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Université Paris VII - Denis Diderot

Un regard sur la Colombie.


Le conflit armé et les medias.

Mémoire présenté par


Pablo Andrés Castell

Maîtrise en
Information et communication scientifique et technique

Sous la direction de :
Richard Millet

Année universitaire 2005-2006

0
A la mémoire de ma mère à laquelle
je remercierai toujours pour avoir
fait de moi un homme passionné de la vie et
pleinement épanoui.

1
Remerciements

Merci d’abord a tous ceux qu’ont participé d’une manière où d’une autre à
l’élaboration de ce texte. Des gens qui comme moi, ont une grande préoccupation
de la situation de violence que vit la Colombie et qui cherchent les mécanismes
appropriés pour solutionner cette crise.
C’est grâce à ces auteurs, ces analystes et ces gens du commun, que j’ai découvert la
« réalité » de la crise que subi mon pays, une réalité jusqu'à aujourd’hui quasiment
inconnue pour moi et pour beaucoup des concitoyens.
Je voudrais aussi remercier l’équipe d’enseignants et mes confrères de la maîtrise
ICST qui m’ont accueilli très chaleureusement et m’ont soutenu tout au long de
cette formation.
Je remercie spécialement Monsieur Richard Millet, pour son savoir-vivre et pour le
soutien qu’il m’a donné pendant ces deux années.
Pour finir je remercie aussi les personnes qui ont participe à la relecture et à la mise
en forme définitive de ce projet.

2
Introduction

Tout au long des ces soixante dernières années la Colombie a été l’épicentre du
développement de différentes sortes de manifestations de violence. Une situation
de guerre interne permanente qui s’est établi peu a peu en tant que notion inhérente
à la culture et à la vie quotidienne des colombiens.
À présent la banalisation de la guerre est un des principaux problèmes au niveau
social et culturel. Dans une société où la violence est considéré comme étant une
condition « ordinaire » de vie, il sera difficile pour le pays de sortir de la crise.
Les analystes 1 expliquent le conflit colombien comme étant la somme des
nombreux facteurs qui interagissent sans aucune règle apparente. Une conjoncture
complexe ou les tensions politiques, sociales, économiques et /ou culturelles entre
les différents acteurs sociaux ont engendré et engendrent encore aujourd’hui une
détérioration dans les processus de violence.
Corruption, drogue, pauvreté, lutte pour les territoires, injustice, inégalité, peur,
mort, et indifférence sont quelques-uns des facteurs qui échappent au pouvoir de
l’état. Pendant que la nation se décime, le gouvernement, censé protéger la
population et maintenir l’ordre, devient tout simplement un autre acteur qui
contribue à la recrudescence de la guerre.
Ces circonstances très particulières font que les structures institutionnelles et
sociales se détériorent de plus en plus en empêchant le développement du pays en
tant que état démocratique.
La gravité de la situation colombienne est telle, que le conflit tend à dépasser les
frontières et le phénomène d’internationalisation prenne des dimensions
dramatiques. En plus de la traditionnelle ingérence des Etats-Unis, les relations
avec les pays voisins continuent à se dégrader et par conséquent le pays commence
à affronter un problème d’isolement régional et mondial.
Dans un tel contexte, les medias du pays ont toujours été un élément déterminant
dans le déroulement ou l’aggravation du conflit, mais maintenant ils sont appelés à
jouer un rôle fondamental dans la recherche de solutions à la crise.

1
Je reprends les théories de nombreux auteurs, tous spécialistes dans le phénomène de violence en
Colombie. Historiens, anthropologues, sociologues, journalistes, analystes économiques et analystes
des medias, seront citées à travers ce recueil.
Voir notes de bas de pages et bibliographie.

3
À travers ce texte je vous présenterai l’histoire récente du conflit, ses origines et son
actualité. Également nous allons découvrir ensemble les principaux acteurs et les
dynamiques sociales, économiques et politiques qui structurent la crise. Nous
parlerons de la Guérilla, du Para militarisme, de l’état, de l’armée, du narcotrafic, de
la société civile et des medias et logiquement de leurs rapports.
En ce qui concerne les medias, je développerai mon récit en trois axes principaux,
initialement nous observerons leur organisation, leur histoire et la relation qu’ils
maintiennent avec les élites économiques et politiques. Le deuxième point portera
sur la transformation des espaces médiatiques en théâtres de la guerre et sur les
« représentations » que les medias génèrent sur la crise de violence. Et pour finir, je
vous ferai découvrir les rudes conditions de travail des journalistes colombiens et
comment la liberté d’expression et de la presse est perturbée par les acteurs de la
guerre.
La question centrale dans ces trois axes, est celle du rôle « informatif » des medias et
la relation de l’état, des groupes armés et des groupes économiques avec
« l’information » et les medias que la transmettent.
En tant que générateurs des représentations sur la violence et sur la paix, les medias
sont aujourd’hui un des acteurs qui participent à l’aggravation de la situation
colombienne. Cependant ils peuvent devenir l’acteur principal dans la
reconstruction du pays, en sortant des systèmes du pouvoir traditionnel et en
donnant à la population les outils pour mieux comprendre la crise et ainsi pouvoir
la résoudre.
Pour la troisième et dernière partie de ce mémoire j’approfondirai sur ces éventuels
issus au conflit et les dispositifs par lesquels nous pourrons mettre en marche un
modèle de restructuration médiatique qui à son tour pourrait donner suite au début
de la reconstruction de la nation colombienne. Cette section du texte, est une
première approche à un projet de réorganisation des medias est des acteurs sociaux.
C’est à travers les medias que nous pourrons repenser le conflit et trouver enfin la
calme.
Voilà donc les points généraux de mon travail sur le conflit et les medias en
Colombie. Un travail qui résulte de la lecture, la réflexion et l’analyse sur une
importante quantité d’ouvrages, ainsi que du débat informelle avec les personnes
qui s’inquiètent et s’intéressent de l’avenir de leurs pays. Ce mémoire est un travail
de découverte et de reconnaissance des vérités qui me troublent mais qui en même
temps me donnent envie de travailler pour construire un pays en paix.

4
Chapitre I. Chronique d’une société de violence
Le contexte historique récent de la violence en Colombie.
Au long de son histoire la Colombie a connu de longues périodes de violence, un
exemple c’est la période entre 1828 et 1900, période pendant laquelle le pays fut
décimé par dix-huit guerres civiles. Des conflits dont les origines étaient toujours
diverses ; le commerce, les luttes pour les territoires, les luttes contre l’esclavagisme,
les luttes pour le pouvoir politique, entre autres. Le dernier grand conflit de cette
funeste époque a été « la guerre des mille jours » qui s’est déroulé entre 1899 et 1902,
en laissant plus de cent cinquante mille victimes.
A la fin de cette période, un calme apparent régna sur le territoire, l’un de deux
partis politiques dominants2 , le parti conservateur accéda au pouvoir et resta en
place pour une durée de 30 ans.
Trois décennies d’un régime répressif qui mélangeait les pouvoirs de l’état et de
l’église pour combattre les mouvements ouvriers et les partis d’opposition
(notamment le parti libéral).
En 1930, le régime conservateur fut vaincu et c’est au tour du parti libéral de
prendre le relais. Malgré quelques reformes effectuées par les gouvernements
libéraux, les confrontations politiques entre les deux camps étaient de plus en plus
fréquentes et les relations entre les partisans des deux groupes devenaient
particulièrement tendues.
Ces affrontements politiques trouveront leur paroxysme le 9 avril 1948, jour où le
leader populiste du parti libéral, Jorge Eliecer Gaitan fut assassiné.
2
Comme nous le verrons à travers ces pages, le parti libéral et conservateur ont monopolise le
panorama politique colombien pendant des années et ils sont encore aujourd’hui majoritaires.
Quelques généralités a propos de deux mouvements.
Le parti libéral :
Fondé dans les années 1840. Mouvement Libéral et anticlérical, des ses débuts on a pu distinguer deux
courants principales : l’une que promulguait le libre marché et l’autre que formulait la protection a
l’artisanat national.
En général, les acteurs sociaux qui se sont regroupé au tour du parti libéral furent ceux qui voulaient un
changement des institutions politiques et économiques. Parmi ces partisans il y avait ; les
commerçants, les artisans, les anti-esclavagistes et évidement les esclaves, intéressés a leur propre
libération.
Les libéraux défendent le libéralisme économique, ainsi que des principes tels que la liberté de
expression et d’opinion et la séparation de l’état et de l’église.
Le parti conservateur :
Sa création fut proclamée en 1848. Une année plus tard en 1849, ses fondateurs promulguaient les
fondements du conservatisme dans un texte appelé « le programme conservateur ». Celui-ci exaltait
l’importance de la sauvegarde de l’individu, de la dignité humaine, de la famille, de la propriété, de la
religion catholique, de la justice et sur tout de la république.
L’idéologie conservatrice se veut opposée aux courants communistes et de libéralisation des marchés et
base la gouvernabilité dans les liens entre l’église et l’état.

5
Cet événement donna le coup d’éclat, d’une nouvelle guerre civile, une période que
les historiens appelleront « la violencia ».
Suivant les théories des experts dans le développement historique du conflit en
Colombie3, la période de « la violencia » (1948-1953) a été le fait qui a remis a jour
l’histoire contemporaine du conflit et du pays. C’est à ce moment que la violence
s’est installée définitivement comme mode de fonctionnement de la société.
Cette période a été déterminante dans l’établissement d’un système de
« régime démocratique ». Elle a donné vie aux groupes armés des paysans et elle
engendra le problème de l’exode de millions des personnes qui fuyaient les zones
rurales pour s’établir dans des conditions de misère dans les périphéries des
grandes villes. Cette migration a occasionné l’apparition et l’augmentation du
phénomène de violence commune, criminalité et pauvreté actuelles.

La période de « la violencia » (1948-1953).


Le 9 avril 1948, suite à l’annonce de l’assassinat de Jorge E. Gaitan, ses partisans
organisèrent des actions citoyennes d’une extrême violence contre les adeptes du
parti opposant, en l’occurrence le parti conservateur, qui à l’époque était au
gouvernement. Dans la capitale, Bogotá, le chaos est total et il se repende partout
dans le pays.
En réponse aux attaques, le président conservateur Ospina Pérez décida d’envoyer
les forces de l’ordre pour stopper les exactions des partisans libéraux. Le président
a eu l’idée de créer des commissions mixtes (constituées par des membres de la
force publique et par de civils) pour enquêter sur le troubles qui ont suivi le 9 avril,
mais rapidement ces groupes ont donné lieu a des abus de pouvoir.
Les « corrections » publiques contre les prétendus criminels et les incarcérations
sans aucune raison ni jugement, sont devenues des pratiques courantes pour ces
soi- disant commissions d’enquête.
La réaction de l’état face aux troubles a été d’une excessive férocité et en seulement
trois jours il y a eu plus de cinq mille morts à Bogotá.

3 Pour ce qui se réfère à la période de la « violencia » je me suis basé sur les thèses développées par trois
auteurs principaux :
Maria Victoria Uribe. « Anthropologie de l’inhumanité » éditions Calmann-Lévy. 2004
Marco Palacios. « Entre la legitimidad y la violencia. Colombia ; 1875-1994 » Grupo editorial Norma.
1995
Daniel Pecaut. « Guerra contra la sociedad » editorial Planeta Colombiano. 2001.
Et « La tragédie Colombienne : guerre, violence, trafique de drogue » article apparu dans la revue
Hérodote
No. 99. 2000

6
Face à cette situation de persécution et de violence généralisée le conflit
commençait à s’aggraver de plus en plus. Alors, pris par la colère et par la peur, les
civils (généralement ceux de filiation politique libérale) décideront de prendre les
armes pour se défendre. C’est ainsi que les libéraux persécutés par les troupes de
l’état partent se réfugier dans les montagnes et dans les forets et forment les
premières guérillas.
Des deux cotés, libéral et conservateur les agressions, les assauts et les massacres se
faisaient de plus en plus habituelles. D’authentiques petites armés allaient de village
en village en cherchant et en éliminant systématiquement leurs ennemis supposés.

« Le jour où ils sont venus, nous fêtions le mariage d’une cousine. Ils ont réuni tout le
monde, après ils ont abattu les hommes et ont violée les femmes avant de les tuer à la
baïonnette. Seize personnes en tout. Nous étions huit enfants et tout s’es passé sous nous
yeux… Ce jour là nous avons tous perdu nos parents… » 4

Un élément déterminant dans la prolongation de « la violencia » a été la peur des


partis traditionnels face au communisme. Pour eux il n’y avait rien de mieux qu’un
climat de guerre et de déficit économique pour maintenir le système du bipartisme
(conservateurs vs. Libéraux). La polarisation qui s’est crée à cause de ce système
politique a empêché la participation pacifique de la société civile et des groupes
d’opposition ainsi que toute possibilité de négociation.
Pour l’anthropologue Virginia Gutierrez5, outre le bipartisme, il y a eu plusieurs
facteurs culturels qui ont renforcé la violence, comme par exemple : le modèle
familial patriarcal (machiste), un ensemble de codes d’honneur très particulier, le
concept de protection de la famille et la notion de vengeance. Dans un tel contexte,
il était assez fréquent qu’au sein des classes populaires, les disputes dites
« politiques » devenaient très rapidement de simples querelles personnelles et
familiales, résolues le plus souvent par la voie de la violence.
Cette guerre d’extermination fratricide a laissé plus de 200.000 morts et a marquée
a vie l’évolution de la société colombienne.

4
Récit d’un témoin d’une des tueries perpétrés durant l’époque de« la violencia » (1948-1953). Apparu
dans :
Hubert Prolongeau. « La vie quotidienne en Colombie au temps du cartel de Medellin » Editions
Hachette. 1992.
5
Anthropologue et investigatrice Colombienne, spécialiste en anthropologie de la famille. Cité par
Maria Victoria Uribe, dans « Anthropologie de l’inhumanité »

7
« La violencia » constitue le début de notre histoire contemporaine de guerre. C’est
à partir de cet épisode que les guérillas se sont constituées et que le phénomène de
violence interne s’est établit en tant que dynamique de fonctionnement de la société.

Gouvernement militaire ; courte interruption du bipartisme.


En 1953, suite à un coup d’état, le Général Rojas Pinilla prend le pouvoir et donne
momentanément fin au conflit, entre libéraux et conservateurs. Cependant les
dirigeants des deux partis n’étaient pas préparés à remettre en cause leur
hégémonie. Leur réplique ne se fera pas attendre et ils décidèrent de s’allier pour
renverser le gouvernement militaire. En 1957 fruit de cette alliance un nouveau
système politique est établi, les élites des mouvements traditionnelles reprendront
le monopole du pouvoir pendant une période de 16 ans, entre 1958 et 1974. Ce
système du partage du pouvoir sera dénommé « el frente nacional » (le front national).
Un gouvernement en alternance, qui avait comme « fondement » le maintien de la
paix entre les élites pour que le peuple ne continue pas à se battre.
Cependant cette nouvelle formule ne faisait qu’empêcher la possibilité de
constituer une véritable opposition. C’est à cette période que la « guerra sucia » (sale
guerre) apparaît en Colombie, lorsque les mouvements politiques dominants ont
recouru à la suppression de tout ce qui pouvait représenter un danger pour leur
hégémonie.6
Avec le Front National la répression est devenue l’outil favori pour contrôler le
pouvoir et c’est sous ce système « démocratique - répressif » que les mafias verront le
jour et que les guérillas s’établiront définitivement en tant que groupes
révolutionnaires organisées. Bien que le Front National a apaisé les tensions entre
les partisans des partis traditionnels, il a crée aussi un climat de répression et de
non opposition face au monopole politique. Le Front National exprime bien le
paradoxe politique colombien, qui se construit entre une stabilité institutionnelle
et démocratique apparente mais dans un contexte de guerre et d’inégalités sociales
et politiques. On voit comment à travers son histoire récent et malgré les nombreux
conflits, les gouvernements se suivent sans jamais entreprendre de reformes de fond.

6
Ces mouvements comment autant d’autres n’ont jamais eu un vrais accès au pouvoir et ils ont été
surveillés et « contrôlés » de très près par les gouvernements du Front National Deux exemples de ces
mouvements d’opposition sont :
Le « MOEC » Movimiento de obreros ,estudiantes y campesinos (Mouvement d’ouvriers, d’étudiants et
de paysans) et « l’ANAPO » Alianza nacional Popular (Alliance National Populaire)

8
Pour comprendre les dynamiques du conflit il est nécessaire de connaître l’histoire
le présent et l’avenir de ces groupes armés qui sont a l’heure actuelle les principaux
acteurs du conflit.

Les guérillas. Genèse, transformation et contexte politique.

L’apparition de la guérilla et ses mouvements principaux.


Pendant l’époque de « la violencia » des milliers de partisans libéraux qui fuyaient la
persécution du gouvernement, se sont installés dans les montagnes et forêts du
pays. Des leur arrivé, ils se sont retrouvé avec les guérillas communistes les quelles
étaient déjà implantés depuis les années 30. (Époque a la quelle corresponde la
création du parti communiste).
Ce contact entre paysans et communistes a donné lieu à la naissance d’un front
commun pour l’autodéfense des paysans, une première approche à la structure des
guérillas contemporaines.
En 1953, suite à l’annonce de l’armistice entre libéraux et conservateurs donne par le
Général Rojas Pinilla, des vagues de guérilleros ont regagné les villes pour
réintégrer la société. Cependant, une partie important des forces militaires 7 n’était
pas d’accord avec cette trêve et décidèrent avec l’appui des élites des partis
politiques, de capturer et réprimer des centaines de guérilleros qui pensaient être
en sécurité.
Alors, se sentant trahis par le gouvernement, les guérilleros qui ont échappés au
piège et ceux qui étaient restés dans les montagnes ont décidé la formation de
petites « nations » au sein de la nation, des communautés se voulant indépendantes
du pouvoir central.
Durant quelques années ces communautés vivront relativement en paix et sans la
présence de l’état, toutefois ce système ne restera longtemps en place, étant donnée
que les idéologies et les fondements politiques de ces communautés ne s’adaptaient
pas du tout au contexte national et international. A cette époque de tension
mondiale (nous sommes en pleine guerre froide), nos voisins du nord ne voyaient
pas de bons yeux le libre développement des « républiques communistes » a
l’intérieur du pays.
Ainsi en 1964 pour faire face au communisme, finir avec le mouvement paysan et
stopper la croissance des groupes de guérilla, les gouvernements Colombien et

7
C’est cette même faction de l’armée qui soutiendra les partis pour renverser le gouvernement du Général
Rojas Pinilla, en 1957.

9
nord Américain mettront en route le plan LASO (Latinoamerican Security
Operation). Cette même année, durant le mois de mai, le gouvernement colombien
lança une vaste attaque, de plus de 16.000 hommes, pour détruire l’une des plus
grandes républiques paysannes communistes « Marquetalia ».8

Figure 1. Zones de distribution géographique des autodéfenses paysannes. (Années 50-60)

8
Voir Figure No. 1 Carte de la situation géographique des principales «Républiques » indépendantes
parmi elles « Marquetalia »

10
Comme réponse à l’attaque de Marquetalia, les rebelles survivants décidèrent de
constituer une organisation révolutionnaire armé, c’est à ce moment que les FARC
sont nées d’une manière « officielle ».
Les années soixante ont été très mouvementées pour la Colombie, suite a
l’apparition des FARC, le pays a été témoin de l’apparition des plusieurs groupes
rebelles. En 1965 guidés par l’exemple de la révolution cubaine, un groupe
d étudiants crée le « Ejercito Nacional de Liberation. ELN » (Armée Nationale de la
libération), ce mouvement proclamait une stratégie militaire pour renverser le
gouvernement (du front national) à la façon du « Che » Guevara et de Fidel Castro.
Deux ans plus tard, en 1967 le « Ejercito Popular de Liberation. EPL » (Armée populaire
de libération) rejoignait les FARC et l’ELN. De filiation maoïste, il surgit avec le
conflit sino-soviétique. L’EPL est un mouvement plus porté sur les coups de main
que sur les grandes opérations militaires.
En 1970, s’est ajouté à ces groupes le M-19 (Mouvement 19 avril), celui-ci a été crée
en réponse a la fraude électoral qui a empêché le Général populiste Rojas Pinilla
d’accéder par la voie démocratique au pouvoir.
C’est mouvement a été très médiatisé au niveau international, suite a des actions
armées très violentes et spectaculaires, tels que la prise de l’ambassade de la
République Dominicaine a Bogotá en 1980 et la prise du palais de justice à Bogotá
en 1985.

Négociations de 1983. Première approche, premier échec.


Au fil de l’histoire récente du phénomène de violence en Colombie, la position des
gouvernements, quelle que soit leur filiation politique, face a l’opposition, a
toujours été la répression et l’utilisation de méthodes peu recommandables.
Cette situation semblera changer, en 1982 avec l’arrivée au pouvoir du
conservateur Belisario Betancourt qui choisit pour la première fois le chemin du
dialogue et de la paix.
Une année après le début du gouvernement Betancourt, les guérillas des FARC et
du M-19 se sont organisées dans un front commun pour ouvrir des négociations,
l’année suivant elles avaient déjà signé un cessez-le-feu. De son coté le
gouvernement s’est engagé a faire une série de reformes au niveau politique,
économique et social. En 1985 dans le cadre des négociations, des anciens militants
des FARC ont même formé une organisation politique appelée « la Union
Patriotique » la quelle, en sa qualité de formation d’opposition, proposa des

11
politiques d’ouverture vers une démocratie plus participative et plus réelle et
devienne une nouvelle alternative face aux partis traditionnels.
Pourtant, ce climat de paix, n’était qu’un stratagème, élaboré de toutes pièces par le
gouvernement, qui a su jouer un double jeu. D’une part il se pressentait devant la
communauté internationale, en tant que pouvoir conciliateur, tandis que d’un autre
il encourageait la création des groupes paramilitaires et l’établissement définitif de
la sale guerre (répression et anéantissement des mouvements opposants).
Quelques mois après la présentation de l’union patriotique (UP), le gouvernement
rompra les promesses faites lors des négociations et l’armé attaque les campements
de la guérilla en violant le cessez-le-feu. De plus, des groupes de paramilitaires
déclenchent une vague des massacres9 et des assassinats sélectifs de membres de
l’opposition, surtout de ceux de l’union patriotique tout cela avec le consentement
et le soutien direct des autorités nationales.
A la fin des années 80, les principaux leaders de la gauche ont été assassinés, ainsi
qu’un grand nombre de sympathisants de ces mouvements. Parmi les nombreuses
victimes, le directeur de l’union patriotique et candidat a la présidence de la
république Jaime Pardo Leal (mort en 1987), le successeur a la direction de l’UP
Bernardo Jaramillo Ossa(mort en 1990)et les porte parole politiques du M-19 et de
l’EPL.
Cette stratégie de persécution et d’élimination systématique, laissera comme
résultat plus de 3000 morts, des milliers de déplacés et des centaines d’exilés. Une
sinistre réussite pour le gouvernement, qui accomplissait ainsi son but
« d’extermination physique et politique de l’Union Patriotique et de tout
mouvement proche des idéologies communistes »
Dans son article «Vie et mort de l’Union Patriotique. Comment des milliers des
militants ont été liquidés en Colombie » 10 Ivan Cepeda Castro, nous raconte
comment certains fonctionnaires de l’état Colombien continuent a prétendre que
« le sort connu par l’UP était prévisible, car il s’agissait d’un mouvement né d’accords avec
la guérilla ».
L’histoire parait se répéter a chaque fois, en Colombie, l’opposition politique
pacifique n’as pas sa place. C’est pour cette raison que la démocratie colombienne
ne parvient pas à évoluer vers un système plus équitable et plus juste.

9
Le terme « massacre » étant entendu comme l’assassinat de plus de trois personnes.
10
Article publié en Mai 2005 dans le Monde diplomatique. Ses auteurs Ivan Cepeda Castro et Claudia
Giron Ortiz sont tous les deux chercheurs en droits humains et membres de la Fondation Manuel
Cepeda Vargas.

12
A l’époque de la « violencia», l’assassinat de Gaitan a marqué nos esprits, quelques
années plus tard c’est la mort de la Union patriotique qui a marqué la Colombie.

Les guérillas contemporaines


En 1987, pour répondre à l’escalade de violence étatique et paramilitaire, les
différentes guérillas se sont réunies au tour de la « Coordinadora Guerrillera Simon
Bolivar. (CGSB)». Le but de cette organisation était de montrer les guérillas, en tant
que mouvement uni face au gouvernement, aussi bien pour les négociations que
pour effectuer des actions militaires.
En 1991 la CGSB s’est engagé dans des nouvelles conversations avec le
gouvernement de César Gaviria. Les négociations s’achèveront avec le dépôt
d’armes de l’EPL et l’institutionnalisation comme mouvement politique du M-19. Le
nouveau parti est dénommé « Alianza Democratica M-19 » (alliance démocratique),
Mais ce dernier n’a jamais eu de véritable impact dans le système traditionnel du
bipartisme.
Les FARC et l’ELN ont de leur côté continué leurs activités subversives. A l’heure
actuelle les FARC comptent avec une force de 20000 hommes environ et sont en
conséquence la force rebelle la plus puissante du pays. 11 Il compte aussi avec plus
de 60 fronts et dispose des unités d’élite spécialisées dans les combats difficiles.
Aujourd’hui l’organisation est dirigée par le secrétariat Général, nommé par l’état
majeur central, qui est élu à son tour par des représentants de fronts, tous les 4 ou 5
ans. Depuis les années 90 les FARC se rapprochent de plus en plus des villes et ont
développés des milices urbaines pour mener son combat au sein de grandes
agglomérations.
Les experts considèrent que au cours de dernières années, le fondement politique et
idéologique du mouvement guérillero tende à disparaître et c’est la composant
militaire qui prend le dessus. Pour prouver cet thèse d’endurcissement militaire,
voici quelques exemples ; en février 2003 un attentat est perpétré contre un club
privé a Bogota, bilan : 33 morts et 200 blesses, en juin 2004 le massacre de la
11
Sur les FARC voir :
Carlos Arango. « FARC : 20 anos : de Marquetalia a l’Uribe. Ediciones la Oveja Negra.1984
Eduardo Pizarro. « Las FARC 1949-1966 : de la autodefensa a la combinacion de todas las formas de
lucha. Tercer mundo editores. 1991
Pietro Lazzeri. « Le conflit armée en Colombie et la communauté internationale » éditions l’Harmattan.
2004.
Sur le Site Internet du mouvement. www.farcep.org/
Voir Figure No. 2 « expansion du phénomène de violence, exactions des FARC 1995-2002 »
Source : DANE (departemento administrativo nacional de estadisticas)

13
« gabarre » a eu lieu dans le département du Santander du Nord, bilan : 35 paysans
assassinées, en février 2006 les FARC ont assassinés un groupe de civils dans le
village de « el diamante » dans le département de Caqueta, bilan : 9 morts et une
dizaine de blessés.
Outre les massacres, l’augmentation du kidnapping est aussi un élément
démonstratif de ce changement dans les stratégies de guerre de la guérilla
colombienne.
Cette consolidation militaire est liée directement à des nouvelles sources de
financement tels que narcotrafic et le kidnapping, phénomène antérieurement cité.

Figure 2. Carte des exactions réalisées par les FARC entre 1995 et 2002

14
Le deuxième groupe guérillero du pays est l’ELN 12, avec 8000 hommes environ, la
conduite militaire de ce mouvement est dirigée par un « comite central (COCE) »,
l’ELN se divise en 5 fronts de guerre qui à leur tour se divisent en fronts régionaux
(35 environ). Le mouvement opère dans les départements de Santander, Arauca,
Bolivar, Antioquia et dans le nord du pays.
Figure 3 Carte des exactions réalisées par l’ELN entre 1995 et 2002

12
Sur l’ELN voir :
MEDINA Gallego Carlos. « ELN : Una historia contada a dos voces ». Quito editores. 1996
LAZZERI, Pietro. Op. Cit., p.14
Et sur le Site Internet du mouvement. www.eln-voces.com/
Voir Figure No. 3 « expansion du phénomène de violence, exactions de l’ELN 1995-2002 »
Source : DANE

15
De la même manière que les FARC, le groupe guérillero a développé 8 fronts
présents dans les grandes villes de Cali, Medellin, Barrancabermeja, Bucaramanga et
Cucuta.
Bien que la structure de ce mouvement soit moins organisée que celle des FARC, il
représente aussi un acteur très important dans le conflit.

Le para militarisme.
Le phénomène paramilitaire13 a été et est encore aujourd’hui une des manifestations
de violence le plus importants de la crise colombienne.
Ce mouvement est né des besoins des classes aisés de maintenir et de contrôler le
pouvoir économique et politique. Lorsque les moyens de l’état n’ont pas été
suffisants pour défendre les intérêts et les privilèges des élites, elles ont décidé de
recourir à des méthodes illégales et violentes. Un élément qui intensifie le
phénomène du para militarisme en Colombie est que ces structures
« d’auto défense » ont toujours agit avec la permission non officielle du
gouvernement et avec le soutien des forces armées de l’état.
Outre ces fondements d’autodéfense, il a été prouvé que le mouvement « para » a
été une directrice du gouvernement américain depuis les années 60, pour empêcher
toute tentative de transformation politique et sociale. Le para militarisme est la
réaction première des gouvernements colombien et américain pour lutter contre les
mouvements qui ont voulu s’opposer aux politiques traditionnelles de droite. Un
modèle de répression para institutionnelle qui permet à l’état d’exécuter des actions
militaires non officielles, défendre son statu quo, combattre l’opposition et
maintenir une image d’un état de droit devant la communauté internationale.
L’élimination des mouvements politiques tels que l’Union Patriotique, des
syndicats et évidement du mouvement guérillero et la protection des élites sont les
deux fondements du mouvement paramilitaire colombien.
Depuis 1985 avec l’apogée du narcotrafic les paramilitaires deviennent le bras armé
des « nouveaux patrons » de l’économie Colombienne. Alors industriels, éleveurs,
propriétaires, hommes politiques de droite et narcotrafiquants mèneront une guerre
contre les bases sociales de la guérilla et des mouvements d’opposition.

13
Sur le paramilitaires voir :
WOLF, Maribel « La Colombie écartelée. Le difficile chemin de la paix »Editions Karthala. 2005
CALVO Ospina, Carlos « les paramilitaires au cœur du terrorisme du état Colombien » article publié
dans Le monde diplomatique. Avril 2003
Et sur le site du mouvement. www.colombialibre.org/
Voir Figure No. 4 « évolution de la présence paramilitaire dans la période 1985-2002 »
Source : DANE

16
Figure 4. Carte présence para militarisme 2002

« Paras » ; le bras armé des narcotrafiquants.


Quelques années plus tôt en 1981, le 3 décembre plus exactement, un groupe
d’industriels et de narcotrafiquants se sont engagé dans la lutte contre les
« kidnappeurs », ils mettront en place les moyens économiques nécessaires pour
déchaîner une bataille directe contre les guérillas. Toute personne accusée d’avoir
participé à un enlèvement sera poursuivie, assassinée et marquée avec le sigle « MAS.
Muerte a los secuestradores » (mort aux Kidnappeurs). Ce genre d’activité para-
légal a été le résultat de l’incompétence des forces de l’état pour combattre les

17
guérilleros et aussi une excuse pour le renforcement des activités liées au trafique
des drogues.
A la fin des années 80, agissant protégé par des moyens légaux14 l’état accorda des
aides financières pour la création des groupes d’autodéfense. Alors sous couverts du
pouvoir de l’armée et du silence de l’état, les paramilitaires pouvaient faire tout ce
qu’ils voulaient. De la chasse aux supposés « kidnappeurs », en passant par le
nettoyage social et en allant jusqu'à l’élimination des tous les hommes politiques de
l’opposition et des leaders syndicaux susceptibles de mettre en doute le pouvoir.
C’est ainsi que beaucoup de membres et les principaux leaders de l’UP et du
mouvement politique du M-19 ont été assassinés.
Les gouvernements n’ont jamais su reconnaître le mauvais rôle qu’ont joué et que
jouent encore aujourd’hui les paramilitaires dans l’aggravation du conflit.
En 1997 les mouvements paramilitaires se sont regroupés au sein des « AUC.
Autodefensas Unidas de Colombia » (autodéfenses unies de Colombie) et depuis
novembre 2002 l’état colombien avec le soutien du gouvernement des USA ont
ouvert des négociations avec ce mouvement. Aux yeux des analystes ce processus
de dialogue n’est qu’un artifice du président Alvaro Uribe pour « légaliser » ces
groupes et pour s'accommoder aux politiques américaines de lutte contre le
phénomène guérillero.

Le narcotrafic et son rôle dans la recrudescence du conflit


L’histoire du narcotrafic15 en Colombie date des années 70, tout a commencé avec la
production de marihuana, par la suite la Colombie est devenue le point du passage
commercial de la cocaïne produite en Bolivie et au Pérou et depuis les années 80 les
trafiquants colombiens ont réussi a s’établir en tant que producteurs et
distributeurs de drogue, restant cependant des producteurs secondaires face aux
pays andins. Dans les années 90 les cartels de la drogue ont entamé l’élargissement
des territoires de culture de la coca et de l’amapola (constituant de l’héroïne) et ont

14
Décrets de lois datant des années 60.
En 1965, lorsque apparurent les premières guérillas, le gouvernement émit un décret visant à « organiser
la défense nationale » (décret 3398/1965). Un paragraphe autorisa à « armer des groupes de civils avec un matériel
habituellement réservé aux forces armées ». En 1968, le décret se transforma en législation permanente (loi 48)
jusqu’à 1989, année au cours de laquelle la Cour suprême la déclara inconstitutionnelle.
15
Sur le narcotrafic voir :
WOLF, Maribel. Op. Cit. p. 17
PECAUT, Daniel. Op .Cit. p. 7
PROLONGEAU, Hubert. Op. Cit. p. 8

18
commencé aussi à prendre la place des trafiquants du Pérou et de la Bolivie.
Profitant qu’à cette époque, ces deux pays subissaient une forte pression de la part
des Etats unis pour l’éradication des plantations de coca, la Colombie est devenue
le principal distributeur et producteur de la zone. Même si les USA ont aussi
effectué de multiples actions d’éradication en Colombie, la différence avec les pays
voisins était la présence des groupes subversifs qui protégeaient les plantations et
empêchaient leur destruction.
L’argent provenant de la drogue va faire basculer les dynamiques entre les acteurs
du conflit et deviendra la source principale de financement des groupes
paramilitaires et par la suite des guérillas. Il n’y a aucun domaine de la vie
quotidienne qui ne soit touché par ces capitaux sales. Le sport, la culture, la
politique, l’université et même les institutions religieuses seront touchées par le
phénomène.
Depuis les années 80, l’économie de la drogue a engendré de nouveaux schémas
d’interaction entre les acteurs sociaux. De nouvelles difficultés vont se présenter
par rapport aux bénéfices économiques, au contrôle des terres et a la suprématie
dans le business du trafic et de la production. A partir de ce moment là, ces
questions seront résolues par des manifestations de plus en plus accrues de violence.
Maribel Wolf 16 parle de l’établissement d’une nouvelle idiosyncrasie de « la réussite
facile » et de la « mafia » dans la société colombienne en tant que modèles de vie pour
beaucoup de gens. Corruption, intimidation, menace et violence sont une nouvelle
voie pour réussir ses projets.
Outre ce nouveau « style » de vie, un élément très important dans le processus de
transformation de dynamiques du conflit est la lutte pour le contrôle sur les zones
de culture des matières premières et les voies d’accès à ces zones.
Cette nécessité de suprématie à donne lieu à deux sortes de dynamiques entre les
guérillas et les narcotrafiquants , d’une part une relation de complicité et d'entente
commerciale s’établit, cela veut dire que pendant que les guérilleros surveillent les
plantations ils reçoivent une partie des bénéfices de la commercialisation. D’autre
part il y a une situation de lutte directe pour le control des terres, c’est dans ce
deuxième cas que les groupes paramilitaires , agissant en tant que bras armé des
narcos deviennent un troisième acteur du conflit, générant encore plus de violence.
L’économie de la drogue est devenue le moyen de financement principal des acteurs
armés et par conséquence elle a occasionné la recrudescence de la guerre. De plus,
avec le narcotrafic, la violence est devenue le support d’un véritable marché du
16
Directrice internationale de l’ONG « terres des Hommes France »

19
travail, l’économie générée par le trafic et par la continuation du conflit, permettent
a des milliers de personnes de pouvoir se nourrir et de faire vivre leurs familles.

L’extradition et le narco terrorisme.


Face au problème du trafic de drogue, l’extradition a toujours été un sujet sensible
et dangereux à traiter pour le gouvernement. Dans la lutte contre ce fléau, les
gouvernements Américain et Colombien signèrent en 1979 pour la première fois une
traité d’extradition. D’après ce première accord le gouvernement des USA, pouvait
demander l’extradition de tout colombien responsable d’une livraison de drogue sur
leur territoire, même si le trafiquant n’avait pas fait le déplacement jusqu’au Etats-
Unis pour commettre le délit17. Le rejet de ce décret de loi par l’ensemble de la
société Colombienne a été immédiat, medias, citoyens et gouvernement ne
partageait pas les contenus du texte. A la base c’était une question de dignité
nationale mais il était évident que les services de propagande et de communication
des trafiquants ont influencé l’opinion publique et ont joué un rôle définitif dans la
prise de position de la société.
En 1984 le ministre de la justice de l’époque, Rodrigo Lara Bonilla, un de rares
défenseurs de cette loi est assassiné à Bogotá par les narcotrafiquants, alors et pour
la première fois le président Belisario Betancourt accepte d’extrader un des plus
importants trafiquants de l’époque, Carlos Ledher, qui aujourd’hui est toujours
dans une prison Américaine. Suite à cette extradition, le gouvernement Colombien
extrada plusieurs ressortissants colombiens accusés de trafic de drogue, mais
toujours de petits blanchisseurs et des boucs émissaires des grands patrons.
En 1986 plusieurs seront les victimes18 de narcotrafiquants dans sa quête pour faire
annuler la loi, parmi eux le ministre de justice Lara Bonilla les juges Tulio Castro,
Hernando Baquero, le magistrat Gustavo Zuluaga et les journalistes Raul
Echavarria sous directeur du journal régional « El occidente » et Guillermo Cano
Directeur d’un des plus réputé journaux nationaux « El Espectador ».
Le cas du journal « el Espectador » est un exemple clair de la délicate situation de la
liberté de presse en Colombie. A cette époque le quotidien a été le seul média
important en se dresser contre le pouvoir des trafiquants et les cartels de la drogue.
On reviendra postérieurement sur la situation des journalistes dans le pays.

17
Décret d’extradition de 1979(article 8) valable aussi en sens inverse, mais jamais un juge colombien à
demandé l’extradition d’un ressortissant Américain à cause du trafic des drogues
18
Tous ces personnages ont été assassinés au cours de l’année 1986.

20
La deuxième voie utilisée par les narcos pour faire annuler le décret d’extradition a
été la loi juridique. En 1986 ils ont réussi à faire déclarer le décret
anticonstitutionnel à cause d’un problème de protocole dans sa signature. Lorsque
le nouveau président Virgilio Barco (1986-1990) allait ré signer le décret ils ont
dénoncé l’illégalité de cet acte et ils ont demandé que le décret repasse par le
congrès. Le 25 Juin 1987 le traité a encore été déclaré inconstitutionnel. Cependant
cette victoire juridique n’a pas empêché la continuation des actions violentes
contre tous ceux qui s’opposent au pouvoir des cartels. Il a fallu attendre la mort de
trois candidats à la présidence 19 pour que le gouvernement remette en place le
décret, mais avec l’arrivé de la nouvelle constitution de 1991 l’extradition sera
encore interdite par la loi.
En 1997 suite aux pressions du gouvernement américain l’extradition sera rétablie à
nouveau, mais pour que les trafiquants puissent être extradés, les délits devaient
être commis postérieurement à cette date.
Aujourd’hui les grands cartels de la drogue ont disparu mais il reste de dizaines de
petits groupes et des anciens patrons qui continuent à gérer le business de la
drogue. En 2003 un tribunal Colombien à accusé deux des plus grands
narcotrafiquants, les frères Rodriguez Orejuela (anciens patrons du cartel de Cali)
d’avoir obtenu plus de 2000 millions de dollars de profit avec le narcotrafic même
en étant en prison.

La période du narco terrorisme.


En réponse aux assassinats des grands leaders politiques, le président Virgilio
Barco déclara la guerre aux narcotrafiquants, de ce fait il ordonna l’expropriation de
leurs biens et il décréta l’état de siège permettant ainsi les extraditions même si le
traité que les réglementait restait anticonstitutionnel. Avec le soutien économique
et militaire du gouvernement américain de George Bush (père), l’état colombien
entamait alors une guerre qui allait décimer encore plus le pays.
Les narcos à leur tour se sont engagés dans une lutte extrêmement violente contre
l’état et l’extradition, alors un climat de terreur et de mort s’est très vite répandu.
Au cours de six premiers mois de 1989, des centaines de civils et de fonctionnaires
ont été abattus. Plus d’une cinquantaine d’attentats ont été commis entre 1989 et
1990, des voitures piégées, des enlèvements de personnages politiques et des

19
Les candidats assassinés durant cette période furent : Jaime Pardo Leal (Union Patriotique).Assassine
le 11 octobre de 1987, Luis Carlos Galan Sarmiento (parti libéral), mort le 18 Août 1989 et Bernardo
Jaramillo Ossa (Union Patriotique) assassine le 22 mars 1990

21
journalistes, plus de 400 policiers ont été assassinés20. La suite de ce conflit a été
encore plus surprenante, après autant de victimes et de souffrance, les colombiens
ont vu comment la nouvelle constitution de 1991 interdisait l’extradition. Les
grands patrons21 du trafic de drogues auront gagné leur pari passant par-dessus de
tout le monde.

La constitution de 1991
A la recherche d’une sortie politique au phénomène de violence et d’exclusion social
qui frappait la Colombie, le gouvernement du président rentrant César Gaviria
(1990-1994) a promulgué une nouvelle constitution. Celle-ci prétendait ouvrir des
nouveaux espaces sociaux, juridiques et politiques pour ainsi mettre un terme à la
crise du pays. En permettant la participation des secteurs politiques qui
demeuraient exclus du système du bipartisme et aussi des mouvements sociaux qui
n’avaient aucune participation politique, l’état a voulu donner une solution
juridique au conflit.
En effet cette constitution a montré les désirs de millions de colombiens à pouvoir
construire une société libre, multiculturelle et surtout en paix. Elle a réussi à
fracturer le bipartisme et a garantir aux minorités (communautés indigènes et
noires par exemple) et aux populations moins favorisées certains droits qu’elles
n’avaient jamais eu. Malheureusement ce projet n’accomplira pas tous ces objectifs,
à cause de la violence des groupes paramilitaires et du pouvoir économique des
narcotrafiquants.
Comme le remarque l’anthropologue Maria Victoria Uribe, il est étonnant que
malgré les mobilisations de la société civile et des hommes politiques, l’inclusion
des minorités et le projet de reforme institutionnelle, cette constitution n’ait pas
réussi à transformer et maîtriser les dynamiques de violence dans le territoire.
Tel que nous l’avons vu antérieurement, une des causes de cet échec a été la
croissance du trafic de stupéfiants, qui est devenu une des sources primordiales de
financement des guérillas et paramilitaires et par conséquent de la guerre.22

20
Chiffres obtenus dans l’ouvrage de PALACIOS, Marco. « Entre la legitimidad y la violencia ». Norma.
Bogotá. 1995.
Et dans l’article de RIVERA Ochoa, Maria Cristina « el narcoterrorismo casi explota al pais » dans le
dossier « el narcotrafico en la vida nacional » publié dans le journal « el colombiano » mai 2006.
21
Deux des plus importants chefs des cartel de la drogue et les principaux responsables des ces actes de
violence furent : Pablo Escobar y Gonzalo Rodriguez Gacha
22
« Entre 1991 et 1994, les recettes de la guérilla se sont accrues de 80% grâce au trafique de cocaïne et
d’héroïne, au racket des commerçants, des propriétaires et des citoyens en général et au kidnapping
massif »
URIBE, Maria Victoria « Anthropologie de l’inhumanité »p.116

22
Le processus de paix de 1998. Encore un autre fiasco.
Des son arrivé au pouvoir en août 1998, le conservateur Andrés Pastrana (1998-2002)
décida d’ouvrir des négociations avec la plus grande guérilla du pays, les FARC. Sa
campagne électorale et sa victoire aux urnes étaient basées sur ce projet de
dialogues pour la paix. Au début de son mandat monsieur Pastrana avait reconnu
une certaine logique et un fond social dans l’action armée des forces
révolutionnaires et il pensait que l’unique moyen pour solutionner le conflit était
d’entendre les demandes des insurgés.
La transformation des structures politiques, économiques et sociales devait être le
centre des négociations, le gouvernement prenait un engagement face à la société
pour finir avec des années de barbarie, de corruption et surtout pour défendre le
droit a la vie.

« Je défendrai le droit a la vie de tous les colombiens, sans exceptions. Je ne veux pas qu’il ait
des Colombiens exilés pour des raisons politiques …Les dix millions de personnes qui ont
voté pour un projet de paix, vie et liberté, ont donné au gouvernement un ordre sans
contestation ; plus de guerre, plus d’atrocités … » 23

Pauvreté, rapports sociaux déséquilibrés, culture de la drogue, détérioration des


institutions et conflit armé seront les axes principaux de ces pourparlers.
En novembre 1998 pour montrer sa bonne volonté et afin de mener a bien le
processus de paix, le président Pastrana donna aux FARC un territoire de 42
kilomètres carres (un territoire équivalent a celui de la suisse), cinq communes ont
été démilitarises ; La Macarena, Vista hermosa, Mesetas, l’Uribe et San Vicente del
Caguan24.
En janvier de 1999 les dialogues démarraient et ils impliquaient la participation des
représentants de différents secteurs sociaux, une forte médiatisation et la
contribution des membres reconnus de la population civile. De plus ces
négociations entre l’état et la guérilla comptaient aussi avec le soutien des
différentes organisations internationales.
Cependant l’espoir que le peuple colombien avait mis dans ce processus a été très
vite découragé. Les FARC n’ont jamais joué le jeu et les actions de guerre ne se sont

23
PASTRANA Arango, Andres. Candidat a la présidence de la république Colombienne « Una politica
de paz para el cambio » (une politique de paix pour le changement). Bogotá 8 Juin de 1998.
24
Voir FIGURA No. 5 « les communes qui conformaient la zone de distension »
Source : observatoire du programme présidentiel des droits humains. Colombie. 2002

23
jamais arrête au long des 4 années de ce soi-disant « dialogue ». Hors de la zone
démilitarisée les attaques des guérilleros contre la population civile et les
infrastructures militaires continuaient et se sont même renforcés. De plus en plus le
pays commençait à penser à un échec.
En 2001, dans ce contexte les deux parties décidèrent d’accorder un cessez-le-feu et
ils signèrent le traité de « sanfrancisco de la sombra » au mois d’octobre, mais seulement
deux jours après la signature, le ministre de la culture de l’époque a été kidnappé et
assassiné. Alors en février 2002, le gouvernement décida de donner fin aux
négociations et les dialogues s’achevaient dans le scepticisme général de la
population, encore une autre déception!

Figure 5. Zone de distension établie par le gouvernement de Mr. Pastrana (1998-2002)

24
Le « plan Colombia » et l’échec des négociations.
Au delà des actions perpétrés pour les FARC au long du processus de paix et de
leur apparente négligence face aux dialogues. À l’époque il y avait un climat
politique très particulier, les relations entre le président colombien, Andres
Pastrana, et le gouvernement des Etats Unis dérangeait énormément les dirigeants
des mouvements insurgés.
Le 29 juillet 1999, le parlement Colombien promulguait le plan de gouvernement et
du développement du président Pastrana. Pourtant deux mois plus tard, dans une
de ses nombreuses visites au président américain Bill Clinton, le chef du
gouvernement colombien aidé et conseillé par ses amis du nord remplaçait son
« ancien » plan de gouvernement par le très médiatisée « plan Colombia » . 25
Un projet centré sur la lutte contre la drogue qui offrait plus de 1.600 milliards de
dollars à l’état colombien pour soutenir le « développement social » et pour finir avec
le conflit. Mais la réalité était un peu différente. Certes avec ce plan, le
gouvernement américain voulait en finir avec le conflit et le problème de la drogue
en Colombie, mais pas en soutenant les dialogues des paix, ni en aidant les déplacés
et les pauvres du pays, mais en fortifiant les forces armées, pour éradiquer les
plantations de coca et pour éliminer ceux qui en profitent, bien entendu les
guérilleros.
Situation très paradoxale, nous avons d’une part un peuple qui croyait être dans un
temps de dialogue et de recherche de la paix et d’un autre côté des gouvernants qui
se préparaient pour faire la guerre contre ceux qui sont en train de négocier , en
l’occurrence les mouvement guérilleros.
Pour le journaliste Maurice Lemoine , la pression exercée par le commandement
militaire colombien et par d’importantes autorités américaines, a été l’un des
facteurs le plus importants dans la décision prise par le présidant Pastrana
d’accepter le « Plan Colombia ». Tant l’armée qu’un nombre considérable de
parlementaires états-uniens n’ont jamais voulu s’entendre sur l’éventualité d’un
accord entre le gouvernement et la guérilla.

25
Voir Tableau No 1. « Ressources du US AID-PACKAGE, destinées à Colombie, dans le cadre du plan
Colombia”
Source : United states « departement of state, US bureau of Western Hemisphere affaires, Plan
Colombia”
Apparu dans l’ouvrage de LAZZERI, Pietro Op. Cit. p. 14

25
« En avril 1999, l’heritage foundation, proche du parti républicain (majoritaire dans le
congres américain) affirmait que les tentatives de paix de Mr. Pastrana supposaient une
reddition de l’état colombien devant les FARC et L’ELN » 26

Tableau 1 Attribution par secteurs de l’aide économique donnée par les USA dans le cadre du
« Plan Colombia »

Ressources du US Aide Package destinées à la colombie.


Première partie du « Plan Colombie »
Destination Montant en dollars Pourcentage
(millions)
Assistance militaire 519.200 60,35%
Assistance police nationale 123.100 14 ,3%
Développement alternatif 68.500 7 ,96%
Promotion des droits humains 51.000 5 ,92%
Renforcement instituts 45.000 5,23%
Aide aux déplacés 37.005 4 ,35%
Reforme judiciaire 13.000 1,53%
Recherche de la paix 3.000 0 ,34%
Total 860.300 100%

Certes la question du choix d’une stratégie de guerre à la place d’une stratégie de


soutien dans le processus de paix est un problème fondamental du « plan
Colombia » mais n’est pas le seul, il y a un deuxième point très grave, c’est le fait
que les gouvernements américain et colombien, sous le prétexte de la lutte
antidrogue, ont engagé ce combat contre un seul et unique ennemi, la guérilla.
Pourtant les groupes paramilitaires qui sont aussi impliqués dans le trafic et la
production de drogues ne sont pas une priorité dans les projets des deux
gouvernements. 27
On pourrait se demander le pourquoi de cette décision, et les raisons sont toujours
les mêmes, la première c’est l’origine étatique des groupes paramilitaires et
l’acceptation de ce mouvement par les institutions gouvernementales et militaires.

26
Texte repris de l’article de : Maurice Lemoine « Plan Colombie, passeport pour la guerre » apparu dans
le monde diplomatique. Cahier spécial « l’Amérique latine à l’heure colombienne » 2000
27
Voir Tableau No 2. « Champs d’activité, moyens et actions d’aide économique et militaire des USA
dans le Plan Colombia »
Source : Op. Cit. p. 26

26
Deuxièmement tel que nous l’avons vu auparavant, une grande partie des forces
paramilitaires sont apparues en Colombie par la recommandation et le soutien des
USA. Un exemple très concret est dans le« Plan Colombia » lui-même, il incluait la
participation des six firmes sous traitantes américaines, des entreprises très
connues pour leur participation dans le conflit irakien.
« Dyn Corp, Military proffesional Ressouces (MPRI), Northrop Grumman, Eagle Aviation
Service and technology, Sikorsky and Bell Textron Aviation development corporation ».
Ces compagnies se sont implantées en Colombie avec la mise en place du Plan
Colombia et elles avaient comme missions l’entraînement militaire, la fumigation, la
dotation de matériel militaire et des opérations d’intelligence entre autres. Toutes
fonctionnant dans un cadre para étatique de caractère d’autodéfense et de sécurité
privée28.

Tableau 2. Champs d’activité de l’aide économique et militaire du « plan Colombia »


Champs d’activité, moyens et actions de l’aide économique et militaire des USA dans le cadre du
« Plan Colombia «
Activités Moyens et actions
Actions militaires au 16 blackhawks et 30 Hueys pour l’armée. Intelligence et communications,
sud de la Colombie entraînement et armement de trois bataillons anti-narcotiques.
Développement économique et soutien aux déplacés.
Interdiction Système de vigilance radar intégré, avions OV1O pour les forces aériennes,
aérienne et lutte pistes d’atterrissage programme « riverine » (contrôle armé de rivières qui
contre le narcotrafic prévoit 150 bateaux de guerre)
Police 2 blackhawks, 12 Hueys, avions de fumigation, construction de bases,
protection forces.
Développement Assistance aux déplacées, gouvernement locaux, programmes volontaires
alternatif et d’éradication, développement alternatif communautaire
programmes
économiques
Droits humains et Protection de défenseurs de droits humains, aide aux institutions, création
reforme du système d’unités pour leur défense. Formation de juges et de procureurs.
judiciaire Reforme du système judiciaire et du code pénal. Programmes anti-
séquestre, protection de témoins et réhabilitation des enfants soldats.

28
Sur les entreprises sous traitantes du « plan Colombia »
Voir : www.ciponline.org/

27
Dans ce contexte il est clair que la guérilla ne pouvait que miser sur un échec des
négociations et essayer de profiter de la zone démilitarisée pour accroître ses
capacités militaires et économiques.

Le gouvernement actuel et ses positions vis-à-vis du conflit.


Suite a la fin des dialogues de paix et avec l’arrivé du nouvel président Alvaro Uribe
Velez (2002-2006), le conflit retrouvait sa virulence habituelle. Durant sa
campagne électoral Mr. Uribe a profité de l’échec des négociations en proposant la
mise en place d’une nouvelle formule pour arrêter les violences.
Une stratégie de « mano firme y corazon grande » (main forte et grand cœur)29, une
politique de restauration de l’ordre et de la sécurité qui lui donnera la victoire au
premier tour, le succès de Uribe n’a été que l’effet logique de la fin du processus de
paix.
La lutte contre les groupes armés illégaux et la sécurité étaient les points
primordiaux du nouveau gouvernement. Dans ce cadre, Il donna des pouvoirs
extraordinaires aux forces de l’ordre, il décréta l’état d’urgence, il mit en marche une
législation qui permettait la limitation des droits individuels et il créa un réseau
d’informateurs civils au niveau national qui renseignait la force publique, sur la
situation de sécurité et les activités de la guérilla.30
En même temps, pour pouvoir mettre en marche son projet de sécurité nationale, le
président colombien cherchait des coalitions avec des pays étrangers surtout avec
les Etats Unis.
Un exemple de cette collaboration est encore une fois, le « Plan Colombia »
toujours en marche à l’époque et qui subit des changements déterminants dans
l'amplification du conflit.
Pendant les années du gouvernement Pastrana, l’octroi de l’aide économique
américaine dépendait de l’accomplissement de certaines conditions de la part de la
Colombie, deux des principales conditions étaient , en premier , l’aide économique
et d’infrastructure ne devait pas être utilisée « directement » lors des opérations
militaires, seulement dans la lutte contre le narcotrafic, la deuxième condition était
que le respect des droits humains de la part des militaires colombiens devait être
garanti et prouvé par l’état. Dès la rupture de négociations en 2002, ces deux points
ont été éliminés du Plan et de ce fait l’aide militaire et économique donnée par les
USA pouvait être utilisée directement dans le conflit.
29
Slogan du candidat Alvaro Uribe pour les élections a la présidence de 2002.
30
Voir : « Politica de defensa y de seguridad democratica » Presidencia de la republica y Ministerio de defensa
nacional. Bogota Juin 2003

28
A la fin de 2002 les résultats du « Plan Colombia » ne pouvaient être qualifiées que
de négatifs, vu que l’assistance économique américaine n’a servi qu’a intensifier la
guerre interne.
Malgré ceci, en 2003 le président Bush a demandé au congrès américain une
nouvelle « contribution » pour la Colombie. Estimée en 538 millions de dollars, cet
argent fait parti du dernier projet de lutte antidrogue lancé par les USA en 2001, le
ARI (Andean regional initiative)31. Projet qui prévoit la réduction de drogues dans
toute la région andine (Bolivie, Pérou, Equateur, Panama, Brésil, Venezuela et
Colombie). Pour les analystes le ARI est une sorte de Plan Colombia élargi. Il est
simplement un autre facteur dans la dégradation du conflit.
Avec le gouvernement de Mr. Uribe l’ingérence américaine se fait de plus en plus
évidente et en 2004 sous la tutelle de l’état du nord, le gouvernement colombien
lance le « plan patriota ». Un projet très radical qui prévoyait un déploiement de
forces militaires à grande échelle (plus de 18000 soldats) pour éliminer la guérilla
des « FARC » et du « ELN ».
En 2005, pendant les premiers mois des opérations, les medias les plus importants
et très liées au gouvernement essaient de montrer le bienfaits et réussites du plan.

«…est l’opération militaire la plus ambitieuse de l’histoire colombienne a été pendant


quelques mois un des secrets d’Etat les mieux gardés… jamais auparavant n’avait été
mobilisée une force de 18 000 hommes pour une mission » et que « jamais auparavant les
Etats-Unis ne s’étaient impliqués si directement dans la guerre contre les insurgés »32.

Cependant la réalité, c’est que le plan est un échec et les FARC loin d’avoir été
démantelées, n’ont jamais été touchés est conservent leur capacité militaire et
économique.
Au long de ses trois premières années dans le pouvoir, les medias, les USA et le
gouvernement lui-même n’ont fait que vanter les succès de la stratégie de défense et
sécurité du leader colombien, mais aujourd’hui a la fin de ce mandat, il y a pas de

31
Sur le « ARI » voir :
Site du département d’état des Etats-Unis. http://www.state.gov/p/wha/rls/fs/2001/2980.htm
Site du EHESS (Ecole d’hautes études en sciences sociales). Rubrique du CIRPES (Centre
Interdisciplinaire de Recherches sur la Paix et d'Etudes Stratégiques)
http://www.ehess.fr/cirpes/ds/ds69/andesama.html
32
Texte apparu dans le journal colombien« El Tiempo » écrit par la Éditrice en chef de la publication
María Alejandra Villamizar. Repris par « Le grand soir. Info » dans l’article « Colombie : L’échec du Plan
Patriota » par Miguel Urbano Rodrigues.

29
résultat visibles en ce qui concerne la lutte contre le narcotrafic, la sécurité les
droits humains, le conflit et l’économie. Plus grave encore, les analystes et les
organisations internationales commencent à se demander si les méthodes de ce
gouvernement ne vont faire que continuer à accroître le conflit et à augmenter les
violations contre les droits humains et la liberté d’expression.
« Les nations unies affirment que le rôle de l’état dans les violations des droits de l’homme
dans le pays s’est accru pendant le mandat de Alvaro Uribe… l’ONU a également souligné
l’augmentation des détentions arbitraires et des arrestations massives sous ce
gouvernement… »33
En 2003 le président Colombien a réussi à faire modifier la constitution, concernant
l’impossibilité d’être réélu et le mois de mai dernier, malgré les critiques des
organisations de défense de droits de l’homme et d’un groupe de journalistes
indépendants, il a réussi son défi lorsque il a été nommé président de la Colombie
pour la deuxième fois.
Avec un discours similaire a celui de sa première élection et avec l’aide des medias
et des élites économiques, le président ne prétend que continuer avec sa politique
de renforcement de la sécurité et de pacification du pays.
Par rapport a cette démarche de « pacification » il y a un point très discutable, c’est
le fait de vouloir négocier avec les groupes paramilitaires et de proposer leur
réinsertion à la vie civile. Pour beaucoup de spécialistes, ceci ne serait qu’un
stratagème pour « légaliser » le para militarisme en Colombie.
Les organisations tels que la CCJ (Commission Colombienne de Juristes) ou
Amnistie international, affirment qu’après leur démobilisation, les paramilitaires
continuent à opérer comme une force militaire, ils poursuivent une action active
contre les défenseurs des droits de l’homme et les activistes de gauche,
généralement en agissant ensemble avec les forces de l’état.
Certes la stratégie de sécurité du présidant Uribe a réduit les enlèvements de
51%(2986 en 2002 pour 1141 en 2004), mais ces enlèvements du moins dans les
chiffres ont été compensées par une augmentation des extorsions, cela veut dire
qu’il y a eu un simple changement dans les méthodes des criminelles. En ce qui
concerne les meurtres il y a une diminution dans le cadre du droit commun, mais les
assassinats liés avec le conflit civil continue a être les même.34

33
Pris de l’article « Colombie : succès et échecs du président Uribe » par Gary Leech. Janvier 2006.
Apparu dans le site de RISAL (réseau d’information et solidarité avec l’Amérique latine)
34
Selon les chiffres de la CCJ (commission colombienne de juristes), les nombre d’assassinats dus au
conflit est reste le même. – 6978 – personnes ont été tuées pour de raisons socio politiques pendant les

30
Le bilan est donc loin d’être satisfaisant, même si ce gouvernement a réussi à
améliorer le niveau de sécurité d’une partie de la population, ses méthodes restent
très douteuses du point de vue du respect des droits humains, la répression et les
menaces persistantes en tant que moyen principal pour faire taire et écarter les
secteurs qui se montrent contraire des politiques étatiques. De plus le conflit civil
ne semble pas avoir une évolution positive et les violences continuent à s’intensifier.

L’internationalisation du conflit.
La dégradation de la situation colombienne et le développement des nouvelles
dynamiques entre ses différents acteurs, conduisent depuis 2001, à
l’internationalisation du conflit. Ce phénomène s’est accéléré avec l’adoption du
« Plan Colombia ». A travers sa politique d’ingérence territoriale, les Etats-Unis
introduisent un climat de violence et d’insécurité régionale et violent la
souveraineté des pays du continent. Plusieurs témoignages de hauts fonctionnaires
et militaires de pays voisins indiquent que les problèmes de violence ne sont pas liés
aux groupes guérilleros, mais aux groupes paramilitaires.
« En Colombie on ne se cache guère, le renforcement du para militarisme constitue l’axe de
projection vers le territoire vénézuélien… On peut en déduire que les plans de para
militarisme s’internationalisent au Venezuela » 35
Une situation pas vraiment surprenant si nous prenons en compte que le
mouvement « para » a une liberté d’action et un soutien si important, qu’ils peuvent
se déplacer et agir dans le territoire colombien et au delà des frontières. Ici je ne
prends pas la défense de la guérilla, je constate simplement qu’il est vital de faire
une réévaluation sur le traitement que les gouvernements colombien et américain
donnent aux paramilitaires.

Voila donc un schéma général sur la situation de violence en Colombie et son


évolution jusqu'à nos jours. Ce premier chapitre est un outil pour mieux
comprendre la réalité politique et la situation de guerre que vit le pays. De plus il
nous éclairci le chemin pour aller explorer des sujets plus particuliers dans les
chapitres suivants.

premières années du mandat Uribe, soit 19 personnes par jour, la même moyenne que les deux années
précédentes.
35
Témoignage d’un membre des autorités militaires vénézuéliennes. Apparu dans l’article : « aux
frontières du Plan Colombia » écrit par Hernando Calvo Ospina. Le monde diplomatique, février 2005.

31
Restant dans le contexte de violence, on verra comment les medias colombiens se
sont développés, quel est leur rôle dans le conflit et comment ils pourrait et
devraient devenir un élément déterminant dans la reconstruction du pays.

32
Chapitre 2. Colombie médiatique. Organisation, histoire et rôle des
medias dans le conflit armé.

Le rôle des medias a été déterminant pour le développement et l’augmentation de la


situation de guerre, mais aussi dans la recherche d’alternatives pacifiques au conflit.
Aujourd’hui c’est ce rôle positif que doit être renforcé mais pour y arriver il va falloir
restructurer les institutions médiatiques et développer de nouvelles visions et
représentations36 de la situation de violence.
D’après les résultats du projet d’investigation « Medias, NTCI et construction de la
paix en Colombie » effectué par le CINEP (centre d’investigation et d’éducation
populaire de Colombie) et malgré certains campagnes d’information de lutte contre
la guerre, les medias colombiens ne font que continuer à consolider les
représentations négatives du conflit, occasionnant ainsi son augmentation et créant
une polarisation social de plus en plus profonde.
Pour certains analystes du conflit 37 en produisant d’imaginaires stigmatisés et
subjectifs sur la situation de violence et ses protagonistes, les medias sont
générateurs de la désinformation et du chaos social,
La confrontation politique et les approches de la paix se font aussi dans le terrain
du symbolique, c'est-à-dire dans la production des représentations sur le conflit et
ses acteurs. La guerre se passe non seulement au niveau politique et armé, mais
aussi au niveau de l’information et de la création des significations et imaginaires
dans la société. A cet égard les investigateurs du CINEP 38 reprennent avec
intelligence l’affirmation du sociologue Manuel Castells « les batailles culturelles sont
les batailles du pouvoir dans l'ère de l’information, ces luttes se passent principalement dans
les medias et par les medias… le pouvoir, entendu comme la capacité d’imposer une conduite,
a son fondement dans les réseaux d’échange d’information et de la manipulation des
symboles. Il crée des liens entre les acteurs sociaux, les institutions et les mouvements
culturels à travers des icônes, porte paroles et amplificateurs intellectuels »
Pour Maria Teresa Herran, journaliste et analyste des medias la concentration
médiatique sans régulation de la part de l’état a fait que les grands propriétaires des
groupes économiques, les annonceurs, l’état et même le public ne prennent pas une
36
Pour John Searle les représentations sont le résultat de l’activité des agents sociaux qui ont la
capacité de créer des faits sociaux, cela veut dire donner des fonctions aux objets et aux phénomènes.
C’est le groupe des modes en réseau pour accéder et pour représenter le monde.
37
Tels que Maria Teresa Herran, et Javier Dario Retrepo.
38
Dans le dossier d’investigation du CINEP « Imaginaires sur les conflit armé et les acteurs dans les
medias et les audiences » Bogotà. 2003

33
position sérieuse face au droit de l’information. L’information est de plus en plus
liée aux intérêts particuliers de ceux qui possèdent le pouvoir.
Certes cette concentration n’est pas un problème spécifique a la Colombie, mais
pendant que dans d’autres pays les critères de pluralité, d’indépendance et de
liberté d’expression sont protégées, en Colombie ce sont toujours les pouvoirs
économique et politique qui ont le dernier mot en ce qui concerne l’information et
la façon dont elle doit être traitée.
La pratique journalistique est paradoxale. Tandis que dans ces dernières années
certains medias ont développé des stratégies pour construire la paix, il continuent
cependant à donner plus d’importance aux intérêts économiques, au côté
spectaculaire des faits et a la couverture médiatique. De plus la situation sociale et
le pressions de la part des acteurs du conflit, limitent encore plus le travail des
journalistes, bloquant la construction d’une vision plus objective et intégrale qui
permet l’apparition de solutions politiques au conflit.
Pour comprendre ces relations entre le monde médiatique et le contexte social nous
allons découvrir maintenant l’histoire des medias, leur organisation et leur
fonctionnement et ses rapports avec l’état, les élites économiques et les groupes
armés.

L’histoire médiatique et de l’activité journalistique en Colombie.


Le journalisme colombien a toujours été très lié à l’activité politique, depuis son
apparition il a été le moyen d’expression de ceux qui font partie des élites.
Il est né avec la publication de « la gaceta de Santa fe » en 1785, crée par le journaliste
cubain Manuel Socorro Rodriguez. En 1791 le même homme fonda le premier
journal officiel de la capitale « el papel periodico de la ciudad de Santafe », considéré a
l’époque comme l’un des plus importants journaux latino-américains.
Lorsque le journal s’est établit comme le moyen principal d’expression et de
formation de journalistes, des centaines des publications ont vu le jour. Des là
l’information tournait autour d’une idéologie ou d’un homme politique, par exemple
dans la période du bipartisme, les journaux se limitaient a déclarer et a mettre en
valeur les idéologies du parti auquel ils appartenaient et à médire les théories et les
partisans de l’opposition. Dans ce contexte l’objectivité et la pluralité de
l’information n’ont jamais été des critères fondamentaux pour le journalisme
colombien.

34
Avec l’arrive du système du partage de pouvoir du « front national » (1958-1974), le
journalisme a encore joué le jeu des élites politiques, en évitant de publier des
informations qui pouvaient créer des tensions entre les partis. Il s’est auto censuré
et a fermé toute possibilité d’expression aux mouvements d’opposition. Avec le
prétexte de maintenir une paix apparente entre les partis, le journalisme a
uniformisé l’information et n’a donné aux gens que le point de vue du pouvoir.
Actuellement les journaux les plus importants au niveau national sont « EL
TIEMPO », « EL MUNDO » et « EL COLOMBIANO ».
« EL ESPECTADOR » faisait parti aussi des plus importants, mais il a payé le prix à sa
position coriace face au narcotrafiquants. Pendant la monté du narco terrorisme et
du para militarisme (fin 80), le journal a subis d’importantes pertes économiques et
idéologiques et en 2001 il devint hebdomadaire avec une diffusion évidement moins
importante et une influence médiatique amoindrie. « EL ESPECTADOR » est un
exemple des risques que peut courir le journalisme quand il s’oppose aux acteurs
de pouvoir.

La radio colombienne. Histoire et évolution


Crée par le gouvernement libéral de Miguel Abadia Mendez (1926-1930), la
première radio colombienne la « HJN » est née en 1929. Sous la direction de très
grandes personnalités liées au gouvernement libéral, elle a donnée une ouverture au
développement de ce nouveau media. En ce qui concerne la nouveauté technique,
l’apport culturel, le divertissement et son rôle informatif, nous ne pouvons pas nier
l’importance de la création de la radio, mais il est aussi nécessaire de souligner son
caractère subjectif et politisée provenant de sa relation directe avec l’état.
La « HJN » cessa son activité seulement 5 années après sa création à cause de la
négligence bureaucratique. Suite a sa fermeture, le nouveau gouvernement
(toujours libéral) créa la « Radiodifusora nacional de Colombia » en 1938.
Certes les contenus culturels et de divertissement étaient très variés et intéressants,
mais pour ce qui concernait le domaine informatif, la relation de dépendance entre
l’état et les medias restait toujours la même.
Déjà à cette époque on commençait à envisager que cette dangereuse connexion
allait entraver le fonctionnement naturel des medias.
« La radiodifusora nacional » est une preuve tangible de cette relation, le fondateur de la
station radiale, Gustavo Santos, était le frère du président Eduardo Santos (1938-
1942) qui était en même temps le propriétaire d’un de plus influents journaux
colombiens « EL TIEMPO ». De ce fait les deux medias étaient sous le control du

35
gouvernement et l’opposition n’avait pas sa place. Au fil des années et à chaque
variation de gouvernement la ligne éditoriale de la « radiodifusora » changera elle
aussi, dépendant des idéologies et priorités politiques du pouvoir en place.
Dans les deux dernières décennies, avec le basculement du bipartisme, cette
situation a un peu évoluée, cependant la radio publique continue à être dévoué aux
consignes de l’état.
Avec la radio, Immédiateté, rapidité sont devenus les principes de l’information,
tant pour les émetteurs que pour le public. Il est devenu le media préféré pour
s’informer tandis que les journaux restaient le support où les hommes politiques et
les intellectuels débattaient et donnaient leurs opinions. Malgré ces qualités, la
radio n’a rien changé au rapport entre les medias et le pouvoir politique.
L’information restait un domaine propre aux élites et les politiques éditoriales
répondaient aux besoins des gouvernements. En conclusion, l’information est
devenue plus rapide et moins complexe, mais elle était toujours manipulée.
Avec la radio il y a eu aussi l’apparition des premières lois et décrets pour limiter le
droit d’informer et de la liberté d’expression, celles-ci ont été toujours protégées
dans la constitution nationale, cependant elles sont constamment violées à cause du
contexte politique, social et /ou économique (menaces, corruption, pressions
politiques ou économiques, entre autres). Alors, même si la liberté d’expression et
de la presse est inscrite dans la loi, au-delà il y a un contexte qui empêche son
application. Deux exemples sont le contexte politique à l’époque de la « violencia »
ou encore le contexte de guerre que nous vivons actuellement.
Parallèlement à la création de la radio publique, les stations commerciales ont vu le
jour en 1931, avec la « HKF ». Quelques années plus tard en 1945 la Colombie
comptait 71 stations et a la fin de cette décennie l’horizon médiatique assistait a la
naissance des premières chaînes radiales « CARACOL (Cadena Radial Colombiana) » et
« RCN (Radio Cadena Nacional) » lesquelles des leur arrivée ont essayé de s’emparer des
autres stations. C’est à ce moment là, que le phénomène de concentration entamait
son déploiement, aujourd’hui les deux géants médiatiques contrôlent tout l’horizon
de l’information et continuent a être influencés par le gouvernement et par les
grands groupes économiques, aux quels ils appartiennent.
A partir des années 80 avec la dégradation du conflit, l’apparition des nouveaux
acteurs (narcotrafiquants et paramilitaires) et des nouvelles dynamiques de
violence, les medias ne subissent pas seulement des pressions de la part de l’état et
des groupes économiques, mais aussi des ces nouveaux protagonistes du conflit.

36
La télévision. Promesse de changement
En 1954, pendant le gouvernement du Général Rojas Pinilla, la télévision arriva au
pays et avec elle un nouvel engagement pour modifier le traitement de l’information,
pourtant, au-delà de l’espoir technique et de sa valeur en tant que moyen de
divertissement, au niveau de l’info et de la narration de la situation de violence, la
télévision colombienne a suivi le même chemin que la radio.
Dés son arrivé et jusqu'à 1997 la programmation était de caractère publique et
hautement influencée par le gouvernement. Les entreprises de programmation
privée devaient présenter leurs émissions pour recevoir l’agrément du diffuseur
public, par conséquent les contenus dépendaient entièrement des critères de
l’état.39
Il faudra attendre 1979 pour voir l’arrivée des premiers informatifs et Journaux
télévisés, ceux-ci ont été octroyés aux « différents » (les deux partis dominants)
groupes politiques selon leur représentation électorale. Donc il n’y avait pas
beaucoup de choix entre les informations présentés soit par les libéraux soit par les
conservateurs.
Tout au long de l’histoire de la télévision les différents gouvernements ont crées des
institutions 40 dites indépendantes chargées de surveiller, contrôler et définir les
contenus de la programmation nationale et régionale, cependant leur indépendance
et leur capacité d’action ont été toujours contraintes par l’état. La plupart des
décisions prises par ces organismes sont demeurés politiques et ont suscités
d’abondantes controverses.
Le dernier grand changement de la télévision colombienne se passe en 1997, lorsque
le gouvernement décide de faire un appel d’offre pour la création de chaînes privées
de télévision.
La « difficile » tache de choisir les concessionnaires des deux chaînes fut donnée a la
CNTV (commission national de télévision) qui sans aucune surprise a élu les
entreprises dépendantes de deux de plus grands groupes économiques colombiens 41,

39
En 1963 l’institut national de la radio et de la télévision (INRAVISON) a été crée pour développer et
exécuter les projets adoptées par le Ministère de la communication. Et pour organiser et mettre en
marche les contrats de programmation et diffusion sur les chaînes publiques, des émissions proposées
par des entreprises privées.
« Décret de loi 3267 du 20 décembre 1963 »
40
En juillet 1964. Le gouvernement a crée la « CPI » (Conseil de la Programmation de INRAVISION), en
juillet 1985, création de la « CNT » (conseil National de la Télévision) et en janvier 1995 de la « CNTV »
(commission nationale de télévision).
41
Groupe Ardila Lulle : propriétaire de RCN radio, RCN télévision, du journal « EL COLOMBIANO »
Groupe Santo domingo : propriétaires de CARACOL Télé, de CARACOL radio

37
laissant de côté des propositions plus novatrices mais évidement moins influentes
et riches.
Les grands gagnants CARACOL et RCN, présentes depuis longtemps dans
l’horizon médiatique, (dans les métiers de la radio et dans la production télévisuelle)
et désormais propriétaires de leur chaînes de télévision.
Pour les analystes du monde médiatique colombien, toute autre décision aurait
entraîné des pressions très fortes de la part des groupes économiques sur la CNTV
et sur le gouvernement et aurait engendré un conflit des pouvoirs sans issue. Ceci
n’est qu’un exemple de la prétendue indépendance et liberté des institutions
chargées de la radio et la télévision.
Actuellement les deux chaînes publiques restantes 42 sont fragilisées par la
puissance économique de deux concurrents privés.
L’évolution de la télévision est l’histoire de la lutte entre une population que veut
être informée et un pouvoir qui a le control sur l’information et qui ne veut pas le
perdre.

Les nouveaux medias.


Les nouvelles technologies de l’information et de la communication, arrivées à la fin
du XX eme. Siècle, deviennent aujourd’hui le moyen pour créer un modèle médiatique
alternatif. Les NTCI sont un lieu de participation active dans lequel la
reconstruction des représentations de la guerre et de la paix, soit possible.
En Colombie tous les acteurs du conflit ont leurs propres espaces virtuels, où ils
développent leurs thèses et leurs visions du conflit. Internet est devenu ainsi un
lieu où le conflit s’étend, mais il a aussi permis l’amplification de l’espace public et
est devenu un lien direct entre la société civile et les acteurs du conflit.
Avec leur entré à l’univers Internet, les organisations du conflit, ont été obligés
d’adapter leurs images a ce nouveau media et de ce fait, elles doivent être cohérentes
par rapport à leurs discours et leurs actions militaires, pour avoir de la crédibilité
et être comprise dans leur démarche en tant que mouvement armé.
Le fait d’avoir plusieurs points de vue sur la situation du pays et sur les origines et
les causes de la guerre, donne à la population la possibilité de construire une
représentation plus proche de la réalité que celle qui est présenté par les autres
medias. Pendant que dans la télévision et dans la presse on ne voit qu’une vision de

Les deux groupes comptent aussi avec des dizaines d’autres entreprises dans des différents secteurs
(alimentaire, transport, bâtiment, mode, etc.)
42
Les deux chaînes publiques sont : CANAL UNO (chaîne généraliste) et SENAL COLOMBIA (chaîne
éducative)

38
la crise (généralement celle de l’armé), sur Internet nous pouvons toutes les
retrouver
Dans les pages suivantes il sera question de savoir comment les medias montrent le
conflit et quelles sont les représentations que les colombiens se font à propos de
celui-ci.

Medias : scénario d’une guerre des symboles.


Reprenant la thèse développée par les investigateurs du CINEP 43, les medias sont
un des lieux les plus importants pour la production des récits sur la guerre. Il est le
scénario privilégié dans la construction du domaine public, cela veut dire qu’il
définit les représentations sociales que vont établir les valeurs et les pratiques de la
guerre et de la paix. Lorsque la société demande et cherche une explication et une
narration du conflit, elle se dirige vers les medias, ceux-ci sont donc dans
l’obligation de répondre au besoin démocratique de l’information.
Pour les organisations civiles, les medias manquent d’objectivité, d’indépendance et
d’implication sociale. En tant que narrateurs principaux du conflit, ils n’assument
pas leurs responsabilités et ne font que protéger les intérêts des entreprises
médiatiques, des élites du pouvoir et de certains acteurs armés.
D’après l’investigation du CINEP sur les représentations médiatiques du conflit, le
récit informatif rentre dans le jeu de la guerre et est manipulé par certains
mouvements sociaux. Dans la narration de l’affrontement interne, les acteurs
armés passent d’être les « objet s» du récit à être les commentateurs de « leur réalité ».
Un exemple c’est la narration présentée par l’armée. Un acteur ayant les moyens
pour mettre en scène son point de vue, étant présent sur le terrain de l’action et en
comptant avec la faveur des medias, profite de ces capacités pour montrer « sa
réalité » et pour travestir toute autre version.
Les forces paramilitaires sont un autre exemple, celles-ci contrairement à l’armée
n’ont pas accès aux medias mais pourtant elles comptent avec la faveur des forces
politiques, militaires et économiques qui leur permettent de rester en tant qu’acteur
« caché » du conflit. Le sujet du para militarisme, est certes traité mais il est flou et
conserve une sorte de mystère autour. Une situation plus qu’étonnant si nous
prenons en compte l’importance et la puissance militaires que cet acteur représente
au cœur de la crise.

43
« Internet, guerra y paz en Colombia » (Internet, guerre et paix en Colombie) Investigation réalisée
par le CINEP en 2002.

39
Un autre aspect qui empêche les medias de mettre en marche des stratégies pour se
restructurer et pour réorienter les dynamiques de la guerre, c’est la
spectacularisation de l’information et le manque d’analyse. Dans leur recherche
d’audience et de l’immédiateté, elles ont perdu toute crédibilité face aux récepteurs.
Dans les récits, la guerre est immédiate et attirante pour le public tandis que la paix
est montrée comme un long processus avoué à l’échec et ne semble pas intéresser les
medias.
Bien que cette information soit subjective, arrangée, incomplète et très souvent
exagéré, elle représente aussi une grande diversité d’usages et d’applications pour la
population, laquelle s’approprie de ces messages et les transforme selon ses
contextes et ses besoins.
Ces récits médiatiques permettent au moins l’observation du contexte général où se
développe le conflit et alertent les populations pour les protéger des dangers
directes. Ils deviennent donc la base de la formation de l’opinion et de la
compréhension du conflit.
Il est certain que les medias et ses informations sont des facteurs primordiaux dans
la construction des représentations de la guerre et de paix, mais il y a aussi des
moyens alternatifs de nature civile comme les ONG’s par exemple et médiatiques
tels que l’Internet ou les medias communautaires, grâce auxquels il sera possible de
développer des récits positifs sur la réalité colombienne.

La presse et les discours sur la crise et ses protagonistes


Les nouvelles sur la guerre et sur les processus de paix, ne constituent pas un
rapport clair sur le contexte actuel du pays. Une compréhension « normale » et
commune à tous les lecteurs, ne peut pas être construite a partir de la narration
médiatique actuelle.
Suivant encore les investigations effectuées par le CINEP 44, le public de grands
journaux écrits pense qu’il y a tant d’information sur le conflit qu’il n’existe pas
d’information. La saturation est un facteur qui entrave la possibilité d’identifier la
« réalité »de guerre que vit le pays.
L’étude effectué par le CINEP sur les représentations du conflit dans la presse
colombienne (« EL TIEMPO » et « EL COLOMBIANO ») montre que le récit
informatif reste séparé des autres événements de l’actualité nationale, même du
processus de paix. Pendant les dialogues de paix que se sont tenus dans le

44
CINEP. Op. Cit. p. 34

40
gouvernement Pastrana (1998-2002), les deux sujets étaient traités presque
individuellement, un fait insolite étant donné leur évidente liaison. Un autre aspect
incompressible est l’absence du récit sur le contexte historique et de l’avenir de la
guerre. Pour les analystes le discours n’a pas de passe ni de futur, donc il est
impossible de le comprendre dans sa totalité.
La présentation des informations sur les coûts de la guerre et l’inventaire des
victimes de la violence est une tentative pour offrir des données objectives et
véridiques sur le conflit. Cependant ceci est aussi une tactique pour attirer plus de
lecteurs. Une logique typiquement médiatique, un massacre qui laisse 30 morts,
vend plus d’exemplaires que si l’on parle des négociations qui n’ont aucun avenir.
En général les thèmes centraux à propos du conflit armé dans la presse, sont
l’internationalisation, la dispute territoriale entre les mouvements armés et la
dégradation du conflit. Ces trois représentations prennent toute la place au sein du
discours de la presse, mais ils sont hiérarchisés différemment selon le journal.
Pendant que dans « EL COLOMBIANO » la tendance du traitement de l’information
est celle de la régionalisation du conflit, suivie par la dispute territoriale et par la
dégradation de la situation de violence. Pour « EL TIEMPO » la représentation la plus
importante est celle du control territorial, suivie par l’internationalisation et par
l’aggravation du conflit.
Avec l’arrivé au pouvoir de Alvaro Uribe et suite a l’échec du processus de paix,
deux nouveaux sujets deviennent le centre de l’information, d’abord celui de l’échec
du dialogue à cause de la guérilla et de l’imminente dégradation du conflit, et
deuxièmement celui des nouvelles négociations de « paix », mais cette fois ci avec les
paramilitaires.
Après le revers politique des négociations, les FARC sont montrés comme les
coupables, ils sont liés avec le trafic de drogues et ils deviennent la cible du
gouvernement et des medias. Au même moment les paramilitaires passent du côté
des groupes qui négocient la paix, mais ils continuent à être vus avec méfiance a
cause de la barbarie de leurs actes. Cette transformation dans les représentations
montre bien le problème de dépendance et de censure faite par l’état et par
pressions des groupes armés. Comme toujours, à chaque changement de pouvoir et
de politiques sur le conflit, la presse et les medias en générale s’adaptent aux
besoins des dirigeants, ainsi les antécédents, l’histoire, est effacé et l’avenir reste
toujours incertain.

41
Dans un article 45 publié par la « human rights watch » en avril 2006, l’organisme
international dénonçait les pressions du président Uribe sur de nombreux
journalistes pour que ceux-ci cessent de parler sur les liens supposés entre le
président et les groupes para militaires, ceci est un exemple qui peut illustrer la
pression qui subisse les journalistes de la part du gouvernement et comme cette
censure est un facteur qui empêche l’objectivité et la véracité de l’information.

Les journaux télévises46


Dans les nouvelles sur le conflit, les récepteurs reconnaissent une structure
narrative porteuse de significations, à travers la quelle les journalistes donnent un
rôle précis a chaque un des acteurs et rendent compte des dynamiques de la guerre.
Les récits construits dans le JT sont similaires a ceux de journaux écrits. Ainsi la
guérilla est présentée comme l’axe central de la narration sur le conflit, elle est
désignée comme étant la responsable de la situation de crise. Avec l’échec des
négociations la guérilla devient le facteur principal du déclenchement de
l’internationalisation et de la dégradation du conflit. En même temps, les groupes
paramilitaires sont présentés comme étant l’acteur énigmatique dont les JT ne
confirment presque jamais les suppositions autour de ses actions.
Certes au niveau de la violence des leurs actes les « paras » ont le même statut que
la guérilla, cependant ils restent incompréhensibles et le récit génère autour d’eux
n’est pas formel.
Le troisième personnage, l’armé, reste avantagé en tant qu’acteur qui raconte
« officiellement » le conflit et qualifie les autres acteurs, spécialement la guérilla. Les
narrations des JT sont le reflet des politiques de communication de l’état et des
forces de l’ordre. Ce récit se veut unique et prétende disqualifier toute autre vision
de la crise.
Le quatrième personnage, c’est la population civile qui est montré comme la
victime des autres secteurs mais qui commence à s’affirmer et à participer dans la
recherche de solutions pacifiques.
Pour les analystes, les pratiques d’information dans le JT sont essentiellement des
pratiques préventives mais pas d’analyse et d’approfondissement. Leurs narrations
sont statiques, elles ne permettent pas d’avancer vers la représentation de l’avenir
du conflit. La guerre est là, elle se passe maintenant et elle continuera, donc les
45
HUMAIN RIGHT WATCH « Uribe debe cesar los ataques contra los medios de comunicacion »
(Uribe doit arrêter les attaques contre les medias) 17 avril 2006.
46
Ibid. p. 41

42
issues sont inconnus et l’avenir na pas d’importance. Le récit de la guerre conduit
les populations vers une banalisation du conflit. Les flux d’information sont
excessifs et l’analyse est quasiment inexistante, donc le contexte est reconnu mais il
n’est pas compris.
D’après les analystes il y plusieurs raisons pour que le récit informatif des JT reste
dans la légèreté et la superficialité et empêche une compréhension intégrale de la
réalité. Quelques unes des ces particularités sont :
Les thèmes importants de l'actualité ne font jamais l'objet de commentaires par des
journalistes autres que les présentateurs ; trois raisons à cela, d’abord le manque de
temps, car la publicité occupe près du tiers des 30 minutes disponibles,
deuxièmement une fausse revendication d'objectivité (développer une information
peut risquer de la modifier) et tertio une discrétion excessive par rapport aux
différents pouvoirs (un commentaire déplacé pourrait les indisposer)
Les nouvelles sont présentées à une grande vitesse, il n'y a pas de temps pour traiter
en détail les nouvelles.
L’information n'est pas hiérarchisée, les faits liés au conflit étant mis sur le même
plan que les nouvelles de fond.
L’insistance exagérée sur les nouvelles de dernière heure, la recherche de
l’exclusivité, même s'il ne s'agit que d'un fait divers.
La violence est partout, l'attraction malsaine de la caméra pour les cadavres, le sang,
les tombes, les cris et les larmes, et l'absence de toute distance.
Il n'y a jamais de place pour un entretien avec un invité spécial, homme politique ou
artiste, cela est réservé à un autre type d'émissions, en général après 22 h 30, heure
tardive pour la plupart des Colombiens.
Lorsque les reporters sur le terrain s'entretiennent avec des personnalités ou des
témoins, ils ne présentent que de très courts extraits de la conversation, et
résument les propos de l'interviewé sur une image de fond.
Lorsque l’événement présentée n'est pas accompagnée d'images d'actualité, on
montre des images d'archive, sans mentionner ce fait ; le lien entre la nouvelle et
l'image est généralement mécanique, dépourvu de signification.
Profitant du control médiatique, le gouvernement et les groupes économiques font
circuler une image spectaculaire du conflit, de cette façon là ils enlèvent le caractère
social de la crise et prétendent faire oublier ses origines et ses dynamiques.

43
Internet, espace de participation.47
L’Internet est un lieu propice pour élargir et restructurer les représentations et les
narrations sur la réalité du pays. Il offre aussi des espaces de participation et la
possibilité d’avoir accès à une plus grande quantité d’information et des visions sur
le problème de la violence.
Cependant sur Internet se livre aussi la bataille des symboles, lutte dans laquelle
les acteurs sociaux veulent à tout prix justifier leurs actions dans la guerre et
discréditer leurs ennemis. De ce fait, il se génère un climat de méfiance chez le
public, qui tend à les éloigner des organisations.
La dimension politique de la guerre et des ses acteurs est bien présente sur les sites
Internet des organisations, mais ces politiques se « militarisent » de plus en plus, en
imposant les actions et les décisions militaires, par conséquent la guerre se déplace
sur l’Internet. Lorsque le conflit se déplace du terrain réel sur celui du virtuel, les
stratégies de communication échouent. Les divergences entre les différentes façons
de représenter la « réalité » ne font que créer des confusions dans la population.
Les organisations armées présentes sur le Net sont en train de développer une sorte
de stratégie marketing pour vendre leurs propres « vérités », ainsi elles comptent
devenir légitimes aux yeux des gens. Mais en agissant de cette manière, elles ne font
que restreindre les capacités d’action de la population civile face au conflit.
L’idéal d’un media démocratique et citoyen est détruit à cause de cette démarche
marchande des producteurs d’information.
Toutefois il y a également un côté positif, l’Internet a permis le développement des
sites où les divers points de vue des acteurs sont traités et analysés avec objectivité,
ainsi que les contextes historiques du conflit et son évolution.
Grâce à la liberté qu’offre ce média, les notions d’indépendance et de pluralité
peuvent être respectées pour ainsi construire des nouvelles représentations sur la
crise et les solutions.
Il est possible d’observer que certaines organisations nationales et internationales,
peuvent être crédibles et mettre en marche des stratégies d’information que
respectent les notions fondamentales de l’exercice médiatique.
Deux exemples sont les sites du CINEP48 (centre d’investigation et de l’éducation
populaire) et du RISAL49 (réseau d’information et de solidarité avec l’Amérique
latine), des sites où on a accès a toute sorte d’information a propos du conflit sans

47
« Internet, guerra y paz en Colombia » (Internet, guerre et paix en Colombie) Investigation réalisée
par le CINEP en 2002.
48
Site du CINEP (centre de l’investigation et de l’éducation populaire) www.cinep.org.co
49
Site du RISAL (réseau d’information et de solidarité pour l’Amérique latine) http://risal.collectifs.net/

44
que celle-ci soit altérée par les protagonistes de la guerre et par les pouvoirs
économiques et politique de la Colombie.
L’usage d’un réseau ouvert et pluriel assure aux acteurs leur inclusion dans la scène
médiatique national et mondiale et il doit permettre aussi l’apparition des secteurs
alternatifs qui construisent des schémas de représentation nouveaux sur la crise.
D’ autre part, les organisations présentes sur Internet doivent penser à modifier leur
ligne éditoriale et leur stratégie de communication, étant donné que pour les
récepteurs la crédibilité et la véracité des informations sont loin d’être inscrites
dans les contenus des sites de ces organisations.50
Une dernière caractéristique de l’Internet c’est la quantité d’information qui peut
être traite, cette particularité permet de développer des contenus qui ne sont jamais
présentés par les autres medias par manque de temps ou d’espace. Des éléments tels
que l’histoire et les origines du conflit, l’analyse des dynamiques entre les acteurs et
les alternatives de solution au problème.

La liberté de la presse en Colombie.


« L’activité des journalistes jouira de protection pour garantir leur liberté et leur
indépendance professionnelle » (Article. 73 de la Constitution Politique de la République Colombienne).
Le journalisme Colombien subis des intimidations de la part de tous les acteurs
violents et du monde politique, lesquels ne cherchent qu’à contrôler l’information et
l’opinion publique. Les assassinats, les menaces et les pressions contre les
journalistes, multiplient la sensation de peur et génèrent l’autocensure, mettant en
danger la mission sociale de la profession. Dans le contexte politique que vit la
Colombie, la vérité est en danger et la désinformation est le bras médiatique des
acteurs armés. Alors le journalisme doit être une pièce clé dans la recherche de la
paix et de la démocratie.
Pour les organisations de défense de la liberté de la presse51, La Colombie est un des
pays le plus dangereux pour exercer le métier de journaliste. Au cours de 10

50
Les groupes de guérilla, les paramilitaires et l’armé
Site des FARC –EP (Forces armées révolutionnaires de la Colombie. Armé Populaire)www.farcep.org/
Site du ELN (Armé pour la libération nationale) www.eln-voces.com
Site des AUC (Autodéfenses unies de Colombie) www.colombialibre.org
Site de l’armé national de la Colombie www.ejercito.mil.co
51
Les organisations :
SIP (société Inter américaine de Presse)
FLIP (Fondation pour la liberté de la presse)
RSF (Reporters sans frontières)
CPJ (Comité de protection aux journalistes)

45
dernières années il y a eu plus de 114 professionnels assassinés. En 2005 (d’après le
rapport de RSF (reporter sans frontières), un journaliste et un collaborateur ont été
tués, pour l’organisation il est vrai que le bilan est beaucoup moins accablant que
les années précédentes mais la diminution des chiffres, n’est pas un véritable témoin
des conditions de travails des journalistes. Dans le pays l’information continue à
être un objet désiré par tous les personnages de la guerre.
La liberté de presse la existe, cependant il y a plusieurs éléments qui affectent
essentiellement son application ; pressions, dépendance vis-à-vis de l’état,
dépendance économique, impunité face aux crimes et précarité de la profession
entre autres. Ces éléments menacent la liberté d’expression, droit fondamental
d’une société démocratique.
« Narcotrafiquants, groupes armés et hommes politiques corrompus entretiennent des
relations très complexes qui rendent le travail des journalistes très dangereux. Cette
situation devrait malheureusement continuer, vu que les délinquants sont rarement
inquiétés »52
Dans ce contexte la transparence, l’équité, l’indépendance et la véracité de
l’information ne sont pas les priorités de journalistes. L’autocensure est la seule
alternative pour rester en vie.
Par rapport a ce phénomène d’autocensure les investigations montrent que le
problème est plus grave au niveau régional53, étant donné que le conflit se déroule
généralement dans les régions et non pas dans les grandes villes. Aujourd’hui le
gouvernement et la société civile ne prêtent pas attention aux journalistes locaux.
Il est donc urgent de s’organiser pour protéger la liberté de la presse dans ces
régions et il faut réévaluer l’importance de l’information qui est générés dans ces
endroits.
Parce que du moment que les journalistes locaux ne peuvent pas exercer leur métier,
la presse nationale produit ses récits à partir de source non crédible et désinformées
et de ce fait le discours des medias nationaux reste superficiel et pas toujours
véridique.

52
Témoignage de M. AMBEYI LIGABO, rapporteur spécial de la commission des droits humains de
l’ONU.
Cité dans l’article « libertad de expresion y prensa en Colombia » publié dans le site Internet de Medias
pour la paix (MPP. Medios para la paz).
53
A partir des résultats du rapport annuel 2004 de la FLIP (fondation pour la liberté de presse en
Colombie) ceux-ci montrent bien que le phénomène de violence est plus fréquent hors de grandes villes.

46
En conclusion, si les structures médiatique et sociale ne révisent pas leurs priorités
par rapport au journalisme régional, la construction d’un univers médiatique
intègre, indépendant et libre ne sera pas envisageable.
Il est vrai que le devoir des journalistes n’est pas facile dans un climat de violence et
de précarité, néanmoins il est le devoir de la société de réagir et de repenser les
dynamiques entre l’état, les medias locaux, les medias nationaux et les groupes
armés.
A partir de cette perspective de restructuration, la Colombie doit redéfinir les rôles
des medias et du journalisme pour pouvoir penser a la fin du conflit. C’est a partir
des la reconstruction des représentations médiatiques que le pays peut trouver un
chemin vers la paix.

47
Chapitre III. Repenser les medias. Projet du pays.

Tels qu’il a été dit dans les chapitres précédentes, les medias jouent un rôle
principal dans l’évolution et la transformation du conflit armé en Colombie.
Les discours qu’ils élaborent et mettent en circulation sont des facteurs
fondamentaux dans le processus d’élaboration de représentations de la guerre et de
la paix. C’est à partir de ces narrations que les populations prennent position et
agissent face au contexte de violence et c’est dans les medias que les dynamiques
entre les acteurs sociaux s’établissent.
Pour trouver une solution a cette situation, la société civile, le gouvernement et le
monde médiatique doivent entreprendre une réflexion et une réévaluation du rôle
social et des répercussions des métiers de l’information et de la communication.
Pour entamer un processus de restructuration médiatique, il est nécessaire que tous
les acteurs sociaux soient impliqués, les sources informatives, les propriétaires de
medias, les annonceurs, les journalistes (régionaux et nationaux), la population
civile et surtout l’état.
L’objectif de ce projet de reconstruction sera de rendre aux colombiens le droit
d’informer et d’être informés et en conséquence leur offrir la possibilité de
comprendre la réalité de la situation de guerre dans laquelle ils vivent depuis de
décennies. Du moment où les gens assimilent le contexte qui les entoure, ils
pourront générer des alternatives pour transformer la société.
Les points à suivre dans ce processus de restructuration médiatique et politique
doivent être définis et mis en place par trois secteurs principaux, les institutions
gouvernementales, la population civile et les medias. La relation entre les trois doit
être comprise comme étant un rapport dynamique et collectif. Cela veut dire que
lorsqu’il se produit un changement dans le fonctionnement interne d’un des
secteurs, ceci va modifier les agissements des autres.
Chaque un des trois secteurs contient à son tour des éléments spécifiques qui
seront modifiées pour permettre une transformation globale. Au secteur médiatique
correspondent des éléments tels que les annonceurs, les journalistes, les sources
informatives et les dirigeants des groupes médiatiques. Dans le secteur de la
population civile on retrouve les medias communautaires, les organisations non
gouvernementales, les théoriciens des medias et du conflit et les universités. Et au
niveau gouvernemental il y a les institutions chargées des medias, les autorités
juridiques, les personnalités politiques et les gouvernants régionaux et nationaux.

48
Le projet de restructuration. Les actions à suivre au trois niveaux.

Au niveau des medias.


Le monde médiatique idéal est celui où les nouvelles ne sont ni contaminées ni
manipulées. Des informations faites pour satisfaire l’intérêt du public et pour l’aider
à comprendre la réalité qui l’entoure. Des medias où la Pluralité, l’indépendance, la
précision et objectivité sont les fondements de l’activité informative et
communicative. Pour que ce modèle puisse être mis en place il faut finir avec
certaines pratiques professionnelles douteuses très courantes en Colombie.
Voici donc les actions à suivre dans ce cadre de la restructuration médiatique :

En Finir de l’association entre les medias et le gouvernement.


Cette relation a toujours été une des causes principales de la ignorance de la
population face au conflit et par conséquence de l’incompréhension des
dynamiques de la guerre. Par de raisons économiques et politiques, les medias
s’allient au gouvernement et produisent des récits accommodées aux intérêts de
l’état, ces récits sont généralement inexacts et ne veulent que convaincre la
population que la situation est « sous control ». Ainsi les medias banalisent le conflit
et évitent toute initiative de participation citoyenne.
Si les medias avaient informée adéquatement la population civile, il est fort
probable que, des mouvements de participation pacifique auraient gagné une place
dans la scène nationale et que de ce fait le conflit n’aurait les dimensions qu’il a
aujourd’hui.
Aujourd’hui les grands patrons des groupes économiques et médiatiques
supportent entièrement le travail du président Uribe, par conséquence les medias
suivent la même voie.

En Finir avec la dépendance totale des sources dites « officielles ».


Du fait de la liaison des medias avec le gouvernement, les sources le plus utilisées
par les journalistes sont celles qui racontent le version « officielle », c'est-à-dire
l’armé, la police et les institutions judiciaires. Généralement ces sources sont
contaminées et ne répondent pas aux besoins informatifs de la population, elles ne
montrent que leur « vérité » sur le conflit et ses acteurs.
Ceci ne veut pas dire que les journalistes ne doivent pas avoir recours à elles mais, la
pluralité des sources et de représentations sont la base d’un exercice journalistique
transparent, et la seule façon de reconstruire les medias colombiennes.

49
En finir avec la dépendance entre les sources et les medias.
Les « accords » des certains journalistes avec les mêmes sources, contribuent au
renforcement d’un journalisme de la rumeur et empêchent la recherche et
l’investigation des nouvelles informations et des nouveaux informateurs pour
assembler les récits médiatiques.

En finir avec la dépendance éditorial des directeurs des medias face aux groupes
économiques.
Cette relation est clairement un facteur contraignant dans la ligne éditorial des
journaux. La relation de dépendance économique des journalistes face aux
directeurs de publications et aux grands patrons, fait que ces professionnels ne
pensent que à garder leur emploi en suivant sagement les instructions des
directeurs par rapport a ce qu’ils peuvent ou pas dire. Un facteur aggravant de cette
situation est le statut de cette profession face aux lois du travail. Les journalistes et
les professions libérales d’une manière générale n’ont aucune protection sociale.
Donc les gens préfèrent garder leur emploi et faire tout ce qu’on leur demande.

Développer la notion de journalisme civique.


Les medias doivent éduquer la population sur l’importance de la restructuration
sociale et médiatique. Et ils doivent aussi promulguer la participation citoyenne
dans la construction des nouvelles représentations sur la crise de violence et sur les
possibles solutions à cette crise. En se servant de campagnes d’information et en
créant les espaces appropries pour que le peuple participe, les medias peuvent
devenir un acteur déterminant dans les processus de recherche de la paix. Un
exemple sont les « rencontres citoyennes » réalisées à Bogotá en 2001, un projet ou la
population de la capitale a été appelé pour établir ensemble les processus de
planification local. Avec le soutien de la mairie ce projet a été un succès et doit être
un modèle à suivre au niveau national, dans le cadre de la recherche de solutions au
conflit.

Renforcer les notions fondamentales de la pratique journalistique.


Aujourd’hui la société colombienne demande que son droit à être informée soit
garanti et respecté. Ainsi la mission des medias ne doit être autre que celle de
protéger ce droit, tout en réévaluant son rôle social et en respectant certains
préceptes qui lui permettront d’accomplir sa responsabilité.

50
Ces notions sont :
Pluralité des sources et des sujets traites.
Contextualité et documentation dans la construction des narrations.
Un traitement plus profond des sujets, des récits mieux structures et moins
spectaculaires.
Indépendance totale face aux intérêts des acteurs sociaux (groupes armés,
gouvernement et groupes économiques).

Mettre sur la scène médiatique les sujets fondamentaux de la crise sociale.


Un développement approfondi et une vision objective de sujets déterminants dans
la construction de dynamiques de la guerre (contexte historique, motivations
politiques et militaires des acteurs, liaisons occultes entre les acteurs, le pourquoi
des échecs des processus de paix) permettra la découverte d’une représentation
commune a tous les secteurs, sur le conflit.
Le fait d’avoir une conception partagée sur la crise, permettra aux colombiens de la
comprendre dans sa totalité. De ce fait la population sera capable de prendre des
décisions et d’agir face au conflit.

Démocratisation de l’information et des espaces publiques.


Les médias doivent donner accès aux gens pour qu’elles puissent relater leur
version des faits. Aujourd’hui le sujet de la guerre est raconté par tous les acteurs
de la guerre, sauf pour un, la population civile, qui est peut être le plus concerné et
affecté par le conflit.
« Quand les medias considéreront le peuple en tant que source fondamentale
d’information, ce jour là nous aurons accès à une nouvelle vision de la société… le
problème du secteur médiatique ne doit plus être, la production et la diffusion, mais la
conception des nouvelles visions de la société et la réflexion sur les publics et leur
culture… »54

Approfondir les narrations sur le passé et l’avenir du conflit, de la paix et du pays.


Dans la scène médiatique traditionnelle, ces sujets sont traités superficiellement et
ne sont pas contextualisées correctement dans le temps, les médias produisent des

54
Repris de la transcription de la conférence « communication, culture et contre hégémonie » dictée
par M. Betto Frei lors du 1er. Forum Social des Amériques. Autre Amérique est possible. 21-30 juillet
2004

51
discours qui montrent la situation que dans son présent. Il n’existe pas d’histoire
ni d’avenir. Alors il serait utile de profiter des grands espaces caractéristiques à
Internet pour développer plus amplement ce genre de sujets. En même temps il est
nécessaire que les medias traditionnels développent les espaces appropriés pour
traiter ces sujet, s’il n’est pas possible de le faire dans les JT ou dans les éditions de
presse quotidienne, il est essentiel de trouver des espaces dans la programmation
des chaînes et de faire des éditions spéciales dans la presse.

Au niveau des institutions gouvernementales.


Le rôle de l’état est fondamental dans ce projet de restructuration, il doit devenir le
garant du droit à l’information, il est donc nécessaire que les institutions
gouvernementales chargées des medias et le pouvoir lui-même mettent en marche
des actions pour réussir ce processus de rénovation.

Renforcer et protéger les associations de journalistes et leur statut juridique.


Si la société colombienne souhaite que les journalistes ne continuent pas a être
maltraites et qu’ils puissent travailler en toute indépendance, il est primordial que
l’état à travers les institutions juridiques régule le statut de la profession. La liberté
d’expression doit être garantie et le gouvernement doit donner aux journalistes les
outils légaux nécessaires pour que ceux-ci puissent se défendre des abus des
dirigeants de medias et des groupes économiques. La stabilité de l’emploi et le
respect de la vie de ces professionnels doivent donc être assurées par l’état.
La création et le renforcement des associations de journalistes doit être considère
dans les réglementations sur les medias, ainsi que la mise en place des institutions
indépendantes qui vérifient le bon fonctionnement des normes que définissent
l’exercice journalistique.
Ces institutions doivent agir en liaison avec les organisations internationales de
protection des droits de l’homme et de protection de la liberté de la presse.

Promulguer l’investigation et la critique.


C’est seulement à travers la participation et la critique que les transformations
arriveront. Le gouvernement doit créer les liens entre les institutions
d’investigation et de formation (telles que les facultés de communication sociale, de
journalisme, de sociologie, de sciences politiques et les laboratoires de recherche) et
les institutions médiatiques.

52
L’évolution des représentations doit partir des centres de formation des
journalistes et d’investigateurs en sociologie. L’état devra offrir les moyens
nécessaires pour le développement des centres de recherche sur les phénomènes de
violence et sur le rôle que jouent les medias dans la dégradation de cette situation.
L’ouverture d’un espace de participation pour les jeunes est un élément important
dans la construction d’une représentation commune des medias et du conflit. Si
cette nouvelle vague de professionnels est formée pour comprendre le fond et les
enjeux de la crise, ils pourront faire des propositions et imposer peu a peu des
nouvelles normes dans les dynamiques entre les medias, les acteurs violents et la
société civile.

Renforcement de la télévision publique.


La Colombie compte aujourd’hui avec une structure de télévision publique
considérable, deux chaînes nationales et huit régionales, le pays possède donc les
ressources médiatiques et l’infrastructure pour construire un réseau public de
télévision adapté aux besoins de l’information, du divertissement, de la culture, de
l’éducation et de la participation de la population.
Pour pouvoir réévaluer le rôle des medias régionaux dans la constitution des récits
sur le pays, il est vital que les organisations gouvernementales développent une
structure médiatique publique dans laquelle les chaînes régionales sont
implicitement liées aux chaînes nationales. Lorsque les passerelles entre ces deux
secteurs seront établies, le discours journalistique reflétera la vision des
communautés de toutes les régions du pays et ainsi les représentations sur la guerre
seront remises en question.
Ce réseau public doit être protégée par l’état et par les organisations civiles,
lesquels garantiront au maximum la pluralité et l’indépendance de ce media.
L’existence d’un service public permet de sauvegarder le lien social et il assuré la
préservation du caractère national d’une partie des industries culturelles. La
télévision publique est un élément primordial dans la préservation de la culture et
doit devenir un lieu de rencontre et de cohésion sociale.

Revalorisation du rôle des medias régionaux


Les informations produites par les journalistes locaux ont une valeur inestimable
dans la composition des visions sur la réalité du pays, du fait qu’elles sont obtenues
sur le terrain, malheureusement a l’heure actuelle ces professionnels du journalisme
régional sont mis a l’écart et n’ont aucune protection face aux abus des pouvoir des

53
patrons des medias et des groupes armés. En conséquence l’horizon médiatique
national est limité aux narrations construites par les grands medias nationaux, les
quelles souffrent d’un manque de crédibilité et de pluralité assez important.
Si l’importance des medias locaux est réévaluée et les passerelles avec les medias
nationaux se créent, il est certain que le public sera mieux informé.
La révision des conditions de travail, de la sécurité économique et physique des
journalistes et la création de lois pour protéger les journalistes régionaux, facilitera
leur travail et les liens avec la presse nationale pourront être établis.

Démocratisation de l’Internet
L’utilisation de l’Internet joue actuellement un rôle très important dans la
constitution des nouvelles représentations sur la crise et sur les solutions a celle-ci.
Grâce à ce media il est possible de mettre en marche de mécanismes pour faciliter la
participation active de tous les secteurs de la société dans les processus de
réorganisation du pays. La popularisation de l’Internet va permettre la création
d’une société où tous les acteurs seront continuellement reliés et ceci bouleversera
les relations de production et de pouvoir par rapport a l’information.
Certes l’Internet est devenu un autre scénario du conflit au niveau symbolique et
narratif, cependant il a permis d’élargir l’espace de participation de la population,
c’est cette deuxième particularité qui doit être renforcée et développée par touts les
organismes présents sur le Net.
Avec le soutien de l’entreprise privée et des organisations internationales, l’état
Colombien sera responsable d’apporter l’Internet aux populations qui n’en ont pas
l’accès, en commençant par les écoles publiques et par les centres communautaires
de toutes les régions. L’apprentissage des nouvelles technologies de l’information
permettra aux colombiens d’avoir une approche différente de leur contexte et une
alternative aux medias traditionnelles.

Au niveau de la société civile. Les publics


Le nature statique des populations civiles en Colombie est un élément inquiétant, il
semblerait que les gens n’ont rien à dire par rapport à la crise, cependant cette
passivité n’est que le résultat de discours médiatiques inexactes qui tendent a
banaliser la situation, du manque de espaces de participation et de l’absence de
l’état, en tant que garant du respect des lois. Ceci justifie quelque part l’attitude
des colombiens mais évidement il ne faut pas rester là, les organisations civiles

54
doivent entamer un processus d'encouragement de la population pour coordonner
des actions de débat sur le conflit et sur la paix.
La création d’un mouvement citoyen d'éclaircissement sur la crise et sur le rôle des
medias dans cette crise doit être un geste à faire immédiatement. La population
civile en tant que public doit comprendre quelles sont les démarches suivies par les
medias et quelle est leur relation avec les élites. Ainsi elle va pouvoir être critique et
active face aux récits racontés par les medias. Il est tout a fait logique que la société
civile soit inclue dans les processus de restructuration des medias et de la société
elle-même.

Formation et organisations des publics


En association avec les institutions gouvernementales, la société civile doit ouvrir
des espaces d'éducation et de discussion sur le monde médiatique et l’importance
de l’information en tant que droit fondamental.
Pour que la population civile, prenne une position face a la »réalité » que l’entoure il
faut encourager les gens a développer leur esprit critique et a participer dans la
construction de la société. C’est ne que à partir d’une vision critique et active que
les publics empêcheront les abus de pouvoir des grands medias et des élites
politique et économique.
L’école et l’université doivent devenir les lieux principaux de formation du public,
en chaque citoyen doit naître un opposant des dynamiques actuels, des ce moment
là, la restructuration définitive deviendra possible.

Faire appel a la communauté internationale


La participation d’organismes internationaux sera un point positif dans le
processus de construction des nouvelles visions sur le pays et sur la crise qu’il
traverse. Cependant pour que ceci soit possible, les pays qui s’intéressent à cette
coopération devront d’abord réévaluer les préjugés et faire un effort pour
comprendre la véritable complexité du phénomène Colombien.
L’observation, la critique objective, le soutien institutionnel et la recherche des
alternatives de solution de la crise seront les éléments fondamentaux de cette
participation. Les thèmes centraux dans ce processus tourneront au tour de la
liberté d’expression, des conditions de travail de journalistes et de l’indépendance
et objectivité des medias colombiennes.
Les organisations civiles avec le soutien de l’état colombien doivent entamer cette
démarche pour trouver le plus tôt possible des pays et des organisations

55
internationales intéresses en soutenir ce processus. Alors cette coopération serait
une sorte d’internationalisation « positive » du conflit. Il ne sera pas question d’aide
militaire ou monétaire mais d’une participation institutionnelle pacifique et de
recherche.

Développement des medias communautaires.


La création et les renforcement des medias communautaires, conduira le pays vers
la reconnaissance des secteurs sociaux que sont ignores par les grands medias. Les
récits médiatiques et les nouvelles représentations de la situation de violence
doivent se construire au sein des communautés. Ce genre de medias offre
l’opportunité aux gens du « commun » d’exprimer sa réalité et casse d’une certaine
manière le monopole des grands medias nationaux. Les nouvelles, propres à la
population engendreront une narration plus proche de la réalité du pays et seront la
base pour construire les récits de medias traditionnelles. Ceci est un premier pas
vers la démocratisation de l’information et de la participation.

56
Conclusion.

La situation actuelle de guerre est le résultat d’une évolution chaotique des


dynamiques politiques, économiques et sociales. En Colombie, les différentes
manifestations de violence doivent son apparition aux mauvaises stratégies
politiques et sociales des gouvernants et des élites du pays. D’abord l’établissement
du bipartisme en tant que régime de pouvoir à engendre la naissance des
mouvements d’opposition armée, vu que toute action politique et pacifique n’était
pas envisageable. De plus dans sa quête pour maintenir le pouvoir les dirigeants ont
toujours fait les mauvais choix, en persécutant et en obligeant certains groupes de
la population à s’armer, les groupes guérilleros furent la réponse à cette persécution.
Dans son incapacité de rétablir l’ordre dans le pays par des moyens légaux, le
gouvernement commit une nouvelle erreur et créa un autre mouvement armé, les
paramilitaires. Un acteur qui n’a fait que aggraver la situation.
La drogue est un autre facteur qui a détérioré les dynamiques de la guerre, mais il
n’est que la réponse aux inégalités engendrées par des catastrophiques politiques
économiques et sociales. De plus la corruption qui a gagné les institutions
gouvernementales n’a fait que discréditer le pouvoir et a servi d’exemple à des
milliers de gens pour suivre le même mode de vie. La culture de l’argent facile c’est
établi comme mode d’un grade partie de la population colombienne.
Pour finir il paraîtra que les gouvernements n’ont jamais été intéressés par une
sortie négocie du conflit, vu que a chaque fois il ont pas été honnêtes dans leur
démarche.
Tous ces facteurs ont amené a la recrudescence de la guerre, de plus la « réalité » du
contexte a toujours été occultée par les medias qui manipulées par les élites ne
montrent pas la réalité des faits, mais que les vérités officiels, dans une telle
situation la population civile n’a jamais eu la capacité d’agir et de s’organiser.
Les représentations que les colombiens ont de la guerre sont loin d’être exactes,
certes ils sont informés du contexte général, mais ils ne comprennent pas quels sont
les véritables enjeux politiques et sociaux du conflit. La méconnaissance des
contextes historiques du conflit, la superficialité des narrations médiatiques et le
manque d’analyse font des récits médiatiques une simple formalité.
Alors le manque de crédibilité, devient un facteur d’aggravation de la crise, les
manipulations politiques et économiques restent les plus grands ennemis du droit à
l’information.

57
Cependant le surgissement des nouvelles technologies permet le développement
d’alternatives pour reconstruire l’univers médiatique et de ce fait pouvoir
reconsidérer les dynamiques du conflit. Internet devient un espace où il est
possible d’entreprendre des processus de restructuration des représentations de la
réalité. A partir de ce nouveau media, il est possible de créer des passerelles entre
tous les secteurs de la société et lorsque ceux ci auront pris conscience de
l’importance de l’information et des représentations sur la crise, le pays pourra
entamer un véritable processus de transformation vers la paix.
L’Internet doit devenir un modèle de restructuration médiatique en se positionnant
en tant qu’instrument de critique et de reformulation des medias traditionnelles.
Dans ce projet de reconstruction des médias la participation de l’état est
primordiale, cependant si le gouvernement ne veut pas y participer, il sera
nécessaire que les populations, les journalistes et tous les secteurs confondus se
regroupent au tour d’un grand mouvement citoyen de information alternatif et que
des organisations civiles « non violentes » de la communauté internationale soutien
ce mouvement. Il est essentiel que les mouvements civiques prennent la parole et
agissent maintenant, de la reconstruction des medias et de la réévaluation du droit
de l’information, dépendent notre avenir.

58
Bibliographie

Livres :
ARANGO, Carlos. FARC : 20 anos : de Marquetalia a l’Uribe. Ediciones la Oveja Negra. 1984

BLANQUER Jean Michel. La Colombie à l’aube du troisième millénaire. CREDAL et IHEAL


éditions. 1996

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développement sociale en Amérique Latine. Chapitre 1 « pauvreté ». Publié par l’IHEAL (Institut
d’hautes études de l’Amérique Latine). 2004

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Colombie)

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www.ehess.fr/cirpes/ds/ds69/andesama.html (Site de l’école d’hautes études en
sciences sociales) Rubrique du CIRPES (Centre Interdisciplinaire de Recherches
sur la Paix et d'Etudes Stratégiques)
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http://hrw.org/doc?t=french_americas&c=colomb (Site de la Human Rights Watch)
Rubrique Amériques /Colombie

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www.state.gov/p/wha/rls/fs/2001/2980.htm (Site du département d’état des USA)
Rubrique ARI (Andean regional Initiative)

Sur les médias et le journalisme.


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www.lablaa.org/blaavirtual/ (Site de la bibliothèque National de Colombie. Luis
Angel Arango)
www.mediosparalapaz.org (Site de la corporation Medias pour la Paix. MPP)
www.cinep.org.co/ (Site du Centre d’investigation de l’éducation populaire)
www.planetapaz.org/ (Site de l’organisation Planète paix)
www.flip.org.co/ (Site de la fondation pour la liberté de la presse)
www.eclac.org/ (Site de la Commission économique pour l’Amérique Latine et les
Caraïbes

En français
www.irenees.net/ (Site de L’initiative irénées : ressources, alliance et propositions
pour la paix)
http://risal.collectifs.net/ (Site du réseau d’information et solidarité avec
L’Amérique Latine)
www.rsf.org/home.html (Site de l’organisation Reporter sans frontières)

En anglais.
www.cpj.org/regions_06/americas_06/americas_06.html#colombia (Site du Comité
pour la protection des journalistes) Rubrique Amériques. Colombie.
www.amnestyusa.org/countries/colombia/news.do (Site de amnistie Internationale
USA). Rubrique Colombie.

63
Annexes

Annexe 1.
Carte des principales zones
d’influence des groupes armés.

Annexe 2. Carte des zones de


Présence militaire américaine.

64
Annexe 3. RPF (Reporters Sans Frontières). Rapport annuel 2005. Sur l’état de la
liberté de la presse en Colombie (Extraits).

Reporters sans frontières.


Colombie - Rapport annuel 2005
(Extrait)

Même si moins de journalistes ont été tués en 2004 que lors des années précédentes, la
situation de la liberté de la presse reste critique dans ce pays. Les groupes armés, mais
aussi les hommes politiques corrompus et les narcotrafiquants continuent d’imposer la loi
du silence aux journalistes.

En Colombie, même les bonnes nouvelles ont un goût amer. Avec un seul journaliste et un
collaborateur des médias tués, 2004 devrait pourtant être considérée comme une bonne
année pour les défenseurs de la liberté de la presse dans ce pays où en moyenne, d’après
les chiffres officiels, cinq reporters sont tués chaque année. Par ailleurs, les deux tueurs
présumés du journaliste et humoriste Jaime Garzñn, qui n’étaient que des boucs
émissaires, ont été acquittés. Là non plus, il ne faut pas être exigeant : le recul de
l’impunité passe déjà par un recul de l’injustice. Voilà pour les bonnes nouvelles. Pour le
reste, rien n’a vraiment changé dans ce pays réputé le plus dangereux du continent pour la
profession. Au contraire, il l’est devenu encore plus, comme le révèle le cas d’Oscar
Alberto Polanco Herrera, assassiné le 4 février 2004. Animateur de l’émission
d’information « Notas de dirección » sur la chaîne de télévision locale CNC Noticias, à
Cartago (300 kilomètres à l’ouest de Bogotá), Oscar Alberto Polanco Herrera avait mis en
cause le maire de la ville, objet d’une enquête pour ses liens présumés avec un
narcotrafiquant. Cette affaire révèle les relations de plus en plus étroites et complexes
qu’entretiennent les ennemis de la liberté de la presse - hommes politiques corrompus,
narcotrafiquants, groupes armés - et qui rendent les dénonciations de leurs méfaits encore
plus risquées.

Une situation parfois alarmante

Dans certaines provinces, la situation de la liberté de la presse est réellement alarmante.


En avril 2004, Reporters sans frontières, avec la Fondation pour la liberté de la presse
(FLIP), l’Institut presse et société (IPYS) et le Comité de protection des journalistes
(CPJ), a mené une mission d’enquête à Barrancabermeja (300 kilomètres au nord de
Bogotá). Dans cette ville, les violences des Autodéfenses unies de Colombie (AUC,
paramilitaires), arrivées dans la région en 2000, ont succédé à celles de la guérilla des
Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxiste).

Les paramilitaires sont ainsi soupçonnés d’avoir tué, en avril 2003, José Emeterio Rivas,
de la station Calor Estéreo. Ce dernier avait dénoncé les liens de la municipalité avec des
entreprises leur appartenant. En 2002, un commandant des AUC avait prévenu les
journalistes : « A partir de maintenant, je veille à la bonne image de Barrancabermeja. Il
faut parler en bien de la ville, ne parlez pas des morts. » L’enquête des quatre
organisations a mis également en évidence d’autres moyens de pressions plus discrets tels
que des menaces proférées par des officiers de l’armée ou l’utilisation de la publicité
publique par la municipalité pour faire taire les voix critiques.

65
L’information locale s’est ainsi réduite comme peau de chagrin. Dans la ville de Líbano
(département de Tolima), il a suffi que Luis Alberto Castaño soit menacé et décide de
quitter la région pour que la ville se transforme en un « no news’ land ». Sur la radio
communautaire Café 93.5, Luis Alberto Castaðo était l’animateur du dernier journal radio
de Líbano. A l’antenne, il avait dénoncé une vague d’assassinats attribués aux
paramilitaires. Le journaliste a pu quitter la zone en profitant d’un programme de
protection mis en place par le gouvernement. Mais, pour les défenseurs des médias, il
s’agit d’une victoire à la Pyrrhus. Le journaliste parti, les ennemis de l’information se
frottent les mains.
De plus en plus de Colombiens ne peuvent donc compter pour s’informer que sur les
médias nationaux. Ces derniers n’échappent pas à la violence et aux pressions, comme le
révèle le cas de Semana. Plusieurs journalistes de cet hebdomadaire de Bogotá ont appris
que leurs communications téléphoniques étaient interceptées. Ils ont reçu des menaces
après que la revue avait dénoncé l’infiltration des groupes paramilitaires par des
narcotrafiquants et publié des informations sensibles sur les négociations entre le
gouvernement et les groupes paramilitaires. Les autres rédactions n’ont témoigné
d’aucune solidarité particulière à l’égard de Semana. L’absence d’unité face à ses ennemis
est une faiblesse importante de la presse colombienne.

Des négociations qui n’aboutissent pas

Après l’échec des négociations entre le gouvernement du président Andrés Pastrana


(1998-2002) et la guérilla des FARC, le président Alvaro Uribe Vélez a engagé un
processus de paix avec les groupes paramilitaires. Certains parlent déjà d’un échec. Les
démobilisations annoncées restent maigres (près de 3 400 hommes sur un total estimé à
20 000). Et, sur les quelque 900 combattants démobilisés en 2003, seuls 30 % étaient
effectivement des paramilitaires, les autres étant des délinquants recrutés pour l’occasion.
Un doute plane également sur l’identité de ceux qui négocient au nom des paramilitaires.
Certains d’entre eux seraient des narcotrafiquants espérant ainsi bénéficier des mesures
d’amnistie qui accompagnent le processus de paix. Les prédateurs de la liberté de la
presse ont encore de beaux jours devant eux en Colombie.

Bilan 2004

1 journaliste tué
1 collaborateur des médias tué
3 journalistes enlevés
2 journalistes interpellés
28 journalistes agressés
25 journalistes menacés

Décembre 2004

66
Annexe 4. Chiffres sur les violations contre la liberté de la presse dans la période
2002 - 2004.
Source : FLIP (fundation para la libertad de prensa). Estado de la libertad de prensa en Colombia. Informe
2004

Numéro de violations
Type de Violation
2002 2003 2004
Assassinats 7 7 3
Tortures 0 0 1
Attentats 10 1 2
Kidnappings 12 11 0
Blessés 0 1 0
Exils 7 5
Menaces 75 55 39
Agressions 3 4 14
Obstructions 3 8 17
Vol d’information 0 0 1
Censure 0 0 1

Total violations 111 94 83

Total victimes 81 77

Annexe 5. Les auteurs des violations contre la liberté de la presse.


Source : FLIP. Ibid annexe 4

Violations par auteur

Auteur présumé

67
Table de matières

REMERCIEMENTS ...................................................................................................................... 2
INTRODUCTION ......................................................................................................................... 3
CHAPITRE I. CHRONIQUE D’UNE SOCIETE DE VIOLENCE ...................................... 5
LE CONTEXTE HISTORIQUE RECENT DE LA VIOLENCE EN COLOMBIE. ............................................. 5
La période de « la violencia » (1948-1953). ....................................................................................................................................6
Gouvernement militaire ; courte interruption du bipartisme............................................................................................ 8
LES GUERILLAS. GENESE, TRANSFORMATION ET CONTEXTE POLITIQUE. ....................................... 9
L’apparition de la guérilla et ses mouvements principaux. .................................................................................................9
Négociations de 1983. Première approche, premier échec. ................................................................................................. 11
Les guérillas contemporaines............................................................................................................................................................... 13
LE PARA MILITARISME. ........................................................................................................................... 16
« Paras » ; le bras armé des narcotrafiquants.............................................................................................................................17
LE NARCOTRAFIC ET SON ROLE DANS LA RECRUDESCENCE DU CONFLIT ......................................18
L’extradition et le narco terrorisme............................................................................................................................................... 20
La période du narco terrorisme. .........................................................................................................................................................21
La constitution de 1991 ........................................................................................................................................................................... 22
LE PROCESSUS DE PAIX DE 1998. ENCORE UN AUTRE FIASCO. ........................................................ 23
Le « plan Colombia » et l’échec des négociations. .................................................................................................................... 25
LE GOUVERNEMENT ACTUEL ET SES POSITIONS VIS-A-VIS DU CONFLIT. ....................................... 28
L’internationalisation du conflit....................................................................................................................................................... 31
CHAPITRE 2. COLOMBIE MEDIATIQUE. ORGANISATION, HISTOIRE ET ROLE
DES MEDIAS DANS LE CONFLIT ARME. .......................................................................... 33
L’HISTOIRE MEDIATIQUE ET DE L’ACTIVITE JOURNALISTIQUE EN COLOMBIE. ............................. 34
La radio colombienne. Histoire et évolution ............................................................................................................................. 35
La télévision. Promesse de changement ........................................................................................................................................ 37
Les nouveaux medias. .............................................................................................................................................................................. 38
MEDIAS : SCENARIO D’UNE GUERRE DES SYMBOLES. ......................................................................... 39
LA PRESSE ET LES DISCOURS SUR LA CRISE ET SES PROTAGONISTES.............................................. 40
LES JOURNAUX TELEVISES .....................................................................................................................42
INTERNET, ESPACE DE PARTICIPATION. .............................................................................................. 44
LA LIBERTE DE LA PRESSE EN COLOMBIE. ............................................................................................45
CHAPITRE III. REPENSER LES MEDIAS. PROJET DU PAYS. ...................................... 48
LE PROJET DE RESTRUCTURATION. LES ACTIONS A SUIVRE AU TROIS NIVEAUX. ........................49
Au niveau des medias. .............................................................................................................................................................................. 49
Au niveau des institutions gouvernementales. ......................................................................................................................... 52
Au niveau de la société civile. Les publics ...................................................................................................................................54
CONCLUSION............................................................................................................................. 56
BIBLIOGRAPHIE......................................................................................................................... 59
ANNEXES...................................................................................................................................... 64

68
Table d’illustrations
Figure 1. Zones de distribution géographique des autodéfenses paysannes. ........................... 10
Figure 2. Carte des exactions réalisées par les FARC entre 1995 et 2002 ................................. 14
Figure 3 Carte des exactions réalisées par l’ELN entre 1995 et 2002 .........................................15
Figure 4. Carte présence para militarisme 2002 ................................................................................ 17
Figure 5. Zone de distension établie par le gouvernement de Mr. Pastrana (1998-2002)...24

69

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