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SÉRIES NUMÉRIQUES
L’objectif de ce chapitre est double :
- Étudier la convergence des séries de nombres réels positifs.
- Étudier les séries absolument convergentes de nombres réels ou
complexes, à partir des résultats obtenus pour les séries de nombres
réels positifs.
Dans tout le chapitre, K désigne indiféremment le corps R des
nombres réels ou le corps C des nombres complexes, et une suite
d’éléments de K est appelée suite numérique.

1.1. SUITES ET SÉRIES

1.1.1. Généralités sur les séries numériques


1◦ Série associée à une suite numérique. – Définition. – Si
(un )n∈N est une suite numérique, on appelle série numérique associée
 à la
suite (un )n∈N le couple de suites numériques (un )n∈N , (sp )p∈N où la suite
p
P
(sp )p∈N est définie à partir de la suite (un )n∈N par ∀p ∈ N, sp = un .
n=0
P
On dira que un est le terme général P de la série un et que sp est
la somme partielle d’ordre p de laPsérie P un . Il résulte directement de la
définition que l’égalité des séries un et vn équivaut à celle des suites
(un ) et (vn ).

2◦ Opérations sur les séries. – Considérons l’application Φ de KN


dans lui-même définie par Φ (un )n∈N = (sp )p∈N , où (sp ) est la suite des
sommes partielles de la série de terme général (un ). En utilisant les égalités
p
X p
X p
X p
X p
X
(un + vn ) = un + vn , (λun ) = λ un ,
n=0 n=0 n=0 n=0 n=0

on constate que Φ est unP endomorphisme de KN . L’application Ψ qui à la


suite (un ) associe la série un a été définie par
 
Ψ (un )n∈N = (un )n∈N , Φ (un )n∈N .

On en déduit aisément que Ψ est une application K-linéaire de KN dans


l’espace vectoriel produit KN × KN , dont nous avions par ailleurs déjà remar-
qué l’injectivité.
2 SÉRIES NUMÉRIQUES 1.1.2

Proposition. – L’ensemble S(K) des séries d’éléments de K est un


espace vectoriel, isomorphe à KN .
Il suffit de remarquer que S(K) étant l’image de l’application linéaire Ψ,
c’est un sous-espace vectoriel de KN × KN . L’application Ψ étant injective,
elle induit un isomorphisme de KN dans S(K). 4
On pourra retenir les formules :
X X X X X
un + vn = (un + vn ), λ un = (λun ).

3◦ Correspondance bijective entre suites et séries. – Proposi-


tion. – Toute suite numérique peut être considérée comme la suite des
sommes partielles d’une série, cette série étant d’ailleurs unique.
Considérons une suite (vp )p∈N de KN , et recherchons les éventuelles suites
(un )p∈N telles que Φ (un )n∈N = (vp )p∈N . Une telle suite (un )n∈N vérifie
p
un . On a donc v0 = u0 et ∀p ∈ N∗ , vp − vp−1 = up . La
P
∀p ∈ N, vp =
n=0
suite (un )n∈N vérifie donc nécessairement :

v0 si n = 0
∀n ∈ N, un =
vn − vn−1 si n ≥ 1.

Réciproquement, la suite (un ) définie par les conditions ci-dessus est telle
que, pour tout entier naturel p,
p
X p
X
up = u0 + un − un−1 = u0 + (up − u0 ) = up ,
n=0 n=1

ce qui prouve que Φ (un )n∈N = (vp )p∈N . 4

4◦ Séries dont le terme général n’est défini qu’à partir d’un certain rang. Si
(un )n≥n0 est une suite définie à partir du rang n0 , on peut la prolonger en une suite
(vn )n∈N en posant : n
0 si n < n0
∀n ∈ N, vn =
un si n ≥ n0
P
Les sommes partielles (sp ) de la série vn sont nulles pour p < n0 , et vérifient, lorsque
Pp P P
p ≥ n0 , sp = up . La série vn sera notée un .
n=n0 n≥n0
P
Réciproquement, si
P un est une série dont le terme général est défini pour tout
P
entier naturel n, la série un est dite série déduite de un par troncature.
n≥n0

1.1.2. Séries convergentes


1.1.2 SUITES ET SÉRIES 3

1◦ Nature d’une série – Définition. – Une série


P
un est dite
convergente si et seulement si la suite (sp )p∈N de ses sommes partielles est
une suite convergente
P ; dans le cas contraire, la série est dite divergente.
Lorsque la série un est convergente, la limite de la suite (sp )p∈N est appelée
+∞
P
somme de la série et est notée un . La nature d’une série est son caractère
n=0
convergent ou divergent.
P
Remarque. – La somme d’une série un convergente est ainsi la
n≥n0
p
P
limite d’une suite (sp )p∈N vérifiant ∀p ≥ n0 , sp = un . Cette somme sera
n=n0
+∞
P
notée un .
n=n0

2◦ Restes d’une série convergente – Théorème. – Une série


P
un
P n≥n
P0
déduite de unPpar troncature est de même nature que la série un .
Lorsque la série un est convergente, on a l’égalité
+∞
X 0 −1
nX +∞
X
un = un + un
n=0 n=0 n=n0

p
P 0 −1
nP p
P p
P
Lorsque p ≥ n0 , des égalités un = + un et un =
n=0 n=0 n=n0 n=n0
p
P 0 −1
nP
un − , on déduit les résultats annoncés par des opérations sur les
n=0 n=0
suites convergentes. 4
P
Définition. – Lorsque une série un est convergente, on appelle reste
P +∞
P
d’ordre p de la série un le scalaire rp défini par Rp = un .
n=p+1

La somme partielle sp d’ordre p et le reste rp d’ordre p vérifient l’égalité


rp = s − sp , dans laquelle s désigne la somme de la série.
P 1 1 1 1
Exemple. – Etude de la série n(n+1)
. En remarquant que n(n+1)
= n
− n+1
,
n≥1
p
1 1
P
on constate que n(n+1)
= 1− p+1
. On en déduit la série est convergente, de somme
n=1
+∞
1
P
n(n+1)
= 1.
n=1

3◦ Espace vectoriel des séries convergentes. – Proposition. –


L’ensemble des séries à termes dans K qui sont convergentes est un sous-
espace vectoriel de l’espace vectoriel des séries à termes dans K ; l’application
qui à une série convergente associe sa somme est une forme linéaire sur S(K).
4 SÉRIES NUMÉRIQUES 1.1.3

Ces résultats se déduisent directement des résultats correspondants con-


cernant les suites convergentes.
P P
Remarque. – Si
P un est une série convergente,Pet vnPune série divergente,
P la
série (un + vn ) est divergente. En effet,
P en écrivant v n = (u n + v n ) − u
P n , on
constate que la convergence de la série (un + vn ) entrainerait celle de la série vn .
Par contre, le lecteur prendra garde au fait que la somme de deux séries divergentes peut
très bien être une série convergente, comme dans le cas où (un ) = (1) et (vn ) = (−1).

4◦ Condition nécessaire de convergence d’une série. – Théor P è-


me. – Une condition nécessaire (mais non suffisante) pour qu’une série un
converge est que la suite (un )n∈N admette 0 pour limite.
P
Si la série un est convergente, on peut écrire, pour n ≥ 1, P un =
sn − sn−1 , où (sp ) désigne P
la suite des sommes partielles de la série un .
La convergence de la série un se traduit par lim(sn ) = `, où ` désigne la
somme de la série. On en déduit lim(sn−1 ) = ` (puisque la suite (sn ) est
extraite de la suite (sn−1 )), puis lim(un ) = 0 par des opérations sur les suites
convergentes. 4

Remarque. – On dit parfois qu’une série dont le terme général ne tend pas vers 0
est une série grossièrement divergente.

P
Exemple. – Etude de la série ln(1 + 1/n). En remarquant que, pour n ≥ 1,
n≥1
p
P
ln(1 + 1/n) = ln(n + 1) − ln n, on en déduit que, pour p ≥ 1, ln(1 + 1/n) = ln(p + 1).
n=1 P
Comme lim ln x = +∞, on en déduit la divergence de la série ln(1 + 1/n), dont
x→+∞
n≥1
le terme général ln(1 + 1/n) a pourtant pour limite 0. Cet exemple prouve ainsi que la
condition nécessaire de convergence énoncée ci-dessus n’est pas suffisante.

5◦ Caractérisation de la convergence P d’une série de nombres


complexes. – Proposition. – La série un de nombres complexes
P est
convergente
P si, et seulement si, les deux séries de nombres réels <(u n ) et
=(un ) sont convergentes. On a alors :

+∞
X +∞
X +∞
X
un = <(un ) + i =(un ).
n=0 n=0 n=0

Le résultat s’obtient aisément en utilisant la R-linéarité des applications


< et =, ainsi la caractérisation de la convergence d’une suite de nombres
complexes à l’aide des parties réelles et imaginaires. 4
Remarque. – L’étude d’une série de nombres complexes est ainsi ramenée, du moins
en théorie, à l’étude de deux séries de nombres réels.
1.1.3 SUITES ET SÉRIES 5

1.1.3. Séries alternées


1◦ – Définition. – On appelle série alternée toute série de nombres
réels de la forme (−1)n αn ou de la forme (−1)n+1 αn , où (αn )n∈N est
P P
une suite de réels positifs ou nuls.
P
Remarque. – De façon équivalente, on peut dire qu’une série un de nombres réels
est alternée si, et seulement si, ∀n ∈ N, (−1)n un ≥ 0, ou ∀n ∈ N, (−1)

n u ≤ 0. On peut
n
n
d’ailleurs résumer ces deux cas en affirmant que la suite (−1) un est de signe constant
au sens large.

2◦ Critère spécial de convergence


P des séries alternées. – Théo-
rème. – Toute série alternée un de nombres réels telle que la suite
|un | n∈N soit décroissante et de limite nulle est une série convergente. Si
p ∈ N, on a la majoration :

X+∞
un ≤ |up | .


n=p

Considérons tout d’abord le cas où un = (−1)n αn , avec αn ≥ 0. En


p
P
posant sp = un , on calcule
n=0

s2p+2 − s2p = u2p+2 + u2p+1 = α2p+2 − α2p+1 ≤ 0


s2p+3 − s2p+1 = u2p+3 + u2p+2 = α2p+2 − α2p+3 ≥ 0
s2p − s2p+1 = α2p+1 → 0.

Les suites (s2p+1 )p∈N et (s2p )p∈N sont donc adjacentes. En notant ` leur limite
commune,
P on en déduit lim(sp ) = `, ce qui prouve la convergence de la série
un . On a de plus

s1 ≤ s2p+1 ≤ ` ≤ s2p+2 ≤ s2p ≤ s0

On a donc |` − s2p | ≤ s2p − s2p+1 = α2p+1 , et |` − s2p+1 | ≤ s2p+2 − s2p+1 =


+∞
P +∞
P
α2p+2 . Or `−s2p = un et `−s2p+1 = un . Comme s1 = a0 −a1 ≥
n=2p+1 n=2p+2
+∞
P
0, on a ` ≥ 0, ce qui prouve que |`| ≤ α0 . La majoration un ≤ |up | est

n=p
donc vérifiée pour tout entier naturel p.
n+1
DansPle cas où un = (−1) αn avec αn ≥ 0, on a −un = (−1)n αn et
la série −un est une série alternée du type déjà
envisagé.
On en déduit
+∞
P
la convergence de cette série, ainsi que la relation −un ≤ |−up |, ce qui

n=p
6 SÉRIES NUMÉRIQUES 1.2.1
P
entraine clairement la convergence de la série un , ainsi que la majoration
annoncée. 4

P (−1)n−1
Exemple. – Etude de la série harmonique alternée n
. La suite (1/n) étant
n≥1
décroissante de limite nulle, le critère spécial de convergence des séries alternées prouve
p−1
P 1−(−t)p
la convergence de cette série. En remarquant que ∀t ∈ [0, 1] , (−t)n = 1+t
, et
n=0
p−1
(−1)n tp
P R1
en intégrant cette égalité, on obtient : n+1
= ln 2 + (−1)p dt. Le lecteur en
0 1+t
p n=0

P (−1)n−1 R1 1
déduira aisément que
n=1 n − ln 2 ≤ tp dt = p+1
. Il constatera ainsi que la
0
+∞
P (−1)n−1
somme de la série harmonique alternée est ln 2, i.e. : n
= ln 2.
n=1

1.2. SÉRIES DE NOMBRES RÉELS POSITIFS

1.2.1. Convergence d’une série de nombres réels positifs


1◦ Caractérisation de la convergence P à l’aide des sommes
partielles – Théorème. – Pour qu’une série un de nombres réels positifs
converge, il faut et il suffit que la suite (sp ) de ses sommes partielles soit
majorée. On a alors
+∞
X
un = lim sp = sup sp .
p p
n=0

De l’égalité sp+1 − sp = up+1 , il résulte que la suite (sp ) est croissante.


Le théorème découle du fait qu’une suite réelle croissante est convergente si
et seulement si elle est majorée. 4
P P
Corollaire. – Soit un et vn sont deux séries de nombres P réels
positifs telles que ∀n ∈ N, u
P n ≤ vn . Alors la convergence P de la série vn
entraine celle
P de la série u n ; la divergence de la série u n entraine celle
de la série vn .
p
P p
P P
On a un ≤ vn . Si la série vn est convergente, alors la suite de
n=0 n=0
ses sommes
P partielles est majorée, donc la suite des sommes
P partielles de la
série un l’est, ce qui prouve la convergence de la série un . La deuxième
affirmation du corollaire est directement la contraposée de la première. 4

Remarque. – Le corollaire s’étend au cas où l’inégalité


P un ≤ P
vn n’est supposée qu’à
partir
Pdu rang n0 , puisque
P la convergence de la séries un (resp. vn ) équivaut à celle
de un (resp. vn ).
n≥n0 n≥n0
1.2.2 SÉRIES DE NOMBRES RÉELS POSITIFS 7
1
P
Exemple. – Etude de la série harmonique n
. En utilisant l’inégalité de convexité
n≥1
ln(1 + x) ≤P x, on constate que ln(1 + 1/n) ≤ 1/n. Nous avons déjà prouvé la divergence
de la série ln(1 + 1/n). La série harmonique est donc divergente en vertu du corollaire
n≥1
ci-dessus.

2◦ Séries géométriques. – Définition. – On appelle série géométri-


que toute série dont le terme général est celui d’une suite géométrique.
Proposition. – Si a ∈ R+ , la série géométrique
P n
a est convergente
1
si et seulement si 0 ≤ a < 1. Sa somme est alors 1−a .
Lorsque a ≥ 1, P on a an ≥ 1, et la suite (an ) ne tend pas vers 0, ce qui
prouve que la série an est grossièrememt divergente. Lorsque 0 ≤ a < 1,
p p+1
ap = 1−a p
P
on calcule sp = 1−a . Comme 0 ≤ a < 1, on a lim a = 0, d’où p
n=0
1
lim sp = 1−a . 4
p

3◦ Séries de Riemann. – Définition. P 1– On appelle série de Riemann


toute série de nombres réels de la forme nα , où α est un paramètre réel.
n≥1
1
P
Proposition. – La série de Riemann nα converge si, et seulement
n≥1
si α > 1.
– Remarquons tout d’abord que lorsque α ≤ 0, la série est grossièrement
divergente.
– Lorsque α ≤ 1, on a n1α ≥ n1 . La série P
P
harmonique 1/n étant
1
divergente, on en déduit la divergence de la série nα .
– Lorsque α > 1, la fonction f définie sur RR∗+ par f (t) = t1α est
n
décroissante. On peut donc écrire, pour n ≥ 2, n1α ≤ n−1 f (t)dt. En addition-
nant ces inégalités pour n = 2, 3, . . . , p, il vient
p Z p  p
X 1 −1
≤ f (t)dt = ,
n=2
nα 1 (α − 1)tα−1 1
p
1 1
P
d’où l’on déduit, pour p ≥ 2, ≤ 1+ α−1
nα . La suite des sommes partielles
n=1 P 1
est donc majorée, ce qui prouve la convergence de la série nα . 4
n≥1

1.2.2. Comparaison à une série de référence


1◦ Utilisation de la relation de domination. – Proposition. –
Soit (un ) et (αn ) des suites
P de nombres réels positifs tellesP
que un = O(αn ) ;
alors la convergence de αn implique la convergence de un .
8 SÉRIES NUMÉRIQUES 1.2.2

P un rang n0 et un réel k ≥ 0 P
Par hypothèse, il existe tels que ∀n ≥
n0 , un ≤ kαn . La série kαn est convergente puisque P αn l’est. On
conclut, par majoration, quant à la convergence de la série un . 4
P
Remarques.
P– a) Sous les mêmes hypothèses, la divergence de la série un implique
celle de la série αn .
b) Si un = o(αn ), alors a fortiori un = O(αn ), et la proposition ci-dessus peut
s’appliquer.
c) Si un ∼ αn ,P alors unP= O(αn ) et αn = O(un ). On déduit de la proposition ci-
dessus que les séries un et αn sont de même nature. On peut généraliser ce résultat
au cas où un ∼ kαn , avec k 6= 0.
d) Si les suites un et αn sont à termes strictement positifs, et si à partir d’un certain
un+1 αn+1
rang, on a u ≤ α , alors, en appliquant le théorème de comparaison logarithmique
n n
de deux suites, on a un = O(αn ), et la proposition ci-dessus peut s’appliquer.

2◦ ComparaisonPà une série géométrique. – Proposition. –


Considérons une série un de nombres réelsPpositifs. Si, à partir d’un certain

rang, n un ≤ k avec k < 1, alors la série un converge. Si, à partir d’un
√ P
certain rang, n un ≥ 1, alors la série un diverge grossièrement.
n n
P n cas, on a u ≤ k à partir d’un certain rang. La série
Dans le premier
géométrique k est convergente puisque P 0 ≤ k < 1. On en déduit par
majoration la convergence de la série un . Dans le deuxième cas, il suffit de
remarquer que un ≥ 1 à partir d’un certain rang, donc que un ne tend pas
vers 0. 4
P
Remarque. – A titre d’exercice, le lecteur pourra démontrer que si un est une série
√ P
à termes positifs qui vérifie lim( n un ) = `, alors si ` < 1, la série un est convergente ;
P n
si ` > 1, la série un est grossièrement divergente.


P 3 Comparaison à une série de Riemann. – Théorème. – Soit
un une série à termes positifs, telle que lim nα un = ` ∈ [0, +∞]. Alors :
P n
– si α > 1 et ` < +∞, la sérieP un est convergente.
– si α ≤ 1 et ` > 0, la série un est divergente.

P – Dans le premier cas, on peut écrire un = O(1/nα ), la série de Riemann


α
1/n étant convergente puisque α > 1.
– Dans
P le deuxième cas, on peut écrire 1/nα = O(un ), la série de
α
Riemann 1/n étant divergente puisque α ≤ 1. 4
Remarque. – Dans le cas où α > 1, on peut se contenter de l’hypothèse P plus faible
que la suite (nα un ) soit bornée, pour conclure à la convergence de la série un .

4◦ Règle de d’Alembert – Théorème. – Soit


P
un une série à termes
strictement positifs, vérifiant lim uun+1
n
= `. Alors :
n
1.2.3 SÉRIES DE NOMBRES RÉELS POSITIFS 9
P
– si 0 ≤ ` < 1, la série
P un est convergente.
– si ` > 1, la série P un est divergente.
– si ` = 1, la série un peut converger ou diverger (cas douteux de la
règle de d’Alembert)
– Supposons tout d’abord ` < 1. En posant k = (`+1)/2, on a ` < k < 1.
Comme lim uun+1
n
= `, on peut affirmer l’existence d’un rang n0 tel que ∀n ≥
n
un+1 n+1
n0 , un ≤ k = kkn . le théorème dePcomparaison logarithmique prouve que
un = O(k n ), La série géométrique Pk n étant convergente (0 ≤ k < 1), on
en déduit la convergence de la série un par domination.
– Supposons maintenant ` > 1. En posant k = (` + 1)/2, on a 1 < k < `.
En procédant comme P dans le cas précédent, on montre que k n = O(un ). La
n
série géométrique
P k étant divergente (k > 1), on en déduit la divergence
de la série un . 4
1
Remarque. – Le lecteur pourra vérifier que la suite de terme général un = n (resp.
1 un+1 P
un = n2 ) est telle que lim u = 1, la série un correspondante étant divergente (resp.
n n
P
convergente). Dans le cas douteux, la série un peut donc effectivement être convergente
ou divergente.

1.2.3. Développement décimal d’un nombre réel positif

1◦ Approximations décimales d’un nombre réel. – Définition.


– Soit x un nombre réel, et k un entier relatif. On appelle approximation
décimale de x à 10k près par défaut le réel xk défini par xk = 10k E(10−k x),
où E désigne la fonction partie entière.
Proposition. – La suite (x−n )n∈N est convergente, de limite x. Si
x ≥ 0, la suite (xn )n∈N est nulle à partir d’un certain rang.
– En écrivant E(10−k x) ≤ 10−k x ≤ E(10−k x) + 1, on obtient xk ≤ x <
xk + 10k . On a donc, ∀n ∈ N, −10−n < x−n − x ≤ 0, ce qui prouve que
lim x−n = x.
n
– Si x est un réel positif, on a ∀n ∈ N, 0 ≤ E(10−n x) ≤ 10−n x. On
a donc lim E(10−n x) = 0. Comme E(10−n x) ∈ N, ceci prouve que, à partir
n
d’un certain rang N , on a E(10−n x) = 0, d’où ∀n ≥ N, xn = 0. 4

2◦ Développement décimal d’un nombre réel positif. – Théorème


et Définition. – Si k ∈ Z, on appelle chiffre décimal d’ordre k de x le réel
ck = 10−k (xk − xk+1 ). Les chiffres décimaux de x sont des entiers naturels
inférieurs strictement à dix. La suite (cn )n≥0 est nulle à partir d’un certain
rang ; La suite (c−n )n≥1 est nulle à partir d’un certain rang si, et seulement
si, le réel x est un nombre décimal, i.e. de la forme 10ak , où a ∈ N et k ∈ N.
10 SÉRIES NUMÉRIQUES 1.2.3

la suite (c−n ) n’est pas égale à neuf à partir d’un certain rang ; Enfin, on a
+∞ +∞
cn 10n et x − E(x) = c−n 10−n .
P P
les égalités : E(x) =
n=0 n=1

– On a par définition ck = E(10 x) − 10E(10−k−1 ), donc ck ∈ Z.


−k

Comme E(10−k−1 x) ≤ 10−k−1 x < E(10−k−1 x) + 1, on a 10E(10−k−1 x) ≤


10−k x < 10E(10−k−1 x) + 10. Or 10E(10−k−1 x) ∈ Z, d’où 10E(10−k−1 x) ≤
E(10−k x). Il vient : 0 ≤ E(10−k x) − 10E(10−k−1 x) < 10, i.e. 0 ≤ ck < 10.
– La suite (xn )n∈N étant nulle à partir d’un certain rang N , on a ∀n ≥
N, cn = 10−n (xn − xn+1 ) = 0. Comme ∀n ∈ N, cn 10n = xn − xn+1 ,
p
cn 10n = x0 − xp+1 = E(x). On a donc
P
on obtient, pour p ≥ N − 1,
n=0
+∞
n
P
cn 10 = E(x).
n=0
– On a ∀n ≥ 1, c−n = 10n (x−n − x−n+1 ), d’où ∀n ≥ 1, c−n 10−n =
p
c−n 10−n = x−p − x0 . Comme lim x−p = x,
P
x−n − x−(n−1) . On en déduit
n=1 p
+∞
−n
P
il vient c−n 10 = x − E(x).
n=1
– Si x = 10ak , où a, k ∈ N, on a, pour p ≥ k + 1, c−p = E(10p−k a) −
10E(10p−1−k a) = 10p−k a − 10 · 10p−1−k a = 0. Réciproquement, si ∀p ≥
−1
NP
N, c−p = 0, avec N ≥ 1, on a x − E(x) = c−n 10−n = 10Na−1 , où
n=1
−1
NP
N −1 N −1−n
a = 10 E(x) + c−n 10 ∈ N, ce qui prouve que x est un nombre
n=1
décimal.
– Si l’on suppose ∀n ≥ N, c−n = 9, avec N ≥ 1, il vient x − E(x) =
−1
NP +∞ −1
NP
c−n 10−n + 9 · 10−n , i.e. x = E(x) + c−n 10−n + 10−N +1 = 10Na−1 ,
P
n=1 n=N n=1
−1
NP
où a = 10N −1 E(x) + c−n 10N +1−n + 1 ∈ N, ce qui prouve que x est un
n=1
nombre décimal. Mais dans ce cas la suite (c−n )n≥1 devrait être nulle à partir
d’un certain rang. 4

P – Considérons
Théorème. une famille (dk )k∈ZPd’entiers naturels inférieurs strictement à
dix. La série d−n 10−n est convergente ; la série dn 10n est convergente si, et seulement
n≥1 n≥0
si la suite (dn )n∈N est nulle à partir d’un certain rang. Dans ce cas, on peut poser x =
+∞
P +∞
P
dn 10n + d−n 10−n . Deux cas peuvent alors se présenter :
n=0 n=1
– Si la suite (d−n )n≥1 n’est pas égale à 9 à partir d’un certain rang, alors pour tout entier
relatif k, dk = ck , chiffre décimal d’ordre k de x.
– Si la suite (d−n ) est égale à 9 à partir d’un certain rang N ≥ 1, alors x est un entier
relatif. Pour k > −N , dk est alors le chiffre décimal d’ordre k de x − 101−N .
1.3.2 SÉRIES DE NOMBRES RÉELS OU COMPLEXES 11

La démonstration est laissée en exercice pour le lecteur courageux. 4

Corollaire. – Tout nombre réel qui n’est pas un nombre décimal peut s’écrire de façon
+∞
P +∞
P
unique sous la forme x = dn 10n + d−n 10−n , où (dk )k∈Z est une famille d’entiers
n=0 n=1
naturels inférieurs strictement à dix, cette forme étant appelée le développement décimal du
réel x. Tout nombre décimal admet exactement deux développements décimaux, l’un, dit propre,
tel que la suite (d−n )n≥1 soit nulle à partir d’un certain rang ; l’autre, dit impropre, tel que la
suite (d−n )n≥1 soit égale à 9 à partir d’un certain rang.
idem 4

Remarque. – On peut remplacer dans tout le paragraphe l’entier 10 par un quel-


conque entier b ≥ 2. On obtient ainsi la notion de développement en base b.

1.3. SÉRIES DE NOMBRES RÉELS OU COMPLEXES

1.3.1. Séries absolument convergentes

1◦ Définition. – Une série numérique


P
P un est dite absolument
convergente si, et seulement si la série |un | de nombres réels positifs est
convergente.

2◦ Théorème. – Toute
P
série numérique un absolument convergente
+∞
P +∞P
est convergente. En outre, un ≤ |un |.
n=0 n=0
P
– Considérons tout d’abord le cas d’une série un de nombres réels,
|un | est supposée convergente. En posant u+
P
dont la série n = sup(un , 0) et
u−n = sup(−u n , 0), on a les égalités |u n | = u +
n + u −
n , u n = u+
n −u

n , ainsi
+ −
u+
P
que
P − les inégalités 0 ≤ u n ≤ |u n | et 0 ≤ u n ≤ |u n |. Les séries P n et
un étant à termes positifs, on déduit leur convergence P de celle de |un |
en utilisant le théorème de majoration. La série un est donc convergente
comme différence de deux séries convergentes.
P
– Considérons maintenant le cas d’une série un de nombres complexes.
En utilisant les inégalités 0 ≤ |<(un )| ≤ |un | et 0 ≤ |=(un )| ≤ |un |, le
théorème dePmajoration pour P les séries à termes positifs prouve la convergence
des séries |<(un )| et P |=(un )|, c’est-à-dire
P la convergence absolue des
séries de nombres réels <(un ) et =(un ). Le P cas réel ayant P déjà été
démontré, on en déduit la convergence P des séries <(u n ) et =(u n ), puis
la convergence de la série complexe un .
p p
P P
– Comme ∀p ∈ N, un ≤ |un |, on obtient par un passage à la
n=0 n=0 +∞
P P∞
limite dans une inégalité large la relation un ≤ |un |. 4
n=0 n=0
12 SÉRIES NUMÉRIQUES 1.3.3

1.3.2. Séries géométriques


P n
Théorème. – La série géométrique complexe z , où z ∈ C, est
absolument convergente si et seulement si |z| < 1 ; sa somme est alors égale
1
à 1−z . En outre, si |z| ≥ 1, cette série diverge.
n
– Si |z| ≥ 1, on a |z n | = |z| P= 1, ce qui prouve que la suite (z n )
n’admet pas 0 pour limite. La série z n est donc dans ce cas grossièrement
divergente.
n n
P –n Supposons maintenant |z| < 1. On a |z | = |z| . La série géométrique
|z| à termes positifs est convergente puisque |z| < 1. On en déduit la
p p+1
z n = 1−z
P n P
convergence absolue de la série z . Enfin, si p ∈ N, on a 1−z .
n=0
+∞
p p p 1
zn =
P
Comme lim z = 0 (puisque |z | = |z| ), on en déduit que 1−z . 4
p n=0

1.3.3. Série exponentielle


1◦ Introduction de la série exponentielle – P Théorème et Dé-
zn
finition. – Pour tout nombre complexe z, la série n! est absolument
+∞
P zn
convergente ; par définition exp(z) = n! .
n=0

Nous savons que si a ∈ R, alors an = o(n!). On en déduit que,


P sinz ∈ C,
n n
|2z| = o(n!). On a donc zn! = o(1/2n ). La série géométrique 1/2 étant
P zn
convergente, on en déduit la convergence absolue de la série n! . 4

2◦ Lien avec la fonction exponentielle – Théorème. – Pour z ∈ C,


on a exp(z) = ez , où la notation ez a été définie en première année par
l’égalité ez = e<(z) (cos(=z) + i sin(=z)).
Considérons un nombre complexe z, et posons, pour t ∈ [0, 1], f (t) = ezt .
La fonction f ainsi définie sur le segment [0, 1] est dérivable, de dérivée f 0 (t) =
z ezt . Par une récurrence immédiate, on en déduit qu’elle est indéfiniment
dérivable, avec Dn f (t) = z n ezt . On a donc ∀t ∈ [0, 1] , |Dn f (t)| ≤ z n e|<z| .
En
utilisant l’inégalité de Taylor-Lagrange à l’ordre p, on en déduit que
p n |z|p+1 |<z| p
z P z
e −
n! ≤ (p+1)! e . Comme |z| = o(p!), on en déduit que
n=0

p
X zn
lim = ez ,
p
n=0
n!

i.e. exp(z) = ez . 4