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Phénomène de mode ou réel danger ?

Le satanisme
Attirés par le gothisme et la musique black metal, de plus en plus de jeunes et
d’adolescents dérivent vers le satanisme et des sectes dangereuses. Pourquoi les jeunes
sont-ils devenus les cibles privilégiées de ces groupes ?

Profanations d’églises et de cimetières, inscriptions racistes et antisémites, automutilations


et suicides de jeunes, enlèvements d’animaux et d’enfants, pornographie, pédophilie, viols,
tortures et meurtres sacrificiels... Dépassant les limites du concevable, le satanisme défraie la
chronique et fait peur... Certains pensent qu’il s’agit d’une mode, avec ses codes
vestimentaires « gothiques » noirs ou fluo selon les tendances, ses groupes musicaux à succès
de type « rock metal » comme « Marilyn Manson », son folklore et ses fêtes annuelles comme
Halloween, ses sites web, ses blogs, ses jeux de rôles « on line », ses parcours initiatiques, ses
cafés branchés... Mais derrière la vitrine sciemment médiatisée, œuvrent des groupes
structurés aux objectifs précis.

Notre perception du diable a évolué au cours des siècles

De tout temps, l’homme a contemplé la beauté et


les prodiges de la création et s’est interrogé sur
l’origine du mal, des catastrophes et de la mort. De
nombreuses traditions religieuses ont associé Dieu à
ce qui est beau, bon et Bien, et Satan à ce qui est
Mal, à la souffrance physique et morale et à la mort.

Depuis les conceptions païennes du Bien et du Mal


vus comme des puissances opposées éternellement
en combat1, notre « perception » de Dieu et du
diable a évolué au cours des siècles.

Craint et perçu comme la source de tous les maux


au moyen-âge, personnage mythifié par les artistes
et les intellectuels au XVII siècle, objet d’un culte
nouveau conçu comme l’antithèse du credo
chrétien, Satan devient au XVIIIe: «l’incarnation
d’une conscience supérieure, libérée du joug de la
morale et de la religion »2. Au XIXe siècle, les
romantiques s’en emparent puis Freud et Jung
formulent les premières théories psychanalytiques
du diable perçut comme un « exutoire névrotique
d’une sexualité refoulée par une religion très répressive dans ce domaine»3 et des approches
psychologiques présentent aujourd’hui Satan comme « une caricature de l’adolescent, le
rebelle par excellence qui s’est opposé au père4»....

1
Cette perception subsiste aujourd’hui dans de nombreux livres, films, jeux de rôles, etc, et se lie en filigrane
de certaines mouvances politiques instigatrices des appellations « Forces du Bien » et « Forces du Mal »
2
Chartier Claire, « Au nom du Diable », L’Express, 20 avril 2006.
3
Minois Georges, Le diable, « Que sais-je ? », n° 3423, PUF, Paris, 1998
Les théoriciens de la pensée sataniste contemporaine

Le satanisme contemporain repose à la fois sur les écrits déformés de philosophes et


scientifiques et sur les théories de spécialistes de l’occultisme.

Citons notamment « le darwinisme social5 » pour qui les différences entre les individus, les
peuples ou les sociétés seraient fondées sur des divergences biologiques et qui justifie ainsi
l’existence de « races supérieures » dominant les plus faibles, et « la philosophie
nietzschéenne » inspiratrice du nihilisme, bâtie autour du concept de « volonté de puissance »,
et pour qui seuls les surhommes, les individus les plus parfaits sont appelés « à siéger au
sommet de l’espèce humaine et de la société afin d’assurer la domination du seigneur sur le
troupeau d’esclaves ».6

Deux spécialistes de l’ésotérisme et de l’occultisme, méritent tout particulièrement de retenir


l’attention, du fait de leur forte influence sur le satanisme contemporain.

Aleister Crowley (1875-1947), développe à travers ses multiples ouvrages des théories et des
pratiques qui fournissent la colonne vertébrale à la doctrine sataniste. Dans le Livre de la loi,
il définit deux principes aujourd’hui credo du satanisme : « fais ce que tu veux sera toute la
loi » et « vis pleinement ce que tu ressens en toi ». Dieu n’existe pas. Il serait une invention
judéo-chrétienne destinée à transformer les hommes en moutons et à les parquer dans des
espaces grillagés par les interdits sociaux. « La Loi des plus forts : c’est notre loi et la joie du
monde. Tout homme et toute femme est une étoile. Il n’y a pas d’autre Dieu que l’homme.
L’homme a le droit de vivre selon sa propre Loi. De vivre comme il veut, de travailler comme
il veut, de jouer comme il veut, de se reposer comme il veut, de mourir quand et comme il
veut. [...] L’homme a le droit de tuer ceux qui pourraient frustrer ces droits. L’amour est la
Loi. Aime avec désir.7»

Anton Szandor LaVey (1930-1997), surnommé « le pape noir », est le second père
intellectuel du satanisme. Proche de Ron Hubbard, fondateur de la Scientologie, il est
l’instigateur de l’Église de Satan (Church of Satan) le jour de la Walpurgisnacht (fête
germanique supposée magique). Il rédige La bible satanique, cœur d’un système
philosophique élitiste, hédoniste, antireligieux et darwiniste. Derrière un formalisme antithèse
du christianisme, il expose une « philosophie religieuse dont Satan est le symbole de la liberté
et de l’individualisme8». Satan n’est donc plus une personnification réelle du Mal, mais un
symbole. Le culte de Satan aurait pour fonction de conférer à ses adeptes la force de pouvoirs
occultes sommeillant en eux dans le but de réaliser leurs désirs tant matériels que sexuels :
LaVey, reprenant Nietzsche, encourage ainsi au dépassement de soi pour se transformer et
devenir un surhomme capable de réaliser ses propres envies.

Qu’en pense l’Eglise ?

Pour les chrétiens, il n’est pas concevable que Dieu, infiniment bon, aie pu créer le Mal.
Ainsi, le catéchisme de l’Eglise catholique précise : « Derrière le choix de nos premiers
parents, il y a une voix séductrice, opposée à Dieu, qui, par envie, les fait tomber dans la
mort. L’Écriture et la tradition de l’Église voient en cet être un ange déchu, appelé Satan ou
diable. L’Église enseigne qu’il a été d’abord un ange bon, fait par Dieu. “Le diable et les

4
Francq Isabelle, in « Le Mal adolescent », Le Monde des Religions, mars-avril 2005.
5
Théorisé par Herbert Spencer, Ernst Haeckel ou John Fiske
6
Aries Paul, Satanisme et vampyrisme. Le livre noir, Éditions Golias, Villeurbanne, 2004, p. 162.
7
Aries Paul, ibid., p. 235
8
Lavey Anton, op. cit., p. 14.
autres démons ont certes été créés par Dieu naturellement bons, mais c’est eux qui se sont
rendus mauvais” ».9

« La Très Sainte Trinité est la plus pure lumière de l’amour, et la création, elle aussi, le fruit
béni de son profond amour, est enveloppée de bonté et de beauté (cf. Genèse 1,31). Les
ténèbres s’installent dans le cœur de l’homme lorsqu’il se laisse séduire par les pièges de la
tentation visant à le séparer de Dieu et de ses semblables (cf. Genèse 3,1-12). »10

Dieu a créé l’homme à son image, c’est à dire LIBRE, capable de se placer en vis à vis, de
participer dans un dialogue d’amour à sa vie divine, ou de s’opposer. Le choix de dire NON
est perçu par certains (et notamment par les satanistes) comme la source de la connaissance,
de l’esprit critique et de la liberté. Alors que pour les chrétiens c’est le OUI à l’amour de Dieu
qui nous rend participant de sa liberté créatrice et qui crée et re-crée la vie dans toute sa
diversité et sa fantaisie.

« Fais ce qu’il te plait ! Et si quelque chose s’oppose à ton désir, détruit-le ! » Tel est en
substance le message véhiculé par le satanisme. Un message qui séduit facilement les
adolescents en quête de liberté et d’indépendance. Mais, n’est-il pas sous-jacent dans les
comportements de nos sociétés occidentales ou la consommation et l’hédonisme ont tous les
droits ?

Réagir et agir

Quelle attitude adopter quand un enfant, un parent ou un ami semble « aspiré » par la
mouvance satanique ? Tout d’abord, il est nécessaire de « raison garder » ; la mode gothique
et la musique « metal » ne sont pas a priori dangereuses, ni condamnables. Cependant il

9
Catéchisme de l’Église catholique (1992), §391
10
Intervention de Piero CODA, théologien, professeur à l'université du Latran pour le Troisième Rassemblement
Œcuménique Européen à Sibiu en septembre 2007
convient de rester attentif face à certains signes qui peuvent légitimement inquiéter. Il n’est
pas possible en quelques lignes d’indiquer ici ces différents signes. N’hésitez pas à consulter
le document « Le satanisme, un risque de dérive sectaire » réalisé par la MIVILUDES et
disponible gratuitement sur Internet.11

S’il vous semble vraisemblable qu’un ami ou un proche soit victime ou en danger, n’attendez
pas pour demander conseil à l’une des associations mentionnée dans l’encadré ci-joint ou le
service diocésain « Pastorale, nouvelles croyances et dérives sectaires » théoriquement
présent dans chaque diocèse.

Trois attitudes sont fondamentales :

Veiller. C'est-à-dire s’informer et se former, afin de faire preuve d’un peu plus de
discernement pour identifier ce qui peut être nuisible ou non. Mais aussi, s’intéresser aux jeux
que pratiquent les jeunes, notamment sur Internet. Une récente enquête a montré que 72% des
parents ne savent pas leurs enfants consultent sur Internet. Un rapide sondage auprès d’une
cinquantaine d’élèves en classe de première dans un lycée privé a montré qu’un tiers d’entre
eux consultaient régulièrement des sites sataniques...

Prévenir. Ce qui signifie informer et parfois interdire. Dans la plupart des familles, le
téléphone portable, Internet et la télévision sont en « libre service » et les enfants les utilisent
sans qu’il n’y ait plus aucun « filtre » ni autorisation des parents. Le dialogue sera souvent le
seul moyen de se rendre compte. Et si le dialogue est rompu...

Guérir. Dans la plupart des cas cette démarche est impossible sans une aide extérieure. Les
dérives « sataniques » ou sectaires s’inscrivent très souvent sur une faille psychologique
qu’un psychiatre ou psychologue compétent pourra aider à regarder en face. Parfois
l’intervention d’un exorciste (présent dans chaque diocèse) sera nécessaire. Et puis, trop
souvent oublié, il ne faut pas hésiter à s’adresser également à la police dès lors que des
libertés fondamentales ou l’intégrité des personnes ont été bafouées.

L’important c’est d’aimer : aimer avec fermeté et miséricorde, avec la dureté de l’acier pour
affronter les assauts du monde et une tendresse infinie envers ceux qui nous entourent.

Jean-Marie DESSAIVRE
Cominfo31@gmail.com
avec l’aide du service
« Pastorale, nouvelles croyances et dérives sectaires » du diocèse de Toulouse

11
Edité par « La Documentation Française » en 2006, Réf. : 9782110062086, ISBN : 2-11-006208-8, 7,01 € et
disponible sur http://www.miviludes.gouv.fr/IMG/pdf/guide_satanisme_derive_sectaire.pdf
Trois questions à Jacky Cordonnier
Nous avons interrogé Jacky Cordonnier12, Membre du Conseil
d’Orientation de la MIVILUDES (Mission Interministérielle de
Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires) et expert du
satanisme.

Le gothisme, la musique metal, et certains sites web et jeux vidéo extrêmement violents
sont ils des portes d’entrée du satanisme ?

Attention à ne pas faire d’amalgame trop rapide ; le mouvement gothique tout comme la
musique metal ne sont pas systématiquement satanistes mais ils sont souvent des exutoires du
mal-être de certains adolescents. Le satanisme récupère le malaise des jeunes pour mieux les
manipuler ; il abonde dans leur besoin de provocation, tente de renforcer leur opposition
systématique naturelle, leur propension à repousser les limites, à développer
l'anticonformisme qui les fascine, à les séduire par une apologie facile du mal absolu. Il
développe chez eux refus et révolte contre l'ordre social et leur insuffle le sentiment d'être
forts, invulnérables et de ne pouvoir être arrêtés par rien. En cela ils peuvent être des portes
d’entrée vers le satanisme car ils ont des points communs, comme les goûts morbides ou
mortifères. On instrumentalise alors ces fragilisations, ces souffrances d’ados d’où la dérive
sectaire. Internet est de loin la porte d’entrée la plus importante.

A fréquenter des groupes satanistes plus ou mois informels, quel sont réellement les
dangers encourus ?

De couper l’ado du monde réel et de le faire entrer dans des conduites déviantes délictuelles
ou criminelles (profanations, etc), suicidaires ou des actes d’auto mutilation. Le satanisme va
amener l’individu à faire sauter tous les tabous, dans un sentiment de puissance comme chez
Nietzsche, lui faisant perdre toute notion de valeur du bien ou du mal. Dans une société où
toutes libertés ont comme limite la Loi, comment intégrer une idéologie qui proclame « Fais
ce qu’il te plaît ! Ne laisse rien être un obstacle à ton désir, sinon détruis-le… »

Qu’ils soient structurés ou non, que veulent véritablement les groupes satanistes ?

Selon les groupes, les objectifs sont divers. Pour les lucifériens, une haine farouche des
religions monothéistes ; pour les satanistes, redonner la place de maître du Monde à Satan et
détruire le christianisme. Pour les néo nazis satanistes, une race d’Homme Dieu où Hitler
devient l’Antéchrist, le Satan moderne. On trouve aussi un satanisme néo païen où est
recherché l’idéal des croyances celtiques. Le point commun est de placer l’Homme à la place
de Dieu, sans tabou, sans limite, sans peur dans une volonté à terme de déstructuration de la
Société et l’émergence d’un autre monde où les faibles n’ont plus leur place ; une nouvelle
race d’Hommes Forts, d’Hommes Dieu.

12
Historien des religions, conférencier et écrivain, Jacky Cordonnier est également Vice-président du GEMPPI,
(Groupe d’Etude des Mouvements de Pensée pour la Prévention de l’Individu). Il est notamment l’auteur du livre
Dérives religieuses : astrologie, occultisme, spiritisme, nouvel âge, Halloween, sorcellerie, satanisme, Edition :
Chronique Sociale ISBN: 2850085049, 15 €
A lire
CASSIE, DU SATANISME AU CHOIX DE DIEU

Misty BERNALL 20 avril 1999. Deux jeunes entrent, armes à la


main, dans leur établissement scolaire, le Columbine High à
Littleton, Colorado. Parmi les 13 victimes, il y a Cassie Bernall, 17
ans. Elle a déjà connu l’angoisse et la souffrance. Elle a elle-même
fait partie d’un groupe au langage et aux pratiques sataniques.
C’est une Cassie apaisée, après un cheminement de renaissance
intérieur, qui a dû répondre à la question que ses deux meurtriers
lui ont posée avant de l’abattre : « Crois- tu en Dieu ? » Ce livre
écrit par sa maman retrace son cheminement avec ses difficultés,
ses doutes, ses espoirs. Un récit poignant, qui va au-delà du mal.

Editions Nouvelle Cité, ISBN : 9782853135276, 15€

Les signes qui doivent alerter :


• un changement radical dans l’apparence vestimentaire, et notamment à travers
l’adoption du noir comme seule référence ;
• une mise à distance préoccupante du cercle des intimes : que ce soit les proches ou les
anciens amis qui semblent ne plus avoir le droit d’être cités ;
• des absences répétées en cours (au collège, au lycée ou à l’université) ou lors des
activités sportives, associatives ou familiales habituellement appréciées ;
• un rejet total des religions traditionnelles allié à une fascination croissante pour des
emblèmes païens, des tenues et des reliques militaires ;
• une altération brutale du caractère de la personne avec, notamment, des accès de
violence, de férocité et de grossièreté ;
• un manque manifeste de sommeil, assorti de sorties nocturnes toujours plus tardives et
fréquentes ;
• une tendance affirmée au secret et au repli sur soi ;
• la présence répétée de signes d’atteinte corporelle : scarifications, multiplication de
tatouages, piercings (parfois automutilateurs) ;
• une tendance excessive à la mélancolie et aux idées sombres ;
• le refuge dans l’écriture de poèmes ou de textes traitant du thème de la mort (vécue
comme une libération) ou de Satan (perçu comme un libérateur) ;
• des goûts musicaux orientés vers les formes les plus dures du metal ;
• la consommation à outrance de films d’épouvante et d’horreur, ainsi que de jeux de
rôles ou jeux vidéo surfant sur les mêmes thèmes morbides ;
• la consultation ou la gestion de sites Internet, de forums ou de blogs, bâtis autour de
thèmes mêlant provocation, satanisme, ésotérisme, pornographie (et pédophilie),
voyance ou extrémisme politique ;
• l’abonnement à des fanzines et webzines satanistes ;
• l’achat de Tee-Shirt et de posters frappés de sigles satanistes ;
• l’achat et le port de symboles ésotériques ;
• l’attrait pour les biens de consommation culturelle interdits pour les moins de 16 ans.

« Le satanisme, un risque de dérive sectaire » MIVILUDES page 79-80.


Adresses utiles
MIVILUDES - Mission interministérielle
de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires
66, rue de Bellechasse
75007 Paris
Tél. : 01 42 75 76 08
http://www.miviludes.gouv.fr

UNADFI - Union nationale des associations


pour la défense de la famille et de l’individu,
victimes de sectes
130, rue de Clignancourt
75018 Paris
Tél. : 01 44 92 35 92
http://www.unadfi.org

CCMM – Centre Roger Ikor - Centre de


documentation, d’éducation et d’action
contre les manipulations mentales
3, rue Lespagnol
75020 Paris
Tél. : 01 44 64 02 40
http://www.ccmm.asso.fr

GEMPPI - Groupe d’étude des mouvements


de pensée en vue de la prévention de l’individu
BP 2416
13215 Marseille Cedex 2
Tél. : 04 91 50 38 42
http://www.ifrance.com/sectes-info-gemppi

FECRIS - Fédération européenne des centres


de recherche et d’information sur le sectarisme
26 A, rue Espérandieu
F-13001 Marseille
http://www.fecris.org