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DOSSIER

Tourisme
Le Maroc sur les rails

Malgré quelques retards dans le plan Azur, la Vision 2010 commence à porter
ses fruits. Le Maroc a ainsi accueilli 7,4 millions de touristes en 2007
Année charnière pour le ministère du Tourisme, qui souhaite ajouter 4 autres
stations balnéaires aux 6 déjà programmées

Dossier réalisé
Tourisme, le Maroc sur les rails 19
par Christelle Marot Transport aérien, à l’assaut du ciel marocain 22
conjoncture@cfcim.org
Entretien avec Marc Thépot, PDG de Accor Maroc 24
Mada’in, Tourisme d’affaires et culturel font bon ménage 25
Formation, les ressources humaines à la traîne 28
Tourisme intérieur 30

Bon cru 2007 pour le tourisme au Ma-


roc. Selon le ministère du Tourisme et
de l’Artisanat, le nombre de visiteurs
au Maroc a atteint 7,4 millions de per-
sonnes fin 2007 (dont près de 45% de
Marocains Résidant à l’Etranger) ; un
chiffre en hausse de 13% par rapport
à l’année précédente. Le volume des
nuitées réalisées à fin 2007 dans les
établissements d’hébergement clas-
sés a enregistré une hausse de 3% par
rapport à 2006, soit 16,9 millions de
nuitées, et une augmentation de 33%
par rapport à 2001. Parallèlement, la
capacité d’hébergement a atteint 143
000 lits, soit une progression de 7% par
rapport à 2006.
Selon les chiffres de l’Observatoire du
tourisme, le nombre de passagers inter-
La station balnéaire Lixus, près de Tanger, un des grands chantiers du plan Azur.
nationaux ayant transité par les aéro-
ports du Royaume a atteint 9,2 millions La tendance se confirme. Le Maroc est Le dispositif mis en place par la Vision
de personnes à fin novembre 2007, soit devenu une destination privilégiée 2010, stratégie touristique volontariste
une croissance de 19%. Un tourisme pour la clientèle internationale (plus de initiée en 2001 par les autorités maro-
très français, mais imité de plus en 80% des touristes). Soleil, plages, sports caines, est passé par là. L’enjeu pour le
plus par l’Espagne et le Royaume Uni. nautiques, balnéothérapie, chasse, Maroc? Parvenir à une capacité d’hé-
Par ailleurs, les recettes touristiques golf, équitation, patrimoine culturel, bergement total de 230 000 lits (265
ont progressé de 12% pour atteindre festivals de musique ; le produit Maroc 000 à l’horizon 2012 dans le cadre du
59 milliards de dirhams (5,24 milliards se renforce et fait des émules parmi les nouveau contrat-programme), grâce
d’euros), à la fin de l’année 2007. professionnels du secteur. à l’émergence de nouveaux pôles tou-

Conjoncture N° 891 - Mars 2008 - 19


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hôteliers. Le projet s’étend sur une
superficie totale de 713 hectares. Lan-
cés en avril 2004, les travaux doivent
s’achever en 2010. Montant des inves-
tissements : 12 milliards de dirhams.
L’ouverture du premier hôtel a été
reportée d’un an à l’été 2008. A noter
que Fadesa Maroc est filiale à parts
égales du groupe espagnol éponyme
et du groupe marocain Addoha, de-
puis décembre 2007.
Egalement aménagée par le groupe
Fadesa Maroc, Plage Blanche, site pa-
radisiaque niché au milieu des dunes
sahariennes, est située en face des
Mohamed Boussaid, ministre du Tourisme
îles Canaries. Avec un investissement
prévu de 10 milliards de dirhams, la
ristiques régionaux et la mise à niveau ministère s’est fixé 5 priorités : l’achè- capacité totale devrait être portée à
de structures déjà existantes. Il s’agit vement des chantiers de la Vision 2010, 30 000 lits dont 19 500 hôteliers. Der-
en effet d’accueillir un flux de touris- la formation, la refonte des métiers du nière station concédée, les travaux ne
tes en augmentation constante de- tourisme, la qualité et l’environnement devraient démarrer qu’en septembre
puis dix ans. Ils étaient 4,3 millions en du secteur, enfin l’élaboration de la Vi- prochain. La station de Plage Blanche
2000 et devraient vraisemblablement sion 2020. devrait ouvrir en 2012 seulement.
dépasser l’objectif fixé de 10 millions A 80 km au sud de Tanger, la station
en 2010. A la clé, la création de 600 Le plan Azur, cheville ouvrière de la de Lixus, sur 461 hectares, est aména-
000 nouveaux emplois, 9 milliards stratégie touristique nationale gée par le consortium belgo-néerlan-
d’euros d’investissements et 48 mil- Plan phare de la Vision 2010, le plan dais Thomas&Piron/Orco. Démarré
liards d’euros de recettes en devises. Azur vise la création de 111 000 lits en février 2006, le programme doit
Voeu pieux ou réalité, à deux ans de dont 70 000 lits hôteliers, grâce à la s’achever fin 2015, pour un total d’in-
l’échéance fixée, quel bilan peut-on réalisation de six nouvelles stations vestissements de 5,6 milliards de
tirer ? balnéaires ; Saïdia (Oujda), Lixus (La- dirhams. L’ouverture de la première
Pour Mohamed Boussaid, ministre du rache), Mazagan (El Jadida), Mogador unité hôtelière est attendue en 2009.
Tourisme, «le Maroc est sur les rails», (Essaouira), Taghazout (Agadir) et Pla- La capacité totale devrait atteindre 12
en dépit de quelques retards, d’un à ge Blanche (Guélmim). 000 lits dont 7 500 hôteliers.
deux ans, constatés dans la mise en Développée par Fadesa Maroc, la sta- Dominant l’océan, le site de Mo-
place du plan Azur. «L’année 2008 tion de Saïdia Mediterrania, sur la côte gador aménagé, lui aussi, par
sera une année charnière», souligne orientale, devrait offrir la plus grande Thomas&Piron/Orco avec le groupe
t-il. Pour la période 2008-2012, son capacité avec 30 000 lits dont 17 000 français Accor nécessite un investis-

Evolution annuelle des arrivées de touristes par marché


2001 2002 2003 2004 2005 2006 Var. (%)

MRE 2 130 328 2 230 993 2 537 396 2 769 132 2 787 825 2 986 372 7%

France 840 230 877 465 916 147 1 167 088 1 337 204 1 481 610 11%

Espagne 200 519 201 258 231 156 317 119 367 811 467 956 27%

Allemagne 196 700 172 860 129 391 141 210 144 200 151 396 5%

Royaume-Uni 135 642 146 511 134 009 150 354 193 552 265 536 37%

Italie 123 628 112 518 100 001 112 807 120 955 140 923 17%

Belgique 84 011 83 966 80 062 105 821 125 890 149 531 19%

Autres 668 932 627 689 633 109 713 182 765 940 915 009 19%

T. Récepteur 4 379 990 4 453 260 4 761 271 5 476 713 5 843 377 6 558 333 12%
Source : ministère marocain du Tourisme

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sement de 5,6 milliards de dirhams. A de 6,3 milliards de dirhams. Les tra- avec la signature d’une convention
quelques kilomètres d’Essaouira, il de- vaux doivent s’étaler sur 2007-2018, souhaitée en mars prochain et Dakhla
vrait présenter une capacité de 10 600 avec l’ouverture de la première unité qui pourrait être concédée en décem-
lits dont 6 600 hôteliers. Commencé hôtelière prévue également en 2010. bre.
en 2006, le programme de valorisa- Dans la mouvance du plan Azur, un
tion doit s’achever en 2015, avec un nouveau programme «Azur exten-
peu de retard. L’ouverture du premier sion» a été mis en place. De nouvel-
Investissement
hôtel est attendue en 2010 les zones ont été identifiées et ont Le Maroc investit plus
A 15 km au nord d’Agadir, Taghazout fait l’objet d’appel d’offres pour leur
est aménagé par le groupement Co- concession à des aménageurs déve- de 10 milliards de di-
lony Capital/Satocan loppeurs. A fin 2007, rhams
d’origine américaine Dans la mouvance du deux nouvelles sta-
et canarienne. Sur une tions ont été concé-
superficie de 620 hec-
plan Azur, un nouveau dées. Oued Chbika, Pour soutenir la Vision 2010, le
gouvernement marocain a prévu
tares, le site devrait voir programme «Azur ex- dans la région de Tan
d’investir plus de 10 milliards
la création de 21 000 tension» a été mis en Tan, a été attribuée
de dirhams (dont près de 6 mil-
lits dont 16 000 hôte-
place. De nouvelles au groupe Orascom. liards en fonds propres) dans la
liers. Démarrés en jan- D’une capacité totale
mise en place d’unités hôtelières
vier 2007, les travaux zones ont été identi- de 14 300 lits, la station
sur les zones d’aménagement
devraient s’achever fin fiées (...). devrait voir le lance-
touristiques concernées par les
2016, tandis que le pre- ment des travaux fin
plans Azur et Mada’in.
mier hôtel devrait ouvrir ses portes en 2008, avec l’ouverture de la première
En juillet 2007, trois mémoran-
2010. Montant des investissements : unité hôtelière attendue en 2013.
dums ont été signés avec des
10 milliards de dirhams. Smir&Laguna Smir, dans la région de
fonds d’investissement : H Par-
A Mazagan, la capacité devrait être Tétouan, devrait, elle, disposer d’une
tners d’Attijariwafa bank pour
portée à 7 600 lits dont 3 700 hôteliers. capacité de 7 400 lits. Son aménageur,
plus de 6,5 milliards de dirhams,
Développé par le Sud-Africain Kerzner le groupe Fadesa, devrait entamer les
Maghreb Siyaha Fund, du groupe
International, les groupes marocains travaux en juin prochain. Enfin, sur la
BMCE Bank, pour plus de 6 mil-
CDG et Mamda MCMA, ainsi que la période 2008-2012, le département
liards de dirhams et la Caisse de
Société Maroc Emirats Arabes Unis du tourisme envisage d’accompagner
dépôt et de gestion (CDG) pour 2
de développement (Somed), le site de l’ouverture de deux nouvelles stations
milliards de dirhams.
Mazagan nécessite un investissement Azur Extension : Cala Iris (Al Hoceima)

Evolution annuelle de la capacité d’hébergement classée (en terme de lits)

2001 2002 2003 2004 2005 2006 Var. (%)


Marrakech 18 876 20 399 22 109 28 464 30 648 35 068 14

Agadir 21 586 22 716 25 367 25 605 25 491 26 660 5

Casablanca 7 804 8 219 8 448 9 334 9 334 10 850 16

Tanger 7 295 6 807 7 017 7 039 7 165 7 141 0

Fès 4 035 5 287 5 880 5 880 6 268 6 584 5

Ouarzazate 4 730 5 106 5 021 5 683 5 915 6 582 11

Rabat 4 133 4 367 4 367 4 364 4 592 4 592 0

Tétouan 4 293 4 384 4 637 4 743 4 793 4 047 -16

Meknès 2 137 2 138 2 162 2 614 2 730 2 780 2

Essaouira 1 286 1 352 1 352 1 398 1 971 2 130 8

Autres 20 826 21 322 23 255 24 124 25 363 26 796 6

Total 97 001 102 097 109 615 119 248 124 270 133 230 7
Source : ministère marocain du Tourisme

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Transport aérien
A l’assaut du ciel marocain

Ces dernières années, le nombre de compagnies aériennes low-cost et


charter affluent pour desservir le Maroc
Pendant de la Vision 2010, l’ouverture de l’espace aérien a permis au pays
d’enregistrer plus de 8,5 millions de passagers internationaux en 2006
s’est accompagnée de l’adoption de
mesures incitatives telles que la mise
en place d’une nouvelle tarification en
matière de taxes aéroportuaires favori-
sant l’accroissement des fréquences et
la création de nouvelles liaisons ; égale-
ment l’encouragement de la baisse des
coûts de l’assistance au sol et la conces-
sion d’une deuxième licence à un opéra-
teur privé aux aéroports de Casablanca,
Marrakech et Agadir.
Les compagnies low-cost, trop nom-
breuses sur le Maroc ? «C’est vrai que sur
certaines destinations aujourd’hui, on
peut dire qu’il y a une sur offre. Après le
boom britannique, la tendance est à un
léger repli. En Espagne, l’offre a augmen-
té plus vite que la demande (...) Aussi, les
Dans le secteur des low cost, la RAM à travers sa filiale, Atlas Blue, veut jouer dans la cour
opérateurs devront procéder à des ajus-
des grands. tements», explique le directeur général
d’Atlas Blue. «Globalement, l’ouverture
Depuis le lancement de la politique de Pour les opérateurs étrangers, sur les 45 du ciel a permis à la RAM de se renforcer,
libéralisation du secteur du transport compagnies opérant des vols réguliers d’améliorer sa croissance, de développer
aérien en 2004, puis l’entrée en vigueur sur le Maroc en 2007, une bonne ving- ses outils. Une évolution positive à la fois
en 2006 de l’accord d’Open Sky signé taine de compagnies ont fait leur entrée pour le pays et pour le consommateur»,
entre le Maroc et l’Union européenne, dans le ciel marocain depuis 2004. Parmi souligne Zouhair Mohamed El Aoufir.
le ciel marocain est fortement convoité. elles : les compagnies irlandaise Ryanair
En quelques années, les dessertes avec et anglaise EasyJet dont les bas tarifs et Le trafic international en hausse de 19%
les grandes métropoles européennes se la forte capacité de commercialisation Les résultats ne se sont pas fait atten-
sont multipliées et les nouvelles compa- via Internet (95% des ventes) permettent dre. Sur les onze premiers mois de l’an-
gnies à bas prix attisent la concurrence. de cibler de nouveaux segments de tou- née 2007, le trafic aérien international a
Milan-Casablanca, Bruxelles-Oujda, Ma- ristes et de stimuler la clientèle britan- atteint 9,2 millions de personnes, contre
drid-Tanger, Toulouse-Marrakech, Pa- nique, notamment à Marrakech. Hors 7,7 millions à la même période de l’année
ris-Fès, etc, on ne compte plus les lignes d’Europe, le Maroc est dernière, soit une crois-
disponibles. Aujourd’hui, les grandes le seul pays desservi par Même le groupe Air sance de 19%. En 2006,
villes marocaines sont reliées à la France, Ryanair et EasyJet (ex- le Maroc a compté au
l’Espagne, l’Italie, le Royaume Uni et la cepté Charm El Cheikh). France-KLM s’y est total plus de 8,5 millions
Belgique. C’est dire l’attractivité mis, en lançant l’été de passagers internatio-
Battant pavillon national, deux compa- de la destination alaoui- naux contre 5,2 millions
gnies ont été créées. Atlas Blue, filiale de te. Même le groupe Air dernier, Transavia. en 2003, soit +60% en
la Royal Air Maroc, créée en 2004, opère France-KLM s’y est mis, com, filiale charter 3 ans. Sur le plan de l’of-
9 avions, «bientôt 11 pour répondre aux en lançant l’été dernier, fre, le Maroc dénombrait
plans de développement», confie son Transavia.com, filiale low-cost (...). 850 vols hebdomadaires
directeur général Zouhair Mohamed El charter low-cost à des- à fin 2006, contre 560
Aoufir. Jet4You, compagnie privée à ca- tination des pays du bassin méditerra- en 2003. Presque la moitié des voya-
pitaux marocains et allemand (groupe néen. Au départ de Paris, Transavia pro- geurs passant par le hub de Mohamed
TUI), constituée en 2006, détient, elle, pose 6 liaisons vers le Maroc. V à Casablanca. Les aéroports des deux
3 appareils. Cette politique de libéralisation du ciel principaux pôles touristiques du pays,

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Marrakech Menara et Agadir Al Mas- décembre dernier un accord de parte- res à destination de la Tunisie et Tunis
sira, drainent des parts respectives de nariat avec le transporteur low-cost Air 7 liaisons par semaine en direction
28% et 11%. émirati Air Arabia, l’un des plus grands du royaume alaouite.
Dans le domaine du régulier domesti- opérateurs régional au Moyen-Orient Destinations touristiques concurren-
que, le transport est assuré par la RAM et en Afrique du Nord. Objectif : faire de tes, le Maroc est en train de combler
et la compagnie aérienne privée Régio- Rabat un hub pour l’Europe et toute la son retard sur la Tunisie, en insistant
nal Air Lines, créée en 1997. Les compa- zone MENA. Régional Air Lines est déte- sur le développement de ses capaci-
gnies étrangères n’ont pas le droit de nue principalement par le groupe Hol- tés d’hébergement. Avec la libéralisa-
cabotage (transporter les passagers en- marcom. Au Maroc, Régional Air Lines tion de son ciel et la multiplication des
tre deux aéroports du Maroc). dessert 12 villes, contre 14 pour la RAM. liaisons directes, le Royaume prend la
Si la RAM envisage d’augmenter le nom- Autres efforts concertés, entre le Maroc main. D’autant que «l’offre touristique
bre de ses vols en partance de Rabat et et la Tunisie cette fois. Les deux pays au Maroc est plus diversifiée», concède
Casablanca à destination des provin- ont signé un accord d’Open Sky en no- un opérateur. Une stratégie qui porte
ces sahariennes (Dakhla et Lâayoune), vembre dernier, pour accompagner les ses fruits puisque le Maroc a dépassé
Régional Air Lines, de son côté, pour- changements intervenus dans le trans- la Tunisie pour la première fois en ac-
suit sa politique de régionalisation. La port aérien international et renforcer la cueillant près de 7 millions de touristes
compagnie, qui relie le Maroc au Sud coopération bilatérale. La RAM assure en 2007, contre 6,7 millions pour le pays
de l’Espagne et du Portugal, a signé en actuellement 10 à 11 vols hebdomadai- de Zine el-Abidine Ben Ali.

Entretien
Marc Thépot, Président directeur général Accor Maroc
supérieur à 400 millions. A périmètre terminons l’année 2007 avec un taux
comparable, sans tenir compte des de 70% d’occupation. C’est beaucoup.
ouvertures et des acquisitions, cela Cela veut dire que l’hôtellerie économi-
représente une augmentation de 7% que est véritablement attractive, no-
par rapport à 2006. Nous continuons tamment pour la clientèle domestique.
notre progression. En 2002, le chiffre Par ailleurs, une partie de l’hôtellerie de
d’affaires s’établissait à 460 millions de luxe est utilisée par la clientèle locale et
dirhams, c’est à dire qu’en 6 ans, nous par les Marocains résidant à l’étranger
avons plus que doublé ce chiffre. (MRE). Sur les 7 millions de touristes
venus au Maroc cette année, les MRE
Marc Thépot
Comment s’effectue cette croissance et représentent 2,7 millions.
comment l’expliquez vous ?
Conjoncture : Que représente Accor au Elle s’effectue plutôt sur les prix moyens Si l’on compare la Tunisie et le Maroc ?
Maroc ? et moins sur les volumes. La stratégie La Tunisie est davantage sur un modèle
Marc Thépot : Fin 2007, le groupe Ac- est de mettre en avant nos marques tour opérateur intégré, qui était un peu
cor au Maroc ce sont 27 hôtels et 4 052 et de développer la communication di- le modèle marocain balnéaire d’autre-
chambres. Des hôtels dans les catégo- recte, notamment via internet. Cela est fois, et qui intéresse une clientèle bas de
ries trois, quatre et cinq étoiles, à tra- rendu possible car le Maroc a dévelop- gamme. D’ailleurs, la recette moyenne
vers les marques Ibis, Novotel-Mercure pé ses liaisons aériennes point à point par touriste est quasiment le double au
et Sofitel-Hilton. Nous sommes le pre- et les vols à bas prix. Avant l’apparition Maroc. L’avantage du Maroc, c’est que
mier opérateur hôtelier dans le pays, des compagnies low-cost, les clients son tourisme est extrêmement diversi-
présent à la fois comme gestionnaire, passaient par les tours opérateurs. fié : affaires, loisirs, balnéaire, culturel,
à travers Accor Gestion Maroc, et dé- Outre la libéralisation de l’espace aé- sportif.
veloppeur, via Risma, société cotée à la rien et la venue de nouveaux opéra-
bourse de Casablanca. Risma est déte- teurs low-cost, il faut compter avec la Dix millions de touristes, c’est déjà du
nue à hauteur de 35%. Le fait qu’Accor promotion sur les marchés émetteurs, tourisme de masse ?
soit investisseur permet de pérenniser l’organisation des relations commer- Non, 10 millions de touristes ce n’est
notre engagement et surtout d’inflé- ciales. Nous avons collé à la stratégie pas beaucoup. Il n’y a qu’à voir ce que
chir le produit, que ce soit dans sa défi- touristique du Maroc. Nous sommes font Prague ou la Corse, par exemple.
nition, mais aussi en termes d’exigence, quand même sur un marketing de Le Maroc peut recevoir bien plus de
de qualité, de sécurité, d’hygiène. destination. Pour autant, notre grande touristes. L’origine du plan Azur était
force c’est que nous avons une clientèle de créer de la capacité. Souvent, le frein
Quel bilan faites vous de l’année tou- locale très importante. Le Maroc est un au développement du tourisme c’est
ristique 2007 ? pays qui se développe avec une classe de ne pas avoir de capacité hôtelière
En 2007, nous avons enregistré un chif- moyenne qui travaille, se déplace et re- consistante, à la fois en quantité et en
fre d’affaires consolidé d’un milliard de cherche une hôtellerie moderne. A l’hô- qualité. D’où l’objectif du Maroc de
dirhams, pour un résultat opérationnel tel Ibis Moussafir, par exemple, nous créer une offre hôtelière de bon niveau.

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Mada’in
Tourisme d’affaires et culturel font bon ménage
En parallèle du plan Azur, les autorités marocaines souhaitent valoriser les desti-
nations culturelles et qualitatives
Casablanca et Fès sont les plus avancées
Si le balnéaire a la cote, les autorités 75 000 lits additionnels et valoriser les 20 000 lits et préparer ainsi la ville à re-
marocaines entendent aussi renforcer destinations existantes, à savoir Tanger, cevoir 1,5 million de touristes et atteindre
l’attractivité des villes traditionnelles et Tétouan-Tamuda Bay, Rabat, Casablan- 3 millions de nuitées à l’horizon 2012.
historiques. Villes impériales, comme ca, Fès, Meknès, Ouarzazate-Zagora et Outre son rang de capitale économique,
Fès et Meknès, classées au patrimoine Agadir. A ce jour, les destinations dont Casablanca développe sa vie culturelle :
mondial de l’Unesco. Villes mythiques les PDRT ont été signés sont Fès (2005), festivals de jazz, des musiques urbaines,
comme Tanger et Casablanca, pour leur Casablanca (2006) et Agadir (2007), pour de cinéma.
architecture et leur empreinte dans l’his- une capacité additionnelle totale de 48 Dans la ville, plusieurs hôtels de luxe et
toire du cinéma ou de la littérature. Des 000 lits. Ailleurs, le processus est lancé. cinq étoiles ont été rénovés, tandis que
villes où se conjuguent art de vivre, gas- d’autres sont apparus. A quelques enca-
tronomie, artisanat, arts populaires, sans Casablanca, ville d’affaires blures des chantiers de la nouvelle gare
oublier les festivals, près d’une quaran- Poumon économique du pays, Casa- de Casa Port et de la Marina, le groupe
taine, qui place le Maroc au premier rang blanca ambitionne de devenir une des- français Accor inaugurait en novem-
des pays d’Afrique les plus dynamiques tination touristique pour les affaires et bre dernier le premier Novotel du pays
sur le plan culturel. Outre la création de les loisirs. Lancé en mars 2006, le PDRT (quatre étoiles), destiné à une clientèle
stations touristiques nouvelles généra- de Casablanca prévoit d’orienter l’offre d’affaires, essentiellement internatio-
tions, le Maroc a ainsi développé un plan touristique vers 6 types : affaires, pas- nale. Egalement, dans la gamme quatre
Mada’In 2005-2012 pour le tourisme ur- sage (circuit et croisière), combiné (af- étoiles : le Barcelo du groupe espagnol
bain et culturel. A travers des Program- faires/city-break), city-break pur, séjour Fadesa a ouvert ses portes en 2006. Au
mes de développement régionaux et de loisirs, shopping et santé. Objectif : total, dans la catégorie luxe, cinq et qua-
touristiques (PDRT), l’objectif est de créer doubler les capacités pour atteindre tre étoiles, la ville de Casablanca recense

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aujourd’hui une bonne vingtaine d’éta- milliard pris en charge par le secteur pu- nation comme un produit City Break.
blissements qui, pour répondre aux be- blic. Réputée pour son festival de musi- Valeur ajoutée ? Son ancienne Médina,
soins d’une clientèle exigeante et pres- ques sacrées du monde, Fès l’est aussi au coeur de laquelle les autorités ont
sée, peuvent proposer des espaces réu- pour son Moussem (Moulay Idriss) en entrepris l’acquisition de plusieurs mai-
nions/conférences/séminaires, modula- septembre, l’un des plus importants du sons pour développer les capacités d’hé-
bles avec connexion sans fil, traduction pays. De janvier à novembre 2007, Fès bergement. En outre, Fès a mis en place
simultanée, business centres, services de a enregistré 678 647 nuitées dans les une formule originale d’hébergement
location de voitures, etc. établissements d’hébergement classés ; chez l’habitant, un projet pilote, sous le
Après Marrakech et Agadir, Casablanca une augmentation de 8% comparé à la label qualité «ziyarates Fès». Au cours de
est la troisième ville la plus fréquen- même période de l’année précédente. l’année 2008, la réhabilitation des foun-
tée du Royaume. Selon les chiffres de Son taux d’occupation s’élève, lui, à 38% douks (caravansérails) et leur reconver-
l’Observatoire du tourisme, sur les onze seulement, en dessous de la moyenne sion en lieux d’animation, qui devraient
premiers mois de l’année 2007, le nom- nationale de 49%. A l’instar de Casablan- abriter des cafés littéraires et des expo-
bre de nuitées dans les établissements ca, Fès entend développer sa capacité sitions de produits d’arts, sont prévues,
d’hébergement classés est en hausse de d’accueil, de 5 880 lits en 2005 à 10 400 indiquent les autorités. Mais, d’ores et
9%, soit la meilleure progression, pour lits en 2015, et augmenter son taux d’oc- déjà d’autres projets sont en cours de
atteindre près de 1,221 million, avec un cupation à 58% (contre 34% en 2005). réalisation. Il s’agit notamment de la
taux d’occupation de 56%. En termes de nuitées, la ville vise 1,8 mil- réhabilitation des medersas Attarine et
lion en 2015. Cherratine, la restauration et la mise en
Fès, capitale spirituelle La capitale spirituelle du Royaume, dont valeur des murailles de la ville, la déloca-
A Fès, le PDRT fut le premier, lancé en la clientèle est peu diversifiée, c’est à dire lisation des unités de poterie et de dinan-
2005. L’investissement global pour la exclusivement française et de circuits derie respectivement vers les quartiers
réhabilitation de la destination s’élevant (étape dans le circuit des villes impéria- Ben Jellik et Aïn Nokbi, ainsi que la mise à
à 3 milliards de dirhams, dont près d’un les), souhaite commercialiser sa desti- niveau de la tannerie Chouara.

Entretien
Jalil Benabbés-Taarji, Administrateur directeur général de Tikida
Hôtels : quel avenir pour Marrakech?
Conjoncture : Quels ont été les faits Comment expliquer que les réserva- Globalement
marquants et l’évolution de vos ac- tions internet jouent à la baisse sur si Marrakech
tivités en 2007 ? le taux de fréquentation enregistré fait 5-6% de
Jalil Benabbés-Taarji : Globalement, à Marrakech ? progression
2007 est une année tout à fait po- Grossièrement, on constate à Marra- c’est parce
sitive avec une croissance de 10% kech 15 à 20% d’augmentation des ar- que nous
de notre chiffre d’affaires, à l’ex- rivées internationales à l’aéroport et en avons aussi d’autres marchés émer-
ception de Marrakech qui, elle, est parallèle une hausse de 5 à 6% de la fré- gents, en particulier le marché anglais,
en recul. Il faut dire que 60% des quentation hôtelière. Plusieurs choses. qui a connu une progression de 35 à 40%
arrivées et des nuitées à Marrakech D’abord, il y a à Marrakech un tourisme en 2007. Et qui est en train de passer au
sont françaises. C’est une force résidentiel important. Les touristes fran- deuxième rang, alors que classique-
quand le marché français va bien, çais qui viennent dans leur résidence de ment le second rang était occupé par le
mais actuellement, ce marché à la Palmeraie ou dans la médina, sont tourisme interne. Ce sont les effets des
destination du Maghreb est en re- des voyageurs fréquents, ils peuvent réservations internet et du développe-
pli de 5 à 10%. Ce tassement serait venir plusieurs fois dans l’année et sta- ment des compagnies low-cost.
dû à un phénomène de « dépacka- tistiquement vont représenter plus que
ging » ou inversement, à un déve- leur poids réel. Marrakech est devenue Quels sont les risques ?
loppement significatif du tourisme une destination de weekend. Ce même phénomène a déjà été ob-
on line, qui se fait en grande partie La seconde explication c’est que de servé sur plusieurs destinations, com-
au détriment des tours opérateurs nombreuses maisons d’hôtes qui ont me Malaga en Espagne. Mais c’est un
(TO). Aujourd’hui, on peut dire que été recensées n’ont pas encore été clas- phénomène qui a duré un à deux ans
Marrakech est un peu victime de sées, sans oublier celles qui n’ont pas seulement. Le risque, si on ne sait pas
son succès. Grâce aux politiques encore été recensées. Dans ces maisons, parler aux tours opérateurs, si on ne sait
marketing et au développement les nuitées ne sont pas comptabilisées, pas réorganiser les modes de commer-
des liaisons aériennes, la ville est n’entrent pas dans les statistiques. Il cialisation, la politique tarifaire, etc, est
devenue une destination familière, y a peut être seulement 60% des mai- que les TO puissent éventuellement se
très proche. Aussi, le voyageur fran- sons d’hôtes recensées. C’est un travail désintéresser, réduire leur implication,
çais ressent de moins en moins le énorme. On parle de 500 à 1 000 unités. leur prise de risque, leur programma-
besoin de passer par un TO. Il fait Et puis, beaucoup de meublés informels tion de la destination. Ce que nous vou-
ses réservations lui même. échappent à tout contrôle. lons absolument éviter.

Conjoncture N° 891 - Mars 2008 - 26


DOSSIER

Formation
Les ressources humaines à la traîne

Dans le secteur de la formation, le constat est sévère


Si rien n’est fait rapidement, le déficit de personnel devrait se faire sentir
dès 2009
En octobre dernier, l’institut Tamouda afin de dispenser une formation de six
Bay spécialisé en hôtellerie et en tou- mois au profit du personnel du secteur
risme, et dont la réalisation a néces- touristique marocain. Il y a également
sité une enveloppe de 40 millions de inadéquation territoriale entre les be-
dirhams, était inauguré dans la ville de soins et l’offre de travail, avec des pénu-
M’diq. La création de cet établissement ries à Agadir et Essaouira.
dans le cadre du programme de déve- Pour Marc Thépot, Directeur général du
loppement intégré pour le secteur du groupe Accor, «le problème principal est
tourisme, élaboré par l’Office de forma- qu’il faut rendre cette filière attractive».
tion professionnelle et de la promotion Socialement surtout, à la fois en mettant
du travail (OFPPT), dans le cadre de l’ac- des directeurs jeunes et attractifs, et en
Le tourisme continue de faire les frais d’un compagnement de la Vision 2010. Le instaurant des pratiques sociales moder-
déficit en matière de formation.
nouvel institut d’une capacité d’accueil nes. En clair, que le personnel soit décla-
«La formation, c’est la priorité des priori- de 500 places pédagogiques devrait per- ré, qu’il reçoive un salaire correct, puisse
tés», assène Mohamed Boussaid, minis- mettre la formation d’un avoir des perspectives
tre du Tourisme. «On ne peut pas gagner millier de stagiaires dans Si le plan Azur est sur d’évolution. «Pour nous,
les niveaux «technicien
le pari (...) sans mettre l’accent sur les res-
spécialisé», «technicien»,
les rails et le ciel libé- le plus important, c’est le
savoir être. Le reste c’est
sources humaines». C’est que si le plan
Azur est sur les rails et le ciel libéralisé, «qualification et forma- ralisé, de gros efforts de la formation interne
de gros efforts restent à faire du côté des tion qualifiante». restent à faire du côté et continue (...) L’hôtel-
ressources humaines et de la formation. «Les ressources humai- des ressources humai- lerie est l’un des rares
L’objectif à atteindre est la formation nes sont le sujet sur le- métiers où l’on peut
de 50 000 lauréats d’ici 2012, indiquent quel nous avons le moins nes et de la formation. commencer serveur et
désormais les autorités. La Vision 2010 évolué», confirme Jalil terminer directeur», sou-
prévoyait initialement 72 000 nouveaux Benabbés-Taarji, Administrateur direc- ligne le directeur d’Accor Maroc.
lauréats en 2010. Or, depuis 2001, le dis- teur général de Tikida Hôtels et ancien Pour 2008-2012, le pilotage de la straté-
positif national n’a formé que 23 000 président de la FNT. «Le grand challenge gie de formation se fera à travers la mise
lauréats, ce qui correspond néanmoins aujourd’hui c’est la qualité». Besoin de en place d’un Contrat programme RH &
à un triplement de l’effectif formé par formateurs... de formateurs, au point Formation pour les métiers de l’hôtel-
rapport à 2001. A noter que le dispositif qu’il est étudié la possibilité de faire ap- lerie, annonce le département du Tou-
national de formation est public à 90%. pel à des étrangers en contrats à durée risme. «Si rien n’est fait, l’inadéquation
L’Institut supérieur international du tou- déterminée. Notamment, l’Allemagne sur le marché posera des difficultés dès
risme de Tanger (ISITT) a notamment compte dépêcher des experts au Maroc 2009», indique Mohamed Boussaid.
vu le nombre de ses inscrits augmenter
de 28% entre 2001 et 2006. L’ISITT est
aujourd’hui le principal opérateur de Ecoles relevant du Ministère du Tourisme
formation des cadres pour le secteur,
- L’Institut supérieur et interna- hôtelière et touristique (ITHT) à
l’un des 14 Centres agréés par l’Organi-
tional du tourisme à Tanger (ISITT, Tanger, Fès (2 instituts), El Jadida,
sation Mondiale du Tourisme et qui met
bac+4). Ouarzazate, Erfoud, Salé et Saïdia.
annuellement sur le marché environ
- Les 3 Instituts spécialisés de Ils sanctionnent leur cursus de for-
250 lauréats. Les postes de hauts cadres,
technologie appliquée hôtelière et mation par le DTHT.
cadres supérieurs et cadres moyens de-
touristique (ISTAHT) à Agadir, Mar- - Les 4 centres de qualification pro-
vraient représenter environ 20% des
rakech et Mohammedia, qui sanc- fessionnelle en hôtellerie (CQPH)
emplois du secteur. Afin de répondre
tionnent leur cursus par le Diplôme à Casablanca, Benslimane, Azila et
aux besoins croissants en cadres et de
de technicien spécialisé en touris- Rabat, délivrant un diplôme de qua-
mettre à niveau le secteur aux normes
me (DTST, équivalent au bac+2), en lification professionnelle en hôtel-
internationales de qualité, un chantier
plus du Diplôme de technicien en lerie (DQPH). Le centre de Touarga à
de repositionnement de l’ISITT a été lan-
hôtellerie et tourisme (DTHT). Rabat est spécialisé en cuisine ma-
cé en coordination avec les universités et
- Les 8 Instituts de technologie rocaine.
le secteur privé.

Conjoncture N° 891 - Mars 2008 - 28


DOSSIER

Tourisme intérieur
Des niches et un tourisme interne à développer

Tourisme rural ou sportif, le Maroc est loin d’avoir exploité son potentiel
Les autorités entendent porter à 2 millions en 2010 le nombre de voyages
internes
Tandis que les échéances se rapprochent,
à deux ans de 2010, les réflexions sont
déjà engagées pour bâtir la Vision 2020.
L’idée ? Valoriser le potentiel de l’ensem-
ble du territoire marocain. Richesses
naturelles ou culturelles, les atouts du
Royaume chérifien sont nombreux et
encore peu exploités, laissant la place
aux opportunités d’un tourisme de ni-
che, rural ou sportif.
Le Maroc, ce sont ses multiples mous-
sems, avec parmi les plus connus, le En période de basse saison, on encourage les Marocains par des tarifs attrayants à visiter
leur pays.
moussem des fiançailles à Imilchil ou
celui des roses dans la région de Ouarza- de Marrakech devrait être quasiment Plan Biladi
zate. Ce sont aussi des spots de windsurf doublée», explique Jalil Benabbés-Taarji, Pour le tourisme interne, esquissé
réputés dans le monde, une destination le directeur de Tikida Hôtels. A 2600 dans la Vision 2010, l’objectif est
golfique reconnue, le trek dans les ré- mètres d’altitude, dans les montagnes d’augmenter le nombre de voyages
gions de l’Atlas ou le ski à l’Oukaïmeden. du Jbel Toubkal, la station de ski de l’Ou- de vacances à 2 millions en 2010,
Le golf, par exemple, est une destination kaïmeden fait rêver. Elle, qui possède contre 1,1 million en 2003, il est aussi
naturelle mais qui n’existe quasiment aujourd’hui 5 téléskis, pour 7 pistes de de faire basculer une partie de la de-
qu’en hiver. «Il conviendrait de retra- niveaux divers, fait l’objet d’un projet co- mande vers le commercial formel et
vailler l’image du pays en tant que des- lossal de près de 1,4 milliard de dollars sur augmenter le nombre des nuitées
tination golfique d’été. D’autant que des 600 hectares, conduit par le promoteur réalisées dans les établissements
tarifs très promotionnels sont offerts et immobilier Emaar, du groupe Dubaï Hol- touristiques nationaux classés pour
que d’ici fin 2008, la capacité golfique ding. Une convention d’investissement a atteindre 6 millions de nuitées addi-
été conclue avec le gouvernement ma- tionnelles d’ici 2010. Dans ce cadre, il
rocain en mars 2006, mais pour l’instant est prévu de développer une capacité
La Vision 2020 en question aucun coup de pioche n’a été donné. d’hébergement additionnelle de 42
Pour Mohamed Boussaid, minis- Parmi les produits de niches retenus par 000 lits à l’horizon 2010.
tre du Tourisme et de l’Artisanat, la stratégie touristique marocaine, plu- En particulier, le plan Biladi vise à créer
«la Vision 2020 n’est pas une vision sieurs font l’objet de plans d’action spé- de nouvelles zones touristiques inté-
quantitative, mais qualitative». La cifiques : la croisière aux ports de Tanger, grées pour une capacité totale de 30
démarche consiste à adopter une Casablanca, Safi et Agadir ; les sports de 000 lits dont 11 000 lits en résidences
approche territoriale dans l’amé- glisse (windsurf et kitesurf) à Dakhla ; les hôtelières et 19 000 lits en campings.
nagement touristique et mettre en sports nautiques à Lâayoune ; le parachu- Pour accueillir ces nouvelles zones tou-
place un plan d’action national et par tisme sportif à Beni Mellal ; le surf à Safi ristiques, 8 régions ont été sélection-
région. « A l’inverse de la Vision 2010, et Mirleft ; la chasse à Arbaoua ; la pêche nées : Grand Casablanca (Sidi Rahal),
nous allons partir du territoire, faire touristique à Bin El ouidane; le kayak de Marrakech-Tensift-Al Haouz, Tanger-
des projections de la demande inter- mer à Nador, Hoceima et Chefchaouen. Tétouan (Assilah, Kaa Srass), Sous-
nationale et évaluer la concurrence Pour le développement du tourisme ru- Massa-Draâ (Agadir/Immiwadar à
avant d’élaborer l’offre touristique ral, les autorités ont lancé le concept de côté de Taghazout), Rabat-Salé-Gharb
marocaine», souligne M. Boussaid. Pays d’Accueil Touristiques (PAT), qui (My Bousselham), Doukkala-Abda
Changement de méthode et aussi de concernent les zones où l’activité touris- (Azemmour/Lalla Aïcha El Bahria), Fès-
philosophie. Une place plus grande tique rurale est nouvelle, à savoir Chef- Meknès-Ifrane (Ifrane) et l’Oriental
devrait notamment être accordée à chaouen, Ifrane et Immouzer Ida Outa- (Lazzanane).
l’environnement. Les bureaux d’étu- nane. Mais qui concernent également Le lancement de l’appel d’offres relatif
des, chargés de réfléchir et d’élabo- les zones où l’activité touristique est an- aux zones d’El Jadida, d’Agadir et d’Ifra-
rer le prochain programme, sont en cienne et mérite d’être rehaussée, ce qui ne a été effectué en juillet 2007. La si-
cours de sélection. est le cas du Haut Atlas et du Désert d’Er- gnature des conventions de mise en
rachidia, de Ouarzazate et de Zagora. valeur étant prévue pour mars 2008.

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