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Interpellation de Mme Véronique Salvi à M. Rachid Madrane, minis…eu hospitalier: avancement du dossier» (Article 76 du règlement)

10/11/15 12:11

Interpellation de Mme Véronique Salvi à M. Rachid Madrane, ministre de l’Aide à la jeunesse, des Maisons de justice et de la Promotion de Bruxelles, intitulée «Placements d’enfants en milieu hospitalier: avancement du dossier» (Article 76 du règlement)

Mme Véronique Salvi (cdH). – Alors qu’il est beaucoup question de la création de l’IPPJ de Bruxelles, des enfants sont encore placés en milieu hospitalier. C’est une problématique que je suis avec la plus grande attention. Je ne reviendrai pas sur le contexte – on l’a déjà fait à plusieurs reprises au sein de cette commission ainsi qu’en séance plénière –, mais je rappellerai brièvement que l’hôpital n’est pas un milieu d’accueil, malgré la disposition prévue dans le décret du 4 mars 1991 relatif à l’Aide à la jeunesse. Je pense que nous partageons l’idée que ces placements s’apparentent à une forme de maltraitance institutionnelle envers des enfants déjà plus que fragilisés.

En réponse à ma dernière question sur le sujet, vous nous annonciez qu’à partir du 1er juillet 2015, les services d’hébergement bénéficiant d’un mi-temps supplémentaire grâce au plan de renforcement auraient la possibilité de garder ce poste moyennant l’augmentation de leur capacité de 1,5 prise en charge. Cette initiative devait permettre une augmentation de 180 places supplémentaires. Concernant l’accueil familial d’urgence, vous analysiez, avec la Fédération de placement familial, la possibilité de renforcer le cadre des trois services de placement familial d’urgence, fragilisés par l’application de l’arrêté sur les services d’intervention et d’accompagnement en accueil familial.

Par ailleurs, vous envisagiez d’étendre la ré- flexion sur l’accueil avec l’ONE. Rappelons que les Services d’accueil spécialisés de la petite enfance (SASPE) sont saturés et que des pistes telles que le projet de crèches ouvertes 24 heures sur 24 – il a été question de Charleroi – devaient être creusées, l’idée étant que ces crèches puissent accueillir des enfants aujourd’hui placés en milieu hospitalier. Vous évoquiez également un projet expérimental sous forme de partenariat entre le SPJ et le SAJ de Mons et l’Hôpital Saint-Joseph, qui proposerait un accueil hospitalier unique en Wallonie par son caractère social et intersectoriel. En ce qui concerne la nécessité d’objectiver la situation, vous m’aviez informée, en son temps, que la mise en place du système informatique IMAJ devait nous permettre de mieux appréhender la problématique. Malgré certaines avancées, il nous revient que des conseillers et directeurs envoient encore régulièrement vers l’administration centrale des documents qui attestent de leur incapacité à gérer certaines situations nécessitant une prise en charge qu’ils ne peuvent assurer.

À l’heure où un budget doit être débloqué pour la création de la nouvelle IPPJ à Bruxelles – et sans remettre en cause le bien-fondé de cette initiative –, nous nous interrogeons quant aux moyens dévolus à la problématique des «bébés parqués» – expression que je déteste, mais qui illustre parfaitement la situation. L’avant-projet de décret Code de l’Aide à la jeunesse actuellement soumis au secteur comporte-t-il des dispositions qui permettraient d’éviter le placement d’enfants en milieu hospitalier? Qu’en est-il des services d’hébergement? Les 180 places supplémentaires annoncées pour le 1er juillet 2015 ont-elles été créées? Ce service répond-il adéquatement à la problématique de ces bébés que l’on retrouve dans les hôpitaux? Où en est aujourd’hui la réflexion globale de la Fédération au niveau du placement familial? Les familles d’accueil représentent-elles une alternative pertinente au placement d’enfants en milieu hospitalier? Y a-t-il une autre piste? Vous nous avez parlé de l’ONE et nous devons pouvoir trouver une solution ensemble. Il est clair que l’ONE doit être partie prenante dans la recherche d’une solution. J’ai évoqué le projet de crèches ouvertes 24 heures sur 24, ainsi que du projet expérimental à Mons.

Des avancées ont-elles été constatées à Mons entre le service de l’Aide à la jeunesse, l’ONE, l’Hôpital et la Ville? Le service informatique IMAJ peut-il objectiver la situation? Peut-il clairement déterminer le nombre d’enfants placés en milieu hospitalier, faute de places dans une structure adaptée, certains enfants étant d’abord placés en milieu hospitalier parce qu’ils ont des problèmes médicaux. Au regard

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des dossiers envoyés par les conseillers et les directeurs à l’administration centrale, avez-vous une idée du nombre d’enfants qui ont été pris en charge? Les montants consacrés à payer les hôpitaux pour ces placements sociaux ne pourraient-ils être affectés à une politique spécifique dédiée à la problématique de ces bébés? En effet, le placement de bébés en milieu hospitalier, faute de place ailleurs, a évidemment un coût pour la sécurité sociale et il serait intéressant d’utiliser cet argent pour la mise en œuvre d’une solution plus pragmatique. J’ai souhaité vous interpeller sur ce sujet, car, bien que je vous aie déjà interrogé assez récemment dans le cadre des questions d’actualité, ce dossier reste pour moi prioritaire et très sensible. Je voulais prendre le temps de la réflexion pour vous réinterroger et je me réjouis qu’une autre collègue se soit jointe à mon interpellation.

M. Rachid Madrane, ministre de l’Aide à la jeunesse, des Maisons de justice et de la Promotion de Bruxelles. – Je remercie Mmes Salvi de revenir, une nouvelle fois, sur la question des enfants faisant l’objet d’un placement en milieu hospitalier. Je n’ai aucun doute à ce sujet et je n’imagine pas que vos propos visaient à mettre en concurrence deux responsabilités de la Communauté française. Concernant ce constat dramatique de la présence d’enfants dans les hôpitaux, sans autre raison que l’absence d’une autre solution d’accueil, les réponses peuvent et doivent être multiples. Vous soulevez vous-mêmes, Mesdames, un certain nombre de pistes que l’on peut subdiviser en deux groupes: les moyens de répondre au manque de place global dans le secteur et les réponses spécifiques à des situations particulières menant à l’accueil en hôpital d’enfants dont la santé ne le justifie pas, comme l’hospitalisation d’une maman isolée, ce qui arrive fréquemment. La réforme du décret de l’Aide à la jeunesse que vous évoquez n’a pas comme objectif particulier de répondre à cette problématique. J’espère évidemment que l’ensemble des améliorations que nous pourrons apporter dans le secteur permettra que chaque enfant puisse disposer d’une prise en charge adéquate en fonction de la problématique qu’il rencontre. C’est évidemment important sachant que le problème existe, de façon marginale, semble-t-il, mais au moins depuis deux ou trois législatures. Passons en revue les solutions visant à augmenter les possibilités de prise en charge.

En ce qui concerne l’augmentation du nombre de places, comme j’ai pu le préciser récemment en réponse à une question d’actualité posée par M. Bouchez, j’ai permis la création de près de 90 lits depuis le 1er juillet 2015. Je ne compte évidemment pas m’arrêter là. Concernant l’accueil familial, vous savez qu’il me tient à cœur de renforcer cette forme de prise en charge des enfants, que ce soit d’ailleurs en termes d’alternative au placement en milieu hospitalier ou pas. À l’heure actuelle, si l’accueil familial représente déjà près de 50 % des prises en charge des jeunes en dehors de leur milieu familial, il n’en reste pas moins que nous manquons cruellement de familles d’accueil sélectionnées. C’est la raison pour laquelle une campagne de recrutement, que je développerai un peu plus tard dans le cadre d’une réponse adressée à Mme Nicaise, sera lancée dans les prochaines semaines. J’en viens aux pistes de solutions spécifiques. Comme vous l’évoquez dans vos questions, différentes solutions visant à proposer des prises en charge innovantes et alternatives sont en cours d’élaboration. Parmi celles-ci, Madame Salvi, l’idée de crèches d’urgence ouvertes 24 heures sur 24 qui pourraient éviter l’orientation de très jeunes enfants vers des unités de soins pédiatriques, alors que des solutions à vocation plus sociale devraient pouvoir leur être proposées.

Madame Salvi, en tant que marraine du projet de crèche d’urgence à Charleroi que compte développer le Centre coordonné de l’enfance, vous connaissez les difficultés auxquelles peut se heurter la concrétisation de ce type d’initiative. Annoncé il y a un an, je pense, celui-ci est toujours à l’état de projet. S’agissant du projet de partenariat entre le SAJ et le SPJ de Mons avec l’Hôpital Saint-Joseph en vue de proposer un accueil hospitalier à caractère intersectoriel et social, les différents interlocuteurs se sont réunis à plusieurs reprises, mais aucun partenariat officiel n’a, à ma connaissance, encore pu être finalisé. Je rencontre plusieurs responsables du secteur de la santé pour imaginer avec eux des pistes de travail. Malheureusement, il est actuellement impossible de savoir combien d’enfants sont placés en milieu hospitalier faute de place en milieu d’accueil ordinaire.

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En effet, sur la base des données disponibles, il est possible de déterminer le nombre de prises en charge en milieu hospitalier sans pouvoir en déduire qu’un tel placement est uniquement dicté par un manque de place dans une structure plus adaptée. Comme vous le savez, pour certains enfants, une prise en charge en milieu hospitalier peut être une réponse adéquate, à tout le moins temporairement. Je pense aux situations de maltraitance qui nécessitent des soins médicaux ou aux situations qui ont des incidences sur la santé mentale des enfants. Dans ce dernier cas, la prise en charge par un hôpital psychiatrique, en vue d’une observation ou d’un traitement, peut se justifier. En 2014, selon les données de mon administration, 1.490 jeunes ont fait l’objet d’une prise en charge en milieu hospitalier dont 909 dans un hôpital, 559 dans un hôpital psychiatrique et 22 dans un service conventionné par l’INAMI. J’hérite d’une situation qui dure depuis des années. Il est évident que nous devons trouver des solutions aux prises en charge hospitalières non justifiées, pour les enfants, d’abord et avant tout, mais aussi par souci de bonne gestion. Le coût très élevé pour la société de la prise en charge hospitalière est réel. Mes prédécesseurs n’ont pas avancé sur cette question. Sans doute y avait-il d’autres urgences à régler.

Je continue à consacrer toute mon énergie à la création de solutions, quels que soient les projets que je mène par ailleurs. Mon obsession est que chaque enfant dispose d’une prise en charge adaptée à ses besoins. J’ai évoqué cette question avec mes collègues du gouvernement afin que chacun puisse, dans le cadre de ses compétences, apporter une pierre à l’édifice. Une question d’actualité ne permet en effet pas d’aborder comme il le convient le problème aussi complexe de ces enfants placés pour des raisons autres que médicales dans des lieux hospitaliers. Je suis d’accord avec vous: l’hôpital est un lieu de soins et il doit le rester; ce n’est pas un lieu d’accueil et il ne faut pas qu’il le devienne. Le gouvernement tentera d’apporter transversalement les réponses les plus appropriées.

Mme Véronique Salvi (cdH). – Monsieur le Ministre, je reconnais votre volonté d’aboutir dans ce dossier auquel vos prédécesseurs n’avaient pas trouvé de solution. Il ne faut pas pour autant laisser tomber les bras. Ce dossier est compliqué et délicat. Vous nous dites que, dans le cadre du dossier IPPJ, vous avez aussi pu aborder cette problématique avec votre collègue Milquet. J’espère que vous pourrez trouver une solution concertée et coordonnée avec l’ONE, de la même manière que vous avez débloqué le problème de l’IPPJ à Bruxelles. Comme je le dis depuis le dé- but, ce dossier ne dépend pas uniquement de l’Aide à la jeunesse. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles les gouvernements précédents n’ont pas trouvé de solution. Les uns et les autres se sont souvent renvoyé la balle et ont tenté de segmenter un dossier qui, à mon sens, ne devait pas l’être. Je suis heureuse d’apprendre qu’un groupe de travail devrait bientôt voir le jour, en tout cas si l’on peut trouver une solution concertée et que des moyens peuvent être dégagés. Par ailleurs, Monsieur le Ministre, vous nous dites avoir augmenté les places d’hébergement de 90 lits, mais ceux-ci sont destinés à tous les enfants et pas exclusivement aux enfants de zéro à trois ans. Je suppose que ces 90 lits, ou certains d’entre eux, ne sont pas spécialement réservés aux enfants aujourd’hui accueillis en milieu hospitalier. Je reconnais la difficulté de trouver des solutions innovantes parce que les milieux concernés ne se parlent pas encore suffisamment. Un dialogue constructif est essentiel entre l’Aide à la jeunesse, l’ONE et le Fédéral en ce qui concerne les milieux hospitaliers.

Si vous n’ouvrez pas le groupe de travail à une réflexion avec le Fédéral et la ministre de la Santé, vous risquez à nouveau le blocage. Il ne faut pas nier cette dimension importante. Je voudrais conclure sur l’avant-projet de décret relatif à l’Aide à la jeunesse. Vous avez dit d’emblée que la réforme du décret d’Aide à la jeunesse n’apporterait pas de réponse à cette problématique. Je ne suis pas une technicienne dans ce domaine, mais il me semble que cela reste une problématique de l’Aide à la jeunesse. Si les travaux ne sont pas complètement terminés aujourd’hui, je me demande s’il ne serait pas intéressant de retrouver cette dimension dans la réflexion globale que vous consacrez au dispositif

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d’Aide à la jeunesse. Ce volet ne se retrouve presque nulle part. Nous ne conclurons certainement pas aujourd’hui et nous y reviendrons encore souvent !