parents, l’heure est venue de la mobilisation.
Jacques Arfeuillère

cOmprendrE

Imposer une voie rapide au
bas peuple, pour les nuls !
Vous êtes un élu en mal de reconnaissance. Vous rêvez de
2x2 voies sur votre région mais ça coûte cher, c'est peu utile,
et vous avez des écolos (des vrais, pas ceux qui rejoignent ce
nouveau parti qui n’a pas plus que son nom comme programme ) qui râlent. Ces dix commandements sont pour
vous ! Applicable en toutes circonstances, et illustrés avec
l'exemple local de la RN 147. Succès garanti à 100 %

1

. Alertez l'opinion sur le malheureux
« enclavement » du Lussacois, et
dites que la RN 147 doublée permettra son désenclavement. Certes l'actuelle
RN 147 est déjà plus rapide que la RD 3,
mais chut, faisons croire que la RN 147 n'est
qu'un chemin de terre infesté de brigands !
2. Invoquez des territoires non desservis
mais qui bénéficieraient d'un « effet RN 147
». Employez des mots comme « cercle vertueux » ou de la géométrie (« le triangle
Vienne Gartempe »). Inventez des noms de
régions qui n'existent pas (le Mouslimais, la
Vienne Lathusienne…). Ce sont des leurres
montrant le dynamisme économique de la
région : il devient urgent de dépenser 20
millions par minute gagnée pour s'y
rendre !
3. L'échelle locale ne suffit pas. Dites que la
RN 147 est située sur un axe Nantes-Lyon.
Pas grave que l'A85, sur le même axe et
passant par Tours est quasiment vide.
4. Pensez à l'échelle européenne. Dites que
la RN 147 est un maillon de la route de
Brest à Skopje (Macédoine). L'UE pourra
subventionner un crapeauduc et une
bourse pour un macédonien qui viendra
étudier à Poitiers en car et qui gagnerait 15
minutes sur son trajet de 4 jours.
5. Inventez un nom pour cette route. Le
nom RCEA « Route Centre Europe Atlantique » donne du crédit à votre projet. «
Quoi, la RCEA n'est pas une voie rapide ?
Quel scandale ! » La 2*2 voies devient alors
une évidence. Un nom d'une destination
renommée (« Route de Jérusalem ») ou
d'une spécialité culinaire ça serait mieux
(mais évitez « route du chabichou et du
clafouti », ça fait un trop populo).
6. Prétextez la tranquillité des villages. Peu
importe que la nationale permette au restau
« chez Mimi» d'avoir une clientèle. Avec une

2*2, ce sera Sodexho et Autogrill qui prendront la relève sur des aires de services
impersonnelles. Et peu importe si une 2*2
ne fait que déplacer le problème : les
quelques villas huppées de Mignaloux verront passer le trafic des pauvres loin de leur
grand jardin chez des gens moins riches à
Sèvres-Anxaumont.
7. Mentez, plus c'est gros plus ça passe ! «
L'écosystème de la forêt impactée n'est pas
intéressant » argument déjà utilisé par la
députée Véronique Massonneau sur le Center Parcs*. On est en Vienne chez les blaireaux de forêt, on n’est pas dans le parc
national de la Vanoise et ses aigles royaux !
Osez dire que la voie rapide est compatible
avec la conférence sur le climat COP 21.
(De toute façon, tout est compatible avec la
COP 21 dès lors que WWF y pose son logo).
Dites qu'un bouchon émet plus de CO2
que le doublement du trafic routier que
l'on observera avec la mise à 2*2 voies, et
qui induira des nouveaux bouchons en
conséquence… (Ce qui poussera à refaire
ailleurs une deux fois deux voies, qui augmentera le trafic et créera des bouchons, il
faudra donc refaire une autre deux fois
deux voies … qui augmentera.... STOP!!!).
8. Utilisez l'argument de la sécurité routière. Une route normale c'est accidentogène, c'est bien connu, le problème c'est
pas du tout les camions trop nombreux et
surchargés ! Un créneau de doublement
pour doubler en sécurité. Voyons, c'est pas
assez ! Pour la sécurité il faut 4 voies et
rouler à 110 km/h plutôt que 90 km/h. Un
peu de vitesse tue, beaucoup de vitesse ne
tue pas, et fait ressusciter !
9. Dénigrez les autres alternatives (bus,
trains) supposées moins rapides, en retard,
toujours en grève, tandis que la voiture
c'est la liberté, c'est bien connu. Dites qu'il

y a aucun train le dimanche (c'est faux mais
personne n’ira vérifier les horaires). Sabotez le TER Poitiers-Limoges : refusez de
rouvrir des gares entre Mignaloux et Lussac,
fomentez quelques suppressions de train
inopinées sur et dégradations de services
pour faire détester le train aux usagers
potentiels.
10. Osez le terrorisme intellectuel. Dites
que la RN 147 aboutit à un hôpital et que
les bouchons gênent les ambulances. Le top
est de rallier le médecin-conseiller-général à
votre cause. Vous ferez pleurer dans les
chaumières, les gens s'imagineront des
cadavres sur la route, alors que le bouchon
n'a lieu que sur 1 km qu'entre 17 et 18 h
comme partout, et que la route permet
quand même de dégager le passage à une
ambulance si c'est nécessaire. Vous rallierez
les derniers récalcitrants et ferez passer les
opposants pour des irresponsables, voire
des dangereux terroristes.
Vous avez gagné ! Il ne vous reste qu'à patienter jusqu'à la fin des travaux (faits par
des centaines de travailleurs détachés, et
seulement 5 travailleurs locaux – c'est à
dire des ingénieurs et cadres et aucun ouvrier), et vous pourrez assister fièrement au
pot d'inauguration et déguster des toast au
chèvre avec les derniers fromages provenant des terres que vous venez allègrement
de détruire avec votre voie rapide.
Thomas SAHABI
* propos tenus de vive voix dans une réunion publique contre Notre Dame des
Landes le jeudi 2 mai 2013 salle Jouhaux
face à des opposants nantais à NDDL -tel
que Julien Durand et Françoise Verchèreen réponse à une interpellation orale de
l'auteur de l'article durant le débats, nous
pouvons trouver des témoins à l'appui.

Bernie Sanders et Jérémy
Corbyn, les seuls vrais
frondeurs !
Le P$ qui adoube le monarchiste utralibéral Macron et qui trahit les vrais idéaux socialistes, et nombre de partis
socialistes dans le monde sont devenus libéraux. Mais depuis cet été, le sens du vent change et on voit émerger des
figures comme Bernie Sanders qui brigue l'investiture démocrate pour les présidentielles 2016 aux États-Unis et qui
menace sérieusement Hillary Clinton, ou Jérémy Corbyn qui a été élu avec une nette majorité à la tête du parti travailliste britannique, tous deux avec des idées qui convergent en grande partie avec les nôtres.

Q

uelle stupeur de voir que nos
idées émergent à l'étranger, non
dans une nouvelle force politique,
mais dans les partis majoritaires. Devraiton illico dissoudre le PG et rejoindre le P$
pour faire le même coup que Corbyn en
France ? Aucun risque, les contextes ne
sont pas les mêmes. Les « frondeurs » du
P$ ne sont que des mijaurés qui parlent
beaucoup mais qui se rabattront toujours
vers la discipline de parti quand il s'agira
de soutenir Manuel Vall$. Tandis que
Jérémy Corbyn provoque des déchirures
parmi les leaders travaillistes dont certains
de l'aile droite renoncent à leurs responsabilités.
Bernie Sanders, lui, est sénateur du Vermont (un état qui était Républicain à
l'époque où le parti démocrate était esclavagiste et devenu démocrate avec le
temps). S'il est tout de même plus proche
des démocrates que des républicains, il
n'est pas membre de ce parti, siège
comme indépendant, et se démarque de
ces deniers en ayant par exemple fait de
l'obstruction avec un discours de 8 h
contre un projet démocrate d'exonération
fiscale pour les riches. Il se revendique
depuis longtemps comme « socialiste », ce
qui est quasiment une insulte vu que le
maccarthysme fut la religion d'état aux ÉU.
Mais visiblement ce qualificatif n'effraie
plus tellement les électeurs de gauche, vu
que Sanders fait salles combles en meeting
(et ses intentions de vote à la primaire
sont au même niveau qu'Obama en 2007).
Certes son socialisme est davantage de la «
social-démocratie à visage humain » des
pays scandinaves que l'éco-socialisme du
PG. Mais Sanders propose par exemple la
gratuité des universités (ce qui n'est pas

une mince affaire dans un pays où la dette
étudiante est une bombe de retardement
digne des subprimes), un salaire minimum, une sécurité sociale étendue. Sanders finance sa campagne uniquement par
des dons privés individuels, dont 80 %
sont inférieurs à 200 $. Cela ne suffit pas à
faire un programme politique de gauche,
mais c'est une sacrée bouffée d'oxygène
pour un pays où le financement des activités politiques dépend beaucoup des
grosses entreprises.
Pourquoi pas Ralph Nader ?
Aussi, doit-on rappeler que la gauche radicale en 2008 (le PG n'existait pas encore)
s'est ruée pour soutenir Obama, au seul
prétexte de sa couleur de peau, alors
qu'on savait qu'il était plus à droite que
Jean-Louis Borloo ? Quelle idiotie de ne
pas avoir soutenu à la place Ralph Nader,
candidat du parti vert en 2008, et dont les
propositions étaient globalement celles du
mouvement altermondialiste (taxes sur les
transactions, lutte contre le libre-échange,
sécurité sociale publique, sortie du nucléaire). Pourquoi une telle omerta à
l'époque ? Ne refaisons pas la même erreur avec Sanders ! On peut certes reprocher la « facilité » de Sanders de jouer la
primaire du parti démocrate, alors que
l'on aurait pu rêver à une nouvelle force
politique et à la fin du bipartisme. Mais
reconnaissons que le contexte est bigrement difficile en dehors de ces deux partis : aux ÉU, on est troisième homme de
l'élection avec 0,5 % ! Quand Ralph Nader
avait fait plus de 2 % en 2000, c'était un
grand exploit. Et le CPUSA (Parti Communiste) ne participe plus aux élections depuis 1984, et appelle toujours à voter

démocrate. Ce bipartisme états-unien dure
depuis la seconde moitié du XIXème
siècle. Tandis que le P$ français n'était le
premier parti de gauche de manière nette
que depuis la fin des années 1970, avant
c'était le PCF, et encore avant le Parti Radical.
Lié aux syndicats
Concernant Jérémy Corbyn, le contexte
est encore différent, puisque le Labour
reste organiquement lié aux syndicats et
que la victoire de Corbyn traduit ce qui se
passe dans le monde du travail, tandis que
la démarche de Bernie Sanders est purement politique. Le personnage a des raisons de susciter aussi notre sympathie :
Jérémy Corbyn est contre le marché transatlantique, contre l'austérité libérale,
pour le désarmement nucléaire, pour le
salaire maximal et des nationalisations,
pour l'abolition de la monarchie (ce qui
est rare dans les monarchies constitutionnelles : même la gauche radicale belge très
proche de nous ne dit rien sur cette question). Plus anecdotiquement, il n'a pas de
voiture et il a quitté sa femme car elle
voulait mettre ses enfants à l'école privée !
Soyons lucides : il n'est point de sauveur
suprême. Mais quoi qu'on pense des tribuns et des élections, restons attentifs et
bienveillants envers ces deux personnages
qui représentent le début d'une alternative. Au-delà des personnages, c'est la
preuve de mouvements de fond qui traduisent une volonté profonde de clarté et
de courage politique et une adhésion
croissante des peuples à des valeurs de
gauche, réellement socialistes ou écologistes.
Thomas SAHABI

éColoGie

Le nuclEaire :
l’ Energie qui coûte le plus

L

e mois de septembre 2015 a été riche
en événements liés à l'industrie nucléaire en France. Première information le 03 septembre : EDF reconnaît enfin
que l'EPR de Flamanville va coûter cher chiffre officiel de 10,5 milliards d'euros- et
aura encore plus de retard que prévu (mise
en service annoncée pour fin 2018, alors
qu'elle était prévue en 2012, et que les travaux ont commencé en 2008). EDF aurait pu
ajouter que l'Autorité de Sûreté Nucléaire a
constaté nombre de défauts dans les travaux
déjà réalisés jusqu'à présent, en particulier
des fissures dans la cuve du réacteur. En
l'état, ces défauts constatés interdiraient le
démarrage de l'EPR.
La ministre de l'Ecologie (sic) a annoncé le 08
septembre que la fermeture de la centrale de
Fessenheim serait reportée à 2018, donc
après la présidentielle !, soi-disant comme
conséquence de ce retard de la centrale de
Flamanville. Comme si la vétusté de Fessenheim était liée à la construction d'une nouvelle centrale !
Troisième information, le 23 septembre 2015,
la centrale de Brennilis, en cours de démantèlement, a connu un départ de feu au sein du
réacteur. Le démantèlement des centrales ne
sera pas une partie de plaisir et coûtera très
cher : cet incident n'en est qu'une confirmation de plus, seuls ceux qui ne veulent pas le
savoir ne le savent pas.
Le coût du renouvellement
Voyons à présent ce que donnent ces différentes informations rassemblées. Commençons par le coût du renouvellement du parc
nucléaire français, si la puissance installée
devait rester identique. Prenons comme base
de temps pour ce renouvellement les 20 ans
entre la fermeture annoncée de Fessenheim,
2018, et 2038, date à laquelle la plus récente
centrale, Civaux, aura 40 ans. Actuellement,
les centrales nucléaires produisent 63 Giga-

Et si on calculait tout ce que va nous coûter l'énergie nucléaire ? Faisons le compte et arrêtons de construire une
telle dette sur le dos des générations qui viennent.
Watts électriques en France. La puissance
d'un EPR étant de 1,6 GW, il en faudra donc
40. En prenant le chiffre annoncé par EDF,
arrondi à 10 milliards d'euros par réacteur, il
faudra donc sortir 400 milliards d'euros en 20
ans soit 20 milliards d'euros par an. Admettons que le coût du premier EPR soir nettement supérieur à celui des suivants
(expérience acquise réutilisée), et que le coût
moyen ne soit pas 10 milliards mais 5 milliards par réacteur. Il reste tout de même 10
milliards d'euros par an à sortir pendant 20
ans.
Le coût du démantèlement
La construction de nouvelles centrales n'est
pas tout. Il n'est pas possible, sous peine de
catastrophe, de les laisser à l'abandon. Il faut
les démanteler. Ce n'est pas sans poser de
problèmes, puisque personne ne sait actuellement quoi faire des montagnes de déchets
radioactifs qui seront générés. Combien cela
va-t-il coûter ? La centrale de Brennilis dont
nous avons parlé plus haut, était de très faible
puissance : 70 MégaWatts, à comparer aux
1450 MW d'un réacteur de Civaux. Son démantèlement, qui est très loin d'être terminé,
est estimé à 500 millions d'euros (20 fois plus
que les premières estimations !). Sur cette
base très faible, irréaliste, le démantèlement
des 58 réacteurs en activité coûtera 29 milliards, soit 1,5 milliards d'euros par an sur 20
ans. Pour une base plus réaliste, regardons du
côté de l'usine d'extraction de plutonium de
Marcoule. Son démantèlement est estimé à
5,6 milliards d'euros. En Allemagne, le démantèlement d'un réacteur de 440 MW (ici
encore, très loin des 1450 MW de Civaux) de
la centrale de Niederaichbach, est estimé à 4
milliards d'euros. Si l'on prend 4,5 milliards
d'euros par réacteur, le démantèlement des
58 réacteurs coûtera 260 milliards d'euros,
soit 13 milliards d'euros par an pendant 20
ans.

Faisons donc le bilan. Si l'on s'en tient à des
hypothèses très basses, absolument pas réalistes, le renouvellement du parc existant et le
démantèlement coûteraient 230 milliards
d'euros (200 milliards pour la construction,
30 milliards pour le démantèlement), soit
11,5 milliards d'euros par an sur 20 ans. La
fourchette haute pourrait s'élever à 660 milliards d'euros (400 milliards pour la construction, 260 milliards pour le démantèlement),
soit 33 milliards d'euros par an sur 20 ans.
Combien d’écoles nous coûte le nucléaire ?
Déformation professionnelle de l'auteur
oblige (il est enseignant), voici maintenant
des questions sur ces données. Les copies
devront être rendues avant le prochain numéro du Peuple Citoyen.
Question 1 : faites le calcul des nouveaux
coûts si la puissance nucléaire installée, au
lieu d'être maintenue constante, est augmentée pour suivre la croissance de la consommation électrique.
Question 2 : en admettant que l'on parvienne
à trouver les sommes indiquées, déterminer
l'augmentation du tarif de l'électricité. Distinguer le cas où la production resterait nationalisée et celui où elle serait privatisée (faire le
calcul pour la fourchette haute et pour la
fourchette basse).
Question 3 : si l'on cherche l'argent nécessaire en réduisant les dépenses dans d'autres
section de la fonction publique, estimer le
nombre d'écoles, d'hôpitaux, de bureaux de
poste fermés pour y parvenir, estimer la diminution des pension de retraite et des remboursements de sécurité sociale.
Question 4 : si l'on ne parvient pas à trouver
l'argent nécessaire et que l'on décide de continuer à exploiter d'anciennes centrales, estimer la probabilité d'un accident nucléaire
majeur en France.
Cédric Mullet Marquis

Journal du parti de Gauche de la Vienne, octobre2015. Directeur de publication : Jean-Luc Morisset et Séverine Lenhard. Rédacteurs : Jacques
Arfeuillère, Cédric Mulet-Marquis, Thomas Sahabi. Maquette : Séverine Lenhard. Photos : ©Severine Lenhard. Imprimé par nos soins à 1000
exemplaires. ISSN : 2116-3456 Contact de la rédaction : jacques.arfeuillere@wanadoo.fr, http://86.lepartidegauche.fr/
Abonnement de soutien : 15 € en chèque à l’ordre du Parti de gauche 86, à adresser à Jacques Arfeuillère, 16 rue Maillochon, 86 000 POITIERS.

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