DÉCEMBRE 2015 / n°213 / 1,70 €

Edito
Rude tâche que d’écrire un édito le 25 novembre !
Oui, il faut parler des attentats ; oui, il faut parler de la
COP 21 ; oui, il faut parler des régionales ! Mais tout ce que
nous pourrions dire risque fort de paraître dépassé quand
vous recevrez votre Feuille Verte, et peut-être bien terne
après les vagues d’informations qui se succèdent.
Alors nous vous proposons de faire un pas de côté et
de prendre le temps de lire ce beau texte que Philippe
Meirieu a écrit au lendemain des attentats. Pédagogue, humaniste, écologiste, dans ce bel hymne à la vie, il a su trouver des mots d’espoir dans ce temps plein d’incertitude et
d’effroi.
Merci, Philippe !

PRENDRE SOIN DE L'HUMAIN
« Nous savions que la vie était fragile [...] et que la démocratie était menacée par les forces archaïques qui habitent encore le monde.
Nous savions que, face à la vacuité de nos modèles économiques fondés sur la consommation compulsive, notre occident peinait à offrir un autre idéal que l'assujettissement
aux intégrismes.
Nous savions que tout ce qui nous tient à cœur est mortel et
que l'obscurité absolue peut, un jour, faire oublier l'espoir de
toute lumière...
Que cette nuit terrible où nous avons éprouvé la terreur de
la pénombre nous rappelle notre fragilité et notre finitude.
Qu'elle renforce ainsi notre détermination à prendre soin de
toute vie, de toute pensée libre, de toute ébauche de solidarité, de toute joie possible.
Prendre soin de la vie et de l'humain, avec une infinie tendresse et une obstination sans faille, est, aujourd'hui, la condition de toute espérance.
Sachons qu'un seul sourire échangé, un seul geste d'apaisement, aussi minime soit-il, peut encore, contre tous les fatalismes, contribuer à nous sauver de la barbarie... »

33, Avenue Carnot

Corinne Tissier
et Bernard Lachambre
Cosecrétaires EÉLV Franche-Comté

Sommaire
P 1 : Edito
P 2-3 : Un certain vendredi 13 à Paris
P 4-5 : Continuer à penser après l’effroyable
P 5 : De-ci, de-là
P 6-7 : Être ou ne pas être français ?
P 8-9 : Au-delà de l’urgence
P 10-11 : La littérature pour dire
P 12-13 : Dérèglement climatique, pétrole et terrorisme
P 14-15-16 : Petite chronique wallisienne (5)
P 17-18 : Une carrière Holcim dans la haute vallée de
l’Ognon ?
P 18 : Comment recevoir La Feuille Verte ?
P 19-20 : Science et écologie
P 21 : L’aluminium, encore et toujours
P 22 : Suisse : à droite toute !

P 23-24 : Un mois, émois et moi
P 25 : Bulletin d’adhésion
P 26 : Régionales

Témoignage

UN CERTAIN VENDREDI 13, À PARIS :
STUPEUR, SIDÉRATION
ET PROFONDE HUMANITÉ
2
Vendredi 13 novembre, 17 h, je quitte la dernière plénière de la mandature du Conseil régional de Bourgogne et je saute dans un TGV pour Paris.

Vendredi soir, 22 h, une noria de sirènes hurlantes boulevard Magenta nous fait rallumer tous les
écrans : des massacres sont en cours, tout près, à deux rues
de l’appartement de notre fils, où nous sommes. Sur des
terrasses de bistrot connues, dans un quartier jeune, multiculturel, riche d'alternatives et de créations. Où se croisent
avec bonheur Maghrébins, Cambodgiens, étudiants, jeunes
actifs, créateurs, enseignants… Où nous avons déjeuné en
famille dix jours auparavant. Alors les téléphones chauffent,
car c’est vendredi soir, le bonheur d’un pot en terrasse
entre amis. On
questionne
les
proches par SMS :
au bout d’une
heure, aucun ne
manque à l’appel,
même si certains
(dont ma fille)
sont réfugiés pour
de longues heures
encore dans des
caves de bistrot.

Les hashtags « #porteouverte » se répandent, accueillant les personnes en détresse dans la rue. On reste
hébété devant la télé, l’ampleur et l'horreur des massacres en cours, la cruauté de l’attente des familles ; et les
sirènes ne s’arrêtent pas. Quand cela va-t-il s’arrêter ?

Au petit matin, la place de la République est vide,
trop vide pour un samedi. Les rues sont désertes, silencieuses. Les musées, expositions, cinémas, grands magasins, parcs sont fermés. Pas un seul enfant sur son vélo
sur les trottoirs. Dans la journée, des habitants sonnés, de
tous âges, de toutes nationalités, sortent témoigner de
leur incompréhension, de leur souffrance, de leur compassion pour toutes les victimes et leurs proches déchirés.
Beaucoup de chaleur humaine, de tendresse, de pleurs
aussi. Je me demande comment on pourra expliquer demain ce désastre aux enfants parisiens, dont mes petitsenfants.
Le lendemain dimanche, malgré les interdictions de
se rassembler, la place de la République est remplie : de
jeunes, de familles, certaines avec enfants. On y entend
jouer du violon ou du ukulélé, chanter en black-blancbeur La Marseillaise. On y écrit sur la statue, sur le sol, au
milieu des bougies. Une pancarte « Nous sommes unis,
sans haine, sans peur, sans amalgame », une banderole

« Nous sommes condamnés à nous aimer comme des frères,
ou à mourir ensemble comme des idiots. » On s’étreint. On
déploie banderoles, lettres, dessins, drapeaux. Sur un drapeau français, on peut lire : « Les gens du voyage soutiennent la France. La France en deuil, mais plus forte. »

Mon téléphone sonne, je quitte l'abri, je vois
d’autres allées d'immeuble devenues lieux d’accueil, un
bistrot dévasté (tables, chaises, consommations renversées, une foule de gens ayant voulu s’y réfugier après une
fausse alerte), des visages défaits. Non, ici il ne s’est rien
passé de pire, juste des militaires sortant leurs fusils en
répétant: « Rentrez chez vous tout de suite », et dans
l’ambiance pesante, électrique, un vent de panique a parcouru ainsi le métro, le Marais, jusqu’à République, puis le
canal Saint-Martin, puis la rue Bichat… Alerte dans le métro, mon autre fils se réfugie avec deux petits dans une
cour de Belleville ; des habitants l’accueillent dans leur
appartement.

À la tombée de la nuit, je grimpe rue de la
Fontaine-au-Roi, rue du Faubourg-du-Temple, puis rue
Bichat. Monceaux de fleurs et de bougies devant les cafés
mitraillés. Le recueillement est profond et partagé. Je fais
quelques photos. Soudain une cavalcade, je suis bousculée
par une foule paniquée, la rue se remplit de gens qui courent vers le canal Saint-Martin. Des fenêtres s’ouvrent ; penchée au dehors, une femme hurle en continu son code d’entrée d’immeuble ; nous nous engouffrons à 50 dans son
allée. De nombreuses personnes sont effondrées. Ce seront
mes dernières photos. Deux jeunes femmes sortent de
l’ascenseur, je les remercie de nous avoir recueillis, l’une me
tombe dans les bras en sanglotant longuement : « J’ai eu
trop peur pour vous. » Moment intense de solidarité.

Une demi-heure après cette fausse alerte, beaucoup reviennent sur les lieux partager avec détermination
leur condamnation de ces massacres, et la volonté de
vivre ensemble. Nous traversons un moment terrible pour
de nombreux concitoyens, malgré le soutien unanime et
sans faille de la France entière et du monde occidental. Je
pense particulièrement aux jeunes de Saône-et-Loire qui
ne reviendront plus dans leurs familles dévastées.
Demain, mais seulement demain, après le
deuil, après l’état d’urgence, il nous faudra dire haut et
clair si nous acceptons collectivement de continuer à
vendre des armes, à acheter du pétrole douteux qui peut
financer Daech, à commercer avec les pays soutiens du
terrorisme, tels l’Arabie Saoudite et le Qatar, et à priver
d’avenir toute une partie de la jeunesse française en les
abandonnant au chômage, à l’inaction, aux jeux vidéo glorifiant les massacres et aux trafics de stupéfiants.

Nicole Eschmann
Conseillère régionale
sortante EÉLV Bourgogne

3

Trois réflexions

CONTINUER À PENSER APRÈS L'EFFROYABLE
Les cendres du froid sont dans le feu qui chante le refus.
René Char, Feuillet d'Hypnos

1) Il nous faut nommer l'innommable non dans
les mots du drame, de la tragédie, voire de la guerre, mais
dans les mots du crime, car le carnage perpétré à Paris relève avant tout d'un crime contre notre humanité, d'une
volonté d'anéantir des vies réduites à n'être que la proie de
pulsions meurtrières et destructrices.

4

Ne faisons pas l'aumône aux assassins et à leurs
commanditaires de croire, ne serait-ce qu'un instant, que
leurs actes insoutenables pourraient trouver à s'expliquer
dans autre chose qu'une volonté de domination, de toute
puissance, de jouissance de la terreur d'autrui, une manière
d'exister dans la haine jusqu'au paroxysme de l'autodestruction. Ils ne sont que les reflets d'un chaos qui s’habille
d'oripeaux religieux pour masquer le néant qui l'habite. Ils
ne sont que le produit d'un embrigadement sectaire n'offrant pour tout horizon de pensée que le fanatisme, qui
n'est au fond qu'une interdiction même de penser. Comme
le souligne Olivier Postel-Vinay dans Libération du 18 novembre, le fanatisme conduit « à l’enfermement dans un
univers mental clos, interdisant toute forme de mise en
cause… On se voue à la cause et on obéit aveuglément aux
ordres de la hiérarchie, garante de la validité du sens. »
Ce fonctionnement sectaire comme issue illusoire
au chaos fonctionne sur ce que René Kaës, psychanalyste,
nomme la « culture du contrôle » : « Elle a pour objectif
l’intégration parfaite de tous les éléments de la société dans
une Unité imaginaire, de telle sorte que tout ce qui viendrait
à échapper à son contrôle soit repéré, détruit ou régulé ».
Elle produit une violence qui « détruit toute loi étrangère à
son ordre propre. » À ce niveau, il n'y a guère de différence
entre Daech et les Khmers rouges dans la manière de vouloir imposer sa déraison par le meurtre.
C'est parce qu'ils ont basculé de l'autre côté du miroir de l'humanité qu'ils peuvent s'en prendre avec rage,
mais sans peur et sans affects, à ce que nous conservons
d'humain en nous. Remercions ici les journaux qui, en publiant les photos des victimes, nous permettent de les rencontrer et de leur redonner ainsi l'humanité que la sauvagerie du massacre voulait leur ôter.

Viendra le temps de mieux comprendre les ressorts de cette dévastation sanguinaire ; gardons-nous
d'explications hâtives, de rechercher le facteur explicatif
définitif quand l’événement est vraisemblablement
l’aboutissement d'une longue chaîne de causalités.

2) Nous ne sommes pas en guerre, nous
sommes face à une organisation criminelle née sur les
ruines de la guerre en Irak ; une organisation qui recrute
des jeunes en quête d'eux-mêmes, et pas nécessairement pour des raisons de misère sociale ou intellectuelle, et les transforme en bombes humaines. Euxmêmes ont fait un choix : être du côté de la mort pour se
donner l'illusion d'exister.
Simple citoyen, je m'interroge : est-ce parce qu'il y
avait trop d’État de droit que l'un des assassins du Bataclan, mis en examen, sous contrôle judiciaire, a pu quitter le territoire français et y revenir sans affoler les radars ? Est-ce parce qu'il y avait trop d’État de droit que
le chef de cette expédition abominable a pu circuler
entre la Syrie et différents pays européens ?
Ne doit-on pas, avant tout changement législatif
ou constitutionnel, mieux comprendre ce qui s'est joué,
ce qui a failli ? N'est-ce pas le rôle des parlementaires de
réfléchir, d'enquêter si nécessaire ? Est-ce une manière
de revaloriser le rôle du parlement que de le sommer de
se rendre à la raison de l'exécutif ? Le rôle des pouvoirs
publics n'est-il pas d'expliquer le risque au lieu d'alimenter un sentiment d'insécurité, de suspicion ? Il y a urgence à répondre à ceux qui se persuadent, par
exemple, qu'il y a beaucoup de terroristes à Montbéliard... parce qu'il y a beaucoup d'Arabes, comme je l'ai
entendu dans une librairie ?!

Toutefois, s'il est légitime d'interroger gouvernement et parlementaires sur leurs choix, s'il faut
alimenter le débat, gardons-nous d'opposer à des tentations inquiétantes des excès de rhétorique, de laisser à
penser que s'organise une dérive autoritaire, que l'interdiction des manifestations pendant la COP 21 relève
quasiment du complot contre les citoyens ! Hollande,

même paré d'habit de général, ne peut se passer d'une
mobilisation citoyenne pour réussir sa COP. Il faut bien
évidement se battre pour que cette mobilisation puisse
se manifester, fût-ce sous d'autres formes que celles prévues.

Nous tentons d'éclairer la nuit sans trop savoir comment affronter les petits matins blafards.

Michel Boutanquoi

Au fond, vous en connaissez beaucoup, des régimes autoritaires où on peut si vertement interpeller le
pouvoir ? Exiger des pouvoirs exécutifs et législatifs qu'ils
n'agissent pas sous le coup de l'émotion suppose certes
une parole ferme, mais aussi une parole apaisée.

3) Pourquoi faut-il 130 morts pour que s'exprime dans le pays une vague de compassion et de solidarité ? Pourquoi faut-il ces déflagrations insensées pour
magnifier un désir de vivre ensemble ? Et pourquoi ces
morts-là, plutôt que ceux de Beyrouth ou d'Ankara, ontils suscité tant de manifestations dans le monde ?
Devant la mort, nous voulons célébrer la vie, un
souhait d'insouciance, de temps suspendu ; mais pouvons-nous oublier, derrière le crépi des murs ainsi ravalés, les lézardes de la haine, de la haine d'autrui, de la
haine de l'autre quand il prend la figure de l'étranger ?
Avons-nous déjà oublié la crise des migrants, son désastre et son exploitation politique insupportable ? Avons
-nous déjà oublié le discours mortifère de l'extrême
droite ?
La sourde tristesse qui s'est emparée de nous face
à ces victimes monstrueusement arrachées à leur printemps ne nous empêche-t-elle pas d'entendre les cris
silencieux de tous ceux avec lesquels nous n'arrivons pas
à vivre ensemble dans un pays malade et incertain ?

PS : J'ai écrit cet article quelques jours après
le 13 novembre, avec un souci de la mesure, dans
une logique interrogative.
Depuis, les perquisitions abusives, comme
celle menée dans une ferme du Périgord chez des
maraîchers bio, l'assignation à résidence à Paris d'un
membre de la Coalition Climat, l'interdiction de
toutes les manifestations du 28 au 30 novembre
visant précisément les mobilisations autour de la
COP21 soulignent avec fracas les dérives dont
nombre d'observateurs s'inquiétaient. La sécurité, la
lutte contre la menace terroriste ne peuvent justifier
des actes de police qui n'ont rien à voir avec les raisons de l'état d'urgence. À mesure que se dessinent
de manière plus nette les failles françaises et européennes dans le travail de renseignement et de suivi,
comment justifier le maintien des mesures d’exception ? « Je vous promets aussi que la France restera
elle-même », a déclaré le président Hollande lors de
l'hommage aux victimes. J'aimerais le croire et ne
pas voir ressortir le slogan « Police partout, justice
nulle part ».

De-ci, de-là
Ben moi, comme les marches
étaient interdites en France, je suis
allé à l'étranger, à ... Monaco !
J'ai pensé au début défiler avec un
panneau plus hard, genre "A mort
les riches", mais je me suis dit que je
ne ferais pas deux pas sans être
arrêté. J'ai donc préféré inventer un
verbe "Ethiquer" pour écrire
"ETHIQUONS NOTRE ARGENT" ...
Le Prince Albert marchait en tête du
cortège, on ne voyait pas beaucoup
de nœuds pap mais surtout des
prolos monégasques (il y en a) !
Patrick Bourque

5

Drapeau, Marseillaise, etc.

ÊTRE OU NE PAS ÊTRE FRANÇAIS ?
Les attentats du 13 novembre ont pour effet, entre autres, de placer au cœur de l’actualité immédiate des interrogations qu’on aimerait faire « à froid ». C’est le cas de la thématique sécuritaire, qui a envahi nos espaces et
nos réflexions. Pas facile de prendre du recul sur l’état d’urgence, tellement il paraît évident qu’il faut bien recourir
à des fonctionnements exceptionnels, alors même qu’il convient sans doute de se projeter un peu plus loin pour en
comprendre les enjeux plus profonds. Il en est de même pour l’appel à l’unité nationale. L’évidence d’un consensus
minimal s’imposait dans ces circonstances tragiques, mais quelques questions sur les fondements de ce ressort très
idéologique doivent être posées. Comment éviter que cet unanimisme, fondé précisément sur le respect de toutes
les composantes de la société française, ne dérape vers des comportements fondés sur la haine de l’autre et son
exclusion ?

J’ai longtemps affirmé que je ne me sentais pas français.

6

Bien entendu, j’ai fini par comprendre que j’étais
français, citoyen français. Et qu’il fallait bien l’assumer.
Qu’il fallait admettre aussi que ces références juridiques,
institutionnelles et réglementaires formaient par ellesmêmes une composante identitaire : cette citoyenneté-là
se distingue de celle des autres pays.
Je suis donc convaincu que je ne peux fuir les héritages, le patrimoine construits sur ce sol bel et bien français : j'ai reçu en partage une langue commune dont je ne
pouvais - et ne peux encore - nier qu’elle m’a en partie
fabriqué, même si je la partage, entre autres, avec des
Suisses proches, des Québécois
plus lointains (et fondés de fait à
se glisser dans un nationalisme
identitaire), ou des Africains
qui, eux, n’ont rien demandé. Je
suis même prêt à admettre que
cette France a vu naître
quelques valeurs dans lesquelles
je me reconnais ; mais je continue à affirmer que mon espace
de référence identitaire ne peut se limiter à ses frontières ; pour un militant d’une identité européenne naissante, le nationalisme apparaît toujours comme la pire des
choses.

Quelques expériences, pourtant, ont douché
cet enthousiasme. Parti comme d’autres, dans les années 90, dans les pays de l’Est européen qui s’émancipaient des dictatures communisto-soviétiques, j’avais imaginé que je pouvais y professer, du haut de mes

certitudes, que l’Europe était notre horizon commun,
et donner des leçons (défaut bien français pour le
coup) d’internationalisme ! Avec gentillesse, mais
fermeté, on m’a renvoyé dans les cordes : « Mais
mon p’tit gars, t’es français et prié de l’assumer, dans
les bonnes comme dans les mauvaises choses, et pas
seulement par ton passeport. La France, tu entends,
la France, nous on l’aime, c’est notre référence, c’est
le pays de la Liberté… » (1). Voilà que j’étais sommé
d’endosser l’héritage, que je le veuille ou non. Et dans
cet héritage, ce n’étaient pas seulement ces fameuses
valeurs qui étaient mises en avant - pour moi d’ailleurs davantage celles de la République et de la Démocratie -, mais aussi une forme de nationalisme
dont je pensais, et
pense toujours, qu’il est une
des causes profondes des
conflits qui nous empoisonnent la vie depuis deux
siècles au moins (2). Depuis,
une exigence s’est imposée :
nous devons apprendre à
vivre plusieurs identités superposées sur un même territoire (3).
La seule solution valide est donc celle du partage. Non du partage du monde en autant d’Étatsnations, comme une gigantesque mosaïque de
peuples supposés homogènes, mais au sens de la
cohabitation, sur un même territoire, de communautés, peuples, ethnies différentes. Y’ a du boulot…
Mais ce sont ces bases-là qu’il faut construire ; elles
induisent par ailleurs le partage concomitant des ressources (4).

Alors ma culture, à côté de la culture des autres,
croisées le plus souvent possibles, distinctes pour qu’elles
demeurent vivantes, n’ont pas lieu de s’affronter.

(1) Accepter « les bonnes et les mauvaises
choses » ? Le chanteur de Zebda vient de dire et
d'écrire à ce sujet des choses équivalentes qui doivent nous interroger. Je l'ai même entendu dire, en
forme de boutade, qu'il voulait bien « accepter les
ancêtres gaulois », si ça pouvait contribuer à l'apprentissage du vivre-ensemble. Voilà qui est au cœur
de la question. Mais même si je vois bien qu'il ne
faut pas prendre cette proposition au premier degré,
je supplie son auteur de n'en rien faire : les Gaulois
ne sont les ancêtres de personne !

Dans ce cadre, je veux bien voir les Pyramides ou
les tours de Hong-Kong en bleu-blanc-rouge, entendre La
Marseillaise chantée par les Anglais et le monde entier, si
c’est pour dire que cette universalité est le contraire de
notre enfermement.

(2) Je n'ignore évidemment pas les enjeux sociaux, économiques et environnementaux ; la contradiction entre les intérêts « nationaux » et l'internationalisation de ces enjeux constitue d'ailleurs l'un
des paradoxes majeurs de la géopolitique actuelle.

Mais il faut alors inventer des modes de gouvernance nouveaux, pas seulement dans un fédéralisme et
une subsidiarité verticaux ; c'est à toutes les échelles, horizontalement, qu'il faut faire qu’on puisse vivre dans
chaque ville ou village, dans chaque rue, dans chaque
immeuble, avec le plaisir d’être égaux et différents.

(3) Rappelons-nous la tentative, avortée, de
provoquer un référendum sur la Corse, qui aurait
posé cette question : « Acceptez-vous de voir introduire dans la Constitution française la notion de
peuple corse, composante du peuple français ? »
C'était beau, mais inaudible.

Pour que la construction d’une autre France ne se
fasse pas seulement dans « le sang et les larmes », il faut
faire de cette invention l’utopie de demain.

(4) Le discours de Cécile Duflot au Congrès, le
16 novembre, est une tentative courageuse, en la
circonstance, d'établir des liens à cette échelle. Non
une causalité déterministe, mais la combinaison de
facteurs concourant au même résultat.

De tout cela, je tire les conclusions suivantes.
Le territoire où je vis, je le partage ; c’est le mien,
c’est le tien, c’est le nôtre. Il ne doit pas être objet de conflit entre nous ; il ne doit pas être instrumentalisé au profit
d’enjeux économiques qui avancent masqués. De ce territoire partagé, nous nous sentons coresponsables.

Claude Mercier

Le stade de Wembley
restera aux couleurs de
la France pendant le
match Angleterre France, une affiche
pendant laquelle les
supporteurs anglais
sont invités à chanter
La Marseillaise.

7

Les paradoxes de la République

AU-DELÀ DE L'URGENCE
Depuis la prolongation de l'état d'urgence, il
semble que l'on soit entré surtout dans un état de confusion qui engendre une perte de repères démocratiques.
Comment nos politiques justifieront-ils la sortie de l’état
d'urgence dans trois mois - après la COP 21, après les
élections ?
S'il y a un combat à mener, on ne peut se satisfaire d'une seule mise en avant sécuritaire, sans un travail
en profondeur conjoint sur un phénomène social qui a
pris de l'ampleur en France depuis Khaled Kelkal (1) ; car
ce sont bien des Français qui ont perpétré les crimes du
13 novembre.

8

Désormais Daesh sait comment recruter des
Français désocialisés. Ces jeunes, « disponibles », auraient de toute façon sévi d'une manière ou d'une autre
au sein de notre société. Il ne s'agit pas de trouver des
excuses à ces criminels, car leur responsabilité est entière ; mais chercher à comprendre permet de ne pas
répéter les mêmes erreurs, faites de rejet et de fermeture
jacobine ou de déni de réalité, contre lesquelles le sécuritaire seul ne pourra rien car il ne touche pas les causes si c'est du vivre-ensemble que l'on parle.

core cultuelles. La République est notre Histoire, elle est
notre avenir. »
Or notre République est paradoxalement à la fois
la patrie des Droits de l'Homme et une ancienne puissance coloniale, qui a toujours su vivre depuis cette période avec des distinctions construites entre Français,
« de souche » ou pas, qui ne savent du reste même plus
aujourd'hui qu'ils ont une histoire commune, ne se reconnaissent pas entre eux, et parmi lesquels certains
croient même voir des étrangers.
Pour pouvoir agir comme citoyen, tout Français
doit pouvoir se sentir reconnu comme tel. L'injonction
contradictoire républicaine type, qui consiste à ramener
sans cesse tout enfant d'immigré à une communauté
d'origine tout en lui demandant de s'en émanciper, est
invivable. La République « une et indivisible » reste, en
vertu même de ses « valeurs universelles », source de
violence dans sa recherche unificatrice. Cette rigidité
jacobine s'est à nouveau exprimée dans son second rejet, récent, de la Charte des Langues régionales et du
vote des étrangers.

L'état d'urgence est ainsi également culturel,
politique, démocratique. Ce malaise au sein de notre société couve depuis longtemps et la République va culturellement devoir évoluer vers une ouverture sur les composantes de notre nation et de certains phénomènes de
désocialisation touchant toutes les couches de la société.

La sécurité et le vivre-ensemble
Comme le dit Éric Alauzet dans son communiqué
sur les attentats :
« Pour isoler
les terroristes,
notre Nation
doit prendre à
bras le corps
toutes les situations
de
relégation
humaine,
qu’elles soient
urbaines, sociales, économiques, culturelles ou en-

Ainsi, l'assimilation imposée, soit l'exigence implicite d'invisibilité des différences, est ancrée depuis notre
passé colonial dans nombre de nos comportements, qui
réapparaissant parfois violemment à la surface, comme
récemment dans les propos de Nadine Morano, en
jouant dans ce cas sur la peur du déclassement social.
Pour pouvoir nous défaire de telles « énormités », il faut
travailler sur un temps long, sur lequel les politiques se
refusent souvent à opérer. Ne pas le faire aura forcément
un coût social.
De toute façon, la réalité est incontournable : la
France est métissée et républicaine. S'il existe curieusement dans notre pays une France étrangère à la France, il
nous appartient d’œuvrer au changement.

La France et ses Français
Aujourd'hui, si la France reconnaît théoriquement tous ses enfants au nom de concepts issus de sa
Révolution, son édifice républicain en place certains
dans une pièce à part, réservée aux citoyens de seconde
zone, avec un mépris qui lui vient de nostalgies impériales et coloniales qui perdurent, en particulier dans
certaines discriminations à l'embauche.
Or, loin de jeter un œil critique sur cette période
et sur les comportements qui en portent la trace, on a
voulu, il y a peu encore, vanter dans une loi son rôle
positif et humaniste. Même si l'article 4 concernant les
effets « positifs » de la colonisation a été supprimé
(2006), un silence plane depuis sur ce sujet dans les débats comme dans les manuels scolaires, dans lesquels la
défense de la colonisation de progrès domine. Poursuivre dans cette mystification aura forcément aussi un
coût social.
En attendant, les Français conservent la palme
des écarts entre les représentations et la réalité, puisqu'ils estimeraient que les musulmans représentent
30 % de la population française alors que ces derniers
ne sont que 8 % - sans compter que la majorité d'entre
eux ne sont pas pratiquants. Selon un autre sondage, les
Français jugeraient par ailleurs que 66 % des enfants
d'immigrés nés en France ne sont pas « vraiment Français », contre 37 % en 2009 (1).
Qu'a-t-on fait depuis la Marche pour l'égalité et
contre le racisme de 1983
de l'aspiration de certains Français à être
reconnus comme tels ?
À quoi a servi Touche
pas à mon pote, ce slogan ambigu, assez paternaliste, faisant d'un
beur un pote mais pas
pour autant un concitoyen ? À cette occasion, Mitterrand avait
octroyé aux immigrés la
carte de résident de 10 ans, que les lois actuelles sur
l'immigration sont en train de mettre en cause, alors
même que le vote des étrangers promis depuis des
lustres est toujours dans les cartons. Que s'est-il passé
depuis les affrontements de 2005 dans certaines banlieues ? Que fait on pour que nos histoires plurielles
rencontrent sans contradiction les valeurs qui les rassemblent et garantissent le vivre-ensemble ? Peut-on
être vraiment surpris de ce qui se passe ?

Préparer le long terme
Dans la gravité des visages et des rencontres
depuis le 13 novembre, à Paris ou ailleurs, j'ai perçu l'attachement transversal à un mode de vie et à
une ouverture que beaucoup valorisent et veulent
défendre, car ils se rendent compte que rien n'est
acquis. Du reste, c'est cette réalité multiculturelle
et républicaine, et ses valeurs, que le monde entier
apprécie en France et qui font son attrait.
La défense de cette diversité est un grand
espoir, que la société civile peut porter à l'occasion
de ce choc, tout comme le risque existe que la
peur entretenue puisse conforter un repli en cours,
alimenté par des préoccupations uniquement sécuritaires et invoquant une identité fantasmée
dans un contexte de crise économique. Un grand
travail culturel reste à faire : on le laisse pour plus
tard… Veillons à ce qu'il ait lieu.
Aujourd'hui, s'il est urgent d'agir vite pour
obtenir les résultats à court terme qui font vivre
nos politiques, l'aspiration citoyenne de fond souhaitée par la société civile appelle une approche
sur le long terme qui concerne la République dans
toutes ses composantes. Encore une fois, on ne
peut se cantonner dans la sidération guerrière, si
c'est du vivre-ensemble que l'on parle.

Thierry Lebeaupin
(1) Principal responsable des attentats de l'été
1995 en France, abattu en septembre de cette année-là dans la région lyonnaise.
(2) Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Ahmed Boubeker : Le Grand Repli , Paris, La Découverte
(2015).

Dessin publié
avec l’aimable
autorisation
de Charlie

9

Lectures

LA LITTÉRATURE POUR DIRE

Scotchés devant nos écrans de télévision ou d'ordinateur à regarder l'inimaginable, à chercher en vain la faille
temporelle qui nous aurait fait basculer du côté du cauchemar, loin d'un réel qui ne peut que se réveiller, nous restons
sans mots, hébétés, anéantis.

10

Ils n'aiment pas la musique. Ils ne doivent pas aimer les mots libres ; mais c'est en ces derniers, dans ce que
nous offre la littérature, que nous pouvons trouver de quoi
continuer à penser.
Roman, poésie, les mots prennent tout à coup des résonances
particulières. Ainsi en va-t-il avec
Jeanne Benameur qui, dans Les Insurrections singulières (Actes Sud,
Babel), prête à son narrateur ce qui
anime son désir d'écrire : « J'écris
pour tous ceux que j'aime et ceux
que je ne connais pas. J'écris pour
ceux que je croise et qui ne savent
pas que sur leurs visages je vois
quelque chose de la vie qui passe.
J'écris pour les jours de rien. Pour
l'obscur des jours de rien. Pour que
la vie passe, quand même. » Ce livre conte une quête, celle
d'un homme qui comprend petit à petit qu'il ne suffit pas
de quitter l'usine, de partir au loin pour se libérer d'une
aliénation, tant qu'on ne sait pas regarder dans les yeux de
l'autre l'aventure possible du monde.

Jeanne Benameur écrit aussi de la poésie. Dans
Notre nom est une île (Bruno Doucey), ses vers sont d'une
infinie douceur, comme des murmures loin de la violence
du monde :

notre nom est une île
au voyage sans fin
par chaque bouche reliée
au cœur d'un autre nom
porté par l'océan le souffle du désert le cri
du nouveau-né
Nous sommes archipel
infini
dans le temps
Des mots qui respirent et nous font respirer (1).
Je ne connaissais pas Luc Bérimont (2) avant de le
découvrir grâce au patient travail d'éditeur de Bruno
Doucey, dont j'ai parlé dans un précédent numéro de La
Feuille Verte. Son recueil Le Sang des hommes donne un
aperçu de son œuvre, qui m'a semblé prendre de la
force au fur et mesure que l'écriture se faisait plus libre,
jusqu'à ses derniers textes pour dire la vie qui le quitte.
Au détour des pages, on peut y lire ce réconfort :
La tristesse est tombée de moi, la mort et la désespérance :
Je suis un arbre de l'été, verdoyant au fort des chaleurs
Parce qu'une main sur mon front a fait le signe des enfances
Je prête racine au matin sur quoi va se fonder le jour.

Et c'est bien la force du poème et des poètes :
nous permettre de lire dans l'instant des mots qui défient le temps.
« Quand je lis un poème, c'est la mort des horloges », écrit justement Christian Bobin. Dans
Noireclaire (Gallimard), il égrène les mots d'un amour
que la mort n'a pas éteint, qui continue à vivre au-delà

du deuil. Il dit le manque comme la marque d'une présence : « Le manque est la lumière donnée à tous. »
Un livre bouleversant à maints égards, par l'écriture, par sa beauté tranquille, son espérance - Nos mains
enfantinement serrées poursuivront leur histoire longtemps
après avoir été os, poussière et puis rien -, par l'émotion
qu'il fait naître - Je t'écris pour t'emmener plus loin que ta
mort -, par sa manière de rendre l'autre vivant : C'est si
beau ta façon de revenir du passé, d'enlever une brique au
mur du temps et de montrer par l'ouverture un sourire léger.
J'ai lu ce livre comme un témoignage pudique car
les mots ici voilent autant qu'ils dévoilent un amour incandescent. Dans quelque temps, d'autres lecteurs y trouveront probablement, je le leur souhaite, des raisons de ne
pas renoncer :
Quand tu avançais c'est un monde qui avançait
avec toi, comme la mariée sa traîne, injuste et sainte. Noire
-claire. Ta mort n'y change rien : je te vois en mouvement,
toujours avançant, et la vie surabondante te suit, le printemps arrive avec ton nom.

(1) À lire aussi chez le même éditeur Il y a un
fleuve, long poème sur le doute, sur l'incertitude du
voyage des hommes. Du même auteur il faut signaler
Les Demeurées (Folio). Trois destins, une mère, sa fille,
et l'institutrice de cette dernière, qui croit fermement
qu'elle peut arracher l'enfant au monde sans parole de
sa mère pour l'ouvrir à la connaissance, jusqu'à se
perdre faute peut-être d'avoir entendu derrière le silence
le souffle d'une vie. Une écriture magnifique, sans aucun
dialogue, juste une manière de nous faire sentir, au-delà
de leurs mots impossibles, le cœur de ses personnages.
(2) Plus je lis, plus je prends conscience de
l'étendue de mon ignorance.

Michel Boutanquoi

11

Encore un peu de Charlie Hebdo ?

Autour de la COP 21

DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE, PÉTROLE
ET TERRORISME
Personne ne prétend qu'il y a un lien direct entre
le dérèglement climatique et le développement du terrorisme. Mais les récents attentats de Paris doivent
nous amener à réfléchir sur tout ce qui a pu favoriser
ces dérives macabres. La sécheresse au Sahel et en
Syrie a été un des facteurs de la déstabilisation politique dans ces régions. On voit bien, par ailleurs, que
l'économie du pétrole n'est pas loin et on peut aussi se
poser une question simple : quand je fais le plein de ma
voiture, est-ce que je ne suis pas en train de financer le
terrorisme ? Dans ce sens, l'abandon des énergies fossiles aurait non seulement un impact positif sur le climat, mais, en même temps, il assécherait les flux financiers qui soutiennent le terrorisme.

Un autre exemple - la Syrie - est cité par Pascal
Canfin, ancien ministre EÉLV du Développement, dans
Alternatives Économiques : « Un million de déplacés internes liés à une sécheresse historique entre 2006 et 2010
ont contribué à la dislocation du pays. Un million de déplacés dans un pays de 20 millions d’habitants comme la
Syrie reviendrait à 3 millions de personnes fuyant en
France des régions frappées par quatre ans de sécheresse. Imagine-t-on que cela n’aurait pas d’impact sur la
stabilité politique du pays ? » (2)

Le dérèglement climatique déstabilise les
sociétés

12

Dans un débat sur la COP 21, fin août, aux JDE
(1) de Lille et en présence de Laurent Fabius, une jeune
Tchadienne, Hindou
Oumarou Ibrahim,
nous a expliqué
quelles étaient, au
Sahel, les conséquences du réchauffement climatique. La saison des
pluies dure trois
mois au lieu de six
et la sécheresse
pousse les peuples
nomades à aller
toujours plus loin à
la recherche d'eau
et de pâturages. Les conflits sont exacerbés entre éleveurs et agriculteurs. Quand les éleveurs quittent un
endroit, les agriculteurs s'y installent, sans possibilité de
pacage pour les bêtes au retour. Les hommes partent à
la ville pour essayer en vain de trouver du travail. Et c'est
dans ce contexte que les prêcheurs de Boko Haram arrivent avec de l'argent. Hindou ajoute : « Si le ventre est
vide, la tête ne réfléchit pas », et les hommes qui ont
tout perdu sont prêts à tout pour exister.

La pauvreté, la faim, les migrations forcées, la déscolarisation des jeunes, la déstabilisation sociale, l'entassement dans des bidonvilles ne sont pas directement
responsables du terrorisme, mais ils créent des conditions favorables pour des prêcheurs sans scrupules et qui
bénéficient de moyens financiers importants sentant le
pétrole.

Financement du terrorisme et pétrole
Dans une excellente émission, « Daesh, autopsie
d'un monstre », diffusée le vendredi 20 novembre à
19 h 20 sur France Inter, on en a appris un peu plus sur le
rôle trouble joué par le Qatar ou l'Arabie saoudite, grâce
à des explications de spécialistes du renseignement ou
d'anciens diplomates. Au point de départ, on trouve
l'intervention militaire de Georges Bush, en 2003, qui va
déstabiliser l'Irak. Après la destruction de ce pays par
l'aviation américaine, il n'y a plus de véritable État : « Les
services publics n'existent plus, l'économie est moribonde
et la corruption est devenue la norme. » De plus, d'après
Alain Juillet, ancien patron du renseignement à la DGSE,
les Américains vont commettre une erreur colossale en
donnant l'ordre de licencier tous les militaires de l'armée
irakienne. Presque toujours d'origine sunnite, humiliés et
animés d'une haine tenace contre les occidentaux, ce
sont eux qui vont constituer, plus tard, par esprit de

revanche, l'armature militaire de l'État islamique.

Intervient ensuite le projet de construction d'un
oléoduc entre l'Iran et la Syrie, via l'Irak, pour acheminer
directement le pétrole iranien jusqu'à la Méditerranée.
L'Arabie saoudite et le Qatar vont se rendre compte que
cette redistribution des cartes du pétrole et du gaz contrecarre directement leurs intérêts. Cela va pousser ces
deux pays à déstabiliser la Syrie. Ils ne vont pas hésiter à
financer des groupes djihadistes jusqu'en 2013. Ce financement n'est pas direct ; Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire du Quai d'Orsay, en explique les mécanismes
dans un pays qui applique la charia et où il n'y a pas vraiment de séparation entre argent public et argent privé :
« Quand les Saoudiens sortent à l’étranger, ils s’éclatent,
ils font tout ce qui est interdit chez eux et quand ils reviennent, comme ils se sentent coupables, ils achètent des
indulgences. Ils ne disent pas que cet argent doit aller à
Al Nosra ou à Daesh, simplement cet argent va de fait
vers ces groupes islamistes. » (3) Et ce fric passe par des
sortes de « fondations ».

Après 2013, ces financements directs se tarissent
parce que le monstre ainsi fabriqué devient incontrôlable
et se rapproche des frontières saoudiennes. Mais il
semble que l'Arabie saoudite et la Turquie vont continuer
tout de même à financer indirectement les groupes djihadistes en achetant le pétrole de contrebande produit
dans les zones contrôlées par Daesh.

La France manque de discernement et de
cohérence
Dans cette affaire, les responsables français ont
fait preuve de beaucoup de légèreté et ont joué avec

le feu. D'abord, la France a livré des armes aux opposants syriens « démocrates », et certaines de ces armes
ont fini par tomber aux mains des djihadistes. Ensuite,
les dirigeants français entretiennent les meilleurs rapports commerciaux avec ces pays au jeu trouble et où les
Droits de l'Homme sont les cadets de leurs soucis. En
mai dernier, François Hollande s'est rendu au Qatar pour
vendre des avions Rafale, et Manuel Valls est allé en
octobre en Arabie saoudite pour signer d'autres contrats. Le Premier Ministre a même invité les Saoudiens à
venir investir en France… No comment !

Un journaliste pose la question : « Peut-on adopter une posture morale lorsqu’il s’agit de Damas et fermer les yeux sur ce que font Doha et Riyad ? Comment
peut-on être crédible si l’on fait du commerce avec des
pays qui soutiennent un terrorisme que l’on dénonce par
ailleurs ? » (4). Enfin, revenons au climat en laissant la
conclusion à Pascal Canfin : « Directement ou indirectement, les revenus du pétrole sont donc à la base de la
puissance économique des groupes terroristes qui ont
frappé la France, mais aussi bien d’autres pays comme le
Liban. Sortir de notre dépendance aux énergies fossiles,
qui est bien l’un des enjeux d’une COP21 réussie, c’est
aussi réduire l’argent que nous laissons chaque jour aux
monarchies du Golfe et, indirectement, aux groupes terroristes. » (5)

Gérard Mamet

(1) Journées d'Été des Écologistes.
(2) AlterEcoPlus, 16 novembre 2015.
(3) France Inter, 20 novembre. : « Daesh, autopsie d'un
monstre »
(4) id
(5) AlterEcoPlus, 16 novembre 2015.

13

De la Franche-Comté à Wallis-et-Futuna

PETITE CHRONIQUE WALLISIENNE (5)

La Conférence de Paris sur le climat est attendue
avec une impatience et une inquiétude toutes particulières dans les petits États insulaires du Pacifique.
Il faut dire que les habitants de cette immense
région (près d'un tiers de la surface du globe) sont parmi
les plus gravement menacés dans leur vie quotidienne,
dans leur identité même, par les conséquences du dérèglement climatique. Pourtant, ces États ne sont responsables que de 0,03 % des émissions mondiales de carbone...

14

Certaines de ces conséquences sont bien connues : augmentation du niveau de la mer, intensité accrue des épisodes cycloniques, risques pour la biodiversité. Mais lorsque les effets commencent à apparaître, ils
deviennent brutalement très concrets et d'autres dimensions apparaissent. Un colloque fort intéressant a eu lieu
au Sénat le 9 juin dernier, à l'initiative du Groupe d'amitié France-Vanuatu-Îles du Pacifique, et a fait le point sur
cette question avec des ONG et des représentants des
États concernés.

L'isolement au milieu de l'immense océan Pacifique est
un facteur supplémentaire de fragilité.
Il semble bien que les deux puissances économiques de la région, l'Australie et la Nouvelle-Zélande,
ne constituent pas des appuis pour ces petits États. Au
contraire, l'Australie notamment se situe visiblement
dans un vrai déni de la question climatique. Le gouvernement australien ne vient-il pas de valider un projet totalement aberrant de mine de charbon dans le Queensland ? Un projet pourtant rejeté par les associations,
retoqué en juin par la Cour fédérale australienne et qui
menace directement la Grande Barrière de Corail, site
classé au Patrimoine mondial de l'humanité…

Urgence climatique !
Le premier constat, c'est l'extrême vulnérabilité
de ces petits territoires : la plupart d'entre eux sont de
petits États indépendants, sans grands moyens, qui pour
certains ne disposent même pas d'un réseau de prévisions météo ou de systèmes d'alerte en cas de cyclones.

La montée dramatique des eaux de
l'Océan, c'est déjà une réalité concrète pour les îles de
l'ouest du Pacifique. Hervé Maurey, qui préside au Sénat
la commission de l'Aménagement du Territoire et du
Développement durable, a indiqué lors du colloque que,
dans la région des îles Palau (proches de la PapouasieNouvelle-Guinée), la hausse du niveau de la mer est trois
fois plus rapide qu'ailleurs sur la planète ! Une explication partielle résiderait dans l'existence de vents anormaux, difficiles à prévoir, liés probablement au phénomène El Nino (1). Tiens, tiens, cette année, à Wallis, tout
le monde s'étonne de la durée anormalement longue

des alizés... Encore un coup d'El Nino ?
En tout cas, certaines îles sont déjà condamnées
par les scientifiques, à l'image des îles Carteret, en
Papouasie-Nouvelle-Guinée, où l'eau est déjà montée
d'un mètre vingt !

Anthony Lecren, membre indépendantiste du gouvernement de Nouvelle-Calédonie, nous parle d'Oceania 21,
un rassemblement sur le Caillou de 17 États du
Pacifique, qui ont rédigé le 1er mai dernier la déclaration
de Lifou, « Paris 2015, sauvez l'Océanie! », adressée aux
grandes puissances industrialisées.
« Nous voulons que la conférence des Nations
Unies à Paris proclame une révolution internationale
dans la manière dont le monde fait face au changement
climatique. »

Le sénateur de Wallis-et-Futuna, Robert Laufoaulu,
a expliqué lors du colloque au Sénat qu'il n'existe pas de
risque de submersion ici, mais que l'inquiétude est forte
néanmoins : l'organisation de la vie traditionnelle a fixé la
plupart des habitants sur les côtes - pêche et collecte des
coquillages, tarodière pour l'alimentation quotidienne et, dans l'hypothèse d'une montée des eaux de 50 cm, de
nombreuses familles devraient déménager. Plus grave
encore, la grande nappe phréatique qui alimente Wallis
en eau douce risquerait d'être infiltrée, privant la population d'eau potable et condamnant les tarodières.
Le risque cyclonique est déjà important dans le
Pacifique. Les climatologues prévoient une augmentation
du nombre de cyclones de catégorie 5 (les plus dévastateurs, avec des vents supérieurs à 217 km/h). Le climat
sera également plus variable, plus imprévisible, et les
tempêtes plus fréquentes. On connaît l'impact sur la vie
sociale et économique de ces événements : le Vanuatu
peine à se relever du cyclone Pam (mars 2015), qui a détruit habitations, services et structures touristiques.
Tous ces phénomènes ont bien sûr une incidence
sur la biodiversité : l'érosion des côtes par les tempêtes
ainsi que la montée des eaux provoquent la destruction
des mangroves, des herbiers marins, des marais côtiers,
qui sont autant de refuges pour les espèces. Le réchauffement de l'océan, qui peine à jouer son rôle de
« capteur de carbone », conduit à la destruction des
zones coralliennes, si précieuses pour les poissons.
Les conséquences sont d'abord humaines : diminution de la ressource pour les pêcheurs, perte de terres
fertiles, etc.

Et maintenant ?!
Sombre tableau... Les États et associations présents lors du colloque se veulent pourtant combatifs et
optimistes. D'abord, se rassembler pour être plus forts :

Ces États et territoires demandent un engagement « sincère, ambitieux, de long terme et contraignant sur un objectif de réchauffement limité à moins de
2 degrés, voire 1,5 » et font des propositions.
Lecren explique aussi qu'Oceania 21 s'est appuyé
sur les savoirs scientifiques (environnement, économie),
mais aussi sur les savoirs traditionnels des peuples du
Pacifique. Ainsi les États signataires s'engagent à développer des systèmes d'observation pour améliorer la
surveillance et la gestion des impacts des changements
climatiques et à travailler ensemble pour rassembler les
connaissances traditionnelles qui permettraient une
meilleure résilience des écosystèmes.

Déjà, certains pays s'organisent ; le petit État
de la République des Palaos (ou Palau) a pris une décision radicale : déclarer l'ensemble de sa Zone Économique Exclusive « sanctuaire marin international ». 80 %
de cette zone sont interdits de prélèvement, 20 % le
sont à la pêche artisanale et à l'écotourisme. Le président des Palaos l'affirme : lorsqu'une zone est protégée,
il y a des effets sur l'ensemble du territoire, la biodiversité se régénère et protège le littoral. Nicolas Hulot ajoute
qu'un rapport récent montre que lorsqu'on investit un
euro dans les aires marines protégées, le bénéfice est
multiplié par trois, sans compter le nombre d'emplois
créés.
D'autres États ou territoires revendiquent une
augmentation substantielle des moyens destinés à prévenir et réparer, dans le cadre du Fonds vert pour le climat (1). Par ailleurs, des pistes sont encore à explorer :
comme le note Catherine Procaccia, présidente de

15

l'Association organisatrice du colloque, les États de la région restent encore très dépendants des énergies fossiles
pour leur développement, alors que les ressources en
énergies renouvelables abondent sur leurs territoires :
soleil, vent, énergie marine, biomasse, géothermie... Le
Fonds vert peut-il aider à effectuer ce type de transition ?

Aidez-nous à sauver l'Océanie, aidez-nous à
préserver le Paradis d'Éden ; je dis cela tout simplement
parce que nous n'en aurons pas les moyens tout seuls. »

Françoise Touzot

De même, gérer l'eau et l'agriculture au plus près
des territoires permettrait de mieux résister en cas d'accident climatique. En cas de cyclone, une agriculture ou un
système d'eau entretenus localement accroissent la capacité de résilience.
Des coopérations techniques entre pays vulnérables et pays riches sont attendues aussi, pour créer et
gérer des systèmes d'alerte efficaces ou pour lutter contre
les processus d'érosion des côtes.

Allez, pour terminer, cette jolie envolée
amoureuse d'Anthony Lecren, représentant néocalédo-

16

nien, pour la flore exceptionnelle de son île, menacée par
la catastrophe annoncée :
« Chez moi, on a la chance d'avoir l'amborella
trichopoda, qui a 130 millions d'années, c'est le premier
arbre à fleurs, c'est la « Lucy de la flore ». Et la « Lucy de la
flore » n'existe qu'en Nouvelle-Calédonie. Nous avons
cette responsabilité de la préserver à la fois pour nous, les
gens du Pacifique, de la Nouvelle-Calédonie, mais aussi
pour le reste de la planète. Quand on a la « Lucy de la
flore » et que 93 % de certaines espèces sont complètement endémiques, on a la responsabilité de préserver le
patrimoine de l'humanité. La « Lucy de la flore », la première fleur à avoir donné le premier fruit - le premier
fruit ! - a peut-être nourri le premier homme et pourquoi
pas le Paradis d'Eden ?

(1) Phénomène climatique caractérisé par des
températures anormalement élevées de l'eau dans le
Pacifique sud, et lié à une perturbation dans la circulation atmosphérique entre les pôles et l'équateur.
(2) Champ planté de taros, plante tropicale dont le
tubercule est comestible, une des bases de l'alimentation dans le Pacifique.
(3) Mécanisme financier de l'ONU, créé en 2009. Il
a pour objectif de réaliser le transfert de fonds des pays
industrialisés à destination des pays les plus vulnérables, afin de mettre en place des projets pour combattre les effets des changements climatiques.

Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté
(33, Avenue Carnot 25000 Besançon)
Directeur de publication : Gérard Roy
Comité de lecture : Michel Boutanquoi, Gérard Mamet,
Gérard Roy, Suzy Antoine, Françoise Touzot
CPPAP: 0518 P 11003
Maquette : Corinne Salvi Mise en page : Suzy Antoine
Imprimé sur papier recyclé
Par les soins d’Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté
ISSN 1169-1190

Un projet destructeur en zone Natura 2000

UNE CARRIÈRE HOLCIM DANS
LA HAUTE VALLÉE DE L’OGNON ?
À quoi sert Natura 2000 ? À quoi servent les politiques locales de développement ? À rien. C’est en tout
cas la réponse qui pourra être apportée à ces deux
questions si le projet de carrière de Ternuay, dans la
haute vallée de l’Ognon, voit le jour. L’extraction, par un
consortium conduit par la multinationale Holcim, de
roche volcanique de très haute qualité est en effet prévue sur plus de 13 ha du territoire communal, entièrement en zone Natura 2000 ! Cette zone se trouve dans
un territoire préservé des Vosges saônoises, qui a été
dénommé les « Mille Étangs » avec l’objectif de valoriser son potentiel touristique. Potentiel jusque-là considéré par les collectivités comme à même d'engendrer
des retombées économiques locales, celles-là mêmes
que n’apportera pas la carrière (qui ne créera pas d’emplois). Le projet ne servira ni les intérêts des habitants
de la vallée, qui verront l’avenir de leur territoire compromis et auront à subir d’innombrables nuisances, ni
ceux des écosystèmes, bien commun des générations
futures. Mais alors, lesquels ? C’est un joyau écologique
qui est menacé.

préfecture argumentera également en évoquant l’intérêt écologique du site dans l’arrêté de non-autorisation.

Deuxième projet de carrière porté par une
multinationale
En ce début d’année 2015, un nouveau projet
voit le jour, toujours sous l’appellation des Carrières de
Ternuay porté par une grosse pointure internationale :
GDFC (Holcim/Eurovia).
Cette seconde demande consiste en la création
d’une carrière de roches massives sur le même site que
le projet de 2005 à Ternuay. L’exploitation programmée
affiche un tonnage de 300 000t de granulats (1) par an
sur 30 ans. C’est donc 4 fois plus que la proposition de la
commission des carrières de 2006.

Une utilisation locale ?
Il est prétendu qu’il s’agit là aussi de répondre
aux besoins en matériaux de la haute vallée de l’Ognon
et du bassin de Lure, sachant que ce type de matériaux
est de très bonne qualité. Ce qui permet de prévoir
qu’une utilisation autre que locale est visée.

La commune de Ternuay est touchée
Les 13,3 ha concernés par le projet, dont 7,6 en
extraction, sont situés sur les terrains communaux appartenant à la commune de Ternuay. Ces parcelles sont
totalement boisées et placées désormais dans leur totalité en Natura 2000. Elles s’inscrivent également dans un
massif montagneux ayant conservé toute son intégrité.

Premier projet de carrière débouté en préfecture
En 2005, une demande d’ouverture de carrière
sur la commune de Ternuay-Melay-Saint-Hilaire, dans la
Haute Vallée de l’Ognon (70), au lieu-dit « Le bois de
Fagramme », est déposée par la Société des carrières de
Ternuay.
La Commission départementale des carrières reconnaitra le 26 juin 2006 que le projet tel qu'il est déposé n’est pas viable techniquement ni financièrement.
Puis elle votera le 10 mai 2007 le refus d’exploitation. La

Ce chantier s’étagerait progressivement au cours
des travaux pour atteindre plus de 90 m de haut et serait visible depuis la route touristique de la vallée de
l’Ognon.

Une résistance qui s’organise et va croissant
Créée en 2005 autour d’un groupe de riverains
constitué lors de l’annonce de l'enquête d'intérêt public
relative au premier projet, l'« Association Sauvegarde du
plateau des Mille Étangs et de la haute vallée de
l’Ognon » reprend son activité en 2011 quand des forages profonds sont entrepris.
Ses arguments :

17

18

- fortes nuisances dans toute la vallée : gêne importante
pour la circulation, bruit, pollution, forte perturbation des
riverains (moins de 300 m), atteinte à la tranquillité des
villages traversés, dégradation des voies de communication, chute de valeur de l’immobilier, etc. ;
- aucune plus-value économique pour la vallée ; aucun
emploi ne sera vraiment créé, et seule la commune de
Ternuay bénéficiera de retombées financières ;
- situé dans un site remarquable, sur le plan tant du
pittoresque, puisque placé dans le secteur emblématique
des Mille Étangs, que du patrimonial, du fait des éléments
géologiques de qualité qui bordent les parcelles vouées à
la destruction ;
- l'argent public consenti ces dernières années par les
collectivités locales et départementales et les associations
pour mettre en valeur ce secteur sur le plan touristique et
permettre ainsi un développement économique adapté
sera perdu ;
- il y aura des destructions ou des mutilations d’habitats
d’intérêt communautaire en site Natura 2000 (2), pourtant
destiné normalement à préserver la biodiversité.

Autant d’arguments qui montrent qu’un tel projet
aurait un impact fortement négatif sur une vallée sensible,
pourtant préservée jusqu’à maintenant, alors que les besoins en matériaux d’extraction sont actuellement en nette
régression !

Jacky Freslier

Association de Sauvegarde du plateau des Mille Étangs et
de la haute vallée de l’Ognon.
Contact : jkweber68@gmail.com

(1) Le granulat, seconde matière première utilisée
en France après l’eau, est essentielle à l’aménagement du
territoire : construction de logements, entretien des voies
de communication...
(2) L'habitat d’intérêt communautaire est un habitat naturel en danger.

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Science et écologie

INFORMATIQUE ÉCORESPONSABLE, EFFET
COCKTAIL ET RÉVEIL D'UN VIRUS
La science pour éclairer les choix de l'écologie politique.
La réflexion politique pour développer la critique de la science.

1. L'informatique émet plus de gaz à effet de
serre que l'aviation
Les TIC (1) sont à double tranchant : d'un côté
elles permettent d'optimiser les procédés industriels et
de réduire les transports (téléconférences), et donc de
diminuer les émissions de gaz à effet de serre. De l'autre,
elles consomment beaucoup d'énergie, ce qui représente
4 à 5 % des émissions de GES. En comparaison, l'aviation
représente 2 % des émissions de CO2. En 2013, les TIC
ont nécessité une puissance de 122 gigawatts (2) ; et
elles connaissent une croissance extrêmement rapide. Le
nombre de personnes connectées à internet devrait passer de 2,73 milliards en 2013 à 5 milliards en 2020. (Pour
la Science n° 457, novembre 2015, pp. 16-18)

2. Le secret de l'effet cocktail
L'effet cocktail est un terme de pharmacologie
pour désigner la modification de l'effet d'un médicament en présence d'autres molécules actives. Par extension, on parle aussi d'effet cocktail pour rendre
compte des interactions de plusieurs polluants dans un
même milieu. Les études menées par deux chercheurs
de Montpellier portent sur l'effet combiné d'une hormone et d'un pesticide. Les chercheurs ont testé les
effets sur des cellules de 40 substances prises isolément et à différentes concentrations. Puis ils ont testé
780 paires de ces mêmes molécules. Les résultats ont
montré que les « binômes » produisaient le même
effet à des concentrations 10 à 100 fois plus faibles.
(La Recherche n° 505, novembre 2015, pp. 16-19)

Commentaire : Pour réduire la consommation
d'énergie, la première solution consiste à faire durer plus
longtemps les équipements. La fabrication d'un smartphone peut représenter 75 % des émissions de GES de
son cycle de vie. Il faudrait donc s'attaquer à l'obsolescence programmée, qui rend inutilisable un appareil
pour vendre le suivant, par exemple en imposant de
maintenir la compatibilité des logiciels. Améliorer la réparabilité des appareils peut contribuer à allonger leur
durée de vie. On peut aussi imaginer des équipements
plus économes en énergie, avec des modes veille automatiques. Il existe un timide mouvement mondial pour
une informatique écoresponsable mais ce mouvement
reste faible faute d'une incitation politique forte.

Commentaire : Sur la Loue ou sur le Dessoubre,
les analyses mettent en évidence la présence de plusieurs centaines de micropolluants. Dans la très grande
majorité des cas, ces substances sont présentes à des
doses très inférieures aux normes sanitaires. Mais ces
normes ne tiennent pas compte de l'effet cocktail,
c'est-à-dire de l'effet lié à l'interaction de plusieurs
polluants. Il y a donc des failles dans l'évaluation des
risques dus à l'utilisation des substances toxiques. Cela
devrait nous amener à être encore plus prudents dans
l'utilisation des pesticides et à revoir les normes à la
baisse.

19

3. Un virus géant dans le sol gelé sibérien
Des chercheurs d'un laboratoire de Marseille ont
découvert un virus géant (3) dans un échantillon de sol
gelé extrait du pergélisol (4) du nord de la Sibérie. Ce virus
mesure 1,5 millième de mm, soit la taille d'une bactérie.
Inactif pendant 30 000 ans, il a été capable d'infecter des
amibes (5). Fort heureusement, les tests ont montré
qu'une fois réactivé, il était par contre incapable d'infecter
des cellules de souris ou des cellules humaines. D'autres
virus géants ont été découverts dans d'autres milieux et ils
pourraient former un groupe à part entre les virus
« normaux » et les bactéries. (La Recherche n° 505, novembre 2015, pp. 47-50).

Commentaire : Cette découverte est alarmante.

20

Les conditions de conservation dans le pergélisol sont
idéales : froid, pH neutre, pauvreté en oxygène. La réactivation du virus après 30 000 ans de sommeil montre qu'il
supporte très bien l'hibernation. Le réchauffement climatique ouvre des voies maritimes vers ces sols riches en

pétrole, gaz, charbon, or, tungstène… L'exploitation de
ces sols mettrait les hommes en contact avec des virus
enfouis depuis des millénaires. Par exemple, il n'est
pas exclu que ces sols renferment encore le virus de la
variole, maladie éradiquée de la planète, grâce à la
vaccination, depuis 1977. On comprendra que l'évaluation du danger est nécessaire et que toutes les précautions doivent être prises.

Gérard Mamet

(1) Technologies de l'Information et de la Communication : téléphones, tablettes, ordinateurs, serveurs, réseaux internet.
(2) Un gigawatt (ou 1 000 mégawatts) est la
puissance moyenne d'une centrale nucléaire.
(3)Il a été nommé Pithovirus sibericum.
(4) Le pergélisol ou permafrost est un sol gelé en
permanence, du fait de son altitude (plus de 3 500 m
dans les Alpes) ou de sa latitude (au delà du 60e degré). Il couvre 20 % de la surface terrestre.
(5) Les amibes sont des animaux rudimentaires
formés d'une seule cellule, que l'on trouve par exemple
dans les eaux stagnantes.

L’eau, un bien commun très précieux
27 novembre 2015 à Ornans : action de campagne
« Pêche à la truite », qui visait à alerter sur la dégradation
de l’eau et des milieux aquatiques

Une nouvelle campagne

L'ALUMINIUM, ENCORE ET TOUJOURS
Vous connaissez mon engagement dans la sécurisation de vos futures vaccination.
Après un été passé devant mon ordinateur, je vous propose de découvrir un nouveau site internet dédié à
cette question de santé publique : http://
www.vaccinssansaluminium.org.
Cet outil permettra à toute personne de trouver des
éléments de réponse à ses questions et de mieux comprendre en quoi l'aluminium est réellement toxique et
pourquoi il est important de sensibiliser un maximum
de citoyens.
Sans implication de tout le monde, nous ne gagneront pas cette bataille de santé publique qui concerne 100 % des citoyens.
En tant que malades, mon association
(E3M) et moi avons fait notre travail de lanceurs d'alerte : c'est maintenant aux autres,
à vous qu'incombe la responsabilité de défendre votre sécurité vaccinale et celle de
vos familles.
Face aux alertes croissantes sur les effets secondaires graves liés à la présence de sels
d’aluminium dans les vaccins, l’association
E3M lance cette semaine une grande campagne « pour
des vaccins sans aluminium ». Ses trois objectifs : informer le grand public, lancer et fédérer un mouvement
citoyen, financer la recherche. À ne pas confondre avec
les démarches du Pr. Joyeux et de l'IPSN,dont je vous ai
parlé dans la précédente Feuille Verte.
Les deux objectifs du site sont la remise sur le
marché du DTPolio sans aluminium et le retrait rapide
de l’aluminium de tous les vaccins. Afin d’atteindre ces
objectifs, cette campagne se concentrera sur trois axes :

Informer le grand public
L’information doit être accessible à tous ceux qui
la cherchent. La vaccination ne peut échapper à cette
règle démocratique. Cette campagne vise à faire connaître les risques liés à la présence d’aluminium dans les
vaccins en s’appuyant sur l’avancée des connaissances
scientifiques.

Créer ensemble un fort mouvement citoyen
La question de l’aluminium vaccinal dépasse le
combat des personnes qui en sont victimes, c’est un

enjeu de société qui nous concerne tous. Nous connaissons le poids de l’industrie pharmaceutique et son emprise sur les décisions politiques. À nous d’agir, tous ensemble !

Apporter des financements massifs à la recherche
Les financements publics sont très aléatoires,
compte tenu des tabous entourant la question de la sécurité vaccinale. Seule la mobilisation citoyenne peut
permettre de lever des fonds importants, afin que les
chercheurs nous éclairent au plus vite sur toutes les conséquences liées à la présence d’aluminium postvaccinal
dans notre organisme.
NB : L'État, via le ministère de la Santé, qui
devrait soutenir la recherche afin de sécuriser
la production de vaccin, n'est intervenu
qu'après nos grèves de la faim en
2013 en accordant 150 000 € sur 3 ans pour la
recherche. (Je vous donnerai, début 2016, les
résultats qui confirment les alertes et nécessitent d'autres recherches pour mettre au point
de nouveaux adjuvants non toxiques et affiner
les possibilité de diagnostic des personnes victimes des
adjuvants vaccinaux aluminiques.)
Vous pouvez contraindre l'état à financer ces recherches à travers vos dons, qui ouvrent un droit à déduction fiscale (de 66 %) si vous êtes imposables. Ainsi, si
vous donnez par exemple 50 euros, l'État contribuera à
hauteur de 33 € et vous de 17.
Il est temps que cette exigence soit portée par
tous les citoyens conscients des enjeux de santé publique
liés à la vaccination.
Vous pouvez agir. Dès maintenant, renseignezvous sur le site de la campagne : http://
www.vaccinssansaluminium.org
Merci d'avance pour les moyens que vous pourrez
mettre en œuvre afin que nous assurions, ensemble, un
avenir plus sûr pour nos enfants.

Yves Ketterer
Vice-président d'E3M
contact@vaccinssansaluminium.org

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Suisse : à droite toute !

UN SALE COUP POUR LA DÉMOCRATIE
ET L'ENVIRONNEMENT
« Dire la vérité ne fait pas gagner une seule voix. » À
l'heure où j'écris ces lignes, je ne sais pas si les Régionales
de décembre, chez nous, apporteront un démenti à cette
remarque désabusée de l'écrivain suisse Peter von Matt.
Ce qui est sûr, en revanche, c'est qu'elle s'applique parfaitement aux résultats des récentes élections chez nos voisins helvètes : comme le remarquent amèrement les Verts
d'outre-Jura, « ce sont surtout l’instrumentalisation des
peurs et le pouvoir de l’argent qui se sont imposés, et non
la recherche de solutions à long terme ».

22

En effet, le scrutin d'octobre dernier - celui de la
50e législature - a vu le Conseil national (l'équivalent de
notre Assemblée nationale) virer très nettement à droite,
la très mal nommée Union Démocratique du Centre (UDC)
- en fait l'un des partis les plus à droite, voire à l'extrême
droite, qu'on puisse trouver en Europe
- ayant conforté la place de premier parti suisse qu'elle occupe depuis 1999 : avec 29,4 % des voix, elle
est passée de 54 à 65 députés sur
200 !
Comme le soulignent les Verts,
ce tropisme très droitier « fait maintenant peser une forte pression sur la
politique de protection de l’environnement, les retraites et les droits fondamentaux. D’importantes coupes budgétaires ont déjà été annoncées dans la coopération au développement et la formation. L’armée, les autoroutes et les
systèmes d’évasion fiscale sont, au contraire, en plein
boom. »

Justement, comment s'en sont-ils sortis, les
Verts, lors de ces élections ? Ma foi, pas de quoi pavoiser.
Certes, les pronostics leur annonçaient pire ; il n'empêche
qu'ils perdent quatre conseillers nationaux, passant de 15
à 11 sièges sous le très lourd dôme du Palais fédéral, à
Berne. Cinq sortants n'ont pas été réélus à Genève, SaintGall, Neuchâtel, Zurich et Berne ; mais Bâle-Ville a élu Sibel
Arslan, dont le nom indique assez les origines turques
(preuve que tout le monde, en Suisse, ne partage pas la
xénophobie obsessionnelle de l'UDC), et la « star » Maya
Graf a brillamment défendu son siège en étant la mieux
élue à Bâle-Campagne. Les autres Verts ont été élus à

Berne (2), à Zurich (2), à Lucerne (1), dans le canton de
Vaud (2), en Argovie (1) et à Genève (1). C'est d'ailleurs
dans ce dernier canton qu'on a élu la benjamine du
Conseil national, la Verte Lisa Mazzone, qui n'a pas
encore 28 ans et qui, à ce titre, a prononcé le discours
d'ouverture de la nouvelle législature.
Au Conseil des États, qui représente les cantons
et pour lequel les élections avaient lieu quelques semaines plus tard, c'est encore pire. Non seulement la
tentative d'obtenir un siège à Zurich a échoué, mais,
contrairement aux bons espoirs des Verts, le sortant
Luc Recordon (1) a été largement battu dans le canton
de Vaud. Il va d'ailleurs quitter la scène fédérale, bien
qu'ayant été élu au Conseil national le 18 octobre en
compagnie de Daniel Brélaz (2) : il a décidé de laisser
son siège à la vice-présidente des
Verts suisses, Adèle Thorens, première des « viennent-ensuite » (3).
Robert Cramer, lui, a été réélu à
Genève : il est désormais le seul Vert
sur 46 conseillers aux États !

Vu ce nouveau rapport de
forces passablement défavorable
(on imagine comment, ces quatre
prochaines années, un Parlement
massivement de droite va s'occuper
de la sortie du nucléaire, de la protection du climat et
de la biodiversité, de l'aménagement du territoire,
etc.), les Verts (qui constituent en nombre d'élus le 5e
parti de Suisse) ont l'intention d'orienter plus, désormais, leurs actions vers l'extérieur du Parlement, à
l'aide d' « initiatives populaires » et de référendums. À
commencer par l'initiative « Pour une sortie programmée du nucléaire », qui a de bonnes chances de l'emporter. Et pour ce qui est de l'élection du Conseil fédéral (l'exécutif de la Confédération, formé de
7 membres), les Verts resteront fidèles à leur ligne de
conduite : aucune voix Verte pour l'UDC !

Pour la petite histoire, on signalera que, lors de
ces élections d'octobre-novembre, les Vert'libéraux (4),
une scission quelque peu droitière des Verts, sont passés de 12 à 7 sièges au Conseil national et de 2 à 0 au
Conseil des États...

Gérard Roy

(1) Que certains d'entre nous connaissent pour
avoir partagé avec lui (entre autres) des Journées de
printemps helvético-comtoises.
(2) Maire (syndic) de Lausanne depuis novembre
2001. Il fut en 1979 le premier écologiste au monde à
être élu dans un Parlement national.
(3)Vous ne trouvez pas ça génial, cette expression pour désigner, dans un classement, ceux qui occupent un rang moins important que les premiers ? Moi,
si...
(4) Débile, cette façon d'écrire leur nom ? Ben
oui, mais ils ont l'air d'y tenir...

UN MOIS, ÉMOIS ET MOI
Discrédit.

Cendres. L'essor de la crémation en France at-

Idolâtré il n'y a
pas si longtemps,
l'ancien président
brésilien Lula est
devenu un repoussoir. Mésaventure que ne
connaîtra
pas
Hollande : lui n'a
jamais été idolâtré.

teint ses limites. En cause, le retour du religieux ! La religion nous fera ch... jusque dans notre mort.

Bête (Age -). La science montre que les adolescents subissent dans leur cerveau une perte de matière
grise. On avait remarqué, merci.

Innovant. Sur la nouvelle Kikai de Toyota, grâce à
une petite ouverture à ses pieds, le conducteur peut
regarder le mouvement des roues et le défilement du
bitume. Faut dire que c'est tellement chiant de regarder
toujours devant soi en conduisant !

Protections. Les sénateurs votent la baisse de la
TVA sur les tampons hygiéniques. Ils ne tiennent pas à ce
qu'on taxe trop leurs couches Confiance.

Éducation. Parmi les morts du récent tremblement de terre en Afghanistan, 12 gamines victimes d'une
bousculade dans leur école. Les talibans leur avaient
pourtant bien dit de ne pas y aller !
Santons. Beata Szydlo, nommée Premier ministre
de Pologne après des législatives qui ont vu le triomphe
des conservateurs les plus bornés et la disparition de la
gauche, s'est notamment occupée, quand elle travaillait
au musée d'histoire de Cracovie, du concours annuel des
crèches de Noël. Rien de tel pour diriger un pays de culs
bénis.

Chiards. Les Chinois renoncent au dogme de l'enfant unique. Quand leurs trains seront bourrés de sales
gosses braillards, faudra pas qu'ils viennent se plaindre.

23

Voix. En l'honneur des victimes du 13 novembre, la
France chante La Marseillaise, les Corses le Dio vi salvi
Regina (l'hymne insulaire) et tout le stade du match NiceLyon Daech, Daech, on t'encule ! Si on m'avait dit qu'un
jour je serais d'accord avec des supporters !...

Rigolo. Le nouveau président du Guatemala, Jimmy
Morales, était soutenu par un parti créé par des officiers
d'extrême droite accusés de massacres pendant la guerre
civile ; il est évangéliste, conservateur, anti-avortement,
anti-mariage gay et pour la peine de mort. Mais bon, c'est
aussi un comique, vedette du petit écran. Reviens, Coluche !

Rigolos. Après les dessins de l'hebdomadaire sur le
crash du charter russe dans le Sinaï, tout ce que la Russie
abrite de crapules (et ça en fait pas mal !) dénonce
« l'immoralité systématique » de Charlie Hebdo, coupable
de « blasphème ». Ne nous indignons pas trop vite : de la
part de Poutine et de sa bande d'humoristes, ça ne peut
être que du second degré.

Love (1). Nous, les bouddhistes, on ne doit pas res-

24

ter calmes ! […] Ils [les musulmans] viennent boire notre
eau, manger notre nourriture, habiter dans nos maisons.
[…] Ils ont un plan : nous submerger. » En Birmanie, chansons, discours, libelles, interviews de moines témoignent
que, comme les autres, le bouddhisme est une religion de
paix et d'amour (1).

Love (2). Il paraît que les avions militaires russes
sont bénis avant de partir en mission par l'Église orthodoxe. Cette engeance-là aussi, elle n'est qu'amour et miséricorde pour le prochain.
Convictions. Ex-star d'Europe Écologie, Laurence
Vichnievsky, après avoir fricoté avec le PS puis le Modem,
rejoint finalement la liste du très droitier Laurent Wauquiez aux régionales. Y a encore un râtelier auquel elle n'a
pas bouffé ?

Sacré-Cœur de Jésus. Un type qui a un si bon goût
artistique remplacerait avantageusement certains responsables de FRAC (2).

Jésuite. « Utiliser le nom de Dieu pour justifier la
voie de la violence et de la haine est un blasphème », a
déclaré le pape après les attentats de Paris. C'est vrai
que l'Église catholique ne s'est jamais permis ça, elle.

RATP. « Dès qu'on commence à franchir les portillons du métro, à taguer, ça veut dire qu'on peut tout
se permettre », affirme Valérie Pécresse. Qui a dû en
franchir des flopées, de portillons de métro, pour se
permettre des conneries pareilles !

Loi. En Gambie, le président Yahia Jammeh interdit l'excision. Super !... Parce que cette pratique,
très répandue dans ce pays, n'est pas dictée par
l'islam. Pfff !...
Conne. Contrairement à ce qu'on avait d'abord
cru, la djihadiste Hasna Aït Boulahcen ne s'est pas fait
exploser à Saint-Denis. Au dernier moment, elle s'est
dit qu'il n'y aurait peut-être pas 70 puceaux pour elle
au paradis d'Allah.

Boum ! Sur RTL, Eric Zemmour propose que la
France bombarde non pas Raqqa, mais Molenbeek.
Pourquoi pas RTL ?

Pan ! Terminons par une
bonne nouvelle. Dans les
Pyrénées-Atlantiques, un chien
de chasse a blessé son maître
avec le fusil de ce dernier. C'est
un accident, nous dit-on. Pas sûr,
tant le chien est un animal intelligent...

Ouf ! Malgré les
risques
d'attentat
qui
« imposent » l'interdiction
des manifestations pour la
COP 21, les matches de foot
sont maintenus et la France
aura bien son Euro de baballe 2016. Un peu de douceur et de poésie dans ce
monde de brutes…

Saint-sulpicien. Au cri de « Une de moins ! », un
curé breton, dans son église et devant des paroissiens offusqués, flanque par terre une statue en plâtre pur 19e du

Gérard Roy

(1) Tout cela n'a pas l'air de trop gêner la
« Dame », Aun Sang Suu Kyi, prix Nobel de la Paix...
(2) Fonds régionaux d'Art contemporain.

25

Régionales
Réaction de Cécile Prudhomme et des Écologistes de Bourgogne Franche-Comté
aux résultats du premier tour des élections régionales
Nous remercions les 37 694 électeurs qui nous ont apporté leurs suffrages. Notre score est décevant ; nous sommes éliminés et il n’y aura plus d’Écologistes au Conseil régional de Bourgogne FrancheComté.
Les conditions de la campagne ont été difficiles. Note projet écologiste pour la région a été occulté
par les attentats et les débats qui ont suivi.
Les Écologistes de Bourgogne Franche-Comté prennent acte du fait qu’il y a trois listes candidates au
second tour et, dans ce contexte, nous appelons à voter pour la liste conduite par

Marie-Guite Dufay. Notre responsabilité face au Front national est de nous rassembler au second tour.
Pour autant, au vu de l’abstention et des scores du Front national, il faudra s’interroger sur les
causes d’un tel résultat.
S’opposer au Front national, c’est retrouver des valeurs de solidarité, c’est remettre l’humain au
cœur du projet de société. S’opposer au Front national, c’est proposer des solutions qui remédient aux
inégalités environnementales : santé, alimentation, énergie, déplacements. S’opposer au Front national,
c’est développer l’emploi local.
Cela dit, notre soutien d’aujourd’hui sera vain si le gouvernement et le Président de la République
ne décident pas un réel changement de cap.
Bien que les listes n’aient pas pu fusionner, nous avons signé un accord avec Marie-Guite Dufay. Le
parti socialiste s’engage sur des points programmatiques qui sont importants pour les écologistes,
comme l’aide aux familles pour isoler leur logement, le renforcement des TER et le soutien à l’agriculture
biologique, sans OGM ni pesticides. C’est aussi la déclaration « hors TAFTA » de la région.
Les urgences climatique et sociales nous obligent à régir, les enjeux écologiques sont cruciaux, et la
société, en Bourgogne Franche-Comté comme ailleurs, ne pourra pas faire l’impasse sur ces questions.
Nous continuerons à lutter sur le terrain.

Le premier tour des élections régionales est maintenant terminé et, malgré la belle campagne menée
par Cécile Prudhomme et l'ensemble des colistiers et militants, nous n'avons pas atteint le seuil de 5%
des suffrages exprimés.
Ce qui signifie que nous n'ouvrons pas droit au remboursement des dépenses de la campagne électorale par l'Etat, et que nous devrons intégralement les financer par les ressources de notre parti.
Le montant de ces dépenses devrait avoisiner les 50 000 € pour EELV Franche-Comté (et autant pour
EELV Bourgogne), somme dont nous ne disposons pas actuellement.

C'est pourquoi nous faisons appel à don (1) auprès de toutes les personnes qui pourraient nous
aider dans cette période difficile, chaque versement donnant droit à déduction fiscale de 66 % (pour
ceux qui paient des impôts) (2)
Chaque don, même modeste, nous permettra de faire vivre l'écologie.

Les trésoriers d’EELV Bourgogne et Franche-Comté
(1) Chèque à libeller à l'ordre de Association de financement EELV-FC. Utiliser le document de la page 25.
(2) Rappel : pour bénéficier de la déduction fiscale en 2016, il faut que le don soit encaissé avant le
31/12/2015.

33, Avenue Carnot / 25000 Besançon / 03 81 81 06 66 / http://franchecomte.eelv.fr/

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