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TRIBUNAL ADMINISTRATIF

DE PARIS
N°1521399
___________

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Commune de Dammartin-en-Goële
Commune de Garge-lès-Gonesse
___________
Mme Weidenfeld
Juge des référés
___________

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Le juge des référés

Ordonnance du 6 janvier 2016
__________

Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 décembre 2015 et le 5 janvier 2016,
présentés par Me Dumas et Me Petit, les communes de Dammartin-en-Goële et de Garges-lèsGonesse représentées par leurs maires dûment habilités, demandent au juge des référés :
- d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice
administrative, la suspension de l’arrêté du préfet de la région d’Ile-de-France, en date du
18 décembre 2015, fixant le nombre et la répartition des sièges au sein du conseil communautaire
de la communauté d’agglomération « Roissy Porte de France » à compter du 1er janvier 2016 ;
- de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros pour chacune des
requérantes au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative ;
Elles soutiennent que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que l’arrêté préfectoral du 18 décembre
2015 doit entrer en vigueur le 1er janvier 2016 ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de l’arrêté attaqué en tant qu’il méconnaît le
libre exercice de leurs mandats par les élus locaux, la libre expression du suffrage et le principe
de sincérité du scrutin ; le doute sur la constitutionnalité de l’article L. 5211-6-2 1° c) sur
laquelle le préfet s’est fondé pour adopter ledit arrêté doit conduire à considérer qu’il existe un
doute sérieux sur la légalité de l’arrêté litigieux ;
Par un mémoire distinct, enregistré le 31 décembre 2015 et présenté par Me Dumas et
Me Petit, les communes de Dammartin-en-Goële et de Garges-lès-Gonesse demandent que soit
transmise au Conseil d’Etat une question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité
du c) du 1° de l’article L.5211-6-2 du code général des collectivités territoriales ;

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Elles soutiennent que :
- la disposition contestée est applicable au litige ;
- la disposition contestée n’a pas été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs
et le dispositif d’une décision du Conseil constitutionnel ;
- l’article L.5211-6-2 1° du code général des collectivités territoriales méconnaît les
droits et libertés garantis par la Constitution en ce qu’il viole le principe d’égalité entre
collectivités territoriales, d’une part, et entre conseillers communautaires, d’autre part, le principe
de sincérité et de libre expression du scrutin et le principe de sécurité juridique ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2016, le préfet de la région
d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête :
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie car un intérêt public certain s’attache à ce que
les nouveaux établissements de coopération intercommunale disposent dès le 1er janvier 2016 du
cadre institutionnel et juridique nécessaire à leur bon fonctionnement ;
- il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision en litige car la restriction
du nombre d’élus est destinée à assurer le bon fonctionnement du nouveau conseil
communautaire, la libre expression du suffrage et le principe de sincérité du scrutin ne sont pas
méconnus et la représentation des communes proportionnellement à leur poids démographique
au sein du nouvel organe délibérant permet d’éviter toute rupture du principe d’égalité ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la Constitution ;
- l’ordonnance n°58-1067 du 7 novembre 1958 ;
- la loi n°2010-1563 du 16 décembre 2010 ;
- la loi n° 2014-58 du 27 janvier 2014 modifiée par la loi n° 2015-991 du 7 août 2015 ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Vu la requête n° 1521398 par laquelle les communes de Dammartin-en-Goële et de
Garges-les-Gonesse ont demandé l’annulation de l’arrêté attaqué.
La présidente du tribunal a désigné Mme Weidenfeld, premier conseiller, pour statuer sur
les demandes de référé ;

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Après avoir convoqué à une audience publique :
- Mes Dumas et Petit, représentant les communes de Dammartin et de Garges-lesGonesse.
- Le préfet de la région d’Ile de France.
Après la présentation du rapport du juge des référés, assisté de Mme Porché, greffier,
ont été entendues au cours de l’audience publique du 6 janvier 2016 à 9h30 :
- les observations de Me Dumas, représentant les communes de Dammartin et de
Garges-les-Gonesse qui a repris les moyens de sa requête ;
- et les observations de M. Guerza et Mme Paulin, représentant le préfet de la région
d’Ile-de-France qui ont développé les arguments du mémoire en défense ;
L’instruction a été close à l’issue de l’audience à 9 heures 45.
1. Considérant que par la loi n°2014-58 du 27 janvier 2014 de modernisation de l’action
publique territoriale et d’affirmation des métropoles, dite « loi MAPTAM » le législateur a
souhaité rationaliser l’organisation des structures intercommunales, notamment en Ile-de-France
en regroupant des établissements publics de coopération intercommunal (EPCI) au sein de
structures au périmètre plus étendu et dotées de compétences renforcées ; que dans ce cadre, le
préfet de la région d’Ile-de-France a arrêté, le 4 mars 2015, le schéma régional de coopération
intercommunale (SRCI) au terme duquel était prévue notamment la fusion de la communauté
d’agglomération Val de France et de la communauté d’agglomération Roissy Porte de France,
étendue à dix-sept communes de la communauté de communes Plaines et Monts de France ; qu’à
défaut d’accord des communautés d’agglomérations Val de France et Plaines et Monts de France
et de plusieurs communes concernées sur le projet de fusion et d’extension, les préfets du Val
d’Oise et de Seine-et-Marne, dont relèvent les collectivités concernées, ont par arrêté du 9
novembre
2015,
décidé
la
création,
à
compter
du
er
1 janvier 2016, de la nouvelle communauté d’agglomération dénommée « Roissy Pays de
France » par fusion extension des communautés d’agglomérations et des communes précitées ;
que par un arrêté, en date du 18 décembre 2015, le préfet de la région d’Ile-de-France a fixé le
nombre et la répartition des sièges des conseillers communautaires au sein du conseil
communautaire de ce nouvel établissement public de coopération intercommunale ; que les
communes de Dammartin-en-Goële et de Garges-lès-Gonesse demandent par la présente requête
la suspension de ce dernier arrêté et, par mémoire distinct, soulèvent une question prioritaire de
constitutionalité ;
Sur la question prioritaire de constitutionnalité :
2. Considérant qu’à l’appui du référé-suspension qu’elles ont formé contre l’arrêté du
préfet de la région d’Ile-de-France du 18 décembre 2015, les communes de Dammartin-en-Goële
et de Garges-lès-Gonesse demandent au tribunal administratif que soit transmise au Conseil
d’Etat, en application de l’article 23-2 de l’ordonnance du 7 novembre 1958, la question de la
conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution des dispositions du c du 1° de
l’article L. 5211-6-2 du code général des collectivités territoriales qui définissent les modalités
selon lesquelles les conseillers de la nouvelle communauté d’agglomération seront désignés, afin
de mettre à exécution l’arrêté du préfet de région présentement litigieux ;

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3. Considérant qu’aux termes de l’article R. 771-6 du code de justice administrative,
« la juridiction n’est pas tenue de transmettre une question prioritaire de constitutionnalité
mettant en cause, par les mêmes motifs, une disposition législative dont le Conseil d’Etat ou le
Conseil constitutionnel est déjà saisi. En cas d’absence de transmission pour cette raison, elle
diffère sa décision sur le fond, jusqu’à ce qu’elle soit informée de la décision du Conseil d’Etat
ou, le cas échéant, du Conseil constitutionnel » ;
4. Considérant que par ordonnance du 24 décembre 2015, le juge des référés du tribunal
administratif de Paris a transmis au Conseil d’Etat une question prioritaire de constitutionnalité
mettant également en cause la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution du c)
du 1° de l’article L. 5211-6-2 pour des motifs similaires ; qu’il n’y a, par conséquent, pas lieu de
transmettre la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par les communes de
Dammartin-en-Goële et de Garges-lès-Gonesse, lesquelles justifient, en tout état de cause, d’un
intérêt les rendant recevables à intervenir devant le Conseil d’Etat, au soutien de la demande de
renvoi au Conseil constitutionnel de la question prioritaire de constitutionnalité invoquée par la
commune de Combs-la-Ville ;
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice
administrative :
5. Considérant qu'aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
« Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou
en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension
de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il
est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la
légalité de la décision (...) » ;
En ce qui concerne l’urgence :
6. Considérant que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d’une décision
administrative lorsque l’exécution de celle-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et
immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ;
qu'il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications
fournies par le requérant, si les effets de la décision contestée sont de nature à caractériser une
urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, son exécution soit
suspendue ; que l'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des
circonstances de l’affaire ;
7. Considérant qu’ainsi qu’il a été dit aux points 2 et 4 de la présente ordonnance, il
existe un doute quant à la conformité de la composition du conseil de la nouvelle communauté
d’agglomération « Roissy Porte de France », telle qu’elle résultera des délibérations municipales
à intervenir en exécution de l’arrêté attaqué, avec les principes constitutionnels ; que dans ces
conditions, l’exécution de l’arrêté en litige, sans attendre la décision du Conseil d’Etat et, le cas
échéant, du Conseil constitutionnel sur la conformité aux droits et libertés garanties par la
Constitution des dispositions de l’article L. 5211-6-2 1°, aurait directement pour effet de
permettre à une assemblée délibérante dont la composition est susceptible d’être remise en cause

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d’adopter ses premières délibérations relatives à l’organe exécutif de la communauté, aux
délégations des vice-présidents, au règlement intérieur et aux autres règles de fonctionnement de
la communauté ; que la légalité de ces décisions initiales pourrait en être elle-même affectée ;
qu’en raison de cette incertitude juridique, la mise en place, dès le 1er janvier 2016, du cadre
permettant le fonctionnement de la nouvelle communauté d’agglomération est susceptible de
porter une atteinte à l’intérêt public plus grave que le retard de quelques semaines apporté à la
rationalisation de la carte intercommunale ;
8. Considérant qu’il résulte de ce qui précède que les communes de Dammartin-enGoële et de Garges-lès-Gonesse sont fondées à soutenir que les effets de l’arrêté attaqué sont de
nature à caractériser une urgence justifiant que l’exécution de cet arrêté soit suspendue ;
En ce qui concerne l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté en
litige :
9. Considérant que le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué, en ce qu’il réduit le nombre
des représentants des deux communes concernées au sein du nouveau conseil d’agglomération et
en ce qu’il implique la mise en œuvre des dispositions du c) du 1° de l’article L.5211-6-2 du
code général des collectivités territoriales, lesquelles investissent le conseil municipal de
l’élection des nouveaux conseillers communautaires parmi ceux désignés au suffrage universel
direct, porte une atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, et notamment aux
principes généraux applicables au droit de suffrage et au principe d’égalité des conseillers
communautaires, doit être regardé comme étant propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute
sérieux quant à la légalité de la décision attaquée au sens de l’article L.521-1 du code de justice
administrative ;
10. Considérant qu’il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu, dans les circonstances de
l’espèce, d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté attaqué, jusqu’au jugement de
l’affaire au fond ou jusqu’à l’intervention d’une nouvelle ordonnance de référé ; qu’en effet,
lorsque le Conseil d’Etat et, le cas échéant, le Conseil constitutionnel se seront prononcés sur la
question prioritaire de constitutionnalité, il appartiendra au préfet de la région d’Ile-de-France,
s’il s’y croit fondé, de saisir le juge des référés du tribunal administratif de Paris en application
des dispositions de l’article L. 521-4 du code de justice administrative ;
11. Considérant qu’il appartiendra aux préfets du Val-d’Oise et de Seine-et-Marne de
tirer toutes conséquences de cette décision de suspension en différant dans le temps les effets de
la création de la nouvelle communauté d’agglomération afin que les établissements publics de
coopération intercommunale existants continuent à fonctionner à titre temporaire et que soit ainsi
évitée une rupture de continuité dans l’exécution des services publics auxquels ceux-ci
pourvoient ;
Sur les conclusions présentées par les communes de Dammartin-en-Goële et de Gargeslès-Gonesse au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Considérant que, dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge
de l’Etat une somme de 500 euros à verser à chacune des deux communes concernées au titre de
l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;

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ORDONNE:
Article 1 : L’exécution de l’arrêté du 18 décembre 2015, par lequel le préfet de la région d’Ile de
France a fixé le nombre et la répartition des sièges au sein du conseil communautaire de la
communauté d’agglomération « Roissy Porte de France », est suspendue.
Article 2 : L’Etat versera à la commune de Dammartin-en-Goële la somme de 500 euros au titre
de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : L’Etat versera à la commune de Garges-lès-Gonesse la somme de 500 euros au titre de
l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Dammartin-en-Goële, à la
commune de Garges-lès-Gonesse et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la région d’Ile-de-France, au préfet du Val d’Oise et au préfet
de Seine-et-Marne.

Fait à Paris, le 6 janvier 2016.
Le juge des référés,

Mme Weidenfeld

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, ou à tous
huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties
privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.