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Master Mention Sciences Géographiques Master 1 Spécialité CRES L'agriculture écologique : un système alternatif
Master Mention Sciences Géographiques Master 1 Spécialité CRES L'agriculture écologique : un système alternatif
Master Mention Sciences Géographiques Master 1 Spécialité CRES L'agriculture écologique : un système alternatif

Master Mention Sciences Géographiques

Master 1

Spécialité CRES

L'agriculture écologique : un système alternatif viable ?

Application à la ville de Barcelone

Paul Joveniaux

viable ? Application à la ville de Barcelone Paul Joveniaux Sous la direction de : PEREZ

Sous la direction de : PEREZ Sandra

2015

Paul Joveniaux Sous la direction de : PEREZ Sandra 2015 UFR Espaces et Cultures 98, BD

UFR Espaces et Cultures 98, BD Edouard Herriot 06204 Nice

NOTICE ANALYTIQUE MASTER CRES

M1

□ M2

 

NOM

 

PRENOM

 

AUTEUR

JOVENIAUX

 

PAUL

 

TITRE

L'agriculture écologique à Barcelone : un système alternatif viable ?

UNIVERSITE DE NICE – SOPHIA ANTIPOLIS

Nom & Prénom du Tuteur Universitaire

Stage sous convention:

Nom & Prénom du Tuteur Professionnel

Organisme et Lieu

 

Perez Sandra

   
 

Nb. de pages

Nb. de volumes

Nb.

Nb. de réf. Biblio.

COLLATION

d'annexes

58

 

1

 

68

MOTS-CLEFS

Agriculture, Écologie, Industrie Agro-alimentaire, Développement Durable

   

Année Universitaire :

TERRAIN D'ETUDE OU D'APPLICATION

 

BARCELONE

   

2014 / 2015

SOMMAIRE :

 

Introduction

p.1

1)

Les systèmes alternatifs à l'agriculture conventionnelle

1.1) La nécessité de changer de modèle de production

p.2

1.2) Les différentes alternatives existantes

p.7

1.3) Changer d'échelle : l'agriculture locale

p.15

2)

L'agriculture écologique à Barcelone : un système développé et en développement

2.1) Méthodologie : rencontres et interviews

p.19

2.2) Présentation de l'état existant

p.31

2.3) Les réseaux

p.35

3)

Une alternative viable et efficace ?

3.1) L'accessibilité aux produits écologiques à Barcelone

p.38

3.2) Quartiers riches : quartiers bio ?

p.41

Conlusion

p.48

LISTE DES SIGLES UTILISÉS :

AB : Agriculture Biologique

ALENA : Accord de Libre-Échange Nord-Américain

AMAP : Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne

CCPAE : Consell Català de la Producció Agrària Ecològica

CEE : Communauté Économique Europénne

F1 : hybrides de première génération (fécondée une fois)

FADEAR : Fédération Associative pour le Développement de l'Emploi Agricole et Rural

FAO : Food and Agriculture Organization of the United Nations

FARRE : Forum des Agriculteurs Responsables Respectueux de l'Environnement

FEADER : Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural

FNSEA : Fédération Nationale des Syndicats des Exploitants Agricoles

GNIS : Groupement National Interprofessionnel des Semences

IDESCAT : Instituto de la Estadística de Cataluña

IFOAM : International Federation of Organic Agriculture Movements

INE : Instituto Nacional de la Estadística

INSEE : Institut National de la Statistique et des Études Économiques

MODEF : Mouvement de Défense des Exploitants Familiaux

OGM : Organisme Génétiquement Modifié

PAC : Politique Agricole Commune

PACA : Provence – Alpes – Côte d'Azur

PACA : Acord per a la Producció i el Consum Agroecòlogics

PSC : Produit de Substitution aux Céréales

SAT : Système Alimentaire Territorial

SAU : Surface Agricole Utile

SCP : Sociedad Civil Privada

SMIC : Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance

TAFTA : Transatlantic Free Trade Area

9N : 9 Novembre 2014 (jour du vote pour l'Indépendance en Catalogne)

15-M : 15 Mai 2008 (jour des grandes manifestations des Indignés en Espagne)

REMERCIEMENTS :

En premier lieu, je tiens à remercier toutes les personnes que j'ai rencontré à Barcelone et qui m'ont aidé à réaliser ce travail : Alexia (bénévole), José Luis (ancien professeur d'urbanisme), Albert (cuisinier, producteur écologique), Marta (consommatrice de produits bio), Martí (producteur écologique), Miguel (retraité), Roberto (bénévole), Joao (producteur écologique), Andreu (gérant d'un distributeur de produits bio), Xavi (salarié dans un distributeur de produits bio), Sabina, David et Miguel (bénévole dans un potager), Maria (amie) et Xosé Armesto (professeur d'Agriculture).

Je voudrais remercier ma professeur qui m'a permis de travailler sur le thème que je souhaitais :

Sandra Perez.

J'aimerais également remercier des personnes que je ne connais pas personnellement, mais qui m'ont fait prendre consience de l'importance de travailler sur l'agriculture écologique : Pierre Rabhi (philosophe, écrivain), Marie-Monique Robin (journaliste, réalisatrice et écrivaine), Claude Bourguignon (ingénieur agronome), Dominique Guillet (fondateur de l'association Kokopelli) et Coline Serreau (actrice, réalisatrice).

Enfin, je remercie ma famille pour son aide et son soutien.

PRÉSENTATION DU CADRE DE DÉROULEMENT DE LA RECHERCHE :

Je suis parti en Erasmus à Barcelone afin de réaliser mon premier semestre de Master 1, en Aménagement et Gestion de l'Environnement. Suite à ce semestre, je suis entré en contact avec

mon tuteur universitaire à Nice, qui a accepté que je travaille sur la problématique qui m'intéresse :

le développement de l'agriculture écologique. J'ai réalisé une bonne partie de mon mémoire à Barcelone. J'ai commencé par définir le sujet et la problématique, puis j'ai récolté des données. Durant quelques semaines, je suis allé à la rencontre de nombreuses personnes dans des associations, des coopératives, des potagers urbains, des exploitations écologiques, des

distributeurs de produits biologiques, des boutiques spécialisées

Toutes ces rencontres m'ont

aidé à comprendre le fonctionnement et le développement de modèles agricoles alternatifs. Une fois toutes les données récoltées, je suis rentré à Nice pour rédiger et terminer le mémoire.

Introduction :

De nombreuses initiatives visant à développer des systèmes alternatifs de production agricole et de commerce alimentaire émergent, particulièrement depuis les années 2000. De plus en plus importante, c'est la prise de conscience des effets néfastes de l'agriculture industrielle sur la santé et l'environnement qui encourage la naissance de tels mouvements. En effet, un bon nombre d'études récentes ont prouvé que les intrants utilisés en agriculture conventionnelle (pesticides, fertilisants, hormones de croissance, OGMs, etc), particulièrement l'exposition directe et indirecte aux pesticides, peuvent être responsables de troubles de la reproduction, de troubles neurologiques (notamment des maladies de Parkinson et Alzheimer), et de cancers (leucémie, cancer de la prostate, du cerveau, etc) 1 . Ces intrants chimiques participent également à la pollution de l'environnement, réduisant fortement la biodiversité et la fertilité des sols, contaminant les eaux et l'atmosphère. De plus, que ce soit pour le fonctionnement des machines agricoles, pour la fabrication des fertilisants chimiques et des pesticides, ou pour le transport des aliments, l'agriculture conventionnelle repose aujourd'hui sur l'industrie pétrolière. Or, nous savons que les réserves de pétrole sont limitées, et non renouvelables. Face à la crise environnementale et au caractère non durable de cette agriculture conventionnelle, il est légitime et nécessaire de repenser ce système agricole, et de l'orienter vers un système plus respectueux de l'environnement et viable à long terme. Cette idéologie n'est pas nouvelle et beaucoup de systèmes agricoles alternatifs ont vu le jour, de l'agriculture raisonnée à la permaculture, en passant par l'agroécologie. Nous pouvons alors nous demander comment ces alternatives s'adaptent au système urbain, c'est-à-dire comment nourrir sainement la population en ville de manière durable, en ayant un impact moindre sur l'environnement. Ainsi, dans ce mémoire, nous allons nous intéresser à ces "nouveaux" systèmes de productions et de ventes agricoles, avant de voir comment ils se développent et s'organisent au sein de la métropole de Barcelone, pour enfin étudier leur efficience et leur viabilité.

1 Association Santé Environnement France (2015). "Les pesticides : quelles conséquences pour la santé ?" http://www.asef-asso.fr/mon-jardin/nos-syntheses/2124-l-usage-de-pesticides-quelles- consequences-pour-la-sante

1) Les systèmes alternatifs à l'agriculture conventionnelle

1.1)

La nécessité de changer de modèle de production

Comme nous l'avons énoncé dans l'introduction, l'agriculture conventionnelle (également appelée agriculture industrielle ou moderne) ne peut être considérée comme durable. Apparue après la seconde guerre mondiale, elle s'est développée avec la mécanisation, dans une perspective productiviste. Elle représente un désastre écologique. Effectivement, l'utilisation massive des pesticides sur de grandes monocultures, la pratique du labour et le piétinement du sol par les engins tuent la microbiologie des sols, qui est pourtant indispensable à leur fertilité 2 . La majorité de ces sols sont morts, ils sont cultivés uniquement grâce aux engrais chimiques et aux produits phytosanitaires, qui coûtent cher aux agriculteurs. Ce système est donc fortement dépendant de l'industrie chimique.

De plus, ce manque de vie biologique dans les sols provoque une forte érosion, car ces micro- organismes créent la porosité des sols, et donc leur capacité à absorber l'eau. Sur un sol "mort", une croûte de battance est rapidement formée, favorisant ainsi le ruissellement, l'érosion et donc la dégradation des sols (voir figure 1 ci-dessous). Ce phénomène augmente le risque d'inondation, et, empêchant les processus d'infiltration et de percolation, appauvrit les nappes phréatiques 3 .

et de percolation, appauvrit les nappes phréatiques 3 . Figure 1 : Formation d'une croûte de

Figure 1 : Formation d'une croûte de battance 4

2 Bourguignon C. Et L. (2008). "Le sol, la terre et les champs" Ed. Sang de la Terre

3 Fox D. (2012). Cours sur la dégradation des sols, Licence deuxième année, Université de Nice Sophia Antipolis. 4 http://unt.unice.fr/uoh/degsol/, photo : A. Ruellan

En plus des sols, les pesticides répandus sur les cultures tuent également les insectes pollinisateurs comme les abeilles, les bourdons ou les papillons, qui sont indispensables à la fécondation d'environ 70% des plantes consommées par les hommes (FAO, 2005) 5 . Selon Dominique Guillet, en 2009, les ruchiers aux Etas-Unis ont perdu 30% des colonies d'abeilles sur la côte Est et dans le Sud, 70% sur la côte Ouest 6 . Selon lui, la disparition des abeilles serait due à l'épandage des pesticides, mais également à la pollution électro-magnétique (tours de téléphonie mobile troisième génération très puissantes) et à l'insémination artificielle des reines mères, qui détruit la diversité génétique des abeilles.

En France et dans les pays développés en général, la majorité des exploitations potagères cultivent des variétés hybrides F1, c'est-à-dire de première génération, qui sont apparues avec la "Révolution verte" dans les années 1960. Ces semences hybrides, qui seraient plus rentables et plus résistantes que les variétés classiques 7 , créent une dépendance des agriculteurs vis-à-vis des semenciers car elles ne peuvent pas s'autoféconder (elles le peuvent mais, du fait de leur instabilité génétique, la deuxième génération serait beaucoup moins productive et homogène) 8 . Ainsi, les agriculteurs rachètent et sèment chaque année les semences hybrides F1. Pour avoir un ordre d'idée, dans le catalogue français des variétés autorisées et vendues sur le marché, définit par le Groupement National Interprofessionels des Semences et plants ou GNIS, il s'avère que 99,5% des variétés de tomates sont des hybrides F1. De surcroît, ce marché est un oligopole, car 75% des semences potagères mondiales sont contrôlées par 5 multinationales, dont Monsanto qui est la plus importante. Ainsi, la diversité génétique des variétés de plantes est très réduite. En France, il est interdit de vendre ou de distribuer des variétés qui ne sont pas cataloguées 9 .

En outre, aujourd'hui, il est estimé que l'agro-industrie, qui englobe toutes les industries en relation avec l'agriculture (secteur agroalimentaire, industries d'intrants chimiques, et industries de ressources non alimentaire), émet 40% des gaz à effet de serre 10 . Elle serait donc le deuxième domaine le plus polluant après le transport (sachant que l'agro-industrie utilise grandement le domaine du transport). Elle participe donc de manière importante au changement climatique. Sur les figures 2 et 3 ci-dessous, nous pouvons observer que le secteur agricole contribue à près des deux tiers des émissions de méthane en France, et aux trois quarts des émissions de protoxyde d'azote.

5 Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (2005). "Protéger les pollinisateurs"

6 Serreau C. (2010). "Solutions locales pour un désordre global" Ed. Montparnasse

7 Phénomène appelé "effet hétérosis", renié par certains comme Jean-Pierre Berlan, ancien directeur de l'Inra de Montpellier.

8 Inf'OGM (2012). "Hybrides F1 : un outil efficace pour mettre les paysans sous dépendance"

9 Serreau C. (2010). "Solutions locales pour un désordre global" Ed. Montparnasse

10 Aguilar N. (2012). "Cultures en transition" Milpa Films

Figure 2 : Contribution des diverses activités aux émissions de méthane (CH4) en France en

Figure 2 : Contribution des diverses activités aux émissions de méthane (CH4) en France en 2004 11

aux émissions de méthane (CH4) en France en 2004 1 1 Figure 3 : Contribution des

Figure 3 : Contribution des diverses activités aux émissions de protoxyde d'azote (N20) en France en 2004 12

Sur le plan économique, certes l'agro-industrie profite énormément à quelques grands groupes industriels (agro-alimentaires, chimiques, pharmaceutiques et pétroliers comme Monsanto, Prolea, Maïsadour, Total, etc), mais elle rend dépendant les agriculteurs qui doivent racheter sans cesse de nouveaux pesticides, de nouveaux engrais, de nouvelles semences, des engins, du carburant Les propriétaires des plus grandes exploitations (les plus productives) s'enrichissent et rachètent de nombreuses exploitations plus modestes. Ainsi, dans les pays industrialisés du Nord, un grand nombre d'exploitations agricoles disparaissent : selon l'Insee en France, le nombre d'exploitations agricoles a diminué de plus de 50% en 20 ans, passant d'environ 1 million en 1990 à 500 000 en 2010, pour un même volume de production agricole 13 . Une ferme serait abandonnée toutes les 23 minutes en France 14 . Dans les pays du Tiers Monde ou les pays en voie de développement comme l'Inde, une partie des agriculteurs, n'ayant plus les moyens de racheter les semences, engrais ou pesticides et n'ayant donc plus les moyens de se nourrir, se suicident. En Inde, un agriculteur se suiciderait toutes les demi-heures 15 . Les autres vont s'entasser dans les bidonvilles pour essayer de survivre. Au Brésil, les grandes exploitations représentent 75% de la SAU (Surface Agricole Utile) et 62% de la production, pour seulement 16% du total des exploitations agricoles. Le système de l'agriculture moderne pousse les petites exploitations à disparaître, à cause de cette dépendance à de nombreux produits qu'il faut racheter, mais également à travers ses politiques de subventions. Par exemple, 85% des subventions européennes vont à 17% des

11 Manicore (2010). "Combien de gaz à effet de serre dans notre assiette ?"

12 Manicore (2010). "Combien de gaz à effet de serre dans notre assiette ?"

13 Institut national de la statistique et des études économiques, (2010). Exploitations Agricoles

14 Aguilar N. (2012). "Cultures en transition" Milpa Films

15 Serreau C. (2010). "Solutions locales pour un désordre global" Ed. Montparnasse

exploitants, qui sont évidemment les exploitants les plus productifs et les plus polluants 16 .

Selon André Pochon (2009) 17 , la PAC (Politique Agricole Commune) a été fondée en 1958 par les États membres de la CEE (Communauté Économique Européenne) pour assurer l'autonomie alimentaire de l'Europe, formée par six pays en 1958. Elle repose alors sur trois principes :

celui de "préférence communautaire", c'est-à-dire un libre-échange où les produits agricoles peuvent circuler sans taxes à l'intérieur de la Communauté Européenne. Pour éviter de voir arriver sur le marché des produits moins chers venus d'ailleurs, des taxes sont imposées sur les importations dont les prix sont moins élevés qu'en Europe.

en cas de surproduction qui ferait baisser les prix en Europe, la Communauté prévoit de racheter cet excédent aux producteurs à un prix garanti : c'est le principe "d'intervention".

enfin, si la demande en Europe est trop faible, ces excédents sont revendus à d'autres pays grâce à des subventions données aux exportateurs : c'est le principe de "restitution". La Communauté comble alors la différence entre le prix acheté au producteur (plus cher) et le prix d'exportation (moins cher).

Cependant, les deux principes d'intervention et de restitution étaient censés être ponctuels, ils sont pourtant devenus continus après l'importation de soja et de produits de substituts aux céréales (PSC) pour nourrir les animaux, qui n'existait pas en Europe en 1960. Ainsi, ces produits importés non taxés remplacent les céréales européennes pour nourrir les animaux, et des millions de tonnes de céréales sont rachetés par la Communauté et vont s'entasser dans les stocks (36 millions de tonnes en 1991) 18 . Ces interventions coûtent cher. De plus, la restitution de ces stocks aux pays du tiers monde provoque une baisse des prix dans ces pays car il y a beaucoup plus d'offre. Plus l'Europe exporte les excédents (et subventionne les producteurs), plus les prix baissent dans les pays importateurs et plus l'Europe doit subventionner les producteurs (car ils doivent vendre moins cher avec la baisse des prix). C'est un effet boule de neige qui ruine les producteurs dans les pays du tiers monde, car leurs produits locaux valent plus cher que les céréales européennes importées, et qui coûte très cher à l'Europe, qui subventionne les exportateurs. Il en est de même pour la production laitière qui a explosé en Europe après la décision de subventionner les élevages industriels pour la production de lait en poudre.

la

Communauté Européenne fixe des quotas sur la production laitière. En 1992, la réforme

Après ces erreurs, l'Europe, à plusieurs reprises, a tenté de corriger

le

tir.

En 1984,

16 Aguilar N. (2012). "Cultures en transition" Milpa Films

17 Pochon A. (2009). "Le scandale de l'agriculture folle" Collection Grenelle de l'environnement. Ed. Du Rocher

18 Pochon A. (2009). "Le scandale de l'agriculture folle" Collection Grenelle de l'environnement. Ed. Du Rocher

MacSharry baisse les prix d'intervention sur le marché, et compense cette baisse avec des aides, données aux exploitations qui reduisaient leurs surface de 15%, et aux éleveurs qui ne dépassaient pas deux têtes de bétail par hectare. En 1999, dans le cadre de l'Agenda 2000, elle baisse encore les prix garantis d'intervention et augmente les aides. En 2003, nouvelle réforme importante avec le découplage entre aides et production (subvention unique par exploitation en fonction des primes touchées sur les trois années précédentes, indépendant de la production), mais ces aides sont touchées si les producteurs respectent certaines conditions « relatives à

l'environnement, à la sécurité alimentaire et au bien-être des animaux » 19 . De plus, les aides sont plafonnées (pas plus de 100 000 euros par exploitation) et dégressives au-dessus de 5000 euros par an (moins 3%), ce qui penche en faveur des petites exploitations. Enfin, la PAC prévoit d'orienter son budget vers le développement rural (création du FEADER 20 ), vers l'installation des jeunes agriculteurs et de délaisser l'intervention et les subventions données à l'exportation. Cette réforme, pourtant en rupture avec le productivisme, a été fortement critiquée par de nombreux

syndicats agricoles (Confédération Paysanne, FNSEA 21 , Modef 22

mais pas entièrement : le plafonnement des aides disparaît, la degressivité est limitée à 5% en une fois (au lieu de 3% cumulables sur 7 ans), et le contrôle sur les conditions environnementales est atténué. En 2009, la PAC consolide le projet de la réforme de 2003, en restituant le plafonnement des aides par exploitation, en augmentant la degressivité des aides, et en mettant en place une prime unique et identique à l'hectare. Une réforme bienveillante, mais arrivée avec trop de retard, qui n'est plus adaptée à la situation de l'époque selon André Pochon 23 , car l'Europe est davantage en pénurie qu'en excédent. La dernière réforme date de 2013 et n'est pas achevée. Elle encourage une répartition des aides plus équitables, des primes pour les jeunes agriculteurs (+ 25% sur les cinq premières années) et au moins 30% du FEADER « devront être alloués à des mesures agro-environnementales, à des soutiens à l'agriculture biologique ou à des projets liés à des investissements ou des mesures d'innovation favorables à l'environnement » (Le Monde, 2013) 24 . Ainsi, la PAC essaye de s'adapter aux crises agricoles, économiques et environnementales, mais reste fortement critiquée pour les subventions qui favoriseraient toujours les plus grandes exploitations, et qui défavoriseraient le développement des exploitations familiales (phénomène accentué dans les pays importateurs du tiers monde).

et elle finit par être adoptée,

),

Cette logique de libre-échange a beaucoup d'effets pervers. Prenons comme exemple l'ALENA

19 Vie Publique (2013). "La réforme de la PAC" http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/union-

20 Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural

21 Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles

22 Mouvement de Défense des Exploitants Familiaux

23 Pochon A. (2009). "Le scandale de l'agriculture folle" Grenelle de l'environnement. Ed. Du Rocher

24 Le Monde, International, Europe (2013). "Accord final sur la réforme de la Politique Agricole Commune"

(Accord de Libre-Echange Nord-Américain entre le Mexique, les États-Unis et le Canada), formé en 1992. Ce traité profite particulièrement aux pays développés, car les producteurs y bénéficient de subventions, d'une énergie bon marché et peuvent ainsi produire beaucoup pour pas cher. Depuis l'ALENA, le Mexique importe 30% de produits en plus (maïs par exemple), en majorité venus d'Amérique, ce qui a fait baisser les prix locaux de 66%. Ce phénomène fait disparaitre les paysans mexicains et augmente les flux de migration vers les États-Unis 25 . Aujourd'hui, un accord de ce type est en train de se passer entre les États-Unis et l'Union Européenne, le TAFTA (Transatlantic Free Trade Area ou Traité Nord-Atlantique). Ce traité en cours de négociation permettrait d'importer en Europe des produits américains, suivant des normes parfois interdites en Europe. Par exemple, l'accord pourrait conduire à l'importation d'OGMs ou de viande élevée aux hormones de croissance. De plus, les négociations pour ce traité se font à huis clos, dans la plus grande opacité 26 .

1.2)

Les différentes alternatives existantes

Nous avons vu que l'agriculture industrielle ne représente pas un système durable. En tuant les sols et les insectes pollinisateurs, en contaminant l'air et les eaux, en épuisant les ressources de pétrole et en affectant la santé de la population, elle ne pourrait que difficilement faire pire au niveau environnemental. Économiquement, nous avons vu qu'elle profite principalement aux grandes exploitations productives et à certaines grandes entreprises, qui sont généralement celles qui ont le plus d'impact sur l'environnement.

En réponse à ce système non respectueux de la nature et ne profitant seulement qu'aux grandes exploitations, de "nouveaux" systèmes de production agricole ont vu le jour. En réalité, il est difficile de dire que l'agriculture biologique et locale est un système nouveau, car avant la révolution industrielle, la population se nourrissait principalement de produits locaux. Ces alternatives sont souvent nées d'initiatives individuelles à l'échelle locale, mais peuvent apparaître aujourd'hui sous forme plus structurée, avec des labels, des certifications et des lois qui les encadrent (agriculture biologique en France par exemple). Ces démarches différentes de l'agriculture conventionnelle et intensive convergent vers les mêmes principes fondamentaux :

protéger l'environnement, distribuer des produits sains, de qualité et accessibles, s'inscrire dans des réseaux plus locaux, améliorer les relations producteurs/consommateurs, répartir les volumes de production agricole, etc 27 .

25 Robin M-M. (2012) "Les moissons du futur, comment l'agroécologie peut nourrir le monde" Ed. Arte.

26 Le Monde, les Décodeurs (2014). "Comprendre le traité TAFTA en 5 questions" http://www.lemonde.fr/les-

27 Agriculture Alternative, Définitions http://www.agricultures-alternatives.org/rubrique6.html?

Les modèles agricoles alternatifs seront ici présentés selon un ordre dans lequel les premiers sont ceux qui se rapprochent le plus de l'agriculture conventionnelle, et les derniers ceux qui s'en éloignent le plus.

l'agriculture raisonnée : elle représente le modèle le plus proche de l'agriculture conventionnelle. Située entre la préservation de l'environnement prônée par l'agriculture biologique et les objectifs de productivité de l'agriculture moderne, l'agriculture raisonnée cherche à concilier qualité et quantité, respect de l'environnement et accessibilité (prix) 28 . Elle n'interdit ni l'utilisation d'intrants chimiques, ni celle des OGMs, mais vise à les réduire en défendant une utilisation plus adaptée. Selon le FARRE (Forum de l'Agriculture Raisonnée Respectueuse de l'Environnement), en fonction des exploitations, ce modèle peut être intensif ou extensif. L'agriculture raisonnée est officielle depuis 2002, elle possède un cahier des charges reconnu et un dispositif de certification. Elle correspond à "l'Integrating Farming" ou Agriculture Intégrée venue de Grande Bretagne.

l'agriculture biologique : Selon Bernard Le Buanec (2012) 29 , le concept d'agriculture biologique prend ses racines dans les années 1920 en Allemagne, lorsque Rudolf Steiner met en avant « une méthode basée sur la doctrine anthroposophique et sa déclinaison agronomique, essentiellement à travers des préparations supposées agir positivement, mais de façon occulte, grâce aux "forces cosmiques", sur les sols, les plantes, les animaux, mais aussi sur les composts utilisés par l'agriculteur. » 30 . Aujourd'hui, en référence à cette méthode, on parle d'agriculture bio-dynamique (voir page 13). Il est rejoint dans les années 1940 par Albert Howard et son concept "d'agriculture organique ou naturelle" (organic farming), qui met la qualité du sol au centre de l'intêret. Ses études influentes donneront naissance à un mouvement social en Angleterre en 1946 et aux Étas-Unis en 1947. À la même période apparaît le mouvement pour l'agriculture organo-biologique en Suisse, à la suite des travaux de Hans & Maria Müller et de Hans Peter Rush. Toujours dans les années 1940, à l'autre bout du monde, le microbiologiste japonais Masanobu Fukuoka développe "l'agriculture naturelle", également appelée "agriculture du non-agir", qui s'inspire d'une relation spirituelle entre l'Homme et la Nature, et qui refuse le savoir scientifique et rationnel. Aujourd'hui, nous pourrions dire que Masanobu Fukuoka serait le père de la permaculture (voir page 13). Dans les années 1950 en France, l'agriculture biologique apparaît sous forme de deux

28 FARRE , "10 Questions Réponses" http://www.farre.org/index.php?id=93

29 Le Buanec B. (2012). "Le tout bio est-il possible ? 90 clés pour comprendre l'agriculture biologique" Ed. Quae, Versailles, p. 9-11.

30 Besson Y. (2011). "Les fondateurs de l'agriculture biologique. Albert Howard, Rudolf Steiner, Maria & Hans Müller, Hans Peter Rush, Masanobu Fukuoka" Ed. Sang de la Terre, Paris, p. 27-28.

mouvements, dont un sous l'influence de Roland Chevriot, président de Nature et Progrès. Afin de mettre en relation tous ces mouvements, il fonde l'IFOAM (International Federation of Organic Agriculture Movements) en 1972, qui réunit des associations venues de Grande- Bretagne, de Suède, des États-Unis, d'Afrique du Sud et de France 31 . L'agriculture biologique devient officielle avec la Loi d'orientation agricole en Juillet 1980 (Art. 14 III), où elle est définie comme une agriculture « n'utilisant pas de produits chimiques de synthèse ». En 1985, le label bio AB (Agriculture Biologique) est crée, voir figure 4 ci-dessous.

Biologique) est crée, voir figure 4 ci-dessous. Figure 4 : Label "Agriculture Biologique" en France

Figure 4 : Label "Agriculture Biologique" en France 32

Il certifie l'absence d'OGM, de pesticides et d'engrais chimiques, il définit un élevage extensif pour les animaux, qui sont nourris biologiquement (à 90%), avec un espace de vie défini et des traitements antibiotiques limités. Pour les produits transformés, au minimum 95% des aliments doivent être issus de l'agriculture biologique. La certification se fait sous le contrôle de huit organismes certificateurs en France, régis par le gouvernement 33 . Selon le Ministère de l'Agriculture (2015), le règlement CEE 2092/2091 rend officiel l'agriculture biologique dans toute l'Europe en 1991. La réglementation nationale et européenne évolue jusqu'en 2009, où elle est finalement alignée sur le règlement européen de 2007 34 . Ce règlement est critiqué par certains aujourd'hui, le considérant trop laxiste, en particulier pour l'acceptation d'un taux d'OGM jusqu'à 0,9%. Le label européen fait son apparition en Juillet 2010 (voir figure ci-dessous).

son apparition en Juillet 2010 (voir figure ci-dessous). Figure 5 : Logo du label européen 31

Figure 5 : Logo du label européen

31 Le Buanec B. (2012). "Le tout bio est-il possible ? 90 clés pour comprendre l'agriculture biologique" Ed. Quae, Versailles, p. 9-11.

32 Get Green or Die Trying (2014). "Les labels alimentaires : mangeons responsable !"

33 Nature et Progrès, http://www.natpro.be/alimentation/leslabels/ablabelagriculturebiologique.html

34 Ministère de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt (2015). "Réglementation de l'agriculture biologique" http://agriculture.gouv.fr/Reglementation,2528

Selon Patrick Herman, co-auteur de "La Bio, entre business et projet de société" (2012), depuis 2007, « il est interdit pour un Etat d'avoir une législation plus contraignante que le reste des pays de l'Union – ce qui était le cas auparavant, en France en particulier. » 35 . En effet, selon cet ouvrage, le bio serait tombé dans les mains du marché et de la grande distribution, et se serait fortement éloigné des principes fondamentaux de l'agriculture biologique. Il y est stipulé que certains produits bio vendus en grande distribution viennent de plusieurs milliers de kilomètres, sont revendus à un prix exorbitant, alors que les agriculteurs sont sous-payés. De nombreuses critiques sont également soulevées quant à l'importation de produits "bio" provenant de l'extérieur de l'UE, qui seraient moins contrôlés, et en raison du marché grandissant du bio et du coût de ses aliments, il existerait des trafics de faux produits biologiques labellisés, par exemple celui entre la Roumanie et l'Italie en 2012 (HuffigtonPost, 2012) 36 .

Aujourd'hui, avec 3,93% de la SAU, 5,4% du nombre de fermes et 7% de l'emploi agricole, l'agriculture biologique est le modèle alternatif le plus répandu en France 37 . Sur la figure 5 ci-dessous, nous pouvons observer la forte augmentation du nombre d'exploitations en agriculture biologique depuis 1995.

d'exploitations en agriculture biologique depuis 1995. Figure 6 : Évolution des exploitations en agriculture

Figure 6 : Évolution des exploitations en agriculture biologique en France depuis 1995 38

35 Baqué P. et al. (2012). "La Bio : entre business et projet de société" Contrefeux, Ed. Agone

36 Huffigton Post (2012). "Les produits labellisés agriculture biologique sont-ils vraiment bio ?"

37 Agence Bio (2014). "Chiffres de la Bio en France en 2014" http://www.agencebio.org/la-bio-en-france

38 Agence Bio (2014). "Chiffres de la Bio en France en 2014" http://www.agencebio.org/la-bio-en-france

En effet, nous constatons qu'en moins de 20 ans, le nombre d'exploitations bio a plus que sextuplé en passant d'environ 4 000 (1995) à 25 467 (2013). De même pour les surfaces certifiées bio qui sont passées de 100 000 hectares (1995) à plus de 900 000 hectares (2013). Selon le journal "Le Monde", en 2015, la France serait devenue le troisième pays avec le plus de surface agricole bio, derrière l'Espagne et l'Italie 39 .

l'agriculture paysanne : apparue dans les années 1990, elle est définit par la FADEAR (Fédération Associative pour le Développement de l'Emploi Agricole et Rural) et la Confédération Paysanne : « L’Agriculture Paysanne doit permettre à un maximum de paysans répartis sur tout le territoire de vivre décemment de leur métier en produisant sur des exploitations à taille humaine une alimentation saine et de qualité, sans remettre en cause les ressources naturelles de demain. Elle doit participer avec les citoyens à rendre le milieu rural vivant dans un cadre de vie apprécié par tous. » 40 . Cette définition reflète la volonté de protéger le métier de paysan en répartissant l'emploi et les volumes de production (« exploitation à taille humaine »). Derrière cette dimension économique et sociale, on trouve celle du développement durable et du respect de l'environnement. Effectivement, la Charte de l'Agriculture paysanne 41 , comprenant dix principes et six thèmes, révèle le caractère écologique de ce modèle agricole : dans le thème "travail avec la nature", une place importante est accordée à la biodiversité (notamment pour lutter contre les parasites, pour fixer l'azote dans le sol grâce aux légumineuses, ou encore pour aérer le sol à l'aide de plantes aux racines profondes) et à la gestion de la fertilité, des produits phytosanitaires et des ressources en eau. Dans le thème "qualité des produits", il est affirmé que l'absence de polluants chimiques (hormones de croissance, substance provenant d'OGM, toxines, antibiotiques, pesticides), de métaux lourds et de radiations ionisantes garantit la qualité chimique des produits. À travers le partage de la production (répartition), la transmissibilité des exploitations (vivabilité, viabilité économique, sécurité foncière), le développement local et l'implication sociale, l'agriculture paysanne impose une forte solidarité entre les paysans, et favorise leur relation avec les consommateurs. Elle garantit ainsi un système durable, économiquement viable, socialement équitable et respectueux de l'environnement.

39 Le Monde, Planète (2015). "La France devient la troisième surface agricole bio d'Europe"

40 Confédération Paysanne (2010). "Qu'est-ce que l'agriculture paysanne ?" http://www.confederationpaysanne-pdl.fr/Qu-est-ce-que-l-agriculture-paysanne

41 FADEAR, Réseau de l'Agriculture Paysanne. "Développement local et dynamique territoriale"

l'agroécologie : au sens large, elle peut désigner une discipline scientifique, un mouvement social ou un ensemble de pratiques agricoles. Le terme "agroécologie" est utilisé la première fois en 1928 par Basil Bensin (agronome américain d'origine russe), qui la définit comme l'application de l'écologie à l'agriculture. Elle se développe dans les années 1970, face à la révolution verte et au système agricole industriel, comme en témoigne l'ouvrage de Miguel Altieri "Agroecology : The scientific basis of agriculture alternative"(1987) 42 . Dans les années 1980 - 1990 et avec le sommet de Rio de Janeiro en 1992, elle s'intéresse à la conception et à la gestion d'agroécosystèmes durables. C'est à ce moment là qu'elle devient un véritable mouvement social, particulièrement en Amérique Latine, avec l'émergence de groupes comme le Mouvement des Sans Terres (Movimento

Dos Trabalhadores Rurais Sem Terra) au Brésil. À partir des années 2000, l'échelle s'élargit encore : on parle de systèmes alimentaires durables. Selon Miguel Altieri (1995) 43 , l'agroécologie repose sur 5 principes :

- le renouvellement de la biomasse et l'entretien de la fertilité des sols

- la minimisation des pertes en énergie solaire, en air et en eau

- la diversification génétique dans le temps et l'espace

- la valorisation des intéractions biologiques

- la lutte contre les ennemis des cultures (maladies, ravageurs et adventices)

En France, le philosophe et écrivain Pierre Rabhi est un des précurseurs de l'agroécologie.

Il fonde l'association Terre & Humanisme en 1994 qui vise à transmettre et promouvoir l'agroécologie. Sur son site 44 , il décrit les techniques agricoles utilisées en agroécologie :

- le paillage ou culture de couverture, qui permet de conserver l'humidité du sol, de

protéger ses organismes vivants (améliorant ainsi sa fertilité) et de limiter le désherbage

- la culture sur butte, favorisant l'oxygénation du sol et permettant aux racines de se

développer en profondeur

- les couches chaudes (coffre vitré avec de la paille et du fumier) qui servent à faire germer

des variétés de climats plus chauds, ou des variétés estivales de manière précoce

- les engrais verts, qui font interagir différentes plantes pour fertiliser le sol

- la rotation de cultures qui consiste à alterner des variétés différentes sur la même parcelle

au fil des récoltes, afin de lutter contre les maladies et les ravageurs et d'apporter des nutriments variés au sol

- le compostage qui fertilise et structure le sol grâce à la fermentation de matières

42 Agroécologie (2013). "Définitions" http://www.agroecologie.fr/agroecologie-definition.html

43 C. David et al. (2013). "Définitions de l'agroécologie" http://mots-agronomie.inra.fr/mots-

44 Terre et Humanisme (2014). "Les techniques utilisées en Agroécologie" http://terre-humanisme.org/nos- jardins/technique-agroecologie

organiques animales et végétales

Ces pratiques agroécologiques ne sont pas forcément utilisées en agriculture biologique, ce qui suscite parfois des critiques vis-à-vis de cette dernière, car elle peut ainsi s'apparenter à l'agriculture conventionnelle (monocultures, terre dénudée, beaucoup de

travail du sol, mécanisation )

45

.

la permaculture : avec leur ouvrage "Permaculture One" (1978), Bill Mollison et David Holmgren, deux écologistes australiens, ont défini le concept de permaculture. Ils furent fortement inspirés par le japonais Masanobu Fukuoka, un des pères fondateurs de l'agriculture biologique 46 . Initialement, l'idée était de développer des systèmes agricoles durables ("permanent agriculture"), mais le concept s'est ouvert et consiste aujourd'hui à

« construire des installations humaines durables et résilientes » 47 . Ainsi, elle s'apparente beaucoup à l'agroécologie, mais elle comprend des domaines comme l'écoconstruction, les

énergies renouvelables

naturels, en adoptant une approche systémique qui met en relation l’Éthique, l'Homme et la Terre. En termes de pratiques agricoles, elle se rapproche beaucoup du système naturel forestier où le sol n'est pas travaillé (pas de labour). La permaculture est souvent associée à l'agriculture bio-dynamique, qui repose également sur l'interaction entre les plantes et le sol, mais s'inspirant davantage des travaux de Rudolf Steiner, elle donne beaucoup d'importance à l'influence des astres sur l'agriculture, et particulièrement celle des cycles lunaires 48 . Sur la figure 6 ci-dessous, nous pouvons observer un potager en permaculture (culture de couverture, arbres en arrière-plan pour fertiliser le sol

L'objectif est de se rapprocher le plus possible des écosystèmes

45 C. Dion (2013), "Permaculture, Agroécologie, Agriculture Bio : quelles différences ?" http://www.colibris-

46 Brin de paille (2015), "Origines et histoire" http://asso.permaculture.fr/permaculture/origines/

47 C. Dion (2013), "Permaculture, Agroécologie, Agriculture Bio : quelles différences ?" http://www.colibris-

48 Besson Y. (2011). "Les fondateurs de l'agriculture biologique. Albert Howard, Rudolf Steiner, Maria & Hans Müller, Hans Peter Rush, Masanobu Fukuoka" Ed. Sang de la Terre, Paris, p. 49-53

Figure 7 : Potager en permaculture 4 9 – l'agroforesterie : elle est définit comme

Figure 7 : Potager en permaculture 49

l'agroforesterie : elle est définit comme « l'association d'arbres et de cultures ou d'animaux sur une même parcelle agricole, en bordure ou en plein champ » 50 . Comme le dit Claude Bourguignon dans le documentaire Solutions locales pour un désordre global 51 , le système est « agro-sylvo-pastoral », le champ, la forêt et les animaux. Il est vrai que les racines des arbres et les déjections animales fournissent des nutriments indispensables à la fertilité du sol. Il faut savoir que l'agroforesterie peut-être pratiquée de manière non- écologique, avec l'utilisation de pesticides ou d'engrais chimiques. Cependant, elle peut aussi être un des systèmes agricoles les plus économiques, rentables et écologiques. En effet, en aménageant intelligemment ce qu'on appelle un "jardin-forêt comestible", les rendements peuvent être très importants, sans l'apport d'aucun intrants chimiques et avec très peu de travail humain 52 .

Nous avons vu qu'il existe de nombreuses alternatives à l'agriculture conventionnelle, avec des pratiques plus saines pour l'environnement, et des rendements qui peuvent atteindre ceux de l'agriculture moderne, voire les dépasser 53 . En général, l'agriculture biologique (nous utiliserons ce terme pour désigner les modèles alternatifs au système agricole industriel) se fait à petite échelle. Il existe de grandes exploitations biologiques, mais elles s'apparentent souvent aux cultures conventionnelles (grands champs, peu de biodiversité, labour, mécanisation), ou demandent

49 Permaculture & Potager (2015), "La terre n'aime pas le soleil !" http://permaculture-potager.com/la-terre-

50 Association française d'Agroforesterie http://www.agroforesterie.fr/definition-agroforesterie.php

51 Serreau C. (2010). "Solutions locales pour un désordre global" Ed. Montparnasse

52 Robin M-M. (2012) "Les moissons du futur, comment l'agroécologie peut nourrir le monde" Ed. Arte.

53 Aguilar N. (2012) "Cultures en transition" Milpa Films

beaucoup de main d’œuvre, et ont donc un fort coût de production. Nous pouvons alors nous demander : comment organiser un système agricole alternatif économiquement viable ? Il ne faut pas seulement penser en terme de système agricole, mais en terme de système alimentaire. L'agriculture biologique n'est pas adaptée au système alimentaire globalisé d'aujourd'hui. D'un côté, cela n'a pas beaucoup de sens de produire biologiquement pour revendre ces produits à l'autre bout du monde, car l'empreinte écologique rentre dans la préservation de l'environnement, qui est un principe fondamental de l'agriculture biologique. D'un autre côté, s'ils doivent passer par plusieurs intermédiaires, les produits biologiques coûtent trop cher pour être vendus à la majorité de la population. Il est ainsi indispensable de penser un système à une échelle plus locale.

1.3)

Changer d'échelle : l'agriculture locale

Pour définir la notion du "local" en agriculture, on parle aujourd'hui de "circuits courts". Selon l'observatoire des circuits courts en région PACA, ce sont des « circuits de commercialisation de produits agricoles et agro-alimentaires en vente directe, ou indirecte (avec au plus un intermédiaire), selon des critères de proximité. » 54 . Il y a donc deux notions à prendre en compte

pour définir un circuit court : celle d'intermédiaires et celle de proximité. En 2009, le ministère de l'agriculture a affirmé qu'il ne doit pas y avoir plus d'un intermédiaire entre le producteur et le consommateur pour parler de circuit court. Les intermédiaires peuvent être des distributeurs (grossiste, centrale d'achat), des marchés de producteurs, des groupes de consommateurs en relation avec le producteur (associations, coopératives), des commerces et Internet. Cependant, à ce principe d'intermédiaires, il faut ajouter la notion de proximité. C'est une notion difficile à délimiter, elle peut être entendue en terme de distance physique ou de distance-temps. Selon Noé Guiraud, pour un échange régulier entre le producteur et le consommateur (ou l'intermédiaire), la distance maximum serait comprise entre 50 km et 100 km. En terme de distance-temps, elle serait environ d'une heure. Quelle serait alors l'échelle adaptée aux circuits courts ? Lorsque des projets de développement de circuits courts sont encadrés ou accompagnés par les collectivités, ils sont souvent réduits au découpage territorial administratif (communes,

Or, les réseaux entre les producteurs et les consommateurs ne suivent

départements, régions

pas cette logique territoriale. Selon Denechère (2007), l'étude des circuits courts se fait selon les systèmes alimentaires territoriaux (SAT), qu'elle définit comme un « ensemble de la production, transformation, distribution, consommation sur un territoire donné, dont les limites géographiques sont

).

54 Guiraud N. et al. (2014) "Une géographie des circuits courts en région Provence-Alpes-Côte d'Azur" État des lieux et potentialités de développement, L'Espace géographique, 2014/4 Tome 43, p. 356-373

déterminées par la consommation. Il est influencé par les habitudes alimentaires, les politiques publiques, les savoir-faire en matière de production ou transformation, des caractéristiques

Cela correspond à la manière dont une société s’organise pour s’alimenter. » 55 . Au

niveau de la législation, les circuits courts ne sont pas encore encadrés à l'échelle nationale ou européenne et pour l'instant, ce sont les institutions régionales qui mettent en place des politiques liées à ce système (subventions, mise à disposition de terrains, etc). Néanmoins, le commissaire européen à l'agriculture et au développement durable, Mr. Dacian Ciolos, veut créer un label "circuits courts" car il affirme que 15% des exploitations agricoles européennes vendent plus de la moitié de leurs produits en circuits courts 56 .

territoriales

D'un point de vue économique, les circuits courts permettent d'éviter les marges faites sur les produits par les intermédiaires, ce qui permet de proposer un prix correct au consommateur et surtout d'améliorer les revenus des producteurs 57 . Cette question du salaire des agriculteurs fait de plus en plus polémique, car les revenus sont souvent à la baisse. Selon Pierre Priolet (2011) 58 , entre 2008 et 2009 en France, les revenus des agriculteurs ont baissé de 34%, et de 53% en ce qui concerne les producteurs de fruits. Par exemple, il affirme qu'un kilo de golden (variété de pomme) se vendait l'équivalent d'environ 30 centimes d'euro en 1975 alors que le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance) était à moins d'un euro de l'heure, et qu'aujourd'hui, le même kilo de golden se vend 22 centimes d'euros pour un SMIC à 12,48 euros. Il dénonce ici l'augmentation énorme des écarts de prix entre ce qui est payé aux producteurs et ce que payent les consommateurs. Autre exemple, il raconte sur France Inter qu'il vend son produit 9 centimes d'euros et qu'il le voit à 2,80 euros en magasin. De nombreux autres agriculteurs ont soulevé ce problème, à travers des manifestations voire des grèves, comme la crise du lait qui a fait polémique en 2009. À chaque fois, ce sont les marges fixées par les industriels de l'agroalimentaire et la grande distribution qui sont à l'origine de ces colères, car ces marges "étranglent" les producteurs en les empêchant de couvrir leurs coûts de production (ce qu'on appelle la vente à la perte). À travers son initiative "Consommer juste", il propose - entre autres - de « rétablir une relation entre le producteur et le consommateur, quel qu'il soit. » 59 .

55 Denechère F. (2007). " Repères pour une approche économique des circuits courts dans leur territoire : concepts et méthodes pour leur compréhension et évaluation." Rennes : École nationale supérieure d’agronomie, mémoire du diplôme d’ingénieur agronome, 60 p.

56 Guiraud N. et al. (2014) "Une géographie des circuits courts en région Provence-Alpes-Côte d'Azur" État des lieux et potentialités de développement, L'Espace géographique, 2014/4 Tome 43, p. 356-373

57 Rural Europe, "Commercialiser les produits locaux : circuits courts et circuits longs"

58 Priolet P. (2011), "Les fruits de ma colère" Plaidoyer pour un monde paysan qu'on assassine, Ed. Robert Laffont

59 Consommer Juste (2010), "Objectifs" http://www.consommer-juste.fr/objectifs/

Pionnières en matière de circuit court, les Associations pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne ou AMAP apparaissent en France en 2001. Inspirées du mouvement des "Teikei" au Japon et des "Community Suported Agriculture" aux États-Unis, les AMAP sont basées sur un contrat (6 mois ou un an) entre un groupe de consommateurs et un producteur : les consommateurs s'engagent à payer la récolte du producteur à l'avance, et reçoivent régulièrement en retour des paniers de légumes, fruits, fromage, viande, etc 60 . Les produits varient en fonction des AMAP, qui sont majoritairement des exploitations biologiques. En effet, depuis 2003, Alliance Provence (qui a déposé la marque AMAP) a élaboré la charte des AMAP (ré-écrite en 2014), qui s'inspire de la

charte de l'agriculture paysanne et des principes de l'agriculture biologique 61 . Il y est inscrit :

« [l'AMAP] s'engage dans une activité agricole durable, diversifiée et adaptée au territoire, en

rupture avec l'agrochimie (sans engrais ni pesticides chimiques de synthèse,

d'appropriation mercantile du vivant (sans OGM,

Ainsi, même si les producteurs n'ont pas la certification AB, ils garantissent des produits sains, cultivés dans le respect de l'environnement. Les consommateurs achètent des produits locaux de saison, de qualité et de goût, en évitant l'augmentation du prix par les intermédiaires et donc en participant à une rémunération correcte du producteur. En contrepartie, ils acceptent d'avoir un panier plus ou moins grand suivant les éventuelles difficultés que peut rencontrer le producteur (gel, sécheresse, ravageurs, etc). L'objectif est de trouver un équilibre au long de l'année, pour que consommateurs et producteurs s'y retrouvent. Par exemple, il est également possible d'aider le producteur bénévolement ou en retour d'une réduction sur les paniers. Ces associations représentent également une relation sociale entre deux espaces très souvent séparés, la ville et la campagne (voir figure 7 ci-dessous). Aujourd'hui, selon le journal "Le Monde" (2012), il existerait plus de 1600 AMAP en France, concernant environ 270 000 consommateurs 63 .

et toute entreprise

)

) » 62 .

60 Mouvement Inter-régional des AMAP, "Origine des AMAP" http://miramap.org/Origine-des-AMAP.html

61 Annuaire National des AMAP, "Qu'est-ce qu'une AMAP ?" http://www.reseau-amap.org/amap.php

62 Charte des AMAP (2014), "Fruit d'une réflexion participative inter-régionale"

63 Le Monde, rubrique Planète (2012). "Dix ans de succès dans les paniers des AMAP"

Figure 8 : des consommateurs à la rencontre des producteurs, AMAP de Bagnolet 6 4

Figure 8 : des consommateurs à la rencontre des producteurs, AMAP de Bagnolet 64

Nous avons vu que le modèle agricole dominant n'est pas viable à long terme, et que la prise de conscience croissante de la population fait émerger de nombreuses alternatives au système conventionnel. Elles (re)font surface principalement dans les pays développés, où l'industrie agro- alimentaire est importante. Dans les pays en développement, les nombreuses exploitations vivrières suivent les principes d'une agriculture biologique. Selon Erik Millstone et Tim Lang (2003), « 80% des agriculteurs dans les pays en voie de développement n'ont pas besoin de modifier leurs méthodes pour être certifiés biologiques » 65 . Pour prendre tout leur sens, ces systèmes de production, distribution et consommation alimentaire doivent être appliqués à l'échelle locale. Nous allons maintenant voir comment ces alternatives se sont développées à Barcelone, la capitale Catalane, dans le pays d'Europe où l'agriculture biologique est la plus présente.

65 Millstone E., Lang T. (2003) " Atlas de l'alimentation dans le monde" Ed. Autrement, p.56

2) L'agriculture écologique à Barcelone : un système développé et en développement

2.1) Méthodologie : rencontres et interviews

Pourquoi Barcelone ?

À la suite de six mois d'études à l'étranger à Barcelone, dans un Master de Planification Territoriale et de Gestion de l'Environnement, cette ville a été choisie afin d'appliquer le thème des alternatives à l'agriculture conventionnelle à un espace géographique. Barcelone est une ville particulièrement riche et dynamique. Pour 1,6 million d'habitants (INE, 2014) 66 , les 7,5 millions de touristes par an 67 contribuent largement au dynamisme économique de la ville. Barcelone est également connue pour sa richesse culturelle, son architecture, ses traditions, sa vie nocturne, etc. Cependant, en Espagne, le SMIC est en-dessous de 650 euros par mois 68 , un quart des espagnols sont aux chômage (surtout les jeunes), et la vie est chère pour les résidents (augmentation du foncier, lieux publics – comme le Parc Güell – devenus payant Ainsi, à Barcelone et en Espagne en général, beaucoup de gens s'interrogent sur leur avenir et sur celui de leur région. De nombreux mouvements sociaux naissent et fleurissent à Barcelone, les locaux s'organisent pour faire face à la crise et pour vivre mieux. En Catalogne, le mouvement social le plus visible est celui pour l'Indépendance. En effet, selon le journal "El Pais" (2014) 69 , 81% des catalans ont voté pour l'indépendance de la Catalogne, lors du vote 9N. Ce vote montre que la Catalogne veut se détacher de l'État espagnol et croit en sa puissance pour continuer à prospérer. Parallèlement à cette volonté indépendantiste, il existe de nombreux mouvements socialistes, féministes, voire anarchistes, particulièrement dans les universités. La plupart de ces groupes sociaux alternatifs inspirent à l'opposition au gouvernement espagnol, jugé inégalitaire, injuste et répressif. Le mouvement des "indignés", aussi appelé mouvement du "15-M", explose le 15 Mai 2011, où des centaines de milliers de personnes se réunissent dans les rues d'Espagne pour manifester. La Puerta del Sol et la Plaza Mayor (places de Madrid) ont été occupées en continu pendant plus d'une semaine (voir figure 8 ci-dessous). 70 Cette initiative a propulsé cette volonté déjà existante de changement (pour ne pas dire révolution) en Espagne. Selon Mediapart, en

66 Instituto Nacional de la Estadística (2014), "Población por capitales de provincia y sexo"

67 Ajudament de Barcelona, Actualitat http://www.barcelonactiva.cat/barcelonactiva/cat/novetat.do?

68 Salario Mínimo Interprofesional (2015), "¿Qué es el salario mínimo?" http://www.salariominimo.es/

69 El País (2014). "1,8 millones de personas votan por la independencia catalana en el 9-N"

70 Courrier International (2012). Espagne, "Le mouvement du 15 Mai réveillé par la société civile"

2013, il y aurait eu environ 6000 manifestations en Espagne 71 . De récentes lois ne font qu'empirer

la situation : loi de sécurité citoyenne (qui interdit entre-autres les manifestations non-déclarées devant un édifice de l'État, les amendes pouvant aller jusqu'à 30 000 euros par participant), loi

réduisant les droits d'accès des femmes à l'avortement

Les gens sont indignés et ils le montrent.

l'avortement Les gens sont indignés et ils le montrent. Figure 9 : les"indignés" occupent la Plaza

Figure 9 : les"indignés" occupent la Plaza Mayor à Madrid 72

Aujourd'hui, le mouvement ne cherche plus seulement à protester, mais à être constructif, en

développant une économie parallèle et alternative. Ainsi, on voit naître une énorme quantité d'associations, de coopératives, et de réseaux, visant à promouvoir l'entraide et à créer des liens sociaux. Marchés de troc, récupération d'aliments gaspillés pour les distribuer aux plus démunis, création de jardins potagers écologiques sur des friches, occupation d'immeubles abandonnés, coopératives de banques locales, associations d'aide juridique contre les licenciements,

ouvertures de centres sociaux, sportifs et culturels occupés ("squattés")

Les domaines sont

nombreux, divers et variés. C'est ce contexte spécifique qui fait que Barcelone semble être un bon choix pour l'étude des systèmes alimentaires alternatifs.

72 Otro mundo es posible, revista ibericoamericana de sostenibilidad (2011). "15 M : gobierno y comunidad de Madrid apuestan por aplicar medidas policiales contra el movimiento"

Découverte des potagers urbains, rencontre avec les producteurs et les groupes de consommateurs

Afin d'étudier l'organisation et le développement des systèmes alimentaires alternatifs à Barcelone, nous avons opté pour une méthode simple, directe et efficace : aller à la rencontre des gens, interroger les personnes concernées sur le terrain, en échange d'un coup de main lorsque c'est possible. Du petit potager entre voisins aux grands producteurs et distributeurs de produits écologiques, cette méthode permet de bien se rendre compte du fonctionnement et de l'organisation du site en question, des difficultés que les gens peuvent rencontrer, des liens sociaux entre eux, de l'efficacité du système Nous allons présenter les entretiens réalisés avec ces personnes faisant partie de différents organismes, qui ont participé et nous ont aidé dans notre travail, avec beaucoup de patience et de sympathie.

"Aula Ambiental Bosc Turull", dans le quartier de Vallcarca. Alexia, jeune catalane, présente le lieu. L'espace est un équipement municipal, mais géré par une association (Sociedad Catalana de Educació Ambiental) depuis 6 mois. On compte 250 “employés”. Le terrain est un grand jardin en pente avec un bâtiment neuf au milieu, il fait environ 3000 m2. À côté du bâtiment, un potager est réservé aux personnes âgées (de plus de 65 ans) et aux personnes en risque d'exclusion sociale. De petites parcelles en restanque ont été pensées pour les élèves et parents d'élèves des écoles/collèges alentours (“escola Montseny” pour la majorité des parcelles), mais aussi pour des collectifs en relation avec l'environnement (projet de jardin de papillons par exemple). Dans l'idée, le potager est supposé être écologique, mais le contrôle est quasi-inexistant, et certaines personnes âgées utilisent quelques produits ou engrais chimiques. D'après Alexia, il existe 3 ou 4 coordinateurs pour contrôler tout les espaces de ce type appartenant à la mairie de Barcelone, ce qui représente une douzaine de potagers. Cependant, mis à part les parcelles pour les écoles qui servent à l'éducation des enfants et à l'approvisionnement des cantines, l'objectif de ce type de potager n'est pas réellement de produire et de consommer des aliments écologiques. Le but, pour les personnes âgées et ceux en risque d'exclusion sociale, est davantage de s'occuper dans un espace vert et tranquille, de se détendre et de créer des liens sociaux. Dans le bâtiment sont organisés de nombreux projets et activités, particulièrement ciblés sur l'éducation de l'environnement. La mairie contribue financièrement à la hauteur de 18 000 euros par an pour gérer tout, ce qui est très peu.

"El Pyniol Vermell", une coopérative auto-gérée d'un groupe de consommateurs écologiques, à Gràcia. Au bar, José Luis, ancien professeur d'urbanisme de l'université de Barcelone. Il explique qu'ils sont un groupe de consommateurs de produits écologiques, qui viennent majoritairement d'un producteur, "la Nansa del cistell", situé à une trentaine de kilomètres. Le reste vient de toute la Catalogne, à part les fruits (par exemple les oranges sont d'Alicante, dans le Sud). Une fois par semaine, le producteur ramène des paniers de

légumes de trois tailles et trois prix différents (9, 12, et 15 euros). Il est aussi possible de

demander des fruits, des produits laitiers, du pain, de la viande

relations de la coopérative : dans ce groupe de consommateur, des personnes sont chargées de s'occuper d'un type de produit écologique (par exemple il existe une personne pour s'occuper spécifiquement du fromage). L'administration est bien organisée. José Luis explique alors qu'il existe un réseau pour les fruits écologiques de Catalogne, la "PACA". La notion de proximité est importante pour eux. José Luis présente alors Albert, le mari de la productrice qui fournit le groupe. D'après elle, certains produits sont certifiés CCPAE (Consell Català de la Producció Agrària Ecològica, label bio catalan), d'autres non mais les consommateurs ont confiance dans le producteur qui leur fournit de la qualité. Le groupe de consommateur fait partie de "l'Ateneu independista la Torna", une association qui organise également des conférences au même endroit. Le local ne leur appartient pas, alors pour payer le loyer, il faut venir aider de temps en temps (au bar par exemple).

écologiques grâce aux

"La Nansa del cistell", producteur à Sitges, à une trentaine de kilomètres de Barcelone. C'est avec Albert, le mari de Marta (productrice), que l'entretien est réalisé. L'exploitation fait environ 2,5 hectares, pour deux employés. Ils possèdent quelques porcs, mais la production est surtout orientée sur les légumes de saisons (aussi un peu de fruits). Ils pratiquent le labour avec des tracteurs depuis peu, les graines sont certifiées non OGM. Ils ont essayé des techniques comme la culture de couvert contre les mauvaises herbes, mais plus aujourd'hui. Légalement parlant, c'est une S.C.P (Sociedad Cooperativa Personal). Ils sont en relation avec beaucoup d'autres producteurs écologiques, et six ou sept autres groupes de consommateurs. Ils bénéficient d'une aide européenne pour les jeunes agriculteurs.

"Torre Dorda", producteur en bord de mer, à une treintaine de kilomètres au Nord de Barcelone (voir figure 9 ci-dessous). Martí et un employé chargent des cagettes dans un camion. En tout, 10 employés (6 aux champs, 4 pour préparer les paniers) travaillent sur 8 hectares de terrain. Ils cultivent uniquement des légumes écologiques. Martí explique que ses graines sont certifiées, elles viennent de Manresa (petite ville à une heure au Nord) où il existe une banque de graines écologiques, c'est-à-dire un échange de semences entre

producteurs écologiques.

producteurs écologiques. Figure 10 : "la Torre Dorda", grand producteur écologique 7 3 Ses légumes sont

Figure 10 : "la Torre Dorda", grand producteur écologique 73

Ses légumes sont certifiés par la CCPAE et par le label bio européen. Cependant, Marti nous confie que le pollen des parcelles voisines (cultivées en agriculture conventionnelle) contamine en partie son exploitation. Il montre son système d'irrigation de goutte à goutte, système très économe en eau, mais qu'il doit changer chaque année, ce qui lui coûte cher.

Il utilise des fertilisants naturels (fumier), et pour faire face aux maladies ou aux ravageurs, il explique qu'avec le temps, l'écosystème trouve un certain équilibre. Tout de même, il doit parfois intervenir sur certains problèmes, par l'intermédiaire d'insecticides naturels (à base

d'ail, d'ortie, de citron

de mer viendrait sous son sol (apport de sel, pollution, érosion). Marti vend ses produits à un marché écologique à Mataró (ville la plus proche), à 4 groupes de consommateurs à Barcelone, et directement à sa propriété. Les petits producteurs du coin viennent se fournir chez lui pour vendre des paniers plus variés (surtout en hiver). En ce qui concerne les bêtes, il explique que les normes bio sont plus complexes, il possède seulement des poules pour sa consommation personnelle d'œufs.

)

ou à la main. Il lui est interdit de pomper beaucoup d'eau, car l'eau

"Huerto comunitario de Vallcalrca", potager communautaire auto-géré. Sur une friche d'environ 300 ou 400 m2 dans le quartier de Vallcarca (près du parc Guëll), la rencontre se fait avec Miguel, retraité. Ce potager est le résultat de la réunion des gens du quartier. En tout, une cinquantaine de personnes y viennent régulièrement. Il n'y a rien de légal, pas de barrières (voir figure 10 ci-dessous), tout le monde peut venir planter ce qu'il veut.

73 Photo personnelle

Figure 11 : Potager communautaire de Vallcarca, un espace ouvert à tous 7 4 Ils

Figure 11 : Potager communautaire de Vallcarca, un espace ouvert à tous 74

Ils se sont installés sur cette friche depuis quelques années, pour faire pousser toutes

sortes de variétés : artichaut, patates, haricots, fraises, poireaux, mirabelles, beaucoup de

qui sont destinés à la consommation personnelle des

voisins. L'eau est en partie récupérée de la pluie, et prise au robinet. Le potager est écologique : compost pour fertiliser le sol, et pas de pesticides. Miguel affirme que le projet est avant tout social, qu'il passe du bon temps avec les gens du quartier, et que ça l'aide à oublier ses problèmes du quotidien. La discussion finira par s'orienter vers les problèmes du quartier, la mauvaise gestion de la mairie, et le Parc Güell devenu payant à l'entrée, ce que Miguel va dénoncer tous les jours, en distribuant des pétitions aux locaux et aux touristes.

fleurs (dont certaines comestibles)

"Horts Indignats", les "potagers indignés" en français, situés dans le quartier de Poblenou, près de la mer (voir figure 11 ci-dessous). Ces espaces sont occupés par « l'assemblea social de Poblenou » depuis environ 3 ans. Ce mouvement social vient du mouvement des indignés ou 15-M, dont nous avons parlé précédemment. Ils occupent cinq potagers de tailles différentes sur des friches, ils sont auto-gérés et libres. Une centaine de personnes y viennent en tout, sur des parcelles personnelles ou partagées. Les produits sont écologiques, mais évidemment non-certifiés. Une dame explique que certains potagers, notamment le plus grand, a eu des problèmes avec le propriétaire du terrain et avec la mairie, car une partie appartient à une banque qui veut y construire des immeubles. C'est la première fois que des gens installés sur une friche sans autorisation disent qu'ils ont des

74 Photo personnelle

soucis avec la mairie. Cependant, nous avons appris que quelques uns que nous devions visiter ont dû fermer, justement à cause de ces problèmes de foncier.

dû fermer, justement à cause de ces problèmes de foncier. Figure 12 : Los Horts Indignats,

Figure 12 : Los Horts Indignats, les indignés de Poblenou 75

"Connect'hort", dans le même quartier, est un autre potager urbain. Un homme travaille seul, avec ses écouteurs, dans ce potager situé à un coin de rue (voir figure 12 ci- dessous). Il finit par nous ouvrir et nous présenter l'endroit. Encore une ancienne friche, d'environ 1000 m2, où une petite dizaine de voisins viennent cultiver ce qu'ils veulent depuis 1 an et demi. Il y a essentiellement des légumes (plantés et consommés par les voisins), et des fleurs pour attirer les abeilles. De la paille est utilisée en guise de culture de couvert et des filets pour empêcher les oiseaux de manger. Les semences sont achetées ou échangées.

de manger. Les semences sont achetées ou échangées. Figure 13 : Connect'Hort, espace communautaire et

Figure 13 : Connect'Hort, espace communautaire et écologique 76

Miguel, l'homme en question, montre le compost pour l'engrais naturel, et explique qu'ils essayent d'arranger l'endroit avec des constructions en bois (toilettes sèches par exemple).

76 Photo personnelle

Au fond du potager se trouve un espace couvert avec une grande table, où les voisins organisent des fêtes traditionnelles et des grands repas. Encore une fois, l'espace est dévoué aux relations sociales et au bien-être des gens du quartier. Personne ne paye le terrain, mais eux n'ont pas de problème avec la mairie : ils payent l'eau, la mairie leur a même apporté de la terre pour recouvrir l'ancienne friche industrielle et éviter ainsi la contamination du sol.

"Can Batlló", dans le quartier de Sants, près de la gare centrale. L'endroit est une friche industrielle gigantesque. Dans un des blocs, des locaux ont construit un centre social, sportif et culturel auto-géré depuis 3 ans. Le bâtiment fait 1500 m2, sur 2 étages, avec un

bar à l'entrée, à l'étage des salles d'études, des ateliers de dessin, peinture, céramique, un

mur d'escalade, une salle de sport, de musique, un billard, un auditoire

éloigné du bâtiment, un potager de 250 m2 est géré par une dizaine de personnes mais certains s'occupent aussi de l'entrepôt. Personne n'a pu être rencontré ce jour là, mais un certain Roberto a répondu à un questionnaire envoyé par mail. Il explique que pour l'instant, les récoltes sont destinées aux gens de Can Batlló, mais à terme ils aimeraient en vendre une partie pour autofinancer le potager, sans l'aide financière de Can Batlló. Ils font de l'engrais avec du compost et des excréments de chevaux, et n'utilisent pas de pesticides ni de produits phytosanitaires chimiques, mais seulement du sulfate de cuivre contre les maladies (autorisé en agriculture écologique). Le labour est fait à la main. Ils ne rencontrent pas de grandes difficultés, mis à part le manque de temps, car les gens qui viennent pour faire le potager sont volontaires et travaillent parallèlement.

Un peu plus

"Huerto Cornellá", une exploitation biologique à 15 km de Barcelone, en périphérie (voir figure 13 ci-contre). C'est une personne rencontrée dans un groupe de consommateur qui nous a conseillé de venir ici. En fait, il s'agit d'un potager partagé (mais parcelles séparées) entre la coopérative de Joao d'un côté (5000 m2) et un programme de réinsertion d'anciens prisonniers de l'autre (2000 m2).

d'anciens prisonniers de l'autre (2000 m2). 77 Photo personnelle Figure 14 : Huerto Cornellá, entre

77 Photo personnelle

Figure 14 : Huerto Cornellá, entre production écologique et programme social 77

Le terrain vient de plusieurs cessions, il n'y a jamais de contact avec le propriétaire. Il y a uniquement des légumes (pas de fruits ni d'animaux), l'engrais naturel est fabriqué avec de la paille et du fumier de cheval. La production est vendue au groupe de consommateur "Les verdures de Roxanne" à Barcelone. Les producteurs ont également des relations avec Vila de Cans, une exploitation biologique à coté et avec des amis à Cornellá qui achètent un peu de leurs produits. Ils ne bénéficient d'aucune aide financière, ni de certification écologique. Ils se basent sur une relation de confiance avec les consommateurs.

"Can Perol" à St Vincenç dels Horts, petite ville en périphérie, à 20 km de Barcelone. L'entretien se fait avec Andreu, patron de cette societé limitée de 20 employés. En réalité, cette société est un distributeur de produits biologiques, qui se fournit chez 5 producteurs du coin, à 20 km maximum pour 70% des produits (une centaine d'hectares), et dans le reste de la Catalogne et de l'Espagne pour les 30% restants. Can Perol distribue à des boutiques diététiques et écologiques et à des groupes de consommateurs à Barcelone. Des particuliers achètent également sur Internet, pour être livrés dans des groupes de consommateurs. Les produits sont certifiés par le CCPAE.

"Hortec", autre distributeur de produits écologiques, situé dans la zone industrielle de Barcelone (zona Franca). L'entretien est réalisé avec Xavi, technicien. C'est une grande coopérative qui se fournit grâce à 25 producteurs de Catalogne (30% de la production), 35 autres producteurs d'Espagne et quelques demandes en France voir ailleurs (parfois jusqu'en Argentine!) pour les fruits et légumes hors saisons (70% de la production). Les livraisons lointaines sont ponctuelles, il n'y a pas de programme de commande, contrairement aux producteurs locaux. Hortec distribue à 120 boutiques écologiques, 4 groupes de consommateurs, 9 écoles et 16 restaurants à Barcelone. Ils distribuent également beaucoup de produits écologiques ailleurs en Catalogne. Les produits ont la certification CCPAE.

"I love food", boutique écologique à Sant Gervasi. La boutique est remplie d'étagères en

bois, de cagettes, de palettes, de paniers

reposante, rappelant la nature et la ferme. L'employée travaille ici depuis peu, mais nous donne quand même des noms de producteurs avec qui la boutique est en relation : Més Bio et Haciendas Bio. Més Bio est en réalité un distributeur de produits biologiques, situé à Bellpuig (province de Lleida), à plus de 100 km de Barcelone. Haciendas Bio est un grand producteur dans la région d'Extramadura, à l'extrême Ouest de l'Espagne, à presque 900 km de Barcelone ! Sur le site, il est écrit que les produits sont de proximité, qu'ils viennent

Tout est fait pour créer une ambiance

de producteurs de la région, "km 0", sans intermédiaires

boutique pour avoir plus d'informations. Ils répondent seulement qu'il gèrent un potager à environ 40 km de Barcelone, et que le reste vient de petites exploitations familiales.

Un mail a donc été envoyé à la

"Can Másdeu", dans le quartier de Nou Barris au Nord de Barcelone, est la plus grande communauté auto-gérée de la ville. Il faut suivre un petit chemin et grimper un bout de colline pour y arriver. En tout, le terrain fait environ 30 hectares, avec un grand bâtiment implanté au milieu, il s'agit d'un ancien hôpital de lépreux (voir figure 15 ci-dessous).

ancien hôpital de lépreux (voir figure 15 ci-dessous). Figure 15 : Can Másdeu, un ancien hôpital

Figure 15 : Can Másdeu, un ancien hôpital reconverti 78

La visite se fait à l'improviste, car personne ne répond aux mails. La rencontre se fait avec une jeune italienne, Sabina, en train de travailler le compost. Nous proposons de l'aider et pendant que nous travaillons, elle explique comment fonctionne la communauté. Depuis 13 ans, une trentaine de personnes dont six enfants vivent dans cet hôpital abandonné. Quatre ou cinq personnes en plus (comme Sabina), viennent aider une fois par semaine. Ici, les notions d'autosuffisance et de permaculture sont importantes et visibles : culture de couvert, compost naturel, puits et source d'eau, herbicides naturels (purin d'ortie), tout est fait à la main par la communauté. En contrebas, un grand potager est réservé aux habitants. Un autre potager communautaire contient des parcelles séparées et individuelles, pour les gens comme Sabina ou David (qui est venu nous aider entre temps). En tout, il y a environ un hectare de cultivé, explique Miguel, qui vit ici depuis longtemps. Un peu plus loin, les habitants mettent en place un "bosque comestible", ou jardin-forêt comestible en français. Ce principe consiste à planter des espèces comestibles en forêt

(sol très fertile, voir partie 1.2, agro-foresterie). Il y a aussi un potager en permaculture tout en bas du terrain, mais Sabina affirme qu'il est mal géré et qu'il ne produit pas grand chose. Sont également présents quelques petits panneaux solaires pour l'électricité, mais Miguel avoue que la communauté n'est pas encore autosuffisante. La production agricole est destinée à la consommation personnelle de la communauté, ils vendent seulement un peu de pain en dehors. Ils n'ont pas eu de problèmes avec la mairie depuis bien longtemps. De nombreuses activités sont organisées à Can Másdeu : ateliers, cours, journées ouvertes pour l'éducation à la permaculture, etc.

Chaque association ou coopérative de consommateurs a ses propres règles, mais de manière générale, elles fonctionnent de la même façon. Pour faire partie du groupe, il faut être membre de l'association, ce qui demande généralement une légère contribution financière, environ 30 euros, qui peut être remboursée en cas d'abandon. Il faut souvent participer à la hauteur de 10 euros maximum par mois pour le local, les charges ou autre. Ensuite, certains groupes fonctionnent avec des paniers hebdomadaires, c'est-à-dire que le consommateur paye un panier (12 euros en moyenne) chaque semaine, avec les produits dont dispose le producteur à ce moment là. D'autres associations ont un système de commande, où le producteur dit aux consommateurs ce dont il dispose et le prix correspondant, et les consommateurs peuvent choisir les variétés et la quantité, et viennent chercher leurs paniers au lieu de distribution (le plus souvent une fois par semaine). Les décisions qui affectent l'association ou la coopérative se prennent en assemblée, et chaque membre s'engage à participer à quelques réunions et à aider le groupe en préparant les paniers, en nettoyant, etc. La fréquence de ces tâches dépendent de chaque groupe et du nombre de consommateurs. Selon Esther Vivas, professeur du Master d'Agroécologie à Barcelone et auteur de nombreux livres sur les mouvements sociaux, le nombre de ces groupes de consommateurs serait passé de moins de 10 à plus de 100 en seulement 10 ans pour l'aire métropolitaine de Barcelone 79 .

Nous avons vu que les potagers urbains (qu'ils soient légaux ou non) ont une dimension bien plus sociale qu'alimentaire, c'est-à-dire qu'ils sont entretenus par des habitants du quartier, ce qui permet de les réunir et de réduire les problèmes de solitude et d'exclusion sociale, qui sont aujourd'hui des problèmes réels et répandus en ville. Ils servent également à renouer des liens entre les citadins et la nature, à les reconnecter au domaine agricole, qui paraît lointain et oublié dans les grandes villes. D'autres potagers urbains ont également été visités, mais fonctionnant de

79 Barcelonés, (2012). "Cooperativas : el consumo anticonsumista"

la même manière que ceux décrits précédemment, il n'y a pas d'intérêt à les décrire dans ce mémoire.

En ce qui concerne les boutiques biologiques, soit les employés présents sur place n'avaient pas de temps à consacrer à cette étude, soit ils ne savaient pas grand chose sur la provenance des produits. L'entretien s'est donc fait par mail la plupart du temps, et les réponses sur la provenance des produits (question principale pour les boutiques biologiques) restaient très vagues. En effet, beaucoup de boutiques jouent sur la notion de proximité, et utilisent des termes comme "kilomètre zéro" ou "produits locaux" afin d'attirer la clientèle. Il ne faut pas cacher que le "bio" et le "local" sont aussi des expressions à la mode, qui sont aujourd'hui beaucoup utilisées en marketing.

Ce sont les potagers urbains sur des friches occupées par des groupes de voisins, ceux gérés par le mairie pour les personnes âgées, les groupes de consommateurs, les boutiques écologiques, les distributeurs, et les producteurs qui forment ces "nouveaux" systèmes alimentaires, alternatifs à celui dessiné par la production industrielle et la vente en supermarché. À travers une représentation cartographique, nous allons maintenant voir comment s'organise spatialement les acteurs de ces réseaux de produits biologiques.

2.2)

Présentation de l'état existant

Les potagers urbains à Barcelone 80

l'état existant Les potagers urbains à Barcelone 8 0 Sur cette carte, nous pouvons différencier les

Sur cette carte, nous pouvons différencier les potagers communautaires auto-gérés d'une part (en rouge), et ceux appartenant à la mairie, réservés aux personnes âgées et à celles en risque d'exclusion sociale (en vert). On compte 15 potagers informels contre 13 formels. Tous ces potagers urbains sont destinés à la consommation personnelle des gens qui cultivent les parcelles. Ainsi, ils ne nourrissent pas une grande partie de la population, mais sont la preuve d'une certaine prise de conscience du bien-être lié à l'alimentation, de la part de la population locale comme de la mairie. Ils permettent aux gens de la ville de se retrouver, de découvrir pour certains l'agriculture écologique (quasiment tous les potagers sont gérés de manière écologique, sans pesticides ni engrais chimiques) et le plaisir de manger des produits sains, plantés et soignés par soi-même. L'objectif est avant tout social, voire politique pour certains potagers informels, qui cherchent parfois à créer des espaces auto-suffisants. Contrairement à la majorité, certains potagers auto- gérés installés sur des friches sont en accord avec la mairie (Connect'Hort, Espai Germanetes

80 Carte réalisée avec Google Maps, données personnelles et récupérées à l'aide du site "Huertos Urbanos Barcelona"

Les groupes de consommateurs de produits biologiques à Barcelone 81

de consommateurs de produits biologiques à Barcelone 8 1 Sur cette seconde carte, ce sont les

Sur cette seconde carte, ce sont les associations et coopératives de groupes de consommateurs qui sont représentés. Dans un premier temps, nous pouvons noter qu'ils sont nombreux, comparés au nombre de potagers urbains. En effet, on compte 67 groupes de consommateurs, seulement pour la ville de Barcelone. Nous pouvons noter qu'il y a une forte densité de groupes de consommateurs et de boutiques au nord de la ville, dans les quartiers de Sarrià / Sant Gervasi et de Gràcia. La vieille ville concentre également beaucoup de lieux de consommation écologique. Cependant, on trouve peu de ces groupes de consommation au Sud-Est et au Sud-Ouest. Certains groupes de consommateurs ne fonctionnent qu'à travers Internet.

81 Carte réalisée avec Google Maps, données personnelles et récupérées à l'aide du site d'Esther Vivas et d'une de ses cartes "Grups de consum autogestionat i els seus productors"

Les boutiques biologiques à Barcelone 82

Les boutiques biologiques à Barcelone 8 2 Par boutique écologique (ou biologique), nous entendons un espace

Par boutique écologique (ou biologique), nous entendons un espace où il est possible d'acheter des aliments biologiques (les herboristeries, brasseries, caves à vins, etc sont exclues). Au total, il existe 42 boutiques écologiques, seulement pour la ville de Barcelone, c'est-à-dire sans prendre en compte les communes voisines, faisant partie de l'agglomération barcelonaise. 18 de ces boutiques sont des supermarchés "Veritas", qui peuvent représenter de grandes surfaces avec uniquement des produits biologiques. Nous pouvons remarquer une répartition de ces boutiques assez homogène, mais seulement dans une partie de la ville. Effectivement, on note une présence plus importante de boutiques écologiques au centre (quartiers de l'Eixample, de Graciá) et au Nord-Ouest de la ville (Sarría, Sant Gervasi), alors que certains quartiers semblent "oubliés" au Sud-Ouest (Sants-Montjuic), à l'Est (Sant Andreu) et sur le littoral (Barceloneta).

82 Carte réalisée avec Google Maps, données récupérées personnellement sur le terrain et sur de nombreux sites Internet.

Les producteurs, distributeurs et marchés biologiques à Barcelone et ses alentours 83

et marchés biologiques à Barcelone et ses alentours 8 3 Enfin, sur cette carte sont localisés

Enfin, sur cette carte sont localisés les producteurs biologiques, les distributeurs de produits

biologiques, et les marchés écologiques. Pour cette carte de localisation, une échelle plus large a

été choisie, où une partie des provinces voisines sont visibles (Lleida, Tarragona). On dénombre

56 producteurs, dont 4 qui n'apparaissent pas sur la carte car ils sont situés plus loin au Sud-

Ouest (mais toujours en Catalogne), 13 marchés écologiques, dont 2 dans la ville de Barcelone, et

3 distributeurs (Hortec, Can Perol et MesBio) qui fournissent de nombreuses boutiques

écologiques. Ces distributeurs sont représentés en bleu par des symboles différents : le rond

correspond à Hortec (le plus gros distributeur de produits bio à Barcelone), le carré symbolise Can

Perol et le triangle représente MesBio. Pour illustrer les relations entre ces distributeurs et leurs

fournisseurs (les producteurs bio), nous avons choisi d'appliquer les mêmes symboles aux

producteurs. Ainsi, les symboles verts et ronds correspondent aux producteurs bio qui fournissent

Hortec, et les carrés ceux en relation avec Can Perol. Cependant, les losanges verts ne

83 Carte réalisée avec Google Maps, données personnelles et récupérées à l'aide du site d'Esther Vivas et de nombreux sites Internet.

représentent pas les fournisseurs de MesBio, car ce distributeur n'a pas voulu nous indiquer ses fournisseurs. Cette carte n'est malheureusement pas exhaustive. Selon l'Institut de Statistiques de Catalogne (Idescat, 2009) 84 , il y aurait 161 exploitations certifiées biologiques dans la province de Barcelone, et 128 exploitations en cours de conversion. Dans toute la Catalogne, il y aurait 1988 producteurs biologiques (INE, 2013) 85 .On note également la présence d'une banque de graines écologiques à Manresa (icône en mauve).

Nous avons vu que la métropole de Barcelone compte un grand nombre de producteurs et de groupes de consommateurs. Comment s'organisent-ils pour développer un système efficace ? sont-ils indépendants les uns des autres ou existe-t-il des réseaux ? Nous allons désormais nous intéresser aux structures formées par les relations entre ces différents acteurs, les organismes mis en place déterminant ces réseaux qui permettent à la population urbaine d'accéder à des aliments locaux de qualité.

2.3)

Les réseaux

Le fort développement de l'agriculture biologique et des systèmes alimentaires alternatifs à Barcelone a donné lieu à la naissance de réseaux entre les producteurs et consommateurs. En effet, il existe aujourd'hui des relations entre les associations, les coopératives, et les producteurs locaux, visant à faciliter le développement de ces nouveaux systèmes alimentaires en Catalogne.

Inspiré du système des AMAP françaises, la "PACA" (Acord per a la Producció i el Consum Agroecològic) est une initiative catalane qui met en relation directe des producteurs biologiques et des groupes de consommateurs. Selon un article de la revue "Agro-Cultura" (2010) 86 , depuis Janvier 2008, la "PACA" aspire à développer la production locale et biologique, la consommation de produits de qualités et l'économie locale, sociale et solidaire. Ce système, à la différence d'une AMAP, fait participer plusieurs producteurs. En effet, suite aux décisions prises en assemblée, les produits peuvent provenir d'exploitations différentes, pas forcément certifiées biologiques, ce qui tend à favoriser des relations de confiance entre producteurs et consommateurs. Aujourd'hui, la "PACA" fait participer deux producteurs, "Can Bofill" et "Ca n'oliveró", trois producteurs associés

84 Idescat (2009). Explotacions que utilizen per a la terra metodes d'agricultura ecológica, Barcelona. http://www.idescat.cat/territ/BasicTerr?

85 Instituto Nacional de la Estadística, (2013). Empresas dedicadas a la agricultura y ganadería ecológica por CCAA, periodo y actividad http://www.ine.es/jaxi/tabla.do

86 Scribd (2010). "La PACA, una AMAP a la catalana" http://fr.scribd.com/doc/20178915/Article-Amap-Paca-

(qui n'interviennent que ponctuellement) et huit groupes de consommateurs soit environ 350 personnes, à Barcelone et dans ses communes voisines. En effet, le mouvement s'est lancé à Molins de Rei, un village à 20 km de Barcelone, où se situe le producteur principal. Les produits sont principalement des légumes, des fruits, des céréales, du pain et du vin. D'après le site officiel de la "PACA" 87 , la distribution se fait par les producteurs qui vont directement voir les groupes de consommateurs (8 euros par coopérative) ou les particuliers (2,5 euros par personne).

"La Unió del Poble Nou", une coopérative de ce type est également née à Poble Nou en 2006, entre un groupe de consommateurs de ce quartier de Barcelone et un producteur à une cinquantaine de km de la métropole, "La Datzira". Ce producteur possède 1,5 ha de potager, et 43 ha de terrain où sont élevés une trentaine de chèvres, des poules et où sont plantés une vingtaine d'arbres fruitiers 88 . "La Unió del Poble Nou" distribue ces produits écologiques à une quinzaine de familles du quartier inscrites à cette coopérative de type AMAP (voir figure 16 ci-dessous).

cette coopérative de type AMAP (voir figure 16 ci-dessous). Figure 16 : cagettes de produits bio

Figure 16 : cagettes de produits bio de La Datzira 89

"Gent del Camp" est une autre association qui réunit 9 producteurs de la région, plus proche de la province de Tarragone (Catalogne). Créée en 2005, l'initiative est de mettre en relation ces producteurs biologiques afin de pouvoir vendre ensemble leurs produits à des groupes de consommateurs, des restaurants, des écoles, des particuliers et à des petits distributeurs locaux (site officiel, 2005) 90 .

87 Acord per a la producció i el consum agroecològics (2011) https://calapaca.wordpress.com/page/2/

88 La Unió de Poblenou – La Datzira (2013) https://verdurita.wordpress.com/la-datzira/

90 Gent del Camp, Agricultura Ecológica http://www.gentdelcamp.com/inici.html

Fonctionnant de la même manière, un autre réseau a vu le jour à Ordal, à environ 40 km de Barcelone. Depuis 2012, "el Tros d'Ordal", crée par trois jeunes producteurs, distribue des produits écologiques à 8 groupes de consommateurs et boutiques biologiques à Barcelone, et à 7 autres

dans des communes voisines (Vilafranca del Penedès, Sitges

également à deux marchés, un dans le village d'origine et un autre à Vilafranca 91 .

Cette association participe

).

"Hortganic", crée en 2011, se définit comme un réseau de consommation écologique et de développement durable. L'association réunit 4 familles de paysans, 3 potagers urbains et 7 groupes de consommateurs. Les produits sont certifiés, de saisons et distribués sans intermédiaires. L'inscription peut se faire gratuitement sur Internet, et les paniers disponibles contiennent les fruits et légumes du moment que les agriculteurs proposent, visibles sur le site officiel du réseau 92 . Il existe également un service de livraison à domicile.

Nous nous sommes intéressés a la nécessité de changer de modèle de production et de consommation alimentaire, avant d'étudier les différents systèmes alimentaires alternatifs au modèle industriel, en particulier dans la métropole de Barcelone, où l'agriculture biologique est bien présente. Nous allons maintenant nous pencher sur une problématique importante : ce système d'agriculture biologique est-il viable et efficace ?

91 El Tros d'Ordal (2014) http://eltrosdordal.com/

92 Xarxa de consum ecològic i desenvolupament sostenible (2011) http://www.hortganic.org/

3) L'agriculture écologique : un système viable et efficace ?

3.1) L'accessibilité des produits biologiques à Barcelone

Beaucoup d'études se contredisent sur le “bio”. En effet, que l'on parle de ses bienfaits pour la santé ou l'environnement, du prix des aliments, ou de l'effet de mode, il est difficile de l'étudier sous un regard purement objectif. Les “écolos” verront le verre a moitié plein et les plus sceptiques le verront a moitié vide. Mais tout n'est pas noir ou blanc dans le “bio”. Certes, les principes fondamentaux de l'agriculture biologique (voir page 11) représentent un idéal pour l'environnement et la santé, et en ce sens, sont difficilement reprochables. Cependant, le “bio” s'est éloigné de ces principes fondamentaux, on parle même aujourd'hui d'industrie du “bio”, ce qui est paradoxal, voire contradictoire. Ainsi, certains produits certifiés biologiques viennent de plusieurs milliers de kilomètres, parfois produits dans des conditions de travail déplorables, dans le non respect de la terre et du bien-être animal, et traversent plusieurs intermédiaires (grossiste, centrale d'achat ) pour être revendus dans des emballages polluants, à un prix parfois très élevé dans des supermarchés, alors que le producteur est payé une misère. L'industrie du “bio” ne correspond pas au système alternatif d'une agriculture écologique et locale, basée sur le développement durable, c'est-à-dire sur le respect de l'environnement, l'équité sociale et la viabilité économique.

Nous avons vu que les systèmes alternatifs à l'agriculture conventionnelle sont des modèles peu ou pas polluants, qui mettent en relation les voisins entre eux (groupes de consommateurs), et qui font se rencontrer les consommateurs et les producteurs (vente à la ferme, AMAP). Ainsi, en ce qui concerne l'environnement et le social, l'agriculture biologique – en son sens complet – est bien plus adaptée au développement durable que le modèle conventionnel. Cependant, dans la société actuelle, la dimension économique est souvent placée au premier plan, ce qui donne tant de force au modèle industriel et productiviste, réputé pour créer et vendre des produits moins cher. C'est pourquoi nous allons tenter de voir si les produits biologiques sont réellement réservés aux plus riches, à travers une comparaison des prix des produits industriels "discounts", des produits industriels de marques, des produits biologiques vendus dans une boutique spécialisée et ceux des paniers vendus directement à des groupes de consommateurs.

Pour l'étude et l'analyse de cette comparaison, nous avons choisi 15 produits sur 3 supermarchés en ligne : Mercadona 93 , très réputé pour ses prix bas en Espagne, Carrefour 94 pour les produits de

marques et le supermarché bio Veritas 95 , qui gère 18 boutiques écologiques à Barcelone (voir

tableau 1 ci-dessous).

Tableau 1 : comparaison du prix de produits achetés

dans des supermarchés différents

Type de produit

Prix discount

Prix marque

Prix "bio" (Veritas)

(Mercadona)

(Carrefour)

Café moulu (250g)

1,20

2,29 (Marcilla)

2,59

6 Oeufs moyens

0,95

1,35 (Dagu)

1,95

Jus d'orange (1L)

0,90

2,39 (Tropicana)

2,35

Lait demi-écrémé (6 X 1L)

3,60

4,74 (El Castillo)

7,14

Riz Intégral (1 kg)

1,49

1,99 (Nomen)

2,65

Pâtes Spaghetti

0,69

1,30 (Barilla)

1,39

(500 g)

Tomates (1 kg)

1,25

1,59 (Carrefour)

3,26

Carottes (1 kg)

1,15

1,18 (Tierra de Sabor)

1,76

Bananes des Canaries (1 kg)

1,95

2,75 (Carrefour)

3,00

Pommes Golden (1kg)

1,39

1,39 (Carrefour)

2,96

Chocolat noir 85% cacao (100 g)

1,00

1,85 (Lindt)

1,95

Beurre (250 g)

1,15

2,39 (Président)

3,55

Yaourt Nature (4 X

0,53

1,19 (Nestlé)

1,99

125g)

Fromage râpé Emmenthal (150 g)

0,86

1,87 (Président)

2,32

Huile d'olive (1L)

3,35

4,39

5,75

(Capricho Andaluz)

Total

21,46

32,66

44,61

Les 15 produits sélectionnés sont des produits de même poids et emballés de la même manière,

afin de ne pas fausser les prix.

Suite à ce tableau comparatif, nous pouvons dire qu'il y a une nette différence de prix entre les

produits discounts, les produits de marques et les produits biologiques. En effet, les produits de

marques sont 34,3% plus chers que les produits discounts, et les produits biologiques sont 26,8%

plus cher que les produits de marques en supermarché. L'écart entre le prix des produits discounts

et des produits biologiques se traduit alors du simple au double : on note une différence de 51,9%.

Une autre étude de ce type a été réalisée en France par la revue "ConsoGlobe" en 2008 96 , où la comparaison se fait entre les prix des produits certifiés AB, ceux de grandes marques et ceux de marque distributeur. Cette modeste étude montre que les produits de marque distributeur sont "seulement" 35% moins chers que les produits AB. Elle affirme également que la différence entre les produits de grandes marques et les produits bio est infime, de l'ordre de quelques centimes (sur une liste de 15 produits variés). Ainsi, selon cette étude, les produits bio seraient aussi accessibles que les produits de marque.

Selon le tableau 1 ci-dessus, on pourrait affirmer de manière simpliste que les produits biologiques sont réservés à une faible partie de la population, représentée par la classe sociale bourgeoise, alors que les produits de marques visent plutôt la classe moyenne, le discount étant réservé aux plus défavorisés. Nous pouvons ainsi nous demander : pourquoi les produits bio coûtent-ils si cher (du moins, en supermarché) ?

Selon l'Agence Bio 97 , les produits bio coûtent cher car le coût de production est supérieur à celui des exploitations conventionnelles. En général, la qualité produite en bio demande plus de temps, d'espace et de main d'oeuvre. Ceci est d'autant plus vrai pour l'élevage extensif bio, où les animaux sont élevés plus longtemps, dans un espace plus grand (souvent en plein air) et sont nourris biologiquement. D'après Marc Heber (2010) 98 , directeur du secteur fruits et légumes de Biocoop (réseau de magasins bio en France), la production bio est plus coûteuse à cause des volumes de production plus faibles, de la vulnérabilité des produits face aux aléas climatiques et de la saisonnalité des produits (offre moins variée). Selon la FAO (2015) 99 , le fait que l'offre en produits biologiques soit trop faible par rapport à la demande et que ces produits soient séparés des autres (en particulier pour le traitement et le transport) augmente le prix de commercialisation. De plus, la FAO affirme que certains facteurs compris dans la valeur (et donc le prix) des produits bio n'existent pas pour les autres produits : la préservation des sols et de l'environnement, les normes appliquées pour le bien-être animal

Cependant, il existe des chemins différents de celui du supermarché pour se nourrir sainement. Difficilement chiffrables, les prix des paniers bio distribués aux groupes de consommateurs sont généralement assez élevés (de l'ordre des prix en supermarché bio, voire plus cher). Néanmoins, dans certains groupes, il est possible de réduire ces prix en donnant un peu de son temps à

96 "Pouvoir d'achat. Le bio, plus cher ou pas ?", http://www.consoglobe.com/achat-bio-cher-2846-cg

97 "La Bio, un autre rapport qualité/prix", http://www.agencebio.org/les-prix-des-produits-bio.html

98 "Le juste prix du bio

",

99 FAO (2015). "Questions fréquemment posées sur l'agriculture biologique",

l'association concernée. Il existe également des groupes réalisant des tarifs sociaux en fonction des revenus, ou encore des cours de cuisine, actions pour lutter contre l'exclusion géographique

C'est le rôle de la politique

communale, intercommunale, départementale et régionale de développer ces circuits courts à travers leur intégration dans les agendas 21 par exemple.

des zones rurales isolées ou des zones urbaines sensibles

3.2)

Quartiers riches : quartiers bio ?

Nous nous sommes intéressés à l'accessibilité des produits biologiques à Barcelone, c'est-à-dire au prix de ces produits comparés aux autres produits alimentaires, issus de l'agriculture moderne. À travers les études existantes et une comparaison personnelle, nous avons vu qu'en général les produits biologiques coûtent plus cher que des produits "de base" achetés en supermarché. Pour définir pleinement l'accessibilité à ces produits, nous devons lui apporter une dimension géographique, déjà abordée à l'aide des différentes cartes de localisation précédentes. Ainsi, nous allons voir s'il existe une relation entre les revenus familiaux par arrondissement et le nombre de produits bio d'une part, puis le nombre de groupes de consommateurs d'autre part. Étant donné que ce type de produit coûte cher, l'hypothèse de départ serait que les quartiers riches sont mieux fournis en produits biologiques que les quartiers plus modestes.

Le site de la ville de Barcelone décrit les revenus familiaux par arrondissement (100 étant la moyenne de la ville) 100 :

1. Ciutat Vella : 77,2

2. Eixample : 116,4

3. Sants / Montjuic : 75,3

4. Les Corts : 140,3

5. Sarriá / Sants Gervasi : 186,7

6. Gràcia : 105,2

7. Horta Guinárdo : 77,9

8. Nou Barris : 56,2

9. Sant Andreu : 74,4

10. Sant Martí : 80,6

100 Ajuntament de Barcelona, Estadística (2013). "Distribució territorial de la renda familiar a Barcelona. 2013." http://www.bcn.cat/estadistica/catala/dades/economia/renda/rdfamiliar/a2013/rfdte.htm

Revenus par habitant par arrondissements à Barcelone 101

par habitant par arrondissements à Barcelone 1 0 1 Nous pouvons observer qu'il existe de grandes

Nous pouvons observer qu'il existe de grandes inégalités de revenus entre certains arrondissements. Par exemple, les revenus familiaux de l'arrondissement de Nou Barris sont environ 3,3 fois moins élevés que dans celui de Sarrià – Sant Gervasi. Il faut également prendre en compte que l'échelle choisie (celle de l'arrondissement) n'est pas la plus précise et peut déformer un peu les chiffres. Néanmoins, cette échelle clarifie la vision de la répartition de la richesse à Barcelone, qui pourrait également s'étudier à l'échelle plus fine des 73 quartiers de la ville.

101 Carte réalisée avec PaintShop Pro, à l'aide d'un fond de carte emprunté sur le site "Zonu"

Nombres de boutiques biologiques par arrondissement à Barcelone 102

biologiques par arrondissement à Barcelone 1 0 2 Sur la carte ci-dessus sont représentées les boutiques

Sur la carte ci-dessus sont représentées les boutiques biologiques par arrondissement. Comme nous l'avons supposé précédemment, certains quartiers comme Horta – Guinardó, Nou Barris ou Sant Andreu semblent "oubliés" par les boutiques de produits biologiques. En revanche, d'autres zones accueillent de nombreuses boutiques biologiques, comme Gràcia, Sarrià – Sant Gervasi ou l'Eixample.

Afin de voir s'il existe une relation significative entre la richesse des quartiers et leurs approvisionnement en produits biologiques, nous avons rentré les données dans un tableau Excel, puis nous les avons représentées sur le graphique suivant :

102 Carte réalisée avec PaintShop Pro, à l'aide d'un fond de carte emprunté sur le site "Zonu"

(http://www.zonu.com/fullsize/2011-01-18-12790/Distritos-de-Barcelona-2008.html) et à l'aide de la carte de localisation des boutiques biologiques à Barcelone (voir page 33).

Nombre de boutiques bio en fonction des revenus familiaux par arrondissement 10 9 8 7
Nombre de boutiques bio en fonction des revenus familiaux par arrondissement
10
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0
0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
Revenus familiaux par arrondissement
classés du plus faible au plus élevé
Nombre de boutiques bio

Figure 17 : Nombre de boutiques bio en fonction des revenus familiaux par arrondissement 103

Sur ce graphique, nous avons ordonnés les arrondissements de Barcelone en fonction des revenus familiaux, du plus faible (Nou Barris) au plus élevé (Sarrià – Sant Gervasi). Nous pouvons ainsi observer que la courbe de tendance confirme notre hypothèse de départ : plus les revenus familiaux d'un arrondissement sont élevés, plus cet arrondissement contient de boutiques biologiques. Nous pouvons également remarquer que deux points ne suivent pas la tendance, mais la relation globale entre le nombre de boutiques biologiques et la richesse des arrondissements est linéaire et positive. Pour connaître le degré de significativité de cette relation, nous allons calculer le coefficient de corrélation de Bravais-Pearson, défini par la formule suivante :

de Bravais-Pearson, défini par la formule suivante : Figure 18 : Formule du coefficient de corrélation

Figure 18 : Formule du coefficient de corrélation "r" 104

Ainsi, r = 843,16 / 1132,405 ≈ 0,74

103 Graphique réalisé sur Excel

Nous savons que le coefficient de corrélation "r" est compris entre -1 et 1. Si "r" est nul, il n'existe pas de corrélation entre les deux données. Cette corrélation est d'autant plus forte que le coefficient est proche de -1 ou de 1. Ici, nous observons que la relation est bien positive car "r" est positif, et qu'il existe une corrélation significative entre les revenus familiaux par arrondissement et le nombre de boutiques biologiques dans l'arrondissement.

Désormais, nous allons nous intéresser à la relation entre les revenus familiaux par arrondissement et le nombre de groupes de consommateurs par arrondissements.

Nombre de groupes de consommateurs par arrondissement à Barcelone 105

de consommateurs par arrondissement à Barcelone 1 0 5 Sur la carte ci-dessus, mis à part

Sur la carte ci-dessus, mis à part une concentration de groupes de consommateurs à Gràcia et Ciutat Vella, nous pouvons observer une répartition assez homogène sur l'ensemble de la ville.

105 Carte réalisée avec PaintShop Pro, à l'aide d'un fond de carte emprunté sur le site "Zonu"

(http://www.zonu.com/fullsize/2011-01-18-12790/Distritos-de-Barcelona-2008.html) et à l'aide de la carte de localisation des groupes de consommateurs à Barcelone (voir page 32).

Afin de voir s'il existe une relation significative entre la richesse des quartiers et le nombre de

groupes de consommateurs dans ces quartiers, nous avons rentré les données dans un tableau

Excel, puis nous les avons représentées sur le graphique suivant :

Nombre de groupes de consommateurs en fonction des revenus familiaux par arrondissement 14 12 10
Nombre de groupes de consommateurs
en fonction des revenus familiaux par arrondissement
14
12
10
8
6
4
2
0
Revenus familiaux classés du plus faible au plus élevé
Nombre de groupes de consommateurs

Figure 19 : Nombre de groupes de consommateurs en fonction des revenus familiaux par arrondissement 106

Sur ce graphique, nous pouvons observer que les points sont dispersés, ils ne semblent pas suivre

La courbe de tendance montre une très légère

une fonction particulière (linéaire, exponentielle

augmentation du nombre de groupes de consommateurs avec les revenus. Ainsi, notre hypothèse

de départ est qu'il n'existe pas de corrélation entre les revenus familiaux par arrondissement et le

nombre de groupes de consommateurs par arrondissement. Nous allons vérifier cette hypothèse

grâce au calcul du coefficient de corrélation "r".

).

Ici, "r" = 0. Notre hypothèse de départ est donc confirmée : il n'existe pas de corrélation entre les

revenus familiaux par arrondissement et le nombre de groupes de consommateurs par

arrondissement.

Le fait qu'il n'y ai pas de relation entre ces deux séries de données peut signifier que les

consommateurs se sentent globalement concernés par le fait de manger des produits sains, et pas

seulement dans les quartiers riches. Manger bio ne serait donc pas qu'une mode de bourgeois, ce

sont des consommateurs de toute classe sociale qui se retrouvent dans les associations et les

106 Graphique réalisé sur Excel

coopératives. En effet, lors des entretiens dans ces groupes de consommateurs, nous avons rencontré des gens de tous les milieux, ce ne sont pas des lieux de rencontres entre riches. Les associations et coopératives de consommation de produits bio naissent d'elles-mêmes, "naturellement". Ce sont majoritairement des voisins qui se réunissent pour créer ces groupes, quelque soit leurs revenus et leurs quartiers.

En ce qui concerne les boutiques biologiques, leur relation avec les revenus familiaux pourrait être le résultat une stratégie d'implantation marketing, qui viserait plutôt les quartiers riches, sachant que les produits vendus dans ces boutiques sont globalement plus cher que les autres produits.

Conclusion :

Dans ce mémoire, nous avons commencé par dénoncer le système agricole moderne, qui représente un scandale environnemental en tuant les sols et en contaminant les eaux, deux éléments fondamentaux pour la vie. Ce modèle n'est pas acceptable d'un point de vue humain, car comme nous l'avons déjà expliqué, les agriculteurs sont aujourd'hui dépendants des engrais chimiques, des pesticides et des semences hybrides pour pouvoir faire pousser quelque chose sur leurs terres. Les paysans les plus pauvres abandonnent leurs exploitations, leurs terres, peinent à se nourrir et vont parfois jusqu'à se suicider. Ces paysans victimes de l'agriculture industrielle depuis la "Révolution verte" ne sont pas minoritaires, bien au contraire. La dépendance aux produits chimiques, les politiques de subvention, les accords de libre-échange et la grande distribution entraînent un "génocide" dans les petites exploitations agricoles. Ce système agricole

et alimentaire n'est clairement pas durable, et il devient urgent de s'orienter vers une agriculture plus respectueuse de l'environnement (en particulier des sols), plus équitable et surtout, plus locale. C'est face à cette crise environnementale et sociale que des modèles alternatifs au modèle agricole moderne ont (re)fait leur apparition : agriculture biologique, paysanne, raisonnée, bio-

dynamique, permaculture, agroforesterie

de manière plus saine et plus juste. Dans la deuxième partie, il est question de comprendre comment les habitants de Barcelone s'organisent pour se nourrir avec des produits biologiques et dans quelle mesure ce mode de vie s'est développé. Nous avons vu que Barcelone est une ville où les mouvements sociaux représentent un phénomène présent et important pour la population. Là-bas, des problèmes comme le chômage, la corruption politique et le tourisme de masse poussent la population à résister et à s'organiser, notamment à travers l'existence de très nombreuses associations et coopératives qui forment une société parallèle dans de nombreux domaines (économie, politique, culture, alimentation Enfin, nous nous sommes intéressés à l'accessibilité des produits bio à Barcelone, d'abord en comparant leurs prix avec ceux de produits classiques en supermarché, puis à travers un travail de cartographie. Nous avons vu que les boutiques écologiques se situent surtout dans les quartiers riches car les produits sont réservés à une clientèle aisée. Par contre, nous nous sommes aperçus que les groupes de consommateurs sont assez bien répartis dans la ville, ce qui montre que le phénomène concerne tous les quartiers et toutes les populations. Pour conclure, l'agriculture biologique et locale est aujourd'hui un système indispensable si nous voulons un avenir. Ce modèle est en plein essor, mais pas encore assez développé pour donner

accès à des produits sains à toute la population. Nous pouvons désormais nous demander comment se dessinera l'avenir de l'agro-alimentaire.

Toutes ces alternatives visent à nourrir une population

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Carte réalisée avec Google Maps, données personnelles et récupérées à l'aide du site "Huertos Urbanos Barcelona"

Carte réalisée avec Google Maps, données personnelles et récupérées à l'aide du site d'Esther Vivas et d'une de ses cartes "Grups de consum autogestionat i els seus productors"

Carte réalisée avec Google Maps, données récupérées personnellement sur le terrain et sur de nombreux sites Internet.

Carte réalisée avec Google Maps, données personnelles et récupérées à l'aide du site d'Esther Vivas et de nombreux sites Internet.

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Xarxa de consum ecològic i desenvolupament sostenible (2011) http://www.hortganic.org/

TABLE DES MATIÈRES :

Sommaire

p.1

Introduction

p.4

1)

Les systèmes alternatifs à l'agriculture conventionnelle 1.1) La nécessité de changer de modèle de production

p.5

- Un désastre écologique

p.5-6

- Le piège des semences hybrides

p.6

- Réchauffement climatique

p.6-7

- Un modèle économique non équitable

p.7

- La PAC et ses erreurs

p.8-9

- Les effets pervers du libre-échange

p.10

1.2) Les différentes alternatives existantes

- l'agriculture raisonnée p.11

- l'agriculture biologique p.11-14

- l'agriculture paysanne p.14

- l'agroécologie p.15-16

- la permaculture

p.16-17

- l'agroforesterie

p.17

1.3) Changer d'échelle : l'agriculture locale

p.18

- les circuits courts

p.18-19

- les intermédiaires ruinent les agriculteurs

p.19

- les AMAP p.20-21

2)

L'agriculture écologique à Barcelone : un système développé et en développement 2.1) Méthodologie : rencontres et interviews p.22

- Pourquoi Barcelone ?

- Découverte des potagers urbains, rencontre avec les producteurs et les groupes de

consommateurs p.24

p.22-23

- Aula Ambiental Bosc Turull

p.24

- El Pyniol Vermell

p.25

- La Nansa del Cistell

p.25

- La Torre Dorda

p.25-26

- Huerto comunitario de Vallcarca

p.26-27

- Horts Indignats p.27-28

- Connect'Hort p.28-29

- Can Batlló p.29

- Huerto Cornellá p.29-30

- Can Perol

p.30

- Hortec

p.30

- I love food p.30-31

p.31-32

- Can Másdeu

- Fonctionnement des groupes de consommateurs p.32

2.2) Présentation de l'état existant

p.34

- les potagers urbains

p.34

- les groupes de consommateurs

p.35

- les boutiques biologiques

p.36

- les producteurs, distributeurs et marchés écologiques

p.37-38

2.3) Les réseaux

p.38

- La Paca p.38-39

- La Unió del Polbenou p.39

- Gent del Camp p.39

- Tros d'Ordal

- Hortganic p.40

p.40

3)

L'agriculture biologique : un système viable et efficace ? 3.1) L'accessibilité des produits biologiques à Barcelone

p.41

- L'industrie du bio

p.41

- Comparaison de prix entre des produits de supermarchés

p.42-43

- Pourquoi les produits bio sont-ils plus cher ?

p.43

3.2) Quartiers riches : quartiers bio ?

p.44

-

Les revenus familiaux par arrondissement à Barcelone

p.45

- Les boutiques bio par arrondissement à Barcelone p.46-48 - Les groupes de consommateurs par arrondissement à Barcelone p.48-50

Conclusion

p.51

Bibliographie

p.52-55

TABLES DES FIGURES :

Figure 1 : Formation d'une croûte de battance p.5

Figure 2 : Contribution des diverses activités aux émissions de protoxyde d'azote (N20) en France

en 2004

Figure 3 : Contribution des diverses activités aux émissions de méthane (CH4) en France

en 2004

Figure 4 : Label "Agriculture Biologique" en France p.12 Figure 5 : Logo du label européen p.12 Figure 6 : Évolution des exploitations en agriculture biologique en France depuis 1995 p.13 Figure 7 : Potager en permaculture p.17 Figure 8 : des consommateurs à la rencontre des producteurs, AMAP de Bagnolet p.21 Figure 9 : les"indignés" occupent la Plaza Mayor à Madrid p.23 Figure 10 : "la Torre Dorda", grand producteur écologique p.26 Figure 11 : Potager communautaire de Vallcarca, un espace ouvert à tous p.27 Figure 12 : Los Horts Indignats, les indignés de Poblenou p.28 Figure 13 : Connect'Hort, espace communautaire et écologique p.28 Figure 14 : Huerto Cornellá, entre production écologique et programme social p.29 Figure 15 : Can Másdeu, un ancien hôpital reconverti p.31 Figure 16 : cagettes de produits bio de La Datzira p.39 Figure 17 : Nombre de boutiques bio en fonction des revenus familiaux par arrondissement p.47 Figure 18 : Formule du coefficient de corrélation "r" p.47 Figure 19 : Nombre de groupes de consommateurs en fonction des revenus familiaux par arrondissement p.49

p.7

p.7

TABLES DES TABLEAUX :

Tableau 1 : comparaison des prix de produits achetés dans des supermarchés différents

p.42

TABLES DES CARTES :

Carte 1 : Les potagers urbains à Barcelone p.34 Carte 2 : Les groupes de consommateurs de produits biologiques à Barcelone p.35 Carte 3 : Les boutiques biologiques à Barcelone p.36 Carte 4 : Les producteurs, distributeurs et marchés biologiques à Barcelone et ses alentours p.37 Carte 5 : Revenus par habitant par arrondissements à Barcelone p.45 Carte 6 : Nombres de boutiques biologiques par arrondissement à Barcelone p.46 Carte 7 : Nombre de groupes de consommateurs par arrondissement à Barcelone p.48