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Malika Sorel-Sutter : « Nos élites doivent assumer leur rôle »

1. Der

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Malika Sorel-Sutter : « Nos élites doivent assumer leur rôle »

L’ancien membre du Haut Conseil à l’intégration, auteur d’un essai décapant, réagit aux attentats de Paris.

Vincent Tremolet de Villers

réagit aux attentats de Paris. Vincent Tremolet de Villers LE FIGARO. - Les attentats de Paris

LE FIGARO. - Les attentats de Paris ont tragiquement rappelé la détermination des ennemis de la France. Que vous inspirent-ils ?

Malika SOREL-SUTTER. - L’État s’est révélé incapable de remplir sa mission première, protéger la France en assurant la sécurité de son territoire et de tous ceux qui s’y trouvent, citoyens français ou non. L’État et ceux qui participent à la gouvernance ont, dans les faits, créé les conditions de la guerre tout en désarmant progressivement moralement leur peuple. Dans le même temps, ils ont déshabillé nos armées comme en témoigne l’évolution des budgets de la Défense, alors que la menace ne cessait de croître non pas depuis hier, mais depuis l’époque de Gamal Abdel Nasser. Lui-même fut confronté à la montée en puissance de l’islam politique, celui qui entend régir la cité des hommes à la place des politiques. Dans un mépris total de la géopolitique, les gouvernements occidentaux n’ont rien trouvé de mieux que de faciliter l’ascension de cet islam politique au détriment d’un islam sécularisé que j’ai connu en Algérie. Pour ne citer que quelques exemples, ils ont donné refuge à Khomeyni - l’avènement d’une République islamique a en effet constitué un puissant galvaniseur. Ils ont détruit les structures de l’État d’Irak avec les conséquences que nous savons sur l’ensemble de la région. Ils ont pulvérisé l’équilibre politique délicat qui régnait entre les tribus en Libye, et, plus récemment, ont profondément déstabilisé la Syrie. À tout cela, il convient de rajouter le comportement adopté en matière d’immigration. Malgré le retour engagé des sociétés d’origine vers leurs fondamentaux religieux, ils ont amplifié les flux migratoires et ont refusé de tirer les enseignements d’une assimilation qui ne se faisait plus qu’à la marge. Les élites occidentales décident, et ce sont leurs peuples, mais aussi les immigrés et leurs descendants, qui payent la lourde facture.

Un des kamikazes, Ismaël Omar Mostefaï, est né à Courcouronnes. Faut-il y voir un symptôme de l’échec de notre politique d’intégration ?

Le fait d’avoir été scolarisé en France n’est plus un indicateur pertinent depuis longtemps. Lors des émeutes de 2005, sur les 3 000 personnes qui avaient été interpellées, plus d’un tiers étaient des mineurs qui fréquentaient donc probablement encore les bancs de l’école. Dans le rapport « Les défis de l’intégration à l’école », que le Haut Conseil à l’intégration, dont j’étais l’un des membres, avait remis au

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premier ministre François Fillon, nous avions bien insisté sur le fait que l’école est lourdement entravée dans ses missions, et qu’elle n’est plus en capacité d’assurer le rôle intégrateur qui a été le sien. Beaucoup des problèmes que l’on observe entre les murs de l’école trouvent leur source à l’extérieur de l’école. L’élève n’est pas une page blanche sur laquelle l’enseignant va pouvoir inscrire librement les principes et valeurs qui fondent le pacte social et moral des Français.

Dans votre dernier ouvrage, vous considérez qu’une partie de nos élites a failli depuis des années…

Nous sommes à l’heure des conséquences, mais le pire, c’est qu’en dépit de tout ce qu’il nous est donné de vivre, elles ne semblent pas vouloir modifier la trajectoire sur laquelle elles ont entraîné la France. Ce qui nous arrive ne tombe pas du ciel. Il y avait eu de nombreuses alertes dont elles ont d’ailleurs pleine conscience, comme je le montre dans mon livre. Nos élites politiques doivent tenir un tout autre discours que celui de l’impuissance et de la fatalité. Elles doivent accepter de traiter enfin des véritables enjeux qui touchent aux questions d’ordre culturel et identitaire. Nous sommes dans une confrontation entre deux projets de société, entre deux visions du monde.

Nous voulons plus de sécurité sans remettre en cause aucun de nos droits individuels. Comment dépasser cette contradiction ?

Longtemps, les Français ont rejeté l’autorité. Cette époque est révolue. Elle l’était déjà avant la tuerie de masse de vendredi, comme en témoignaient les enquêtes d’opinion. Le danger auquel nous pourrions un jour être confrontés, si l’État ne se ressaisit pas, c’est l’avènement d’une situation où les citoyens sont prêts à cautionner l’instauration d’un régime autoritaire. Cela s’est déjà produit dans l’histoire de France. Aussi, les dirigeants politiques qui viennent s’exprimer dans les médias pour y exposer leur impuissance à assurer davantage de sécurité doivent prendre la pleine mesure des réactions que leurs propos peuvent entraîner, sans compter qu’ils envoient dans le même temps un signal de grande faiblesse aux ennemis de la France.

Vous dites que l’assimilation, comme l’amour, ne se décrète pas. Comment faire aimer la France à de jeunes Français qui se sentent plus proches de l’État islamique que de leur propre pays ?

Il faut déjà commencer par cesser de se mentir par confort. La France n’est pas leur pays. Un pays ne se résume pas à une entité matérielle. L’héritage culturel et politique est ce qu’il y a de plus important pour l’homme, et c’est ce que beaucoup de citoyens des démocraties occidentales ont perdu de vue. Eux, mais pas le reste du monde, et c’est ce qui nous est rappelé de manière dramatique. Des jeunes peuvent être nés et avoir grandi ici ; leur corps est ici, mais pas leur cœur et encore moins leur âme. Si l’on ne peut susciter l’amour, encore faut-il veiller à ne pas attiser le ressentiment. L’idéologie de la repentance qui a scindé le corps social entre bourreaux et victimes a joué un rôle de premier plan dans le mur d’incompréhension qui n’a cessé de se dresser entre les hommes.

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