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D I M I N E Ţ I

Photographies © 2004 Cosmin Bumbuţ Texte © 2004 Alex Leo Şerban Traduction © 2004 Luiza Palanciuc Tous droits réservés.

Rédacteurs:

Editeur format.pdf Acrobat Reader : Iulia Cojocariu

Răzvan Penescu rpenescu@liternet.ro

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© 2004 Les Éditions LiterNet pour la version .pdf Acrobat Reader. Le téléchargement libre, à titre privé, du volume est autorisé dans ce format. Toute distribution gratuite du livre par l’intermédiaire d’autres sites, modification ou commercialisation de cette version sans l’accord préalable, par écrit, des Éditions LiterNet est interdite, étant sanctionnée conformément à la loi en vigueur concernant les droits d’auteur et les droits connexes.

ISBN: 973-8475-74-0

Éditions LiterNet

http://editura.liternet.ro

office@liternet.ro

Introduction

par Corin Toporaş

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Comme beaucoup d’autres, avant de faire sa connaissance, j’ai vu ses photographies dans la revue « Dilema », à ses débuts. Ah [main au front], combien me manque le café du samedi matin, l’encre de ses photos sur les doigts… Je pense que ces photographies – au lieu d’être inspirées par la tonalité de la revue, bien au contraire, lui ont imprimé un style que celle-ci allait cristalliser plus tard seulement – intelligemment, sans arrogance aucune, avec un humour qui ne tourne jamais en dérision, une façon d’être dépourvue de stridence, mais consciente de sa valeur. Le reconnaissez-vous ? C’est Bumbuţ (je pourrais l’appeler Cosmin, mais ce serait dommage pour un nom si intéressant [c’est-à-dire un petit bouton]).

Il migra ensuite sur le support brillant des revues de mode et lifestyle. Oui, il s’est fait plus rare à voir, mais j’avais au moins une excuse pour regarder du coin de l’œil les revues, ayant ma réplique toute prête, pour Cristina, lorsqu’elle me surprenait là-dessus, avant qu’un brin d’ironie n’apparaisse dans ses yeux : « Je

regardais les photos de Bumbuţ » [clignement indigné du style « comment tu peux imaginer que je regarde ces stockfiches… », tourne la tête encore un peu plus, c’est trop].

On a parlé de sa capacité – si rare – d’exceller aussi bien dans la photographie d’art, que dans celle commerciale. Je pense que Bumbuţ ne fait pas de distinction entre les deux, les traite de la même manière. Une autre explication (inexplicable, d’ailleurs) consiste dans son art de trouver la beauté. Partout – à n’importe quel endroit, même les plus improbables (soyons sérieux, le monde n’est quand même pas aussi beau que dans les photos de Bumbuţ), dans les modèles (des êtres qui n’offrent pas toujours de la beauté – en tous les cas, pas cette beauté-là), dans l’abstrait du monde concret qui nous entoure, dans les visages des paysans, en détail, en profondeur. Et il y a encore cette façon d’illuminer ses sujets avec une lumière ésotérique, éthérée presque, mais qu’est-ce que j’en sais… [main à la tête, à nouveau].

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Ensuite, je l’ai rencontré – nous avons passé quelque temps ensemble, « en plein air » et dans le studio pour un portrait qui n’a pas été rendu public, finalement [soupir de soulagement. encore une et cest tout.

regarde vers le bas. non, regarde plutôt vers le haut]. J’ai eu un grand plaisir à le voir travailler. Non pas

que je comprenais grand-chose au « secret » de son art. Mais ce fut une expérience très agréable, malgré

le supplice de « faire le modèle » [reste tranquille, descend le menton, on voit le flash dans tes lunettes]. Ce

fut aussi le projet pour PricewaterhouseCoopers, qu’il a aimé, je pense (même si ses paysans de Maramures – je me demande s’ils sont encore à Otopeni – ont produit quelques remous dans le bureau de la multinationale sur les quais de Dîmboviţa), comme il aime tout ce qui est lié à Maramures.

Maintenant, de l’autre côté, au Canada, ses photos me manquent… [il met la main aux yeux. je ne te vois pas] Heureusement, il y a le Net (même si je le trouve quelque peu avare avec nous, le public, sur son site personnel ou sur d’autres sites de photographie) et les six photos qui restent sagement accrochées sur le mur de notre salon – toujours une occasion d’enchantement / sujet de conversation : « J’avais entendu que la Roumanie est un beau pays, mais je ne savais pas que tu étais si bon photographe. » « Ah, ce n’est pas moi qui les ai prises, c’est un photographe roumain, Cosmin Bumbuţ ». « Ahaa […] »

[super. voilà. nous verrons bien. il faudra peut-être qu’on se revoie, pour essayer autre chose. j’ai une petite idée… nous en reparlerons. je t’appellerai.]

(Corin Toporaş)

5 Un ordinateur sur lequel j’inscris quel ques mots : « Ni jour, ni nuit

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Un ordinateur sur lequel j’inscris quelques mots : « Ni jour, ni nuit ». Delete. L’écran reste vide. Delete : « L’écran reste vide »……

6 Vers mille sept cents et quelques, un voyageur fati gué pose sa tête sur

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Vers mille sept cents et quelques, un voyageur fatigué pose sa tête sur une pierre et s’endort ; lorsqu’il se réveille, il s’aperçoit que le lieu qu’il recherchait était justement celui-là.

7 C’était le seul endr oit qu’il ne pouvait trouver qu’en rêve.

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C’était le seul endroit qu’il ne pouvait trouver qu’en rêve.

8 La vie, comme la mort, passe à travers toi, sans savoir avec précision dans

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La vie, comme la mort, passe à travers toi, sans savoir avec précision dans laquelle des deux tu te trouves.

9 Une course de F1, bruit infernal, ra ye l’écran de la seule télévision oubliée

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Une course de F1, bruit infernal, raye l’écran de la seule télévision oubliée allumée dans la salle d’attente d’une maison de retraite.

10 Chaque être est une île ; chaque île, c’est moi.

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Chaque être est une île ; chaque île, c’est moi.

11 Ce qui me restait à faire jusqu’au rendez -vous avec moi-même…

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Ce qui me restait à faire jusqu’au rendez-vous avec moi-même…

12 …j’ai failli mettre entre parenthèse s le rêve où je n’étais pas…

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…j’ai failli mettre entre parenthèses le rêve où je n’étais pas…

13 … une image d’où le vent avait été aspiré par l’immuabilité du monde…

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… une image d’où le vent avait été aspiré par l’immuabilité du monde…

14 … par des gestes et des choses qui étaient tous les jours les mêmes…

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… par des gestes et des choses qui étaient tous les jours les mêmes…

15 … par le répit et le calme que seule une longue attente sur le

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… par le répit et le calme que seule une longue attente sur le seuil de ton être peut apporter.

16 Je pourrais croire que je suis à nouveau dans la maison d’ où je

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Je pourrais croire que je suis à nouveau dans la maison d’où je suis parti, mais le vent scelle mieux le miroir.

17 La fin d’un concert. Applaudissements . Les instrumentistes se lèvent, mont rant au public

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La fin d’un concert. Applaudissements. Les instrumentistes se lèvent, montrant au public leurs mains vides.

18 « 10, 9… Tu te relaxe s… 8, 7, 6… Te s paupières se

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« 10, 9… Tu te relaxes… 8, 7, 6… Tes paupières se ferment, lourdes… 5, 4, 3, 2… Tu sens que tout disparaît autour, petit à petit… 1, Tu t’es endormi. »

19 Au cinéma, un film d’action. Un portable sonne, mais personne ne l’en tend. Le

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Au cinéma, un film d’action. Un portable sonne, mais personne ne l’entend. Le film continue.

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20 3 heures de l’après-midi, un jour de juillet ; quelqu’un commence à penser comment meubler

3 heures de l’après-midi, un jour de juillet ; quelqu’un commence à penser comment meubler l’appartement