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PLANIFICATION

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Assises du Conseil de la Promotion nationale et du Plan

UN PROJET DE SOCIÉTÉ

L ’avenir de toute nation est tributaire de sa ca- pacité à définir ses ob-

jectifs, à prendre conscience de ses manques et à se doter des moyens pour atteindre les

Par Jamal CHIBLI

premiers et satisfaire les se- conds. Confronté à de nombreux défis, le Maroc, pays émer- gent, n’a plus le droit à l’er- reur. L’avenir des générations futures se dessine aujourd’hui et non pas demain. Consciente de ce fait, la Constitution de 1996 a reva- lorisé le rôle du Conseil Supérieur de la promotion na- tionale et du plan. Sa mission est de veiller scrupuleusement au respect des projets d’ave- nir, de guider et d’éclairer les décideurs dans leurs pas. Le rôle de ce Conseil est devenu déterminant depuis que le Maroc a opté une nou- velle fois pour la politique du plan, abandonnée il y a un peu plus de onze ans. Confectionné dans la foulée de la politique d’ajustement structurel (PAS), le dernier plan quinquennal (1988/92) est vite tombé comme un pa- vé dans la mare.

Visibilité

Le manque de visibilité et de vision à long terme avaient précipité la disparition de l’ensemble des plans dès le deuxième ou le troisième se- mestre de leur existence. Instaurée par le premier gou- vernement national d’Abdel- lah Ibrahim (1958/62), les po- litiques de planification avaient souvent trébuché, fau- te de suivi et de perspicacité de la part de leurs artisans. Aujourd’hui, la conjonc- ture politique et les enjeux in- ternationaux et régionaux nous imposent plus de vigi- lance, de clairvoyance et de sérieux. Il n’y a plus de pla- ce pour la surenchère politi- cienne et les calculs étroits de certains esprits. Plus qu’à un plan quinquennal, c’est à un rendez-vous avec le dé- veloppement que toute la so- ciété s’attend. Les attentes des Marocains ont été exprimées de manière sublime dans le discours royal prononcé à l’ouverture des travaux du Conseil supérieur de la pro- motion nationale et du plan. Ce discours demeurera le

symbole du renouveau, de l’espoir et de la réhabilitation de toutes les composantes de la société, de toutes les ré- gions du pays. Dans le Maroc du troisiè- me millénaire, certains maux et dysfonctionnements sont condamnés à disparaître, comme la marginalisation, les disparités sociales, la bu- reaucratie, les privilèges et le laisser aller. Le Maroc de de- main sera inévitablement ce- lui de l’État de droit, de la justice sociale, de la relance économique, de la transpa- rence, de la réduction des in- égalités entre les régions, de l’intégration de la femme, de la refonte du système éduca- tif… Afin de mettre en marche cette ambitieuse en- treprise, le Souverain a insis- té sur le rôle du secteur privé en tant que fer de lance de l’économie nationale, la mi- se à niveau de l’entreprise marocaine et l’implication de toutes les potentialités sans discrimination. C’est plus que des vœux et des rêves. C’est une volonté royale et un devoir pour les décideurs du pays. Les orien- tations du Souverain consti- tuent une plate-forme pour le gouvernement d’alternance qui doit en même temps gé- rer les choses courantes et garder le regard tourné vers l’avenir. L’équipe de Abderrahma- ne Youssoufi s’active depuis vingt mois dans le dessein de mettre en place un plan quin- quennal susceptible de résis- ter aux aléas du temps et d’ar- river à terme sans trop de dé- gât.

Aléas

Présenté aux membres du Conseil supérieur, le projet de plan a suscité des débats parfois houleux. Certains in- tervenants sont passés à côté de la plaque en cherchant à créer des polémiques souvent déplacées. Ils ont oublié que ce n’était ni le forum appro- prié ni le temps opportun pour régler leurs comptes politi- ciens. Ce qui n’a pas empêché le Premier ministre de rendre hommage à tous les partici- pants qui, en dépit de leurs différends, ont contribué à l’enrichissement et à l’ap- profondissement de la ré- flexion autour du plan. Selon M. Youssoufi, le plan 2000/2004 est en

quelque sorte une rupture avec l’ère de l’ajustement dic- tée par la situation de suren- dettement et de crise finan- cière ayant secoué le pays au début des années 80. Tirant les enseignements nécessaires de ses prédéces- seurs, l’actuel gouvernement ambitionne d’avoir une vi- sion à long terme sur une vingtaine d’années. Il sou- haite associer un cadre ma- cro-économique viable avec des aspects structurels dans différents secteurs. En termes plus clairs, l’objectif est de parvenir à mettre en place une stratégie de développement intégré.

Confiance

Mais, au-delà des fac- teurs économiques, il faut sur- tout œuvrer pour l’instaura- tion d’une culture de confian- ce et tout ce que cela implique dans tout projet de dévelop- pement économique et social. Parce que la crise de confian- ce a été fatale pour le pro-

cessus de modernisation du pays. L’assainissement des relations entre les citoyens et les autorités devient ainsi un impératif. C’est sur ce plan que le gouvernement d’alternance devrait redoubler d’efforts en tirant profit de l’engouement et du sens de mobilisation dé- clenchés par la volonté ré- formatrice du Souverain.

Amélioration

En jetant un coup d’œil sur les chiffres présentés par le ministre des Prévisions économiques et du Plan, Abdelhamid Aouad, on ne peut que se réjouir de la pla- ce réservée au volet social dans les intentions du gou- vernement. Grâce à une crois- sance économique moyenne de 5 % durant les cinq années du plan, le niveau de vie de- vrait connaître une augmen- tation substantielle de 2,4 %, contre 1 % au cours de la der- nière décennie. Pour cela, le produit intérieur global de-

vra atteindre 28 % en 2004, c’est-à-dire une augmenta- tion de 4 % par rapport à l’exercice 1999. M. Aouad table également sur une contribution de l’ordre de 13,4 milliards de dirhams des investissements publics dans la composition du capital fixe à l’horizon de l’an 2004. En ce qui concer- ne le secteur privé, y compris les familles, on prévoit une augmentation en flèche. De 56 milliards dirhams en 1999, la part de l’investissement pri- vé passerait à 104 milliards en 2004, synonyme d’une amélioration de 13,6 %. En somme, l’actuel gou- vernement, avec l’appui du Souverain, propose un ambi- tieux projet de société qui doit survivre même après les lé- gislatives de 2002. Dans ce cas de figure, on a le droit de poser cette question : la pro- chaine équipe gouverne- mentale honorera-t-elle le legs de Abderrahmane Youssoufi ?

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