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Annales de Géographie Géographie de l'Europe dans ces dernières années P. Camena d'Almeida Citer ce

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Camena d'Almeida P. Géographie de l'Europe dans ces dernières années. In: Annales de Géographie, t. 1, n°1, 1892. pp. 53-57.

Document généré le 08/09/2015

doi : 10.3406/geo.1892.18048 http://www.persee.fr/doc/geo_0003-4010_1892_num_1_1_18048 Document généré le 08/09/2015

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GÉOGRAPHIE DE L'EUROPE DANS CES DERNIÈRES

ANNÉES

Le continent européen est le seul aujourd'hui où il n'y ait plus de grandes découvertes géographiques à accomplir; il peut être considéré comme entièrement connu dans son ensemble, et l'ère des explorations y est à peu près close. Mais, s'il a cessé de fournir aux voyageurs la possibilité de ces expéditions qui transforment une carte et fondent une renommée, son étude soulèvera encore pendant longtemps bien des questions de détail, qui pourront intéresser la géographie locale, et même se rattacher à la solution de problèmes généraux, ("est précisément cet état plus avancé de la science géographique qui, lorsqu'elle s'occupe de l'Europe, l'amène à se poser des questions qu'elle ne soulève pas encore à propos des autres continents. Pour ces derniers, il s'agit en eil'et, surtout en dehors des possessions européennes, de lacunes à combler, et, pour aboutir à ce résultat, l'on est obligé souvent de se contenter provisoirement d'itinéraires rapides et d'informations incomplètes; les parties blanches de la carte se morcellent, séparées par quelques minces routes d'explorateurs entreprenants, et quand ces routes sont assez nombreuses et assez rapprochées, l'on arrive à un premier état de connaissance géographique, état rudimentaire sans doute, mais condition indispensable de tout progrès ultérieur. Il ý a encore sur le globe, bien .des régions pour lesquelles nous ne possédons pas encore ces notions élémentaires, et pour lesquelles le premier devoir qui s'impose, n'est pas de connaître à fond certaines parties, mais de cesser d'ignorer entièrement l'ensemble. Pourl'Europe, au contraire, cette période de tâtonnements est franchie; il n'est pour ainsi dire pas de partie du continent où l'homme n'ait posé le pied; les contours, la superficie, les traits généraux de la structure sont à peu près définis; ce qui est ailleurs nécessité urgente, est ici tâche déjà faite. Mais l'œuvre de la science géographique? n'est pas achevée pour cela, et l'activité des chercheurs change simplement de direction, sans diminuer d'intensité. Elle touche à des objets plus divers, aborde des questions plus complexes, et travaille à édifier, au- dessus du savoir indispensable déjà acquis, un ensemble de connaissances plus détaillées et plus précises, travail multiple; dans lequel

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règne la plus extrême division, niais qui s'accommode îiussi des généralisations séduisantes et des larges vues d'ensemble. C'est •'•' travail qu'1 nous nous ргорм-ons d'examiner, sous b-s formes

diverses ([ii'il revêt, tachant de ne rien riéiiliire.r dans la. variété extréme des recherches qu'il suscite, essayant, aussi de ne jamais perdre de vue l'étroite cohésion qui réunit lout.es les parties de la science de la terre. Ue si minime importance que. semhle èfre telle oïl telle étude, prise isolément, il est rare qu'elle ne prenne pa> Г.1111Г dans Ull ensemhle d'études analogues ft simultanées, accomplies sur d'autres théâtres d'ob-erva- tions. et la. comparaison <]>><■ données particulières que Ton serait lente de négliger, conduit ainsi aux résultats d'un ordre plus général que l'on doit chercher à acquérir. Les dernières années ont été fécondes en travaux de celte nature; le iront des voyages, la création de nombreuses sociétés d'excursions, les congrès, les f)uhlications, ont contrihué à faire ('clore une foule d'ou- vrages. très inégaux en ('tendue et surtout en mérite, mais où se révèle le besoin de connaissances précises, et une minutie extrême dans l'étude de la terre sous tous ses aspects. La. géographie de nos montagnes doit d'immenses progrès aux efforts des diverses sociétés alpines : les travaux du Club alpin français, du Srhirňzer Alpi'nt'lnb, du Di'utscli-Di'xter- reirlmcher Alpenrcrrin, du Sirbenbiirrjischer Karpaleurerňn, de la section caucasique de la Société impériale russe de idéographie, sont Universellement appréciés pour Jeiir valeur scientifique: l'étude des glaciers, de leur marche, de leurs variations, périodiques, |eS mesures hvpsoinétriques, les collections idéologiques, les catalogues de plantes ou d'animaux, sont autant de chapitres de la iréoirraphie [ihysique, [>our lesquels nos nionfagnes d'Europ" ont déjà fourni d'importantes données Dans plus d'un cas ''('> recherches sont allées jusqu'à découvrir des traits jusqu'aloi s inaperçus de la structure du sol européen: l'on peut dire que l'orographie dli Caucase ne nous a guère é|é révélée IJIK1 parles dernières ascensions des touristes anglais: c'est à la. dernière guerre d'Orient que IIOUS devons Ulie connaissance Ш1 peu pi US exacte du relief des Balkans: la cartographie t]c> Pyrénées était des [dus fautives avant les explorations de M. Schrader: enlin, il n'y a jias loniitemps (jue l'on a déterminé l'altitude la. plus élevée du massif Scandinave. Ces découvertes

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ne modifient, il est vrai, qu'une petite partie

loisir et n'ont ni le danger [jour ornement, ni la popularité pour récoin-

pense, mais elles sont très méritoires, si l'on son^e qu'il n'est rien de

plus tenace qu'une erreur oïl Ull préjugé ^éoirraphiqUP.

En même temps ([iio~ les^tourisli^s^escaladerirhjs montairnes, il s'y fonde aussi t\r< établissements durables, des observatoires, comme ceux du Pic-du-Midi, de lîiirorre, du Santis, comme il s'en créera peut-être même au sommet du mont Blanc, si les récents projets se réalisent. La météorologie, qui est une science encore nouvelle, et qui exige des

de la carte, elles se font a

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GÉOGRAPHIE DE L'EUROPE DANS CES DERNIÈRES

ANNÉES.

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observations multiples et prolongées, ne [шигга ([in-1- gagner à l.i création

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l'activité île nus géographes contemporain:*; les travaux il'orilre pure- ment spéculatif lie leur suffisent pas, i-'t l'étude du sol les rappelle au souci de l'homme qui l'habite. Aussi se pl'éoccupe-t-on de rendre aux. populations des montagnes l'existence moins incertaine, et l'émigration

moins enviable; une étude plus attentive du climat, des essais de reboisement, l'ouverture de chemins praticables, telles sont des questions que l'on e>t toujours amené à se poser et ijlli sont devenues, [юнг les géographes autant ([ue pour les économistes, un des objets de la. idéographie des montagnes. Pendant ([lie >ur bien des points du globe l'on est encore incertain <kl cours, de la source, quelquefois même de l'existence de certains fleuves, les rivières de l'Europe >oiit aujourd'hui complètement connues dans leur parcours entier. Mais alors surgissent des préoccupations

nouvelles : la connaissance, d'un ileuve ne

itinéraire: il faut aussi connaître les lois de son débit, le régime de ses crues, les conditions de sa navigabilité, le meilleur mode d'appropriation de sa vallée au tralic local et international. Ainsi sont nées de précieuses monographies, et déjà la Seine, le Rhin, l'Elbe, la. Volga ont été l'objet de cartes et de descriptions très détaillées. L'intérêt que prend pour un pays de population dense et de civilisation avancée, comme est l'Europe, le développement des voies de transport et d'échange, fait de la géographie commerciale en général,

de la géographie des

[dus intéressantes du mouvement géographique, contemporain, (l'est par là surtout que. la géographie se rattache aux sciences politiques : la naissance d'une industrie, l'ouverture d'un ileuve à la navigation, l'exploitation d'uni! mine, la création d'une voie ferrée, expliquent l'agglomération des individus aux points ainsi privilégiés; or. les statistiques de populations, les relevés commerciaux sont déjà assez anciens en Europe pour que, l'on ait pu constater bien des faits capables de compléter la connaissance raisonnée de ce continent. Les questions de politique, que le géographe ne doit aborder qu'avec la plus extrême réserve, >ous peine de sortir de son domaine, ne laissent pas d'inlluer sur la géographie, (le sont elles qui modifient parfois les relations entre les peuples au point de détourner les routes commerciales du parcours que les conditions purement physiques semblaient indiquer; c'est ainsi que le tracé' d'une Voie ferrée est prescrit par Un

traite, connue le serait une indemnité de guerre; et comment expliquer par des raisons purement géographiques le percement du Saint-dothard ou de l'Arlberg, la jonction de Saloiiique oude Constantinople au réseau européen ;' dette importance de la politique en matière de géographie a déve-

de ces observatoires en pays de montagne.

Mais là

ne

>•• borne

se limite pas à celle de мщ

communications en particulier, une des parties les

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loppé d'une façon-toute particulière -les études d'ethnographie. L'affirmation du principe des nationalités, la tendance ■contradictoire qui

pousse les Etats à

ANNALES DE, GÉOGRAPHIE.

unifier les nationalités distinctes dont ils se composent,

et les nationalités séparées par les traités à se réunir en un même État, ces préoccupations brûlantes de la politique contemporaine ne pouvaient manquer d'avoir pour conséquence d'innombrables études ethnographiques. II. va sans dire qu'en examinant par la suite les travaux de cette catégorie, nous en rencontrerons de valeur et de sincérité ■ bien différentes : à coté d'études consciencieuses comme celles de M: Smirnov sur les Tchérémisscs, de M. Marbeau sur les Polonais et sur les Lettes. nous trouverons trop souvent de purs écrits île polémique, comme ceux; de M.' Itittich sur le monde slave, de M. Pitch sur la question roumaine et hongroise, de M. Gopcevitch sur les Serbes. Nous tacherons toujours de faire à la critique sa juste part. Il est une autre branche de la géographie - que les préoccupations politiques ont développée en Europe, c'est la géographie militaire. L'étude du sol au point de vue de sa -défense par les armes a de quoi intéresser le géographe, et il est bien des traits de la structure de nos pays dont l'importance a été consacrée par des événements d'ordre stratégique. Il est bien des pays ([ne. leur nature ou. leur position a prédisposés de tout temps au role de champs de bataille, et c'est ce qui permet même à la géographie spéculative de trouver son profit à la lecture de traités destinés >à des militaires. Les ouvrages du colonel Nio'x,. du commandant Marga, de 31. Clerc, de M; Tuma, ne sauraient être impunément négligés. (le. sont des préoccupations du mémo ordre, autant que le besoin de fixer les connaissances acquises, qui ont amené la confection îles cartes topographiques. Il n'est pas d'État qui ne possède aujourd'hui, la péninsule - des Balkans , exceptée, une carte à, grande échelle complètement achevée ou en voie d'exécution; et encore, dans beaucoup de pays, le travail est-il constamment revu et remanié; les feuilles deviennent d'un* format plus commode, d'une échelle plus grande ou plus pratique, d'un aspect plus agréable, d'une exécution «plus, rapide et d'un prix plus réduit. (Jráce à ce travail incessant, («uvre d'une foule d'hommes durant bien des années, bien des détails se sont précisés, et bien des connaissances se sont répandues.

Ce travail de vulgarisation s'achève par des monographies locales :

les ■Forschungen zur deutschen Landes- und . Volkskunde sont, à cet égard, un précieux recueil; il en est de même de certains fascicules des ■Geographische Abhandlungen de M. Penck, d'ouvrages populaires devenus classiques, comme la Géographie de l'Empire russe, de Biélokha. Quelquefois, ces -publications -revêtent' un caractère officiel, comme le volume sur l'Espagne publié par l'Institut géographique et statistique de Madrid. Enfin des atlas comme Y Atlas physique , et statistique de

LA GÉOGRAPHIE DE L'AFRIQUE EN 1880 ET 1890. 57

ГAutriche-Hongrie, de Joseph Chavanne, sont une source précieuse de renseignements dignes de foi. Viennent enfin les grandes encyclopédies, comme celle de M. llerlus, comme celle qu'a entreprise le Dr Kirchhoff, émule de la précédente, et où se trouve condensé le travail de chercheurs innombrables. Ainsi, tout se ramène, dans cette activité multiple des géographes de l'Europe, à un certain nombre de préoccupations et de tendances faciles

à dégager. A travers le désordre apparent, il y a toujours le désir marqué de savoir davantage atin de connaître mieux, et l'incohérence n'est qu'à la surface. Aussi chercherons-nous toujours, dans l'examen des publications successives qui intéresseront la géographie de l'Europe, à établir la liliation des travaux, à remonter à l'origine îles questions, à discerner leurs rapports réciproques, convaincus que celte étude sera ainsi plus

science, elle ne doit pas être un

simple compte rendu critique, mais l'exposé méthodique do recherches qui tendent à la même fin.

profitable, et que, dans l'intérêt de la

P. Came-na d' Almeida.

LA GÉOGRAPHIE DE L'AFRIQUE EN 1880 ET 1890

Depuis dix ans, la géographie a fíiit des progrès remarquables en Afrique. Une crise économique générale en Europe a eu pour résultat l'activité fébrile de tous les peuples à s'ouvrir des débouchés nouveaux. Le continent africain, si proche, et encore si peu connu par suite de sa forme particulière, a été le but principal de ces efforts. Des pays dont le nom était à peine connu des géographes, il y a dix ans, sont entrés dans le courant du commerce international; quelques années de concurrence entre les nations ont fait presque autant pour la connaissance de l'Afrique intérieure qu'un siècle d'efforts individuels. Pour mesurer l'importance du progrès accompli, reportons-nous à dix ans en arrière. Comparons ce qu'on pensait alors du continent africain, et ce qu'on en dit aujourd'hui.

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LE RELIEF ET L'HYDROGRAPHIE EN 1880.

C'est généralement par l'hydrographie que la connaissance, d'un pays neuf commence. Mais les fleuves africains se prêtent si peu à l'exploration, ils sont coupés de tant de cataractes que les grandes découvertes