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Bonjour. Je tiens à vous entretenir de sujets qui me tiennent à coeur.

Il s'agit des questions fondamentales que tous les


êtres humains se posent. C'est un domaine qui aboutit en définitive à la spiritualité dans son sens le plus universel.
Pour ma part, cela fait une trentaine d'années que j'ai entamé ma recherche. Quelquefois je pensais détenir la vérité.
Mais à chaque fois, j'ai été désillusionnée. Quelque chose me disait qu'il existait à l'arrière-plan des connaissances
ésotériques de plus hautes visions encore. Il m'a fallu passer par tout un cheminement, qui m'a conduit d'abord dans la
psychologie, puis la parapsychologie, l'occultisme, l'ésotérisme, l'hermétisme, pour finir par me rendre compte à la fois
que je n'étais pas encore satisfaite car de nombreuses questions subsistaient concernant les potentialités de l'être
humain, et son rapport avec l'univers, et que moi-même je n'avais certainement pas atteint un degré de conscience tel
qu'on n'en parlait comme étant l'illumination. Cela m'a amenée à explorer de plus en plus loin ce que l'on appelle
l'attention, la volonté, et la conscience. J'avais d'abord l'optique de vouloir me changer moi-même, car pour changer le
monde, si on ne commence pas par soi-même, on aboutit à des situations où sa propre condition intérieure n'est pas à
la hauteur des objectifs que l'on se propose. Ce n'est que bien plus tard, que j'ai appris qu'il fallait également changer
objectivement le monde pour se changer soi-même. Il faut ici déjà fixer certaines idées, car les interprétations que l'on
peut faire des notions de base est infiniment variable. Par spiritualité, je veux dire simplement la vie de l'esprit. Et par
esprit j'entends tout ce qui existe, y compris le roc le plus solide, car ce que nous appelons matière n'est en réalité
qu'une apparence. Cette apparence provient de l'échafaudage atomique et moléculaire, et en même temps ce que
donnent nos capacités cérébrales, et notamment nos capacités représentatives. Par conscience, je veux dire la
polarisation cérébrale personnalisée du champ universel appartenant à Notre Père Commun. Il en va de même pour
l'attention et pour la volonté. Tout ce dont nous sommes conscients, que ce soit par le biais des sources sensorielles, ou
issus de notre monde intérieur, comme notre pensée ou nos sensations, apparaît dans le champ personnalisé de notre
conscience, qui lui-même se rattache à la réalité divine. Il est possible à notre être d'apercevoir tous ces éléments du
champ de conscience grâce à l'attention, qui elle-même se rattache également à la réalité divine. Enfin, la moindre de
nos actions est le fruit d'une intention qui est actionnée par la volonté, c'est-à-dire la capacité d'agir depuis les actions
courantes jusqu'à des capacités extraordinaires que l'on tiendrait du miracle. Chaque intention se rattache à l'intention
première qui est celle de la création de l'univers.

J'avais rencontré également au cours de mes pérégrinations dans la connaissance la notion d'évolution. Cela supposait
que l'être humain a comme potentialités d'être dans des états nouveaux qui amènent dans l'individu une conscience
nouvelle, une attention nouvelle, et une volonté nouvelle, toutes axées sur un état macrocosmique et non plus
simplement basées sur la vie commune individuelle que l'on peut considérer comme microcosmique. Les chemins pour
y parvenir sont nombreux. Mais ce que l'on ignore ce que toute acquisition de facteurs divins supplémentaires dans
l'individu a une contrepartie qui est celle d'un dimensionnement hors proportion de l'orgueil. Autant il paraît très
attractif d'acquérir en soi des caractéristiques nouvelles qui donnent accès à la dimension cosmique, autant on ignore,
car c'est de l'ordre de l'imperceptible, que tout cela nous est retiré de la vie. Je veux dire par là, et je ne parle pas de
l'existence, que la vie dans son principe n'est jamais fondée sur l'acquisition ; seulement si la vie l'autorise, il sera
possible de changer le niveau d'existence au travers de morts successives à l'ancienne personnalité. Nous voilà devant
un point crucial. Ce que nous appelons l'état normal est très loin de représenter une situation équilibrée. Les facteurs
d'évolution doivent donc tenir compte de toutes les difficultés, anomalies de fonctionnement, états maladifs qui
peuvent survenir au cours de l'existence. Il est illusoire de croire que l'on peut atteindre un état supérieur de
conscience si nous sommes coincés par de telles difficultés.

Il faut également évoquer les problèmes particuliers de tous les aspects violents et agressifs, conscients ou
inconscients. Toutes ces difficultés que rencontrent les êtres humains se doivent d'être résolues au cours des processus
de l'évolution.

La conscience est quelque chose qui peut paraître banal. Il va de soi d'être conscient de tout ce qui nous entoure et de
notre propre monde intérieur. Mais pour ce qui concerne la conscience en tant que telle, il est moins simple de se
représenter quelle peut être sa réalité sans aucun des objets qui la meublent. Mes recherches à ce sujet ont été
longues et fastidieuses. Il est plus facile d'entrer dans un état de conscience que de comprendre la nature de la
conscience elle-même. Pendant toute une période, je me suis laissé tenter par l'idée de l'ici et maintenant. Cela veut
dire se rendre compte de l'environnement immédiat où nous nous trouvons, et de faire attention à ce qui se passe dans
le présent. J'ai vu beaucoup plus tard que pour prendre conscience du présent un certain temps est nécessaire. Plus on
essaye d'être dans ce présent, plus grande est la marge qui nous en écarte. Le présent nous échappe tout le temps. Il
va de soi que l'on peut accorder son attention sur toutes sortes d'aspects de nous-mêmes : le corps, les émotions, les
pensées, ou toute sensation qui passerait ou prendrait même l'apparence d'un état permanent. Un de ces états
permanents est l'impression du je. Nous ne nous rendons généralement pas compte des variations incessantes qui
contredisent l'idée d'une stabilité, ainsi que la notion d'unité intérieure. Nos décisions varient sans cesse au gré des
réactions qui s'installent en nous-mêmes et c'est là un problème majeur qui se résume à dire que nous vivons la
plupart du temps dans un état de passivité, et non sous un mode actif. Tout au long de mes pérégrinations, je me suis
interrogé pour savoir ce que représentait un état actif. C'est là qu'est intervenue la question du rappel de soi,
autrement dit non pas se placer dans un état où la conscience serait modulée, mais doublée à la fois par tout
l'ensemble de ce qui se produit dans l'instant et par une vigilance intérieure dirigée vers notre propre présence
personnelle au sein des circonstances diverses qui nous entourent. Il s'agit donc de se souvenir de se souvenir que
nous sommes là en train de vivre ce qui se produit dans l'actualité du moment. Cet état est actif. Cependant cela ne
résout pas la question de la conscience elle-même. Notre attention est simplement sollicitée doublement par des
contenus plus riches que l'état de conscience ordinaire. J'ai alors, au cours de séances de méditation, laissé s'évanouir
progressivement tous les contenus de la conscience : les pensées, les émotions, les sensations, les rêveries, bref tout
ce qui nous écarte de l'actualité du moment. Au fur et à mesure que je pratiquais cela, une transformation se produisit.
J'étais de moins en moins accaparé par les états de conscience et progressivement se révélait la présence de la
conscience elle-même. Pour décrire cette expérience on peut dire que je voyais la conscience comme un champ
indifférencié, un terrain vierge où toute notre expérience de l'existence prenait place. A ce stade je n'avais vu qu'une
fraction de la réalité concernant la nature de la conscience. Je me suis demandé un jour qu'elle était la limite de la
conscience. À ce moment-là, je fonctionnais sous un mode intuitif et non dans un canevas de réflexion intellectuelle. À
ma grande surprise, les limites de ma conscience semblaient pouvoir s'élargir jusqu'à des niveaux où des réponses me
parvenaient sans passer par la moindre déduction due à la réflexion, mais comme des éléments nouveaux que
j'apprenais en même temps qu'ils apparaissaient dans ma conscience. Appelons ça pour le moment un état de
conscience supérieur. Par la suite, j'ai considéré la conscience comme un champ qui semblait sans limite. Ce qui s'est
passé, c'est qu'une sorte d'identité abstraite a commencé à se manifester. Je ne voyais pas effectivement quelqu'un,
mais des données sur l'ensemble des choses arrivaient ponctuellement, et ce quelle que soit la question que l'on
pouvait poser, soit par moi-même, soit par quelqu'un d'autre, ce qui était le cas la plupart du temps. Cela a duré
quelques années durant lesquelles l'ensemble des connaissances, que j'avais acquises par les livres, les entretiens, les
stages, ou simplement ma réflexion propre, devenait un tout coordonné. Certaines données avaient particulièrement
retenue mon attention. Les notions d'unité, de Tao, de non-dualité, de transcendance, d’illumination, de réalisation, me
semblaient pouvoir couronner la recherche de vérité qui m’habitait. C’est donc la nouvelle orientation que prit ma
quête. Il me paraissait clair que c’étaient là des états de conscience supérieurs, capables d’amener une compréhension
immédiate de l’ensemble des choses. C’était bien là le fond propre de ma recherche : saisir tout ce qu’il était possible
de comprendre sur l’univers et l’être humain. C’était du domaine de la verticalité transcendante et non plus un savoir
accumulatif que je devais thésauriser. C’était être et non avoir. C’est, en quelque sorte, revenir à la source de notre
conscience : l’observateur lui-même. Et là je compris que l’observateur n’était ni le corps, ni les émotions ou les
sentiments, ni les pensées. Ma vie devenait de plus en plus impersonnelle ; je perdais le fil de ma propre réalité
incarnée et ses besoins intellectuels ou affectifs. J’étais devenu neutre, sans émotions, libre des pensées, dans une
grande équanimité d’esprit. Au lieu de rester dans cette absolutisation, j’étais de plus en plus tiraillé par la résurgence
d’anciens états, comme un cri de désespoir intérieur de ma nature personnelle pour ne pas devoir se dissoudre ainsi,
au risque de perdre sa propre essence. Ce fut un revirement capital dans ma recherche. Au lieu de m’être ouvert aux
autres, je m'étais isolé dans ma tour d'ivoire. C'est alors que je rencontrai la voix du coeur. Il y avait une conscience
non pas uniquement dans l'abstrait, mais dans le concret, dans la vie de tous les jours. J'ai mesuré là tout l'impact de
ce que l'on appelle le rappel de soi. A quoi bon rester dans les cîmes alors que des manques rendaient fort
déséquilibrée ma démarche. C'est alors que j'entrepris de voir le monde et les personnes de mon entourage sous un
jour nouveau. J'ai vite découvert qu'il y avait un manque énorme au niveau affectif, et ici je parle de sentiments vrais et
non de simple sentimentalité, et que chacun cherchait à combler ce manque. C'était une nouvelle désillusion : le
moteur de la recherche de beaucoup de personnes n'était pas fondé sur une aspiration à une plus haute consciente,
mais à trouver des sources de contentement strictement personnel.

Il est nécessaire à ce stade de préciser ce que représente réellement une recherche spirituelle. Matière et esprit ne
sont que les deux faces d'une même pièce. Nous sommes seulement entièrement focalisés sur la face concrète, alors
que l'esprit dans sa nature propre, représente un aspect non matériel. On peut maintenant comprendre qu'il est difficile
d'assimiler la valeur inestimable d'une vie spirituelle. Et pourtant, pour être complet, l'être humain a besoin de
l'intégralité de sa propre réalité.

Force est donc de constater qu'il est indispensable de préciser ce que représente une recherche spirituelle authentique.
Il sera plus facile de procéder par élimination. La recherche spirituelle est un engagement total, qui, bien que ne
négligeant pas les aspects concrets, a pour axe principal la compréhension et le vécu de l'esprit. L'esprit n'est pas le
mental. Il se situe au-delà des formulations. Mais il est accessible à notre nature car celle-ci est également spirituelle.
J'ignore si vous pouvez mesurer l'étendue de ce que cela représente. Nous ne sommes pas un corps, nous avons un
corps. Nous ne sommes pas des émotions ou des sentiments, nous les avons. Nous ne sommes pas des pensées, nous
les avons. Alors qui sommes-nous ? Nous sommes l'acteur observateur dont la trace de l'action met en activité le
cerveau. Et cet être agissant est pur esprit. Cette constatation, loin de devoir nous éloigner du concret, nous met
précisément face à l'obligation tout à fait naturelle de prendre soin de nos pensées, de nos émotions et de notre corps.
Ceci inclut aussi bien nous-mêmes que tout ce qui peut arriver en ce qui concerne les relations avec les autres.