Vous êtes sur la page 1sur 22

Belgian Blue Blood

79

La noblesse belge
Olivier de Trazegnies

80

de conferatur et autres mots latins délicieusement doctes. » Elle trahit une forme d’amusement qui s’apparente à la tendresse. Ces nobles. qui piétinaient les cultures et qui buvaient du sang dans le crâne de leurs ennemis. ont pourtant bénéficié d’une surprenante amnistie sémantique : une sorte de miracle du voca­­ bulaire. Néanmoins. ouvrages dont les chapitres contenaient un nombre incalculable de références. Malgré ce bel effort de la littérature spécialisée. Voilà donc un bien curieux paradoxe. de distinguo. Est-il d’ailleurs si abominable ? Peut-être cette sobriété dans le mépris est-il l’indice d’un respect qui a traversé les siècles. J’aime beaucoup la phrase : « Quand on est aristocrate. Au fond. l’Europe chrétienne eut des effets totalement imprévus sur cette caste étrange. il faut encore être bien élevé. Depuis lors. en fin de compte. tantôt les frondes. le seul méchant mot consacré à la confrérie est celui d’aristo. sanctifiés par l’hérédité. Alors que l’argot ou le verlan brodent à l’infini sur certaines catégories mal aimées des élites ou sur des communautés marginales. d’incipit. il ne suffit pas d’être bête. coûtait cher. c’est une reine qui a des malheurs » ? Et Cendrillon plaît infiniment depuis des siècles parce que chacun s’identifie à l’orpheline humiliée qui rencontre 81 . qui n’a pas rêvé un jour d’être un vaillant chevalier ou une « princesse sur un pois » ? Jean Cocteau n’a-t-il pas dit : « La tragédie. vautrés sur leurs richesses mal acquises. les historiens ont écrit de longs traités sur la nobilitas. ces insupportables vampires. de susciter tantôt les répressions populaires. bref de former un consternant bestiaire qu’il fallait domestiquer sous les ors de Versailles et qui. Les valeurs de la chevalerie – une invention de l’Église – changèrent la nature du prince. l’on a vu des sortes de lichens. On vit des puissants demander pardon aux évêques. On l’accusa d’exploiter les humbles.De tout temps. la noblesse n’eut pas toujours bonne réputation. s’agenouiller dans la neige sale pour obtenir leur rédemption et partir au-delà des mers dans l’espoir de plaire « à celui qui fait la loi aux rois et qui leur donne quand il lui plaît de grandes et de terribles leçons 1 ». qui s’attachaient au pouvoir pour s’en partager les délices. de trahir les souverains (curieusement assimilés à des pères de la nation). Il parut dès lors aussi normal de lui couper les vivres que de lui trancher la tête.

À la fin du Moyen Âge et du temps de Charles Quint. lorsque la révolution des Pays-Bas au xvie siècle se solda pour les provinces du sud par un retour dans le giron de l’Espagne et du catholicisme. avaient pu profiter de l’extraordinaire prospérité de ces régions qui – rappelons-le – rapportaient à l’empereur des deux mondes la moitié de ses ressources. c’est justement qu’elle ne semble pas appartenir au monde réel. La noblesse issue de l’aventure carolingienne y fut très belliqueuse tout en restant désespérément raisonnable. le riche et le pauvre. » Ce qu’on aime en évoquant l’aristocratie. 82 . personne ne s’offusqua d’un long sommeil féodal. L’industrialisation rapide du jeune royaume n’en a pas vraiment ébranlé les assises. La Belgique représente un cas très particulier. » Madame la Baronne qui était si gentille et Monsieur le Comte dont on respectait les frasques ont longtemps fait partie du folklore campagnard. Beaucoup de courage guerrier et bien peu de comtes Dracula ! Aussi. le peuple. s’opposaient moins qu’ils ne s’épaulaient. plus riches de revenus que de vastes terres. de grandes familles. » Imaginez. certains partis éclaboussés par des scandales sont un peu comme la phrase de Gaston Leroux : « Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat. le conte s’arrête sur la phrase magique « Ils furent heureux et ils eurent beaucoup d’enfants. une conclusion navrante du genre : « Ils baisèrent comme des Ferrari et ils gagnèrent un pognon fantastique à Wall Street. soudés l’un à l’autre par l’infortune de temps agités.le prince charmant. qui avait immensément souffert des troubles. Quand vint le temps du repli sur soi et d’une relative pauvreté. Grâce à l’intelligence de Charles Perrault. La présence dans presque chaque village d’un seigneur qui organisait tant bien que mal la communauté paysanne parut une garantie et un recours contre la folie des hommes. cher lecteur. Cet équilibre improbable a persisté jusqu’au xxe siècle. dans une relation d’amour-haine tempérée par une forme de révérence. C’était une forme de clientélisme. au point qu’aujourd’hui encore. Malgré d’évidentes différences de train de vie. se réfugia dans un esprit de clocher qui était aussi un esprit de château. Ce fut l’époque où la noblesse belge prit une dimension européenne. un système bien ancré dans la mentalité belge.

à l’image des leudes de l’époque mérovingienne. Elle change même plus vite dans un environnement conformiste que dans une démocratie de longue date. même aux pires moments de situations difficiles. l’aristocratie belge a compris que les choses avaient changé et s’est ouverte comme une vaste porte-­ fenêtre sur le monde. les mêmes rêves et parfois les mêmes dérives. les savants. Les audaces modernistes n’ont plus de secrets pour un groupe de plus en plus hétérogène où les artistes. la société est en pleine mutation. la noblesse belge était turbulente. Au Moyen Âge et à la Renaissance. a permis que les liens sociaux n’ont jamais été rompus entre des élites – dont la seule différence est un passé très particulier – et Monsieur Tout-le-monde qui ne s’en laisse pas conter et qui se sent bien ancré dans une société à vocation égalitaire.De nos jours. 83 . voire de camaraderie. L’Histoire a considérablement réduit le nombre des grands féodaux pour laisser place à des familles nettement plus bourgeoises et plus soucieuses des conventions. qui se gausse de maintes analyses sociologiques. L’humour belge a toujours permis de relâcher d’éventuelles tensions. belliqueuse et perpétuellement révoltée. elle n’a plus rien de cette orthodoxie et partage avec le commun des mortels les mêmes ambitions. Certes. la couleur dominante de la société au xixe siècle était devenue un gris des plus convenables. gardent dans la société belge un fond de bonhomie. Aussi l’analyse photographique de Rip Hopkins ressemble-t-elle à une recherche proustienne menée par un ethnologue. Voltaire en avait été frappé lors de ses voyages dans les PaysBas autrichiens. Si la crise économique a remis à jour la notion un peu désuète de « classes sociales ». De ce fait. les bons apôtres et les « personnes engagées » sont tout aussi nombreux que dans les autres strates sociales. Les rapports personnels. les mêmes espoirs. Est-il encore justifié d’en immortaliser les derniers soubresauts ? Sans doute oui. marqué par un conformisme étroit. cette opposition sociologique est un instrument de travail plus qu’une confrontation. parce qu’elle n’a jamais cessé de vivre ni de vouloir incarner pleinement son époque. comme s’il fallait rattraper le temps perdu en brûlant aveuglément les étapes. De nos jours. mais aussi celle de grandes fortunes. L’absence de révolution.

Bien sûr. Il reste cependant de l’époque chevaleresque quelques vertus. pas toujours pratiquées. chacun est d’accord pour respecter une panoplie de base dont on a oublié qu’elle vient du christianisme ? En réalité. C’est peut-être cet ultime rayonnement d’une civilisation dis­ parue que capte avec tant d’intelligence et de sensibilité l’appareil photo de Rip Hopkins. dans nos démocraties. les gens de l’aristocratie n’ont plus l’insupportable prétention d’être différents des autres. On ne peut cependant nier qu’un adn contienne des imprégnations séculaires. mais citées en exemple : la loyauté.Et que dire des valeurs aristocratiques alors que. le respect de la parole donnée et le sens du service. Ce n’est pas pour rien qu’une des premières chroniques nobiliaires de notre pays fut au xive siècle le Miroir des nobles de Hesbaye de Jacques de Hemricourt. oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre. La noblesse rêve inconsciemment de se montrer à la hauteur de ce qu’on imagine d’elle. La valeur de référence devient alors l’art d’incarner l’image que renvoie le miroir de l’opinion publique. Que de féministes ne se plaignent-elles pas à juste titre d’une forme de passivité du « sexe faible » en qui subsistent inconsciemment douze mille ans de condition subalterne ! Il en est de même des « valeurs aristocratiques ». qui peuvent se comparer à la « mémoire de l’eau » et qui se transmettent dans le subconscient de certaines personnes. 1 – Bossuet. 84 . tout est une question d’image.

85 .

Aristocratie. millénaire trois Pauline de La Boulaye 86 .

bec sauvage. L’écrivain lui réclamait sans relâche une photographie de sa cousine. côtoie un aigle posé à la manière d’un fauconnier du Moyen Âge. Et c’est finalement au centre d’un habitacle tout droit venu du xviiie siècle français qu’elle se tient. Ils forment une entité dans laquelle tout s’oppose. est étourdissante : un animal. Nous regardons donc depuis le public (comme le pratiquait Proust) la mise en scène d’une princesse d’aujour­ d’hui qui s’inscrit avec humour et volonté dans l’épaisseur du temps. Mais l’extrême exubérance du décor – des roses rouges ont même été ajoutées aux dorures – ne la fait pas disparaître dans l’apparat. pour reprendre l’expression de Robert de Montesquiou. une tête solaire. La loge est disposée en face d’une scène de théâtre qui se trouve derrière le photographe. Les couches du temps se superposent autour d’elle comme une succession d’enveloppes corporelles.Françoise est debout sur une table. pièce luxueuse d’un créateur flamand 1 du xxie siècle. Les princes et princesses de Chimay y sont spec­ tateurs depuis un siècle et demi. La princesse sourit. 87 légendaire personnage d’À la recherche du temps perdu. bien au contraire. lorsque Marcel Proust s’inspirait d’un membre de la famille des Chimay 2. Drôle de proximité des têtes. . elle apparaît. Postée devant un miroir qui l’encadre et auquel elle tourne le dos. des cariatides. période de fondation de Chimay. un bras. dans la loge princière d’un théâtre rococo. elle masque son propre reflet pour s’incarner dans la photographie : « miroir qui se souvient ». Ce dandy était le cousin adoré de l’égérie 3 de Proust. province du Hainaut. Le danger est amplifié par la corde que tient le bras du dresseur caché derrière le rideau rouge de la porte. la relie à la fin du xixe siècle. La curiosité sociale que nous pourrions éprouver envers Françoise est détournée par tous les éléments qui saturent cette image. La vision d’autres corps. des putti nus. Tension entre théâtre des apparences et réalité animale. Nous sommes au château de Chimay. réels ou représentés. D’autres époques l’encerclent : un air de comtesse de Guermantes. La strate la plus contemporaine se trouve à même la peau. 2015. Belgique. la plus lointaine sur son bras : son manteau. Le rapace la regarde. Figure féminine.

en dehors de quelques rares spécimens. 88 . nos reflets numériques se fixent de moins en moins sur un support matériel. nous sommes devant 96 portraits photographiques d’aristocrates belges et 28 photographies de détails de leur vie. Rip Hopkins ne répond à aucune commande : ni des personnes photographiées. l’art du portrait de l’aristocrate. défendant ou dénonçant un aspect de l’aristocratie. Car nous sommes reflets. émotionnelle. de rares historiens et sociologues observent avec attention l’aristocratie et son déclin démographique. Dans les kiosques. leurs destins. de son temps. se volatilisent et se démultiplient à l’infini. on ne peut pas dire que le sujet intéresse. un documentaire surgit. À l’heure du numérique. de facebook. et il nous est alors imposé d’avoir une opinion. dans le pays où il vit : la Belgique. confirmée par le regard des autres. Pourtant. leurs conditions de vie. Il n’y a pas de critère rationnel d’échantillonnage sociologique ou d’objectif d’information. Rompu à l’exercice du portrait. Notre existence est révélée par le photographe. des selfies. Il rapproche un medium démocratique (la photo) et une communauté de personnes dont le rapport à l’image est aussi ancien que le lien au nom et au sang. politique. Sur le point d’être photographiés. C’est une démarche artistique autonome. quels que soient leurs origines. L’auteur de cette série n’est ni scientifique ni journaliste. De temps en temps. le photographe a voulu perpétrer.Le portrait de l’aristocrate est un art qui se pratique de moins en moins. Or nous savons bien qu’il est impossible de figer une réalité en perpétuel mouvement. scientifique. ni d’une entreprise privée. ni d’une institution culturelle. au cinéma. quelques magazines mondains mettent en scène une aristocratie glamour et fantasmagorique. d’encensement ou de dénonciation. Tandis que dans les universités. En littérature. Ici. l’identité et la réalité physique. Tous les êtres humains font cela. la prise de vue conserve une éternelle charge symbolique. nous faisons toujours un effort pour qu’apparaissent en même temps notre moi idéal. dans les arts visuels. notre moi social et notre moi réel… Nous voulons que la photographie reflète à la foi le sentiment de soi. quelle est la valeur d’un portrait photo aujourd’hui ? Hyper-consommables.

vous êtes en lutte avec votre destin. Ici. D’où notre passion pour la représentation. des émotions. une appartenance à une nation. un nom de famille hérité de vos géniteurs. Sans votre regard. une date et un lieu de naissance. L’œil animal est englobant. notre quête éternelle d’imitation de notre environnement. Vous êtes en vie puisque votre œil fonctionne. Vous avez une origine. Jamais une seule image ne saurait exactement la représenter. l’existence de votre corps humain a été enregistrée. une explication de la méthode du photographe qui a capté ces images. Pour tenter l’impossible vision. ouvert. et une étude panoramique de celles et ceux qui figurent dans les images. Connecté à votre cerveau et à votre système nerveux. Quoi d’autre encore ? Ah oui ! Cette irruption intempestive dans le monde des humains est taxée : il faut déjà contribuer au financement général du grand corps social. Vous êtes cependant un acteur incon­ tournable de ce projet. On vous a attribué un sexe (féminin ou masculin). VOUS regardeurs Ne sachant pas qui vous êtes. des parents. un texte de l’auteur de ces lignes et de sa relation personnelle au portrait aristocratique. il vous permet de ressentir des pensées. des sensations. ces images n’existent pas. L’œil humain nous sépare du monde par la pensée que nous portons sur lui. dès votre naissance. votre enfance est un long apprentissage du fonctionnement de votre propre corps : par vous-même (la découverte de tous les possibles du corps humain) et selon les codes en vigueur (la limi­tation de ces possibles à ce qu’il est convenu de faire en société). il est impossible de relater votre point de vue sur ces images. 89 . C’est cet œil qui nous distingue des animaux. voici quatre approches : une adresse aux personnes qui vont regarder ces photos. C’est la condition humaine. Ensuite. et de l’image de soi que l’on voit dans la pupille des autres qui nous regardent. un à trois prénoms. Elle se diffracte dans tous les regards portés sur nous.mais nous ignorons notre réalité. une histoire. en Occident contemporain.

bref. ne laisse pas entrevoir beaucoup de libertés. Cela fait seulement deux siècles. Comment un pays né en 1830 de sa puissance industrielle. son aristocratie ne peut qu’être hétérogène. mais il est décidé que le roi puisse anoblir – symbole basé sur le mérite. Parmi les devises mentionnées. un privilège de l’aristocratie qui légitimait ainsi son pouvoir et sa souveraineté. Dans cette série de photo­graphies. c’est un fait européen. jusqu’aux révolutions en Europe. issu du ventre de la modernité. Suivent l’idéal. un nom. On marquait le corps des détenus au fer rouge. on place en effet un roi : Léopold Ier. nom. Les territoires de Belgique ayant subi d’historiques invasions. on trouve par exemple : des descendants du Saint-Empire romain germanique. aussi bien que des personnes anoblies de leur vivant. L’asservissement et l’inégalité régnaient. Avant tout ça. Aujourd’hui. les trois valeurs les plus fréquentes sont l’honneur. des portraits. 90 . Cela lui donne un air d’ancienneté pour fédérer les régions et il n’y a pas vraiment de modèle qui puisse rivaliser avec les autres états européens : Royaume-­ Uni. Le cas de la Belgique est étonnant. des symboles. Et il est question de mettre un jour des puces sous la peau des citoyens du xxie siècle . L’aristocratie n’a plus d’existence juridique. la liberté. puis le travail. qui n’est pas du tout représentative de l’ensemble. la fidélité. une devise. comparable à la Légion d’honneur en France – pour asseoir son pouvoir. que la Belgique tutoie au niveau économique.Tout au long de votre vie. britannique ou suédoise. France. Ce fut. on parle de traçabilité des personnes. l’amour. la traçabilité associant personne. des lettres patentes. Allemagne. que la photo d’identité existe. et une photo. le corps était une des preuves principales de l’existence pour la plupart des gens. voire pontificale. corps au nom de l’égalité. votre identité demeure sur une carte avec un numéro. L’identification est une création de la démocratie. depuis l’invention de la photographie. le courage. enfin la foi en Dieu. peut-il être une monarchie ? Lorsque l’état démocratique belge est fondé en 1830. la vertu. Une sorte de traçabilité d’antan reposait sur le sang. une date de naissance. une nationalité. de la noblesse française. Des détenus en liberté provisoire sont surveillés par des bracelets électroniques.

dans le marais poitevin. la mémoire. J’avais 18 ans. Loin de ce que j’ai l’habitude d’écrire. Ressurgissent du fond de ma mémoire des remarques de mes cama­ rades lorsqu’ils venaient à la maison. Il vous donne des racines. Le mot particule désigne la préposition « de » qui précède le nom de famille. Une vingtaine d’années plus tard. Mon patronyme (« nom du père ») se compose de sept mots bucoliques. une histoire et des mythologies. Mon regard est à la fois proche et lointain. Lorsque j’étais enfant. Et pourtant tellement proche de ce que je suis. L’aristocratie belge coexiste avec toutes les réalités qui nous sont contemporaines. un jour. Une définition actuelle ? Du temps cumulé et des origines multiples. Mon dessin représentait des portraits d’ancêtres près d’une bibliothèque et d’un piano. je me rendais bien compte que mon nom de famille était particulier. à me regarder grandir sans que je m’en aperçoive. 91 . Malgré vous. Les portraits ont donc été longtemps là. « de » marque l’origine. et dit-on là-bas. c’était naturel. Il me fait penser dans sa formulation à ces noms africains qui racontent une histoire. la vie. et cela m’a fait sursauter car je ne me rendais pas du tout compte de leur présence. Par contre. aussi un destin. à l’école. la vérité. comme on les appelait à la maison ! Ils nous faisaient rire par leurs disproportions. Il vous ancre quelque part dans les pro­ fondeurs de l’histoire. À l’école. Pour moi. on nous a demandé de dessiner une pièce de la maison. Plus tard. il ne devait pas y avoir beaucoup de perruques dans les dessins des autres enfants. ces peintures dérangèrent une amie qui eut du mal à dormir au milieu de tout ça. Les « perruques ». Mais j’ai un étrange rapport avec ces photographies. ce dessin scolaire sur papier à petits carreaux retrouvé dans les caisses du grenier chez mes parents 4. Mais cela ne nous empêchait pas de jouer. me surprend. Ces perruques les intriguaient. ils étaient là.la justice. Et je ne m’étais pas aperçue de leur absence dans les maisons des autres. MOI QUI VOUS ÉCRIS auteur française Je suis avec vous hors-champ. la provenance.

composé des corps successifs des monarques. L’Ancien Régime fonctionnait ainsi. Toutes les formes de régimes ont leur mythologie. Anachroniques. une lignée. la statue. L’aristocratie se devait d’entretenir un nom. les catastrophes naturelles. ses corps souverains. Et cela passait entre autres par la représentation. dans les escaliers de châteaux de Belgique. familles du Saint-Empire… Oubliant avec soin que. Ce sont ces témoins qui se succèdent sur les murs des vieilles maisons en France. au cours de laquelle la souveraineté était ancrée dans le corps.Ce nom vient d’une époque révolue. le corps royal devait être éternel. le portrait. L’Europe actuelle se compose d’états démocratiques apparus à la fin du xviiie siècle. noblesse de robe. Des couples accrochés pour l’éternité les uns à côté des autres : hommes à colliers et femmes coiffées. Suivant la célèbre formule « Le roi est mort. Des aristocraties européennes aux ascendances multiples rivalisaient d’antériorité : chevaliers du Moyen Âge. l’origine première fut un jour non-aristocratique. ses symboles. l’effigie. et les révolutions. Héréditaire. Un sang dit bleu. De même que son entourage et 92 . Ils n’ont pas la même aura qu’à leur époque. Ces portraits de plusieurs siècles ont traversé l’histoire. puis en armure du xvie siècle. avec ses mythes. Une longue période pour l’Europe. L’aristo­ cratie doit disparaître. Des « perruques » drapés et des femmes décolletées et aux joues roses façon xviiie. On remet en question le statut de droit divin des monarques et la seigneurie politique des aristocrates. vive le roi ! ». En France. Et qui se disséminait des monarques vers toute l’aristocratie. Des hommes et des femmes de pouvoir en collerette à la Renaissance. Le corps du roi fut décapité : coupé de sa tête. dans les couloirs d’Angleterre : d’abord de profil comme cela se faisait au Moyen Âge. mais ils sont là. L’Ancien Régime avait atteint ses limites. les guerres européennes. Des témoignages de corps en vie au service de la continuité de l’histoire. Une profonde crise a entraîné la destruction de toutes les structures du pouvoir dans le but de créer un ordre nouveau pour des hommes libres et égaux. avec devises en latin. ce fut une révolution de sang. le pouvoir se transmettait par le sang. Ce qui fut appliqué juridiquement dans la plupart des pays. quelle que soit l’ancienneté.

des portraits photographiques. dans les arrière-­ cuisines des vieilles maisons que des familles tentent de faire perdurer. Au xxe siècle. caché derrière l’objectif. Ma grand-mère a dans une vitrine le rasoir qui aurait servi à raser Louis XVI le matin de sa mort. elle devient le critère de l’élégance. Cherchez dans les miroirs ou surfaces réfléchissantes. Cet objet est extrêmement troublant. On me l’a raconté enfant. La littérature. elle fait perdurer un imaginaire durant tout le xixe siècle. son savoir-vivre est décrit. comme chez les époux Arnolfini peints en 1434 par Jan Van Eyck. Il était enfoui dans ma mémoire jusqu’à ce que j’écrive ce texte. Il apparaît en particulier dans un miroir brisé de Jim Hodges (artiste américain né en 1957) et un miroir convexe d’Anish Kapoor (artiste indo-britannique né en 1954). on commande à un peintre de famille un portrait pour continuer la série des ancêtres. peu à peu. Apparaissent à leur côté. les photographies s’accumulent sur les manteaux de cheminées. C’est le grand paradoxe du xixe siècle au cours duquel la bourgeoisie construit énormément de châteaux… La magie pluriséculaire de l’aristocratie fascine tandis que celle-ci apprend à s’adapter au nouveau monde. repris et doucement moqué. la représentation de soi n’est plus une pratique élitiste. sur les commodes. Après avoir été haïe. Parfois. LE FABRICANT DU MIROIR photographe anglais Il est possible que vous l’aperceviez dans certaines images. On ne voit jamais son visage. 93 . Perdure une sorte d’obligation morale à maintenir ces lieux qui symbolisent des liens. Sur les murs. Si l’aristocratie n’a plus aucun privilège ni sens après les révo­ lutions. sur les pianos. des règles du savoir-vivre pour la bourgeoisie qui se développe économi­ quement et assoit une nouvelle forme de pouvoir politique avec les révolutions industrielles.de nombreuses familles. les portraits poursuivent leur incroyable succession : des hommes en costume noir et des femmes romantiques à longs cheveux au xixe. la peinture témoignent d’une vision ambivalente de l’aristocratie. Reproductible.

Tsiganes. Deux portraits ont été réalisés hors Belgique : l’un à Paris. populations déplacées. » Ce n’est donc en aucun cas un échantillonnage représentatif de toute l’aristocratie belge. Elles sont sous-jacentes. Ici. l’autre à Londres. Britanniques en France. » C’est un phénomène récurrent. un certain rapport de pouvoir s’installe entre le photographe et son sujet lors de la prise de vue. à constater sans juger. en équilibre sur une corde. pour la première fois. Un art de funambule. « La personne veut poser tandis que je veux extraire ce que je cherche. construite en suivant des ramifications intuitives. enfants soldats. « Ce sont les histoires orales. huit dans les provinces de Namur et d’Anvers. il revenait avec des images distanciées. une à Liège et une à Knokke. Les personnes photographiées se sont choisies elles-mêmes. dans ce projet en particulier. Le photographe cultive l’art des portraits en suspens qui ne tombent pas dans la fosse des catégories collectives. tout un imaginaire aristocratique peuplé de siècles de portraits depuis la Rome antique semble hanter les modèles. mais plutôt une succession aléatoire de rencontres. il a photographié des groupes sociaux en marge de la société : réfugiés. Mais. La pose est comme un vernis que le photographe cherche à « enlever pour voir l’âme.Rip Hopkins est un acharné du portrait. À chaque rencontre. Depuis plus de vingt ans. qui tiennent les communautés humaines. Ces personnes m’ont ensuite recommandé à d’autres et c’est ainsi que s’est constituée cette série. il n’est pas parti pour se rapprocher de ce pays lointain dans lequel il vit : la Belgique. Longtemps parti loin. Ce à travers quatre-vingts pays. ressentir ce qu’est vraiment cette personne ». qui consiste à présenter sans repré­senter. non-écrites. À l’exception de vingt et une excursions dans le Brabant wallon. qu’il s’agisse des Tsiganes comme des aristocrates. ni le portrait d’une communauté existante. » Ces histoires se retrouvent toujours tapies quelque part dans les portraits. enfants de la rue. La plupart des portraits ont été pris dans la région de Bruxelles. « Ce sont des personnes ouvertes d’esprit. Seul le 94 . le Brabant flamand et le Hainaut. qui ont eu le courage de me dire oui et la confiance de me laisser entrer dans leur intimité.

Les modèles sont pris de près. Les portraits ne sont pas mis en circulation sans un dispositif précis : un livre (tiré en édition limitée à 999 exemplaires). Sans oublier de s’extirper du stéréotype de la pose devant toute forme de propriété : « ne pas les montrer en fonction de ce qu’ils ont. Cela aura pris un an – d’octobre 2014 à octobre 2015 – pour que s’installe un rapport de confiance. Dans ce délai. Il a fallu. ou sur toute la longueur. un délai est nécessaire entre la prise de vue et la parution. retirer la photographie du projet. dans d’autres. en buste. comme le veut la réglementation. » Une déconstruction d’habitudes voulue par celui qui saisit l’image et interprétée à différents degrés par ceux qui se prêtent au jeu. sa commu­ nication. Le photo­ graphe envoie une lettre personnelle de remerciement et vérifie que chaque sujet valide son reflet. le photographe suit quelques règles éternelles du portrait en peinture : la manière dont la lumière arrive de côté sur le visage. C’est ensuite un rapport de bienveillance qui s’installe. autre technique : les peintres de la Renaissance maculaient quant à eux d’innombrables collerettes – pourtant d’apparence blanches – afin qu’elles n’assombrissent pas les visages encerclés par elles. la position de l’objectif légèrement en contrebas par rapport au sujet. Le photographe assemble. Une autorisation d’utilisation de l’image est signée. Autre temps. souligne-t-il. Mieux vaut donc éviter de sourire. Tout en recherchant des détails qui clochent ou une certaine étrangeté. Il doit y avoir une lueur qui émane du visage. dans certains cas. À contretemps des images volatiles qui transitent des iPhones au web sans qu’on les soigne. Lueur que le photographe du xxie siècle retouche légèrement sur ordinateur sans dénaturer la texture de la peau. « Cela rend aussi conscient du fait que cette image de soi va circuler. le temps fait son œuvre. refaire la prise de vue . tournés légèrement d’un côté ou de l’autre. une exposition en 2016. va être exposée au monde et pas seulement dans le huis-clos du salon intime ». mais de ce qu’ils sont. ajuste son miroir qui construit un nouveau reflet dans lequel il lui importe que les sujets 95 . par contraste avec les vêtements et le reste du corps.regard peut exprimer cela. demi-longueur.

Objets mutants à travers les usages et les propriétaires. Tout cela contribue à la tension délicate de ces photographies oscillant entre nudité et apparence. transforment. la personnalité : certains osent à peine laisser leurs empreintes digitales. xxe siècles –. lit royal en trompe-l’œil. Les existences passent. restaurent. quand d’autres découpent. le perforent. des temps anciens rencontrent l’instant. le transforment. de géné­ ration en génération. le modifient. collage surréaliste d’une coque de tortue avec des bois de cerf. des femmes. quand d’autres brûlent. dans beaucoup d’intérieurs. gants brodés d’insultes. derrière. Comment présenter son enveloppe corporelle temporaire lorsqu’on porte un nom pluriséculaire ? Certains l’habillent selon leurs critères de convenance. Pour le photographe. broderie sarcastique à propos de la mort. vendent. certains posent. rénovent. des hommes. des enfants recouvrent les murs en lignes. ce sont les peintures qui persistent en arrière-plan. au-dessus des personnes photographiées. à l’identité. demi-tartelette au citron dans une assiette d’époque… À travers eux. Certains encadrent. c’est tout un nuancier universel du rapport humain au corps. Des lieux.se reconnaissent avant d’être présenté au-dehors. en séries. quand d’autres repoussent les limites. dévoilant une blessure physique ou une pilosité animale. donnent. xviiie. Chacun entretient avec ces héritages des rapports qui varient selon le temps. poupée sous cloche percée d’aiguilles. quand d’autres le tatouent. des ancêtres – xvie. l’envie. timbre. xviie. oublient… Les portraits révèlent une attitude comparable vis-à-vis du corps. maquette de Versailles. détournent. recouvrent. xixe. archivent. ILS ET ELLES aristocrates belges contemporains Des détails matériels prélevés par le photographe ponctuent la série de portraits : aide-mémoire écrit sur la tranche d’un tiroir. 96 . Entre ces extrêmes. recollent. par deux ou tout seuls. Difficile de reconnaître leurs auteurs. aux objets que déploie cet album. l’âge. à côté. jettent. Ils demeurent. Mais ce qui est propre à cette série.

il s’est mis un jour à peindre des têtes de chien sur d’anciens portraits de famille. ils restent à côté de leurs maîtres. Une femme du début du xxe siècle qui dessinait et peignait ses contemporains d’une manière rare. femmes oniriques. mais aussi la servitude. la présence des chiens est une habitude picturale qui remonte au moins au Moyen Âge. posent ici avec leurs maîtres du xxie siècle : un chat. Plusieurs femmes de 97 . L’un d’entre eux est le dépositaire de l’histoire de sa grand-mère. Dans de nombreux portraits. un aigle. Dans certains portraits de cette série. Une chose est sûre. un cheval. C’est le cas pour une partie des modèles ici photographiés. habitués des portraits historiques. on pourrait soupçonner une influence sur la manière de poser… Un certain mimétisme transgénérationnel. au lieu de mouler la descendance. La cohabitation dès l’enfance avec de nombreuses peintures de portraits a pu stimuler l’envie de devenir artiste. Quelqu’un comme Marguerite Yourcenar aurait-elle affirmé une telle écriture si elle n’avait pas en 1921 mélangé les lettres de son patronyme (avec l’aide d’un père anticonformiste) : de Crayencour 5 ? C’est ainsi qu’elle écrivit sans détour l’histoire de ses origines. D’autres. Un temps restaurateur de tableaux. Elle dut cesser de peindre lorsqu’elle s’est mariée. C’est désormais en tant qu’artiste qu’il perpétue cet acte iconoclaste sur tous les portraits qu’on lui apporte. Peu de cas a été fait de son œuvre que cet homme a sauvée de l’oubli. Voilà comment des images persistantes. La fiction côtoie donc la réalité dans les références picturales qui environnent les modèles photographiés : ancêtres attestés. personnages à têtes de chien. L’histoire de cette grand-mère peintre est représentative de la condition féminine au début du xxe siècle. voire de leurs propres effigies de chiens sur coussins ou tableaux. Le chien symbolise la fidélité. enfants sages. Ces fantômes de peinture et d’encre ont indubitablement imprimé l’inconscient des modèles photographiés. chérubins célestes.sauf exception comme ce mur de femmes imaginaires peintes par le surréaliste belge Paul Delvaux ou ce timbre sur lequel figure celle qui fut la muse de Magritte. une poule. peuvent aussi l’émanciper. à partir de photographies de famille qu’elle observa jusqu’à ce qu’ « elles bougent » (Le Labyrinthe du monde 6).

ligues. montagnes d’archives. un fond noir ou une projection vidéo. association. des scènes chinoises. marché de l’art. serties dans un mausolée. d’ancêtres… Dans d’autres intérieurs. la recherche. les personnes sont comme incrustées. une forge. tissus. l’administration de sociétés. les entreprises. marbres. Sur une des photographies. une passion. de bustes. Un manège équestre. crânes. édition. un confessionnal d’église. la finance. invasion de crucifix. collections. artisanat d’art. la prise de vue a lieu dans un garage. reviennent cornes. un luxuriant parc classique. un atelier. architecture. une étable avec des vaches. les savoirs. un métier. Dans certains décors intérieurs (dé-corps intérieurs). Le deuxième tiers des personnes photographiées exerce un métier lié au pouvoir politique. les horloges mesurent perpétuellement le temps. rideaux. une serre. éducation artistique. d’animaux empaillés (serpents. objets de curiosité. la présidence de clubs. Une minorité des modèles photographiés exerce un métier en rapport avec 98 . vieux téléphones. Ce sont les personnes qui ont été les plus ouvertes à ce projet. D’autres se sont tournés vers l’histoire. Plus rarement. cercles. Pendant que les tableaux dorment dans l’inconscient des vieilles maisons. bibliothèques. Et sur les manteaux de cheminées. lac.cette série se déclarent artistes. un atelier cuir. Majoritaires dans ce livre. taxidermie. trophées de chasse. La reconnaissance artistique des femmes – aristocrates ou non – est un phénomène d’à peine plus d’un siècle ! Elles posent ici devant leurs propres peintures. Plus rares encore sont les prises de vue en extérieur : jardin. fondations. bois. Parfois des papiers peints ou des tapisseries ouvrent des fenêtres sur le passé : des ports hollandais. d’autres récits saturent totalement l’espace. de statuettes. l’armée. Ce n’est pas rien. rue. production. renards. nuage. graines géantes. pierres. Mais l’image capturée semble close. elles ne le sont peut-être pas dans l’aristocratie belge. un tiers des modèles photographiés exerce un métier lié à la création artistique et à la culture : arts visuels. hyènes). Dans cette série. exposition. arts vivants. on peut voir par exemple deux personnes en vie entourées d’un étrange corps crucifié. un lieu lié à une action concrète.

moins il y a d’attaches autour. La noblesse saura-t-elle s’adapter à l’évolution des mentalités pour maintenir ses titres. Exception faite pour un bourgmestre ayant fait la conquête d’un rivage ainsi que pour un prince équipé des santiags des Rolling Stones (vraiment). Ils vivent l’époque des tests adn. Il vient d’être démontré que la peau blanche n’a pas plus de 8 500 ans. exprimant une fidélité polyvalente à sa principauté. l’autre est en combi­naison de travail dans une chambre restée hors du temps. le domaine. du 99 . ses lignées ? Une femme est enceinte. Plus les portraits sont rapprochés. L’un semble de passage dans un hall où les meubles sont sous plastique. le mariage homosexuel sont problématiques pour les futurs généalogistes. ce sont des intérieurs ultra-contemporains relativement semblables : une photo légèrement bancale sur un mur blanc. Et l’aristocratie comme le commun des mortels se découvrent actuellement descendant d’immigrés. viticulteur. de l’hyper traçabilité des descendances. de l’homme transparent (portrait chez le radiologue). agriculteur. l’autre apparaît propre sur lui devant des murs crasseux sur lesquels on devine des empreintes de tableaux. Tout le monde peut désormais savoir d’où il vient. la propriété. Les sciences actuelles permettent de dire que les ancêtres lointains de Napoléon viendraient entre autres d’Éthiopie. Cette génération que l’on nomme Y vit dans des maisons anciennes ou au contraire sur des chantiers. Quid de la maintenance des châteaux. vigneron. d’une tronçonneuse et d’une cotte de mailles. ses noms. Une autre moitié a fait d’autres choix. une autre donne le sein. expert forestier.la nature : botaniste. une autre encore pose avec ses enfants. Vous ne verrez pas le classique du genre : pose devant le château. de nomadisme émane de ces photos. de la permanence du patrimoine qui fut l’ascèse des familles du xxe siècle ? La noblesse du xxie siècle serait-elle en train de devenir hors-sol ? La moitié des couples trentenaires et quarantenaires ici présents sont des couples aristocrates. L’un est sur le point d’emménager dans une maison de famille. expert cynégétique. Un sentiment de déménagement. Deux jeunes sont adossés à une armoire en déséquilibre. Ailleurs. Les nouvelles lois sur les familles. les adoptions.

Quel chemin va-t-elle prendre ? 1 – Koen Vanmechelen 2 – Fille du prince Joseph de Chimay. une bibliothèque de dvd.mobilier design. Une curieuse voiture d’après guerre fabriquée dans le cockpit d’un avion de chasse allemand. Le premier n’est pas tracé. pseudonyme de Marguerite de Crayencour (1903-1987). d’une lignée ? On retrouve en tout cas un certain goût pour le voyage. 6 – Le Labyrinthe du monde est un récit autobiographique en trois volumes de Marguerite Yourcenar. 1988). De vielles voitures pour circuler dans les bois. Les études et le travail à l’inter­ national. Une jeune fille née en 1993 pose. Une aptitude à être partout chez soi. des jouets en plastique. auparavant réservés à l’élite de l’élite. liée à des temps féodaux et contemporains. publié à Paris chez Gallimard (Souvenirs pieux. Quoi ? L’Éternité. Le second chemin poursuit un sillage tracé par des siècles d’ancêtres. Cela est-il compatible avec la maintenance d’un patrimoine. pâte à modeler et ballons gonflables. 100 3 – Ibid. L’aristocratie. 4 – Mon père est peintre. Archives du Nord. Allégorie de l’errance et de la liberté. 5 – Un membre de la famille Crayencour figure dans ce livre. Dans le Labyrinthe du monde 7 qu’est la vie. et de Marie-Joséphine de MontesquiouFezensac. artiste. . la moto : devant quelques portraits d’ancêtres. d’une maison. connaît la mondialisation et son pouvoir d’uniformisation. le casque ou la tenue complète du motard donnent un air à mi-chemin entre Star Wars et le temps des chevaliers. la nonappartenance. ma mère est psychothérapeute. il entraîne dans les méandres sociaux. des alignements de chaussures. « dissémination du sperme ducal » selon l’expression scientifique. 7 – Ibid. 1977 . 18e prince de Chimay. sont désormais accessibles pour tous. 1974 . d’une terre. Elle porte autour du cou une minerve accessoirisée d’un bijou contemporain. Suivre ces deux chemins à la fois semble impossible. deux chemins se présentent à eux. comme tout le monde. Plusieurs générations posent ici dans des moyens de transport.