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Centre Universitaire de Nîmes – 1

Faculté de Droit
Année universitaire 2008-2009
L1 – Droit civil

Séance n° 1 : Le commencement de
la personnalité juridique
Equipe pédagogique : Annélie Deschamps,
Aurore Portefaix, Rémi Portes, Stéphane
Darmaisin

I : Lire une décision de justice

A : Structure d’un arrêt de la Cour de cassation

La décision présentée de manière brute : repérez les différentes « blocs » de l’arrêt.


Cass. Ass. Plén., 19 mai 1978
La Cour :
Sur le moyen unique, pris en ses trois branches :
Attendu que selon les énonciations de l'arrêt attaqué (Lyon, 7 octobre 1976), dame Roy, institutrice au "Cours
Saint-Marthe", établissement privé d'enseignement catholique lié à l'Etat par un "contrat simple", a été, le 3
septembre 1970, licenciée de ses fonctions en raison de son remariage après divorce ; qu'elle a obtenu une
indemnité pour brusque renvoi mais a été débouté de sa demande en réparation du dommage résultant du
caractère abusif de son licenciement ;
Attendu qu'il est fait grief à la Cour d'appel, statuant sur renvoi après cassation, d'en avoir ainsi décidé, alors
que, selon le pourvoi, d'une part, est fautif le licenciement motivé par l'exercice, dans le cadre de la vie privée du
salarié, d'une des libertés fondamentales garanties par la Constitution, comme la liberté du mariage et la liberté
religieuse,
alors que, d'autre part, le caractère confessionnel d'un établissement ne constitue pas un motif impérieux
suffisant pour justifier une atteinte à la liberté du mariage et encore moins à la liberté religieuse, alors, enfin,
que l'établissement, ayant passé un contrat avec l'Etat, devait dispenser à ses élèves un enseignement non
confessionnel placé sous le contrôle de l'Etat ; que l'employeur ne pouvait donc se fonder sur un motif relevant
d'une doctrine religieuse pour licencier un professeur agréé rémunéré et surveillé par l'Education nationale,
chargé de dispenser cet enseignement, et, donc, non tenu de respecter dans sa vie privée la morale catholique et
encore moins de l'inculquer à ses élèves ; que le maintien du caractère propre à l'établissement ne justifie pas
l'atteinte portée à la liberté du mariage du salarié ;
Mais attendu, en premier lieu, qu'il ne peut être porté atteinte sans abus à la liberté du mariage par un
employeur que dans des cas très exceptionnels où les nécessités des fonctions l'exigent impérieusement ; que,
dans des motifs non critiqués par le moyen et qui, quel qu'en soit le mérite, suffisent à justifier leur décision, les
juges du fond ont retenu que lors de la conclusion du contrat par lequel l'Association Sainte-Marthe s'était liée à
dame Roy, les convictions religieuses de cette dernière avaient été prise en considération et que cet élément de
l'accord des volontés, qui reste habituellement en dehors des rapports de travail, avait été incorporé
volontairement dans le contrat dont il était devenu partie essentielle et déterminante ; qu'ils ont ainsi relevé
l'existence de circonstances très exceptionnelles opposables à dame Roy, à laquelle il incombait, selon la
législation alors en vigueur, d'établir la faute commise par son employeur dans l'exercice de son droit de rompre
un contrat à durée indéterminée ; que les juges du fond, ayant rappelé que le Cours Sainte-Marthe, attaché au
principe d'indissolubilité du mariage, avait agit en vue de sauvegarder la bonne marche de son entreprise, en lui
conservant son caractère propre et sa réputation, ont pu décider que cette institution n'avait commis aucune
faute ;
Attendu, en second lieu, que l'arrêt attaqué énonce exactement que le fait, par un établissement d'enseignement
privé, d'avoir conclu avec l'Etat le "contrat simple" prévu par la loi du 31 décembre 1959 n'avait pas eu pour
effet de le priver de son caractère propre; d'où il suit que le moyen ne peut être accueilli ;
par ces motifs : Rejette le pourvoi formé contre l'arrêt rendu le 7 octobre 1976 par la Cour d'appel de Lyon.
La même décision décomposée : expliquez à quoi correspond chacune de ces cases.

1
La Cour :
- Sur le moyen unique, pris en ses trois branches :
2
.Attendu que selon les énonciations de l'arrêt attaqué
(Lyon, 7 octobre 1976), dame Roy, institutrice au
"Cours Saint-Marthe", établissement privé
d'enseignement catholique lié à l'Etat par un "contrat
simple", a été, le 3 septembre 1970, licenciée de ses
fonctions en raison de son remariage après divorce ;
. qu'elle a obtenu une indemnité pour brusque renvoi
mais a été débouté de sa demande en réparation du
dommage résultant du caractère abusif de son
licenciement ;

. Attendu qu'il est fait grief à la Cour d'appel,


statuant sur renvoi après cassation, d'en avoir ainsi
décidé,
- alors que, selon le pourvoi, d'une part, est fautif le
licenciement motivé par l'exercice, dans le cadre de la
vie privée du salarié, d'une des libertés fondamentales
garanties par la Constitution, comme la liberté du
mariage et la liberté religieuse,
- alors que, d'autre part, le caractère confessionnel d'un
établissement ne constitue pas un motif impérieux
suffisant pour justifier une atteinte à la liberté du
mariage et encore moins à la liberté religieuse,
- alors, enfin, que l'établissement, ayant passé un
contrat avec l'Etat, devait dispenser à ses élèves un
enseignement non confessionnel placé sous le contrôle
de l'Etat ; que l'employeur ne pouvait donc se fonder sur
un motif relevant d'une doctrine religieuse pour licencier
un professeur agréé rémunéré et surveillé par
l'Education nationale, chargé de dispenser cet
enseignement, et, donc, non tenu de respecter dans sa
vie privée la morale catholique et encore moins de
l'inculquer à ses élèves ; que le maintien du caractère
propre à l'établissement ne justifie pas l'atteinte portée à
la liberté du mariage du salarié ;

Mais attendu, en premier lieu, qu'il ne peut être porté


atteinte sans abus à la liberté du mariage par un
employeur que dans des cas très exceptionnels où les
nécessités des fonctions l'exigent impérieusement ; que,
dans des motifs non critiqués par le moyen et qui, quel
qu'en soit le mérite, suffisent à justifier leur décision, les
juges du fond ont retenu que lors de la conclusion du
contrat par lequel l'Association Sainte-Marthe s'était liée
à dame Roy, les convictions religieuses de cette dernière
avaient été prise en considération et que cet élément de
l'accord des volontés, qui reste habituellement en dehors
des rapports de travail, avait été incorporé
volontairement dans le contrat dont il était devenu partie
essentielle et déterminante ; qu'ils ont ainsi relevé
l'existence de circonstances très exceptionnelles
opposables à dame Roy, à laquelle il incombait, selon la
législation alors en vigueur, d'établir la faute commise
par son employeur dans l'exercice de son droit de
rompre un contrat à durée indéterminée ; que les juges
du fond, ayant rappelé que le Cours Sainte-Marthe,
attaché au principe d'indissolubilité du mariage, avait
2 agit en vue de sauvegarder la bonne marche de son
entreprise, en lui conservant son caractère propre et sa
réputation, ont pu décider que cette institution n'avait
commis aucune faute ;
3
Attendu, en second lieu, que l'arrêt attaqué énonce
exactement que le fait, par un établissement
d'enseignement privé, d'avoir conclu avec l'Etat le
"contrat simple" prévu par la loi du 31 décembre 1959
n'avait pas eu pour effet de le priver de son caractère
propre ; d'où il suit que le moyen ne peut être
accueilli ;

par ces motifs : - Rejette le pourvoi formé contre l'arrêt


rendu le 7 octobre 1976 par la Cour d'appel de Lyon

B : Le vocabulaire utilisé par la Cour de cassation

- Qu’est-ce qu’un arrêt de rejet ?


- Qu’est-ce qu’un arrêt de cassation ?
- Qu’est-ce qu’une cassation partielle ?
- Qu’est-ce qu’une cassation sans renvoi ?
- Qu’est-ce qu’un arrêt de principe ?
- Que signifient les initiales [F ou FR, FS ou FO, FP, AP] et les initiales P, B, R, I
apposées sur certains arrêts ?
- Qu’est-ce qu’un moyen ?
- Qu’est-ce qu’un motif ?
- Qu’est-ce qu’un dispositif ?

II : La méthode du commentaire d’arrêt

Le commentaire d’arrêt est un exercice juridique dont l’importance est accentuée par la place
et le rôle essentiel de la jurisprudence dans le droit français.
Même s’il existe de nombreuses manières de traiter un commentaire d’arrêt, dans tous les cas,
la démarche emprunte un triple itinéraire :

 L’identification des prétentions des parties au litige


 La solution retenue par le juge
 L’analyse de cette solution.

Dans l’absolu, un commentaire d’arrêt se présente sous la forme d’un devoir comportant une
introduction et surtout un plan destiné à traduire l’opinion qu’a le commentateur de la
décision. Pour se rendre compte de ce que cela peut représenter, il peut être fort instructif de
prendre connaissance d’un commentaire d’arrêt publié dans une revue juridique (Dalloz ou
JCP G par exemple). Cette démarche très (trop ?) difficile pour des étudiants de première
année. Vous devez en effet acquérir auparavant certains réflexes, vous familiariser avec la
lecture d’arrêts ou de décisions et parvenir à correctement « disséquer » les prétentions des
parties au litige.
La méthode qui vous est proposée cette année pour l’étude des arrêts en droit civil ne sort pas
du triptyque évoqué ci-dessus. Elle reste cependant très formelle dans le but pour vous
apprendre à avoir les bons réflexes face à des arrêts ou des décisions de justice.

3
Attention : Un commentaire d’arrêt n’est nullement une redite de cours : l’arrêt n’est pas
un prétexte pour réciter votre cours mais votre cours doit être le support de votre réflexion 4
personnelle. Dans cette perspective, il est impératif de comprendre l’arrêt, de cibler les
arguments qui ont été soumis aux juges sans les confondre avec la solution de droit dégagée
par ces mêmes juges. Il vous appartient d’apprécier ces arguments et de dégager la solution de
droit qu’ils appellent. Il faut enfin tenter de comprendre si la solution retenue par les
magistrats est conforme aux solutions classiques, aux positions de la doctrine, aux attentes de
la société … Dans cet objectif, il vous appartiendra de finir votre commentaire en prenant
position pour ou contre la solution. Cette dernière tâche n’aura de sens que si vous prenez soin
d’argumenter vos positions tant en droit qu’en vous référant à des arguments extra-juridiques :
facteurs politiques, historiques, économiques, sociologiques, moraux …

La méthode qui vous sera proposée cette année a été élaborée il y a plusieurs années par le
Professeur J. M. Mousseron et présente l’avantage de vous permettre de maîtriser
progressivement les étapes du commentaire d’arrêt. Elle ne comporte pas d’introduction mais
deux parties :

I : L’analyse de la décision
II : Le commentaire de la solution.

Nota : En L2 voire en L3, vous apprendrez à faire remonter le I dans l’introduction et à ne


vous concentrer que sur le II c’est-à-dire le commentaire, ce dernier étant articulé autour
d’un plan en deux parties.

I : Analyse de l’arrêt

A l’origine de chaque décision de justice, il y a :

 un contentieux entre des plaideurs (les faits matériels)


 une procédure qui a été suivie (les faits judiciaires)

Par ailleurs, devant la juridiction saisie, chaque plaideur aura développé une argumentation
pour convaincre le juge du bien fondé de ses positions. Le litige portant en principe sur un
problème juridique précis, il vous appartiendra donc de l’identifier en prenant soin d’isoler les
arguments des plaideurs. Dans cette première partie, quatre temps doivent donc être
distingués :

 A : Les faits
 B : Les prétentions des parties
 C : Le problème de droit
 D : La solution de droit

Revenons sur chacune de ces parties :

A : Les faits

1°) Les faits matériels

a : Objectif de la rubrique : En respectant la chronologie des faits, l’étudiant doit retracer le


conflit entre les parties. C’est à l’étudiant de faire preuve de bon sens et de sélectionner les

4
faits matériels qu’il considère comme les plus importants. Il arrive parfois que certains faits ne
soient pas expressément mentionnés dans la décision commentée mais puissent se déduire de 5
sa lecture.

b : Exemple :
Le 20 mars 2003 : Adhémar achète un vélo.
Le 21 mars 2003 : Adhémar assure son vélo.
Le 27 mars 2003 : Adhémar est victime d’un accident de vélo provoqué par le chien d’Agathe
et ce alors qu’il roulait sur un trottoir.

c : Le style retenu pour la présentation des faits doit être à la fois clair et concis. L’objet de
cette partie du commentaire n’est pas de faire de belles phrases mais de faire preuve
d’efficacité : des phrases simples, un style actif plutôt que passif, une sélection des faits
importants.
Dans l’exemple donné ci-dessus, le fait qu’Adhémar ait porté un casque ou non peut avoir
son importance dans le litige. En revanche, le fait que le scooter ait été acheté avec son
premier salaire n’aura sans doute pas sa place dans l’exposé des faits.

2°) Les faits judiciaires

a : Objectif de la rubrique : L’étudiant doit retracer la procédure suivie depuis l’assignation


en justice jusqu’à la décision commentée et ce en respectant l’ordre chronologique. Il arrive
fréquemment que le texte de l’arrêt soit silencieux sur certaines étapes de la procédure. Soit
l’étudiant peut les déduire, soit il n’en parle pas. Lorsque le fait n’est pas daté, l’étudiant
portera la mention : « à une date inconnue ».
b : Exemple :
- Le 30 juin 2003 : Adhémar assigne Agathe en réparation de son préjudice devant le
TGI de Montpellier (tout au moins si l’information est connue).
- Le 15 septembre 2003 : Le TGI déboute Adhémar de ses prétentions (ou : Fait droit à
la demande / Rend un jugement inconnu).
- Date inconnue (sauf si la date est connue !) : La partie déboutée interjette appel (Nom
de la partie à préciser si l’information est connue).
- Le 7 juin 2004 : La Cour d’appel de … (à préciser si l’information est connue) infirme
le jugement (ou confirme le jugement).
- Date inconnue (sauf si la date est connue !) : Une des parties forme un pourvoi en
cassation (préciser laquelle).
- Le 18 octobre 2005 : La Cour de cassation casse l’arrêt rendu et renvoie (ou : casse
l’arrêt rendu partiellement et renvoie / ou : casse l’arrêt rendu et ne renvoie pas / ou :
rejette le pourvoi.
c : Le style doit être précis et rigoureux : les tribunaux rendent des jugements, les cours des
arrêts, on interjette appel, on est débouté de ses demandes, on forme un pourvoi en cassation
etc. Il est à noter que le schéma procédural décrit dans l’exemple ci-dessus est simplifié. En
pratique, différentes étapes procédurales peuvent s’ajouter. Vous apprendrez à mieux les
comprendre et les connaître tout au long de l’année.

B : Prétentions des parties

A l’occasion du litige, chaque partie au procès a développé une argumentation. Le travail de


commentaire impose que les étapes de cette argumentation soient identifiées. Il vous est

5
demandé de les présenter sous forme de tableau en opposant les arguments du demandeur puis
ceux du défendeur. Il est précisé que le demandeur sera nécessairement celui qui a assigné. 6

 Si on lit le tableau horizontalement, il est impératif que chaque argument se


réponde.
 Si on lit le tableau verticalement, il est impératif de débuter par la considération la
plus générale pour l’affiner et faire en sorte que la dernière ligne du tableau
corresponde à la question de droit posée aux juges.

M. Adhémar (demandeur) Melle Agathe (défenderesse)


Je demande à Agathe des dommages-intérêts Je refuse de verser à Adhémar des
parce que son chien m’a fait tomber dommages-intérêts
Parce qu’un accident provoqué par un chien Parce que l’accident provoqué par un chien
engage forcément la responsabilité de son n’engage pas forcément la responsabilité de
propriétaire son propriétaire
Parce que le propriétaire d’un chien en est Parce que le propriétaire d’un chien n’en est
responsable même si le dommage a été causé pas forcément responsable si le dommage a
à un cycliste qui circulait sur un trottoir été causé à un cycliste circulant sur un
trottoir

Remarque : Cette partie du développement est capitale et conditionne la suite du


commentaire. Si l’enchaînement des arguments est mal maîtrisé, la question de droit posée au
juge sera plus difficile à identifier.

C : Le problème de droit

Le problème de droit est la question qui, dès que l’on y aura répondu, permettra de donner une
issue au litige. Cette question est en principe formulée de manière très générale d’où la
nécessité d’employer les termes les plus génériques possibles.

Le problème de droit doit correspondre aux deux derniers arguments que s’opposent les
parties (cf. le tableau ci-dessus). Lorsque l’analyse est bien faite, il suffit de mettre ces
arguments sous forme interrogative et le problème de droit est alors identifié. Si vous n’y
parvenez pas, c’est souvent le signe d’une mauvaise décomposition des prétentions des
parties.

Exemple : Le propriétaire d’un chien est il responsable des dommages causés par celui-ci
lorsque la victime est un cycliste qui circulait sur un trottoir ?

D. La solution de droit

Dans toute décision de justice, il y a obligatoirement un paragraphe où le juge retient un


principe général ou une règle qui va lui permettre de trancher un litige. C’est ce que l’on
appelle l’attendu principal. Il vous est demandé d’isoler ce paragraphe et de le recopier
intégralement sur votre commentaire.

Cette solution de droit doit être la réponse au problème de droit que vous aurez posé dans le
« C » (cf. ci-dessus). Si ce n’était pas le cas, deux explications sont envisageables :

- Vous avez mal identifié le problème de droit.

6
- Vous vous trompez dans l’identification de la solution de droit. L’une des erreurs que
l’on commet en première année de droit est de confondre les moyens au pourvoi 7
(c’est-à-dire les prétentions des parties) et la solution dégagée par les juges. Seule la
multiplication des études d’arrêt permet de remédier à ce type d’erreur.

Exemple : à la question posée (Le propriétaire d’un chien est il responsable des dommages
causés par celui-ci lorsque la victime est un cycliste qui circulait sur un trottoir ?) la Cour
pourrait par exemple répondre :

« Attendu que si, en application de l’article 1385 du Code civil le propriétaire d’un animal
est responsable du dommage causé par celui-ci, la faute de la victime, lorsqu’elle est
assimilable à un cas de force majeure, peut exonérer le propriétaire de sa responsabilité. »

II : Commentaire de l’arrêt

Si la première partie du commentaire présente un caractère très mécanique (« cases » à


remplir) et vise à vous donner de bons réflexes face à un arrêt, la seconde partie impose que
vous apportiez un effort de raisonnement et fassiez preuve d’un esprit critique. Dans cette
tâche, vous serez aidés par le Code civil et par les indications trouvées dans l’arrêt lui-même.
Vous aurez également besoin de faire appel à vos propres connaissances, c’est-à-dire votre
cours mais également vos lectures complémentaires (presse juridique ou non, ouvrages
spécialisés, conférences …). Dans cette partie, il vous sera demandé de comprendre la
solution (A), de l’expliquer (B) et de l’apprécier (C).

A : Comprendre la solution

1°) En elle-même

a : Par la définition

Vous avez ici la charge d’expliquer les notions et concepts qui sont utilisés dans la solution de
droit retenue par les juges. Dans notre exemple, il faudra donc définir juridiquement (cf. les
mots en gras ci-dessus dans la solution de droit) :

- le propriétaire
- l’animal
- responsable
- faute
- dommages
- force majeure
- exonérer
- victime

Remarque : Evitez les formules insipides et inutiles du type :

- le propriétaire, c’est celui qui est propriétaire d’une chose


- le responsable, c’est celui qui engage sa responsabilité
- la victime c’est celle qui est blessée …

7
8
b : par la synthèse

Une fois cet exercice de définition opéré, vous livrerez une synthèse de la solution de droit
retenue : cet effort de synthèse qui consiste tout simplement à formuler différemment la
solution de droit est destiné à vérifier que vous avez bien perçu le sens de la décision étudiée.

Exemple : Lorsqu’un cycliste est victime d’un dommage causé par un animal appartenant à
un tiers, la responsabilité de ce dernier ne sera pas engagée s’il est possible de prouver que
la faute éventuelle de la victime était assimilable à un cas de force majeure.

2°) Par rapport au temps

Il est très important d’apprendre à situer une décision jurisprudentielle dans le temps :
ancienne, il est possible – bien que ce ne soit pas une certitude – qu’elle ait été depuis remise
en cause soit par la loi soit par un revirement de jurisprudence. A l’opposé, elle peut toujours
être valable et donner des indications précieuses pour les litiges à venir. La décision peut être
classique (on parle de jurisprudence constante) ou au contraire être novatrice (les juges
n’avaient jamais été questionnés sur ce point) voire emporter revirement de jurisprudence.
Elle peut créer une divergence entre les différentes chambres de la Cour de cassation ou
encore mettre fin à une résistance des juges du fond, elle peut avoir entraîné une modification
législative …

Remarque : Situer une décision dans le temps et dans le « débat » juridique n’est pas toujours
une chose aisée. Il faut donc très rapidement apprendre à se servir du Code civil pour parvenir
à cette tâche.

3°) Par rapport aux domaines voisins

La recherche des domaines voisins de la décision est une tâche délicate et pourtant essentielle.
L’exercice qui est ici demandé impose d’identifier le domaine propre de l’arrêt mais
également de voir quelles sont les solutions retenues dans des domaines voisins.

Exemple :

- Domaine propre : Lorsqu’un cycliste est victime d’un dommage causé par un animal
appartenant à un tiers, la responsabilité de ce dernier sera-t-elle engagée s’il est
possible de prouver que la faute éventuelle de la victime était assimilable à un cas de
force majeure ?
- Domaines voisins :
o Lorsqu’un automobiliste est victime d’un dommage causé par un animal
appartenant à un tiers, la responsabilité de ce dernier sera-t-elle engagée s’il
est possible de prouver que la faute éventuelle de la victime était assimilable à
un cas de force majeure ?
o Lorsqu’un piéton est victime d’un dommage causé par un animal appartenant
à un tiers, la responsabilité de ce dernier sera-t-elle engagée s’il est possible
de prouver que la faute éventuelle de la victime était assimilable à un cas de
force majeure ?

8
o Lorsqu’un cycliste est victime d’un dommage causé par un enfant, la
responsabilité des parents sera-t-elle engagée s’il est possible de prouver que 9
la faute éventuelle de la victime était assimilable à un cas de force majeure ?
o Lorsqu’un cycliste est victime d’un dommage causé par un élève, la
responsabilité de l’enseignant sera-t-elle engagée s’il est possible de prouver
que la faute éventuelle de la victime était assimilable à un cas de force
majeure ?
o Lorsqu’un cycliste est victime d’un dommage causé par la ruine d’un
bâtiment appartenant à un tiers, la responsabilité de ce dernier sera-t-elle
engagée s’il est possible de prouver que la faute éventuelle de la victime était
assimilable à un cas de force majeure ?
o Lorsqu’un cycliste est victime d’un dommage causé par un animal appartenant
à un tiers, la responsabilité de ce dernier sera-t-elle engagée en présence
d’une faute de la victime sans qu’elle soit pour autant qualifiée de cas de
force majeure ?

A chacune de ces interrogations, il conviendra d’apporter une réponse qui devra être
argumentée (par une référence à un texte, à une jurisprudence, à une prise de position de la
doctrine …). Dans cette tâche, le Code civil vous sera d’une aide précieuse. C’est notamment
lui qui vous aidera à identifier certains domaines voisins et les réponses à apporter.

B : Expliquer la solution

Sans donner votre avis, vous vous efforcerez dans cette partie de rappeler les différents
éléments que l’on peut faire valoir pour ou contre la solution. Il s’agira d’arguments
juridiques et d’arguments en opportunité (morale, économie, histoire, sociologie, logique,
politique …)
Pour présenter vos développements vous veillerez à retenir la structure suivante :

1°) Arguments juridiques


a : Arguments pour
b : Arguments contre
2°) Appréciation en opportunité
a : Arguments pour
b : Arguments contre

Ce « B » tient une place très importante dans le commentaire d’arrêt. C’est lui qui va
permettre de révéler les facultés de réflexion et d’analyse de l’étudiant. Il devra donc être
construit de manière très rigoureuse étant précisé que ce n’est pas parce qu’une solution a été
retenue par la Cour de cassation qu’il n’est pas permis de ne pas être d’accord avec elle.

C : Apprécier la solution

Dans ce dernier développement, après avoir pesé le pour et le contre, il vous est demandé ce
que vous pensez personnellement de la solution. Vous pourrez par exemple contester
l’application d’un texte à un cas d’espèce ou appeler de vos vœux une intervention législative.

Aucune conclusion n’est exigée. L’étudiant procèdera enfin à une relecture pour supprimer les
coquilles et autres scories.

9
Remarque générale : Lorsque vous citez une norme (loi, règlement …), une solution
10
jurisprudentielle ou une position doctrinale, il faut toujours faire preuve de rigueur et en
donner les références précises de manière à ce que le lecteur puisse les retrouver.

Votre commentaire d’arrêt devra donc impérativement faire apparaître les intitulés suivants :
I : Analyse de l’arrêt
A : Les faits
1°) Les faits matériels
2°) Les faits judiciaires
B : Prétentions des parties
C : Le problème de droit
D. La solution de droit
II : Commentaire de l’arrêt
A : Comprendre la solution
1°) En elle-même
a : Par la définition
b : par la synthèse
2°) Par rapport au temps
3°) Par rapport aux domaines voisins
B : Expliquer la solution
1°) Arguments juridiques
a : Arguments pour
b : Arguments contre
2°) Appréciation en opportunité
a : Arguments pour
b : Arguments contre
C : Apprécier la solution

Commentez la décision suivante : Ass. Plén., 29 juin 2001


LA COUR,
Sur les deux moyens réunis du procureur général près la cour d'appel de Metz et de Mme X... :
Attendu que le 29 juillet 1995 un véhicule conduit par M. Z... a heurté celui conduit par Mme X..., enceinte de
six mois, qui a été blessée et a perdu des suites du choc le foetus qu'elle portait ; que l'arrêt attaqué (Metz, 3
septembre 1998) a notamment condamné M. Z... du chef de blessures involontaires sur la personne de Mme
X..., avec circonstance aggravante de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, mais l'a relaxé du chef
d'atteinte involontaire à la vie de l'enfant à naître ;
Attendu qu'il est fait grief à l'arrêt attaqué d'avoir ainsi statué, alors que, d'une part, l'article 221-6 du Code
pénal réprimant le fait de causer la mort d'autrui n'exclut pas de son champ d'application l'enfant à naître et
viable, qu'en limitant la portée de ce texte à l'enfant dont le coeur battait à la naissance et qui a respiré, la
cour d'appel a ajouté une condition non prévue par la loi, et alors que, d'autre part, le fait de provoquer
involontairement la mort d'un enfant à naître constitue le délit d'homicide involontaire dès lors que celui-ci
était viable au moment des faits quand bien même il n'aurait pas respiré lorsqu'il a été séparé de la mère, de
sorte qu'auraient été violés les articles 111-3, 111-4 et 221-6 du Code pénal et 593 du Code de procédure
pénale ;
Mais attendu que le principe de la légalité des délits et des peines, qui impose une interprétation stricte de la
loi pénale, s'oppose à ce que l'incrimination prévue par l'article 221-6 du Code pénal, réprimant l'homicide
involontaire d'autrui, soit étendue au cas de l'enfant à naître dont le régime juridique relève de textes
particuliers sur l'embryon ou le foetus ;
D'où il suit que l'arrêt attaqué a fait une exacte application des textes visés par le moyen ;
Par ces motifs :
REJETTE le pourvoi.

10