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EDUCATION NATIONALE

Le dysfonctionnement scolaire piège le pouvoir


pédagogique
Le système scolaire dans une ville comme Alger avec une très forte concentration des élèves
et des enseignants est un véritable mastodonte dont la gestion confiée à une seule
circonscription académique produit concrètement des dysfonctionnements impossibles à
résoudre.

Tout d’abord, à cause de la taille démesurée de la circonscription académique qui gère à elle seule
des milliers d’élèves du secondaire avec quelque 28 000 enseignants dont 6632 du secondaire. A
Alger, à chaque épreuve du baccalauréat nous n’avons pas moins de 50 000 bacheliers, dont une
grande partie échoue au bac. Dans les autres paliers, les déperditions sont légion. Concrètement, il
est difficile, vu la taille démesurée de ce géant scolaire de pouvoir apporter des améliorations
tangibles tant que les enseignants sont dépossédés de leur pouvoir pédagogique. En effet,
contrairement à ce qu’affirme Hamani, ce ne sont pas les enseignants qui décident du parcours
scolaire des élèves. Des élèves exclus de plusieurs lycées ont été réintégrés par de simples
décisions administratives. On ne peut pas reprocher aux enseignants de ne pas s’intéresser au
devenir de leurs élèves quand ces derniers sont pour une partie repris dans d’autres lycées sans leur
avis. Ils accueillent toujours sans leur consentement des élèves d’autres lycées en situation d’échec
tout au long du premier trimestre. Le CLA a demandé au ministre de l’Education de circonscrire
l’ampleur de ce phénomène. Le meilleur moyen de lutter contre l’échec scolaire est de réhabiliter le
pouvoir des conseils de classe pour tous les cas, afin d’éviter certaines pratiques étrangères à
l’éthique pédagogique.
C’est quoi le pouvoir pédagogique ?
L’enseignant qui est au cœur du système scolaire se doit d’être le décideur non seulement des
stratégies pédagogiques, de l’évaluation des compétences de l’élève mais aussi des conditions de
sélection. Cela signifie que l’enseignant détient un pouvoir pédagogique qu’il exerce librement sous
réserve que cette liberté ne s’oppose pas aux principes d’égalité et d’impartialité, normes qui doivent
s’imposer dans toute leur vigueur quand il s’agit de juger un élève pendant tout son cursus scolaire.
Cette idée signifie que les enseignants ont toute la plénitude à gérer l’acte pédagogique, les efforts
requis pour la réussite de l’élève condition nécessaire pour son admission en classe supérieure.
Cette évaluation de la réussite ou de l’échec est examinée collégialement dans les conseils de
classe dont la souveraineté est inviolable. Nul ne peut se substituer aux enseignants dans leur
rapport au savoir ni prendre des décisions à leur place. Le CLA traduit à travers ces conclusions les
inquiétudes des enseignants qui se sentent déconsidérés, des élèves qui ne sont pas soumis aux
mêmes exigences d’équité mais aussi des parents d’élèves face au phénomène alarmant des
réinscriptions sauvages, qui contournent par des dérogations sous forme d’exeat et de décisions
administratives les normes d’évaluation collégialement adoptées. Pour le CLA, les décisions prises
par l’académie d’Alger concernant la réintégration de 19 646 d’exclus en classes de terminale sur 24
062 qui ont été recalés au bac attestent d’une absence de vision globale concernant les finalités des
réformes de l’école, particulièrement la gestion de l’échec scolaire dans le secondaire tous niveaux
d’études confondus.
Se donner bonne conscience ne suffit pas !
Faut-il, comme l’affirme M. Hamani, inspecteur de l’académie d’Alger, se contenter de réinscrire des
élèves exclus pour qu’ils ne soient pas mis à la rue tout en ignorant les critères d’efficacité et les
normes pédagogiques ? On tente de se donner de la sorte bonne conscience pour justifier une
gestion bureaucratique contestable sans avancer d’un pouce vers une solution. L’inscription dans les
établissements du secondaire d’élèves exclus par les conseils de classe avec un simple exeat ou
une décision administrative, permet-elle de lutter contre l’échec, de préparer une intégration sociale
ou d’améliorer le niveau d’enseignement de nos jeunes ? Cette pratique est une fuite en avant. Elle
rogne le pouvoir pédagogique des enseignants et ouvre la voie à toutes sortes de dérives, y compris
les tentatives de négliger les critères pédagogiques. Il ne s’agit pas comme nous l’avons souligné
dans notre texte d’appel « Sauvons le pouvoir pédagogique » de se positionner contre le principe de
la réussite scolaire pour tous, mais nous disposons de critères pédagogiques pour dire qu’un élève
ne peut réussir qu’à la condition de s’assurer qu’il a la maîtrise effective du socle de connaissances
et de compétences nécessaires. Or, ce que nous avons constaté sur le terrain - et les bulletins
scolaires l’attestent- ce sont des élèves qui pour la plupart vont prolonger leur situation d’échec sans
avoir une chance de résoudre leur insertion dans la scolarité. On s’autorise ainsi à faire supporter au
lycée une mission sociale : être une garderie pour des élèves en situation d’échec. Faut-il endosser,
comme le fait M. Hamani, la responsabilité de l’échec scolaire au terrorisme, aux intempéries, au
séisme, aux grèves des enseignants tout en restant silencieux sur les paramètres internes du
système éducatif ?
Le lycée n’est pas une garderie
Pour accroître le rendement pédagogique et lutter contre l’échec scolaire, il faut revenir sur la
manière dont l’organisation du système scolaire fonctionne et empêche de plus en plus les
enseignants d’user de leur pouvoir pédagogique. La centralisation de ce dernier aux mains de
l’administration empêche les enseignants de dire leur mot sur les programmes, la formation, le
fonctionnement du lycée, l’évaluation, l’orientation. Tous les leviers de l’action pédagogique ont été
complètement vampirisés par une administration qui est focalisée sur la seule gestion administrative
des flux des élèves. Cette obsession réduit l’efficacité de l’action pédagogique et explique le désastre
scolaire. L’ampleur de l’échec scolaire au bac - presque 60% des lycéens d’Alger - doit conduire à se
poser des questions sur la gestion d’un système pédagogique rentier dont la course folle, à l’heure
de la mondialisation de l’éducation, ne peut que nous entraîner vers la catastrophe.

Par : Redouane Osmane, SG du CLA