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no 40 – 30 septembre 2015

solidarité

L’Evénement syndical

Relocaliser l’économie grâce à la monnaie le léman
La monnaie complémentaire transfrontalière a été lancée à l’occasion du festival Alternatiba, lors
duquel près de 80 000 lémans ont circulé. Entretien avec Jean Rossiaud, l’un des porteurs du projet
Depuis le 18 septembre,
la monnaie le léman
est officiellement en
circulation dans le bassin
franco-valdo-genevois.
Cette monnaie locale, citoyenne,
mais qui n’aspire pas à remplacer les
devises nationales, vise à favoriser
la production et la consommation
locale notamment grâce au crédit
mutuel entre les entreprises. Près
de 300 personnes et 80 entreprises
ont fait confiance au projet, un beau
démarrage selon Jean Rossiaud
qui croit en l’avenir de ce projet et
aux bienfaits qu’il peut apporter en
matière d’emploi local. Focus.

Thierry Porchet

me
mo

Retour aux sources pour le léman qui a été mis en circulation pour la première fois lors du festival
Alternatiba à Genève: «La richesse est créée par le travail et la monnaie représente juste la valeur de
cette richesse», souligne Jean Rossiaud, l’un des porteurs du projet. Sur la photo, un des bureaux de
change où un léman était échangé contre un franc ou un euro.

E

n Suisse romande, le franc
suisse côtoie l’euro. Et depuis le 18 septembre, un
petit nouveau tente de se
faire une place, le léman.
Lancée à Genève à l’occasion du festival des alternatives Alternatiba, cette monnaie citoyenne,
transfrontalière et complémentaire
ne prétend pas remplacer les devises
nationales. Elle aspire plutôt à favoriser la production et la consommation au cœur du bassin franco-valdo-genevois. Oui mais comment? Le
léman se décline sous deux formes:
le nantissement, c’est-à-dire le paiement de ses achats en lémans dans
les commerces et entreprises partenaires afin que l’argent reste dans le
circuit local et n’alimente pas les
marchés financiers, ou, et c’est là le
premier intérêt du projet, le crédit
mutuel, qui encourage les échanges
et les prêts interentreprises et qui
permet à des sociétés sans liquidité
de travailler. Plus qu’une monnaie
d’échange traditionnelle, le léman se
veut un outil d’aide aux entreprises
de la place mais aussi un label. Car
les membres de la communauté de
paiement qui se lancent dans l’aventure, entrepreneurs comme particuliers, doivent signer une charte et
s’engagent à respecter des principes
d’éthique sociale et environnementale. Pour Jean Rossiaud, président
de l’association Léman Monnaie
mais aussi docteur en sociologie et
conseiller municipal Vert en ville de
Genève, ce projet de monnaie alter-

native est un pari qu’il était absurde
de ne pas tenter. Il nous en dit plus
sur les origines du léman mais aussi
sur son avenir. Interview.

questions
réponses
Comment est né le léman?
Jean Rossiaud: C’est un projet
qui mûrit depuis 4 ou 5 ans, sous
l’impulsion de la Chambre d’économie sociale et solidaire, de personnes
qui ont travaillé sur le Sel (système
d’échange local), les économies
collaboratives, de chercheurs, etc. En
tout, une cinquantaine de personnes
ont participé à la mise en place de ce
projet qui est dans l’air du temps; il
existe plus de 6000 monnaies complémentaires dans le monde, notamment une soixantaine en France.
Pourquoi se lancer dans une telle
aventure?
Le but principal est de relocaliser
l’économie, d’inciter les gens à
produire et à consommer localement en répondant à des règles
d’éthique solidaire et responsable.
Il ne s’agit pas de remplacer le franc
suisse ou l’euro, mais de compléter
les devises officielles. Dans ce cadre,
nous conservons une gouvernance
démocratique: c’est la communauté
de paiement qui décide de l’avenir
du léman, et pas une banque quelconque.

Concrètement, comment on décide
de faire une nouvelle monnaie? Estce qu’on ne se confronte pas aux
autorités?
En Suisse, on connaît l’exemple du
WIR depuis 1934, ou encore le BonNetzBon à Bâle. Quand il s’agit d’une
monnaie complémentaire dans une
communauté fermée, cela équivaut
à de l’argent Reka ou encore à des
points cumulus, il n’y a donc pas de
concurrence avec la devise nationale. Pour notre propre sécurité,
nous allons bloquer sur un compte
bancaire l’équivalent en francs ou en
euros des lémans en circulation, au
cas où toutes les personnes qui les
possèdent voudraient les récupérer
en même temps.

Et maintenant, on fait quoi?
L’intérêt principal du léman et de
cette communauté de paiement
est le crédit mutuel, qui permet à
une entreprise de travailler même
si elle n’a pas de liquidité: le crédit
mutuel est une forme de prêt à taux
zéro, chose que les entreprises ne
pourraient obtenir dans les banques
traditionnelles. La richesse est créée
par le travail et la monnaie représente juste la valeur de cette richesse.
Grâce à ce système, on va pouvoir
sauver des entreprises locales qui
peinent à survivre et éviter à certaines personnes de se retrouver
au chômage ou à l’assistance. C’est
tellement simple qu’on a souvent de
la peine à y croire.

Le léman a été inauguré lors du
festival Alternatiba. Comment cela
s’est passé?
Ce sont presque 80 000 lémans qui
ont circulé, sous forme de coupons
pour la plupart. 20 000 lémans ont
été réellement créés sous forme de
billets parce qu’ils restent en circulation.
Avant le festival, nous avions une
trentaine d’entreprises partenaires
et une centaine de particuliers.
Aujourd’hui, nous comptons 80
entreprises et plus de 300 privés, et
nous continuons à faire plusieurs
adhésions par jour. C’est un très bon
démarrage. A présent, nous devons
répertorier nos partenaires sur notre
site internet afin de leur donner de la
visibilité.

Et en tant que particulier, comment
peut-on faire partie du projet?
En tant que consommateur, je peux
voir près de chez moi quels sont les
petits producteurs qui adhèrent au
projet, cela fonctionne plus comme
un label. Cela permet de consommer plus sain et plus responsable et
d’aider les petits commerçants. On
pourra évidemment régler en francs
suisses ou en euros.
Qui finance votre association?
La majorité du travail fourni est
militant. Nous avons une ardoise de
10 000 francs auprès de l’imprimerie
pour la fabrication des billets. Pour
l’instant nous avons reçu des petites
subventions des villes de Carouge et
Genève.

Maintenant, il va évidemment falloir
de l’argent pour maintenir le système
informatique. Mais l’objectif n’est pas
de créer et de frapper de la monnaie
réelle, c’est de monter une communauté de paiement solide qui renforce
le tissu économique local. Si on y parvient, on aura rempli notre mission.
Croyez-vous en votre projet? Quel
avenir pour le léman?
Ça a démarré beaucoup plus fort
que ce que l’on avait pensé. Il nous
faut à présent travailler branche
par branche, en collaboration avec
les entreprises, afin de favoriser les
échanges locaux.
Nous irons aussi de quartier en quartier, de commune en commune pour
trouver des nouveaux points de distribution. Et exposer notre démarche
aux conseillers municipaux.
Qu’avez-vous à dire à vos
détracteurs?
Tout ce qui touche à l’argent dérange.
Peut-être que notre initiative sera
insignifiante comme le prétendent
certains, peut-être pas! Nous espérons créer des filets économiques qui
aideront les petites entreprises qui
passent trop souvent à la trappe dans
notre monde spéculatif.

Propos recueillis par
Manon Todesco !
Plus d’informations sur:
www.monnaie-leman.ch

Solidar se mobilise pour les réfugiés syriens au Liban
Un appel au don a été lancé afin de récolter des fonds pour venir en aide aux Syriens, mais aussi
pour soutenir les Libanais dans la gestion de leur accueil des réfugiés

Solidar Suisse

C

inq ans de guerre, la moitié de la population qui
n’a plus de maison et déjà
plus de 4 millions de personnes qui ont fui le pays:
la situation en Syrie est
désastreuse. Si les réfugiés syriens affluent massivement en Europe, plus
d’un million d’entre eux a déjà élu provisoirement domicile chez leur voisin
libanais, petit pays d’à peine 6 millions
d’habitants. Le Gouvernement libanais
n’autorisant pas les camps de réfugiés,
les Syriens vivent dans des abris de fortune ou squattent des locaux laissés à
l’abandon. Afin d’aider, d’un côté les
Syriens à retrouver des conditions de
vie décentes, et de l’autre, les Libanais
à gérer cette grosse pression migratoire,
Solidar Suisse s’est joint à la campagne
de la Chaîne du Bonheur et a lancé un
appel au don pour renforcer son engagement sur place. «Notre mission est de
récolter de l’argent pour rénover des
maisons désaffectées ou inachevées au
sud du Liban afin de les mettre à disposition des réfugiés, expose Lionel Frei,

1,2 million de Syriens se sont réfugiés au Liban en cinq ans. Vivant dans
des conditions précaires et manquant de biens essentiels, Solidar Suisse
lance un appel au don afin de leur venir en aide, tout en soutenant les
communes libanaises à gérer cette pression migratoire.

de Solidar Suisse. C’est gagnant-gagnant, les propriétaires libanais n’ont
rien à payer, mais en échange, ils s’engagent à loger des Syriens gratuitement
pour une durée d’un an. La maison, habitable, leur revient ensuite.» Présent
au Liban depuis fin 2012, Solidar Suisse
a déjà réhabilité 200 logements qui ont
profité à 1000 personnes. 44 autres sont
en cours de réhabilitation.
Les dons permettront également aux
Syriens de recevoir une aide d’urgence
sous forme de cartes de crédit afin
qu’ils puissent subvenir à leurs besoins
essentiels: se nourrir, se vêtir, se chauffer et se soigner. Aujourd’hui, plus de
10 000 familles ont pu en bénéficier.
«Les communes libanaises sont dépassées par la charge que représente
cet afflux de migrants, continue Lionel
Frei. Notre présence sur place est capitale pour les soutenir dans la gestion
de leur accueil des réfugiés.» Concrètement, Solidar Suisse donne un coup de
pouce à 18 communes dans l’installation de chauffages dans les écoles et les
hôpitaux, dans l’isolation de salles com-

munales et dans la réhabilitation de réseaux d’eau.
L’élan de solidarité des Suisses est inédit, confie Solidar Suisse. «C’est impressionnant, les gens m’appellent
pour savoir comment ils peuvent aider ou s’ils peuvent accueillir des réfugiés chez eux, on n’a jamais vu ça! Il y
a un mouvement de solidarité impressionnant.» Et pour preuve, depuis le 3
septembre, l’ONG a déjà réuni plus de
100 000 francs de dons!
Si l’ONG pense que la Suisse, en tant que
pays riche, «peut et doit faire plus pour
l’accueil des migrants», son action est
dans un premier temps ciblée sur place.
«On estime qu’il est prioritaire d’apporter de l’aide dans les pays limitrophes
car les besoins y sont les plus pressants.»
Manon Todesco !
Pour plus d’informations ou pour
faire un don, rendez-vous sur:
www.solidar.ch/fr/faire-un-don/
les-refugies-syriens-ont-besoin-denotre-aide