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Journal de Radiologie Diagnostique et Interventionnelle (2015) 96, 564—569

FORMATION MÉDICALE CONTINUE : LE POINT SUR. . .

Traumatismes des tendons extenseurs des
doigts
M. Farucha, F. Lapeguea,b, A. Andrec,d, C. Bruna,
S. Bakouchea, H. Chiavassaa, N. Sansa,∗
a

Service d’imagerie, CHU de Toulouse-Purpan, bâtiment Pierre-Paul-Riquet, place du
Dr-Baylac, TSA 40031, 31059 Toulouse cedex 9, France
b
Centres d’imagerie du Languedoc, 26, rue Ernest-Cognacq, ZAC Bonne source,
11100 Narbonne, France
c
Unité de chirurgie de la main et chirurgie réparatrice des membres, CHU de
Toulouse-Purpan, institut de l’appareil locomoteur, bâtiment Pierre-Paul-Riquet, place du
Dr-Baylac, TSA 40031, 31059 Toulouse cedex 9, France
d
Laboratoire d’anatomie, faculté de médecine de Toulouse, 133, route de Narbonne,
31400 Toulouse, France

MOTS CLÉS
Doigt ;
Tendon extenseur ;
Lésion ;
Ligament

Résumé La pathologie des extenseurs des doigts longs bénéficie essentiellement des avancées technologiques de l’échographie, dont la résolution spatiale facilite considérablement le
diagnostic. La connaissance précise de l’anatomie tendineuse des doigts longs et des signes
cliniques est indispensable pour établir un diagnostic et permettre la prise en charge correcte
des patients.
© 2015 Éditions franc
¸aises de radiologie. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Rappel anatomique des tendons extenseurs des doigts longs
L’appareil extenseur des doigts présente une anatomie complexe (Fig. 1) et comporte de
nombreuses variations. On décrit classiquement un tendon extenseur commun pour les
quatre derniers doigts et un extenseur propre supplémentaire pour le 2e et le 5e doigt.
La connaissance des différents moyens de contention des tendons extenseurs est
capitale car leurs lésions entraînent des attitudes cliniques pathologiques relativement
caractéristiques. En regard des articulations métacarpo-phalangiennes (MCP), les tendons

Auteur correspondant.
Adresse e-mail : sans.n@chu-toulouse.fr (N. Sans).

http://dx.doi.org/10.1016/j.jradio.2015.10.005
2211-5706/© 2015 Éditions franc
¸aises de radiologie. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Traumatismes des tendons extenseurs des doigts

Figure 1. Vue anatomique des tendons extenseurs des doigts
longs. (© Schéma C. Fumat ; d’après Sans et Lapègue : Echographie
musculosquelettique — Elsevier Masson Edition, 2009).

extenseurs sont maintenus en place par les bandelettes
sagittales tendues du tendon extenseur commun à la plaque
palmaire, formant ainsi un anneau circonférentiel autour
de l’articulation métacarpo-phalangienne. L’extenseur se
divise alors au niveau de la 1re phalange (P1) en trois
lames tendineuses : une bandelette médiane (qui s’insère
sur la face dorsale de 2e phalange [P2]) et deux bandelettes
latérales qui se réunissant en un tendon conjoint terminal
s’insérant sur la face dorsale de la base de la 3e phalange
(P3). Ces bandelettes latérales sont maintenues en position
dorso-latérale par un système de ligaments rétinaculaires.
Il est à noter également qu’au niveau des doigts, les
extenseurs ne présentent pas de gaines synoviales, celles-ci
s’arrêtant au poignet.

Réalisation pratique de l’examen
échographique
L’exploration échographique repose sur la réalisation
de coupes sagittales et axiales aux différents étages

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anatomiques du tendon extenseur [1]. Ces différentes
coupes ne sont pas toujours d’une acquisition aisée en raison
de la très faible épaisseur tendineuse [2].
Dans le plan sagittal, on doit s’attacher à reconnaître
successivement :
• le tendon conjoint distal qui correspond à la réunion des
bandelettes latérales et qui se termine à la base de P3
(Fig. 2) ;
• la bandelette médiane (Fig. 2) qui s’insère sur la face
dorsale de la base de P2 ;
• le tendon extenseur propre, positionné à la surface du
métacarpien (Fig. 2).
L’intérêt évident de l’échographie est la possibilité
de réaliser des manœuvres dynamiques (flexion des phalanges P3 sur P2 et P2 sur P1) qui facilitent la visualisation
de ces structures et d’éventuelles lésions. Le lit unguéal
et les structures péri-articulaires sont également analysables.
Les coupes axiales permettent de vérifier la continuité
et le centrage du tendon extenseur (Fig. 3), l’intégrité de
la dossière des interosseux et celle des bandes sagittales.

Sémiologie des lésions traumatiques des
tendons extenseurs
Rupture du tendon conjoint terminal de
l’extenseur
La présentation clinique de cette lésion est celle d’un doigt
en maillet. C’est la rupture la plus fréquente du tendon
extenseur et qui a lieu à la face dorsale de l’articulation
inter-phalangienne distale (IPD). Elle est le plus souvent
secondaire à une flexion forcée de cette articulation lors
de pratique sportive (volley, handball, rugby. . .), mais peut
être également la conséquence de microtraumatismes ou

Figure 2. Coupes sagittales d’un tendon extenseur des doigts longs d’un index. Le tendon conjoint distal qui s’insère sur la base de P3
(a) et la bandelette médiane qui se termine sur la face dorsale de la base de P2 (b) sont des structures très fines et aplaties. Le tendon
extenseur est plus épais en regard de la face dorsale de la MCP (c).

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M. Faruch et al.

Figure 3. Coupe transverse dorsale d’un tendon extenseur en
regard de la tête d’un métacarpien. On vérifie l’intégrité des bandes
sagittales (flèches), et le centrage du tendon extenseur (pointillés).

d’une section par un objet tranchant. L’IPD se retrouve en
flexion avec incapacité d’extension active [3].
La radiographie peut montrer une avulsion osseuse
au niveau de l’insertion distale du tendon extenseur.
L’échographie révèle la rupture tendineuse distale (Fig. 4)
et cette même avulsion osseuse si elle existe [4]. On
s’attachera à identifier le hiatus et notamment le fragment
tendineux proximal qui apparaît plus ou moins rétracté et
présente un aspect globalement épaissi et hypoéchogène
[5]. Les manœuvres dynamiques de mobilisation passive
de P3 démontrent l’immobilité de ce moignon distal [4,6].
Ce diagnostic est important à réaliser précocement car en
l’absence d’un traitement orthopédique adapté, le doigt
en maillet (Fig. 5) peut évoluer défavorablement vers le

Figure 4. Rupture du tendon conjoint distal de l’extenseur avec
aspect de doigt en maillet. Coupes sagittales dorsales comparatives
au niveau de l’IPD. Aspect normal du tendon conjoint distal sur la
coupe du haut. Sur la coupe du bas il existe une rupture tendineuse
(flèche pointillée) distale de l’extenseur sans arrachement osseux ;
le fragment proximal rétracté est nettement épaissi (flèche), hypoéchogène et ne se mobilise pas lors des manœuvres passives de
P3.

Figure 5. Déformations des doigts et leurs étiologies.
(© Schéma C. Fumat ; d’après Sans et Lapègue : échographie musculosquelettique — Elsevier Masson Edition, 2009).
a : Doigt en « maillet » secondaire à la rupture du tendon
conjoint terminal de l’extenseur ; b : Déformation en « col de
cygne » compliquant un doigt en maillet non traité ; c : Déformation
en « boutonnière » secondaire à la rupture de la bandelette médiane
de l’extenseur.

développement d’une déformation en col de cygne (Fig. 5)
par hyperextension de l’articulation inter-phalangienne
proximale (IPP).
L’évolution naturelle sans traitement de la lésion du
tendon conjoint distal est celle d’une rétraction proximale avec cicatrisation [7]. Une évolution péjorative est
caractérisée par une cicatrisation hypertrophique de dimension trop importante. Il en découle un « cal tendineux »
trop long qui aboutit inéluctablement à une perte de
l’extension et l’apparition d’une déformation en « col de
cygne » (Fig. 6). L’ensemble des forces du système extenseur se reporte alors sur les bandelettes latérales qui se
rétractent, potentialisant la tension produite par le tendon

Figure 6. Rupture de l’insertion distale du tendon conjoint de
l’extenseur : doigt en col de cygne. Les coupes sagittales dorsales sur l’IPP montrent une cicatrice trop longue et un défaut
d’extension.

Traumatismes des tendons extenseurs des doigts

Figure 7. Rupture de l’insertion distale la bandelette médiane de
l’extenseur. La coupe sagittale met en évidence d’une part une avulsion osseuse de la base de P2 (tête de flèche) qui reste adhérente
à la bandelette médiane (astérisque) et une désinsertion complète
du tendon.

fléchisseur profond, le tout induisant une hyperflexion de
l’IPD [8,9].

Rupture de la bandelette médiane de
l’extenseur
La rupture de la bandelette médiane de l’extenseur
entraîne cliniquement la formation d’un doigt en boutonnière (Fig. 5). Il s’agit de la seconde zone de rupture
la plus fréquente, découlant le plus souvent d’une luxation palmaire de l’IPP. L’ensemble des forces de l’appareil
extenseur se retrouve alors concentré sur les bandelettes
latérales, aboutissant rapidement (en une à deux semaines)
à l’apparition d’une flexion progressive de l’IPP, associée
à une hyperextension de l’IPD [4]. L’examen échographique affirme, d’une part, la non-visibilité de la bandelette
médiane (Fig. 7) et, d’autre part, la luxation antérieure
éventuelle des bandelettes latérales (Fig. 8). Dans les cas
de ruptures partielles ou de rupture partiellement cicatrisée, la bandelette médiane apparaît épaissie (Fig. 9). Un
arrachement osseux de P2 peut également être associé [6].
Il conviendra de regarder systématiquement la plaque
palmaire qui peut également être atteinte en raison du
mécanisme lésionnel initial [10].

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Figure 8. Coupe transversale dorsale en regard de la tête du 3e
métacarpien qui montre une infiltration hypoéchogène (têtes de
flèches) en lieu et place de la bandelette sagittale latérale normale. La bandelette sagittale médiale est respectée, entraînant
une subluxation ulnaire du tendon extenseur (tendon entouré).

latérale du 3e doigt, entraînant une luxation ulnaire du tendon extenseur [12].
Les coupes échographiques axiales mettent en évidence
une infiltration hypoéchogène œdémateuse et inflammatoire en Doppler en lieu et place de la bandelette sagittale
normale (Fig. 10). L’échographie dynamique montre également la subluxation du tendon lors de la flexion des MCP
[13].
Dans les cas où il existe un tendon extenseur double
(habituellement les 2e et 5e rayons), il peut exister une
rupture du retinaculum unissant les deux tendons entre eux
[14]. Ceci entraîne alors une luxation de chaque tendon de
part et d’autre de la tête du métacarpien (Fig. 11).
Le traitement chirurgical est habituellement réservé aux
formes aiguës symptomatiques, l’abstention demeurant la
règle dans le cadre des lésions anciennes ou bien tolérées
[13].

Rupture des bandelettes sagittales
Cette lésion a été décrite initialement chez les boxeurs,
étant connue sous le terme de boxer’s knuckel [11]. Elle est
liée à des microtraumatismes des bandelettes sagittales le
poing fermé, mais a été rapportée dans d’autres circonstances pathologiques, comme la polyarthrite rhumatoïde
ou l’arthrose des articulations métacarpo-phalangiennes
(MCP).
Cliniquement, le patient présente un déficit actif de
l’extension des MCP, et une luxation du tendon extenseur.
Par ordre de fréquence, cette rupture des bandelettes sagittales intéresse préférentiellement la bandelette sagittale

Figure 9. Coupe sagittale dorsale en regard de la tête du 3e métacarpien qui révèle une hypertrophie majeure du tendon extenseur,
témoignant d’une cicatrisation défavorable et d’une déformation
en boutonnière.

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M. Faruch et al.

Figure 10. Lésion de type boxer knuckle. La coupe échographique
axiale montre la lésion hypogène (flèche) de la bandelette sagittale
ainsi que la luxation ulnaire du tendon (tête de flèche).

Figure 12. Classification topographique des tendons extenseurs
selon la fédération internationale des sociétés de chirurgie de la
main.

Figure 11. Lésions des bandelettes sagittales du 5e doigt. Coupes
transversales dorsales en regard de la tête du 3e métacarpien qui
révèle une subluxation ulnaire des deux tendons extenseurs par
lésion du retinaculum médian (*).

Autres zones de rupture des extenseurs

POINTS À RETENIR
• L’appareil extenseur des doigts présente une
anatomie complexe ;
• La connaissance des différents moyens de contention
des tendons extenseurs est capitale car leurs lésions
entraînent des attitudes cliniques caractéristiques;
• L’échographie est le maître examen pour le
diagnostic des lésions tendineuses traumatiques ;
• Les principales lésions à rechercher sont :
◦ la rupture du tendon conjoint terminal de
l’extenseur (doigt en maillet),
◦ la rupture de la bandelette médiane de
l’extenseur (doigt en boutonnière),
◦ la rupture des bandelettes sagittales (boxer’s
knuckel).

Déclaration de liens d’intérêts
Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

La rupture des extenseurs (Fig. 12) peut se faire également
à la face dorsale de P1 (zone IV). En raison de la richesse
des interconnections tendineuses à ce niveau anatomique,
il n’existe pas de rétraction clinique identifiée. Le diagnostic
échographique est difficile, mais peut être posé devant
une cicatrice fibreuse hypertrophique entre deux extrémités
tendineuses d’aspect normal. Une rupture plus proximale
(zone V) peut s’observer après une morsure ou au décours
des lésions de synovite dans le cadre d’une polyarthrite rhumatoïde. Enfin, les ruptures en zone VI (face dorsale des
métacarpiens) sont souvent secondaires à une plaie. Le déficit d’extension peut être masqué par les interconnexions
tendineuses.

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