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La « Vie orageuse » de la présidente Durey de Meinières
(19 mars 1719-20 février 1805)
Sa jeunesse, la fin de sa vie, son testament.

Documents inédits présentés par Marie-Thérèse Inguenaud

Octavie Guichard, veuve Belot, puis présidente Durey de Meinières1, est de
ces femmes de lettres qui ont eu de leur vivant une certaine notoriété, mais ne sont
plus connues aujourd’hui que des spécialistes. S’agissant de notre auteur, l’oubli est
d’autant plus profond qu’elle produisit toute son œuvre (qui se réduit à quelques
titres) avant septembre 1765, date de son remariage avec le président de Meinières.
Elle avait alors 46 ans, et devait vivre encore jusqu’à presque 86 ans, sans plus jamais
publier quoi que ce soit. Cette œuvre aux dimensions étroites se caractérise en outre
par la volontaire modestie de ses ambitions. Malgré la conscience aigüe qu’elle avait
de sa valeur intellectuelle, et tout en assumant « l’audace d’une femme qui ose penser
et même écrire »2, celle qui n’était encore que Mme Belot connaissait parfaitement
le cadre étroit que les préjugés sociaux lui imposaient. Ce n’est pas chez elle que l’on
trouve les prétentions d’une Mme Du Boccage qui poussa l’outrecuidance jusqu’à

1

On trouve toutes sortes de variantes de l’orthographe de ce nom : Du Rey, Durey, Meinières, Mesnières,
ou Meynières. On doit cependant n’en retenir qu’une, celle qu’utilisent les intéressés eux-mêmes pour
signer les nombreux documents notariés que nous avons consultés, c’est-à-dire « Durey de Meinières ». Il
n’y a pas d’exception à cette graphie, ni chez le président ni chez sa femme. De la même manière, nous
écrivons « Belot » avec un seul « l », à l’instar de l’intéressée, de son premier mari et son beau-fils.
L’orthographe « Blot » que l’on trouve de temps en temps est intéressante, car elle indique la
prononciation usuelle.
Préambule des Réflexions d’une provinciale sur le Discours de M. Rousseau […] touchant l’origine de
l’inégalité parmi les hommes, 1756. Voir note 4.
2

2

écrire des tragédies. Si l’on met à part ses Observations sur la Noblesse et le Tiersétat3, où elle intervient directement dans la querelle sur la noblesse commerçante, ses
autres travaux consistent en commentaires des œuvres d’autrui –Rousseau d’abord,
dont elle critique le Discours sur l’origine de l’inégalité4–, et en traductions
d’ouvrages anglais, essentiellement l’Histoire d’Angleterre de David Hume, qui lui
valut à la fois sa notoriété, une pension du roi, et les sarcasmes de Grimm5. Comme
écrivaine aux talents remarquables mais en grande partie inexploités, elle a tout
naturellement trouvé sa place dans le Dictionnaire des femmes de Lumières
récemment paru6. Dans l’article très complet qu’elle lui consacre, Marie-Laure
Girou-Swiderski met en lumière ses nombreux mérites intellectuels, tels qu’ils
s’expriment non seulement dans ses œuvres publiées mais aussi dans son abondante
correspondance, encore en partie inédite7.

3

Observations sur la Noblesse et le Tiers État par Madame ***, Amsderdam, Arkstée et Merkus, 1758.

Dans son essai de 1756, Réflexions d’une provinciale sur le Discours de M. Rousseau, Citoyen de Genève,
touchant l’origine de l’inégalité parmi les hommes, récemment réédité par Édith Flamarion (voir note
suivante), mais aussi dans les longues préfaces dont elle fait précéder certaines de ses traductions, comme
L’Histoire de Rasselas, prince d’Abyssinie de Samuel Johnson, ou l’Essai sur la liberté de la presse de David
Hume.

4

Histoire d’Angleterre contenant la maison de Tudor par M. David Hume, traduit de l’anglais par Madame
B***, Amsterdam, 1763, 6 vol. , et Histoire de la maison des Plantagenet […] par M. David Hume, traduit
de l’anglais par Madame B***, Amsterdam, 1765, 6 vol. « Il faut convenir que cette entreprise paraît en
tout au-dessus des forces d’une femme » (Correspondance littéraire, 1er mars 1763). Voir la liste complète
de ses ouvrages dans Octavie Belot, Réflexions d’une provinciale sur le Discours de M. Rousseau, Citoyen
de Genève, touchant l’origine de l’inégalité parmi les hommes, édition présentée, annotée et commentée
par Édith Flamarion, Artois Presses Université, 2015, p. 341.
5

6

Marie-Laure Girou-Swiderski, « Belot, Octavie Guichard, puis présidente de Meinières (1719-1804) »,
dans Dictionnaire des femmes des Lumières, sous la direction de Huguette Krief et Valérie André ; avec une
introduction de Huguette Krief, 2 volumes, Paris, Champion 2015.
7

Marie-Laure Girou-Swiderski a publié ses lettres à la marquise de Lenoncourt : « Lettres de Mme de
Meinières à Mme de Lénoncourt, 1770-1774 » dans Lettres de femmes. Textes inédits ou oubliés du XVIe
au XVIIIe siècle, éd. É. C. Goldsmith et C. H. Winn, Champion, 2005, p. 380-420. Voir aussi du même
auteur « De la 'gazette'au 'commerce des âmes': les lettres de la présidente de Meinières à la marquise de

3

Malheureusement, nous ne savions jusqu’à présent presque rien de sa vie. Le
renseignement biographique le plus souvent repris par les commentateurs nous venait
de Grimm, qui avait ainsi présenté en 1763 la traductrice de Hume, alors âgée de 44
ans : « Madame Belot est la veuve d’un avocat qui la laissa à sa mort sans autre
ressource qu’une rente de 60 livres par an. Pour vivre de rien, elle se mit au lait,
vendit sa rente, et employa les 1200 livres qu’elle en tira à apprendre l’anglais, dans
la vue de se procurer une ressource par des traductions »8. Quant à sa jeunesse, nous
en ignorions tout, aussi bien que des 20 années qui avaient suivi son second veuvage9.
Son destin semblait se réduire aux années passées avec le président de Meinières10,
qui avait contribué à la sortir de l’ombre où elle s’était empressée de rentrer après la
mort de ce dernier. Seule indication, due au témoignage de son amie Madame
Thiroux d’Arconville, elle était morte, croyait-on, dans le plus grand dénuement :
«M. de Mesnieres étant venu à mourir, sa femme n’ayant reçu de lui aucun avantage
[…] se trouva dans la plus grande détresse […] au point de devoir à une sœur
converse de venir passer la nuit auprès d’elle, et de lui faire son pot-au-feu, quand
elle pouvait s’en procurer »11. Ces lacunes n’ont pas été comblées par Édith
Lénoncourt », p. 119-139, et « Biographie d’Octavie Durey de Meinières », p.255-256, dans Femmes en
toutes lettres. Les épistolières du XVIIIe siècle, Studies on Voltaire, 2000 :4.
8

Correspondance littéraire, 1er mars 1763.

Le président Durey de Meinières mourut à Chaillot le 27 septembre 1785 (voir Mercure de France,
novembre 1785), et sa veuve lui survécut jusqu’au 20 février 1805, et non en 1804, comme l’affirment
encore le catalogue de la BnF, ou Édith Flamarion (Réflexions d’une provinciale, introduction, p. 37). Voir
l’indication donnée au début de son inventaire après décès : "[...] inventaire d'un pavillon où elle est
décédée le premier ventôse présent mois » (M.C., VIII, 1345, 17 ventôse an 13, minutes d’Auguste de
Faucompret).
9

10

De 1765 à 1785.

Mme Thiroux d’Arconville, « Anecdote sur Mad. de Mesnieres », dans Pensées, Réflexions et Anecdotes,
12 vol. manuscrits reliés, Bibliothèque de l’Université d’Ottawa, collection Charles le Blanc, P.Q. 2067, T.
28 A6, volume VII, p. 226-227. Nous remercions Marie-Laure Girou-Swiderski d’avoir eu la gentillesse de
nous communiquer ce document. Cette indication est reprise par Édith Flamarion, op. cit. p. 44.
11

4

Flamarion, qui a rassemblé avec soin dans l’introduction de sa toute récente édition
des Réflexions d’une provinciale toutes les informations dont nous disposions12.
L’étude systématique de son testament, qui dormait depuis plus de deux cents
ans dans les liasses du minutier central13, nous a permis de lever un coin du voile sur
les deux extrémités de sa vie. Ce long texte de dix-sept pages, plein de
renseignements biographiques, a été le fil d’Ariane qui nous a guidée dans le dédale
des archives et nous a permis de découvrir d’autres documents, riches à leur tour de
toutes sortes d’informations. Nous avons mieux compris, grâce à eux, l’adjectif
d’ « orageuse » dont Mme de Meinières qualifie sa vie14 ; nous avons mesuré les
souffrances d’une jeunesse dont il lui arrive de se plaindre sans jamais aller au bout
de la confidence ; et lorsqu’elle se présente dans les premières lignes de ses
Réflexions d’une Provinciale comme « persécutée par la fortune », ou qu’elle écrit à
Devaux un jour de découragement : « Ma vie est un combat d’athlète contre le
malheur15 », nous ne l’avons pas soupçonnée d’exagération ni de coquetterie16.
****
La présidente de Meinières eut une jeunesse très sombre. Pourtant, tout
semblait avoir commencé sous d’heureux auspices. Ses parents avaient fait un
mariage d’amour -« de belle passion », pour reprendre l’expression qu’elle emploie

En particulier dans les diverses lettres que lui adresse Voltaire. Voir Réflexions d’une provinciale, op. cit.
Introduction, en particulier les pages 35-43.
12

13

1er ventôse an XIII -20 février 1805, M.C., XLVI, 650, minutes de Charles-François Drugeon.

14

Testament, f° 3.

15

Lettres de la présidente Durey de Meynières (sic) à François-Antoine Devaux, BnF, n.a.fr. 15582, 19
décembre 1762.

16

Comme semble le faire à mots couverts Édith Flamarion lorsqu’elle s’interroge sur le sens de l’expression
« persécutée par la fortune » (op. cit. p. 66).

5

dans son testament17. Ils s’étaient mariés à Paris le 11 décembre 171218. Les futurs
mariés, tous deux majeurs19, étaient l’un et l’autre d’origine provinciale. Sa mère,
Marie-Élisabeth de Lesval, venait d’une famille de hobereaux bourguignons installés
à Corpeau, village de vignerons situé près de Beaune20. Peut-être avait-elle fait la
connaissance de son futur mari par l’intermédiaire de son frère Sylvestre de Lesval,
qui avait été un temps page du comte de Toulouse21 : Michel-François Guichard, fils
de bourgeois lorrains de Commercy22, était en effet « premier commis de Monsieur
des Hugeres, receveur général des domaines de Monseigneur le comte de
Toulouse »23. Dès ce moment cependant, une question se pose à nous : comment
expliquer que le jour de la signature du contrat, aucun parent des futurs mariés ne se

17

Testament, f° 2.

18

M.C., LXXVIII, 553, minutes de Louis-Claude Gervais.

19

C’est-à-dire qu’ils ont plus de 25 ans. Si les notes de Chastellux sont exactes, Marie-Élisabeth devait en
avoir 32, étant décédée à Paris le 10 juin 1758, à soixante-dix-huit ans (Notes prises aux Archives de l’étatcivil de Paris). Nous ne connaissons pas l’âge du marié.
20

Ainsi qu’il est précisé dans la procuration donnée par les parents annexée au contrat :
«Damoiselle Marie-Élisabeth de Lesval […] fille de Jean-Guy de Lesval écuyer, sieur de Saint-Martin et
dame Marie-Élisabeth L’Admiral son épouse ses père et mère résidents à Corpeau en Bourgogne
[…] absens, representés en cette partie […] par Mre François de la Balme […] en qualité de leur procureur
[…]».
21

Avant de devenir officier au régiment de Provence (La Chesnaye-Desbois).

22

Le contrat précise : «Sr Michel-François Guichard, fils du sieur Nicolas Guichard, bourgeois de la ville de
Commercy en Lor(r)aine et (de) Marie Seriere ». Ce Nicolas Guichard, était « huissier en la cour souveraine
des Grands-Jours à Commercy » (A.N., Y 4308). L’origine lorraine de son père explique probablement ses
relations avec les « lorrains de Paris », Devaux, Mme de Graffigny, Mme de Boufflers (voir É. Flamarion,
op. cit. p.45).

23

Fils légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan. La découverte d’un lien social entre les familles
Guichard et de Lesval et la maison du comte de Toulouse apporte un nouvel éclairage sur l’amitié d’Octavie
avec le fils naturel du comte de Toulouse, Philippe-Auguste de Sainte-Foix, plus connu sous le nom de
chevalier d’Arcq, que la rumeur publique lui a prêté comme amant. Sans préjuger de ses rapports intimes
avec lui, on peut supposer qu’il est d’abord une très vieille connaissance de son père, et sans doute un ami
de jeunesse.

6

soit déplacé24 ? Est-ce le fait de provinciaux complètement étrangers au monde
parisien25 ? Pour Marie-Élisabeth, faut-il incriminer la mauvaise santé de son père,
qui mourra moins de trois mois plus tard26? Ou les difficultés pécuniaires de cette
famille noble désargentée27? Peut-on soupçonner une réticence de la famille à l’égard
du futur époux, soit à cause de la différence sociale, soit à cause de sa personnalité?
Nous n’avons pas réussi à éclaircir cette zone d’ombre.
L’unique enfant du couple, Octavie, vint au monde 7 ans plus tard, le 3 mars
171928. Son parrain et sa marraine n’étaient pas nés « dans la lie du peuple », pour
reprendre l’expression qu’elle emploie pour elle-même dans une de ses lettres à
Devaux29. Son parrain lorrain, Charles Doyot de Choloy et du Val-de-Passey, écuyer,
conseiller secrétaire du roi, maison couronne de France et de ses finances, était
économe général du clergé de France30. Sa marraine, Octavie Rousseau, était la fille

24

Seuls signent 4 ou 5 amis, tous du côté du marié. On note deux amis nobles, « Pierre-Louis-Joseph, comte
des Armoises, chevalier seigneur de Commercy, ami » et « Claude de Plumet sieur de Varaine, ci-devant
écuyer de M. le marquis de Choiseul, ami », ainsi que son jeune frère Jean-Joseph, âgé de 15 ans à peine,
et un cousin maternel, Claude-Gabriel Bavoillot, avocat en Parlement, garde des archives du comte de
Toulouse. Personne du côté de la future mariée, mis à part le procureur de ses parents.
25

Aucun des frères, sœurs et cousins d’Élisabeth de Lesval n’avaient quitté la Bourgogne. Tous s’étaient
mariés dans leur province d’origine.
26

Il ne signe pas la procuration « à cause de l’incommodité qui lui est survenue à la main droite ». Il mourra
le 5 mars 1713, à l’âge de 74 ans.

27

La dot de Mlle de Lesval est de 4000 livres. Somme bien modeste, si on la compare par exemple à la dot
de 525 000 livres faite par le président de Meinières à sa fille unique, Louise-Adélaïde (14 juin 1758, M.C.,
CXV, 618, minutes d’Antoine-François Doyen).
28

Extrait du registre des baptêmes de Saint-Eustache, 4 mars 1719, collationné sur l’original le 16 octobre
1785, annexé au contrat de rente du 15 novembre 1785, M.C., CVIII, 715, minutes de Guillaume Gibert.
Les parents habitent rue Neuve Saint-Eustache. BnF, n.a.fr. 15582

29
30

Lettre à Devaux, 4 juillet décembre 1763, BnF, n.a.fr. 15582.

Choloy en Lorraine, à trois lieues de Toul. « Le sieur Charles Doyot, procureur et syndic de la ville de
Toul, ayant quelque contestation avec les habitants de Choloy, au sujet des biens qu’il avait dans cette
paroisse, le duc Léopold lui accorda en 1713 le titre de seigneur de Choloy avec tous les droits honorifiques

7

de Nicolas Rousseau, conseiller et maître d’hôtel ordinaire du roi, et la sœur de Pierre
Rousseau, directeur général des monnaies de France. Elle avait épousé GuillaumeLouis [de] Grassin, écuyer, seigneur de Mormant, qui appartenait à l’une des plus
vieilles familles de Bourgogne31.
Mais à cette époque, les relations entre ses parents s’étaient déjà
considérablement dégradées. Mme de Meinières brosse dans son testament le portrait
d’un père indigne, « qui aima mieux le plaisir que sa fille » et maltraita sa
femme: « Ma mère, née noble, fit un mariage de belle passion […] Mon père cessa
d’y répondre ; eut des maîtresses, et des procédés violents; elle s’en plaignit, implora
la justice, fut séparée de corps et de biens d’avec son mari »32. La mention de
l’inconduite du père nous a mis sur la trace des sentences de séparation des époux
Guichard. Nous les avons retrouvées, noyées dans l’immense réservoir du Châtelet :
la séparation de biens est datée du 2 décembre 1715, soit 3 ans à peine après le
mariage33. Quant à la séparation de corps, prononcée le 17 avril 1722 après une
longue procédure34, elle nous révèle que la mère d’Octavie fut une femme battue.

qui y sont attachés […] » (Dom Augustin Calmet, Notice de la Lorraine, tome 1, 1756, p. 98). Le parrain
d’Octavie devait mourir en 1729.
31

« Famille originaire de la ville de Sens en Bourgogne, l’une des plus anciennes et des plus considérables
de cette ville […] Ceux de ce nom ont laissé à la postérité des marques de leur piété […] dans la fondation
du collège des Grassins en l’université de Paris », La Chesnaye-Desbois, tome VII, MDCCLXXIV, p. 427-430.
Voir aussi Saint-Allais, Nobiliaire universel de France […], tome 12, p. 58-74. Guillaume-Louis Grassin devait
mourir deux ans plus tard, le 20 avril 1721 (voir sa dalle funéraire dans l’église de Mormant, dans l’actuelle
Seine-et-Marne).
32

Testament, f° 2.

33

A.N., Y 8997. Marie-Élisabeth de Lesval, demanderesse, renonce à la communauté. Son mari MichelFrançois Guichard est condamné à lui rendre les 4000 livres qu’elle lui a apportées en dot, et « à l’acquitter
des dettes auxquelles il l’a fait obliger ». Pour faciliter le paiement de la dite somme, les meubles saisis sur
le défendeur seront vendus.
34

A.N., Y 9008. Ce long document de six pages développe dans le moindre détail les mauvais traitements
subis par Élisabeth.

8

L’acte énumère avec une cruelle précision les terribles sévices qu’elle eut à subir,
coups et blessures incessants, y compris pendant sa grossesse, ou encore adultère
avec une servante sous le toit conjugal tandis qu’elle est contrainte de coucher au
grenier35. Il nous laisse imaginer ce que furent les premières années de la petite
Octavie, spectatrice du calvaire de sa mère, réfugiée avec elle dans la communauté
des Filles de l’Union chrétienne à l’âge de 3 ans à peine36.
Nous ne savons pas comment vécurent Octavie et sa mère après la séparation
du couple Guichard. La jeune fille reçut à l’évidence une éducation soignée, grâce à
l’attention de sa mère, mais aussi aux « soins constants », et aux « secours généreux »
de sa famille maternelle, qui l’entoura d’affection du fond de son village de
Corpeau37. Son père l’a-t-il pour autant entièrement négligée durant son enfance et
son adolescence? Le jugement de séparation règle son éducation de la manière
suivante : Le sieur Guichard abandonnait à sa femme la moitié de la gratification
qu’il touchait du comte de Toulouse (soit 300 livres annuelles), et consentait « que
sa femme prenne soin d’Octavie Guichard sa fille jusques à l’âge de 7 ans ; qu’elle
la nourriroit, chaufferoit et entretiendroit pend[ant] le d[it] temps à ses frais, ainsy
qu’elle s’y seroit obligée, après lequel temps le d[it] Guichard se chargeroit de la

35

Voir en annexe des extraits de ce texte.

36

Cette précision est donnée dans la sentence de séparation : « Deffense seroit faite [au sieur Guichard]
de venir insulter et scandaliser la dite damoiselle de Lesval dans la communauté de l’Union chrétienne où
elle s’étoit retirée ». Située rue de la Lune à Paris, la communauté des Filles de l’Union Chrétienne
accueillait, outre des jeunes filles nouvellement converties au catholicisme, des femmes qui se trouvaient
sans fortune et sans appuis.

37

Testament, f° 3. Octavie dut y faire de fréquents séjours. Si l’on consulte les registres paroissiaux, on la
retrouve marraine d’un enfant du village aux côtés de son cousin germain Gérard-Philibert de Lesval à la
veille de ses 12 ans. L’acte de baptême en date du 16 octobre 1730 est consultable en ligne sur le site des
Archives départementales de la Côte d’Or. On peut y observer que la signature d’Octavie est déjà très bien
formée. Quelle différence avec l’écriture complètement informe d’Anne-Catherine de Ligniville, future
Mme Helvétius, y compris à l’âge adulte !

9

d[ite] Octavie Guichard, de l’entretenir, loger, chauffer, nour[r]ir, et de la mettre dans
un couvent à 12 lieues au plus loin de Paris, où il seroit libre à la d[ite] de Lesval sa
mère de la voir toutes fois et quand elle le jugeroit à propos, comme aussy le d[it]
Guichard se seroit obligé de luy faire donner l’éducation qu’elle devoit avoir ». Mais
il ne respecta sans doute pas ses obligations, puisque le testament indique que sa
mère « [l]’éleva entièrement à sa charge pour [la] conserver auprès d’elle »38. La
seule chose dont nous sommes sûrs, c’est que le 20 décembre 1738, Michel-François
Guichard signa le contrat de mariage de sa fille avec l’avocat Belot39.
Elle n’eut pas beaucoup plus de chance avec son premier mari. Comme si elle
était née sous une mauvaise étoile, Octavie passa d’un père effrayant à un mari
irresponsable et méprisé. Il est vrai qu’elle n’avait sans doute guère eu le choix, dans
la situation précaire où se trouvait sa mère. Celle-ci avait eu une dot, si modeste fûtelle. Octavie se maria sans dot, avec un veuf beaucoup plus âgé qu’elle, chargé qui
plus est d’un enfant de cinq ans40. Au moins jouissait-il à l’époque d’une honnête
aisance, comme l’indique l’inventaire après décès de sa première femme41. Mais il
n’avait jamais su diriger sa vie. Ce bourgeois de Paris, présenté généralement dans
les notices comme avocat au Parlement, n’en exerçait pas vraiment la profession. Il

38

Testament, f° 2.

39

20 décembre 1738, M.C., LXXXIII, 364, minutes de Louis Gervais. On y lit que la future mariée habite avec
sa mère rue Froidmanteau, paroisse Saint-Germain l’Auxerrois, et que l’acte est passé rue de la Tacherie,
paroisse Saint-Mederic « en la demeure du sieur Guichard père, où toutes les parties contractantes se sont
trouvées ». Sans doute la signature du contrat se déroula-t-elle chez lui en raison de son état de santé.
Nous n’avons pas retrouvé la date exacte de sa mort, mais nous sommes sûrs qu’il mourut avant le 21 juin
1742, date du remariage de sa veuve.
40

La signature du contrat de mariage de Charles-Edme Belot avec sa première femme Marie-Catherine
Legras date du 7 février 1723, M.C., minutes de Raymond, en déficit.

41

Inventaire après décès de Marie-Catherine Legras, 10 octobre 1738, M.C., XXXV, 612, minutes de
François Rahault. Cet inventaire, réalisé cinq ans après la mort de la défunte, morte en mai 1733, comporte
une très importante bibliothèque de livres et de musique.

10

faisait partie de ces avocats en Parlement à qui on donne ce titre parce qu’ils ont
obtenu leur licence en droit, mais « n’ont point suivi le palais ni fait la profession
d’avocat » et se contentent d’une activité de consultant42. Il faut les distinguer des
avocats plaidants de plein exercice, seuls appelés avocats au Parlement43. Il avait eu
très tôt des problèmes avec la justice. Compromis en 1726 dans une sombre affaire
d’escroquerie, il avait été brièvement incarcéré à la conciergerie44. Par la suite, sa
fortune subit des fluctuations diverses. Après son mariage avec Octavie Guichard, il
semble connaître une période de stabilité, puisqu’en 1744 il loue avec sa femme une
partie de maison rue de l’Université pour 950 livres par an45. La propriétaire lui fait
alors suffisamment confiance pour proroger le bail deux fois, en 1748 et 175046. Mais
cette

prospérité

n’est

qu’apparente.

Depuis

longtemps

l’avocat

néglige

42

Dictionnaire de Trévoux, 1771. Leur activité est assez mal définie. Il semble par ailleurs que Belot ait eu
le goût des affaires risquées, comme en témoigne une cote de son maigre inventaire (voir ci-dessous note
54) mentionnant la société qu’il avait formée avec un certain Vasvres «pour l’exploitation des bois […]
entreprise en Pauméranie (sic) ».
43

Pour avoir le droit d’exercer la profession, il fallait être avoir été inscrit au tableau des avocats pendant
deux ans (voir l’article de Martine Acerra, « Les avocats du Parlement de Paris, 1661-1715 », Histoire,
économie et société, 1982 Volume 1, Numéro 2, p. 213-225). Ce n’est pas le cas de Belot père, qui d’ailleurs
ne figure nulle part dans l’Almanach royal. L’avocat Belot qu’on y trouve à partir de 1751 est son fils, qui,
lui, eut une carrière parfaitement régulière. Cette distinction, qui n’apparaît pas toujours clairement, est
nettement faite dans les « Comptes entre Charles-Edme Belot, « avocat en Parlement » et son fils MariePhilippe-Auguste Belot, « avocat au Parlement », M.C., LXXVII, 250, 21 février 1756, minutes de Pierre Le
Bœuf de Le Bret.

44

Procès criminel fait par le lieutenant criminel à la requête du sieur de Saint-Rome contre Charles-Edme
Belot accusé de s’être approprié indûment une somme de 25041 livres à lui confiée par le sieur de SaintRome (A.N., X2A 661, 30 juillet 1726). Le procès se termina semble-t-il à son avantage, puisqu’il obtint que
son écrou serait rayé et biffé et la plainte de Saint-Rome déclarée nulle et injurieuse, que son accusateur
fut condamné « à faire réparation devant tel de ses amis en tel endroit qu’il lui plairait à la cour », et qu’il
déclara le dit Belot homme d’honneur. Les deux adversaires furent condamnés l’un et l’autre à l’amende
ordinaire de 12 livres.
45

Bail Marie-Thérèse Le Bas de Girangy veuve Le Clerc à Charles-Edme Belot et Octavie Guichard son
épouse, 20 novembre 1744, M.C., XXIII, 535, minutes de Pierre-Louis Laideguive.
46

Bail des mêmes aux mêmes, 25 avril 1750, M.C., XXIII, 568, minutes de Pierre-Louis Laideguive. Cette
fois, il est de 9 ans, pour une surface plus grande et un loyer plus élevé de 1200 livres.

11

complètement ses affaires. Dès 1745, il a accumulé les dettes qui ont entraîné une
première saisie de meubles. Dans les années 1754 et 1755 éclate une grande crise.
Pour échapper à la catastrophe, Octavie et son beau-fils emploient les grands moyens.
Marie-Philippe-Auguste Belot47 obtient d’être émancipé d’âge le 28 juin 175448. En
1755, assisté de son tuteur, il fait assigner son père en justice pour obtenir ses
comptes de tutelle et éviter la dilapidation totale de l’héritage maternel. Le 21 février
1756, Charles-Edme lui rend compte devant notaire de la gestion des biens de la
communauté49. On apprend avec stupéfaction qu’en 1754 il a fait payer trois années
de son loyer par son propre fils50. C’est par respect filial que le jeune Belot a accepté
de prêter cet argent à son père, « pour l’affranchir de différentes vexations et
procédés violents » de la part de ses créanciers. Le père reconnaît ses torts, disant
que « rien n’est mieux fondé que les prétentions et demandes du sieur son fils qu’il
reconnaît pour son légitime créancier et auquel il a toujours été porté de rendre la
47

Marie-Philippe-Auguste Belot, fils du premier mariage de Charles-Edme, porte les prénoms de son
parrain, qui n’est autre que le chevalier d’Arcq. Quant à sa marraine, c’est Marie-Élisabeth de Lesval, mère
d’Octavie, représentée lors de la cérémonie par « Dame Octavie Guichard épouse en secondes noces du
sieur Belot avocat le père» (30 décembre 1750, extrait du registre des baptêmes de l’Église paroissiale de
Saint-Sulpice, annexé à l’acte de notoriété pour les noms de Marie-Philippe-Auguste Belot, 26 juin 1758,
M.C., LXXVII, 260, minutes de Pierre Le Bœuf de Le Bret). Le nouveau baptisé, né le 2 mai 1733, était âgé
de 17 ans et 7 mois. Il n’avait été qu’ondoyé à la maison le jour de sa naissance « pour cause de danger de
mort». Sa mère était morte 5 jours après. C’est sans doute ce qui explique qu’on ait si longtemps négligé
de régulariser son état-civil. L’acte de baptême offre la particularité d’être signé par le nouveau baptisé,
aux côtés de son père, de son parrain et de la représentante de sa marraine : « […] ainsi signé GuichardBelot, de Ste Foy chevalier Darc, Belot, Belot père, Dulau Dalleman, curé de St Sulpice ». Ce parrainage
confirme l’ancienneté des relations d’Octavie Guichard avec le chevalier.
48

Voir lettre de chancellerie donnée à Paris le 28 juin 1754, insinuée le 1er juillet suivant (Archives de Paris,
DC6 13, f° 162 v°). Étant âgé de 21 ans, il est mineur selon la coutume de Paris qui fixe la majorité à 25 ans.

49

« Compte et abandon, Charles-Edme Belot à Marie-Philippe-Auguste Belot », 21 février 1756, M.C.,
LXXVII, 250, minutes de Pierre Le Bœuf de Le Bret.
50

Les propriétaires voyant que le loyer n’était pas payé, avaient fait appel à la justice. Ce fut le fils qui paya
en deux fois la somme de 2700 livres. Voir quittance Pierre-René Le Bas de Girangy à Charles-Edme Belot
« avec déclaration que c’était des deniers du sieur son fils », 23 août 1754, M.C., CXVIII, 483, minutes de
Jean-Louis Le Verrier.

12

justice qu’il lui doit, particulièrement pour le mettre en état de suivre la profession
d’avocat qu’il a embrassée depuis plusieurs années […] »51. De son côté, Octavie se
voit contrainte de demander la séparation de biens, comme sa mère quelque 40 ans
plus tôt52. Lors de l’enquête confiée au commissaire Chenon, tous les témoins cités
par la demanderesse affirment que les affaires de Belot sont dans un dérangement
total : « Il est débiteur de sommes considérables, pour le paiement desquelles il est
poursuivi depuis fort longtemps », au point que « ses meubles ont été saisis et sont
sur le point d’être vendus ». Elle obtient satisfaction par sentence du Châtelet du 14
janvier 175653. La situation de son mari devint si critique qu’il fut contraint de quitter
son logement, dont semble-t-il les nouveaux locataires lui permirent par charité
d’occuper une chambre meublée54. Quant à elle, on ignore comment elle fit pour se
reloger. Peut-être alla-t-elle demander l’hospitalité à des amis. Toujours est-il qu’à
la mort de son mari, elle n’habitait plus avec lui55. Il n’est donc pas vrai de dire qu’à
cette époque, Madame Belot « si elle ignore, à coup sûr, l’aisance », « n’est pas
encore dans l’extrême dénuement qu’elle connaîtra plus tard »56. C’est là au contraire
qu’elle toucha vraiment le fond de la détresse matérielle et morale, et la publication
en avril 1756 des Réflexions d’une provinciale, son premier ouvrage, est à resituer
dans ce dramatique contexte.
51

M.C., LXXVII, 250. Voir ci-dessus notes 43 et 49.

52

Châtelet de Paris, 23 août 1755, Y 11327.

53

Châtelet de Paris, Y 9061.

54

Il est décédé « dans une chambre […] dépendant de l’appartement qu’occupoient M. et Me Siber en une
maison sise rue de l’Université appartenant à M.de Girangy […] dans laquelle chambre le deffunt Sr Belot
s’étoit retiré dans les meubles appartenant aux d. Sr et De Siber qui avoient bien voulu lui donner l’usage
de la d. chambre ». Inventaire après décès de Charles-Edme Belot, 3 octobre 1757, M.C., LXXVII, 256,
minutes de Pierre Le Bœuf de Le Bret.
55

La procuration qu’elle donne à cette occasion indique qu’elle habite rue de Vaugirard.

56

Édith Flamarion, op. cit. p. 65.

13

Cependant, on le voit, si le tableau est affligeant, il n’a rien à voir avec celui
offert par Michel-François Guichard, père d’Octavie. Charles-Edme apparaît comme
un faible, et non comme un méchant. Il reste des traces de ce désastre conjugal dans
plusieurs lettres à Devaux : « Le comble du malheur est d’être uni à quelqu’un que
l’on est en droit de mépriser au fond de l’âme », lui écrit-elle en décembre 1768,
faisant visiblement référence à son expérience personnelle57.
On ne peut qu’être frappé par la similitude de destin de la mère et de la fille,
toutes deux mal mariées, toutes deux menacées de sombrer dans la misère. Mais ce
qui est plus frappant encore, c’est leur capacité à affronter l’adversité. Non seulement
ces deux femmes fortes n’hésitèrent pas à mettre un terme à une conjugalité
désastreuse en faisant appel à la justice, mais elles surent toutes deux inventer des
solutions originales pour survivre. Nous savions que la fille avait eu l’énergie
d’apprendre l’anglais et de se lancer dans des traductions qui devaient à terme lui
valoir une certaine notoriété et surtout une pension de Louis XV. Mais sa mère lui
avait auparavant montré le chemin du courage : en 1718 (soit trois ans après avoir
obtenu la séparation de biens) elle s’était associée pour trois ans avec un célèbre
marchand de vins de Dijon, Antoine Pertuiset de Mondésert, pour faire venir à Paris
toutes sortes de vins qu’elle se chargeait de « vendre et débiter à Paris et hors de
Paris » avec l’aide d’un de ses amis58. Elle faisait preuve ainsi non seulement d’un

57

La suite semble être une allusion à la manière dont elle vécut avec Belot : « L’âme alors ne se croit plus
liée, et n’en déplaise aux casuistes, je ne suis pas sûre qu’il n’y ait pas des cas où elle n’a pas tort », peutêtre aveu voilé d’infidélités passées. Lettre écrite aux alentours de décembre 1768, non datée, BnF, Naf
15582.
58

Société entre Antoine Pertuiset de Mondésert, Louis Estienne de Candole, et damoiselle Marie-Élisabeth
de Lesval, épouse séparée quant aux biens du sieur Michel-François Guichard, 12 juin 1718, M.C., LXXVIII,
585, minutes de Claude-Jean-Baptiste Dejean. Plus d’un an avant cette date, Élisabeth se livrait déjà à cette
activité, ainsi que le montre une plainte déposée par elle contre son mari le 17 mai 1717 (voir en annexe
l’extrait n° 1 de la sentence de séparation de corps des époux).

14

esprit d’initiative remarquable, mais aussi d’une certaine absence de préjugés,
puisque cette fille de la noblesse n’hésitait pas à se lancer dans le commerce. On peut
relire à la lumière de cet élément biographique l’opuscule de sa fille, Observations
sur la Noblesse et le Tiers État59. Loin de défendre le droit pour les nobles de faire
du commerce sans déroger, elle appelle de ses vœux une société où la pauvreté ne
les contraindrait pas à trahir leur vocation militaire. Tout montre dans cet essai
qu’Octavie s’est instinctivement identifiée à une mère noble et courageuse, plutôt
qu’à un père ou à un mari roturiers et indignes. Tout naturellement, c’est à de petitscousins nobles de Bourgogne, les enfants du baron de Joursanvault, son cousin issu
de germain, demeurant à Beaune, qu’elle choisira de léguer le peu qui lui reste de
biens.
****
Ces débuts difficiles furent suivis d’une sorte de miracle. Devenue veuve, elle
rencontra le président Durey de Meinières, qui s’éprit d’elle au point de lui proposer
le mariage. Voici comment son amie Mme Thiroux d’Arconville évoque bien des
années après ce romanesque épisode: « M. de Mesnieres prit peu à peu un véritable
goût pour elle. Ce sentiment s’étant accru avec le tems, il ressentit une véritable
passion ; plus il cherchoit à la combattre et plus elle acquérait d’empire. […] Après
avoir réfléchi longtems à un parti qu’il sentait bien qui serait désaprouvé, son amour
le détermina à s’élever au-dessus de toutes les considérations, et il proposa à Made
Bellot de l’épouser »60. Même si de son côté, il y avait plus de reconnaissance que
d’amour, elle accepta sur-le-champ cette proposition qui mettait fin au cauchemar de
sa vie. Son bonheur conjugal semble avoir été sans nuage. Quatre ans après son
59

Observations sur la Noblesse et le Tiers État par Madame ***, op. cit. note 3.

60

Mme Thiroux d’Arconville, « Anecdote sur Mad. de Mesnieres », p. 220-222.

15

remariage, dans une longue lettre à François Devaux, elle l’évoque encore avec une
sorte d’exaltation, tout en analysant ses sentiments avec lucidité: « Je fais gloire de
l’aimer beaucoup, mon honnête Panpan, et j’en conviens d’autant plus volontiers
qu’il n’y a aucun prestige, aucune illusion dans l’attachement que j’ai pour lui. Ce
n’est point de la flame ; c’est de la vénération, de la confiance, de l’amitié, de la
reconnoissance. » Elle insiste surtout sur celles de ses qualités dont était dépourvu
son premier mari : « Sa probité est exacte et pure jusqu’au scrupule, jusqu’à la
duperie ; aucun art, aucunes ruses, aucuns détours, aucunes finesses ne lui
viendroient dans la tête, quand ce seroit pour assurer le succès de la chose du monde
la plus importante. La vérité est toujours dans son cœur et sur ses lèvres. Vous
avouerez, mon aimable Panpan, que pour le peu qu’on ait d’âme et de sens commun,
il est aisé de s’imposer et de remplir le devoir d’aimer, de choier, de conserver un
pareil mari, surtout moi qui toute ma vie ai été la victime et le martir des deffauts
contraires à ses bonnes qualités. » Et pour caractériser ce bonheur qui ressemble
surtout à la fin d’une vive souffrance, elle utilise une comparaison
saisissante : « Aussi éprouvai-je cette espèce de bien-être calme, cette cessation
absolue de toutes douleurs dont jouissent les femmes qui viennent d’accoucher. […]
Demandez à celle de vos commères qui a eu des enfants qu’elle vous peigne l’instant
où l’enfant s’est échap(p) é de son sein, elle vous donnera une esquisse physique de
ma béatitude morale »61. Plus de trente ans après, son testament évoque discrètement
l’union parfaite qu’elle connut après tant de malheurs : « Je donne et lègue à la
citoyenne Boutinon de Courcelles […] le portrait de feu mon mari et le mien, en

61

7 mars 1769. Cette comparaison est le témoignage d’une expérience personnelle. Sans doute a-t-elle eu
des enfants qui n’ont pas survécu, comme Mme de Graffigny.

16

statue de terre cuite, représentant Baucis et Philémon. Ils sont l’emblème de l’union
qui existoit entre Monsieur de Meinières et moi62 ».
****
Le second intérêt du testament de Mme de Meinières, surtout si on le compare
systématiquement avec son inventaire après décès, est de nous éclairer sur sa
situation matérielle pendant sa vieillesse. Il nous apprend que, quelles que soient les
difficultés financières auxquelles elle a été confrontée après la Révolution, elle n’est
pas morte dans une misère profonde comme l’ont affirmé ses biographes à la suite
de Madame Thiroux d’Arconville63, mais seulement dans la gêne. Elle a sans doute
contribué à répandre ce bruit, comme elle en fait elle-même l’aveu :
« Qu’on me permette une réflexion qui se présente à moi, et qui
réprimera la surprise de quelques personnes lorsqu’elles sauront que ma
succession excède peut-être ce qu’elles l’avoient appréciées (sic) […] La
crainte des brigands, auxquels mon habitation isolée m’expose, et qui m’ont
déjà volée trois fois, m’a fait prendre la précaution de dissimuler autour de
moi ce qui me restoit en numéraire, en vaisselle d’argent et en bijoux ; j’ay
donc crié misère avec exagération, pour me conserver les moyens de faire
quelque bien après moi. Si l’on ne m’avoit pas supposée à l’aumône, peut-être
m’y auroit-on mise en effet64 ».

62

Testament, f° 6-7. Le président de Meinières exprime lui aussi son amour à de nombreuses reprises dans
les lettres qu’il écrit de temps en temps à Devaux et qu’il glisse dans une lettre de sa femme. Le summum
du bonheur semble être atteint pour lui comme pour elle au moment de l’installation à Chaillot en juin
1769. : « […] Avouez qu’il n’y avoit que cette femme-là dans le monde qui pouvoit me rendre heureux […]
Je ne datte mon véritable bonheur que depuis que je suis uni à ma tendre amie […] » (6 juin 1769).
63

Voir ci-dessus note 11.

64

Testament, f° 11.

17

De fait, il suffit d’examiner attentivement les indications qu’elle nous donne
dans son testament pour apprécier assez exactement sa situation financière avant et
après la Révolution. Sans patrimoine, mariée à sa demande sous le régime de la
séparation des biens65, elle souligne avec fierté au début de son testament qu’elle doit
« le peu de revenu dont elle jouit à ses travaux littéraires, aux pensions qu’ils avoient
méritées » et qui « consistent, pour la plus grande partie, en rentes viagères »66. En
1765, au moment de son remariage avec le président de Meinières, elle disposait,
nous dit-elle, de 2500 livres de rente, dont faisait partie la pension de 1200 livres que
lui avait value sa traduction de L’Histoire de la maison de Tudor. En 1772, elle en
obtint une seconde, également de 1200 livres67. À la mort de son mari en 1785, elle
toucha un préciput de 10000 livres, et commença à percevoir son douaire, qui avait
été fixé par son contrat de mariage à une rente viagère de 2500 livres68. Enfin, en
1788, Louis XVI lui accorda une troisième pension de 1500 livres « en considération
des services de son mari, Président au Parlement de Paris »69, et son amie Mlle Pinard,
65

Le 6 septembre 1765, M.C., XXIII, 675, minutes de Pierre-Louis Laideguive. L’acte ne se trouve pas dans
la liasse, mais nous en avons un résumé dans le « compte d’exécution testamentaire rendu par M.
Desjobert à la succession de M. de Meinières », 24 août 1786, M.C., CVIII, 720, minutes de Guillaume
Gibert.

66

Testament, f° 2.

67

Testament, f° 11.

68

Le président de Meinières avait pourtant affirmé qu’il «a[vait] eu la douleur de n’avoir pu lui faire aucun
avantage en l’épousant » (lettre à Devaux, 6 juin 1769, BnF, n.a.fr. 15582). information reprise par Mme
d’Arconville (Anecdote, p. 226). Sans doute entendait-il par « avantage » le don d’une somme beaucoup
plus importante, en rentes ou en numéraire. Toujours est-il que dans le compte d’exécution testamentaire
rendu à la succession du président (voir ci-dessus note 65), on voit exactement les arrangements de leur
contrat de mariage : le président de Meinières constituait à sa femme un douaire de 2500 livres de rente
viagère sur les états de Bourgogne. De plus, il lui assignait un préciput de 10000 livres en meubles « tels
qu’elle voudrait les choisir suivant la prisée de l’inventaire, ou en deniers comptants si elle le préférait ».
Elle choisit pour 5699 livres et 10 sols de meubles, qu’elle compléta par de l’argenterie et des deniers
comptants. Son douaire lui fut payé jusqu’à la Révolution (voir « procès-verbal de délivrance de préciput
accordé à la d. deffunte de de Meinières par le décès de son mari », Inventaire, f° 27).
69

Testament, f° 11, et Etat nominatif des pensions sur le trésor royal, tome second, 1790.

18

morte la même année, lui laissa 630 livres de rentes viagères. À la veille de la
Révolution, ses revenus devaient donc être au moins de 8330 livres annuelles. Après
1789, elle perdit ses trois pensions et son douaire70, ce qui réduisit considérablement
ses ressources. Cependant, elle conserva plusieurs contrats de rentes, restant en droit
propriétaire des uns, inscrits sur le Grand livre de la dette, et continuant à percevoir
cahin-caha le revenu des autres. Elle ne cessa d’ailleurs jamais d’avoir recours à un
homme d’affaire pour « donner ses soins à la gestion de [s]on peu de fortune »71.
Moyennant une réduction drastique de son train de vie --vente d’objets de valeur72,
diminution du nombre de ses domestiques73-- elle put ainsi continuer à vivre
décemment. Elle continua d’habiter les pavillons de Chaillot74, réussit à payer son

70

Testament, f° 2 et f° 11.

71

Testament, f° 10. D’abord l’avocat Pointard, puis, de 1795 jusqu’à sa mort en 1805, le liquidateur de
rentes Michel-Louis Le Crosnier.

72

Ainsi, à la fin de son testament, elle joint un état de sa vaisselle d’argent qui se termine par cette
note : « J’ai vendu en 1793 six couverts d’argent, une cuiller à pot, une cuiller à ragout et cent jettons qui
ne se trouveront plus icy, plus six cuillers à caffe ». Le testament nous apprend aussi qu’elle a vendu « deux
grands vases de porcelaine du Japon montés en or moulu » à son amie la comédienne Eugénie
d’Hannetaire.
73

Au début de son testament, commencé en 1797, elle dit n’en avoir plus qu’un (f° 11), mais à sa mort en
1805, il lui en restait encore deux qui furent gardiennes des scellés, Madame Palm et Jeannette Pime. Il
est vrai que leurs gages ne leur avaient pas été entièrement payés, ainsi qu’elles en témoignent à la fin de
l’inventaire : « Déclare la de Palm qu’il lui est dû ses gages depuis le mois de prairial an dix, sur le pied de
cent cinquante francs par an, sur lesquels elle a reçu divers acomptes […]. Déclare aussi la delle Pime qu’il
lui est dû ses gages depuis le mois de frimaire an douze, à raison de cent vingt francs par an, sur lesquels
gages elle a reçu divers acomptes » (Inventaire, f° 29).
74

Le couvent de la Visitation avait été détruit en 1794, mais les pavillons restèrent debout. Après la
Révolution, ces pavillons appartinrent à la République, puis à un certain Gautier, qui en acquit la nuepropriété. Voir inventaire, f° 2 : « [Il va être procédé] à l’inventaire et description fidèle et exacte de tous
les meubles et effets mobiliers […] dépendans de la succession de la d. De Ve Demeinieres, trouvés dans les
lieux cy-après designés dependants des Pavillons de la Visitation situés quay de Chaillot, dont la d. deffunte
etait propriétaire en usufruit et où elle est décédée […] ».

19

loyer de 600 livres annuelles75, même si ce ne fut pas toujours facile76, et s’acquitta
jusqu’à sa mort des diverses impositions auxquelles elle était soumise, preuve s’il en
était besoin qu’elle n’était pas indigente77.
Au-delà de ces dépenses indispensables, elle pensait être également en mesure
de laisser quelque chose après sa mort aux pauvres, à ses domestiques, à ses amis et
à ses héritiers. Elle avait prévu de distribuer à ses légataires une série de dons « en
numéraire ou valeur égale et réelle » dont le total approchait les 10000 francs, sans
compter les legs en nature. Mais elle avait surestimé le montant de ses « antiques
épargnes ». Certes, la prisée de tous les meubles et effets mobiliers contenus dans les
pavillons de Chaillot fut loin d’être négligeable. Elle possédait encore des bijoux et
de l’argenterie. Ainsi, on peut noter une « croix en or et cristal de roche entourée et
garnie de 17 brillants », estimée 900 francs, ou un huilier d’argent fait par le fameux
Germain, orfèvre du roi, estimé à 179,99 francs. Cependant, l’ensemble n’atteignit
pas 8000 francs78. Si l’on tient compte des sommes dues par la défunte à ses
75

Voir « quittances de la dite redevance de six cents livres payée aux d. d(ames) religieuses, au
gouvernement […] et ensuite au sieur Gautier, acquéreur de la nue-propriété, la dernière dattant du deux
vendémiaire an treize pour le semestre échu le premier du même mois » (Inventaire, f° 26).
76

Ainsi, le 9 fructidor an II (26 août 1794), une opposition fut formée au payement des arrérages des rentes
perpétuelles qui lui étaient dus « à raison des loyers qu’elle devait à la république » pour les pavillons
qu’elle occupait quai de Chaillot. Cette opposition fut levée le 9 germinal an 4 (29 mars 1796) « au moyen
de ce que la dite Citoyenne Meynieres s’ [était] acquittée des loyers qui étaient l’objet de cette
opposition. » (M.C., XIII, 496, minutes de Louis Brelut de La Grange).
77

« Trente pièces qui sont quittances des impositions foncières, mobiliaires et personnelles que payait la
d. défunte, la dernière desquelles est en datte du vingt-deux nivôse an treize de la somme de cinquante
francs quarante-cinq centimes, à compte (sic) de cent soixante-quatre francs, quarante-cinq centimes,
montant des impositions pour la présente année » (Inventaire, f° 28).
78

La prisée indique exactement 7714 francs et 07 centimes, somme qui se décompose en 5142 francs pour
les objets (meubles, livres, habits, linge, hardes, bijoux), 2149 francs et 91 centimes pour l’argenterie
comptée à part, et 422 francs et 16 centimes en deniers comptants (Inventaire, fos 21 et 22). Pour mesurer
la modestie de cet héritage, on peut le comparer au produit de la vente des meubles qui se trouvaient tant
à Chaillot qu’à Paris à la mort de son mari en septembre 1785. Le prix total en fut de 20488 livres (M.C.,
CVIII, 720 et note 65). Pourtant, à cette date, sa fortune avait été considérablement écornée par les dettes
de son fils Durey de Bourneville qu’il avait été contraint de rembourser. À l’autre extrémité, si l’on veut

20

domestiques et à certains ouvriers, il est donc impossible que l’ensemble des legs ait
pu être payé. Au moins avons-nous trouvé la preuve que le premier et le plus
important d’entre eux, celui de 1200 livres « aux pauvres vieillards et vieilles
habitant Chaillot », fut effectivement délivré à ses bénéficiaires79.
Par ailleurs, il lui restait différents contrats de rentes qu’elle avait fait inscrire
sur le Grand livre. Son homme d’affaires Le Crosnier vint les présenter à la fin de
l’inventaire à Blancheton de Meursault, représentant les intérêts de ses jeunes
héritiers de Joursanvault. Ce dernier ne les dédaigna nullement, puisqu’il les remit
au notaire Drugeon, exécuteur testamentaire, pour en recouvrer la valeur, qui dut
monter à un peu plus de 3000 francs de rente annuelles80.

****
Ces pages nous montrent enfin que la vieillesse n’avait dégradé ni son
intelligence, ni son ouverture au monde, ni ses qualités de cœur.
Elle qui s’était toujours définie comme une femme « qui ose penser » nous
donne au début de son testament comme l’esquisse d’un ultime essai, qu’on pourrait
intituler Réflexions sur la nouvelle loi relative aux successions. Dans une longue
introduction, elle en conteste en effet au nom de la raison et de la justice les deux

voir ce qu’est un inventaire vraiment misérable, on peut consulter celui de Charles-Edme Belot (voir cidessus note 54).
79

Voir la quittance de Guérin, receveur général des hospices civils et secours qui reconnaît avoir reçu de
Drugeon, exécuteur du testament de Mme de Meinières « 1200 livres, legs en faveur des pauvres vieillards
des deux sexes et aux familles chargées d’enfants habitant Chaillot, lequel legs a été accepté par JeanJacques Fesquet, membre de la commission administrative des hospices civils de Paris » (14 juillet 1806,
M.C., XLVI, 657, minutes de Charles-François Drugeon).
80

Inventaire, f° 30.

21

principales dispositions: la défense faite au testateur de disposer au-delà du sixième
de son bien en legs particuliers, qu’elle croit inapplicable aux effets mobiliers, et
l’obligation de maintenir une égalité absolue entre les héritiers potentiels81. Elle
revendique en particulier le droit d’écarter ses parents paternels, dont elle a eu
beaucoup à se plaindre : « Est-il juste qu’ils s’emparent de ma dépouille au préjudice
de mes parents maternels ?» Derrière la modestie de façade, elle fait preuve de la
même assurance que dans ses écrits d’autrefois, n’hésitant pas à soutenir que ses
observations lui « paroissent devoir être érigées en principes », et allant même
jusqu’à faire la leçon aux législateurs: « Vous n’ignorez pas qu’il n’est point de loi
sans exception et que souvent la lettre tue, tandis que l’esprit vivifie ».
Par ailleurs, contrairement à ce que suggère Mme Thiroux d’Arconville, loin
de mourir abandonnée de tous82, Mme de Meinières conserva jusqu’à sa mort
beaucoup de ses amis d’autrefois. L’adjectif « ancien » est même un des mots qu’elle
emploie le plus souvent pour désigner ses légataires : Madame Boutinon de
Courcelles, « mon ancienne aimable amie », le citoyen Belot, « mon plus ancien
ami », « mon ancienne et tendre amie Charlotte Helvétius », le citoyen Le
Crosnier, « l’un de mes anciens amis », sans compter les domestiques, Michel Foin
et Nanette Regnier, domestiques « anciennement attachés à mon service », Marie
Conard, femme Frison, « mon ancienne cuisinière, élevée chez moi », ou Le Grand,

81
82

Loi de la Convention du 17 nivôse an II. Testament, f° 1-3.

Après son veuvage, les parents de son mari et ses anciens amis ne lui offrirent pas, dit-elle, « le plus
léger secours, surtout dans les derniers temps de sa vie » (Anecdote, p. 227). Il est possible que cette
affirmation contienne une part de vérité, car il était de notoriété publique que le remariage du président
de Meinières avait été désapprouvé par toute une partie de sa famille, notamment par la duchesse de
Choiseul, dont le père était le cousin germain du président de Meinières (voir sa lettre à Devaux du 19 mai
1769 : « Mon mari est brouillé avec tous les Choiseul du monde ; la duchesse nous hait tous deux, et n’en
a pas gardé le silence. Je vous ai conté comme quoi elle avoit clamé contre mon mariage»). Mais cela
n’implique pas qu’elle perdit tous ses amis.

22

« ancien valet de chambre de mon mari ». Dans les commentaires affectueux dont
elle accompagne chacun de ses legs, on retrouve celle qui avait toujours eu le culte
« [des] soins et d[es] attentions de l’amitié délicate »83 : En léguant à la jeune
Madame de Villeneuve, fille de Mme de Guibert, deux vases de Sèvres représentant
deux muses, elle lui glisse ce plaisant éloge: « C’est lui laisser allégoriquement le
portrait de sa spirituelle maman, et le sien ». Même à Charlotte Lécuyez (dont le nom
revient quatre fois), sa fidèle domestique, elle sait donner avec un mélange de tact et
d’humour. Après lui avoir légué le lit complet où elle couche, elle lui fait don de
deux petites bergères à coussin de plumes couverts de velours d’Utrecht rouge pour
« qu’elle se souvienne [d’elle] assise comme couchée et mette à son aise la chienne
qu’[elle] laissera à ses soins après [elle]». Les lignes qu’elle consacre à l’ «aimable »
Mme Boutinon de Courcelles sont empreintes d’émotion. En lui léguant « le portrait
de feu [s]on mari et le [s]ien, en statue de terre cuite, représentant Baucis et
Philémon » et en la priant de le placer dans son jardin, elle transforme un symbole
d’amour conjugal en « monument de [son] amitié ».
De plus, la liste de ses légataires ne se limite pas aux amis d’autrefois. Elle
s’en est fait aussi de nouveaux, et l’on reste admiratif devant la capacité d’ouverture
au monde de cette très vieille dame presqu’octogénaire. Ce sont surtout de jeunes
femmes, dont certaines pourraient être ses filles, ou même ses petites-filles. Oubliées
aujourd’hui, elles ont eu leur heure de notoriété sinon de gloire : Peintre, comme
Marie-Guilhelmine de la Ville-Le Roulx, élève de Mme Vigée-Lebrun ; écrivaine,
comme Madame Monnet, « auteur applaudi des Contes orientaux et de plusieurs
pièces de théâtre » ; comédienne, comme Eugénie Servandoni d’Hannetaire, qui a
poussé l’amitié jusqu’à acheter à la vieille dame « deux grands vases de porcelaine
83

Qu’elle se plaint de ne pas trouver chez les Helvétius (lettre à Madame de Lenoncourt, 26 novembre
1770, Correspondance générale d’Helvétius, V, p. 68).

23

du Japon montés en or moulu», sans vouloir recevoir d’elle « ni billet ni quittance ni
engagement quelconque », et a persévéré à lui en laisser la jouissance, « pour que le
sacrifice qu’[elle] en faisoi[t] à [s]a situation ne parût pas, et [lui] fût moins
sensible ». Enfin, cette femme qui n’a pas eu d’enfants semble avoir éprouvé
l’affection d’une grand-mère pour quatre de ses jeunes légataires, parentes de son
second mari, Victorine Mahé de la Bourdonnais, Aglaé Camus de Pontcarré,
Joséphine et Pauline Durey de Noinville. Les souvenirs que nous a laissés cette
dernière bien des années plus tard nous apprennent que « la bonne tante de
Meinières », inquiète de l’éducation sommaire qui leur était dispensée au couvent de
la Visitation de Chaillot où elles étaient pensionnaires à la veille de la Révolution,
suppléait alors à leur instruction par « de bons maîtres d’histoire, d’italien, de dessin,
de danse »84. Elle nous brosse le portrait d’une femme ouverte aux idées nouvelles,
chez qui elle avait vu la fameuse gravure de l’Assemblée des notables de 1787
représentant dans son souvenir le roi assis sur son trône, entouré d’un cercle de
dindons, au bas de laquelle on lisait : « Mes amis, je vous ai assemblés pour vous
demander à quelle sauce vous voulez que je vous mange85 » et qui, en voyant poindre
la Révolution, avait cru « toucher à l’âge d’or ».
****

Souvenirs d’une octogénaire de Pauline de Noinville, restés inédits, mais en partie reproduits par Jacques
Dinfreville sous le titre « Les Émigrés pendant la Révolution », Écrits de Paris, janvier 1973, p. 59-73, et
février 1973, p. 76-86. On trouve dans l’Anecdote de Mme d’Arconville un témoignage identique : « Les
filles de Mr de Noinville, neveu de Mr de Mesnières, étaient élevées dans le couvent de Ste Marie de Chaillot.
Made de Mesnières s’occupait beaucoup de leur éducation en allant les voir souvent » (p. 226).
84

85

Assemblée des notables tenue à Versailles le 22 février 1787 à l’initiative de Calonne pour présenter sa
grande réforme de l’impôt. En réalité, ce n’était pas le roi, mais Calonne qui était représenté sur cette
gravure sous les traits d’un singe cuisinier du « buffet de la Cour » présidant une assemblée de canards,
de poulets et de dindons.

24

En définitive, personne ne ressemble moins à l’Octavie des derniers jours que
cette ombre désolée qu’on serait tenté d’imaginer d’après Mme d’Arconville86. Nulle
part elle ne se révèle plus semblable à elle-même que lorsqu’elle lègue à certaines de
ses amies les objets qui furent les instruments ou les signes de son travail intellectuel,
comme ce «secrétaire en forme de tombeau, fermant à secret, avec les papiers qu’il
contient, tels que des lettres de gens célèbres par l’esprit, Voltaire, Helvétius, La
Condamine, Quinault &c., des fragments d’ouvrages littéraires commencés, des
pièces fugitives, en vers et en prose, qui ne peuvent servir qu’à l’amusement de la
légataire; de plus encor tous les Romans et journeaux qui se trouveront épars ou
rassemblés chez moi, et pourront lui fournir des sujets drammatiques, ou du moins
amuser ses loisirs », ou « les dix-huit vol. de l’histoire d’Angleterre, par M. Hume,
dont j’ai traduit la Maison de Tudor, et la maison de Plantagenet […] ». Et s’il nous
fallait garder d’elle une seule image, nous l’imaginerions en train de rédiger ses
dernières volontés assise devant son écritoire d’argent, celle même qu’elle disait
« idolâtrer », lorsqu’elle y passait plus de 8 heures par jour à travailler à Chaillot aux
côtés de son mari87.

MARIE-THÉRÈSE INGUENAUD

86

On peut expliquer l’inexactitude des renseignements de Mme d’Arconville par le fait qu’elle a très vite
perdu de vue la présidente de Meinières après la Révolution, comme elle le dit elle-même dans son
Anecdote.
87

Lettre à Devaux, 8 janvier 1768, BnF, n.a.fr. 15582..

25

ANNEXE 1

Sentence de séparation de corps des époux Guichard
(17 avril 1722, A.N., Y 9008)
1. Extraits de la plainte d’Élisabeth de Lesval à l’encontre de son mari en
date du 21 mai 1717.
« […] Depuis quatre ans et demy qu’elle avoit épousé le dit Guichard, il a eu
toutes sortes de duretés pour elle, l’ayant maltraitée et excédée de coups de
pieds et de poings plusieurs fois, dont elle avoit été obligée de garder en
différents temps le lit pendant 40 jours à cause de sa grossesse, et une autre
fois les médecins et chirurgiens crurent qu’il la faudroit trépaner des coups que
son mary luy avoit donné sur la teste et sur le visage ; qu’il luy a dissipé et
mangé son bien […] que le dit Guichard l’a gastée plusieurs fois, luy ayant
communiqué trois fois des maux vénériens dont elle étoit encore actuellement
malade […] que le dit Guichard son mary étant convenu le jour précédent que
la dite plaignante iroit en plusieurs maisons de condition et de bourgeois pour
demander de l’argent aux uns pour les marchandises de vin qu’elle avoit
fournyes, et aux autres pour leur demander s’ils en vouloient achepter ; la dite
plaignante y seroit allée, et étant revenue avec une damoiselle de ses amies sur
les six heures du soir chez elle, elle n’y auroit point trouvé le dit Guichard son
mary, et l’auroit attendu à leur porte de la rue jusques à 8 heures et demy, et
voyant la plaignante que le dit Guichard ne revenoit point, elle auroit avec son
amie pris un carosse et seroient allées ensemble chercher le dit Guichard son
mary ; ne l’ayant point trouvé, elles allèrent souper rue du Roulle chez le Sr
Marlier amy du dit Guichard qui luy en a donné la connoissance, d’où elles
revinrent la veille de la dite plainte au soir sur les 11 heures et demy, et

26

trouvèrent la porte fermée. Le dit Guichard, au lieu de luy ouvrir la porte, luy
dit d’aller coucher d’où elle venoit et ne voulut point la luy ouvrir, et se mit à
la fenestre ; la plaignante et son amie étant à la porte de la rue, les coucha en
joug avec son fusil […] et luy ayant dit plusieurs parolles dures et offensantes
et à son amie, il leur refusa absolument la porte après les avoir fait attendre
jusques à deux à trois heures après minuit, et auroient couché dans la rue sans
le sr Dupré directeur des vivres de Flandres, qui eut assez de bontés pour elles
de les faire entrer chez luy […]. »
2. Extraits de la plainte d’Élisabeth de Lesval à l’encontre de son mari en
date du 5 août 1717.
« […] Le dit Guichard continuoit d’exercer contre elle toutes sortes de rigueur,
à proférer journellement contre elle les injures les plus atroces, et l’avoit
menacée plusieurs fois de la faire périr soit par le poison, soit par l’épée, soit
par le bâton, et non content d’exercer toutes ses violences contre elle, luy a
pris plusieurs fois des billets et de l’argent qu’il a mangé avec des gens de
mauvaise vie, et le jour et la nuit ne couchant presque point dans leur
apartement et y revenant seulement deux fois la semaine pour changer de
linge, et n’y ayant point couché […] jusques au dit jour 5 aoust dix heures du
matin qu’il est venu et a trouvé la plaignante au lit malade depuis huit jours
d’un grand mal de teste et ayant pris médecine, et en entrant le dit Guichard
luy a dit qu’elle étoit une sacrée B. de gueuse, une sacrée B. de garce, et qu’elle
n’avoit qu’à choisir de mourir par le poison, par l’épée ou sous le bâton, et a
mis son épée sur la table, ce qui a tellement effrayée la plaignante qu’elle s’est
jettée hors de son lit et a fui promptement, sans quoy il auroit indubitablement
exécutté son mauvais dessein […]. »

27

3. Extraits de la plainte d’Élisabeth de Lesval à l’encontre de son mari en
date du 12 octobre 1721.
« […] le dit Guichard étant revenu sur les 10 heures du soir pour souper et
étant à table la traitta indignement sans qu’elle luy en eût donné aucun sujet,
l’appellant B. de G. et de putain, auxquelles injures elle ne répondit rien, que
cherchant à l’outrager plus violament, il luy chercha querelle sur ce qu’elle
vouloit mettre dehors la nommée Nanette sa servante, et de ce qu’elle l’avoit
grondée, qu’elle plaignante ne put s’empescher de luy faire connoistre avec
toute la douceur possible le sujet de renvoyer cette servante qu’elle avoit
trouvée couchée avec luy le jour précédent, qu’il étoit de son devoir, mesme
envers Dieu, de ne point souffrir une telle débauche, et qu’elle avoit pris […]
ses mesures pour la renvoyer sous un autre prétexte affin de cacher ce
libertinage ; qu’à peine eut-elle pris la parole que le dit Guichard son mary se
mit dans un emportement furieux, prit un couteau et voulut l’en fraper, ce qu’il
auroit fait si elle ne s’étoit retirée d’auprès de luy, que voyant qu’il n’avoit pu
luy donner ce coup de couteau, il renversa la table où ils mangeoient, la prit à
deux mains et luy jetta sur le corps, qu’avec la force dont il luy jetta cette table,
la dite table s’est cassée en deux sur son corps, dont elle étoit toute meurtrie,
et comme il continuoit ses excès, […] elle se mit à crier à son secours, que
plusieurs locataires de la maison vinrent à son secours et se mirent au-devant
de luy pour l’empescher d’exécutter les menaces qu’il faisoit de la tuer […].
4. Extraits de la plainte d’Élisabeth de Lesval à l’encontre de son mari en
date du 13 novembre 1721.
[Le dimanche 12 octobre la plaignante étant retournée chez elle après avoir
déposé la plainte ci-dessus, son mari la traita encore indignement, lui disant]

28

« qu’il ne vouloit plus habiter avec elle, et qu’elle n’avoit qu’à s’en aller
coucher au grenier […] que pour éviter la fureur du dit sieur son mary et luy
marquer une entière soumission, elle fut sur les onze heures de nuit coucher
au grenier où elle avoit couché jusques au dit jour 13 novembre, et dans lequel
la dite Nanette servante la venoit enfermer la nuit, que le dit sieur son époux
n’a jamais voulu la voir depuis et l’a menacé tous les jours de luy casser les
bras et les jambes si elle ne vouloit point s’en aller […] et qu’elle a souffert
avec patience, espérant que sa complaisance et sa douceur le feroit revenir à
luy, mais elle avoit la douleur de voir qu’au lieu d’être traittée humainement
[il la maltraitait encore plus, au point que sa vie n’étoit plus en sûreté].
Pourquoy elle avoit rendu la dite plainte et déclaré qu’elle alloit se retirer dans
la communauté de l’Union chrestienne, rue de la Lune près Bonnes nouvelles
pour se pourvoir par les voyes de droit en séparation de corps et d’habitation
d’avec le dit sieur Guichard son mary […].

29

ANNEXE 2

Testament de Madame Durey de Meinières88

[Fo 1] Introduction à mon testament
Cecy contient mes dernières volontés s’il m’est permis de les énoncer, et
d’espérer qu’elles seront exécutées.
Je suis née dans la religion catholique, et j’y mourrai fidelle autant qu’il
dépendra de moi d’observer ce qu’elle commande. J’implore la miséricorde de Dieu
pour moi et pour mes compatriotes.
Je ne suis, et ne puis guères être instruite, dans ma position isolée, des formes
prescrites par le nouveau gouvernement ; mais je crois qu’elles ont la justice et
l’humanité pour base89. J’ai entendu dire qu’une loy récente deffendoit à tout
testateur de disposer au-delà du sixième de son bien en legs particuliers, et qu’elle
apelloit tous les héritiers du mort, sellon leur degré de parenté, au partage de sa
succession90. Je suppose que cette loi ne regarde que les biens fonds, en maisons, et
en terres. Autrement je la crois inapplicable aux effets que je délaisserai en mourant.

88

Ce testament est conservé dans les minutes du notaire Charles-François Drugeon (1er ventôse an XIII 20 février 1805, M.C., XLVI, 650).

89

Le testament (indépendamment des codicilles) est daté du premier nivôse an six de la république (21
décembre 1797).Le gouvernement auquel se réfère la présidente de Meinières est donc le Directoire.
Installé depuis le 26 octobre 1795 (4 brumaire an IV), il devait durer jusqu’au 9 novembre 1799.

90

La loi de la Convention du 17 nivôse an II (6 janvier 1794) relative aux donations et successions ne
permettait de tester qu’au profit d’un membre de la famille, et instituait l’égalité absolue entre les
héritiers. Elle permettait toutefois au testateur de disposer du dixième de son bien, s’il avait des héritiers
en ligne directe, ou du sixième, s’il n’avait que des héritiers collatéraux, au profit d’autres que les
personnes appelées par la loi au partage des successions (article 16). N’ayant pas eu d’enfants, Mme de
Meinières est donc autorisée à disposer du sixième de son bien.

30

Ils consistent, pour la plus grande partie, en rentes viagères, et en mobiliers. Le reste
est en rentes perpétuelles, mais semblent devoir être regardées comme suite de mon
mobilier puisque les opérations de finance du gouvernement ne les respectent pas, et
en disposent souverainement91.
Avec cette nature de biens, il m’est impossible d’aprécier à quoi se montera,
après moi, le sixième des meubles, des hardes, des revenus à écheoir, ou échus, enfin
les dettes que je pourrai avoir contractées. Comment devinerois-je à présent, si les
différends effets que je léguerai à mes amis, aux gens à qui j’aurai des obligations,
aux pauvres, à d’anciens domestiques, atteindront, ou excèderont ce sixième, dans le
cas où la totalité seroit immobilisée, contre toute raison ? Sai-je ce que vaudront alors
des meubles meublants, plus ou moins usés, des porcelaines, des tabatières de
fantaisie, des dentelles, des robes, du linge &c. que je distribuerois à diverses
personnes ? donner et retenir ne vaux92, dit le proverbe. La loi dont il s’agit m’ôteroit
donc de fait, le droit qu’elle laisse de disposer du sixième de ce qu’on possède en
mourant ? Elle ne doit donc raisonnablement [f° 2] réserver les cinq autres sixièmes
aux héritiers naturels du testateur que sur les biens en terres, en maisons, et non sur
des portraits, des vêtements, des choses fragiles, et d’une valeur arbitraire.
O ! Législateurs suprêmes, et vous Ministres de leurs décrets, daignez
distinguer d’un riche malveillant, agioteur monopoleur qui accumule toute sa fortune
en numéraire pour la grossir journellement, ou en effets précieux qu’il achette à bon
marché pour les revendre cher93, d’une vieille femme honnête, pauvre, qui n’a jamais

91

Sur la reconnaissance de la dette de l’Ancien Régime par le gouvernement révolutionnaire voir note 112.

92

Souligné dans le texte

93

Mme de Meinières se défend ici de faire partie de ces citoyens honnis des révolutionnaires, qu’on a aussi
appelés « accapareurs ». L’agioteur, ou accapareur d’argent, spécule sur la monnaie et sur la hausse et la

31

eu de patrimoine, qui doit le peu de revenu dont elle jouit, à ses travaux littéraires,
aux pensions qu’ils avoient méritées94 et dont la première législature95 l’a dépouillée,
et à son douaire dont elle n’est pas payée par le gouvernement96. Laissez-lui, à cette
infortunée presqu’octogénaire97, la consolation, à sa dernière heure de choisir les
légataires des bagatelles qui lui resteront. Elle s’abandonne avec confiance à la
justice éclairée que le peuple français attend de vous. Vous n’ignorez pas qu’il n’est
point de loi sans exception et que souvent la lettre tue, tandis que l’esprit vivifie.
D’après ces observations qui me paroissent devoir être érigées en principes,
j’en ajoute encore d’autres relativement au partage d’une succession entre tous les
héritiers habiles à succéder, suivant la loi, qui ne permet pas au testateur d’en préférer
parmi ses collatéraux. Il y a trente-cinq ans, au moins, que je n’ai vu, ni entendu
parler de mes parens paternels. J’ignore s’il m’en reste, ni combien, ni à quel degré

baisse des effets royaux ou publics, billets, lettres de change, papiers de crédit. Voir Michel Vovelle, Les
Mots de la Révolution, P. U. du Mirail, 2004, article « Accapareur-Agioteur », p. 3.
94

En février 1763, grâce à Mme de Pompadour à qui Quesnay l’avait recommandée, elle avait obtenu une
pension de 1200 livres sur le Mercure de France pour sa traduction de l’Histoire d'Angleterre contenant la
maison de Tudor de Hume (voir note 147). Par la suite, Louis XV lui avait accordé une seconde pension de
1200 livres (voir note 147).
95

L’Assemblée législative (octobre 1791-septembre 1792).

96

Le douaire est ce que le mari donne à sa femme en faveur du mariage qu'il contracte avec elle, et pour
en jouir si elle lui survit. Le contrat de mariage d’Octavie Guichard veuve Belot avec le président Durey de
Meinières (6 septembre 1765) portait que les époux étaient non communs en biens. Le président de
Meinières constituait à sa femme un douaire de 2500 livres de rentes viagères sur les États de Bourgogne.
L’acte ne se trouve pas dans la liasse, mais nous en avons un résumé dans le « compte d’exécution
testamentaires rendu par M. Desjobert à la succession de M. de Meinières », 24 août 1786, M.C., CVIII,
720, minutes de Guillaume Gibert (voir note 65).
97

Elle était née le 3 mars 1719, et était donc âgée de 78 ans et 9 mois.

32

il m’en reste. Ma mère, née noble98, fit un mariage de belle passion99 ; mon père cessa
d’y répondre ; eut des maîtresses, et des procédés violents ; elle s’en plaignit, implora
la justice, fut séparée de corps et de biens d’avec son mari, et m’éleva entièrement à
sa charge, pour me conserver auprès d’elle100. [F° 3] Je conclus de l’abandon de mes
parens paternels que je leur suis et leur ai toujours été indiférente ; qu’ils n’ont pas
eu besoin de moi, ni présumé que j’eusse besoin d’eux dans les tems heureux et
malheureux de ma vie, très orageuse, ou qu’ils n’existent plus.
S’il s’en présente, par hazard, est-il juste qu’ils s’emparent de ma dépouille au
préjudice de mes parents maternels, qui m’ont rendus des soins constants et accordés
des secours généreux ? Je me plais à penser que mes parents paternels, sachant que
je n’ai pas même eu une légitime101 de mon père, qui aima mieux le plaisir que sa
fille, seront assez judicieux et assez riches, pour ne pas réclamer ma succession, et
ne pas s’opposer à l’exécution de mes dernières volontés. S’ils s’y opposent et
veulent la réduire à rien pour chacun d’eux en la divisant entre tous, j’invoque la
décision de la puissance législative102.

98

La mère de Mme de Meinières, Marie-Élisabeth de Lesval (1680 ?-10 juin 1758), était issue d’une famille
de la noblesse bourguignonne. Ses parents, Jean-Guy de Lesval, écuyer, sieur de Saint-Martin, et MarieÉlisabeth L’Admiral, résidaient à Corpeau (à 16 km de Beaune). Leur devise était Stat virtus nixa fide, la
vertu se maintient appuyée par la foi (Comte O. de Bessas de la Mégie, Légendaire de la noblesse de France,
Paris, MDCCCLXV).
99

Elle avait épousé en premières noces Michel-François Guichard, père de Mme de Meinières (11
décembre 1712, M.C., LXXVIII, 553, minutes de Claude-Jean-Baptiste Dejean). Après la mort de ce dernier
(entre 1738 et 1742), elle se remaria avec Antoine-Hercule de Michault de Feuquerolles, chevalier de SaintLouis et commandeur de Saint-Lazare (21 juin 1742, M.C., X, 460, minutes de Louis de La Fosse).
100

La sentence de séparation de corps fut prononcée le 17 avril 1722 (A.N., Y 9008, Sentences rendues en
la chambre du conseil du Châtelet de Paris). Elle avait été précédée d’une sentence de séparation de biens
le 2 décembre 1715 (A.N., Y 8997).

101

La portion que la loi attribue aux enfants sur les biens de leurs pères et de leurs mères.

102

Ici se termine l’introduction de son testament.

33

En espérant qu’elle validera mes dispositions, j’institue pour mes seuls
héritiers les enfants du feu citoyen Gaignarre, ci-devant Baron de Joursanvault103,
mon cousin issu de germain, demeurants à Beaune département de la Côte d’or, sous
la tutelle de leur mère. Je connois assez la probité et la bonté de cette vertueuse tutrice
pour être sûre qu’en recueillant le peu que je laisse à son fils, mon filleul, et à sa fille,
elle acquiteroit à ses propres dépens les legs particuliers que je vais faire104.
Je donne et lègue aux pauvres vieillards et vieilles habitants Chaillot105, à
partager avec les pauvres familles chargées d’enfants du même lieu, la somme, une
fois payée, de douze cent livres, en numéraire, ou valeur égale et réelle106.

103

Jean-Baptiste-Anne-Geneviève Gaignarre de Lesval de Joursanvault (1748-1792) était le fils d’une
cousine germaine de Madame de Meinières, Anne-Philiberte de Lesval de Saint-Martin, et de Claude
Alexandre-Gaignarre de Joursanvault. Mme de Meinières est donc sa « tante à la mode de Bourgogne »,
ainsi qu’elle est désignée dans son inventaire après décès (M.C., VIII, 1345, 17 ventôse an 13, minutes
d’Auguste de Faucompret). Le baron de Joursanvault n’était pas n’importe qui. Franc-maçon, grand
collectionneur, amateur d’art passionné, il fut le mécène du sculpteur Pierre-Paul Prudhon. E. et J. de
Goncourt évoquent avec admiration cette « belle et noble figure d’amateur provincial» (L’Art du dixhuitième siècle, 1874, II, p. 399). Il était mort à 45 ans à peine, le 17 octobre 1792, à Châlons-sur-Saône
«dans l'hôtel du Cheval blanc, où il s'était réfugié. Il était alors à peu près ruiné » (Charles Clément,
Prud'hon sa vie, ses œuvres et sa correspondance, 1872, p. 77, note). Sur cette gloire locale, voir Louis
Morand, Le Bon de Joursanvault et les artistes bourguignons, Prud'hon, Gagneraux, Naigeon, Beaune,
1883). Toute la famille de Lesval était éteinte, le baron de Joursanvault, dernier survivant, ayant disparu
au début de la Révolution. Seuls demeuraient ses deux jeunes enfants, Hermenegilde-Joseph-AlexandreGuillaume, né le 17 juin 1787 à Beaune (AD Côtes d’or en ligne), dont Mme de Meinières était la marraine,
et Pétronille-Agathe-Jeanne, née le 8 octobre 1789.
104

Le musée des Beaux-arts de Beaune conserve un très joli buste en terre crue de la baronne de
Joursanvault, née Agathe-Rose de Fuligny d’Ambrun, par Prudhon.

105

Ce testament est écrit à Chaillot, où M. et Mme Durey de Meinières vinrent habiter en 1769, et où le
président était mort le 26 septembre 1785. Ils y occupaient deux pavillons appartenant aux religieuses du
monastère de la Visitation de Sainte-Marie de Chaillot (voir le contrat de bail à vie, M.C., XXIII, 701, 29 juin
1769, minutes de Pierre-Louis Laideguive). L’habitation comprenait, outre les pavillons, un jardin
dépendant du monastère.
106

Ce legs de 1200 livres aux pauvres habitants de Chaillot est le seul dont nous ayons trouvé la preuve
qu’il fut payé (14 juillet 1806, M.C., XLVI, 657, minutes de Charles-François Drugeon). Voir note 79.

34

[F° 4] Je donne et lègue la somme une fois payée de trois cent livres en
numéraire, ou valeur égale et réelle, à plusieurs pauvres ci-devant religieuses
capucines, vivant ensemble grande rue de Chaillot, n° 138107.
Je donne et lègue sept cent livres, une fois payée en numéraire, ou valeur égale
et réelle aux administrateurs des frais du culte catholique de la paroisse St- Pierre de
Chaillot, pour aider à libérer ce qui pourroit être encore dû des avances faites pour
réparer l’église, et la pourvoir des choses nécessaires aud. culte, dans le cas où le
culte catholique y seroit libre et permis.
Je donne et lègue à la citoyenne Molard, née Vager, femme d’un chirurgien de
l’armée républicaine, et ma filleule108, la somme une fois payée en numéraire, ou
valeur égale et réelle, de mille livres109.
Je donne et lègue en commun à la citoyenne, femme de Michel Foin, tenant un
caffé à la Chapelle, près St-Denis, et à Nanette Regnier, fille de Martin Regnier
autrefois mon domestique, toutes deux attachées anciennement au service de ma
personne, ma garde-robe, linge et habillement, excepté le linge de lit et de table,
excepté encore ce que j’en distrairai cy-après. Je nomme le citoyen Blinois110,
cabarretier au bas de Passy, près la grille des nouvelles eaux, oncle de la de Nanette
Regnier pour recueillir les effets par moi légués à sa nièce, dans le cas où elle seroit
107

En marge : « 300lt ».

108

Octavie-Adélaïde Waget, veuve Mollard (1747-1825) était la fille d’un contrôleur des fermes et la filleule
de Mme de Meinières (voir « Notoriété après le décès de Mme Veuve Mollard », 20 juillet 1825, M.C.,
XXIV, 1222, minutes de Louis-Auguste Lahure). Son mari, Jean-Baptiste Mollard, avait été chirurgien du
baron de Breteuil, ambassadeur extraordinaire du roi auprès de leurs majestés impériales, avant de servir
comme chirurgien-major dans l’armée républicaine (A.N., Y 5080 A).
109

En marge : « 1000lt ». Les quatre lignes concernant « la citoyenne Molard » sont barrées en croix. Les
mots « Je suprime ce legs-là » ont été ajoutés à côté, sans doute beaucoup plus tard, comme l’indique le
changement d’écriture, mais rien n’indique le motif ni la date de cette suppression.

110

Ce mot est souligné.

35

absente ainsi que son père. J’entends que ma garde-robe sera estimée et même
vendue pour en faciliter le partage entre mes deux légataires, sauf à chacune d’elle à
prendre en nature, au prix de l’estimation, ce qui pourra leur convenir, et en s’en
tenant compte réciproquement111.
Je donne et lègue à la citoyenne Le Plat, cy-devant ma femme de chambre, et
depuis logeant chez moi, la somme de trois cent livres une fois payées, en numéraire
ou en valeur égale et réelle.
[F° 5] Je donne et lègue à Marie Conard, femme Frison, mon ancienne
cuisinière, élevée chez moi, la somme de huit cent livres, une fois payée, en
numéraire ou valeur égale et réelle indépendament d’un contract de soixante livre de
rente inscrit sur le grand livre, dont je lui ai transferré la propriété112. Cette
inscription, ou transfers doit lui être remis incessament. Elle en a mon billet de
garantie pour sa sûreté, dans le cas où je mourrois avant que le transfers lui fût délivré
par le citoyen le Crosnier113.

111

Tout le passage concernant le legs à la femme de Michel Foin et à Nanette Regnier est barré, et en
marge, est écrit de la même écriture que la suppression du legs à la citoyenne Molard : « Je suprime ce
legs. O. Guichard de Meinières ».

112

En marge : « 800lt». Le 24 août 1793 avait été créé le grand livre de la dette publique, qui reconnaissait
officiellement la dette de l'Ancien régime. Toute dette publique non viagère devait y être enregistrée par
ordre alphabétique des noms des créanciers. La loi du 23 floréal an 2 avait formé pour la dette publique
viagère un grand livre distinct de celui de la dette publique perpétuelle.

Michel-Louis Le Crosnier, liquidateur des rentes, cloître Saint-Merry (Almanach de Paris, 1791). Dans
l’inventaire après décès (f° 24), Michel Le Crosnier présente le samedi 25 ventôse la « copie informe d’une
inscription au grand livre de la dette publique de six-cent-quarante-quatre francs de revenu expédié au
profit de la d. deffunte, pour trois cent-quarante-huit francs comme propriétaire et pour deux-centquatre-vingt-seize francs en usufruit, dont la propriété appartiendrait pour cent-quatre-quatre-vingt-six
livres aux héritiers de Me Durey de Meinières, pour soixante francs à Marie-Geneviève Conard veuve de
François Frison, pour cinquante francs à Emmanuel-Gabriel de Milly, la d. inscription No 21551, vol. 36,
portant jouissance du premier vendémiaire de la présente année ».
113

36

Je donne et lègue à Charlotte Lecuyez, actuellement à mon service, en cas
qu’elle y soit encore lorsque je mourrai, la somme une fois payée, en numéraire ou
valeur égale et réelle, de deux cents livres, indépendament de ce qui pourroit lui être
dû alors de ses gages ou avances. J’ajoute à ce legs, celui du lit complet sur lequel
elle couche. Je réduis la récompence de toute autre femme qui succéderait à son
service dans ma maison à une année de gages de plus que ceux qu’elle gagneroit chez
moi114.
Je donne et lègue à mon jardinier huit cent livres, une fois payées, en
numéraire, ou valeur égale et réelle. Je ne lui donne à présent que son logement gratis,
en échange du soin qu’il prend de mon jardin à ses moments perdus115.
Je donne et lègue à la citoyenne Monnet, mon estimable amie, auteur applaudi
des Contes orientaux et de plusieurs pièces de théâtre116, la somme de mille livres
une fois payée, en numéraire, ou valeur égale et réelle, de plus un secrétaire en forme
de tombeau, fermant à secret, avec les papiers qu’il contient, tels que des lettres de
gens célèbres par l’esprit, Voltaire, Helvétius, La Condamine, Quinault &c. des
fragments d’ouvrages littéraires commencés, des pièces fugitives, en vers et en prose,
qui ne peuvent117 [f°6] servir qu’à l’amusement de la légataire ; de plus encor tous

114

En marge : « 200lt».

115

En marge : « Je suprime ce leg fait à Étienne. O. Guichard de Meinières ».

Mariette Moreau, dame Monnet (1752-1798), auteur des Contes orientaux, ou les Récits du sage Caleb,
voyageur persan (1779), de Histoire d’Abdal Mazour, suite des Contes orientaux […] (1784), et de
nombreux autres écrits, dont la comédie Les Montagnards, donnée le 24 vendémiaire an 2 (15 octobre
1793) « au théâtre national, maintenant réuni au théâtre de l’Égalité, ci-devant français » exalte sans
réserve les idéaux de la toute nouvelle république. La Décade philosophique lui consacra à sa mort un
article élogieux dans lequel elle souligne l’estime qu’eurent pour elle d’Alembert, Diderot, le poète Thomas
(Décade philosophique, an 7, n° 29, p. 119). Son mari, Antoine-Grimoald Monnet, fut un minéralogiste
renommé.
116

117

Tout le passage commençant à « Je donne et lègue à la citoyenne Monnet » et finissant à « qui ne
peuvent » est raturé. En marge la mention « J’approuve la rature ci-contre. Ce legs est devenu caduque

37

les Romans et journeaux qui se trouveront épars ou rassemblés chez moi, et pourront
lui fournir des sujets drammatiques, ou du moins amuser ses loisirs118.
Je donne et lègue au citoyen Drugeon, mon notaire, douze cent livres en
numéraire ou valeur égale et réelle, que je crois lui devoir, au moins, pour acquitter
des frais d’actes et d’avances, dans le cours des soins qu’il a bien voulu prendre de
mes affaires, et qu’il prendra pour mon inventaire119.
Je déclare et reconnois que les deux grands vases de porcelaine du Japon
montés en or moulu placés sur la cheminée de ma chambre à coucher, appartiennent
à la citoyenne Servandoni d’Hanetaire, femme divorcée du citoyen Larive, acteur de
la comédie françoise ; qu’elle m’en a payé la valeur sans vouloir recevoir de moi ni
billet ni quittance ni engagement quelconque, et qu’elle a persévéré à m’en laisser la
jouissance, pour que le sacrifice que j’en faisois à ma situation ne parût pas, et me
fût moins sensible. Si la propriété de ces vases lui pouvoit être disputée faute par la
de citoyenne de représenter un titre, mon testament lui en servira, car alors je les lui
donne en forme de legs, si ce n’est en forme de dette120.

par la mort de la citoyenne Monnet arrivée au mois de Brumaire an 7e de la république. O. Guichard
Meinières ».
118

Tout le passage commençant à « servir » et finissant à « ses loisirs » est raturé. En marge la mention
« J’approuve la rature cy-contre, suite de celle de l’autre part. O. Guichard Meinières le 26 brumaire an
7».
119

Charles-François Drugeon, notaire à Paris du 19 janvier 1788 au 18 avril 1811 (M.C., étude XLVI). En
marge : « 1200 ».

120

Eugénie Servandoni d’Hannetaire, dite Eugénie d'Hannetaire (1746-1816), est une actrice française, fille
du comédien et directeur de théâtre de Bruxelles Jean-Nicolas Servandoni d'Hannetaire et de la
comédienne Marguerite Huet. Elle avait épousé le comédien Jean Mauduit, dit Larive, dont elle divorça
après vingt ans de mariage. Le prince de Ligne lui avait dédié ses Lettres à Eugénie sur les spectacles (1774).
Ces vases sont décrits dans l’inventaire avec la mention : « Deux vases en porcelaine du Japon, et avec
ornements en cuivre doré » (et non en or). Ils ne sont pas estimés, « attendu qu’il est à la connaissance
des parties qu’ils appartiennent à Made Servandoni d’Hannetaire, fe divorcée Larive»(f° 8).

38

Je donne et lègue à la citoyenne Boutinon de Courcelles121, rue de Gramont122,
mon ancienne aimable amie, tous les petits tableaux peints en mignature par le vieux
cher de Valori123, nôtre ami commun, y compris le portrait de feu l’auteur, et qui sont
épars dans mon appartement. Je la prie d’accepter encor, et de placer dans le jardin
de sa maison, le portrait de feu mon mari et le mien, en statue de terre cuite,
représentant [f° 7] Baucis et Philémon. Ils sont l’emblème de l’union qui existoit
entre Monsieur de Meinières et moi, ils deviendront un monument de mon amitié
pour ma légataire et de la confiance que j’ai dans la sienne pour moi. Ces statues
seront transportées chez elle aux frais de ma succession124.

121

Madame Boutinon de Courcelles, née Louise-Charlotte-Françoise de Valmalette de Morsan (17401822). C’est la mère de Mme de Guibert et la grand-mère de Mme de Villeneuve (voir ci-dessous notes
143 et 144). Son mari, Louis-Marie-Marc-Antoine de Bout(h)inon de Courcelles (1720-1790) était le beaufrère du fermier général La Pouplinière, qui avait été longtemps le protecteur de Mme de Meinières.

122

« Cette famille demeurait alors […] dans une même maison, qui lui appartenait, rue de Grammont. […]
Au rez-de-chaussée, c’était madame de Courcelles, mère de madame de Guibert ; au premier, madame de
Guibert mère de madame de Villeneuve, au deuxième M. et madame René de Villeneuve avec leurs
enfants.» (George Sand, Histoire de ma vie, troisième partie, chapitre 2).)

123

Jules-Hippolyte de Valory (1696-1785), chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, ancien
capitaine de grenadiers au régiment de la marine, académicien honoraire des académies de peinture et
de sculpture, mort au château de Bourgneuf à Étampes le 25 mars dans sa 88e année (Journal politique, ou
Gazette des gazettes, 1785, p. 82). Valory était non seulement l’ami de Mme de Meinières, mais aussi celui
de Mme d’Épinay. Rousseau l’évoque dans ses Confessions.

124

C’est un souvenir à valeur uniquement sentimentale que Mme de Meinières lègue à son amie. Dans
son inventaire après décès, ces figures en terre cuite sont prisées 3 francs (f° 5).

39

Je donne et lègue à la citoyenne Le Roux de la Ville, femme du citoyen
Benoist125, une robe de perse fond blanc et son jupon, à dessin courant de roses126 ;
de plus, deux ajustements complets, garniture, manchettes à trois rangs, et fichus de
poinct avec un autre ajustement complet aussi, de dentelle d’Angleterre, tous trois
dans un même grand carton. Elle parera ce qui me paroit, et se souviendra au moins
pendant sa toilette de quelqu’un qui l’aima et l’estima beaucoup. J’ajoute à ce legs
un secrétaire en tombeau et les manuscrits qu’il contient127.
Je donne et lègue au citoyen Belot, mon plus ancien ami et fils d’un premier
mariage de mon premier mari128, les deux portraits en pastel de Monsieur de
Meinières, mon second mari, celui du feu Cardinal de Bernis129, celui de feue
125

Marie-Guilhelmine Le Roulx de la Ville (ou De La Ville Leroulx) (1768-1826), épouse Benoist, artiste
peintre de l’époque révolutionnaire, élève de Madame Vigée Le Brun et de David. Sa toile « Portrait d’une
négresse » (1800), la rendit célèbre. Sa sœur cadette Élisabeth (1770-1842) était également artiste peintre.
Filles de René Le Roulx de La Ville (1743-1797), qui avait été ministre des finances de Louis XVI, elles étaient
proches de la famille Vallet de Villeneuve. Leur oncle Joseph-Louis le Roulx de la Ville (1747-1803), avait
en effet épousé en 1796 Madeleine-Suzanne Dupin de Francueil, veuve de Pierre-Armand Vallet de
Villeneuve, et mère de René de Villeneuve, jeune mari de « la citoyenne Villeneuve, fille de la citoyenne
Guibert » (voir ci-dessous note 143). Le mari de Guilhelmine, Pierre-Vincent Benoist (1758-1834) fut un
homme politique important sous la Restauration. Charles X lui conféra le titre de comte. Voir sur cette
artiste oubliée Marie-Juliette Ballot, Une élève de David. La comtesse Benoist, l’Émilie de Dumoustier
(1768-1826), Paris, 1914.
126

Cette robe, décrite exactement de la même manière, est prisée 15 francs dans l’inventaire (f° 17).

127

Ce legs était primitivement destiné à la citoyenne Monnet, décédée (voir notes 116-117). La ligne a été
rajoutée.

128

Marie-Philippe-Auguste Belot (2 mai 1733-3 février 1803), commença par exercer la profession
d’avocat. Les Mémoires secrets de Bachaumont l’évoquent à plusieurs reprises comme l’un des avocats
plaideurs pour les souscripteurs de l’Encyclopédie, et font l’éloge de son talent. Pendant la Révolution il
devint juge au tribunal de grande instance de la Seine. Belot fut franc-maçon, successivement à la loge des
Frères unis de Saint-Henri et à la loge du Centre des amis. Cette dernière loge était composée à 40 %
d’hommes de loi acquis aux valeurs révolutionnaires. Il a 64 ans quand Octavie commence la rédaction de
son testament et mourra en 1803 peu avant qu’elle en écrive le dernier codicille. Peut-être n’a-t-elle pas
appris cette disparition, car le legs n’est pas supprimé. Sur Belot, voir ci-dessus note 47 et Fichier Bossu
(23), fichier biographique du fonds maçonnique, en ligne sur Gallica.
129

François-Joachim de Pierres, abbé de Bernis (1715-1794), ministre des affaires étrangères, cardinal et
ambassadeur à Rome. Son portrait avait été légué à Madame de Meinières par Madame Doublet (voir

40

Madame de Pompadour ; ces deux derniers tableaux font un chapitre de l’histoire de
France. J’ajoute à ces legs un service de porcelaine de Monsieur130, composé de
douze assiettes, de huit compotiers, et une corbeille à fruits ; plus deux petits
flambeaux dorés d’or moulu orné de quatre chaînes en forme de perles.
Je donne et lègue au citoyen Boutinot, demeurant à la pompe à feu de
Chaillot131 un grand tableau représentant le portique d’Athènes, excélente copie de
l’original qui est à Rome, peint à fresque132.
Je donne et lègue à la citoyenne Victorine Mahé de la Bourdonnais133, à
Eaubonne par Sannoy, un petit médaillon émaillé, représentant d’un coté le portrait
[f° 8] de feue Madame de Bourneville, sa parente et ma belle-fille134, de l’autre un
petit chien ; plus mes ciseaux à lame d’or, et un de lame d’acier garni d’or, dans le

testament de cette dernière, codicille du 18 avril 1769, M.C., II, 650 bis, 26 mai 1771, minutes de Claude
Quatremère).
130

Ce mot est souligné. S’il s’agit bien du comte de Provence, frère de Louis XVI et futur Louis XVIII, Mme
de Meinières tient peut-être ce service du chevalier d’Arcq, qui fut de 1772 à 1775 « premier fauconnier
et chef des oiseaux du cabinet » du comte de Provence auquel il était apparenté par les liens du sang. Cela
impliquerait qu’elle soit restée amie avec lui après son mariage avec le président de Meinières.

131

Fameuse machine destinée à alimenter en eau les fontaines de Paris, construite par les frères Perrier
en 1778. Michel Boutinot, architecte préposé à la pompe à feu.
L’École d’Athènes, fresque réalisée par Raphaël entre 1509 et 1512 pour les appartements de Jules II au
palais du Vatican. Prisée 6 francs dans l’inventaire (f° 7).

132

133

Victorine Mahé du Coudray de la Bourdonnais, de son vrai prénom Marie-Victoire (1777-1866)
appartenait à la famille du célèbre marin breton Bertrand-François Mahé de la Bourdonnais, dont son
grand-père Pierre-François était le cousin germain. Elle devait épouser le lieutenant général comte
Philippe-Henri de Grimoard (1753-1815), qui fut le précepteur militaire des ducs d’Angoulême et de Berry.
Elle mourut au château de Bagatelle à l’âge de 89 ans (Borel d’Hauterive, Annuaire de la noblesse de France
et des maisons souveraines de l’Europe, 1867, p. 330).

134

Madame de Bourneville (1736-après 1789) était la belle-fille par alliance de Mme Durey de Meinières.
Née Marie-Louise-Françoise Durey de Noinville, elle avait en effet épousé en secondes noces son cousin
Antoine-Jean-Baptiste Durey de Bourneville, fils unique du président de Meinières. Elle est apparentée à
Victorine Mahé de La Bourdonnais, par son frère Alphonse-Louis-Bernard Durey de Noinville (1738-1818)
qui avait épousé une demoiselle Tabary dont la mère était une Mahé de la Bourdonnais.

41

même étui, mon dez d’or dans son étui à aiguilles. Enfin je la prie d’être dépositaire
d’une tabatière ronde doublée d’or, sur laquelle est le portrait de feue Madame de la
Tour135, et de la remettre à Aglaé de Pontcarré136, lorsque cette jeune personne, son
ancienne compagne au couvent137, sera de retour à Paris138. Je la charge de partager
avec Pauline et Joséphine139 les legs que je lui fais, j’y ajoute mes deux montres et
chaînes d’or140.

135

Madame de la Tour (1731-1780), née Marie-Madeleine d’Aligre, nièce du président de Meinières (fille
de sa sœur Marie-Louise Adélaïde et d’Étienne-Claude d’Aligre) et femme de Charles-Jean-Baptiste des
Gallois de la Tour (1715-1802), premier président du parlement d’Aix. Sa fille, Madeleine des Gallois de la
Tour (1749-1782) avait épousé Louis-François-Élie Camus de Pontcarré (1746-1810), dernier des premiers
présidents au parlement de Normandie.
136

Louise-Charlotte-Aglaé Camus de Pontcarré, future marquise d’Aligre (1776-1843), fille de Madeleine
des Gallois de la Tour et de Louis-François-Élie Camus de Pontcarré (voir note précédente), était la petitefille de Madame de la Tour. Elle était alors âgée de 21 ans passés. Elle devait épouser en 1810 son oncle à
la mode de Bretagne Étienne-Jean-François marquis d’Aligre (1770-1847) et devenir une des plus illustres
philanthropes du XIXe siècle. Voir A.P. Chalons d'Argé, Mme la marquise d'Aligre, sa vie, ses fondations, sa
mort, Paris 1847.
137

Les deux jeunes filles avaient été élevées au couvent de la Visitation de Chaillot, détruit en 1790, comme
Pauline et Joséphine de Noinville (voir ci-dessous note 139).

138

À la Révolution, son père l’avait emmenée avec lui en émigration à Londres, où elle vécut jusqu’en 1795.
Au moment où Mme de Meinières écrit son testament, Aglaé se trouvait au château de Saint-Aubin-surLoire chez son grand-père maternel, le président des Gallois de la Tour. Elle devait y rester jusqu’à la mort
de ce dernier en 1802. Elle alla alors habiter chez son père, qui était revenu de Londres en 1801 (Max
Boirot, «Saint-Aubin sur Loire », Bulletin de la Société d’émulation du Bourbonnais, tome 41, 1938, p. 101137).
139

Ambroisine-Jeanne-Pauline (1777-1863) et Anne-Perrine-Joséphine (1779-1842) Durey de Noinville,
âgées respectivement de 20 et 18 ans, toutes deux filles d’Alphonse-Louis-Bernard Durey de Noinville et
de Marie-Françoise-Renée Tabary (voir ci-dessus note 134). À l’époque où Mme de Meinières rédige son
testament, la famille Durey de Noinville, émigrée dès le début de la Révolution, n’est pas encore rentrée
en France. Elle n’y revint qu’en 1800, comme en témoignent les Souvenirs d’une octogénaire de Pauline
de Noinville (reproduits par Jacques Dinfreville sous le titre « Les Émigrés pendant la Révolution », Écrits
de Paris, janvier 1973, p. 59-73, et février 1973, p. 76-86 (voir ci-dessus note 84). Pauline et Joséphine
n’eurent pas la chance de Victorine et d’Aglaé. Elles ne se marièrent point.
140

Ajouté après coup en marge : « J’ai fait passer le portrait de Made de la Tour et la boite à sa destination.
Victorine en sera dispensée. O Guichard Ve Meinières. » Le legs confié à Victorine a été ajouté après coup,
sans doute lorsque Mme de Meinières a appris le retour d’Aglaé en France. L’ensemble des objets légués
aux trois jeunes filles, Victorine Mahé de la Bourdonnais, et Pauline et Joséphine Durey de Noinville,

42

Je donne et lègue à mon ancienne et tendre amie Charlote Helvétius, femme
divorcée du ci-devant comte de Mun, les portraits en pastel de feu son illustre père
Helvétius, et celui de sa veuve ; plus tous les petits pots, écuelle, tasses de porcelaine
différentes qui sont sur la cheminée de ma chambre à coucher, entr’autres un beau
gobelet à chocolat et sa soucoupe de porcelaine de Sèves141 ; plus deux petits
flambeaux dorés d’or moulu, représentant une caisse d’oranger sur une table
ronde142.
Je donne et lègue à la citoyenne Villeneuve143, fille de la citoyenne Guibert144,
rue de Gramont deux figures en biscuit de Sèves, représentant deux muses : c’est lui
laisser allégoriquement le portrait de sa spirituelle maman, et le sien145.

forment un ensemble de valeur. Les deux montres valent respectivement 240 et 160 francs (inventaire, f°
12).
141

Ancien nom de Sèvres.

142

Le legs à Charlotte Helvétius est barré en croix, et la note suivante est ajoutée en marge : « Ce legs est
devenu caduc par la mort de Made de Mun ». La fille aînée d’Helvétius, Élisabeth-Charlotte (1752-1799),
qui avait épousé le comte Alexandre-François de Mun en 1772 et en avait divorcé pendant la Révolution
en 1793 (voir Correspondance générale d’Helvétius, IV, p. 218-219), était morte le 16 germinal an 7 (5 avril
1799).
143

La citoyenne Villeneuve est Appoline-Charlotte-Adélaïde de Guibert (1776-1852), fille de LouiseAlexandrine Boutinon de Courcelles et de Jacques-Antoine-Hippolyte comte de Guibert. Elle venait
d’épouser en 1795 René Vallet de Villeneuve, petit-fils de Dupin de Francueil, grand-père de George Sand.
À la date du présent testament, elle était déjà mère d’un enfant.
144

La citoyenne Guibert, mère de la citoyenne Villeneuve, était Louise-Alexandrine Boutinon des Hayes de
Courcelles (1758-1826), fille de Louis-Marc-Antoine Boutinon de Courcelles et de Louise-CharlotteFrançoise de Valmalette de Morsan (désignée ci-dessus comme « mon ancienne aimable amie », voir note
121). Elle avait épousé le comte de Guibert, militaire, écrivain, membre de l’Académie française, et célèbre
amant de Mlle de Lespinasse (voir note précédente). Femme de lettres elle-même, elle avait édité les
œuvres de son mari, y compris sa correspondance avec sa rivale, ce qui en choqua plus d’un. Le couple
Guibert était très lié au couple Durey de Meinières, et pour élaborer ses œuvres militaires, Guibert « avait
puisé une grande quantité de notes dans l’immense collection du président de Meinières » (Voir Ethel
Groffier, Le Stratège des lumières, le comte de Guibert (1743-1790), Paris, 2005.
145

George Sand a bien connu cette famille une génération plus tard, alors que Mme de Guibert était
arrière-grand- mère et Mme de Villeneuve grand-mère. Elle souligne le rapprochement des générations :
« Toutes ces femmes s’étant mariées très jeunes, et étant toutes jolies ou bien conservées, il était

43

Je donne et lègue à la citoyenne Chevigné demeurant à Oignons, sa campagne,
près de Senlis146, dix-huit vol. de l’histoire d’Angleterre, par M. Hume, dont j’ai
traduit la Maison de Tudor, et la maison de Plantagenet, contenant 12 vol. Les six
autres de la maison de Stuart, ayant été traduits et publiés les premiers par feu l’Abbé
Prevôt147 ; plus tous les ouvrages de M. Mercier, qui se trouveront parmi mes
livres148.
[F° 9] Je donne et lègue à la citoyenne Gengeme149 demeurant à Passy, rue de
la Paroisse, la somme de trois cent livres une fois payée, en numéraire ou valeur égale
et réelle150.
Je donne et lègue à la citoyenne Casteaux maintenant près de sa tante pour la
soigner à l’hospice des vieillards, faubourg St Laurent151 ce me semble, mon écritoire

impossible de deviner que madame de Villeneuve fût grand-mère et Madame de Guibert arrière-grandmère. » (Histoire de ma vie, troisième partie, chapitre 2, voir ci-dessus note 122). Au moment où Mme de
Meinières rédige ce testament, Mme de Guibert, née en 1758, mariée à 17 ans en 1775, a 39 ans, et Mme
de Villeneuve, née en 1776, mariée à 19 ans, en a 20. Quant à la grand-mère, Mme de Courcelles, née en
1740 et mariée à 17 ans en 1757, elle est âgée de 57 ans. Le legs fait à la citoyenne Villeneuve est estimé
9 francs (inventaire f° 9).
146

Adélaïde-Marie-Louise Titon de Villegenon (1737?-1804 ?) avait hérité de son père le château d’Ognon,
près de Senlis en 1758. Veuve de Bernard-Christophe marquis de Bragelongne en 1769, elle s’était
remariée en 1773 avec le comte Auguste-Charles-René de Chevigné (1737-1805).
Histoire d'Angleterre contenant la maison de Tudor, traduite de l'anglais par Madame Belot en 1763, et
Histoire d'Angleterre, contenant la maison de Plantagenet, traduite de l'anglais par Madame Belot en1765.
L’histoire de la maison des Stuarts avait déjà été traduite en 1760 par l’abbé Prévost. Il n’y a que 17
volumes dans l’inventaire, le tout prisé 15 francs (inventaire f° 15).

147

148

Louis-Sébastien Mercier (1740-1814), auteur dramatique, romancier et journaliste, le célèbre auteur
du Tableau de Paris.
149

Le nom s’écrit Gengemme.

150

En marge : « 300lt ».

Hospice du Saint-Nom-de-Jésus pour les vieillards construit en 1653 par Vincent de Paul dans le
faubourg Saint-Laurent.

151

44

d’argent, qui se trouvera dans une boîte de chagrin152. Je lui dois cette légère marque
de souvenir en reconnaissance des bons offices qu’elle m’a rendus, et de
l’attachement qu’elle m’a témoigné.
J’ajoute aux legs que j’ai faits ci-devant à Victorine Mahé de la Bourdonnaye
toutes mes tabatières sur lesquelles sont des portraits de famille en miniature153,
comme feu Monsieur de Meinières, mon mari ; Madame Durey sa mère ; Madame
Du Dognon sa petite-fille154 ainsi que Madame de la Tour sa nièce155, déjà léguée cidevant à la même Victorine, de plus je lui lègue ma tabatière d’or guillochée, et mon
étui d’or à cure-dents156.
Je donne et lègue à Le Grand, ancien valet de chambre de feu mon mari, la
somme une fois payée de cent écus, en numéraire ou valeur égale et réelle157. J’aurois
voulu et pû lui laisser d’avantage s’il avoit voulu rester à mon misérable service
quand il y est rentré, parce qu’alors je n’aurois pas pris une femme pour le remplacer,
et qu’il est juste de récompenser un peu. La disette de pain158 le força de retourner
travailler de son talent, à Paris.

152

« Un (sic) écritoire en chagrin noir garni de son encrier, sa poudrière, et de sa cuvette à éponge en
argent » prisé 40 francs (inventaire f° 13).

153

En tout l’inventaire mentionne 5 tabatières sur lesquelles sont des portraits de famille.

154

Marie-Marc (et non Marthe) de Pechpeyroux-Comminges, fille de Louise-Adélaïde Durey de Meinières
(1741-1819) et de Charles-Guillaume de Pechpeyroux-Comminges, comte de Guitaut. Elle avait épousé en
1777 Armand de Remond de Montmort, comte du Dognon. Elle est âgée d’une vingtaine d’années.

155

Voir note 135.

156

Cette dernière phrase ajoutée d’une autre encre. La tabatière en or guilloché est prisée 160 francs, et
l’étui d’or à cure-dents 60 francs (inventaire f° 13).

157

En marge : « 300 ». Un écu vaut 3 livres.

158

La disette de pain perdura jusqu’à 1793 au moins, date de la loi du maximum, qui fixait le prix du blé.

45

Je donne et lègue cent francs une fois payés en numéraire ou valeur égale
et réelle à la citoyenne Bertrand, ouvrière à Chaillot, qui a eu soin de mon triste
ménage, quand je me suis trouvée sans domestique159.
J’institue pour exécuteur de mon testament [f°10] le citoyen Le Crosnier160,
l’un de mes anciens amis, demeurant cloitre St Merry, vis-à-vis les consuls161. Il a
bien voulu se charger de faire la recette de mes rentes, après la mort du cit. Pointar162,
et de donner ses soins à la gestion de mon peu de fortune. J’attache à l’exécution de
mes dernières volontés expliquées ci-devant, un legs de douze cents livres une fois
payées, en numéraire ou valeur égale et réelle, et je donne et lègue à la citoyenne le
Crosnier, son épouse, un huilier d’argent, fait par le fameux Germain, orfèvre du
Roy163, que je la prie d’accepter164.
Je charge mon exécuteur testamentaire et les personnes qui seront près de moi
quand je mourrai de me faire ouvrir au moins l’estomac, pour me garantir d’être
enterrée vive. J’ay eu cette crainte toute ma vie, et justifiée par trop d’exemples.
Qu’on me permette une réflexion qui se présente à moi, et qui réprimera la
surprise de quelques personnes lorsqu’elles sauront que ma succession excède peut-

159

En marge : « 100 ».

160

Voir note 113.

161

La juridiction consulaire est une sorte de tribunal de commerce composé d’un juge et de quatre consuls.
Leur maison était située dans le cloître Saint-Merry.
162

Claude-Charles Pointard, avocat au Parlement (1745-1795). Ses papiers personnels, conservés aux
Archives nationales (26 AP), contiennent de nombreux billets autographes de Mme de Meinières,
concernant la gestion de ses biens.

163

Soit Pierre Germain (1647-1684), soit son fils François-Thomas Germain (1726-1791). Cet huilier est
mentionné dans la rubrique « argenterie » de l’inventaire et estimé à 179, 90 francs (f° 21).
164

Trois lignes rayées de manière à ce qu’il soit impossible de les lire, avec en marge la mention
« J’approuve la rature ci-contre. O. Guichard de Meinières. »

46

être ce qu’elles l’avoient appréciées. Elle pourroit être plus considérable, si j’avois
abusé de la fortune de mon mari. Il jouissoit de soixante mille livres de rentes, et moi
j’en avois deux mille cinq cent, lorsque nous nous unîmes. Si je n’avois rien mis de
mon revenu dans la dépense de sa maison, et j’y mettois douze cent livres ; si j’eusse
souffert qu’il supportât même les frais de mon entretien, comme étant le plus riche
de nous deux, sans comparaison ; si j’eusse placé annuellement mes deux mille cinq
cent livres en papiers royaux, et tiré ainsi les intérêts des intérêts [f° 11] pendant les
vingt années que nous avons vécus ensemble ; si on veut compter encor une seconde
pension de 1200lt que Louis XV m’avoit accordée165, dont j’ai joui deux ans avant sa
mort, la pension de 1500lt qui m’avoit été donnée par son successeur et que
l’assemblée constituante a supprimée166 ; ensuite le petit héritage de feue ma vieille
amie Mlle Pinard de 630lt de rentes viagères placées sur nos deux têtes, et une
cinquantaine de louis en argent167 ; je pourrois avoir légitimement plus de soixante
mille francs d’économies, que je n’ai pas. La crainte des brigands, auxquels mon
habitation m’expose, et qui m’ont déjà volée trois fois, m’a fait prendre la précaution
de dissimuler autour de moi ce qui me restoit en numéraire, en vaisselle d’argent et
en bijoux. J’ay donc crié misère avec exagération, pour me conserver les moyens de

165

Pour sa traduction de l’Histoire d’Angleterre de Hume (voir notes 94 et 147).

166

En 1788, trois ans après la mort de son mari, Louis XVI avait accordé à Madame de Meinières une
pension de 1500 livres « en considération des services de son mari, président au Parlement de Paris » (Etat
nominatif des pensions sur le trésor royal, tome second, 1790).
167

Marie-Françoise Pinard, décédée le 19 avril 1788 à Chaillot, chez la présidente de Meinières, qui
l’hébergeait depuis plusieurs années. Comme la vieille dame n’avait aucun parent, ce fut Mme de
Meinières qui fut sa légataire universelle (voir le procès-verbal de scellés dressé après sa mort, A.N.,
Chaillot Z2 554). Elle hérita en particulier d’un contrat de 630 livres de rentes viagères que CamilleFrançoise-Gabrielle d’Hautefort avait placé sur sa tête et celle de Mme de Meinières « dont jouirait
d’abord la demoiselle Pinard, et après son décès la dame de Meinières. » (M.C., II, 631, 31 octobre 1768,
minutes de Claude Quatremère).

47

faire quelque bien après moi. Si l’on ne m’avoit pas supposée à l’aumône, peut-être
m’y auroit-on mise en effet.
La suppression des pensions dont j’avois joui, le non payement de mon
douaire168, le gouvernement s’étant emparé des biens qui en sont grevés, le non
payement de mes autres revenus qui sont tous sur son grand livre169, m’ont réellement
obligée à des réformes sévères dans mes domestiques, en me réduisant à un seul170,
et dans toutes espèces de dépenses, afin d’entamer le moins possible, la ressource de
mes antiques épargnes. J’ai toujours été occupée du désir de ne pas laisser mes
domestiques sans récompense et les pauvres sans secours. J’espère qu’à la faveur de
toutes les privations que je me suis imposées ; d’après mon grand âge, qui m’annonce
une mort prochaine, d’après la promesse authentique des législatures, de respecter
les propriétés, d’en rendre garante la [f° 12] la loyauté françoise, ce que le
gouvernement me devra, en toute justice le jour de mon décès, et ce qui me restera
de mon mobilier de toute espèce pourront suffire à mes legs particuliers, et donner
une légère marque de mon tendre souvenir à mes jeunes héritiers Gagniare, ci-devant
Joursanvault171.
Fait à Chaillot ce premier nivos (sic) an sixième de la république,
ou 21 Xbre 1797, V(ieux). S(tyle).
Octavie Guichard Ve Meinières

168

Voir note 96.

169

Voir note 112.

170

En 1804, elle en avait pourtant deux.

171

En marge : « à Beaune ». L’expression « une légère marque » montre à la fois que Madame de
Meinières compte bien qu’il restera quelque chose à ses petits-cousins une fois les créanciers payés, et
qu’elle est parfaitement consciente que cet héritage sera modeste.

48

Je demande que le citoyen Drugeon notaire fasse mon inventaire, et que le
citoyen Duplessis, huissier priseur, s’il l’est encor, fasse la prisée des effets que je
délaisserai, comme il a fait celle de la succession de Monsieur de Meinières.
Je demande que la citoyenne Michel Foin, une de mes légataires, soit
gardienne du scellé qu’on mettra sur mes d(its). effets172, et à son deffaut, la
citoyenne Regnier, actuellement chez moi. Toutes deux sont honnêtes et vigilantes.
Je demande que le legs que je fais à Charlote Lécuyez, ma domestique, si elle
l’est encor à mon décès, lui soit délivré sur-le-champ, de préférence à tous, parce
qu’elle resteroit dans un extrême besoin sans ce secours. Ses bonnes qualités méritent
de l’en garantir.
Octavie Guichard, Ve Meinières
À Chaillot ce vingt-deux décembre mil sept cent quatre-vingt-dix-sept,
ou le deux nivos (sic), an 6e de la république françoise.

J’ajoute au legs ci-devant énoncé celui de deux petite bergères, ou fauteuils à
coussin de plumes couverts de velours d’Utrecht rouge pour que la de Charlotte
Lecuyez se souvienne de moi assise comme couchée et mette à son aise la chienne
que je laisserai à ses soins après moi.
Guichard Meinières
[F° 13] Je révoque, j’annule le legs de sept cent francs que j’ai fait, page quatre
de mon présent testament aux administrateurs des frais du culte catholique de la
paroisse St Pierre de Chaillot.

172

En marge : « Hélas ! morte avant moi ».

49

J’ai nommé ci-devant le citoyen Le Crosnier exécuteur de mon testament, et
je persiste à lui en confier l’exécution ; mais attendu que ses affaires personnelles,
son bureau, l’éloignement de sa demeure et de la mienne, pourroient ralentir les soins
que mes dernières dispositions exigent, je lui adjoints pour le seconder, l’aider, le
remplacer même, en cas de maladie, le citoyen Boutinot, employé à la tête des
ouvriers de la pompe à feu de Chaillot, et y demeurant. L’estime, la confiance qu’il
mérite et que j’ai pour lui, son activité, son intelligence en affaires, son voisinage des
pavillons que j’occupe achèvent de me tranquiliser sur l’exécution de mes dernières
volontés, dont son ancien attachement pour moi l’occupera avec zèle. Je voudrois
pouvoir lui marquer ma reconnoissance par une somme plus considérable que celle
de six cents francs effectifs que j’attache aux fonctions dont je le charge ici. Mais les
remboursements que le gouvernement m’a fait, en papiers, de tous mes fonds dont il
disposoit, ont réduits ma mince fortune à mon mobilier.
Je donne et lègue à la citoyenne Boutinot son épouse une petite caffetière
d’argent de deux tasses, en signe de souvenir, et [f° 14] d’amitié pour elle et son
mari. Je demande qu’une copie exacte de mon présent testament soit faite au dépens
de ma succession, et donnée au citoyen Boutinot pour le guider.
Fait à Chaillot ce douze nivôse an septième de la république françoise,
Octavie Guichard Ve Meinières173

J’ajoute aux legs que j’ai cy-devant fait à Charlotte L’Ecuyer deux chaises de
tapisserie de ma première antichambre, tous les ustenciles de cuisine qui y sont aussi,
poêle, poilon, écumoire &c. , toute la poterie en terre, les sceaux de bois et le crochet.

173

2 janvier 1799.

50

Plus l’armoire vuide qui contient mon linge de lit et de table174 ; plus quatre paires
de draps de domestiques.
Guichard Meinières
Ce 8 frimaire an 8e de la république175

Je rétablis le legs de sept cent francs que j’ai fait page quatre du présent
testament et révoqué cy-devant page treize. J’entends et je veux qu’il soit exécuté176.
Ce vingt-quatre janvier 1800, ou quatre pluviôse an 8e177.
Guichard de Meinières

Je déclare que la glace, ou miroir, en deux parties posé dans la chambre
parquetée, ainsi que celle qui est sur la cheminée de la chambre où je couche
appartiennent aux pavillons que j’habite, et que des voleurs surpris y laissèrent.
Toutes les autres sont à moi en propres178, excepté encore les carreaux des portes du
sallon, et le chapitaux qui est dans mon cabinet,
Ce 3 fer 1800.
Guichard de Meinières

174

Le mot « vuide » a été ajouté, pour préciser que le legs ne concerne que le meuble et non son contenu.

175

29 novembre 1799.

176

Ce legs, fait en 1797 a été révoqué en 1799. Il est maintenant rétabli en 1800. Nul doute que ces
hésitations ne trouvent leur explication dans le plus ou moins de zèle des administrateurs à faire réparer
l’église.

177

Ce codicille est écrit après le coup d'État du 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799), qui renverse le
régime du Directoire. Le premier consul Napoléon Bonaparte est maintenant le maître.

178

Voir à l’annexe 1, la liste de ces glaces.

51

[F° 15] Je fixe et je réduis le legs que j’ai fait ci-devant en commun à la
citoyenne Michel Foin et à Nanette Régnier, devenu en partie caduc par la mort de
la de Michel Foin, à la somme de cent pistoles, ou mille francs179 une fois payés à la
dame Nanette Régnier, ma légataire survivante, au lieu et place de ma garde-robe et
linge servant à ma personne, que je préfère qui soient vendus, excepté ce que j’en
distrait dans le présent testament pour d’autres dispositions.
Ce 16 juin 1800.
À Chaillot. Guichard de Meinières

Je donne et lègue au citoyen Foin, fils cadet de feue la citoyenne Michel Foin,
cy-devant ma légataire, et à lui seul de sa famille, la somme de mille francs, une fois
payés.
Fait à Chaillot ce dix aoust 1800.
Octavie Guichard, Ve Meinières.

Je dispense le citoyen Boutinot de l’exécution du présent testament en tout et
en partie. Son changement d’état et d’habitation la rendroit impossible. Je lui
substitue à cet effet, et aux mêmes conditions, le citoyen Sohier, homme de loi, ayant
une maison à Chaillot, qui l’habite quelques jours de chacque semaine, et d’où il
pourra veiller aux soins que je lui confie ; je regrette de ne pouvoir y attacher une
marque de reconnoissance plus considérable que les six cents francs cy-devant
promis à l’exécuteur de mes dernières volontés.
Fait à Chaillot ce dix-sept novembre dix-huit cent ;
ou an huitième de la révolution.
179

Une pistole vaut 10 livres.

52

O. Guichard de Meinières

[F° 16] Je réduis les legs cy-devant faits à Charlotte L’Ecuyer à la somme, une
fois payée, de trois cent francs180.
À Chaillot ce dix mars 1801.
Octavie Guichard de Meinières
Je donne et lègue à Mademoiselle Thomas, nièce de feu l’abbé Porquet181, mon
ancien ami, et demeurant à Chaillot, ma perruche, mes serins, leurs cages, leurs
tables, et tous leurs ustenciles.
À Chaillot ce 28 septembre1801.
Octavie Guichard de Meinières
Je donne et lègue à Made Palm182, à présent à mon service, le lit où elle couche
chez moi, l’armoire où j’enferme mon propre linge qui est de bois de noyer ; six

180

Charlotte L’Ecuyer doit avoir quitté le service de Madame de Meinières. Les legs qui lui étaient destinés
(les bergères à coussins de velours et la garde de la chienne Rosette) seront transférés à Madame Palm
dans le dernier codicille. Voir ci-dessous note 182.

181

L’abbé poète Pierre-Charles-François Porquet (1728-1796), avait été précepteur du chevalier de
Boufflers, puis aumônier à la cour de Lunéville. Après la mort de Stanislas il revint à Paris où il fréquenta
toute la bonne société. Il a laissé des vers légers publiés en particulier dans l’Almanach des Muses. Voici
comment Mme de Meinières en parle dans une de ses lettres à François Devaux : « C’est un homme très
aimable […] et très estimable. J’aime fort son commerce » (lettre du 5 janvier 1778).
182

Anne Chevillard, épouse Palm, était au service de la présidente de Meinières depuis au moins trois ans
(voir l’inventaire après décès de cette dernière, où elle apparaît comme gardienne des scellés et signale
que ses gages ne lui ont pas été payés depuis le mois de prairial an X). Elle était femme d’un capitaine
bavarois, adjudant du lieutenant-général baron de Wrede, qui commandait trois divisions alliées de
l’armée napoléonienne (voir Journal du commerce, de politique et de littérature du département de
l’Escaut, 10 juillet 1807). C’est la seule des domestiques dont le nom est précédé de « Madame », les
autres étant désignées par leur nom seul, suivi ou non de la mention « femme untel », et quelquefois

53

paires de draps de domestiques ; deux douzaines de serviettes unies ; deux nappes
ouvrées ; quatre petits fauteuils ou bergères de velours d’Utrecht cramoisi ; un grand
fauteuil de damas de la même couleur, six cent francs une fois payés en numéraires,
et ma petite chienne épagneule nommée Rosette183, que je lui recommande instament.
Plus je lui donne un miroir de toilette, qui est dans ma garde-robe et je lui transporte
le legs, ci-dessus fait à Mlle Thomas, de mes oiseaux, peruche et serins184.
Guichard de Meinières,
ce 20 avril 1803

Plus deux robes et jupons d’étofe de soye à son choix. J’ajoute à ces legs celui de la
petite armoire placée près de celles qui contiennent mes livres, plus la petite table de
marbre, et la petite glace placées près de la porte d’entrée, et ma table de nuit.
Ce 2 mars 1804.
O. Guichard de Meinières

[F° 17] Je donne et lègue à Jeanette Pime actuellement à mon service, si elle y
est encore lorsque je mourrai, le lit où elle couche, et trois cents francs une fois payés.
Je confirme mes précédants testament et codiciles, excepté que je nomme pour
exécuteur de mes dernières volontés Monsieur Drugeon, notaire à Paris avec la
saisine de mes biens.
précédé du mot « citoyenne ». C’est peut-être le signe qu’elle est perçue comme supérieure socialement,
même si les circonstances l’ont amenée à servir comme domestique.
183
184

Souligné dans le texte

Il n’y a pas de justification à ce changement. Mlle Thomas est peut-être morte, ou Mme de Meinières
a contre elle quelque grief qu’elle n’indique pas.

54

À Chaillot, ce 12 brumaire an treize,
O. Guichard, Veuve Meinières185

185

Treizième codicille, ajouté le 3 novembre 1804, six mois après la proclamation de l’Empire et 3 mois
avant la mort de Mme de Meinières, survenue le 1er ventôse an XIII (20 février 1805).

55

[F° 18] État de ma vaisselle d’argent

Un plat à soupe à anse
Deux plats longs
Deux plats ronds
Deux caisses quarées
Cinq cuillers à ragouts186
Une petite cuiller à pot
Douze cuillers à caffé, dont six à filets
Une cuisinière dans sa boite doublée de taule187 (?)
Un petit chaudron
Deux petits couverts à œufs frais
Deux petites cocottes
Deux petites assiettes
Un poêlon
Un autre poêlon d’argent placqué
Une petite caffetière
186

Dans l’inventaire de l’argenterie, il ne reste plus que deux cuillers à ragoût.

187

Mot illisible.

56

Deux cuillers à sel
Un bougeoir
Un porte huilier
Deux écritoires, l’une dans ma petite table de lit,
l’autre dans sa boîte de chagrin188
Deux flambeaux ciselés
Douze couverts, dont six avec des armes, et dix à filets
Quatre couverts unis, servant aux domestiques. J’ai donné
le cinquième à Made Michelle Foin
Une fourchette à huîtres
Une bourse de cent jettons

Glaces qui m’appartiennent

Une dans ma chambre vis-à-vis les fenêtres
Une dans mon petit cabinet, et les carreaux de la porte idem
Une dans l’antichambre
Deux dans la pièce parquetée, l’une en face de la fenêtre,
l’autre sur la cheminée

188

Cette écritoire léguée à la citoyenne Casteaux. Voir note 151.

57

Deux miroirs de toilettes, dont l’un est fendu. Ce fendu est
donné à Manon Frizon
Les autres glaces sont des pavillons.
Tout mon argent, mes assignats et mes bijoux sont dans mon secrétaire, dans mon
cabinet. Ce 8 pluvios (sic) an 2 de la rép189.

189

27 janvier 1794. Ce petit inventaire a donc été dressé avant la rédaction du testament. Sur le côté droit
de la feuille, en travers, sont ajoutés ces mots de la main de la testatrice : « J’ai vendu en 1793 six couverts
d’argent, une cuiller à pot, une cuiller à ragoût et cent jettons qui ne se trouveront plus icy. Guichard de
Meinières». Entre « icy » et la signature ont été ajoutés après coup les mots « plus six cuillers à
caffé. » Après la signature ont été ajoutés les mots «ni quatre couverts unis que j’ay donnés à Regnier et
à Manon Frison ». L’ensemble de l’annexe 1 est de la main de Mme de Meinières.

58

[F° 19] État des livres que Monsieur de Brunville a remis à
Madame la Présidente de Meinières pour en jouir
pendant sa vie190.
L’Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences et
des arts.191
Le Dictionnaire de l’Académie françoise, in fol. 2 vol.
Paris 1762.
Les Contes192 et les Fables de La Fontaine avec gravures,
belle édition.193
Les Œuvres de Voltaire, in-8°, 58 vol.
Les Œuvres de Jean-Jacques Rousseau, in-8°, 14 vol.
J’ai rendu à Monsieur de Brunville tous les volumes de l’Encyclopédie au mois
de mars ou d’avril 1793. La reconnoissance qu’il a de moi ne porte plus que le reste
des autres livres dont il a bien voulu me laisser la jouissance, et qui sont indiqués cydessus194.

190

Cette annexe est rédigée d’une main inconnue Le président de Meinières avait vendu l’ensemble de sa
bibliothèque à François-Antoine de Flandre de Brunville, conseiller au Parlement de Paris, le 8 juin 1775,
soit dix ans avant sa mort survenue le 26 septembre 1785. Voir le catalogue de cette vente au Minutier
central, LVII, 526.

191

Ajouté de la main de Mme de Meinières : « in fol. 35 vol ».

192

Ces deux mots ajoutés de la main de Mme de Meinières.

193

Ajouté de la main de Mme de Meinières : « 8 vol. in-8°, reliés en maroquin rouge et dorés sur tranche ».

194

Ce dernier passage de la main de Mme de Meinières.

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