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Clinique :

A - CIRCONSTANCES DE DÉCOUVERTE :

L’hydatidose est de plus en plus souvent de découverte fortuite. Une calcification arrondie est mise
en évidence au hasard d’examens morphologiques prescrits pour une symptomatologie banale.

C’est aussi au cours d’une intervention chirurgicale réalisée pour une autre affection que le kyste
est découvert.

Il ne faut pas trop compter sur l’hyperéosinophilie comme élément d’orientation car celle-ci
n’apparaît qu’en cas de fissuration du kyste.

La parasitose est dépistée dans certaines populations particulièrement exposées.

Il s’agit d’enquêtes de prévalence menées au moyen de la radiographie pulmonaire standard, de


l’échographie abdominale, voire de la sérologie.

En zone d’endémie, il n’est pas rare non plus de découvrir les kystes lors d’une autopsie s’ils n’ont
donné lieu à aucune manifestation clinique du vivant du sujet.

Dans la majorité des cas, toutefois, les malades sont symptomatiques.

La clinique peut ne pas attirer l’attention par sa chronicité et son évolution à bas bruit, mais peut
aussi se révéler brutalement par un accident évolutif.

Aucune maladie n’est capable de produire des lésions dans un aussi large éventail d’organes. Un
seul organe est généralement atteint, la localisation simultanée à deux ou plusieurs viscères
survenant dans près de 25 % des cas.

La diversité des manifestations cliniques du kyste hydatique est liée à :

– son siège anatomique, sa taille et donc son effet de masse sur les organes adjacents ;

– sa rupture spontanée ou traumatique ;

– son extension secondaire ;

– la libération d’antigène parasitaire responsable d’une réaction d’hypersensibilité systémique.

B - FORME HÉPATIQUE HABITUELLE :

Le foie, premier filtre rencontré, est l’organe le plus fréquemment parasité (50 à 70 %).

En fait, la fréquence relative de cette localisation diffère selon que l’on considère les formes
hospitalières symptomatiques ou les formes asymptomatiques recensées par enquête
épidémiologique.

La haute fréquence de la localisation hépatique asymptomatique indique une bonne tolérance du


foie pour l’infection.

Il s’agit habituellement d’un kyste cliniquement muet, latent pendant de nombreuses années, bien
encapsulé et calcifié (30 à 60 % des cas).

Il comprime les tissus environnants sans les détruire en siégeant plus souvent au lobe droit (60 %)
qu’au lobe gauche.
Les signes cliniques apparaissent progressivement avec la tumeur : sensation de tiraillement ou de
pesanteur de l’hypocondre droit, dyspepsie, plénitude postprandiale.

La palpation abdominale montre classiquement une hépatomégalie, une tuméfaction indolore, lisse,
déformant la paroi, régulière, circonscrite, ayant une certaine rénitence à la pression.

On a décrit un ensemble de signes inconstants et infidèles tels que le frémissement ou le


ballottement hydatique qui, pour être perçus, nécessitent un kyste volumineux.

Le kyste est unique chez 65 % des patients, double chez 15 à 20 %, multiple dans 10 % à 35 %
des cas.

C - FORME HÉPATIQUE COMPLIQUÉE :

Les complications sont fréquentes.

Elles représentent entre 20 et 40 % des formes hépatiques.

On décrit trois variétés de complications : mécaniques, toxiques, septiques.

Elles sont inaugurales dans 60 à 70 % des cas dans les pays en voie de développement, dans 15 à
20 % en Europe du Sud.

Cinq paramètres anatomiques et évolutifs ont un intérêt pronostique car ils semblent corrélés aux
complications postopératoires.

Il s’agit du siège et du nombre de kystes, du contenu kystique, de l’état du périkyste et de


l’existence d’une fistule biliaire.

1- Complications mécaniques à type de rupture :

La rupture est contenue en cas de simple fissuration de l’endokyste ne permettant pas au liquide
de s’écouler.

La rupture est communicante si l’ouverture du kyste se fait dans la voie biliaire ou les bronches.

Elle est directe lorsque le matériel kystique fuit dans les cavités péritonéale ou pleurale, ou dans un
viscère creux. La fistule kystobiliaire est la plus fréquente des complications de l’hydatidose
hépatique (40 à 60 %).

Les canaux biliaires, après avoir été refoulés et comprimés, présentent une nécrose par ischémie
de leur trame fibroconjonctive.

Leur endothélium se fissure et s’ouvre franchement.

Le kyste est classiquement monovésiculaire (89 % des cas) et ancien avec un périkyste fragile.

Le diagnostic n’est pas toujours évident car les symptômes sont polymorphes et peu spécifiques.

La douleur abdominale semble constante (92 à 100 %).

Dans une série de 83 cas, les manifestations cliniques sont dominées par l’hépatomégalie (75 %),
la fièvre (34 %), l’angiocholite (23 %), l’ictère (8 %) et le prurit (7 %).

Les patients sont asymptomatiques dans 5 % des cas. La migration des vésicules filles ou des
membranes mime une lithiase du cholédoque avec possible cholangite associée.
Il convient de distinguer l’angiocholite grave (2 %) de l’ensemble des complications biliaires du
kyste en raison des problèmes complexes de leur traitement, mais aussi et surtout de leur
mortalité proche de 35 %.

La gravité tient notamment à l’insuffisance rénale aiguë (angiocholite hydatique urémigène) et à


l’apparition d’une septicémie, voire d’un choc septique à germe Gram négatif.

Les complications pancréatiques sont très rares.

La survenue d’une pancréatite aiguë, quelle que soit sa gravité, relève d’un mécanisme canalaire.

Le matériel hydatique migre dans le cholédoque et son reflux brutal dans le canal de Wirsung
provoque la pancréatite.

L’exceptionnelle rupture dans la vésicule biliaire est responsable d’une cholécystite aiguë
pseudolithiasique. La fréquence estimée de la fistulisation bronchique est de 2 à 11 %.

La variété des chiffres peut s’expliquer par une prise en charge et un diagnostic désormais plus
précoces des kystes hydatiques par l’échographie.

La fistule s’extériorise sous forme de vomique dont on distingue deux variétés : l’hydatidoptysie
faite de liquide eau de roche, et la vomique purulente, fétide, renfermant des hydatides.

Les lésions pulmonaires intéressent essentiellement le lobe inférieur droit (58 %).

Le kyste hépatique responsable siège au dôme ou à la face postérieure (96 %) et est volontiers
multiple.

La mortalité opératoire (40 %) est avant tout liée aux complications septiques.

La fistulisation à la peau d’un kyste hydatique du foie, favorisée par des facteurs mécaniques et
inflammatoires, est une éventualité rare.

Le kyste augmente de volume puis frotte contre la paroi abdominale et diaphragmatique.

Des adhérences se forment, la paroi du kyste s’affaiblit et fistulise par une cheminée.

Les kystes capables de donner de telles lésions siègent généralement au lobe droit.

La coexistence de fistule associée, biliaire, voire bronchique, doit être systématiquement


recherchée.

La déhiscence dans la circulation veineuse peut déterminer une échinococcose secondaire ou


métastatique.

La communication intéresse la veine cave inférieure, les veines sus-hépatiques ou la veine rénale
droite.

Elle doit être évoquée avant l’excision chirurgicale d’un kyste postérieur ou sous-diaphragmatique,
surtout s’il existe une hydatidose pulmonaire avec des kystes métastatiques multiples, petits et
bilatéraux.

À tout moment, la rupture intravasculaire fait courir au malade un risque mortel par choc
anaphylactique.

Elle peut aussi provoquer une embolie pulmonaire gravissime et d’emblée mortelle.

La rupture est parfois latente, aboutissant au coeur pulmonaire chronique hydatique.


En effet, les emboles parasitaires réduisent progressivement le champ d’hématose en obstruant les
vaisseaux artériels pulmonaires.

2- Complications compressives :

La compression d’organes vitaux est contingente du siège, du volume et de la rapidité d’évolution


du kyste.

La compression de la voie biliaire se traduit par un ictère.

Les compressions des veines sus-hépatiques ou de la veine cave inférieure sont l’apanage des
kystes du dôme hépatique.

Elles sont responsables d’un syndrome de Budd-Chiari et d’une hypertension portale dont
témoignent les varices oesophagiennes et la splénomégalie.

3- Complications septiques :

L’abcès hépatique provient de l’infection du contenu du kyste.

Il se constitue soit par fissuration des membranes de l’hydatide permettant l’entrée de bile plus ou
moins septique, soit par l’apport hématogène de bactéries.

4- Complications toxiques :

Ces accidents rares (1 %) sont dus à la pénétration des produits toxiques du liquide hydatique
dans l’organisme. Elle peut se faire d’une façon brusque à la faveur soit d’une rupture traumatique,
soit, moins souvent, d’une rupture spontanée.

Elle peut aussi s’établir de façon chronique par filtration continue du « poison hydatique » à travers
les membranes du kyste vers le courant sanguin.

Les accidents allergiques les plus fréquents et parfois inauguraux sont de nature bénigne : prurit,
urticaire, lymphoedème, bronchospasme.

Les manifestations peuvent être gravissimes, provoquant le décès en quelques heures par choc
anaphylactique résultant d’un phénomène d’hypersensibilité de type I, IgE-dépendant.

La voie du complément est aussi activée. Parallèlement, on a décrit des polyarthrites séronégatives
résistant aux anti-inflammatoires non stéroïdiens, d’évolution favorable par traitement chirurgical
et répondant aux critères du rhumatisme parasitaire.

Elles relèvent d’un mécanisme immunoallergique.

L’érythème noueux a été rapporté, son mécanisme d’apparition est proche.

D - FORMES EXTRAHÉPATIQUES LES PLUS FRÉQUENTES :

Une fois dans la circulation systémique, le parasite peut se fixer dans un viscère quelconque ou
dans les tissus périphériques, mais de préférence là où le débit sanguin est élevé.

1- Localisation pulmonaire :

Le poumon est le deuxième organe le plus fréquemment atteint (25 à 40 %).

Le siège pulmonaire a une prédilection pour les premières années de la vie et sa fréquence décroît
progressivement au fur et à mesure que l’âge avance.
En altitude, le kyste siégerait plus souvent au poumon qu’au foie.

La vomique, l’infection et l’hémorragie kystique peuvent amener à sa découverte.

L’atteinte isolée est souvent primitive, plus rarement secondaire quand un kyste hépatique s’ouvre
dans le parenchyme à travers le diaphragme.

L’atteinte multiple (12 %) est soit le fait de réinfestations répétées, soit plus souvent le fait de la
dissémination secondaire d’une lésion préexistante.

S’il s’agit d’une rupture intrabronchique d’un kyste pulmonaire, les lésions restent localisées au
territoire contaminé.

En cas de dissémination hématogène, les lésions sont multiples et disséminées en « lâcher de


ballons ».

2- Localisation splénique :

Le kyste splénique (2 à 5 %) est associé à une hydatidose hépatique ou péritonéale dans 20 à 30


% des cas.

Il est généralement unique, mais quelques cas d’hydatidose splénique multivésiculaire ont été
rapportés.

Il est fréquemment asymptomatique, parfois responsable d’un inconfort abdominal ou d’une gêne
de l’hypocondre gauche.

Il se développe insidieusement, pouvant atteindre une taille de plus de 15 cm.

Sa croissance exophytique prédispose à l’adhésion aux structures environnantes, à la fistulisation


colique, diaphragmatique, voire bronchique.

Le kyste peut également s’infecter ou se rompre dans la cavité abdominale.

3- Localisation rénale :

Cette localisation est rare (de 2 à 5%), le plus souvent primitive.

Le siège bilatéral est exceptionnel et s’intègre le plus souvent dans le cadre d’une hydatidose
abdominale multiple.

Un syndrome tumoral (85 %) ou douloureux (75 %) de la fosse lombaire est le mode d’expression
le plus fréquent.

Les autres signes d’appel sont l’hématurie (15 %), la fièvre isolée prolongée, la pyélonéphrite ou
des signes d’emprunt dus au retentissement sur les organes de voisinage.

L’ouverture dans les voies urinaires s’accompagne d’une colique néphrétique, d’une hydaturie
pathognomonique caractérisée par l’émission de petites boules blanches ou de vésicules filles
flétries en « peau de raisin ».

La recherche de scolex dans le culot urinaire est réalisable.

L’hypertension artérielle pulmonaire s’observe en cas de kyste à développement hilaire comprimant


l’artère rénale.

Mais le siège du kyste est souvent cortical et polaire.


Au cours de sa croissance, il va comprimer le parenchyme rénal, aboutissant à une destruction
partielle du rein, la fonction de celui-ci restant longtemps conservée.

Plus généralement, par son volume et les phénomènes inflammatoires qu’il entraîne à son contact,
le kyste peut adhérer et refouler les organes de voisinage, voire y

1. Généralités
L’hydatidose est un problème de santé publique dans les zones d’élevage des PED. Son pronostic a
été modifié par les possibilités thérapeutiques nouvelles et par les mesures prophylactiques.
C’est une anthropozoonose due au développement chez l’homme de la larve d’Echinococcus
granulosus. Elle est cosmopolite sévissant en Amérique latine, en Océanie, dans les pays du pourtour
méditerranéen, en Chine, en Afrique du nord et Afrique de l’est. Le principal foyer d’hydatidose
humaine est africain au Kenya.

2. Epidémiologie
2.1. Epidémiologie générale

Le tænia Echinococcus granulosus est un cestode de la famille des


plathelminthes. Il se présente sous trois formes : l’adulte qui vit fixé entre les
villosités de l’intestin grêle de l’hôte définitif, l’œuf qui contient une embryon
hexacanthe à six crochets et la larve ou kyste hydatique.

Le cycle parasitaire comprend deux hôtes : un hôte définitif (HD) et un hôte


intermédiaire (HI). Le cycle classique est le cycle domestique : chien (HD) -
mouton (HI). L’homme s’insère accidentellement dans le cycle du parasite :
c’est une impasse parasitaire. Les œufs embryonnés, éliminés dans le milieu
extérieur avec les selles du chien , sont ingérés, pénètrent la paroi digestive,
gagnent par le système porte le foie, parfois dépassent le foie par les veines
sus-hépatiques et parviennent aux poumons. Plus rarement , la localisation
peut se faire en n’importe quel point de l’organisme par la circulation
générale. Une fois dans le viscère, l’embryon se transforme en larve hydatide.
Le cycle est fermé lorsque le chien dévore les viscères (foie, poumons) des
moutons parasités. L’homme se contamine en ingérant les œufs par voie
directe (chien : léchage, caresses), plus rarement par voie indirecte (eau,
fruits, légumes souillés par les œufs). L’hydatidose est une maladie rurale.
2.2. Epidémiologie et répartition en Afrique

2.2.1. L’hydatidose en Afrique du nord

Cycle domestique : hôte définitif (HD) : le chien ; hôtes intermédiaires (HI) : le


mouton, le dromadaire en zone désertique ou semi-désertique. Prévalence
chez le mouton en Tunisie : 18% ;prévalence chez l’homme en Tunisie : 1,5%

2.2.2. L’hydatidose en Afrique de l’est

2.2.2.1. Foyer de Turkana (Nord Est du Kenya)


La prévalence est la plus élevée du monde : 6,6% chez l’homme. Explication :
promiscuité hommes chiens (léchage), cadavres humains non enterrés
dévorés par les chiens errants. Cycle domestique : HD : chiens (chacals), HI :
dromadaires, moutons, chèvres, bovins.

2.2.2.2. Foyer de Masaïland (Sud Kenya - Nord Tanzanie)


Prévalence chez l’homme : 1,4%. Cycle domestique : chien, mouton. Cycle
sauvage HD : lions, hyènes, lycaons, chacals ; HI : antilopes, phacochères.

2.2.2.3. Les autres foyers : Ouganda, Ethiopie, Tanzanie, Soudan :


prévalence chez l’homme : 1 à 3,2%
2.2.3. L’hydatidose en Afrique de l’ouest

Maladie rare, rapportée au Niger, au Mali, en Mauritanie. Cycle domestique :


chien, dromadaire. L’hypothèse d’une souche particulière d’Echinococcus
granulosus a été soulevée.

2.2.4. L’hydatidose en Afrique centrale et en Afrique australe

Quelques cas décrits au Tchad (HI : dromadaire), en Afrique du Sud et au


Zimbabwe (HD :chiens, chacals).

2.2.5.L’hydatidose dans l’Océan indien. Quatre cas ont été rapportés à


Madagascar (1994).

3.Structure du kyste hydatique


La structure du kyste hydatique est identique chez l’homme et chez l’animal. Elle comprend :

- l’adventice, coque fibroconjonctive, dure, épaisse, produit de réaction du viscère parasité ; il existe
un plan de clivage entre l’adventice et la larve hydatide ;

- la larve hydatide ou vésicule hydatique, remplie du liquide hydatique incolore, eau de roche,
entourée de deux membranes accolées l’une à l’autre : la membrane externe ou cuticule et la
membrane interne ou proligère ou germinative interne, avec des capsules proligères contenant des
scolex.
4.Diagnostic clinique et morphologique de l’hydatidose
La localisation hépatique est la plus fréquente (50 à 70%), suivie de la localisation pulmonaire (25 à
40%) ; mais, en pratique, tout organe peut être atteint, avec une localisation simultanée à un ou
plusieurs viscères dans 25% des cas.

4.1. Le kyste hydatique (KH) du foie

4.1.1. Il est souvent asymptomatique, découvert par examen systématique


(radiographie, échographie) fait pour une symptomatologie banale ou lors
d’enquêtes de prévalence,

4.1.2. La forme habituelle est la forme tumorale avec une sensation de


pesanteur de l’hypocondre droit, une hépatomégalie, une tuméfaction
abdominale indolore, lisse, déformant la paroi.

4.1.3. Les formes compliquées sont :

---- à type de rupture biliaire, thoracique, péritonéale ou digestive. La fistule


kystobiliaire est la plus fréquente entraînant : douleur abdominale,
hépatomégalie, fièvre, angiocholite, ictère, prurit avec risque d’angiocholite
urémigéne, de septicémie, de choc septique ;

---- à type de compression : ictère (voies biliaires), syndrome de Budd-Chiari


(veines sus-hépatiques) ;

---- à type de suppuration : abcès hépatique du à l’infection du contenu du


kyste.

Le diagnostic est morphologique, basé sur l’échographie abdominale, selon la


classification de GHARBI (1985) :
---- type I : image liquide pure
---- type II : décollement total ou parcellaire des membranes
---- type III : présence de vésicules endo-cavitaires (aspect en « nid d’abeille
»)
---- type IV : lésion focale solide
---- type V : lésion calcifiée.
L’échographie est l’examen de première intention, le scanner est l’examen
fondamental en cas de décision chirurgicale

4.2. Le kyste hydatique du poumon (25 à 40%)

- asymptomatique et exclusivement radiologique : opacité ronde , dense «en


boulet de canon»,

- symptomatique, révélé par une vomique eau de roche (aspect en grains de


raisins blancs sucés), des hémoptysies, une toux, une dyspnée ; la
radiographie du thorax montre une image ronde surmontée du classique
ménisque gazeux ;

- compliqué : pyopneumokyste, avec un tableau de suppuration pulmonaire,


et une image hydro-aérique à la radiographie (image de membrane flottante
avec un niveau liquidien ondulé).
En cas de diagnostic radiologique douteux, il faut faire appel au scanner.

4.3. Le kyste hydatique des os (1 à 3%)

Il a une particularité : l’absence de limitation fibreuse et l’ évolution extensive.


L’atteinte rachidienne est la plus fréquente (44% des atteintes osseuses) et la
plus grave, surtout au niveau du rachis lombaire. Il est révélé par des
douleurs, des tuméfactions, des fractures, des paraplégies. Les aspects
radiologiques sont une ostéolyse uni ou multigéodique à limites floues ou des
lacunes circonscrites avec effraction corticale. L’IRM est l’examen de choix
pour l’exploration rachidienne.

4.4. Les autres localisations

Localisations inhabituelles : plèvre ou péritoine (4 à 7%), rate (2 à 5%), rein (2


à 5%), cerveau (1 à 5%), cœur (0,5 à 2%) ; plus exceptionnellement, parties
molles sous-cutanées et musculaires, thyroïde, pancréas, ovaires,
articulations. L’examen histologique des pièces opératoires permet dans ces
localisations inhabituelles de faire le diagnostic.

On voit donc l’ intérêt de l’imagerie médicale : échographie, scanner, IRM


pour le bilan préopératoire (et le suivi du malade).
5. Diagnostic biologique
5.1. Diagnostic indirect :

hyperéosinophilie sanguine en phase d’invasion et si fissuration

5.2. Diagnostic direct : réactions sérologiques

- méthodes qualitatives :immunoélectrophorèse, électrosynérése,

- méthodes quantitatives : hémaglutination indirecte, immunofluorescence,


ELISA.
Il faut coupler deux techniques, l’une qualitative, l’autre quantitative : la
sensibilité et la spécificité sont de 90 à 95%. L’intérêt de la sérologie est de
donner la notion de kyste viable ou de kyste inactif : en pratique, un kyste est
dit inactif lorsqu’il est momifié, calcifié, < 5 cm, de découverte fortuite, à
sérologie négative. Mais, les réactions sérologiques sont à interpréter avec
prudence. Si elles sont positives, avec un taux significatif, le diagnostic est
retenu, si elles sont négatives, on ne peut pas conclure. Elles permettent de
suivre l’efficacité thérapeutique : disparition après traitement en 12 à 18
mois ; si ré-ascension : craindre une récidive ou une ré-infection.
6. Traitement
6.1. Traitement classique : il est chirurgical,

C’est le seul traitement radical, et la meilleure alternative dans les formes


compliquées. Mais, mortalité péri opératoire : 0,5 à 4% ; morbidité : 30 à 60%
(infections, fistules biliaires, hémorragies, cholangite sclérosante) ; taux de
récidives : 2 à 10% ; durée d’hospitalisation : 15 à 30 jours. Vu la fréquence
actuelle des découvertes fortuites, voire d’un dépistage systématique chez
des sujets asymptomatiques, il est nécessaire de prescrire d’autres
traitements.

6.2. Traitements modernes

---- avènement des benzimidazolés, en pratique de l’albendazole


---- traitement percutané, expérience dans le K.H. du foie.

6.2.1. Albendazole (Zentel ®) (OMS, 1989)


6.2.1.1. Dose : 10 mg/kg en 2 prises, par cure de 28 jours séparée de 14
jours
6.2.1.2. Efficacité : taux de réponse 75% ; mais durée longue du traitement : 3
à 4 cures ; délai pour juger l’efficacité : 9 à 18 mois ; taux de récidive < 10% ;
surveillance échographique à poursuivre > 5 ans.
6.2.1.3. Tolérance imparfaite : élévation des transaminases dans 15% des
cas, neutropénie dans 1,2%, douleurs abdominales faisant craindre une
fissuration dans 5,7%.

6.2.2. Le traitement percutané (PAIR : ponction aspiration injection ré-


aspiration)
6.2.2.1 Technique : ponction du KH du foie sous contrôle échographique,
aspiration immédiate du liquide hydatique (10 à 15 mL), injection d’un
scolicide : chlorure de sodium hypertonique à 20% ou alcool à 95% laissé en
place 10 à 20 mn, réaspiration du scolicide. On injecte également 1 à 2 mL de
LIPIODOL ultrafluide pour repérer facilement le kyste lors des contrôles.

6.2.2.2. Critères d’efficacité jugés sur le bilan clinique, échographique,


parasitologique, sérologique : disparition complète du kyste dans 20% des
cas entre 10 et 48 mois, récidives dans 1 à 2%.

6.2.2.3. Complications minimes (11%) : urticaire, malaise, douleur ; sévères


(6%) : infection, hémorragie, fistule biliaire, exceptionnellement choc
anaphylactique.

6.2.3. Les choix thérapeutiques (proposition de prise en charge)


Le KH compliqué relève de la chirurgie.
Le KH non compliqué :
---- s’il est asymptomatique :choix thérapeutique selon qu’il est viable ou non.
Kyste non viable : abstention ; kyste viable : choix entre abstention et
surveillance, albendazole, PAIR ;
---- s’il est symptomatique : si le kyste est accessible et drainable, PAIR,
sinon : albendazole ou chirurgie.
7. Prophylaxie
L’hydatidose ne peut disparaître que grâce à des mesures prophylactiques strictes :

• éducation sanitaires des populations,


• surveillance de l’abattage des animaux de boucherie,
• euthanasie systématique des chiens errants
• traitement des chiens domestiques par praziquantel (DRONCIT®)
• prudence dans les contacts homme chien (léchage, caresses, ...)

L’avenir : la vaccination des HI domestiques par un vaccin obtenu par génie génétique en cours
d’évaluation (mais coût dans les PED ?).

Définition et notions d'épidémiologie:

Le kyste hydatique est une anthropozoonose, c'est à dire maladie pouvant toucher aussi
bien l'animal (chien, mouton..etc) que l'homme, due à un parasite: Echinococcus
granuslosus.

La maladie est fréquente au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et de l'Est, en Australie et


en Agentine. Des foyers d'infection persistent en Corse, en Provence, dans les Pyrébées-
Atlantiques.

En Algérie, d'après les registres de services de chirurgie viscérale, le Kyste hydatique est
responsable chaque années de près de 2000 cas opérés, encore que les chiffres sont
sous-estimés du fait de la non-déclaration de nombreux cas..

Le cycle du parasite (en résumé):

Le cycle du kyste hydatique se fait entre les canidés (le chien) et certains bovins (le
mouton).

On considère que le chien est l'hôte définitif de ce parasite et le mouton comme hôte
intermidiaire.
L'hôte définitif (le chien) se contamine par ingestion de l’hydatide (forme larvaire du
parasite) présente dans divers organes de l'hôte intermédiaire. Exp: viscères de mouton
infectés (poumon, foie..etc), éléminés dans la nature après sacrifice du mouton.

L’hôte intermédiaire (le mouton) s’est contaminé par ingestion d’oeufs embryonnés
(embryophores du parasite) éliminées dans le milieu extérieur par les taenias présents
dans le tube digestif des canidés. (voir schéma).

Ainsi, le cycle se perpétue entre canidés et bovins..

Comment l'homme s'infecte t'il?

Contrairement à certaines fausses idées reçues, même parmi certains étudiants en


médecine, l'homme ne s'infecte pas par la consommation de viscères d'ovins infectés
(Poumon, foie..etc) ceux-ci contiennent en fait, la forme larvaire du parasite qui est
infestante pour les canidés (le chien), et non pas pour l'homme.

L’homme, encore dit "hôte accidentelle", se contamine plutôt par ingestion


d’embryophores (Oeufs sans coque externe) recueillis sur le pelage du chien ou de
façon indirecte à partir d’aliments souillés par des fèces du chien infesté.

Quelle mesure prophylactique à prendre à cette occasion ?

Si l'homme ne s'infecte pas par la consommation de viscères infectés par le parasite, il


peut s'infecter indirectement, en éliminant des viscères infectés dans la nature: car
consommés par le chien, ces viscères infectés peuvent être responsables d'infection de
canidés et par conséquence, la pérénisation de cette parasitose, qui pourrait ensuite
atteindre l'homme à travers les facteurs exposés plus haut..

De ce fait, pour éviter la dessimination de cette maladie, à l'occasion du sacrifice des


moutons, il convient de ne pas éliminer les organes infestés ou suspectés de l'être, dans
la nature, ni dans les décharges publiques (ils seront facilement reprérés par les chiens,
vu leur puissant sens d'odorat); mais de saisir et detruire les viscères infestés, ou les
enterrer à une profondeur suffisante.

ça demande un effort certes, mais préserver la santé de l'être humain est aussi une
attitude positive et un devoir, recommandée dans le même livre sacré, qui recommande
aux musulmans de célèbrer le sacrifice du mouton par leur père Abraham..