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L'Homme et la société

L'idée de l'histoire-nature (exposé du 15-7-1932 à la KantGesellschaft)
Theodor Wiesengrund Adorno, Philippe Despoix

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Adorno Theodor Wiesengrund, Despoix Philippe. L'idée de l'histoire-nature (exposé du 15-7-1932 à la Kant-Gesellschaft) . In:
L'Homme et la société, N. 75-76, 1985. Synthèse en sciences humaines. pp. 107-116.
doi : 10.3406/homso.1985.3066
http://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1985_num_75_1_3066
Document généré le 06/01/2016

Je me réfère aux travaux de G. He illustrates his interpretation by referring to the myth of Kronos who destroys his own creatures. matériau détruit même confrontée archaïques. moments.l'idée de l'histoire-nature (exposé du 15-7-1932 à la Kant-Gesellschaft) TH. avant tout jusqu'à présent esthétique. history is thus confronted to an interweaving of the original instant with the one immediately coming after. ADORNO de histoire-nature. He does not aim at constructing objects. nouveau objets. Kronos. La conception de l'histoire-nature est à relier au cadre de travail philosophico-historique d'un matériau précis. est pas Il ne lui-même Adorno Pour comprendre dialectisée simple s'agit Walter qui ses pas ne étant reprise Il enfants. des du en de dans de se histoire-nature. The philosophy of. his children. The task of philosophy being to break down two instants. le qui d'ontologie ainsi longuement. to distinguish and to oppose them. entrelacement philosophie opposer. Le cadre de ce concept est le suivant : Lukacs se représente sur un . archaic images. les lapropres nature de àn'est mais un la Adorno does not give a definition in terms of historist ontology. Lukacs et de W. se de dans définit cite transforme Benjamin pour lade l'instant facticité àles d'un dégager lui l'appui pas La «signes» de moment auquel en philosophie original l'histoire-nature construire historique ces le mythe mythe deux Adorno depré-historique. Benjamin. créatures. Lukacs a utilisé un terme dans la Théorie du roman qui mène à ce concept : celui de deuxième nature. historique et la de comme tâche ses historique historiste. et et l'histoire. but to understand historical facticity in its historicy as nature-history. Le plus simple pour présenter cette manière de concevoir la nature historiquement est de donner les sources d'où ce concept d'histoire-nature provient. l'histoire en réfère sonLa de termes historicité c'est des celui les aussi dialectique en est distinguer images devenir.W.

dans celles du devoir-être . Pour réussir à vous présenter l'idée d'histoire-nature. Que le monde de la convention et la manière dont il est produit historiquement soit un fait (Tatsache). tel est le point de départ de la problématique que je présente ici. les créations (Gebilde) que l'âme découvre dans son devenir humain (Menschenwerdung) comme théâtre et substrat de son activité parmi les hommes perdent à l'évidence de leur enracinement dans des nécessités suprapersonnelles. ni un élément immédiatement sensible au sujet agissant. Du point de vue de la philosophie de l'histoire de problème de l'histoire-nature se pose tout d'abord comme possibilité de reconnaître. «Là où aucun but n'est immédiatement donné. est nommé monde de la convention. d'interpréter ce monde étranger. c'est un changement de perspective. impose la nécessité de son évidence au sujet connaissant.sens au sujet en quête d'un but.108 TH. monde de la marchandise). Celui-ci. mais ces éléments vivent si exclusivement par la vertu de ces lois. comme la première. il faut d'abord faire l'expérience de quelque chose qui se rapporte au Traumasein que cette question signifie. celle des créations humaines (Menschengebilde) ne possède aucune substantiate lyrique : ses formes sont trop rigides pour s'adapter à l'instant créateur de symboles . chosiste (dinghaft) et mort. étrangères au sens et reste pour cette raison insaisissable et inconnaissable dans sa véritable substance» (1). et partout présent dans sa multiplicité à l'ensemble indominable {unùbersichtlich\ un monde aux lois rigoureuses qui aussi bien dans le devenir que dans l'être. peutêtre pourri. A l'endroit où il se rapproche le plus de cette problématique Lukacs dit : «la seconde nature. dans le sens des sciences naturelles il ne peut être déterminé que comme système de nécessités connues. le sédiment de contenu de ses lois est trop déterminé pour pouvoir abandonner les éléments qui servent de point de départ (Veranlassung) essayiste dans la poésie lyrique . ADORNO plan philosophico-historique général un monde plein de sens (sinnerfùllt) et vidé de sens {sinnnentleert). (monde immédiat et aliéné. Lukacs a déjà aperçu l'étrangeté et le caractère énigmatique de ce problème. Elles forment le monde de la convention : un monde tout puissant auquel n'échappe que la partie la plus intérieure de l'âme. mais qui pourtant n'offre ni un . Ce monde est une deuxième nature . la «première nature» est pour Lukacs la nature. et cherche à décrire ce monde aliéné. que les choses qui ne peuvent plus être déchiffrées et qui nous sont devenues étrangères se dévoilent comme chiffres. W. L'histoire-nature n'est pas une synthèse des méthodes des sciences naturelles et des sciences hitoriques. elle aussi aliénée. en tant que monde des choses produites et perdues par l'homme. ni ne sont pour l'âme les réceptacles naturels de sa débordante intériorité. manquent tellement de capacité d'existence sensible indépendante de celles-ci. elles constituent un simple étant. mais elles ne portent ni la consécration de l'absolu en soi. peut-être puissant. qu'ils se .

en tant que révolu. l'autre face du phénomène est ceUe où la nature même se présente comme nature éphémère (vergângliche).NA TURE 1 09 voient sans elles réduits au néant. Alors que Lukacs laisse l'historique (Historische) en tant que révolu (Gewesenes) se re transformer en nature. comme histoire. est celui-là même qui est compris sous celui d'histoirenature. Le discours de l'ossuaire contient le moment du chiffre . l'histoire figée est nature. tout cela signifie quelque chose mais doit tout d'abord être déterré.L 'IDÉE D 'HISTOIRE . mis ici sur pied comme possibilité métaphysique. l'acte métaphysique d'un réveil spirituel. Cet ossuaire Lukacs ne peut le penser autrement que sous la catégorie de réveil théologique. C'est certainement dans ce moment à caractère éphémère que s'inscrit le point où histoire et nature convergent le plus profondément. A partir du moment où la philosophie saisit le moment de l'éveil de ce qui a caractère de chiffre (Chiffrenhaft). jamais par contre à même d'être vécue par une autre intériorité» (2). et en a fait un objet d'interprétation philosophique. C'est à Benjamin que l'on doit le tournant décisif quant au problème de l'histoire-nature . par principe de différent de la philosophie de l'histoire lukacsienne . incapable d'éveiUer à nouveau l'intériorité . Le problème de ce réveil. de ce qui est figé. Cette nature n'est pas muette. à savoir. Deux citations de Benjamin sont complémentaires à celles de Lukacs : «La nature leur (aux poètes allégoriques) apparaît comme passé (Vergdngnis) éternel dans lequel le coup d'oeil saturnin de chaque génération a reconnu l'histoire» (3). sous l'horizon eschatologique. il a ramené le réveil de la seconce nature d'un éloignement infini à une infinie proximité. ou bien le vivant figé de la nature est simplement devenu (Gewerdenheit) historique. par deux fois apparaît le mot passé (Vergdngnis) et éphémère (Vergànglichkeit). (Gewesenen) en nature . elle le fait en tant qu'écrit (Schrift). . Ce que Lukacs a ici en vue est la transformation de l'historique (Historischen). sensible (sinnfiillig) et étrangère au sens comme la première : elle est un complexe de sens figé. Il y a là quelque chose. «Lorsqu'avec le Trauerspiel l'histoire se déplace vers le théâtre. elle est un ossuaire d'intériorités mortes et ne pourrait pour cette raison être éveillée si cela était possible que par l'acte qui la créa dans son existence première et la maintint dans son existence éthique (sollenden). Sur le visage de la nature apparaît «histoire» dans les signes écrits du passé» (4). elle en arrive à former et affiner le concept d'histoirenature.

il s'agisse d'un rapport historique s'expUque ainsi : «la vision profonde et romantique de ces penseurs. nommément l'éphémère. L'histoire dans tout ce qu'elle a. toute harmonie classique de la forme. de douloureux et de manqué. sous la catégorie déterminante de temps. Allégorie veut dire. d'inachevé. qui s'exprime de manière significative comme énigme dans cette figure de son déclin naturel. W. leur permet de fixer le rapport entre symbole et allégorie de manière pénétrante et formelle. est ceUe de la constellation. la nature. et le signifié. ce qui s'exprime n'est rien d'autre qu'un rapport historique. cest pourquoi on la dit abstraite et contingente. dont le moment constitutif aurait pour fondement une structure conceptualisable de manière générale. Que signifie ici le discours de l'éphémère. cette histoire ne signifie que par les stations de son déclin. dès le début. l'allégorie présente à celui qui la contemple le fades hippocratica de l'histoire comme paysage (Urlandschaft) figé. Benjamin part du fait que l'allégorie n'est pas un rapport de simple contingence secondaire. tout ce qui est humain. mais d'une constellation . et que veut dire préhistoire (Urgeschichte) du signifier (Bedeutens) ? Je ne pourrai pas développer ces concepts de manière appropriée. Elle n'est pas un signe contingent pour un contenu que celui-ci masquerait. Le thème de l'allégorique est tout simplement histoire. de l'exposition baroque et profane de l'histoire. c'est l'historicité biographique d'un individu (einzelnen) et non simplement la nature de l'existence humaine. représentation sensible d'un concept. Tant de signification. de manière courante. Cette autre structure logique. Et aussi vrai qu'il lui manque toute liberté «symbolique» de l'expression. Il ne s'agit pas d'une expUcation de concepts. ADORNO Les questions posées selon l'idée d'histoire-nature ne sont pas pensables comme interprétation de l'histoire concrète. La relation de ce qui apparaît (Erscheinenden) allégorique et du signifié (Bedeuteten) n'est pas contingente et simple signe (zeichenhafte) mais quelque chose de particulier se joue là elle est expression et ce qui se joue dans son espace. tant d'abandon à la mort. séparés les uns des autres.110 TH. mais entre l'aUégorie et le signifié (Gemeintem) allégorique existe une relation chosale (Sachbeziehung) : «l'allégorie est expression» (5). est le récit de la passion du monde . D s'agit d'une forme logique différente par principe de celle de développement à partir d'un «projet». Qu'entre ce qui apparaît. Le cur de la vision allégorique. qui n'est pas en tant que telle à analyser ici. ou plutôt d'une tête de mort. parce que c'est la mort qui creuse le plus profondément la ligne de démarcation dentelée entre physis et signification» (6). Alors que dans le symbole la sublimation (Verkldrung) du déclin révèle fugitivement la face transfigurée de la nature dans la lumière de la rédemption. le fait d'avoir porté la sémiotique dans ce domaine. prend la forme d'un faciès.

Benjamin la conçoit sous le signe de l'éphémère. et l'histoire. elle recèle ainsi en soi le moment de l'histoire. contient en elle le motif de l'histoire. existant originellement. ne s'ouvrent pas l'un à l'autre. . en tant qu'éphémère. mais qu'ils se brisent et s'entrelacent en même temps. l'idée de nature et celle d'histoire. D'où «pré-histoire du signifier». Tout être. mais que la pré-histoire même. Le «signifier» cesse d'être un problème de l'herméneutique philosophico-historique ou même du sens transcendental.NA TURE 11 1 d'idées . Cette relation allégorique permet en soi de cerner l'idée d'une méthode qui pourrait réussir à interpréter dans ses traits.L 'IDÉE D 'HISTOIRE . à partir du moment constitutif où l'histoire se transsubstantifie en pré-histoire. Il ne s'agit pas de montrer simplement que des motifs pré-historiques réapparaissent dans l'histoire elle-même. La chute d'un tyran est quelque peu semblable. signifié dans l'allégorisé et qui revient dans celui-ci. Le développement d'une telle conception est à nouveau l'idée d'histoire-nature. dans le langage baroque. au crépuscule du soleil. que ce monde de la convention s'approche de nous. tout être révolu se transforme . l'histoire concrète comme nature. car ces idées s'assemblent dans la facticité historique concrète qui se dévoile dans son unicité temporelle (EinmaUgkeit) dans le lien de chacun de leurs moments. chercher à les expliciter ne peut être l'intention en question. passé. Elle l'est en signe de «signification». il se déchiffre parce que c'est précisément son caractère éphémère qui se dévoile comme sa signification. chaque fois qu'apparaît la seconde nature. Chaque manifestation de l'élément historique renvoie à l'élément naturel qui disparaît en lui. Ce sont des idées auxquelles on ne peut pas recourir comme à des «invariants» . ne signifie rien d'autre que ce rapport entre nature et histoire : tout être et tout étant n'est à saisir que comme entrelacement d'être historique et d'être à caractère naturel. la pré-histoire est absolument présente.. comme signe pour la nature. et à dialectiser la nature dans les signes de l'histoire. La détermination fondamentale du caractère éphémère de ce qui est terrestre. En tant qu'éphémère. ou au moins tout être advenu (gewordene). doit se répéter comme lettre-caractère (Buchstabenhafte). là où eUe se donne pour le plus historicisée. Le terme «signification» veut dire que les moments nature et histoire. à savoir les idées d'éphémère et de signifier. Et inversement. Comment ces moments sont-ils reliés les uns aux autres ? La nature en tant que création. par quoi celle-ci cesse d'être une simple catégorie de l'histoire de l'art. La nature elle-même est éphémère. La conception de Benjamin est tout d'abord et l'on doit aller plus loin telle que tout phénomène fondamental (Grundphànomen) pré-historique. en allégorie . de manière à ce que le naturel apparaisse comme signe pour l'histoire.

comme sens ou structure fondamentale d'une époque. il n'a absolument pas su saisir la réaUté matérielle (material-gefullte). j'ai montré comment. Pour articuler l'idée d'histoire-nature. Ce que j'ai en tête. Cette tentative d'ontologie historiste a échoué chez Dilthey. ADORNO Après avoir ainsi indiqué l'origine de l'idée d'histoire-nature. devrait former un tout. L'idée que je me fais de l'histoire-nature n'est pas une «ontologie historiste» . tout étant se transforme en décombres et fragments. L'historique serait ainsi. j'examine un second problème en partant du côté opposé (et cela va directement dans le sens de la discussion francfortoise). En fait c'est le point de départ du questionnement. en un ossuaire. rendu par le naturel et le pré-historique même. eUe n'est pas une tentative de saisir la relation entre des états de choses qui. D'un autre côté. Et parce qu'il apparaît allégorique. dans un certain sens. et de l'hypostasier de manière ontologique. est ontologique. Ce que j'entends ici par tournant ontologique. sous le signe de l'éphémère. Le lien entre ces trois passages se situe dans la façon de représenter l'ossuaire. pourrait-on dire. Mais si la philosophie en restait à encaisser ce choc. Mais ce n'est pas là le sens de ce que je veux dire. c'est quelque chose de simplement énigmatique . au sein duquel on peut découvrir sa signification. où nature et histoire s'entrelacent et où la philosophie de l'histoire trouve l'objet de son interprétation intentionnelle. le point de rencontre (Begegnende) historique devrait être transfiguré en quelque chose de "signifiant (Sinnhaftes). serait une façon ^enchanter (Verzauberung) l'histoire. à . le caractère de nature de l'histoire. C'est ainsi un double tournant qui est effectué. l'histoire elle-même pousse à un tournant qui. mais de comprendre la facticité historique dans son historicité même : comme histoire-nature. C'est pourquoi je ne me réclamerai pas plus longtemps de cette expression. de construire des images archaïques (Urbilder) épochales. parce qu'il s'est cantonné au domaine de l'histoire des idées (Geistesgeschichte) et. Chez Lukacs. est quelque chose de complètement différent de ce qui est aujourd'hui couramment compris sous ce terme. je peux aller plus loin. Mais selon la pensée radicale de l'histoire-nature. Il ne s'agit pas. et j'ai cherché à montrer de quelle manière historique concrète le questionnement ontologique est à radicaliser. parce qu'il n'a pas pris la facticité suffisamment au sérieux. comme le fit en quelque sorte Dilthey. W. cela devient un chiffre qui est à lire. chez Benjamin. qui est étonnant.112 TH. à la place de cela. D'un côté. qu'à l'aide de concepts de styles de pensée inconciliables. j'ai ramené la problématique ontologique à celle de la forme historique. dans toutes ses contingences. mais l'introduis simplement de manière dialectique.

à chaque fois. (*) Cf. .L 'IDÉE D 'HISTOIRE ¦ NA TURE \ \3 savoir. Bonn 1929 . 5 «der Frankfutgter Studien zur Religion und Kultur der Antike». La méthode différenciée qui mène à l'histoire-nature consiste. Annanke. Je pense justement que la nouvelle ontologie a abouti à quelque chose de très fructueux avec la conception de cet être-disponible (Gefùgtsein). comme quelque chose qui se situe entre le matériau naturel mythique-archaïque de l'histoire. à l'aide d'une soi-disant unité de synthétiser ce partage de la structure historique par ces déterminations. et c'est seulement lorsque cette antithèse est expUcitée que l'on a une chance de réussir à construire l'histoire-nature. Tyche.T. Cette discontinuité au sein de laquelle je ne vois pas. Les résultats pragmatiques qui se présentent à nous. mais aussi des disparités de type structurel. du passé révolu. telle qu'elle se présente à nous se donne de part en part comme un discontinu . avant tout. nouveau dans un sens expressif. Lorsque Riezler* parle de trois déterminations de l'historicité. je n'essaierai pas. et non seulement dans la mesure où elle comprend des états de choses ou de faits disparates. teUes qu'elles apparaissent dans le langage de la philosophie. comme déjà dit. et symbole dynamiques. Cohen.). à tout d'abord accepter et prendre ces deux structures problématiques et indéterminées dans leur opposition. Bd. la philosophie de l'histoire est en tout temps confrontée à un tel entrelacement de l'existant originel et du nouveau en devenir (neu Werdenden). en même temps comme nature alors il en serait de même que lorsque Hegel reprochait à Schelling sa nuit de l'indifférence. de lès distinguer et de les opposer l'un à l'autre . sans anticiper sur l'unité de cette dernière. Comment échapper à cette nuit ? C'est ce que je voudrais encore indiquer. La tâche de la philosophie de l'histoire est en premier lieu de dégager ces deux moments.D. face aux résultats proposés par la recherche. et la spontanéité. dans laquelle tous les chats sont gris. Il faut partir de ce que l'histoire. le droit de transférer une totalité structurelle (Strukturganzheit) se présente. Je rappelle que dans le domaine de la recherche en psychanalyse cette opposition est examinée en toute clarté : dans la distinction entre symboles archaïques auxquels ne se rattache aucune association. Kurt Riezler. Frankfurt 1933 . et ce qui y apparaît dialectiquement nouveau. en particulier sur le concept de Gefuge (structure disponible). Uber Gehundenheit und Freiheit des gegenwàrtigen Zeitalters. ainsi que : Parmenides. que ce qui est histoire se présente. La problématique de ces catégories m'est claire. pp 17 et suivantes (N. opposées et pourtant repliées les unes dans les autres. intra-subjectifs et intra-historiques qui se laissent éliminer et peuvent être reconstitués en actualité psychique et en savoir actuel. On doit le faire d'autant plus que.

Ou encore. de se déplacer sous les étoiles. déjà là sous forme dialectique telle. Et nous avons à nous débarrasser de la tromperie que constitue ce caractère statique des éléments mythiques si nous voulons aboutir à une image concrète de l'histoire-nature. celui qui détruise ses propres créations. la conscience est tombée dans la tentation de Vidéalisme : l'esprit. la représentation d'un monde d'idées statiques. mais aussi celle des mythes qui brisent toute dialectique. . On peut voir. Cependant les Idées ne prennent pas part à ce monde . L'histoire est «le plus mythique. n'est pas du tout un fondement statique. W. «ce qui est à chaque fois nouveau» (jeweilig Neue) ce qui est produit dialectiquement dans l'histoire. elles se trouvent contraintes. le moment de la dialectique historique est déjà présent . et comme elles ne prennent aucune part au mouvement du monde. à travers cette aliénation du monde de l'expérience humaine aux Idées.Dès l'époque de Platon. Le monde des phénomènes (Erscheinungen) mêmes est. ses enfants. et l'histoire aliénée sont portés à l'absolu au prix de leur vie (Lebendigkeit). que le fondement archaïque-mythique. non-dialectiques. Le moment de la dialectique consiste en ce que les mythes tragiques recèlent en eux. ainsi que le nouveau-historique (GeschichtlichNeue). banni du monde. A l'origine. elle réconcilie ce destin à partir de lui-même (aus sich selbst heraus) . renvoie à Platon (7). du «contresens» des mots archaïques (Urworte) J. que les données mythiques fondamentales sont en elles-mêmes contradictoires et se meuvent de cette façon. ADORNO nous donnent une indication pour cela. à la fois la chute dans la faute et la nature. se présente comme archaïque. mais visiblement dominé par les Idées. qu'en même temps. et le fait qu'il soit. chez Platon. C'est un monde délaissé. C Que l'on se rappelle le phénomène de l'ambivalence. et à vrai dire. parce qu'elle comprend le déclin (Verfallensein) de l'homme fautif par son lien à la nature et. Le mythe de kronos en est un exemple : la force de création extérieure de dieu. Cela est déjà l'expression de l'état d'une conscience qui a perdu sa substance naturelle comme immédiateté. de son destin. si l'on observe le mythiquearchaïque lui-même. en même temps. là où elle se . et le moment de la réconciliation. l'homme nait ainsi. Elles deviennent statiques : pétrifiées. en tant qu'homme. en réalité en friche. mais qu'au contraire dans tous les grands mythes.1 14 TH. dans ce cas. ne font qu'un. la mythologie qui est le fondement de la tragédie. ce prétendu mythique substantiel qui persiste. dans toutes les images mythiques que notre conscience possède encore. afin de pouvoir résister à sa dynamique. D'un autre côté. le dépassement (Hinausgehen) principal des liens naturels. est toujours en soi dialectique.

il faut remarquer le moment de la menace qui est toujours le propre de cette apparence . (que l'on pense à Wagner) mais parce que le caractère du mythe même se répète dans ce phénomène historique de l'apparence. de même ses constituants (Schein-gehalte) produits historiquement sont-ils toujours de type mythique. Il s'agirait par exemple de montrer que lorsqu'on constate le caractère d'apparence de certains logements. De même que le moment de l'apparence est inhérent à chaque mythe et que. elle n'est pas quelque chose dont le caractère apparent serait simplement à écarter. En se donnant pour signifiante. la dialectique du destin mythique est toujours inaugurée par l'apparence. Et finalement. je parle de l'apparence dans le sens d'une deuxième nature. Je rappelle l'émotion qui accompagne toujours les uvres d'art mineures et non les plus grandes. serait ici à analyser. du reconnaître. cela également. telle qu'il en a été question. est un moment mythique de l'apparence. Le phénomène du déjà-vu. renvoie aussi à un tel moment mythique. à vrai dire. Je veux parler du moment de la ré- . Plus encore. c'est que l'être infra-historique soit une apparence de ce même genre mythique. comme dans l'allégorie. De même le moment de la réalité de l'apparence par rapport à celui de son simple caractère d'image (Bildlichkeit) : partout où nous la rencontrons. le phénomène originel (Urphànomen) mythique de l'angoisse se répète devant une telle apparence intra-historique aliénée. Mais ce qui est remarquable. Dégager ceci serait un vrai problème de l'histoire-nature. ou que dans l'art tout ce qui a un caractère apparent renvoie au mythe. Au lieu de développer ces idées de manière générale. et l'apparence en elle est produite historiquement. mais elle exprime quelque chose qui apparaît et qui indépendamment d'elle serait indescriptible .L 'IDÉE D 'HISTOIRE . et qui peut seulement être reconnu.NA TURE \\5 donne pour le plus historicisée». Une peur archaïque nous surprend chaque fois que le monde apparent de la convention nous fait face. est encore le propre de l'apparence. qu'elle ait pour caractère de tout engloutir comme dans un entonnoir. nous ressentons l'apparence comme expression. celle-ci est apparentée à la pensée de ce qui est advenu de tout temps. cette seconde nature est apparence. je propose un exemple : celui de l'apparence (Schein) . Elle est apparente parce que la réalité nous est perdue et que nous croyons la percevoir comme pleine de sens. sous les formes de Vhybris et de l'aveuglement. alors qu'elle en est vidée ou que. C'est ici que se trouvent les plus grandes difficultés. et pas seulement parce qu'ils remontent au pré-historique-archaïque. nous lisons sa signification dans ces intentions subjectives qui nous sont devenues étrangères. le motif transcendant décisif du mythe. celui de la réconciliation. Plus encore.

Ursprung des deutschen Trauerspiels. En vérité. cit. cit. lorsque le monde est le plus hermétiquement fermé à tout «sens». Berlin 1928. où celle-ci. dans son paraître (Sosein). p. 178. que la promesse de la réconciliation est donnée de la manière la plus complète. cit. cit. se donne comme quelque chose de produit historiquement : c'est àdire. Kierkegaard. c'est le matériau historique lui-même qui se transforme en mythe et en histoire-nature. On pourrait ainsi montrer que ce qui a été exposé. p. La dialectique historique n'est pas simple reprise d'un matériau pré-historique auquel on a donné un autre sens. op. 160. (4) idem. Berlin 1920. c'est là. Die Théorie des Romans. (5) idem. Je voulais aussi parler du rapport de ces choses au matérialisme historique. op. Begriff der Ironie. à l'apparence produite par la dialectique sujet-objet. 1929 p. mais de son interprétation immanente. dans le langage courant de la philosophie. Lukacs. Université de Francfort (traduit de l'allemand par Ph. la seconde nature est la première. (2) idem. Berlin-Mùnchen. p. Je veux renvoyer avec cela. à la structure du pré-historique de l'apparence même. Je me place pour ainsi dire en instance de juge de la dialectique matérialiste. p. (7) pour la suite cf. op. Despoix) NOTES (1) G.. mais puis simplement dire ceci : il ne s'agit pas du complément d'une théorie par une autre.116 TH. . (6) idem. p. 164. 52. est simplement une interprétation de ses éléments fondamentaux. 78 et suivantes. p. (3) W. 176. op. ADORNO conciliation que l'on trouve chaque fois que le monde est représenté avec le caractère apparent le plus accentué . Benjamin. W. 54.