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Francesco

Piemontesi

DEBUSSY

Préludes

Francesco Piemontesi DEBUSSY Préludes

claude debussy 1862-1918 préludes, livres I & II

francesco piemontesi pIano

Premier Livre

1 Danseuses de Delphes

3’41

2 Voiles 3’41

3 Le vent dans la plaine

2’15

4 « Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir »

5 Les collines d'anacapri

3’33

3’33

6 Des pas sur la neige

4’36

7 Ce qu'a vu le vent d'ouest

3’43

8 La fille aux cheveux de lin

2’22

9 La sérénade interrompue

2’48

10 La cathédrale engloutie

La danse de puck

11 3’09

5’31

12 Minstrels 2’19

4

Deuxième Livre

13 Brouillards 3’07

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16 « Les fées sont d'exquises danseuses »

17 Bruyères 2’35

18 « Général Lavine » – eccentric

19 La terrasse des audiences du clair de lune

20 ondine 3’21

21 Hommage à S. pickwick Esq. p.p.M.p.C.

22 Canope 2’57

23 Les tierces alternées

24

4’53

Feuilles mortes

3’10

La puerta del Vino

3’23

3’29

2’32

4’57

2’32

2’31

Feux d'artifice

Il y a quelques années, Cécile ousset, auprès de laquelle j’étudiais alors, me confia qu’elle possédait une copie des Préludes de Debussy ayant appar- tenu à son professeur. Elle avait été, au Conservatoire de paris, l’élève de Marcel Ciampi – une figure majeure dans l’univers du piano français. La partition est tout bonnement ren- versante : annotations, phrasés, doig- tés, figurent dans différentes couleurs et épaisseurs au-dessus de chaque note et de chaque accord, avec des commentaires et des remarques portant sur les moindres détails. À certains endroits, apparaissent en noir de petits caractères presque impossibles à déchiffrer : manifestement l’écriture de Debussy. pour moi, jeune musicien, cette décou- verte a constitué une leçon importante sur la nécessité de prendre chaque détail au sérieux. J’ai le sentiment que la musique de « Monsieur Croche », en particulier, ne

peut se révéler que si ce degré de subtilité est atteint. Ce n’est pas seulement que l’influence de Debussy sur le devenir de la modernité a été aussi décisive que celle de Schönberg – et peut-être plus encore pour la musique post-moderne. C’est aussi que ses œuvres constituent pour l’interprète un défi multiple : elles sont techniquement exi- geantes mais, outre la virtuosité pianis- tique, Debussy requiert un traitement tout aussi virtuose des couleurs, des nuances et des caractères. Dans la musique du XX e siècle, cela ne va pas forcément de soi. Je voudrais dédier ce disque à Cécile ousset, qui m’a aidé à découvrir cette musique et a été mon guide musical de la toute première lecture de la partition à cet enregistrement.

Francesco piemontesi

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les préludes de debussy par roy howat

pour comprendre pleinement le contexte des Préludes de Claude Debussy, nous devons nous transporter par l’imagination en 1910. En février de cette même année, Debussy achève le premier livre dans une précipitation inhabituelle et dans le plus grand secret, inscrivant sur son impec- cable manuscrit les dates du 7 décembre 1909 au 4 février 1910. Étrangement, sa correspondance ne laisse rien percer du projet, jusqu’à cette mention laconique dans une lettre du 5 février 1910 adres- sée à son éditeur Jacques Durand : « Les Préludes sont terminés. » aussi éton- namment, l’édition de ces douze pre- miers Préludes parut le 14 avril 1910 : dix semaines, tout juste, pour la gravure, les corrections et la mise sous presse. pourquoi tant de hâte et de mystère autour de leur composition ? Une des clés de l’énigme nous est livrée par cette même année 1910, où l’on célèbre le cen- tenaire de la naissance de Chopin, un évé- nement culturel considérable en France,

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relayé par une pléthore d’articles et d’hommages dans la presse musicale (on peut y lire, entre autres, un entretien avec Ravel sur Chopin) et aboutissant même à la fondation d’une Société Chopin. Deux éditeurs, semble-t-il, entrèrent en com- pétition pour publier chacun des recueils de Préludes, comme hommage implicite au compositeur célébré. au début de 1910, Heugel posa un premier jalon avec trois Préludes de Gabriel Fauré, qui devaient inaugurer une série à suivre. Si Heugel gagna la première manche, le match paraît avoir été remporté par l’éditeur Durand qui, peu de temps après, publia le premier livre intégral des Préludes de Debussy. (Fauré ajouta plus tard six nou- veaux Préludes, mais, n’étant guère porté à la compétition commerciale, il n’alla pas plus loin. La postérité, quant à elle, allait laisser suffisamment de place aux deux recueils pour exclure toute rivalité.) La dernière pièce du puzzle réside, presque littéralement, dans le premier

accord du premier des Préludes, « Dan- seuses de Delphes », dont la disposition inhabituelle (la mélodie est située deux notes en dessous du sommet de l’accord) proviennent textuellement de la fin du Prélude dans le même ton (Si bémol) de Chopin, appartenant à son cycle opus 28 de 24 Préludes. alors qu’il n’aurait pu s’agir, dans un autre cas, que d’une réminiscence inconsciente, le contexte nous laisse penser que Debussy, en fin lettré, a voulu suivre le précepte de son ami Mallarmé en suggérant subtilement – plutôt qu’en le nommant – l’objet qu’il entendait désigner (Chopin). Ce premier pas accompli, les Préludes de Debussy vont leur propre chemin : d’assez longues pièces, pour la plupart, chacune étant suivie d’un titre évocateur entre parenthèses, chaque morceau constituant, en effet, un prélude à son titre formulé sotto voce. Si « Danseuses de Delphes » fait explicitement référence à l’antiquité classique, le recueil est discrètement parcouru par un sens de la danse, de cette sarabande initiale jusqu’au menuet ancien de « La fille aux cheveux de lin »,

de la valse claudicante « Les sons et les parfums » jusqu’au fougueux saltarello des « Collines d’anacapri » ou au ragtime façon banjo de « Minstrels ». plusieurs titres suggèrent des sources littéraires :

« La danse de puck » évoque Shakespeare (peut-être aussi le Puck of Pook’s Hill de Rudyard Kipling) ; « La fille aux cheveux de lin » se réfère à un poème de Leconte de Lisle, inspiré lui-même par une chan- son du poète écossais Robert Burns, « Lassie with the lintwhite locks » ; « Ce qu’a vu le vent d’ouest » rappelle Le jardin du Paradis de Hans Christian andersen ou l’Ode to the West Wind de Shelley, tandis que les deuxième et troisième Préludes tirent leur titre respectivement de Favart et Baudelaire. « La sérénade interrompue » apparaît comme une sorte de déploration sur la mort d’albéniz, ami de Debussy, décédé en 1909. Le compositeur aimait particulièrement la pièce intitulée « El Albaicin », appartenant au cycle Iberia d’albeniz, dont l’écho se fait clairement entendre dans les Préludes. Deux musi- ciens qui avaient connu Debussy, Edgard Varèse et Yvonne Lefébure, soulignaient

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tous deux que « Voiles » ne se référait pas à la navigation, mais aux longs voiles de soie de la danseuse Loïe Fuller. « La cathé- drale engloutie » raconte la légende bre- tonne de la ville d’Ys, dont la cathédrale émerge des flots les matins de brume, au son des cloches et de l’orgue, avant de s’abîmer de nouveau dans la mer (comme Debussy l’évoque merveilleusement à la fin du morceau). pendant longtemps, ce prélude a posé un sérieux problème de tempo, qui a été enfin résolu dans la nouvelle édition des Œuvres complètes de Claude Debussy (Éditions Durand), la source du présent enregistrement. « Qui connaîtra le secret de la composition musicale ? Le bruit de la mer, la courbe d’un horizon, le vent dans les feuilles, le cri d’un oiseau déposent en nous de mul- tiples impressions. Et tout d’un coup, sans qu’on y consente le moins du monde, l’un de ces souvenirs se répand hors de nous et s’exprime en langage musical. » ainsi s’exprimait Debussy dans un entre- tien de 1911, alors qu’il commençait à tra- vailler à son deuxième livre de Préludes. Le début de la deuxième pièce, « Feuilles

mortes », évoque précisément « le vent dans les feuilles » et leur chute paresseuse sur le sol. Le compositeur possédait un véritable don d’imitation (bien connu de ses amis) et ce talent particulier trouve tout naturellement sa place – à côté d’une palette d’émotions allant de la tendresse à l’exubérance la plus débridée− dans ces pièces en forme d’épigrammes, qui se pré- sentent tout autant comme des études de caractères que comme des tableaux inspi- rés par la nature. Terminé au début de 1913 (le centenaire de la naissance de Wagner, cette fois !) et publié en avril de la même année, le deuxième livre des Préludes diffère visuel- lement du premier en ce que l’écriture pia- nistique s’étend sur trois portées (quatre, parfois, dans le manuscrit de Debussy), conférant à l’ensemble un aspect plus aéré et quasi orchestral. on y trouve des correspondances manifestes avec le premier livre : « Bruyères », de nouveau dans le style d’un menuet ancien, pro- longe « La fille aux cheveux de lin » et « Général Lavine » répond au ragtime de « Minstrels ». Ce deuxième livre, bien plus

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que le précédent, abonde en plaisanteries et allusions aux musiques du temps, sou- vent subtilement déguisées : on y recon- naît quelques souvenirs du Petrouchka de Stravinski (l’introduction et la conclusion à la main gauche dans « Brouillards », la fanfare initiale de « Général Lavine ») ; des Camptown races de Stephen Foster (dans la partie médiane de « Général Lavine »), deux hymnes nationaux aisément identifiables et, dans « La terrasse des audiences », des échos de la chanson « Au clair de la lune » ainsi que de sa propre mélodie « Clair de lune ». « Les tierces alternées » (le dernier terminé parmi l’ensemble des Préludes) font entendre la citation la plus « actuelle » de toutes, un fragment immédiatement reconnaissable du Sacre du printemps, que Debussy avait déchiffré à deux pianos avec Stravinski lui-même en 1912, quelques mois avant le scandale de la première. Les titres, là encore, contiennent des allu- sions précises : « La puerta del Vino » fait référence à une carte postale reçue par Debussy de la fameuse porte mauresque de Grenade, dont le compositeur aurait

tenté de saisir les contrastes entre ombre et lumière ; « Les fées sont d’exquises danseuses » est une citation empruntée au Peter Pan in Kensington Gardens de James Barrie, dont Debussy possédait une belle édition illustrée par arthur Rackham – un cadeau de sa fille Chouchou pour noël. « La terrasse des audiences » apparaît dans le compte-rendu fait par un journal des festivités entourant le couronnement de George V comme Empereur des Indes ; et « Hommage à S. pickwick » fait une caricature non seulement du personnage de Dickens mais, de façon bienveillante, d’une certaine angleterre dont Debussy aimait la littérature, mais dont il trouvait les habitants quelque peu ridicules.

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francesco piemontesi pIano

« Son jeu était à couper le souffle. Il combinait les notes noires et blanches de Brouillards pour créer de délicates nuances de gris, puis il n’a cessé de nous éblouir avec une merveil- leuse palette d’effets dans lesquels une tech- nique sans faille était mise au service d’une interprétation profondément originale. » Michael Church à propos de l’interpréta- tion des Préludes de Debussy par Francesco piemontesi, Independent, *****

Francesco piemontesi est un pianiste qui allie un exceptionnel raffinement à une maîtrise technique consommée. Son jeu est caractérisé par une vaste et riche palette de couleurs, et il s’est illustré dans un répertoire qui va de la période classique et des débuts du roman- tisme allemand à Ravel, Debussy, et au-delà. De l’un de ses grands professeurs et mentors, alfred Brendel, piemontesi dit qu’il lui a appris « à aimer le détail des choses ». né à Locarno, piemontesi s’est imposé sur la scène internationale en remportant des prix dans plusieurs concours prestigieux, parmi lesquels le Queen Elisabeth Competition, en 2007. Entre 2009 et 2011 il est inscrit sur la liste des BBC new Generation artists. En 2012,

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piemontesi est nommé directeur artistique des Settimane Musicali d’ascona. Francesco piemontesi se produit avec les plus grands orchestres dans le monde entier : le Cleveland orchestra, DSo et l’orchestre sym- phonique de la Radio de Berlin, l’orchestre symphonique de la Radio Bavaroise, le philharmonique de Londres, le philharmonia, le BBC Symphony, l’orchestre philharmonique d’Israel, le nHK Symphony et l’orchestre du Mai Musical de Florence. Il a travaillé avec des chefs d’orchestre tels que Zubin Mehta, Marek Janowski, Vladimir ashkenazy, Manfred Honeck, Sakari oramo, Vasily petrenko, Robin Ticciati et Charles Dutoit, et est à l’origine d’un étroit partenariat musical avec, entre autres, Sir Roger norrington, Stanislaw Skrowaczewski, David afkham, nicholas Collon, et andrew Manze. piemontesi est un interprète passionné du répertoire de musique de chambre. Il a joué avec de nombreux partenaires – le Quatuor Emerson, antoine Tamestit et Jörg Widmann en trio, Renaud et Gautier Capuçon, Clemens Hagen, Yuri Bashmet, angelika Kirchschlager, Daniel Müller-Schott, et, pendant ses années de formation, Heinrich Schiff.

En récital, il s’est fait entendre dans les salles les plus prestigieuses : Wigmore Hall, Concertgebouw d’amsterdam, De Doelen de Rotterdam, Carnegie Hall et avery Fisher Hall à new York, philharmonie de Berlin, Tonhalle de Zurich, Konzerthaus et Musikverein de Vienne, Washington Kennedy Center et Tokyo Suntory Hall. Il a été également l’invité de plusieurs festivals : Edinburgh International Festival, La Roque d'anthéron, BBC proms, new York Mostly Mozart, Festival Chopin de Varsovie, Festival de Lucerne, Festival de pâques d’aix-en-provence, et Festival du Schleswig-Holstein. Ses engagements à venir comprennent des concerts avec l’orchestre philharmonique de Radio France, le philharmonique de Munich, l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig, le Yomiuri nippon Symphony, l’orchestre natio- nal d’Espagne, l’orchestre symphonique de la Radio suédoise, le City of Birmingham Symphony, Hallé, l’orchestre symphonique de la Radio danoise, et le Toronto Symphony. Ses engagements pour la musique de chambre et le récital comprennent le festival Schubertiade de Hohenems et le Gilmore International Keyboard Festival.

Francesco piemontesi a déjà réalisé avec naïve Classique deux enregistrements accla- més par la critique : Mozart piano Works, ainsi que les concertos pour piano de Schumann et Dvořák, avec le BBC Symphony orchestra et Jiří Bělohlávek. Ses enregistrements antérieurs comprennent une intégrale des œuvres pour piano de Schumann et un récital d’œuvres de Haendel, Brahms, Bach et Liszt. piemontesi a étudié auprès d’arie Vardi avant de collaborer avec alfred Brendel, Murray perahia, Cécile ousset et alexis Weissenberg.

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Some years ago, my teacher Cécile ousset revealed to me that she is the owner of her teacher’s copy of Debussy’s Préludes. She was a student of Marcel Ciampi at the Conservatoire in paris, a major figure in the world of French pianism. This score is simply overwhelming:

remarks, phrasings, fingerings are written in different colours and layers over every note and every chord, with comments and remarks on even the tiniest details. In some places, there are fine black letters which are almost impossible to decipher:

apparently, the handwriting of Claude Debussy. For me, as a young musician, this has been an important lesson on how details need to be taken seriously. I have the feel- ing that the music of ‘Monsieur Croche’ especially is revealed when this degree of subtlety is achieved. It is not just that Debussy’s influence on the development of modernity has been as important as Schönberg’s, and for

postmodern music probably even more. But also, his works challenge the per- former in myriad ways: they are techni- cally demanding, but in addition to virtu- osic pianism, Debussy requires an equally virtuosic handling of colours, shading and character. In 20th century music, this is not always a matter of course. I wish to dedicate this disc to Cécile ousset, who helped me discover this music and has been my musical guide from the very first reading of the score up until the recording.

Francesco piemontesi

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debussy préludes by roy howat

To experience the full context of Claude Debussy’s Préludes, we have to imagine ourselves in 1910. In February of that year Debussy completed the Préludes, 1 er Livre in an oddly furtive flurry of activity, mark- ing dates in his neat manuscript ranging from 7 December 1909 to 4 February 1910. Unusually, his correspondence lets slip not a word about the project, until a passing remark in a letter of 5 February 1910 to his publisher Jacques Durand: ‘Les “préludes” sont terminés’ [‘The “preludes” are fin- ished’]. Just as remarkably, the edition of these first twelve Préludes appeared on 14 april 1910, having taken just ten weeks to be engraved on copper plates, proofread, and sent through the press. Why the haste, and the apparent furtive- ness? a remaining piece of the jigsaw comes from the year 1910, Chopin’s cen- tenary, an enormous cultural event in France that had music journals brimming with articles and tributes (including an interview with Ravel about Chopin), and

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even the foundation of a Société Chopin.

It appears that two publishers were racing

to issue rival sets of Préludes, as under- stood implicit homages to the centenary. Early in 1910 the publisher Heugel planted

a first flag, with three Préludes by Gabriel

Fauré, and more announced to follow. If Heugel won a first round there, set and match appear to have gone to the pub- lisher Durand, who promptly followed with Debussy’s complete 1 er Livre. (Fauré added six more Préludes to his collection later in 1910, but his heart was clearly not in commercial competition, and he then let it rest there. as far as posterity is con- cerned, there’s plenty of room for both sets.) The final piece of jigsaw falls into place, almost literally, with the first chord of Debussy’s first Prélude, ‘Danseuses de Delphes’, whose exact disposition and unusual voicing (the melody placed two notes down from the top) comes verba- tim from the end of Chopin’s Prélude in

the same key (B-flat) from his op. 28 cycle of 24 Préludes. While this might else- where have suggested unconscious remi- niscence, the present context suggests Debussy, a man of literary passions, fol- lowing the maxim of his friend Mallarmé and subtly suggesting rather than naming the external object of attention (Chopin). That accomplished, Debussy’s Préludes go their own way, being mostly longer pieces, each followed by an evocative title in parentheses, each piece effectively forming a prelude to its sotto voce title. If ‘Danseuses de Delphes’ explicitly invokes classical antiquity, the volume is quietly permeated by a sense of dance, rang- ing from that opening sarabande to the antique minuet of ‘La fille aux cheveux de lin’, the limping waltz of “Les sons et les parfums”, to the headlong saltarello of ‘Les collines d’anacapri’ or the banjo ragtime of ‘Minstrels’. Several titles sug- gest literary sources. ‘La danse de puck’ invokes Shakespeare (possibly also Rudyard Kipling’s Puck of Pook’s Hill); ‘La fille aux cheveux de lin’ cites a poem by Leconte de Lisle, inspired in turn by

a song Lassie with the lint-white locks by

the Scots poet Robert Burns. ‘Ce qu’a vu le Vent d’ouest’ suggests Hans Christian anderson’s The garden of Paradise or

Shelley’s Ode to the West Wind, while the second and third préludes take their titles from Favart and Baudelaire. ‘La sérénade interrompue’ suggests a déploration for Debussy’s friend albéniz, who had died

in 1909: Debussy adored ‘El albaicín’ from

albeniz’s cycle Iberia, a piece that clearly echoes in Debussy’s Prélude. Two musi- cians who knew Debussy, Edgar Varèse and Yvonne Lefébure, both insisted that ‘Voiles’ refers not to boat sails but to the diaphanous trailing silk veils of the dancer Loie Fuller. ‘La Cathédrale engloutie’ traces the Breton legend of Ys, whose cathedral rises from the waves on misty mornings, its bells and organ peal- ing, before sinking again (as miraculously conveyed by the last page of Debussy’s prélude). For many years this prelude posed a serious problem of tempo, one that was eventually clarified in the new edition of Œuvres complètes de Claude

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Debussy (Éditions Durand), the source for the present recording. ‘Who can know the secret of musical com- position? The noise of the sea, the curve of the horizon, the wind in the leaves, the cry of a bird; all leave impressions on us. and suddenly, when one least wills it, one of those memories spills out of us and expresses itself in musical language.’ Thus was Debussy quoted in an interview of 1911, as he started on his Préludes, 2 e Livre. The opening of the second piece, ‘Feuilles mortes’, suggests precisely ‘the wind in the leaves’, aptly followed by leaves lazily falling to the ground. Debussy could be a vivid mimic (as his friends knew well), and this talent takes a place, together with moods ranging from tenderness to wild exuberance, in epigrammatic pieces that are often character studies as much as nature scenes. Completed early in 1913 (the Wagner cen- tenary this time!), and published again that april, the 2 e Livre differs visually from the 1 er Livre by spreading its piano writ- ing over three staves of score (sometimes even four in Debussy’s manuscript), giving

a more spacious, orchestral appearance. There are some clear counterparts to the 1 er Livre: ‘Bruyères’, again in the style of an antique minuet, elaborates on ‘La fille aux cheveux de lin’, and ‘General Lavine’ answers the ragtime of ‘Minstrels’. This second book is more replete with topical musical jokes and allusions, often subtly disguised, including several echoes of Stravinsky’s Petrushka (the left hand opening and close of ‘Brouillards’ and the opening fanfare of ‘General Lavine’), Stephen Foster’s Camptown races (in the middle of ‘General Lavine’), two obvious national anthems, and, in ‘La terrasse des audiences’, echoes of Au clair de la lune as well as Debussy’s own song ‘Clair de lune’. ‘Les tierces alternées’ (the last of the Préludes to be completed) contains the most topical quotation, an unmistaka- ble fragment from the Rite of spring which Debussy had sight-read with Stravinsky as a piano duet in 1912, several months before the ballet’s scandalous première. The pieces’ titles again reveal some precise allusions: ‘La puerta’ related to a postcard Debussy received of the

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famous Moorish gate in Granada, show- ing extremes of brilliant light and dark shade that he reportedly sought to cap- ture; ‘Les fees sont d’exquises danseuses’ is a line from James Barrie’s Peter Pan in Kensington Gardens, in an edition beauti- fully illustrated by arthur Rackham (given to Debussy’s daughter Chouchou for Christmas); ‘La terrasse des audiences’ quotes a line from a newspaper report of the festivities surrounding the corona- tion of George V as Emperor of India; and ‘Hommage à S. pickwick’ caricatures not only pickwick but, in an endearing way, an England whose literature Debussy loved but whose inhabitants he found some- what ridiculous.

francesco piemontesi pIano

“His playing took the breath away. He com- bined the black and white notes of Brouillards to create soft grey tonalities, and went on to dazzle us with a wonderful range of effects in which a flawless technique was put to the ser- vice of some very original interpretations.” Michael Church on Francesco piemontesi performing Debussy’s ‘préludes’, Indepen- dent, *****

Francesco piemontesi is a pianist of excep- tional refinement of expression which is allied to a consummate technical skill. His playing is characterised by a wide and rich palette of colour, and he is known for his interpreta- tion of repertoire ranging from classical and early Romantic German repertoire to Ravel, Debussy and beyond. of one of his great teachers and mentors, alfred Brendel, piemontesi says that Brendel taught him “to love the detail of things”. Born in Locarno, piemontesi rose to inter- national prominence with prizes at several major competitions, including the 2007 Queen Elisabeth Competition, and between 2009- 2011 he was a BBC new Generation artist. In 2012, piemontesi was announced as artistic Director of the Settimane Musicali di ascona.

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Francesco piemontesi appears with major orchestras worldwide: the Cleveland orchestra, DSo and Berlin Radio Symphony, Bavarian Radio Symphony, London philharmonic, philharmonia, BBC Symphony, Israel philharmonic, nHK Symphony and the orchestra of the Maggio Musicale. He has per- formed with conductors such as Zubin Mehta, Marek Janowski, Vladimir ashkenazy, Manfred Honeck, Sakari oramo, Vasily petrenko, Robin Ticciati and Charles Dutoit, and has also established a close musical partnership with, for example, Sir Roger norrington, Stanislaw Skrowaczewski, David afkham, nicholas Collon, and andrew Manze. piemontesi is a natural and keen chamber musician and plays with a variety of partners – the Emerson Quartet, antoine Tamestit and Jörg Widmann in trio, Renaud and Gautier Capuçon, Clemens Hagen, Yuri Bashmet, angelika Kirchschlager, Daniel Müller-Schott, and, during his formative years, Heinrich Schiff. In solo recital, he has appeared in many prestigious venues including Wigmore Hall, amsterdam Concertgebouw, Rotterdam De Doelen, Carnegie Hall and avery Fisher Hall in new York, Berlin philharmonie, Zürich Tonhalle, Vienna Konzerthaus and Musikverein,

Washington Kennedy Center and Tokyo Suntory Hall. Festival invitations have come from the Edinburgh International Festival, La Roque d'anthéron, BBC proms, new York Mostly Mozart, Chopin International Music Festival in Warsaw, Lucerne Festival, aix- en-provence Easter Festival, and Schleswig- Holstein Festival. Forthcoming engagements include con- certs with orchestre philharmonique de Radio France, Munich philharmonic, Leipzig Gewandhaus, Yomiuri nippon Symphony, Spanish national Symphony, Swedish Radio Symphony, City of Birmingham Symphony, Hallé, Danish Radio Symphony, and Toronto Symphony. Solo and chamber music engage- ments include Schubertiade and Gilmore International Keyboard Festival. Francesco piemontesi has already released two critically-acclaimed recordings with naïve Classique: Mozart piano Works, and Schumann and Dvořák‘s piano Concerti with BBC Symphony orchestra and Jiří Bělohlávek. Earlier recordings include Schumann’s com- plete piano works and a mixed recital of Handel, Brahms, Bach and Liszt.

piemontesi studied with arie Vardi before col- laborating with alfred Brendel, Murray perahia, Cécile ousset and alexis Weissenberg.

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also available | également disponible

Dvořák, Schumann piano concertos With BBC Symphony orchestra, Jiři Bělohávek

V 5327

Mozart

piano works

V 5367

Executive Producer: Giuseppe CLERICETTI Recording Producer, Balance Engineer & Editing: Jochen GoTTSCHaLL Mastering: Wolfgang MUELLER

Recorded in March & april 2014 at auditorio Stelio Molo, Lugano (Switzerland)

Recording system: Sadie Microphones: Schoeps Colette Series, Sennheiser MKH 20 Preamplifiers and converter: Studer Vista Recorded and edited using: Sadie

Article translated by Michel CHaSTEaU (French)

Cover & inside photos: © Benjamin EaLoVEGa Artwork: aurore DUHaMEL

www.francescopiemontesi.com

www.naive.fr

p 2014 RSI & © 2015 naïve V 5415

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