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Bergonié, un accueil déshumanisé

Vendredi, j'avais rendez-vous avec un médecin spécialiste de la


radiohérapie à l' Institut Bergonié.
Je venais d'une clinique privée dont j'avais expliqué les étapes d'une
opération dans un précédent billet.
Comme dans tous les centres hospitaliers, nous devons passer à l'accueil
et prendre un ticket comme au Pôle Emploi ou à la Sécu.
Autant j'ai pu accepter ces contraintes dans une polyclinique, autant j'ai
été choquée dans un endroit tel que Bergonié (Centre Régional de Lutte
Contre le Cancer de Bordeaux et du Sud-Ouest Soins, Enseignement,
recherche) où le « patient » devrait bénéficier d'un traitement de faveur,
compte tenu de spécificité de cette maladie.
Généralement, le « patient » est loin d'être en forme pour faire la queue
et à ma surprise, on doit refaire le dossier qui a été déjà transmis par la
dernière clinique ; cerise sur le gâteau, on me demande ma carte
d'identité.
Je demande pourquoi :
- « c'est toujours comme ça »
- « Merci, mais pourquoi c'est comme ça ?
Bien évidemment, la réponse qui arrive toujours est la suivante :
- «Parce ce que c'est la règle »
Pas envie de batailler dès le matin, je prends quand même des notes.
Pour avoir la réponse, j'appelle le CHU de Bordeaux, un agent aux
admissions me répond que c'est pour le suivi des transfusions sanguines
et depuis toujours ; réponse qui ne me satisfait qu'à moitié, la carte
vitale étant grandement suffisante et ancienne professionnelle des
services hospitaliers, la carte d'identité ne m'ayant jamais été demandée
à l'hospitalisation de mes enfants. Je garde donc un doute sur le réel
motif de cette nouvelle formalité. Je laisse chacun se poser les réelles
questions malgré le fatalisme chronique de certains Français.
Je « patiente » à nouveau pour être reçue par le spécialiste radiologue,
l'attente est longue mais je comprendrai ensuite pourquoi.
C'est un médecin qui prend le temps d'expliquer toutes les étapes de la
radiothérapie dans le but de convaincre les réticents, ce qui allonge
souvent le temps passé dans son cabinet. Plus le temps d'attente est
long, plus le patient est réticent, c'est du moins ce que je comprends car
c'est mon cas.
Pourtant, il est à l'écoute et il répond donc à toutes les questions même
« hors cadre » de la maladie. Je lui parle de déshumanisation du
système hospitalier que j'ai pu observer depuis le début de mon parcours
; il acquiesce, il comprend.
Mon observation sur l'accueil reçoit une réponse très pertinente : ce
genre d'accueil permet de préserver l'anonymat mais l'institut réfléchit à
toutes les propositions qui lui sont soumises.
Je propose le pré-accueil afin de prioriser les personnes les plus
fatiguées. A eux donc de mettre en place un système plus humain, ce
genre de patient n'étant pas un numéro ; ce qui serait valable pour les
centres hospitaliers dits « normaux ». Il existe déjà des pré-accueils mais
ils ne servent qu'à vous aiguiller dans le dédale des couloirs de ces
structures.
Vendredi, j'étais estourbie, comme on dit « avec le moral dans les
chaussettes », devant toutes les contraintes qui s'annonçaient mais ce
médecin m'a laissée le temps de réflexion.
Je vais faire cette radiothérapie après avoir trouvé toutes les bonnes
raisons pour la faire. Je ne suis pas une « malade facile » ayant été de
« l'autre côté du lit » pendant des années.
Au moment où je tape ce billet, une psychologue me téléphone pour me
demander si je souhaitais la rencontrer à l'issue de mon premier scanner
dosimètrie.
Pourquoi pas ? Peut-être vous raconterais-je...
En tous cas, je ne manquerai pas de vous faire part de mes observations,
de « l'autre côté du lit », de la gestion du malade et de la maladie.
Ce qui est plutôt étonnant, c'est que j'ai le moral et je ne saurai pas dire
comment et pourquoi.
Je ne répondrai pas aux commentaires mais vous pouvez toujours me
contacter à mon adresse mail : aliciabx@hotmail.fr au cas où vous auriez
besoin de renseignements.