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Doc. 1 : Résumé de la présentation Manon Dené - Politiser la question animale en France. Analyse de l'émergence du statut juridique de l'animal dans le champ politique français

En

janvier 2016)

Au cours de cette présentation, je vous propose d'analyser l'appropriation de la question animale par les politiques en France et l'aptitude des défenseurs de la cause animale à faire émerger cette question au sein du champ politique. Pour mener à bien mon travail de recherche, je me suis centrée sur l'émergence du statut juridique de l'animal dans le code civil qui a fait l'actualité et qui a été le sujet de nombreux débats l'an dernier [en 2014]. En effet, alors qu'un certain nombre de faits contribuent à légitimer la question du traitement de droit administré aux animaux, on observe aujourd'hui une opposition entre les nouvelles données scientifiques et éthologiques redéfinissant l'animal comme un être vivant sensible et une législation qui se refuse à doter l'animal d'un véritable statut conforme à sa nature, détaché du domaine patrimonial des biens. Par ailleurs, on observe que l'animal et les questions que son traitement soulève sont souvent au mieux perçues comme peu importantes et secondaires, au pire considérées comme pas sérieuses voire dégradantes. Force est de constater qu'aujourd'hui, aux yeux du champ politique, un débat politique autour de la réforme du statut juridique de l'animal ou de toute autre question relative à la condition de celui-ci n'est ni envisageable, ni envisagée. Malgré les nombreux efforts des politiques défenseurs de la cause et des associations de protection animale soutenus par une opinion publique majoritairement favorable à cette évolution, l'émergence d'un débat autour de la réforme du statut juridique de l'animal dans le code civil semble compromise, ce pour plusieurs raisons. On pourra d'abord évoquer l'évidente opposition venant de l'industrie agroalimentaire, de l'activité cynégétique et tauromachique, qui ayant un intérêt à ne pas voir le statut juridique de l'animal réformé en profondeur constituent un obstacle à cette évolution. Par ailleurs, face à une société française encore très anthropocentriste et utilitaire au regard de l'animal, on remarque que les défenseurs des animaux ne sont pas encore parvenus à opérer un changement de mentalité, permettant d'ouvrir la voie vers une nouvelle conception de l'animal. On peut donc parler de « politisation incomplète » s'agissant de réformer le statut juridique de l'animal dans le code civil. Il s'agira donc à la fois d'analyser comment le champ politique contourne l'enjeu que constitue cette question animale, mais surtout d'étudier quels processus et stratégies sont à redéfinir par les défenseurs des animaux, qu'ils appartiennent à la sphère politique, associative ou militante, afin de mener à bien cette politisation. L'objectif, qui n'a pas encore été atteint, est donc de parvenir à « politiser complètement » la réforme du statut juridique de l'animal dans le code civil. Or cette émergence complète se fera lorsque le champ politique se mettra véritablement en action, qu'un débat s'instaurera entre les politiques et qu'un processus de décision s'enclenchera.

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ligne :

http://www.question-animale.org/fra/2015/manon-dene-politiser-la-question-animale-en-france

(consulté

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Doc.2 : Twit du HCR le 12 octobre 2015 et déclaration de Volker Türk le 8 octobre

En ligne : http://www.unhcr.fr/56179bf8c.html (consulté le 18 janvier 2016)

Volker Türk, Haut Commissaire assistant du HCR en charge de la protection : « Les refoulements, la construction de murs, l'accroissement des mises en détention et l'accès encore davantage restreint, combiné avec peu de possibilités légales d'accès à la sécurité, ne pourra jamais être une réponse […]. De ces contraintes, il résulte simplement des mouvements de réfugiés sur d'autres itinéraires et l'aggravation de situations déjà précaires dans des régions en proie aux conflits. Pire encore, ces mesures obligent davantage de personnes qui n'ont plus rien à perdre à risquer des voyages dangereux pour enfin trouver la sécurité et la stabilité ». Volker Türk s'est félicité de ce qu'il a appelé « l'effusion remarquable de compassion publique et la vague de soutien public » observées en Europe et ailleurs cette année en réponse à ces arrivées, y compris de la part d'ONG, d'organisations confessionnelles, de particuliers et de communautés privées – dont de nombreux cas de personnes invitant les réfugiés dans leurs maisons ou de touristes assurant des soins d'urgence.

de nombreux cas de personnes invitant les réfugiés dans leurs maisons ou de touristes assurant des

Il a également averti qu'avec la hausse rapide du nombre de réfugiés et de migrants en Europe et l'augmentation continue du nombre de personnes déracinées à l'échelle mondiale, le plus grand défi d'aujourd'hui concernait « les politiques populistes et les débats publics toxiques, ainsi que le climat de peur qu'ils engendrent ». « Ils sont souvent alimentés et encouragés par des informations irresponsables relatées par les médias, le manque d'autorité politique et morale, ainsi que la xénophobie et le racisme », a-t-il encore déclaré. « Tout suggère que la crise la plus fondamentale à laquelle que nous sommes confrontés aujourd'hui est une crise de valeurs – les mêmes valeurs qui ont donné naissance à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés dans le sillage des atrocités de la Seconde Guerre mondiale. » La déclaration complète (en anglais) sur laquelle est basé le discours de Volker Türk peut être trouvée : http://www.unhcr.org/56150fb66.html#_ga=1.175555042.1148354418.1453118106

Doc.3 : Réflexions féministes autour du « privé » et du « politique »

féministes autour du « privé » et du « politique » « La dichotomie entre le

« La dichotomie entre le public et le privé est au centre des écrits et des luttes politiques féministes depuis près de deux siècles; en dernier ressort, c’est l’enjeu principal du mouvement des femmes » (Carole Pateman, 1989)

Le privé est politique par Anne-Charlotte Husson

En ligne http://cafaitgenre.org/2014/09/01/slogans-1-le-prive-est-politique (consulté le 18 janvier 2016)

On trouve parfois aussi la variante « le personnel est politique ». Plus qu’un slogan, c’est là un mot d’ordre et un principe fondateur du féminisme tel qu’on l’entend à l’heure actuelle. Le slogan vient des Etats-Unis (« The personal is political ») et date de la fin des années 1960. Il s’inscrit dans l’émergence de ce qu’on a appelé la deuxième vague du féminisme, qui se distingue de la « première vague », centrée sur l’obtention du droit de vote. A partir des années 1960-70, le féminisme connaît un renouveau dont l’une des caractéristiques principales est de pointer la dimension politique de questions jusqu’alors considérées comme privées – d’où le slogan. Les féministes (américaines notamment) mettent en place des groupes de parole, dans lesquels les femmes peuvent parler de leurs expériences, de leurs relations aux hommes, témoigner sur le sexisme et les violences qu’elles vivent, etc. Ils étaient aussi destinés à permettre aux femmes de prendre conscience de l’existence de la domination masculine et donc, de s’organiser entre elles. Certain·es questionnent l’utilité politique de ces groupes de parole : ne s’agit-il pas de problèmes personnels, privés, sans rapport direct avec le fonctionnement de la société ? Justement, les féministes de ces années-là réalisent rapidement que le fait de parler de ces sujets est, en soi, politique, et que le politique ne s’arrête pas aux portes du foyer, du couple, de la famille, des relations intimes. Au contraire, elles montrent que ces relations sont éminemment politiques. Cela permet de réfléchir ensemble à des choses que les femmes savaient déjà sans les formuler de cette manière : par exemple, au fait que les femmes accomplissent un travail qui n’est pas reconnu ni nommé comme tel, consistant à prendre soin du foyer, des enfants, du mari, souvent en travaillant aussi à l’extérieur, sans que ce travail domestique ne rapporte ni salaire ni reconnaissance, puisque cela est considéré comme normal. Autre exemple : les violences au sein du couple. Dans la majorité écrasante des cas, elles sont commises par des hommes sur des femmes. Aujourd’hui encore, trop souvent, on considère que c’est là un problème strictement privé, entre un mari et sa femme. Pourtant il existe une dimension systématique dans ces violences, qui relève, là aussi, de la domination masculine. On pourrait dire la même chose de l’avortement ou du viol. La féministe américaine Carol Hanisch, qui contribue à diffuser le slogan, écrit en 1969 : « Nos problèmes personnels sont des problèmes politiques pour lesquels il n’existe aucune solution personnelle. Il ne peut y avoir qu’une action collective pour une solution collective ».

La prise de conscience que le privé est politique est, en même temps et de manière fondamentale, une prise de conscience féministe. On reconnaît sa propre expérience dans une multitude de témoignages et dans une parole collective, et on reconnaît en même temps, comme l’exprime Carol Hanisch, que la seule solution aux problèmes qu’on rencontre doit être collective. On réalise aussi que ces problèmes ne sont pas une fatalité, et que le fait qu’ils ont toujours existé ne signifie pas qu’ils doivent exister toujours; on peut y faire quelque chose, s’organiser, lutter. Cela a aussi des conséquences essentielles quant à la façon dont on conçoit le militantisme aujourd’hui. Dire que le privé est politique, c’est dire que la réflexion part de soi, de la parole des individus, de leur vécu. D’où l’importance souvent (pas toujours) accordée par les féministes à la parole des personnes qui sont les premières concernées par une oppression.

Pour aller plus loin Carol Hanisch, « Problèmes actuels : éveil de la conscience féminine. Le ‘personnel’ est aussi ‘politique’, Partisans, n° 54- 55, « Libération des femmes, année zéro », juillet-octobre 1970. Disponible en ligne en anglais :

http://www.carolhanisch.org/CHwritings/PIP.html Françoise Picq, « ‘Le personnel est politique’. Féminisme et for intérieur », dans C.U.R.A.P.P, Le For intérieur, P.U.F, 1995. En ligne : https://www.u-picardie.fr/curapp-revues/root/35/francoise_picq.pdf_4a081f5cb27e9/francoise_picq.pdf

Doc.4 : Droit naturel et exclusion politique des femmes, le ressort de la naturalisation de la différence des sexes

Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements des inégalités parmi les hommes, 1755 Je conçois dans l'espèce humaine deux sortes d'inégalité, l'une, que j'appelle naturelle ou physique, parce qu'elle est établie par la nature, et qui consiste dans la différence des âges, de la santé, des forces du corps et des qualités de l'esprit, ou de l'âme, l'autre, qu'on peut appeler inégalité morale, ou politique, parce qu'elle dépend d'une sorte de convention, et qu'elle est établie, ou du moins autorisée, par le consentement des hommes. Celle-ci consiste dans les différents privilèges, dont quelques-uns jouissent, au préjudice des autres ; comme d'être plus riches, plus honorés, plus puissants qu'eux, ou même de s'en faire obéir. On ne peut pas demander quelle est la source de l'inégalité naturelle, parce que la réponse se trouverait énoncée dans la simple définition du mot. On peut encore moins chercher s'il n'y aurait point quelque liaison essentielle entre les deux inégalités ; car ce serait demander, en d'autres termes, si ceux qui commandent valent nécessairement mieux que ceux qui obéissent, et si la force du corps ou de l'esprit, la sagesse ou la vertu, se trouvent toujours dans les mêmes individus, en proportion de la puissance, ou de la richesse ; question bonne peut-être à agiter entre des esclaves entendus de leurs maîtres, mais qui ne convient pas à des hommes raisonnables et libres, qui cherchent la vérité. De quoi s'agit-il donc précisément dans ce Discours ? De marquer dans le progrès des choses le moment où, le droit succédant à la violence, la nature fut soumise à la loi ; d'expliquer par quel enchaînement de prodiges le fort put se résoudre à servir le faible, et le peuple à acheter un repos en idée, au prix d'une félicité réelle.

Rousseau, Emile ou de l’Education, 1762 Dans l’union des sexes chacun concourt également à l’objet commun, mais non pas de la même manière. De cette diversité naît la première différence assignable entre les rapports moraux de l’un et de l’autre. L’un doit être actif et fort, l’autre passif et faible : il faut nécessairement que l’un veuille et puisse, il suffit que l’autre résiste peu. Ce principe établi, il s’ensuit que la femme est faite spécialement pour plaire à l’homme. Si l’homme doit lui plaire à son tour, c’est d’une nécessité moins directe : son mérite est dans sa puissance ; il plaît par cela seul qu’il est fort. Ce n’est pas ici la loi de l’amour, j’en conviens ; mais c’est celle de la nature, antérieure à l’amour même. Si la femme est faite pour plaire et pour être subjuguée, elle doit se rendre agréable à l’homme au lieu de le provoquer ; sa violence à elle est dans ses charmes ; c’est par eux qu’elle doit le contraindre à trouver sa force et à en user. L’art le plus sûr d’animer cette force est de la rendre nécessaire par la résistance. Alors l’amour- propre se joint au désir, et l’un triomphe de la victoire que l’autre lui fait remporter. De là naissent l’attaque et la défense, l’audace d’un sexe et la timidité de l’autre, enfin la modestie et la honte dont la nature arma le faible pour asservir le fort.

Qui est-ce qui peut penser qu’elle ait prescrit indifféremment les mêmes avances aux uns et aux autres, et que le premier à former des désirs doive être aussi le premier à les témoigner ? Quelle étrange dépravation de jugement ! L’entreprise ayant des conséquences si différentes pour les deux sexes, est- il naturel qu’ils aient la même audace à s’y livrer ? Comment ne voit-on pas qu’avec une si grande inégalité dans la mise commune, si la réserve n’imposait à l’un la modération que la nature impose à l’autre, il en résulterait bientôt la ruine de tous deux, et que le genre humain périrait par les moyens établis pour le conserver ? Avec la facilité qu’ont les femmes d’émouvoir les sens des hommes, et d’aller réveiller au fond de leurs cœurs les restes d’un tempérament presque éteint, s’il était quelque malheureux climat sur la terre où la philosophie eût introduit cet usage, surtout dans les pays chauds, où il naît plus de femmes que d’hommes, tyrannisés par elles, ils seraient enfin leurs victimes, et se verraient tous traîner à la mort sans qu’ils pussent jamais s’en défendre. » (…) Voici donc une troisième conséquence de la constitution des sexes, c’est que le plus fort soit le maître en apparence, et dépende en effet du plus faible ; et cela non par un frivole usage de galanterie, ni par une orgueilleuse générosité de protecteur, mais par une invariable loi de la nature, qui, donnant à la femme plus de facilité d’exciter les désirs qu’à l’homme de les satisfaire, fait dépendre celui-ci, malgré qu’il en ait, du bon plaisir de l’autre, et le contraint de chercher à son tour à lui plaire pour obtenir qu’elle consente à le laisser être le plus fort. Alors ce qu’il y a de plus doux pour l’homme dans sa victoire est de douter si c’est la faiblesse qui cède à la force, ou si c’est la volonté qui se rend ; et la ruse ordinaire de la femme est de laisser toujours ce doute entre elle et lui. L’esprit des femmes répond en ceci parfaitement à leur constitution : loin de rougir de leur faiblesse, elles en font gloire :

leurs tendres muscles sont sans résistance : elles affectent de ne pouvoir soulever les plus légers fardeaux ; elles auraient honte d’être fortes. Pourquoi cela ? Ce n’est pas seulement pour paraître délicates, c’est par une précaution plus adroite ; elles se ménagent de loin des excuses et le droit d’être faibles au besoin ».

Doc. 5 : Qu’est-ce que le genre ?

Le « genre » est la traduction de l’anglais « gender ». Définir en quelques lignes la perspective du genre est une véritable gageure 1 . Il existe plusieurs théories du genre (tous les auteurs n’emploient pas le terme de manière équivalente). Importées des Etats-Unis, celles-ci sont encore peu connues en France. Enfin, elles relèvent tout à la fois de la critique politique et de l’opération analytique. Dans son sens le plus largement admis en sciences sociales, le genre est présenté comme une construction sociale et culturelle, sans détermination par le sexe biologique. La perspective du genre permet de « saisir les enjeux de signification de la division entre masculin et féminin pour mieux comprendre la construction des rapports sociaux hiérarchiques » 2 . Cette définition met en valeur les deux fondements des théories qui s’y rattachent. Premièrement, il n’y a pas d’essences masculine et féminine fondées en nature : le masculin et le féminin, variables dans le temps et l’espace, sont des construits historiques et sociaux. « La » femme n’existe pas, pas davantage que « l’ » homme. Deuxièmement, ces constructions assurent la domination du masculin sur le féminin. Adopter une telle perspective conduit ainsi à s’intéresser aux relations de pouvoir et aux inégalités entre les hommes et les femmes. Une première conception présente leurs différences anatomiques comme correspondant à une bipartition universelle et indépassable (perspective de Françoise Héritier). Une deuxième conception (développée notamment par Judith Butler) considère que le sexe n’est pas une réalité physique indépendante. Il est lui aussi une construction sociale. C’est le genre qui précède le sexe et contribue à le produire. Dès lors, l’hétérosexualité n’apparaît plus comme « naturelle », mais comme une norme de genre. Notons que la réalité biologique n’est pas nécessairement niée. Il s’agit d’une « différence anatomique en elle- même dépourvue d’implications sociales » (Christine Delphy).

1 Voir Geneviève Pruvost, « Genre » dans Serge Paugam (dir.), Les cent mots de la sociologie, PUF, « Que sais- je ? », 2010 ; Laure Béréni et al., Manuel des études sur le genre, Bruxelles, De Boeck, « Ouvertures politiques », 2008. 2 Françoise Thébaud, « Sexe et genre » dans Margaret Maruani (dir.), Femmes, genre et sociétés, La Découverte, « L’état des savoirs », 2005, p. 64