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Les accommodements raisonnables : prolonger le débat


Exposé donné à l’Union des démocrates turcs à Saint-
Josse-ten-Noode le 3 décembre 2009
La presse y a fait largement écho : les procédures d’accommodement
raisonnable sont jouées à toutes les sauces et nouent des problématiques
complexes avec d’autres réalités : les identités culturelles menacées, l’espace des
relations interculturelles, la question de l’immigration et de la non-immigration, les
politiques de reconnaissance attaquées par les politiques de lutte contre les
inégalités, les mises en forme de la laïcité, les droits des minorités et la conception
du pluralisme.

Prolonger le débat : les identités culturelles menacées ?


La question est : « est-ce que la procédure des accommodements raisonnables
vient dissoudre l’identité culturelle, sociale, historique de la société d’accueil ? »et
on peut renvoyer la question en miroir : « les migrants installés vont aussi perdre
quelque chose de leur culture d’origine et jusqu’où ? ».
On pourra aisément croire que notre libéralisme a un coût et il ne faut pas
s’imaginer qu’accommoder n’entraîne pas de risques divers. En d’autres termes,
il faut être à hauteur de ses ambitions éthiques et politiques et si nous procédons
à des accommodements, quelque chose de notre identité européenne, de nos
traditions historiques cèdera la place à des mixages encore imprévisibles.
Remarquons d’abord que l’identité belge est en elle-même problématique, elle est
laminée par les conflits institutionnels et par notre position géographique, le
caractère hasardeux de notre fondation. Mais l’identité belge n’est pas la même
que l’identité flamande, bassins industriels wallons et terres ardenno-
luxembourgeoises.
Les règle du jeu et les conditions initiales ne sont pas les mêmes au Québec. La
déstabilisation de l’identité québécoise est davantage due à des facteurs
mondiaux qu’au recrutement de travailleurs étrangers susceptibles de demander
des accommodements raisonnables mais les immigrants fraîchement arrivés
paient en quelque sorte l’addition pour une mondialisation qui inquiète et pour un
libéralisme économique agressif qui détricote progressivement l’Etat social-
démocrate québécois. L’identité québécoise, isolée avec autour d’elle 270
millions de libéraux anglophones me semble bien plus menacée que l’identité de
nos compatriotes flamands ou que la nôtre autant que Belges, Wallons et
Bruxellois.
Le Québec feint d’oublier qu’il a décidé d’accroître son commerce avec le voisin
américain, qui représente, au regard des 10% avec le reste du Canada, 75% de
son commerce extérieur1. Les Québécois feignent donc de croire qu’accroître le
commerce avec leur puissant voisin les exonère des postures culturelles
achetées avec les produits importés, comme si le commerce était un neutre
culturel, naïveté ? inconscience ? calcul cynique ? Ainsi, l’identité québécoise

1 Cette stratégie consistant à accroître les relations commerciales avec les Etats-Unis au détriment du reste du
Canada n’est pas sans arrière-pensée politique. Pour certains, cette orientation commerciale permettrait, croient-
ils, d’atténuer les représailles économiques du Canada en cas de sécession.
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m’apparaît bien davantage déstabilisée par la pression néo-libérale du voisin


étatsunien que par l’apport problématique des migrants.
Il y a des constructions progressives qui vont dissoudre et refondre les cultures
qui se mélangent. On ne sait comment car le jeu démocratique, s’il persiste, est
marqué d’une certaine imprévisibilité : on se sait pas trop bien où on va, mais,
c’est la démocratie, on sait ce qu’on doit respecter comme procédures et on sait
aussi où, à tout prix, il ne faut pas aller.

Prolonger le débat : l’espace des relations interculturelles2


L’accroissement vertigineux de la mobilité mondiale met en présence dans les
métropoles nord-européennes des cultures allochtones et la culture du pays
d’accueil. Il y a d’un côté, souvent, des prestataires de soin issus de ces cultures
allochtones, en position dominée mais appelés à devenir démographiquement
dominants et des donneurs d’ordre autochtones en position dominante mais
appartenant à des cohortes d’âge élevé et démographiquement déclinantes.
Comme le précise Bernard DE BACKER, il y a un axe de conflictualité possible
entre des migrants issus d’un monde traditionnel et en position dominée et les
autochtones modernes et dominants3. Donc, en d’autres termes, la hiérarchie
sociale recoupe souvent les frottements entre tradition et modernité. Ce qui est
en jeu, et pour partie dans les problèmes qui nous occupent, c’est une tension,
que l’on souhaite des plus constructives, que certains estiment radicales et
inconciliables entre une conception hétéronome, religieuse, méta-humaine des
relations sociales et une conception autonome, laïque et trop humaine peut-être.
Ce questionnement recoupe pour partie les lignes de conflictualité philosophique
entre Communautariens (notre identité est de l’ordre de la découverte d’une
antériorité) et libéraux (notre identité est de l’ordre de l’invention imprévisible). Ce
n’est faire injure à personne en effet que d’indiquer le cautionnement explicite de
la majorité démocratique pour les valeurs et les postures de la modernité et de
repérer dans les populations d’origine immigrée un fort courant traditionnel qui
était d’ailleurs encore largement présent chez les parents de ma génération avant
la coupure 68.
Ce qui peut incontestablement apparaître à certains moments comme un conflit
larvé ou ouvert entre tradition et modernité ne laisse pas de manifester plusieurs
problèmes relevés par des intellectuels comme chez nous le psychiatre et
psychanalyste Jean-Pierre LEBRUN et en France le philosophe Marcel
GAUCHET : crise de l’autorité, déclin de la puissance paternelle, incivilités dans
l’espace public, démocratisme et ultra-libéralisme des conduites tuant la
maturation lente du désir. Il y avait une longue chaîne qui partait de la croyance
en un Dieu supérieur et législateur et faisait maillon avec le corps du roi et
l’autorité du père. Citons TOCQUEVILLE dans la démocratie en Amérique,
« L’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du
paysan au roi…la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part ».
Nous sommes des barons de Muchausen4 qui devons tirer l’ordre social de notre
marais en tirant sur nos bottes pour nous désembourber, sans plus compter sur
des garants méta-sociaux, voire métaphysiques. Nous sommes dans des
2 L’essentiel de cette réflexion est emprunté à Bernard DE BACKER, qu’il en soit remercié
3 DE BACKER Bernard, «Le non-marchand saisi par l’interculturalité » in La Vigilante, Mai 2006, n° 21.
4 Voir notamment le merveilleux roman de Elisa BRUNE, relations d’incertitude.
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relations d’incertitude et la démocratie est bien cela : avancer prudemment,


presque à l’aveuglette, sans trop savoir où ça nous mène.
Va de pair la montée en puissance de l’égalité femme/homme et ce qu’on pourrait
appeler le démocratisme : où l’excès incontrôlé des mœurs démocratiques : dans
un avion, il est normal que le choix de la destination soit de l’ordre des passagers
mais pas que le pilote et le co-pilote soient choisis par le soviet des passagers.

Prolonger le débat : la question de l’immigration et de la non-


immigration discriminée négativement
A la différence de chez nous, le Québec et plus largement le Canada, est une
terre d’immigration avec une politique à la clé, avec pour 2009, l’objectif de
recruter plus de 70.000 immigrants5. Ces immigrants sont souvent plus qualifiés
que la moyenne québécoise mais sont confinés dans des emplois subalternes et
le taux de chômage des immigrants nord-africains est plus du double de la
moyenne québécoise. Un racisme latent, des discriminations professionnelles
injustifiées sont légion et le « chauffeur de taxi libanais titulaire d’une diplôme de
chirurgien » n’est pas un mythe mais un exemple pertinent. Radio-Canada
interviewait récemment un couple de Musulmans titulaires de la double nationalité
canadienne et française, titulaires tous deux d’un post-doctorat en physique de la
Sorbonne et employés dans un centre d’appel. Chez nous, le racisme et
notamment la discrimination négative à l’embauche et d’autres problèmes nous
conduisent à nous focaliser sur des citoyens belges discriminés négativement et
qui essayent tant bien que mal de protéger plusieurs traits de leur identité
migrante, ce que Tahar Ben Jelloun appelle la malette invisible des immigrés,
sauf à considérer que majoritairement, il s’agit de nos concitoyens et pas
d’immigrés de fraîche date.

Prolonger le débat : les politiques de la reconnaissance


Les politiques de la reconnaissance de la diversité culturelle font l’objet
d’attaques en règles, notamment par Walter MICHAELS : elles ne seraient que le
masque commode pour égarer les énergies critiques hors du champ stratégique
de lutte contre les inégalités : pour le dire en un seul mot, reconnaître son voisin
coûterait moins cher que d’accepter une fiscalité plus lourde et plus
redistributive ; Le philosophe allemand Axel HONNETH rappelait que nous
aspirons à 3 formes de reconnaissance : celle de l’amour, celle qui porte sur la
tolérance voire l’approbation de nos particularités culturelles, ce sur quoi
portent les accommodements, mais aussi le processus de reconnaissance qui
porte sur notre capacité, déniée dans le chômage, d’être des acteurs reconnus
dans la sphère du travail afin d’œuvrer à l’utilité commune. Subventionner
les associations d’immigrants belges au Canada dansant la maclotte de Bertrix
sans offrir à leurs membres des perspectives d’emploi, de formation et d’insertion
sociale rendrait les accommodements raisonnables sans grand intérêt, voire
même pourrait apparaître un miroir aux alouettes pervers tant son habit est fait de
générosité et d’ouverture à autrui. Le constat et l’interrogation valent pour nous :
comment évaluer des poignées de main ministérielles à des groupes de
percussion originaires du Riff si les artistes, les travailleurs sont l’objet

5Ne pas oublier que le succès du Vlaamse Belang est du en partie au surf démagogique pratiqué sur la question
de la cohabitation.
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d’incessantes discriminations à l’embauche ? En d’autres termes, comment faire


le départ entre de nécessaires politiques sociales associant les associations de
première ligne et la reconnaissance, par budgets et dispositifs législatifs, des
singularités culturelles de bon nombre de nos concitoyens d’origine étrangère et
qui comme le rappelait la défunte Thérèse MANGOT formaient communauté de
peuple ?

Prolonger le débat : laïcité ouverte ou fermée ?


Les jeux sont ouverts et la question est : sommes-nous disposés à vivre dans un
espace public marqué avec des dispositifs légaux ciblés et différenciés, qui font à
la fois droit à la différence et à la ressemblance ? Est-ce que l’espace public
revendiqué doit afficher une neutralité hypocrite alors qu’il consacre la domination
de l’homme sur la femme, de l’actif sur l’inactif, des dirigeants économiques sur
les travailleurs, des consommateurs sur les consuméristes ?
Dans ces débats affleure sans doute une révision malaisée de la laïcité. Le débat
s’est centré sur la question de l’interdiction du port du foulard dans certains
établissements scolaires6 en sexualisant les propositions d’interdiction sur les
femmes seulement et en mettant dans le même sac les prestataires de service
public et ceux qui en reçoivent les bénéfices. Est-ce que nous décentrer conduit à
perdre de vue les valeurs démocratiques du vivre ensemble ? et à quel prix et
pouvons-nous considérer notre culture comme une culture particulière parmi
d’autres ? Prétendre que notre espace public est neutre et qu’il doit le rester,
interdire à des cultures hébergées d’arborer des signes religieux et/ou laïcisés
par ses porteurs, c’est interdire aux autres ce que nous nous autorisons pour
nous-mêmes et faire preuve de grande naïveté. C’est en outre manquer de
respect à ceux que l’on fait profession de respecter. La laïcité ouverte doit
permettre toute expression et manifestation religieuse et philosophique dans
l’espace public au sens de HABERMAS et au sens urbanistique, pourvu que cette
expression n’entrave pas les libertés et droits d’autrui et dans un respect des
libertés et droits fondamentaux. Métaphore peut-être inappropriée : plus la voiture
va vite, plus les freins doivent être puissants, ou la laïcité ouverte et inclusive doit
être ferme sur ses principes et souple dans ses modalités d’application. Elle
prend acte de la relative imprévisibilité de notre devenir commun et devrait sans
doute réfléchir aux tares du démocratisme : application irraisonnée des mœurs
démocratiques dans toutes les sphères de la vie : est-ce que la famille, les
mouvements de jeunesse doivent être démocratiques ? Est-ce que le soviet des
passagers de l’avion doit élire le pilote si bien entendu le soviet des passagers a
choisi la destination ?

Prolonger le débat : les droits des minorités au sein des espaces


politiques nationaux, l’apport du philosophe Wil KYMLICKA :
Les minorités nationales, (germanophones de Belgique) sont à distinguer des
groupes ethniques résultant de l’immigration (la communauté des travailleurs

6 L’approche libérale et inclusive dégage, relativement au port du hijab, un accord permettant aux élèves portant
le foulard de fréquenter l’école plutôt que de s’en trouver exclues et poussées vers les écoles confessionnelles
privées. On estime que l’interdiction du foulard porterait atteinte au droit à l’égalité, à la liberté de conscience et
au droit à l’instruction publique des élèves, tout en les privant d’une occasion de socialisation avec les jeunes et
les enseignants de toute origine et tous milieux sociaux.
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polonais de Belgique) et des groupes sociaux désavantagés (les femmes, les


handicapés, les homosexuels).
En outre, d’entrée de jeu, KYMLKICKA distingue les contraintes internes
illégitimes que les communautés peuvent faire peser sur leurs membres et dont
certaines sont contraires aux lois et aux déclarations des droits, crimes
d’honneur, mariages forcés, fatwas et représailles sur les apostats, agressions
contre les hérésiarques, persistance dans bon nombre de milieux progressistes
de mœurs staliniennes, voire nazies et un ensemble de droits spécifiques que
les Etats peuvent accorder à ces groupes spécifiques.
Les premiers ensembles de droits accordent aux minorités nationales une
certaine forme d’autonomie gouvernementale car « les nations cherchent à
obtenir une certaine autorité territoriale, afin d’assurer le libre et plein
développement de leurs cultures et de leurs intérêts ». Le fédéralisme représente
l’un des mécanismes appropriés afin de satisfaire les demandes d’autonomie
gouvernementale : il en va ainsi tout autant pour les composantes du fédéralisme
belge que pour le Québec qui dispose de pouvoirs étendus comme le contrôle du
système éducatif et la réglementation en matière de langue, de culture et
d’immigration. Ainsi, chez nous, la Communauté germanophone dispose de
budgets, de compétences, d’organes législatifs et d’un exécutif lui permettant
d’organiser pour partie les composantes politiques et sociales de sa subsistance7.
Deuxième ensemble de droits : est-ce que les groupes issus de
l’immigration doivent abandonner tous les aspects de leur héritage
ethnique pour adopter les normes et les coutumes de la majorité ? Non, car
elles doivent bénéficier de droits de protection externe. Là aussi, les débats
et les prises de position des politiques belges rejoignent la réflexion de
KYMLICKA. Remarquons déjà que la Constitution belge reconnaît différents
cultes et que les Régions wallonne et flamande ont adopté divers décrets ouvrant
le jeu pour les minorités ethno-culturelles. Quant à la commission sur le dialogue
interculturel créée en 2004 par le Gouvernement fédéral, elle avait pour objet de
dégager des pistes concrètes pour tenter de répondre aux défis d’une société
ouverte et pluriculturelle ; elle a élaboré un ensemble de propositions très
constructives et très concrètes : soutenir les initiatives qui visent à l’apprentissage
et la transmission des langues par l’organisation de cours des langues d’origine
dans les écoles, pratiquer, au sein des bibliothèques publiques une politique
d’acquisition d’ouvrages de référence des cultures minoritaires, assurer une
visibilité accrue des minorités culturelles dans l’espace public. L’ancien secrétaire
d’état de la R.B.C. Alain HUTCHINSON avait, lui, fort opportunément soutenu
l’idée de l’érection d’un musée de l’immigration.

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Ces minorités nationales sont les mieux loties des 3 groupes car elles bénéficient aussi de mesures de
protection externe comme les groupes issus de l’immigration et de droits de représentation politique dans le
niveau supérieur du fédéralisme. Ces garanties peuvent entrer dans un jeu d’interactions positives avec les
droits à l’autonomie gouvernementale : si les minorités qui disposent d’une autonomie gouvernementale
peuvent également participer, au niveau fédéral, aux délibérations démocratiques qui peuvent interpréter ou
modifier les pouvoirs attachés à l’exercice de leur autonomie gouvernementale, elles disposent d’un rapport
de force non négligeable afin de s’opposer aux altérations et aux modifications unilatérales qui risqueraient
d’affaiblir, du haut, leur autonomie politique. Ainsi, diverses institutions permettent aux différentes
minorités belges de se protéger à partir de leur représentation garantie au niveau fédéral : sonnette d’alarme,
majorités spéciales, recours au conseil d’état…
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L’obtention de droits polyethniques comprend aussi, selon l’auteur qui en


approuve le contenu, le subventionnement des pratiques culturelles, « le
financement des associations, des publications et des évènements à caractère
ethnique ». Ces subventions ne feraient d’ailleurs que rétablir l’égalité de
traitement par rapport au financement d’activités plus « européennes », ce qui ne
nous empêche pas de laisser poindre notre indignation relativement aux
différences de subventionnement entre l’Ommegang et la Zinneke Parade.
Quant aux divers prescrits religieux et leur application dans le domaine de la
santé et des écoles, la procédure dite des accommodements raisonnables, telle
qu’elle est développée au Canada y répond partiellement : horaires de travail
adaptés pour permettre aux Musulmans et Juifs de fréquenter leur lieu de culte
lors du jour de prière, installations ad hoc pour l’abattage rituel, nourriture
adaptée dans les cantines scolaires et pour les Sikhs, droit, au Canada, de porter
leur turban rituel lorsqu’ils sont engagés dans la gendarmerie royale ou de porter
leur poignard rituel dans les institutions scolaires. Les accommodements
raisonnables constituent des droits de protection externe pour des
minorités mais qu’en sera-t-il quand les minorités deviendront
démographiquement majoritaires ?
A l’inverse des droits à l’autonomie gouvernementale qui prône la séparation, les
droits polyethniques permettent « aux groupes ethniques et aux minorités
religieuses d’exprimer leur particularité et leur fierté culturelle sur une scène
commune avec la majorité sans que cela ne diminue leurs chances de succès au
sein des institutions économiques et politiques de la société ».
Troisième ensemble de droits : les droits spéciaux de représentation
politique. « Dans les démocraties occidentales, poursuit l’auteur, on s’inquiète de
plus en plus de la non représentativité du processus politique, au sens où celui-ci
ne parvient pas à représenter la diversité de la population. Les pouvoirs
législatifs…sont contrôlés par des hommes de race blanche, actifs, appartenant à
la classe moyenne ». Il convient donc de prévoir des droits spéciaux de
représentation politique à des minorités spécifiques. L’auteur ne pourrait
qu’approuver les pratiques de plusieurs de nos partis démocratiques, qui
formellement ou non, réservent des quotas et des places stratégiques à des
femmes et à des personnes d’origine immigrée sur leurs listes électorales, même
si le problème des quotas féminins et d’une manière générale les procédures
dites de discrimination positive ne font pas l’unanimité et génèrent parfois des
effets pervers redoutables.

Prolonger le débat : quel pluralisme ?


Certains laïques ont peur : la montée en puissance, démographique, électorale,
politique donc, de citoyens d’origine immigrée, adeptes de l’Islam, viendrait, selon
eux, menacer une série de droits arrachés par un long combat à un espace
politique encore dominé par les catholiques : enseignement non confessionnel,
droit à l’avortement, divorce, droits des homosexuels, droit des femmes, etc.
Les mêmes précisent que ces droits ont été arrachés au sein de luttes
démocratiques, mais que pourrait-il arriver si une majorité démographique et
démocratique venait à contester ces droits, voire à imposer, par la voie
démocratique, d’autres mœurs coulées dans d’autres lois ?
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Pierre ANSAY