TROIS

,
QUESTIONS A.••
Olivier lhl
Professeur de science politique,
directeur honoraire de l'lEP
de Grenoble

Ç}fl9./~

• 7 à 10% de la population en âge 010
de voter ne sont même pas inscrits ,, 1
-+

Comment expliquez-vous cette abstention ?
«Il faut bien comprendre qu'il s'agit là d'un phénomène qui
dure depuis une bonne trentaine d'années. et qui traduit un
affaiblissement, voire une perte de légitimité de la démocratie représentative et donc de l'élection comme forme d'accès à la représentation politique. On assiste à une montée
en puissance du mandat Impératif, qu1 reflète lUI aussi la
récusation d'une professionnalisation de la poltt1que. Ce
phénomene relève plus de l'injonction que de la délégation.
exprimant une exaspération du corps électoral et plus
largement de la société par rapport au personnel politique.
Je note qu'en ce qui concerne les élections municipales- qui
restent avec la présidentielle, le scrutin préféré des Fran·
çais - l'abstention était de 20 %en 1983, de 40 °'o en
2014. La droite de gouvernement a moins mobilisé en 2014
qu'en 2008! Mais il y a pire ....

1
1

-+ Et qu'est-ce, donc, "pire" ?
ccEh bien, l'on est à peu près certain que 7 à 10 °o de la
population en âge de voter ne sont meme pas inscrits sur les
l1stes électorales 1Si on leur ajoute les 6 millions de Français
en ·mobilité constante" du fait de leur vie professionnelle ou
'amlliale, on peut considérer que la depnse du système
e ectoral se révete beaucoup plus importante qu'on ne le
pense. Cela tradu1t une défiance croiSSante e1 constante par
rapport au système politique, surtout chez les jeunes. les
catégones SOCiales les mo·ns diplômees, les communes à
a"'::'E""e ·rad 110n ouvnere J en veux s lllPiel"""ent pour
preuve les 15 °ode participatiOn séparant, dimanche dernier, Saint-Martin-d'Hères de Meylan."


-+ Avec quelles conséquences 7
«Elles sont doubles. D'ur .epart· onVJentde le vo1r-,tes elus
perdent en leg~é par rapport au corps électoral D alt.re
part. à force cfêtre de plus en plus élus par des fractions les
é:.JS som de motns en mo1ns représenta!lfs, avec des
cEere."lœS qm ne font que croître en termes de caracté•IStJq~s soaa es. D'où des jacque nes électorales de plus en
plus VIO!en!es et fréquentes, dans la mesure où les perso,...
nes ne se sentent pas représentées. Dans les quartiers drts
"sensibles~ la conjonction des facteurs que je viens de vous
énoncer conduit à la non-reprPsentation d'à peu près 75 °o
de la population. Ce faisant, la mise en jachère de pans
entJers du territoire fait le lit de tous les populismes, de tous
les conspirationnismes, de toutes les pensées complotistes; du coup, les populations s·enferment dans une impuissance marginalisée, et le système patine, tourne à vide.
comme une grande scene théâtrale avec un public résiduel.
Je relève juste que, chez les fonctionnaires et tes professions indépendantes. la participation est de 20% superieure à celle des demandeurs d'emplOI. On ass1ste a des
différences abyssales avec, de temps en temps, la volonté
de taper fort sur la table ou tout simplement de renverser la
table ! Rappelez-vous tout ce qui a été dit apres le 21 avril
2002 ... Qu'a-t-on mis en place comme réplique, comme
parade ? Rien ! Les élus ne veulent pas ou ne peuvent pas
trouver de solutions. C'est à mon sens un probleme de
volonté politique La confus1on des électet.-s ne fat que
refléter la confusion des partis politiques ce sés les représenter. On arnve aune aristocratisation tout a fa'l regrettable
de la démocratie On d mis en place la par té homme fern·
me ; c'est bien, ma1s c est surtout très msuffisan; ...
RecueHII

par,.....,.

GODn

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