Journal du Parti de Gauche de la Vienne : écologie/ socialisme/ république

Edito : Appel a la paix

L

es images sont terribles, l’émotion, légitime, la compassion,
naturelle, l’aversion, aussi, insurmontable. L’horreur de la
violence totale nous saisit à la gorge et au cœur au soir des
attentats de Paris. Il faut la dire, la regarder en face et penser aux
victimes.
Et c’est aussi la raison pour laquelle il nous faut aujourd’hui le
sursaut de chacun, un élan civique, mais un élan en direction de la
paix, le seul capable de nous sortir des engrenages sans fin qui
nous ont conduits là, qui nous conduiront encore plus loin demain.
Un élan vers la paix, et non pas une course vers la guerre comme le
demande M. Valls: combattre le mal, ce n’est pas en combattre les
causes. Ce dont nous avons besoin désormais, c’est le rappel nécessaire de bien des erreurs du passé, de ces années, par exemple,
qui ont suivi le 11 septembre, sont passées par l’Irak, la Libye, aujourd’hui la Syrie, dans le mouvement de la guerre contre le terrorisme, contre le mal comme ne cessait de le dire G. Bush, haranguant ses alliés de ses discours bellicistes.
Le terrorisme plus que jamais présent, renforcé, signe l’échec de
cette logique de guerre. La France doit effectivement avoir du courage, celui de revoir ses amitiés régionales avec l’Arabie, pour n’en
citer qu’une, qui permettent aux terroristes de développer des
armées, celui de ne pas se lancer inconsidérément sur le dernier
des champs de bataille ouvert en Afrique, au moyen-orient, celui de
rompre avec la tentation d’armer les uns et les autres et d’enfanter
des monstres qui ne tardent pas à nous échapper.
La France doit déclarer la paix. Elle le doit d’abord pour qu’on ne
crée pas, dans un sursaut d’identité, d’ennemi intérieur : à nous de
lutter plus que jamais pour cette égalité qui nous met ensemble
beaucoup sûrement que ne le peut la haine partagée. Elle le doit
ensuite parce que ce qui nous liera plus sûrement que n’importe
quelle autre bataille, c’est le combat pour la justice, le seul garant
de l’équilibre social. Va-t-on enfin juger prioritaire l’effort pour le
développement humain, ailleurs comme ici, en direction de la lutte
contre la misère ?
Rien ne serait pire que de fermer notre société comme le voudraient les terroristes qui ont ciblé dans nos vies nos désirs de
rencontres. Retrouvons-nous ensemble, c’est vrai, mais pas pour
abdiquer un peu de nos libertés et déléguer notre sécurité à ceux
qui nous gouvernent, retrouvons nous pour nous reconnaître,
pour refuser les exclusions, pour voir l’humanité qui souffre aussi
au-delà des frontières et dont nous sommes responsables tout
autant que nous sommes responsables de notre avenir commun.
Jacques Arfeuillère

N°47, Décembre 2015

"Une mesure d’exception ne
l’est plus quand elle devient
permanente"
Laurent Chevrel, président de la section de Poitiers
de la Ligue des Droits de l’Homme nous fait part de
la réaction de la LDH après les attentats de Paris.
Quelle a été votre première réaction ?
La stupeur. L’effroi face à l’ampleur des crimes commis. Comme l’a
écrit Philippe Pineau, président de la section de Châtellerault dans
le communiqué que nous avons cosigné, le droit à la vie a été profondément atteint, une vie libre, dans le bonheur…
La LDH a apporté son soutien à la communauté musulmane après
les attentats de Charlie, qu’en est-il aujourd’hui ?
L’idée que l’on ne pouvait pas réduire une religion à l’opinion et
aux actes de quelques jusqu’au-boutistes a visiblement fait son
chemin depuis le début de l’année dans les esprits. même si un
travail important reste à faire. Les terroristes essaient de diviser la
société française en dressant ses citoyens les uns contre les autres.
Nous ne devons pas tomber dans ce panneau qui ne peut qu’aboutir à des discriminations. Nous renouvelons donc en direction de la
communauté musulmane un soutien qui n’a jamais cessé d’exister.
Le gouvernement a fait voter la prorogation de l’état d’urgence
par le Parlement, qu’en pense la LDH ?
Une mesure d’exception ne l’est plus quand elle devient permanente. Et l’exception ce n’est pas l’Etat de droit. Les gouvernements qui se succèdent depuis 10 ans nous expliquent sans cesse
qu’il faut renforcer l’arsenal répressif en vue de prévenir les périls
de toute nature. On voit le succès de ces politiques sécuritaires. A
peine daigne-t-on s’interroger sur l’insuffisance structurelle de la
politique de la ville et qui nourrit le désespoir puis la haine dans
certains quartiers. Que dire de l’instrumentalisation électorale du
Front National, parti xénophobe qui ne devrait pas recueillir de
voix ? Le travail de fond à engager est donc gigantesque pour combattre le terrorisme. La LDH est toujours prête à y participer activement. Jacques Arfeuillère

Pas de ferme-usine
a Coussay-les-Bois !
L'industrialisation de l'agriculture en France se poursuit
à marche forcée. En témoignent les nombreux projets de
fermes-usines, dont l'emblématique ferme des 1000
vaches dans la Somme. La Vienne n'est pas épargnée.
Un projet de ferme-usine pour l'engraissement de 1200
taurillons est en préparation à Coussay-les-Bois sur le
site des Paturelles.

C

e n'est initialement pas sous la
forme d'une ferme que le projet a été présenté. Une demande de permis de construire a
d'abord été déposée pour des bâtiments
recevant des panneaux photovoltaïques
sur leur toiture. Ce n'est que dans un
deuxième temps que les animaux sont
apparus, quand une nouvelle demande
de permis de construire a été déposée
pour une unité de
méthanisation. Pour
un peu, le promoteur
du projet parlerait
presque d'écologie
(l'énergie solaire et la
méthanisation) pour
son projet d'entasser
1200 taurillons pour
en faire du « minerai » (eh oui, on ne
parle même plus de viande dans ces
industries mais de minerai).
Le conseil municipal, à l'unanimité, n'a
pas accordé les permis de construire. Sa
décision s'appuie en particulier sur les
points suivants. Le site pour lequel le
permis de construire de cette usine à
taurillons a été déposé est en zone non
constructible et, d'autre part, la nappe
phréatique qui alimente les communes
de Coussay-les-Bois, Mairé et Lésignysur-Creuse est situé juste en dessous de
l'emplacement prévu pour cette fermeusine, à une profondeur de seulement
six mètres. En cas de gros orage, le débordement des fosses à lisier par

exemple entraînerait automatiquement la pollution de
la nappe.
Le sous-préfet de la Vienne est passé
outre la décision prise par le conseil
municipal et a donné un avis favorable à
la construction des bâtiments. Le document préfectoral dresse une longue liste
de raisons qui devraient mettre un
terme au projet et conclut cependant
par un avis favorable.
La décision est d'autant moins compréhensible qu'en 2004
un centre de compostage situé exactement
au même endroit
avait été fermé en
raison des nuisances
qu'il générait.
Dans la ferme des
1000 vaches de la Somme, on ne
compte plus les manquements aux
normes qui étaient imposées. Les
images du traitement réservé aux animaux de l'abattoir d'Alès montrent clairement quels soins seront apportés aux
animaux dans ce type d'élevage.

le promoteur du
projet parlerait
presque d'écologie
pour son projet
d'entasser 1200
taurillons pour en
faire du « minerai »

Destruction d'emplois !
A cela s'ajoutent les problèmes d'aménagement du territoire. Si pour ce type de
projets on parle souvent des quelques
emplois créés, on ne parle en revanche
jamais des emplois détruits. Dans tout
le canton, l'agriculture paysanne serait
sinistrée si ce projet venait à voir le

jour.
Au problème de pollution de la nappe
phréatique déjà évoqué, il convient
d'ajouter la pollution et les nuisances
sonores créées par le va-et-vient incessant des camions se rendant et quittant
la ferme-usine pour amener le fourrage
par exemple, ou encore l'absence de
prise en compte des effluents (lisier,
fumier) dans le projet déposé.
C'est l'association ASPECT (Association
de Sauvegarde et de Protection de l'Environnement de Coussay-les-Bois et sa
région Thermale, voir son site http://
asso-aspect.over-blog.com/) qui fédère
le combat contre ce projet, aux côtés de
la mairie de Coussay. Plusieurs réunions
publiques ont été organisées pour débattre. Chacune a connu un grand succès (près de 100 personnes à Châtellerault le 10 novembre). Les soutiens sont
nombreux tant du côté des politiques
(maire de la Roche-Posay par exemple,
le maire de Châtellerault quant à lui
brillant par son absence) que des organisation (Confédération Paysanne entre
autres).
Le maire de Coussay, n'acceptant pas la
décision du sous-préfet, a décidé de
contester la décision au tribunal administratif. Le Parti de Gauche de la
Vienne lui a apporté son soutien sous la
forme d'une lettre. Nous ne voulons pas
d'industriels à la place des paysans mais
au contraire une agriculture à taille
humaine, respectueuse des êtres humains et de l'environnement.
Cédric Mulet-Marquis

BEziers : l'extremedroite s'en prend
aux grecs !
Robert Ménard ne veut plus des
kebabs dans sa ville, car la
France serait d'après-lui un pays
« judéo-chrétien ».
1- « Nos ancêtres les francs » n'étaient
pas chrétiens mais majoritairement
païens.
2- Robert Ménard confond Islam et
peuples d'origine arabe, comme tout
xénophobe d'aujourd'hui. Les 7 premiers pays en nombre de musulmans
sont l'Indonésie, le Pakistan, l'Inde, le
Bangladesh, le Nigeria, l'Iran et la Turquie. Aucun de ces pays n'est arabe !
3- Parmi les pays où l'on fait des kebabs,
citons le Liban dont 41 % de la population est chrétienne.
4- Le Döner Kébab servi dans un pain
avec des frites est une création allemande de 1971 (pays judéo-chrétien
bien comme il faut !).
Notre ex- « reporter sans frontières », a
le niveau d'une huître en histoire-géo.
Ça en dit long sur l'ignorance de nos
journalistes qui parcourent la terre entière et nous font la leçon ! Après, on
peut questionner le modèle de nourriture rapide promu par les kebabs, avec
les frites surgelées, la viande industrielle, et une uniformisation du goût
qui vaut celle des multinationales ou
des franchises. Mais ça Robert Ménard
s'en fiche, car il est dans le moule de
l'économie dominante, la malbouffe
mondialisée et s’accommode du McDo,
car ces derniers sont compatibles avec
ses théories racistes.
Thomas Sahabi

Air France : le torse a l'air
pour les tord-salaires !
Le DRH d'Air France, retrouvé en sortie d'une réunion avec les
représentants des salariés de l'entreprise s'est retrouvé la chemise
arrachée. Quelques ministres et quelques journalistes se sont indignés de la violence de cette scène. A les écouter, on croirait que
notre DRH a été crucifié comme jadis le fut un prophète qui multipliait les petits pains.

S

oyons lucides : on ne voit «
qu'un » arrachage de chemise sûrement moins violent
qu'un incident de stade de sport.
De nombreux commentaires ont
rappelé à juste titre que la violence
de licencier 2500 personnes est
bien moins visible que cet incident,
mais tout autant condamnable,
sinon plus.
D'autres ont à juste titre rappelé
que Valls s'offusque de cet incident,
alors qu'il laissa les forces de l'ordre
réprimer violemment des mouvements sociaux comme celui de
Sivens, qui vit la mort d'un manifestant écologiste.

tigieux, ont sûrement subi et fait
subir ce type de bizutage, lors de
leurs études, ou en ont été témoins.
Dénoncer ces violences est donc
totalement hypocrite de la part de
ces gens-là.
Le directeur d'Air France dit que
l'interdiction du travail des enfants
est un acquis social qui peut être
questionné, ou se réjouit que le
Qatar mette en prison les grévistes.
De tels propos ne font qu'attiser le
feu. L'incitation à la haine raciale,
n'est pas une opinion, mais un
délit. Les propos du patron d'Air
France faisant l'apologie
d'une dictature bannissant le droit le plus élémentaire des travailleurs,
ou du déni de l'enfance
par l'exploitation marchande de ceux-ci, devraient être considérés
comme aussi graves que
des propos racistes, car
ils s'en prennent eux
aussi à nos valeurs fondamentales de liberté, et
d'égalité.

Pour le directeur d'Air
France
l'interdiction
du travail
des enfants
est un acquis
social qui
peut être
questionné...

La violence d'une
chemise arrachée
est bien en deçà
de la violence des
bizutages universitaires, où la mise
torse-nu des bizuts est ce qui se
fait de plus gentil.
Un bizutage, c'est
aussi se faire écraser des œufs sur la
tête, se faire enfariner sur la place
publique, voire des jeux dégradants, obscènes, machistes, ainsi
que des brimades envers les récalcitrants. Une violence pour inculquer
une idéologie corporatiste de soumission à l'ordre établi, notamment
économique. Quel rapport avec AirFrance ? Le DRH et nos ministres,
passés par des établissements pres-

Nous n'encourageons pas
la violence. Pour autant
nous savons faire la part de chose
entre un incident dans un dialogue
de sourds, et une violence réellement inacceptable. Dénoncer la
violence de « la chemise » est une
manière de cautionner la violence
du monde capitaliste, ordinaire et
quotidienne.
Thomas SAHABI

hiStoiRe
Novembre 2015 : l’ affaire des
tueurs fous du Brabant prescrite
Ce terrible épisode de l’histoire récente de la Belgique reste dans
bien des esprits. Il a coûté la vie à 28 personnes. Ses responsables restent en liberté et leurs crimes sont désormais prescrits.

Tueurs professionnels ou simples
voleurs ?
On considère qu’il y a eu deux vagues
de crimes : la 1ère d’août 1982 à décembre 1983 causant 12 victimes, la
seconde à l’automne 1985 avec 16
autres morts.
Le mode opératoire est toujours le
même. Un groupe d’individus attaque
des supermarchés Delhaize ou Colruyt.
Sous la menace de leurs armes volées,
ils récupèrent l’argent des caisses et du
coffre-fort que doit leur ouvrir le directeur du supermarché. Le butin est souvent dérisoire au regard des méfaits
commis car, à chaque fois, plusieurs
personnes, y compris des enfants, sont
gratuitement exécutées.
La Belgique finit traumatisée au point
que l’armée patrouille tandis que des
tireurs d’élite veillent. La crise devient
politique tant l’incurie des pouvoirs
publics éclate au grand jour. L’enquête
est faite en dépit du bon sens, divisée
entre plusieurs juges tandis que la gendarmerie ne se coordonne pas avec la
police et que les aveux les plus fantaisistes sont extorqués aux suspects.
Du côté des Borains
Des habitants de ce quartier pauvres de
Bruxelles en sont les premières victimes.

Un pistolet oublié dans le tiroir du
bureau d’une gendarmerie refait surface. Une expertise pour le moins amateur aboutit à la conclusion que l’arme
aurait servi aux tueurs du Brabant. Illico
presto son propriétaire et ses amis sont
placés sous les verrous. Et ils avouent.
Le seul problème est qu’une expertise
sérieuse faite cette fois-ci en Allemagne
révèle que ce n’est pas l’arme des
crimes. Qu’à cela ne tienne, le juge dissimule l’information qui aboutit dans
des circonstances rocambolesques dans
les mains du défenseur des Borains ! On
réussit à faire condamner ceux-ci pour
des délits mineurs. L’honneur de la
justice était sauf.
Et le milieu dans tout cela ?
Désormais on songeait à s’intéresser aux
gros calibres... aux Etats-Unis. Les deux
firmes de supermarchés s’y développaient en faisant la chasse aux syndicalistes. Seul problème, on connaît les
liens entre certains syndicats américains
et la mafia. Appelée à la rescousse, celleci aurait commis braquages et meurtres
en série en Belgique pour faire pression
sur les chaines de supermarchés belges.
Seul problème : l’absence de preuves.
La région lilloise fut aussi explorée sans
plus de succès. La biographie de chaque
victime étudiée, on dut admettre que les
meurtres ne s’expliquaient pas puisque

ne s’inscrivant pas dans une logique
globale.
La Belgique à l’heure de la pasta
L’exemple italien nourrit des hypothèses
nouvelles. L’extrême-droite alliée à l’aile
droite du parti social-chrétien et en
collusion avec des hauts gradés de la
gendarmerie auraient organisé ces opérations relevant d’une forme de terrorisme afin de déstabiliser l’Etat et de
prendre le pouvoir. A l’appui de cette
thèse, des modes d’action ressemblant
étrangement à ceux des services secrets.
La CIA fut citée avec sa célèbre opération Gladio. L’extrême-droite aurait
infiltré des groupes d’extrême-gauche
dans le but de leur faire commettre des
attentats. Bref, on se retrouvait avec des
sortes de brigades rouges à la belge. On
a même parlé de l’emploi de mercenaires. Mais sincèrement, qui aurait pu
vouloir prendre le pouvoir en Belgique ?
Ce qui reste sûr au milieu de toutes ces
élucubrations, c’est la douleur des rescapés et des familles des victimes. C’est
aussi la faillite d’un système qui fut réformé par la suite, mais n’a toujours pas
exorcisé l’un de ses vieux démons.
Laurent Chevrel

Journal du parti de Gauche de la Vienne, décembre2015. Directeur de publication : Jean-Luc Morisset et Séverine Lenhard.
Rédacteurs : Jacques Arfeuillère, Cédric Mulet-Marquis, Thomas Sahabi et Laurent Chevrel. Maquette : Séverine Lenhard. Photos :
©Severine Lenhard. Imprimé par nos soins à 1000 exemplaires. ISSN : 2116-3456 Contact de la rédaction :
jacques.arfeuillere@wanadoo.fr, http://86.lepartidegauche.fr/
Abonnement de soutien : 15 € en chèque à l’ordre du Parti de
gauche 86, à adresser à Jacques Arfeuillère, 16 rue Maillochon, 86 000 POITIERS.

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