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À l’épreuve des comités d’éthique. Des codes aux pratiques

Bastien Bosa

Le point de départ de ce texte est mon étonnement au commencement de mon enquête ethnographique en Australie 1 , étonnement lié à la découverte d’un ensemble de contraintes qui n’existent pas en France. Alors que les chercheurs français n’ont quasiment pas, du point de vue éthique, de comptes à rendre par rapport à leur travail de terrain, il existe dans le cas australien, d’une part, des contraintes générales qui concernent l’ensemble des chercheurs, et, d’autre part, des contraintes spécifiques aux études aborigènes 2 . Alors que je n’avais reçu aucune formation particulière concernant les questions éthiques, il m’a donc fallu reformuler mon projet de recherche dès mon arrivée en Australie de manière à le mettre en conformité avec les exigences du Human Ethics Committee (HREC) de l’université à laquelle j’étais rattaché. Mon enquête ne pourrait en effet commencer qu’après l’examen minutieux de mon projet et l’obtention d’une approbation écrite. C’est une procédure standard à laquelle l’ensemble des chercheurs et apprentis-chercheurs doivent se soumettre, quelle que soit leur disci- pline, dès lors que leur recherche implique des contacts avec des humains. L’ensemble des universités et des organismes de recherche sont d’ailleurs tenus de mettre en place un Human Research Ethics Committee chargé de contrôler toutes les recherches qui impliquent des êtres humains 3 .

1. J’ai réalisé deux « terrains » d’un an chacun en 2003 et 2005 dans le cadre de ma

thèse de doctorat réalisée à l’EHESS sous la direction d’Alban Bensa.

2. Comme le dit Didier Fassin [2006] à propos du contexte français, « l’intégrité

morale et la rigueur scientifique » sont généralement considérées comme des « garanties suffisantes du respect des principes éthiques ».

3. Pour plus de détails institutionnels,

cf. http://www.nhmrc.gov.au/ethics/human/hrecs/overview.html

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Je présenterai d’abord le système général « d’approbation éthique » tel qu’il existe dans les universités australiennes ainsi que certaines de ses implications pour la pratique de l’ethnographie. J’analyserai ensuite plus particulièrement les règles de conduite destinées à protéger les droits et intérêts des populations aborigènes. Je montrerai enfin, à par- tir de ma propre expérience, qu’il existe toujours un décalage entre les modèles généraux (généreux) et la réalité de leur application : au-delà des chartes éthiques, le chercheur doit inévitablement faire face à de multiples dilemmes déontologiques qui sont étroitement dépendants des circonstances spécifiques d’une enquête particulière.

COMMENT CONCILIER LES CODES ÉTHIQUES INSTITUTIONNELS AVEC LE TRAVAIL ETHNOGRAPHIQUE ?

La réaction première des chercheurs formés en France vis-à-vis des contraintes imposées par les Comités d’éthique (cf. encadré) est géné- ralement le scepticisme ou la suspicion. À première vue, le formulaire semble compliquer la relation d’enquête, sans véritablement garantir aux enquêtés un gain de protection supplémentaire. La critique peut se faire à plusieurs niveaux. Tout d’abord, on peut penser que le formulaire n’introduit pas grand-chose de nouveau par rapport aux pratiques actuelles des cher- cheurs français, en termes de protection des enquêtés. Malgré l’absence de code, les chercheurs se sentent également tenus de respecter quelques règles déontologiques élémentaires du travail sociologique. L’enquêteur passe toujours un contrat moral avec ses interlocuteurs, sans nécessairement devoir tout expliquer (« laisser du flou dans sa pré- sentation » peut faire partie des techniques d’enquête) et sans qu’il y ait d’accord formel écrit entre enquêté et enquêteur. Il semble ainsi y avoir un accord dans la profession sur le fait qu’il ne faut jamais enregistrer à l’insu de son interlocuteur et que, dans tous les cas, la confidentialité doit être garantie (en brouillant, dans toutes publications, les noms des personnes et des lieux, et éventuellement des métiers). Olivier Schwartz [1990] utilise ainsi une formule éloquente résumant le rap- port entre le chercheur et ses enquêtés : il s’agit de « dévoiler leur intimité sans révéler leur identité ». Puisque le travail de l’ethnographe consiste à rendre publique la vie privée de ses enquêtés, il doit, en retour, protéger scrupuleusement leur droit au secret. Cette critique peut être prolongée en remarquant que la présence d’un « contrat » écrit et formel n’est pas forcément plus « éthique » qu’un contrat oral, et ne garantit pas forcément une meilleure protection des enquêtés.

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Les Human Ethics Committees

Le texte de référence qui concerne tous les chercheurs en sciences sociales en Australie est le National Statement on Ethical Conduct in Research Involving Humans (NSECRIH) 4 , établi originellement pour les recherches médicales mais qui s’applique également aux recherches dans les sciences sociales. Certaines dispositions de ce texte ont une valeur juridique 5 et d’autres règles sont accep- tées comme « best practice » par les universités et organismes de recherche. La force de persuasion tient essentiellement au fait que les projets qui n’ont pas reçu de Ethics Review ne peuvent pas bénéficier de financements de la part des uni- versités ou du Research Council, qu’ils ne sont pas couverts par les assurances des universités, et que certaines revues refusent de publier des articles issus de projets de recherche n’ayant pas fait l’objet d’approbation éthique. Pour autant, le système se défend d’être une atteinte à l’autonomie des univer- sitaires : il est géré « par les chercheurs et pour les chercheurs » et il est censé protéger « la recherche légitime autant que les droits des participants ». Ce système serait ainsi simplement le reflet institutionnel d’une nouvelle conception de la science, plus sensible aux droits humains et notamment aux droits des enquêtés :

« [Ce système] reflète un changement d’état d’esprit au sein de la communauté scientifique : un scepticisme vis-à-vis de l’impérialisme joyeux de la science antérieure ; un sentiment d’horreur face aux mésusages de la science ; et une reconnaissance du fait que la science ne peut pas se couper de la société. Les chercheurs sont plus conscients du fait que si – littéralement – ils doivent utiliser des humains comme objets d’expérience ou comme informateurs, alors ils doivent gagner la confiance de ces humains et montrer qu’ils sont eux-mêmes soumis à des standards clairs 6 . »

En effet si j’en crois ma propre expérience de terrain, un tel contrat n’est pas toujours d’une grande utilité. Les enquêtés qui acceptaient le principe de l’entretien préféraient en général que je ne leur détaille pas le formu- laire de consentement : ils déclaraient qu’ils me faisaient confiance et me demandaient simplement « où il fallait signer », quitte à ce que je remplisse le reste du formulaire moi-même. En ce sens, il n’est pas interdit de se de- mander si ces formulaires ne visent pas, au bout du compte, à protéger da- vantage les chercheurs, voire les universités, contre d’éventuelles plaintes que les enquêtés eux-mêmes contre la manipulation des chercheurs. De fait, dès lors que l’enquêté accepte le principe de l’entretien, il acceptera géné- ralement de signer, bien souvent sans même le lire, le contrat qui lui est

4. Ce document, qui datait de 1999, a été remplacé en 2007 par le National Statement

on Ethical Conduct in Human Research.

5. NHRMC Act 1992; Privacy Act 1988; Information Privacy Act 2000 ; Health

Record Act 2001.

6. LTU guidelines, 08/2004. Le National Statement repose sur trois principes : Respect

de la personne : les individus doivent être traités comme autonomes ; Bienveillance : mini- miser les dommages (pas seulement physiques), faire en sorte que les bénéfices soient plus

importants que ces dommages ; Justice : obligation de distribuer honnêtement les coûts et profits (burden et benefits) de la recherche.

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Le formulaire de consentement éclairé

Quelles sont les conditions concrètes à remplir pour obtenir une approbation éthique ? Au-delà de quelques renseignements généraux sur l’enquête et son déroulement 7 , l’objectif premier du Comité d’Éthique est de s’assurer que la participation des enquêtés repose sur un consentement « libre et éclairé ». D’où l’obligation pour l’enquêteur de leur remettre un Information and Consent Form (avec une traduction dans la langue vernaculaire si nécessaire). Un tel formulaire est censé permettre à l’enquêté de disposer par écrit des informations essentielles sur l’enquête et de bénéficier de certaines protections : outre quelques renseignements pratiques (noms des enquêteurs et contacts des personnes en cas de réclamation), le chercheur doit expliquer – sans nécessairement entrer dans le détail – les grandes lignes de sa recherche et préciser en quoi consistera l’entretien : durée approximative, orientation générale et type de questions, nature de l’enregistrement (dictaphone, vidéo, CD Rom, etc.) et usage de l’enregistrement. Le formulaire permet également d’offrir aux personnes interrogées un certain nombre de garanties, notamment en termes de protection de la vie privée. D’une part, l’enquêté est informé de ses droits pendant l’entretien : s’il considère que les questions deviennent trop personnelles, il peut demander à l’enquêteur de changer de sujet, ou lui demander du temps pour rassembler ses pensées. Il peut également interrompre l’entretien à tout moment s’il le souhaite. D’autre part, il a droit à un minimum de précisions concernant l’usage qui sera fait des enregistrements : il peut demander que son nom n’apparaisse pas dans la publication ainsi que des garanties sur le devenir des matériaux le concernant une fois le projet terminé (lieu de stockage pendant et après le projet, accessibilité, usage futur). L’enquêteur doit enfin préciser ce que son interlocuteur est en droit d’attendre de l’entretien (notamment une copie de la transcription et/ou de la thèse) et ce que l’enquête peut apporter, de façon plus générale, à la société. Le formulaire de consentement se termine par un contrat entre l’enquêteur et l’enquêté. Ce dernier autorise, ou non, l’enregistrement et l’usage de cet enregistrement dans le cadre du projet de recherche et il précise s’il souhaite conserver l’anonymat. L’enquêté doit également préciser s’il souhaite que l’entretien soit archivé et puisse être accessible à d’autres chercheurs. Enfin, il lui est précisé qu’il peut se retirer du projet à n’importe quel moment s’il le souhaite et qu’il dispose de quatre semaines après réception d’une copie de l’entretien pour demander que toute trace de sa participation soit effacée du projet. Il donne également son accord pour que l’entretien puisse être utilisé dans le cadre d’une publication.

7. Les enquêteurs doivent préciser le cadre dans lequel le projet s’inscrit (diplôme, organisations impliquées, etc.), le nombre d’enquêteurs et les financements dont le projet bénéficie. Ils doivent décrire brièvement les objectifs du projet et les méthodes mises en œuvre. Ils doivent enfin répondre à des questions portant spécifiquement sur les enquêtés :

méthodes de recrutement, compensation éventuelle, assurance que la participation est purement volontaire (l’existence de liens de dépendance par exemple étudiants/professeur entre enquêtés et enquêteurs peut poser problème). D’autres aspects de l’enquête sont également abordés : usage de bases de données, de lieux d’enquête hors université.

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proposé (cela peut évidemment varier en fonction de ses caractéristiques sociales). Après quoi, il ne pourra pas se retourner contre le chercheur puisqu’il aura donné son consentement à l’usage de son entretien dans le projet. Présenter le formulaire de consentement comme un moyen de pro- tection contre le pouvoir du chercheur et/ou contre la violence symbolique qu’il exerce, peut donc paraître naïf ou hypocrite. Ceci d’autant plus que le document, en formalisant la relation, ne fait souvent qu’accentuer la dis- tance entre enquêté et enquêteur. La présence d’un contrat écrit fait tout sauf donner à la relation enquêteur/enquêté « l’allure généreuse et désintéres- sée d’une “rencontre” », et peut davantage susciter la suspicion que la confiance : « seul un long et patient travail d’approche et de levée des ré- ticences peut permettre – sans succès garanti – de transformer des enquê- tés dubitatifs en partenaires coopératifs de l’enquête » [Schwartz, 1990]. D’une certaine manière, le formulaire de consentement peut gêner la re- lation d’enquête en la bureaucratisant : il est difficile d’établir une relation complice quand le papier vient rappeler le caractère ultime de la relation enquêté/enquêteur. Enfin, on remarquera, toujours avec Olivier Schwartz [1990], qu’il n’est jamais possible de tout révéler à l’enquêté. Il existe une « agression symbolique inhérente à l’objectivation de la vie des autres » et la présence d’un contrat écrit n’y change pas grand-chose. Toute enquête est tributaire d’une « forme d’intrusion douce et manipulatrice », puisqu’un bon enquêteur doit être « capable de se glisser dans l’intimité des enquêtés, parfois à leur insu ». L’objectif est bien souvent le même :

voir ce qui n’a pas à être vu et sans se faire voir. En ce sens, on peut avancer que l’ethnographie, comme discipline, a tout intérêt à conserver le flou sur les implications juridiques de la relation enquêteur/enquêté, puisqu’elle a besoin de marge de manœuvre. Il n’est d’ailleurs pas surprenant que dans l’apprentissage du « métier d’ethnographe », beaucoup relève d’une pédagogie non dicible (ou plutôt non explicitée), comme tout ce qui a trait à la « ruse » du chercheur pour obtenir des informations, des entretiens ou des confidences 8 .

8. Dans un article publié dans Current Anthropology en 1999, l’anthropologue hollan- dais Peter Pels critiquait l’application des codes éthiques dans le cas de l’anthropologie du fait de la duplicité (Pels utilise le terme duplexity) qui caractérise immanquablement la pratique de l’ethnographe [Pels, 1999]. Si une grande partie des anthropologues qui ont répondu à l’article estimaient que la défense, à travers un code, de certains principes éthiques pouvait être utile, on notera que Michel Agier, l’un des deux anthropologues fran- çais ayant répondu à l’article de Pels, faisait preuve d’une intransigeance particulière. Selon lui, il était indispensable de « rejeter radicalement et inconditionnellement toutes formes de codification institutionnelle de la pratique ethnologique » : la relation entre enquêteur et enquêté avait nécessairement un caractère individuel et l’ethnologie devait impérativement conserver son caractère artisanal et « bricolé ».

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Pour autant, il serait dommage de rejeter toutes ces procédures en bloc, sans y réfléchir plus avant. Il me semble en effet que le système de formulaire a au moins le mérite d’aborder de front un certain nom- bre de questions, notamment celle des « droits des enquêtés », qui sont souvent éclipsées par les chercheurs français. Ainsi, lorsque les questions éthiques sont abordées dans les manuels d’ethnographie, ce n’est que rarement pour elles-mêmes. Par exemple, la question de l’ac- cès aux enquêtés se pose généralement en termes de rendement scientifique : on se demande par exemple quels sont les modes d’accès qui permettent d’accéder à la parole la plus libre possible. De même, le chercheur qui « trompe » un peu ses interlocuteurs pour obtenir ce qu’il désire (en dissimulant par exemple « la teneur effective des buts qu’il poursuit ») est perçu comme un enquêteur « malin » et le fait de tricher avec ses enquêtés ne fait pas tant l’objet de condamnation pour des questions « éthiques », mais à cause des complications possibles pour l’enquête. Olivier Schwartz écrit ainsi de façon tout à fait révélatrice que le métier d’enquêteur suppose « des qualités fort peu éthiques ». Par ailleurs, certaines évolutions présentées comme des avancées vers une anthropologie plus « réflexive » ne sont pas dénuées d’ambi- guïté d’un point de vue éthique. Michel Naepels [2004, p. 30-31] souligne ainsi que la majorité des ethnologues prennent aujourd’hui en compte dans leurs analyses le fait qu’ils sont pris dans des relations « plus complexes » avec leurs interlocuteurs (du fait de la plus grande conscience des relations de pouvoir qu’implique la relation ethnogra- phique). Dans cette logique, néanmoins, l’idée que les résultats d’enquête sont nécessairement dépendants du type de relations entrete- nues entre enquêteur et enquêtés est uniquement appréhendée comme un gain scientifique (permettant des analyses plus lucides) 9 , mais la question éthique (ou politique et morale) reste entière. On reconnaîtra donc que ce système de formulaire permet de routini- ser des pratiques de recherche qui sont généralement admises comme témoignant d’un respect minimal pour les enquêtés mais dont il n’est pas certain qu’elles soient appliquées systématiquement. Le code permet, sans être trop lourd ou fastidieux, de s’assurer du respect de standards éthiques minimaux et de faire en sorte que les anthropologues puissent se familiariser à ces questions 10 . Nous retiendrons trois exemples.

9. La restitution de la complexité de la relation d’enquête est de plus en plus reconnue « comme une condition d’existence des analyses produites ». 10. Il ne faut pas négliger le fait que les codes ne sont pas seulement des moyens de contrôle de l’activité des anthropologues : ils peuvent également être des instruments « édu- catifs », permettant aux chercheurs de réfléchir en permanence aux questions d’éthique.

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Il paraît tout d’abord légitime que les informateurs puissent disposer d’un document où sont consignées par écrit les coordonnées des enquê- teurs ainsi qu’une description sommaire de la recherche. Ceci, même en ayant conscience que, dans l’immense majorité des cas, un tel docu- ment restera oublié dans un tiroir. De la même manière qu’on ne lit que très rarement un contrat de vente ou d’assurance, leur simple existence peut être rassurante. Le formulaire de consentement a également l’avantage d’imposer au chercheur de tenir à disposition de son enquêté, sans pour autant les lui imposer, les photos, les cassettes, les transcriptions qui le concer- nent. Si les chercheurs s’accordent généralement pour reconnaître le bien-fondé de communiquer aux enquêtés les matériaux qu’ils ont directement contribué à créer 11 , il semble en revanche que cette règle ne soit pas systématiquement mise en pratique. La procédure permet enfin d’aborder une autre question qui ne fait que rarement l’objet de discussions en France : celle du devenir des matériaux de l’enquête 12 . De fait, sauf dans le cas de grandes enquêtes collectives, la conservation des matériaux dépend du système d’archi- vage personnel du chercheur. Ceci implique d’une part, que les matériaux ne sont pas mis à disposition de la communauté scientifique, et, d’autre part que l’enquêté ne dispose d’aucune garantie à leur égard. En Australie, au contraire, les structures sont nombreuses qui recueil- lent les archives des chercheurs (ainsi l’AIATSIS m’a permis d’accéder aux entretiens réalisés par des historiens sur des sujets de recherche proches des miens). La National Library of Australia dispose égale- ment d’une collection d’archives de chercheur ainsi que d’archives orales, composées essentiellement d’entretiens réalisés par des cher- cheurs.

QUELS PROBLÈMES POSENT LE CAS PARTICULIER DES ABORIGÈNES ?

Ces procédures éthiques qui, on l’a vu, peuvent paraître assez contraignantes, se compliquent encore lorsque l’on travaille sur des populations aborigènes. Il existe en effet, dans le National Statement, une section intitulée « involvement of special groups », qui concerne

11. Voir par exemple Beaud et Weber [1997]. Il existe une différence importante entre le fait de rendre les transcriptions des entretiens aux enquêtés et celui de leur communi- quer les résultats finaux de la recherche. Si certains chercheurs justifient leur refus d’envoyer les entretiens par des principes scientifiques (protéger les enquêtés de l’objec- tivation), ce refus masque en fait souvent la paresse des chercheurs. 12. En partie parce qu’il n’existe pas de structure pour les recevoir. Cf. Laferté [2006].

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certaines catégories de personnes : les prisonniers, les pupilles de l’État, les handicapés mentaux, les personnes fortement dépendantes de soins médicaux, les mineurs et les Aborigènes et Insulaires du Détroit de Torres. Si un chercheur souhaite enquêter auprès de personnes appartenant à l’un de ces groupes « spéciaux », il doit se soumettre à une procédure plus lourde pour obtenir une approbation éthique. Cette inclusion des Aborigènes au sein de groupes « particuliers » doit évidemment être resituée dans une histoire particulière, celle du traitement de ces populations, non seulement au niveau de la société dans son ensemble mais également par les chercheurs et les pro- grammes de recherche. Il est évident qu’en Australie, l’histoire de l’anthropologie aboriginaliste est étroitement liée à celle du régime colonial : pour ne prendre qu’un exemple, A.P. Elkin, professeur d’an- thropologie à l’Université de Sydney et longtemps la plus grande autorité scientifique sur les Aborigènes d’Australie, fut également, de 1940 à 1969, le Vice-chairman de l’Aboriginal Welfare Board, c’est-à- dire de l’institution coloniale qui avait la charge de la population aborigène dans l’État des New South Wales. Les procédures éthiques spéciales s’inscrivent donc dans un processus, engagé en Australie depuis le début des années 1970, visant à « décoloniser » la recherche ethnographique et à dépasser ce que l’on pourrait appeler « the unfinished business of colonialism ». Dans un contexte général d’émergence politique des Aborigènes sur la scène politique australienne [Bosa, 2005], les anthropologues ont en effet été sommés, à partir de cette époque, d’établir des relations plus respectueuses, moins paternalistes, avec les personnes auprès desquelles ils tiraient leur savoir et de revoir leurs pratiques de recherche. Au nom de la « liberté d’enquête », il n’existait en effet jusque-là quasiment aucun contrôle sur l’activité des scientifiques, et les chercheurs ne s’embarrassaient guère de formalité pour « accéder au terrain 13 ». On a ainsi assisté, à partir du milieu des années 1970, à une restructuration du milieu scientifique à différents niveaux, permettant que des Aborigènes soient impliqués dans la production et le contrôle du savoir les concernant, mais aussi le développement d’un discours « éthique ».

13. Les archives montrent que dans le cas des recherches en anthropologie physique, les anthropologues étaient très loin de respecter l’idée d’un consentement éclairé, par exemple lorsqu’ils avaient besoin de faire des prises de sang. Dans le cas de l’anthropolo- gie sociale, les relations n’étaient pas non plus sans ambiguïté. On m’a ainsi raconté que Fred McCarthy, l’un des principaux anthropologues de la Sydney School, allait directe- ment au poste de police quand il se rendait sur le terrain, indiquant : « Amenez-moi Dutton ! » (C’était le nom de l’un de ses principaux informateurs).

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C’est ainsi qu’il existe aujourd’hui deux textes spécifiquement rédigés pour les recherches qui se déroulent auprès de populations abo- rigènes. Le premier – intitulé Guidelines for Ethical Research in Indigenous Studies – a été rédigé par l’Institut des études aborigènes et des Insulaires du Détroit de Torres (AIATSIS) et le deuxième – intitulé Guidelines for Ethical Conduct in Aboriginal and Torres Strait Islander Health Research (GECATSIHR) – a été rédigé pour combler un besoin d’indications séparées et complémentaires par rapport à la déclaration générale (NSECRIH). Ces Guidelines reprennent tout d’abord des points développés dans le National Statement en insistant cependant sur certains problèmes qui se posent, semble-t-il, avec une acuité particulière dans le cas des com- munautés aborigènes. Les documents insistent ainsi sur la question du consentement libre et informé, et notamment sur la nécessité pour le chercheur de protéger le « droit au secret » des enquêtés. Plus encore que dans le cas « d’enquêtes ordinaires », si les individus souhaitent que certaines informations ne soient pas publiées leur volonté doit être respectée 14 . Le chercheur est également invité à être particulièrement soucieux de donner le maximum d’informations à ses enquêtés quant aux implications de l’enquête. Il convient en particulier « d’expliquer parfaitement toute limite à la confidentialité, par exemple dans le cas où les notes de terrain ou les données de recherche peuvent être utili- sées dans le cadre de procédures légales ». Enfin l’Institut insiste sur la nécessité d’un accord sur l’utilisation des matériaux collectés et sur ce à quoi les individus ont droit en échange de leur participation. Ces Guidelines fondent également leur légitimité sur l’idée de pro- tection des Droits de l’homme (et par extension des droits spécifiquement autochtones). Le texte de l’AIATSIS revendique en effet « le respect des droits inhérents des populations indigènes à l’au- todétermination, ainsi qu’au contrôle et au maintien de leur culture et de leur héritage ». En ce sens, il existe un lien direct entre ce type de code de bonne pratique et l’émergence des peuples autochtones sur la scène politique nationale et mondiale. Le texte s’ouvre d’ailleurs avec une citation de Erica-Irène Daes [1993, p. 9], rapporteur du groupe de travail des Nations unies sur les populations autochtones :

14. De nombreux scandales ont éclaté autour de la question du « secret ». Au début des années 1970, l’AIAS avait par exemple dû sanctionner un anthropologue américain, Richard Gould, qui avait publié, malgré ses promesses de respect de la volonté de ses enquêtés, des images de cérémonies qui ne devaient pas être montrées à certaines per- sonnes. Une lycéenne avait vu les photos interdites, ce qui avait provoqué la colère des habitants. « L’affaire Hindmarsh » est également un épisode controversé qui a impliqué, au milieu des années 1990, des anthropologues, des Aborigènes et des membres du sys- tème judiciaire autour d’accusation de fabrication de « savoir culturel aborigène ».

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« L’héritage ne peut jamais être aliéné, cédé ou vendu, sauf pour des

usages conditionnels. Le partage crée une relation entre celui qui donne et celui qui reçoit le savoir. Le “donneur” conserve l’autorité qui garantit le bon usage du savoir, et le “récipiendaire” continue de reconnaître et de rembourser le don. »

Le code encourage ainsi, à toutes les étapes de la recherche, un « processus significatif d’engagement et de réciprocité entre le chercheur et le peuple Indigène ». Le premier principe des Guidelines – « Consulta- tion, négociation et compréhension mutuelle » – insiste sur la nécessaire participation et sur le contrôle a minima du processus de recherche par la communauté indigène, et ce aux différentes étapes du projet :

« Les communautés et individus pertinents doivent être impliqués à toutes

les étapes de la recherche, depuis la formulation des projets et des méthodes jusqu’à la détermination des résultats de la recherche et l’inter- prétation des résultats. »

Ces principes peuvent apparaître comme la traduction légitime dans le monde de la recherche de principes politiques de plus en plus large- ment reconnus. Ils ne sont pas sans conséquence, cependant, sur l’exercice ordinaire du métier de chercheur. Nous retiendrons principa- lement trois questions à cet égard : 1. Jusqu’à quel point le travail du chercheur peut-il être soumis à l’approbation des enquêtés ? 2. Qui parmi les enquêtés (ou leurs représentants) aura la charge d’exercer ce contrôle ? 3. Ces principes de la recherche n’impliquent-ils pas d’adop- ter un point de vue nécessairement « culturaliste » sur le monde ? Premièrement, s’agissant du contrôle du processus de recherche, certaines dispositions qui permettent une participation accrue des Aborigènes dans les recherches les concernant, sont, dans le même temps, des entraves à « l’autonomie » du chercheur. Celle-ci est partiel- lement mise en cause dès la définition même de l’objet de la recherche :

le document précise en effet que les objectifs du chercheur doivent cor- respondre, au moins pour partie, à des besoins exprimés par les communautés elles-mêmes :

« Les chercheurs doivent être conscients que les intérêts des peuples

indigènes, et de toute communauté directement impliquée, peuvent du point

de vue des résultats de la recherche, différer de ceux envisagés par le chercheur. »

Cette « subordination partielle » du chercheur aux intérêts du groupe se poursuit aux différentes étapes de la recherche : c’est probablement au moment de la rédaction que se pose le plus sérieux problème du point de

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vue du chercheur. La soumission du travail du chercheur à l’approbation de la communauté signifie qu’il est difficile pour ce dernier de maintenir séparés milieu d’enquête et milieu d’analyse 15 . Ce qui pose deux difficul- tés majeures : d’une part c’est une source potentielle de tension, et d’autre part, la possibilité même de l’objectivation est rendue difficile. Cela signifie aussi qu’inévitablement, l’anonymat ne peut être respecté (puisque les membres de la communauté se reconnaîtront et que les pro- pos des uns et des autres seront divulgués au sein du groupe). Or, il est habituellement admis que pour fonctionner correctement, une enquête ethnographique doit être indépendante et le chercheur doit être auto- nome. Cela paraît difficile dès lors que les informations tirées des enquêtés sont considérées comme la propriété intellectuelle inaliénable de ces derniers. Dans le même temps, cette participation aborigène n’est- elle pas la condition pour que l’anthropologie puisse montrer qu’elle a réellement rompu avec son passé « colonial » ? Deuxièmement, concernant la question des représentants, si l’idée d’associer, autant que faire se peut, les enquêtés à l’enquête paraît aller de soi, se pose néanmoins le problème de l’identité des personnes qui devront effectivement assurer le contrôle sur l’enquête. En témoigne le flou de l’expression « communautés et individus pertinents » (relevant communities and individuals) 16 . De fait, on retrouve ici la question des intermédiaires et des représentants qui peuvent accepter ou rejeter les recherches sur la communauté en son nom, sans pour autant que soit expliqué de façon détaillée qui doivent être ces représentants légitimes. Le document précise ainsi que c’est au chercheur de les identifier « ceux qui doivent entrer dans le contrat, et au nom de qui l’accord doit être signé 17 ». Le second texte (GECATSIHR) insiste également de façon très explicite sur le fait que le chercheur ne peut pas toujours se contenter d’un engagement individuel avec ses interlocuteurs mais qu’il doit, dans certains cas, obtenir un accord collectif :

15. On sait bien que les enquêteurs rendent souvent à leurs enquêtés des versions

« édulcorées » de leur travail, desquelles les éléments les plus « objectivants » ou les plus polémiques sont écartés ; précisément parce que la circulation d’un rapport de recherche dans le milieu d’enquête peut poser de nombreux problèmes.

16. Il est précisé ailleurs dans le document que le chercheur doit identifier les « com-

munity, regional or other Indigenous umbrella organizations ». Le HEC de l’université qui

m’accueillait stipulait de même que le chercheur précise quelles sont les « personnes et/ou organismes auprès desquels une permission avait été demandée pour que ces groupes par- ticipent à votre recherche ».

17. La tâche est d’autant plus difficile que l’enquêteur est incité à tenir compte des dif-

férences internes aux communautés, « par exemple en fonction du genre, de l’âge, de la religion, et de l’intérêt communautaire ». On remarquera que la classe sociale n’est pas

retenue comme un critère important de la différentiation interne.

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« Dans certaines circonstances et communautés, le consentement n’est pas

seulement une question d’accord individuel mais il implique que d’autres parties intéressées [souligné par moi], comme divers types d’organisations formellement constituées, de collectivités ou d’ancien de la communauté (community elders). Dans de tels cas, le chercheur doit obtenir le consentement de toutes les parties intéressées avant de commencer la recherche. »

De nombreuses tensions peuvent naître entre les chercheurs et ces « intermédiaires » qui disposent du pouvoir de freiner ou de contrôler l’intrusion des scientifiques dans les communautés dont ils sont les représentants. Ces « intermédiaires » peuvent être d’autant plus irri- tants pour les chercheurs que, généralement, ils ne détiennent pas les mêmes propriétés sociales que leurs enquêtés. Parfois ce ne sont même pas des Aborigènes. En témoigne l’amertume du chercheur français Bernard Moizo, dont la thèse fut interdite de publication. Il dénonce à la fois la présence systématique d’un intermédiaire et la perte d’auto- nomie des chercheurs. Pour lui [Moizo, 1997], le contrôle local confine à la censure de l’anthropologie par les « bureaucraties ethniques » :

« Les interventions d’organisations aborigènes via leurs représentants, le

plus souvent non-Aborigènes, sont croissantes et ponctuent tous les stades de la recherche : élaboration d’un projet, obtention d’un permis, contrôle des relations anthropologue/informateurs, avis sur les travaux avant publi- cation. Si l’aval d’une population pour une recherche qui les concerne et le retour de l’information se justifient pleinement, les interférences constantes, voire la censure exercée par certains au nom des Aborigènes, sont tout aussi intolérables pour le chercheur que ne l’était le contrôle du gouvernement sur les travaux anthropologiques dans les années 1950 18 . »

Encore une fois, cependant, si certains chercheurs pensent que ces changements dans les rapports de forces sont allés trop loin et qu’ils constituent un obstacle majeur à la recherche, on peut se demander si ce n’est pas le prix à payer pour une recherche soucieuse de protéger les droits et les intérêts des communautés autochtones. Troisièmement, pour ce qui est du culturalisme, ces déclarations (la déclaration générale davantage encore que celle de l’AIATSIS) peuvent poser problème en ce qu’elles reposent sur une vision « essentialisée » de la culture aborigène. Le GECATSIHR insiste ainsi sur la nécessité, pour les chercheurs, de reconnaître les « spécificités culturelles de la

18. On notera également que les journalistes doivent faire face aux mêmes types de censure. Les communautés aborigènes, explique Jack Waterford, rédacteur en chef du Canberra Time, imposent des restrictions sur les journalistes qui sont plus « contrai- gnantes que celles des militaires en temps de guerre ».

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population aborigène » et entend « assurer la reconnaissance authentique des valeurs et principes fondamentaux des cultures des Aborigènes et Insulaires du détroit de Torres au sein de la société australienne et de ses institutions ». Le texte tout entier repose sur la conviction qu’il existe des différences essentielles « en valeur et culture » et la mécon- naissance de ces différences est présentée comme reflétant non seulement une « époque révolue de la pratique scientifique », mais éga- lement comme une forme d’oppression 19 . Le document se donne donc pour ambition de mettre au jour les « implications de la différence culturelle » sur la conduite de la recherche et propose d’identifier un certain nombre de « valeurs abori- gènes » auxquelles les chercheurs devront se conformer 20 . Loin d’aller de soi, néanmoins, les « valeurs » correspondent en fait à une vision bien particulière, « traditionaliste », de la population aborigène, dont l’essentialisme n’est pas sans rappeler celui de l’anthropologie struc- turo-fonctionnaliste. L’usage du présent ethnographique et de catégories directement issues de l’anthropologie, pour parler de l’im- portance la « réciprocité » chez les Aborigènes, illustre bien cette tendance :

« Une obligation mutuelle existe entre les membres des familles et des

communautés aborigènes de manière à réaliser une distribution équitable des ressources, des responsabilités et des capacités et de façon à assurer la cohésion et la survie de l’ordre social. Cette obligation mutuelle s’étend à la terre, aux animaux ainsi qu’aux autres éléments naturels. »

La phrase suivante qui commence par « dans un cadre contempo- rain » confirme que c’est bien à des valeurs éternelles, « hors du temps » que le texte fait référence 21 :

« Dans un cadre contemporain, la valeur de la réciprocité continue sous

diverses formes, et elle peut varier selon les lieux. On peut penser par exem- ple à la redistribution des revenus, des profits tirés de l’air, de la terre et de la mer, mais aussi le partage d’autres ressources comme le logement. »

19. Une citation est utilisée pour appuyer « scientifiquement » cette conception : « To

“misrecognise or fail to recognise (cultural difference) can inflict harm, can be a form of oppression, imprisoning someone [or a group] in a false, distorted and reduced model of

being”… Research cannot be “difference-blind”. » [Taylor, 1992].

20. Ces « valeurs » ont été déterminées au cours d’un séminaire qui s’est tenu à

Ballarat en juin 2002 et qui réunissait divers « acteurs » aborigènes. Les six valeurs iden-

tifiées sont les suivantes : réciprocité, respect, égalité, survivance et protection, reponsabilité, « spirit » et intégrité. Voir diagramme en annexe.

21. Cf. Fabian [1983], « le temps immobile de l’ethnologie rappelle celui de l’anato-

mie, qui saisit le corps dans la simultanéité de ses composantes inertes. »

218

LES POLITIQUES DE LENQUÊTE

SAVOIR SARRANGER AVEC LES RÈGLES

Mais je voudrais insister davantage sur ma propre expérience de ces codes éthiques, afin de souligner les décalages qui peuvent exister entre les modèles généraux et la réalité de leur application 22 . Je tiens tout d’abord à préciser que, lors de mon travail de thèse, je n’ai pas eu à négocier mon accès au terrain avec une organisation ou une commu- nauté particulière dans la mesure où j’ai expliqué au comité éthique que ma recherche était un travail de sociologie politique mené auprès de militants qui n’avaient pas d’attaches communautaires directes et qui étaient habitués à parler en public et à donner leur point de vue aux médias, ce que le comité a accepté sans trop de difficultés. Par ailleurs, dans un deuxième projet de recherche post-doctoral, financé par un grand organisme recherche australien, l’approbation éthique a été facilitée par le fait que je travaillais en collaboration avec un historien et militant aborigène, que j’avais rencontré au cours de ma recherche doctorale. L’obtention de l’autorisation n’a pas été un proces- sus très simple cependant. C’est moi qui avais rédigé le protocole éthique ainsi que le formulaire de consentement éclairé, en reprenant le modèle qui m’avait servi pour l’enquête de terrain réalisée dans le cadre de ma thèse 23 . Le comité nous envoya sa réponse quelques mois plus tard, nous informant qu’il nous accordait une autorisation provisoire, mais qu’il nous était nécessaire de préciser un certain nombre d’éléments pour que cette autorisation devienne définitive (et donc pour que l’on puisse com- mencer l’enquête). Étant conscient que les procédures bureaucratiques sont toujours un peu fastidieuses, je ne m’étais pas alarmé à la lecture du document, me préparant à répondre point par point à chacune des remarques, pour essayer de mettre en conformité notre demande avec les exigences du comité. Cependant, l’autre chercheur impliqué dans le pro- jet, lui-même aborigène, adopta une tout autre attitude, estimant que la lettre était « profondément insultante » et que l’intervention du Comité était « raciste et absurde ». Il semble avoir été particulièrement choqué par l’un des treize points mentionnés, qui s’intitulait Sensitivity to Aboriginal and Torres Strait Islander Peoples :

22. Dans un livre qu’elle a coordonné sur cette question, l’anthropologue Pat Caplan [2003] insiste sur le fait que l’éthique en anthropologie ne peut jamais se résumer à « suivre une sé- rie de directives » : l’anthropologue est toujours confronté à des choix moraux qui ne vont ja- mais de soi. L’une des contributrices de l’ouvrage, Marilyn Silverman, insiste spécifiquement sur le décalage entre la déclaration d’éthique qu’elle a dû préparer pour obtenir un finance- ment et les multiples dilemmes éthiques auxquels elle devait faire face sur le terrain en Irlande. 23. Au début de ma thèse, je m’étais déjà très largement inspiré du formulaire d’un autre historien. Il existe en effet des modèles de rédaction qui circulent informellement d’un chercheur à l’autre de manière à faciliter le processus d’approbation.

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« Il semble que certains descendants des sujets se considèrent comme étant d’origine Aborigène ou comme des Insulaires du Détroit de Torres. Les chercheurs doivent indiquer comment ils s’y prendront pour faire en sorte que tous les entretiens respectent les personnes autochtones qui seront interrogées (voir le chapitre 4,7 National Statement). Ce faisant, les chercheurs sont encouragés à consulter les Guidelines for Ethical Research in Indigenous Studies (AIATSIS). Les chercheurs sont également encouragés à s’assurer qu’ils respecteront et valoriseront les Kooris 24 qui seront impliqués dans cette recherche. »

Pour mon associé, qui était l’un de principaux leaders aborigènes dans cette partie de l’Australie et qui avait derrière lui près de 40 années d’expériences militantes, les formulations du comité étaient inacceptables. Il écrivit donc immédiatement au responsable de la faculté qui nous accueillait pour exprimer sa colère 25 . Celui-ci répondit que les comités éthiques étaient effectivement « frustrants » pour l’en- semble des chercheurs (il citait le cas de l’un de ses collègues qui avait perdu de nombreux mois à négocier avec le comité pour une enquête impliquant des handicapés mentaux), mais il laissait entendre qu’il n’y avait pas grand-chose à faire : les comités étaient soumis à des législa- tions bien précises. Mon collègue menaça alors de dénoncer publiquement le cas, demandant qui représentait le point de vue abori- gène au sein de l’université, et il indiqua que nous allions chercher une autre entité plus appropriée pour assurer la gestion de la bourse. La pression fut efficace et le comité éthique accepta très rapidement d’au- toriser le projet. Sans cette menace, l’autorisation aurait pu néanmoins être beaucoup plus longue. Cette anecdote suggère que l’application des codes est toujours « négociable », dépendante de contextes et de rapports de forces particuliers. Il n’en reste pas moins que le fait d’avoir signé un protocole éthique signifiait, notamment pour le terrain du doctorat, qu’il me fallait respec- ter de nombreuses contraintes au cours de l’enquête. Je me suis ainsi trouvé confronté à un certain nombre de problèmes qui, nous l’avons vu, apparaissent comme inhérents à la pratique ethnographique. Ceci dès les premiers contacts. Alors que la charte éthique voudrait, si on la suit à la lettre, que l’on établisse immédiatement une relation clairement médiati- sée par le formulaire de consentement, il m’est apparu préférable, dans certains cas, d’attendre d’avoir établi un rapport interpersonnel de confiance pour informer mes interlocuteurs du détail de mes intentions. Au cours de l’enquête elle-même, il m’était également parfois très difficile de respecter le consent form, dans la mesure où je ne souhaitais

24. C’est le nom utilisé pour désigner les Aborigènes dans le Sud-Est de l’Australie.

25. Étant hors d’Australie, je ne pouvais suivre les débats que de manière distante.

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LES POLITIQUES DE LENQUÊTE

pas seulement travailler à partir d’entretiens formels et formellement enregistrés (qui ne permettent de recueillir que des discours « offi- ciels » de soi), mais également à partir des interactions et conversations informelles que je pouvais avoir avec mes enquêtés, et que je consi- gnais dans mon journal d’enquête. Nous l’avons vu, l’entretien enregistré, seule technique d’enquête dont il est question dans le formu- laire de consentement, est loin d’être la seule manière de récolter des informations et, du point de vue de l’ethnographie, ce n’est pas néces- sairement la plus « productive ». Les enquêtés en avaient d’ailleurs bien conscience : après m’avoir raconté toute sa trajectoire sentimentale (en incluant des détails concer- nant la vie personnelle d’autres membres du groupe) au cours d’une longue journée de voiture, l’une des enquêtées me dit avec un sourire :

« Je ne devrais pas parler autant. J’oublie que tu vas tout retenir et qu’il

faut que je me méfie… ». Comme l’a bien montré Nicolas Renahy [2006], l’enquêteur est bien souvent perçu comme menant un double- jeu 26 et il est impossible de faire un travail d’ethnographie sans jouer sur une certaine ambiguïté : la limite n’est jamais très claire entre les conversations qui font partie de l’enquête et celles qui prennent place en dehors de celle-ci, entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Or, il est évident que s’il peut être tout à fait légitime (voire recomman- dable) d’exiger de l’enquêteur qu’il rende aux enquêtés les transcriptions des entretiens qu’ils ont bien voulu lui accorder, il en va tout autrement des notes de terrain, qui contiennent évidemment des

informations beaucoup moins « contrôlées » (et donc également plus

« intéressantes » pour l’analyse).

SATISFAIRE À DES EXIGENCES ÉTHIQUES AU-DELÀ DES CONTRAINTES FORMELLES

Cette nécessité de détourner ou d’aménager le protocole d’autorisa- tion éthique (liée à la difficulté déjà décrite de concilier les exigences éthiques officielles et celles de la pratique ethnographique) ne m’empê- chait pas de vouloir me conformer à une certaine « éthique du terrain ». Tout d’abord le fait même d’avoir signé un document officiel faisait que je ne pouvais pas ne pas m’interroger sur la dimension éthique de mon travail. Mais, au-delà des contraintes formelles, je souhaitais éga- lement mener une recherche qui soit juste et utile, ne portant pas

26. Cf. l’accusation d’espionnage (on le surnommait « l’œil de Moscou ») dont il a fait l’objet dans le cadre d’une enquête par observation participante.

À LÉPREUVE DES COMITÉS DÉTHIQUE

221

atteinte à l’intégrité des enquêtés 27 . J’étais d’autant plus sensibilisé à ces questions que, au-delà des protocoles officiels, la question des implica- tions « politiques » de l’enquête est un thème très sensible dans le contexte australien. De manière générale, les anthropologues travaillant

« sur les populations aborigènes » ont mauvaise réputation et la discipline

est toujours associée à son passé colonial. Si j’étais parti de France avec une conception enchantée du travail de terrain et avec de très fortes cer- titudes quant au bien-fondé de mes intentions scientifiques, éthiques et politiques (suivant une conception « universaliste » de la science), le contexte australien, où les questions raciales sont interrogées de manière

beaucoup plus systématiques qu’en France, m’a obligé à revoir certaines

conceptions que j’avais acquises lors de ma première socialisation scien- tifique : j’ai ainsi rapidement compris que tous les Européens (ou les

« Blancs ») qui venaient « étudier les Aborigènes », pleins de certitudes

et de bonnes intentions, concevant l’anthropologie comme une forme d’engagement « auprès des opprimés », étaient dans bien des cas consi- dérés comme des « indésirables » 28 . Cette question avait d’autant plus d’importance que j’avais face à moi des personnes extrêmement conscientes des problèmes éthiques et poli- tiques que pose le travail anthropologique, n’ayant aucun mal ni aucun scrupule à remettre les chercheurs blancs « à leur place » et à exprimer leurs désaccords vis-à-vis de certaines pratiques. Certains de mes enquê- tés avaient d’ailleurs formé dans les années 1970 un groupe intitulé « the Eaglehawk and Crow », dont l’une des premières actions avait consisté

à critiquer de manière très virulente le fonctionnement du principal Institut de recherche sur les populations aborigènes (l’AIATSIS) [Bosa, 2005]. Pour eux, c’était, dans la mesure du possible, aux Aborigènes de mener des recherches et d’écrire sur les Aborigènes, et non à d’autres (que ces « autres » soient Australiens ou étrangers 29 ). Au-delà des

27. Correspondant, d’une certaine façon, à ce que Nancy Scheper-Hughes [1995]

appelle a « militant anthropology », c’est-à-dire une anthropologie engagée politiquement et moralement.

28. Il est évident cependant que des relations harmonieuses sont possibles et que les

exemples de coopérations réussies sont très nombreux (comme en témoigne d’ailleurs ma propre enquête). 29. En ce sens, on peut se poser la question de la division de la communauté des cher- cheurs selon au moins deux axes: celui de la « race » et celui de la nationalité. Mon statut d’étranger à la société australienne, même « blanc », était souvent considéré comme un atout par des collègues australiens « blancs », qui y voyaient, non sans un certain ressen- timent, l’explication au fait que j’avais été bien accueilli par les militants aborigènes dont je voulais reconstituer la trajectoire. L’argument ne me parait pas entièrement convaincant néanmoins, dans la mesure où si ces militants sont effectivement méfiants à l’égard d’un grand nombre de chercheurs « blancs », ils ont néanmoins dans leur entourage de très nombreux amis « blancs » nés en Australie.

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instances qui fournissent les autorisations (et les financements), c’était donc également à mes enquêtés que je me devais de « rendre des comptes », éthiques et scientifiques. Pour prendre mes distances avec le stigmate qui pèse sur le travail des anthropologues dans le contexte australien j’ai été amené, de manière plus ou moins consciente, à minimiser mes liens avec l’anthropologie, choisissant de me présenter comme un historien. Ce n’était d’ailleurs pas entièrement faux, puisque j’étais accueilli au sein d’un département d’histoire. De plus, alors que j’étais parti en Australie avec l’intention de réaliser une enquête par entretiens et observations sur le militantisme aborigène contemporain, je me suis finalement retrouvé à remonter le temps pour travailler de plus en plus à partir de traces écrites. Si ce dépla- cement progressif vers l’histoire correspondait à des intérêts scientifiques (liés notamment à l’influence grandissante qu’avaient sur moi des tra- vaux d’histoire coloniale), on peut également faire l’hypothèse qu’il était lié, au moins pour partie, à ces complications éthiques et politiques atta- chées au travail de terrain ethnographique direct. Ce rapprochement de l’histoire ne résolvait pas toutes mes difficultés, cependant. D’une certaine façon, je me trouvais dans une situation où je devais chercher ce que l’on pourrait appeler des « équivalents » éthiques. Je ne pouvais certes pas suivre à la lettre les exigences des comités d’éthique, mais je pouvais trouver d’autres solutions qui me permet- traient de respecter à la fois une sorte « d’obligation morale personnelle » et de ne pas me trouver en porte-à-faux avec les docu- ments qui s’imposaient à moi d’un point de vue légal. La solution consistait à travailler en étroite collaboration avec un petit nombre d’enquêtés, devenus des « alliés » avec lesquels je pou- vais développer des formes de complicité. Cependant, les formes de proximité avec les enquêtés ne sont jamais sans malentendus, que ce soit au moment de l’enquête, ou à plus forte raison, lors du passage à l’écrit. Je l’ai déjà dit, l’ethnographie préconise une séparation marquée entre le moment de l’enquête et celui de l’analyse, durant lequel le chercheur est tenu de prendre ses distances avec les enquêtés pour mener son travail d’objectivation. Or, étant donné les conditions précédemment décrites, il m’était éthiquement difficile de tenir les enquêtés à l’écart des résultats de la recherche. J’ai donc décidé de faire relire à chacun d’entre eux les par- ties de la thèse les concernant, m’engageant dans une forme de « biographie autorisée » 30 . Je n’avais pas d’autre choix que de prendre

30. C’est également un choix qu’a fait Florence Weber [2005, p. 22]. L’expression « biographie autorisée » est reprise de l’historienne Victoria Haskins.

À LÉPREUVE DES COMITÉS DÉTHIQUE

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le risque de l’échange, de la négociation, voire de la confrontation. L’objectif était d’arriver à un compromis sur les informations qu’il convenait de censurer ou de rendre anonymes sans pour autant dénatu- rer l’analyse ou perdre tout sens critique 31 . Le premier obstacle n’était pas celui auquel je m’attendais le plus. La difficulté n’était pas tant de faire face à une « censure » de la part des en- quêtés, mais plutôt d’arriver à les convaincre, depuis la France, de lire le texte les concernant. Ainsi, aucune des quatre personnes dont je décrivais la trajectoire dans la thèse ne répondit à mes demandes de commentaires. Contrairement à ce que peut anticiper le chercheur, ses enquêtés ne sont pas toujours intéressés par la lecture de ce qu’il a écrit, ni en général, ni sur ce qui les concerne en particulier (« je préférerais lire ce que tu as écrit sur les autres », m’expliqua plus tard l’une des enquêtées) 32 . Ce n’est donc qu’un an après la soutenance de ma thèse, lors de mon premier retour sur le terrain (un séjour de deux mois), que j’ai pu renouer contact plus directement avec mes enquêtés. Le processus se passa de manière relativement facile : ils me firent comprendre que telle ou telle interprétation ponctuelle était erronée, mais de manière générale, ils paraissaient relativement convaincus par les analyses pro- posées, compte tenu notamment des contraintes qui pesaient sur ma recherche. Plusieurs facteurs ont facilité cette « restitution » : tout d’abord, le fait d’avoir noué des relations de confiance relative a rendu possible une discussion ouverte et sans censure sur les textes (la qualité de mes relations a d’ailleurs été, de manière plus ou moins inconsciente, l’un des critères de sélection des enquêtés). Mais ce n’était probablement pas le seul facteur ayant joué en ma faveur : le fait que l’analyse ne por- tait pas tant sur leur vie actuelle que sur leur enfance et sur leur entrée en politique près de quarante ans auparavant facilitait également l’ac- ceptation le travail d’objectivation que j’avais réalisé à propos de leurs trajectoires respectives (il est toujours plus facile de regarder avec une certaine distance critique des événements lointains). De plus, les ana- lyses proposées pouvaient être interprétées comme leur donnant une certaine posture héroïque : ma thèse racontait finalement comment ces enfants modèles de la politique d’assimilation étaient devenus, avec

31. La question aurait pu être réglée en recourrant à l’anonymat. Mais mes enquêtés

préféraient, semblent-ils être identifiés. La difficulté de l’anonymisation (et surtout de la confidentialité) était d’autant plus difficile qu’il s’agissait de « personnes publiques »

(ayant eu pour certain d’entre eux, un profil national), pour lesquelles je voulais décrire des éléments relevant du monde du privé, de l’intime.

32. Reste que l’interprétation de ces « non-réponses » ne va pas de soi : comment être

sûr qu’il s’agit d’un désintérêt et non d’une forme de résistance passive ?

224

LES POLITIQUES DE LENQUÊTE

succès, les leaders du mouvement Black Power qui avait réussi à faire trembler l’Australie blanche au début des années 1970. Mais il est bien évident que dans d’autres circonstances, le travail d’objectivation aurait pu être beaucoup plus difficile à faire accepter. Je pense notamment qu’il ne m’aurait pas été facile de donner à lire à mes enquêtés des textes portant sur des situations récentes d’exclusion ou d’échec social qui caractérisent pourtant la vie d’une grande partie de leur entourage (et en particulier, dans certains cas, leurs enfants). De manière générale, et pour de bonnes raisons, nombreux sont ceux qui ne sont pas en mesure d’accepter l’objectivation des rapports de force sociaux dans lesquels ils sont pris. Enfin, je suis conscient que ce travail de restitution a été grande- ment facilité par les caractéristiques sociales des enquêtés : non seulement, ils disposaient du capital scolaire et culturel pour lire (et pour s’intéresser) aux textes que j’avais écrits, mais leurs trajectoires ont rendu possible l’établissement de relations de complicité ou de confiance. Dans de nombreux autres cas, l’existence d’une trop grande distance ou inégalité sociale entre l’informateur et le chercheur (voir l’absence de sympathie, comme dans le cas de Martina Avanza) peut empêcher tout processus de restitution.

CONCLUSION

Cet article proposait donc une réflexion sur l’existence de contraintes éthiques, à la fois générales et spécifiques aux études abo- rigènes, encadrant le travail des chercheurs en sciences sociales en Australie. J’ai voulu montrer que l’existence d’un système formel « d’approbation éthique » suscite, du point de vue des ethnographes, des dilemmes difficiles à résoudre. À première vue (notamment dans le contexte français), l’existence de codes éthiques et d’instances for- melles de régulation peut apparaître comme une dangereuse menace à la pratique ethnographique qui aurait besoin, pour fonctionner correc- tement, de conserver un caractère « artisanal ». Pourtant, dans le même temps, la nécessité de protéger les droits et intérêts des enquêtés peut sembler tout à fait légitime, voire impérative, notamment lorsque le chercheur travaille auprès d’anciennes populations colonisées, comme dans le cas des Aborigènes. D’un certain point de vue, la seule intégrité morale du chercheur ne saurait suffire pour s’assurer du respect de prin- cipes éthiques minimum dans la relation avec les enquêtés. Au final, mon texte ne prétendait cependant pas résoudre cette ten- sion, ni trancher définitivement en faveur de l’une ou l’autre des

INTRODUCTION

225

positions en conflit. Il s’agissait plus modestement de s’interroger, à partir de ma propre enquête, sur les enjeux pratiques de ces protocoles éthiques, de façon à montrer, en particulier, qu’il existe nécessairement des décalages entre les modèles généraux et la réalité de leur applica- tion. Si l’ethnographe n’a pas d’autre choix que de détourner ou d’aménager le protocole institutionnel, cela ne l’empêche pas, bien au contraire, de vouloir se conformer à une certaine « éthique du terrain ». C’est aussi cela la « politique de l’enquête ».

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