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Division Afrique

Division régional Sahel et Afrique de l’Ouest 1

Le Protocole de Maputo de l’Union africaine


Un instrument pour la promotion des droits des femmes en Afrique
Table des matières

1. Qu’entend-on par Protocole de Maputo ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3


2. Comment le Protocole peut-il être appliqué dans la coopération au développement (CD) ? . . . . . . . . . . . . . . 4
3. Exemples tirés de la pratique de la CD se rapportant à certains thèmes du Protocole . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
3.1 Mutilations génitales féminines (MGF) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
3.2 Renforcement des droits des femmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
3.3 Droit à la santé et en matière de reproduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
3.4 Protection contre l’exploitation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
3.5 Accès à la justice pour les femmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
3.6 Réforme du droit coutumier en faveur des femmes et des filles .............................. 9
4. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Liste des abréviations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

Publié par : Responsable :


Deutsche Gesellschaft für Kerstin Lisy
Technische Zusammenarbeit (GTZ) GmbH T +49 (61 96) 79 1578
Dag-Hammarskjöld-Weg 1-5 F +49 (61 96) 79 7177
65760 Eschborn E kerstin.lisy@gtz.de
T +49 (0) 61 96 79 - 0 I www.gtz.de/fgm
F +49 (0) 61 96 79 - 1115
I www.gtz.de Photos :
Project Suprarégional
Projet suprarégional : Appui aux initiatives pour l’abandon
Appui aux initiatives pour l’abandon des mutilations des mutilations génitales féminines
génitales féminines.
En coopération avec le projet sectoriel : Texte :
Application des droits humains dans la coopération Kerstin Lisy
au développement, Division 42, État et démocratie avec Emanuela Finke et Anja-Rosa Hoensbroech

Contact au Ministère fédéral de la Coopération


économique et du Développement (BMZ) :
Bureau 321,
T +49 (0) 228 535 3633

2 Eschborn 2006
1. Qu’entend-on par Protocole de Maputo ?

Le 11 juillet 2003, lors du second sommet de l’Union et les filles font l’objet en Afrique. Après de nom-
africaine (UA) à Maputo (Mozambique), 53 États mem- breux cycles de consultation menés au niveau natio-
bres de cette organisation ont adopté, en complément nal et régional entre des acteurs gouvernementaux
de la Charte africaine des droits de l’homme et des et civils, un document commun, élaboré sous la
peuples votée en 1986, un Protocole relatif aux droits direction de la Commission africaine des droits de
des femmes en Afrique, appelé également « Protocole l’homme et des peuples, a été adopté pour servir
de Maputo ». de base au Protocole de Maputo.

Ce protocole de 30 pages est un instrument régional Priorités du Protocole de Maputo


pour la protection des droits fondamentaux des
femmes et se considère lui-même comme étant le • Garantie et reconnaissance des droits civils,
premier instrument législatif visant à protéger la politiques, économiques et culturels des femmes
femme africaine de toutes les formes de discrimina- (articles 8, 9, 12, 13, 17)
tion. Ses 31 articles formulent une série de disposi-
tions pour la protection des droits spécifiques des • Garantie de tous les droits fondamentaux
femmes et des filles en Afrique, en tenant compte reconnus au niveau international pour les
de l’environnement socioculturel. Ainsi, le Protocole femmes (articles 2, 3, 4)
condamne et interdit les mutilations génitales
féminines et proclame le droit à l’autodétermination • Protection contre des pratiques traditionnelles pré-
sexuelle, renforce les droits des femmes dans le judiciables à la santé, telles que les mutilations
mariage et reconnaît aux femmes et aux hommes génitales féminines (article 5)
des droits égaux de posséder et d’acquérir des
biens. • Droit à la paix et protection particulière des
femmes dans les conflits armés (articles 10, 11)
43 États ont signé le Protocole de Maputo1. 15 États
l’ont ratifié jusqu’en octobre 2005, et ayant ainsi • Droit à la santé et en matière de reproduction,
atteint le quorum requis, il est formellement entré droit à la sécurité alimentaire (articles 14, 15, 18)
en vigueur le 25 novembre 20052.
• Droits des femmes et des hommes à un traitement
Le Protocole est le fruit des efforts déployés par un égal devant la loi, à une protection égale de leurs
grand nombre d’organisations non gouvernementales droits et à un accès égal à la justice (articles 2, 8)
(ONG)3, en vue de protéger explicitement et de
manière spécifique les droits des femmes par un • Protection des femmes contre toutes formes
protocole additionnel à la Charte africaine des droits d’exploitation et de traitements dégradants
de l’homme. Certaines clauses de la Charte de 1986 (articles 2, 3, 4)
avaient été critiquées parce qu’elles étaient formulées
en des termes si vagues, notamment ce qui concerne • Prise en compte de l’égalité entre hommes et
les droits des femmes, qu’il n’était guère possible femmes dans le droit matrimonial, notamment en
d’en dégager des revendications pour des modifications considération de la polygamie, des mariages forcés
législatives ou des actions politiques concrètes, en et précoces, et protection des droits des veuves
dépit des discriminations massives dont les femmes (articles 6, 7, 20, 21)

1 Le protocole a été signé par les État suivants : Afrique du Sud, Algérie, Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, République démocratique du
Congo, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Gabon, Gambie, Ghana, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Guinée, Cap-Vert, Comores, Congo, Kenya, Lesotho, Liberia, 3
Libye, Madagascar, Malawi, Mali, Maurice, Mozambique, Namibie, Niger, Nigeria, Rwanda, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Swaziland, Somalie,
Tanzanie, Togo, Tchad, Ouganda, Zambie, Zimbabwe (situation en novembre 2006).
2 Entre-temps, 20 États l’ont ratifié : Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Comores, Djibouti, Gambie, Lesotho, Libye, Malawi, Mali, Mauritanie, Mozambique,
Namibie, Nigeria, Rwanda, Sambia, Sénégal, Sychelles, Afrique du Sud, Togo (situation en novembre 2006).
3 À mentionner en particulier le réseau des femmes africaines : Women in Law and Development in Africa / Femmes Droits et Développement en
Afrique (WiLDAF/FEDDAF).
2. Comment le Protocole peut-il être appliqué dans la
coopération au développement (CD) ?

En tant que convention relevant du droit public inter-


national, le Protocole constitue un cadre de référence
important pour la coopération avec les États africains
et fournit des points de départ pour l’application des
droits humains de la femme en Afrique.

• Le dialogue politique (négociations et consulta-


tions intergouvernementales) peut favoriser la
ratification du Protocole. Des gouvernements
partenaires peuvent y exprimer leur intention de
promouvoir l’égalité entre hommes et femmes,
qui constitue en même temps l’un des objectifs
prioritaires du Millénaire pour le développement.

• Le dialogue politique peut également fournir


l’occasion d’aborder le thème des droits et devoirs
définis dans le Protocole et d’offrir une assistance
pour leur mise en œuvre dans la politique nationale.

• Dans le travail concret des programmes et projets,


il est possible de soutenir, en coopération avec
les ministères nationaux et les organisations de la
société civile, la mise en œuvre des exigences du
protocole, tant au niveau de la législation formelle
qu’à celui de l’application pratique, et même par
l’harmonisation de normes traditionnelles avec le
droit national et avec les dispositions du Protocole
de Maputo.

4
3. Exemples tirés de la pratique de la CD se
rapportant à certains thèmes du Protocole

La GTZ réalise pour le compte du ministère fédéral innovatrices, renforce les capacités locales, encourage
allemand de la Coopération économique et du la mise en réseau des acteurs et soutient la gestion
Développement (BMZ) une série de projets, dont les des connaissances en Allemagne et à l’étranger.
objectifs et mesures reflètent différents articles
du Protocole de Maputo. L’entrée en vigueur du Les mesures citées dans le Protocole offrent des
Protocole confère une nouvelle base à ces projets. orientations thématiques pour la coopération avec
les pays partenaires au niveau de la conception de
stratégies pour combattre les MGF. Le projet soutient
3.1 Mutilations génitales féminines (MGF)

L’article 5 du Protocole, « Élimination de pratiques


néfastes » , prononce l’interdiction des pratiques
néfastes4 par les États contractants et formule des
mesures en vue de l’éradication de ces pratiques.
Il cite notamment (a) la sensibilisation du public
par des campagnes et programmes d’information,
d’éducation formelle et informelle et de communica-
tion, (b) l’interdiction par des mesures législatives
assorties de sanctions de toutes formes de mutila-
tions génitales féminines, y compris l’exécution de
telles interventions par du personnel médical, (c)
l’apport de soutien aux victimes sous forme de
services de santé, assistance juridique et judiciaire,
conseils et encadrement psychologiques et formation
professionnelle et (d) la protection des femmes qui par exemple l’organisation de forums de dialogue,
courent le risque de subir des pratiques néfastes la réforme de normes juridiques traditionnelles, le
ou toutes autres formes de violence, d’abus et traitement du thème des MGF dans l’enseignement
d’intolérance. scolaire, l’élaboration de rituels alternatifs ou la
coopération avec des jeunes filles non excisées.
Le projet suprarégional « Appui aux initiatives pour
l’abandon des mutilations génitales féminines » soutient Le projet conseille en outre le BMZ pour la prise en
depuis 1999 des organisations gouvernementales et compte des MGF dans les négociations et consulta-
non gouvernementales dans différents pays d’Afrique tions intergouvernementales, en l’informant sur la
ainsi que des projets bilatéraux de CD allemande situation des MGF dans le pays partenaire et en
dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de proposant des approches pour le traitement de ce
la jeunesse et de la bonne gouvernance dans les thème dans le cadre du dialogue politique. Le gou-
efforts qu’ils mènent en vue de mettre un terme aux vernement fédéral allemand peut attirer l’attention
MGF, actuellement en Éthiopie, Bénin, Burkina Faso, sur les obligations imposées par le Protocole aux
Guinée, Kenya, Mali, Mauritanie et Sénégal. Le parties contractantes et offrir un soutien concret
projet fournit pour cela une assistance technique et pour la réalisation de ces obligations.
méthodologique, expérimente et diffuse des approches

4 Le Protocole définit les pratiques néfastes comme étant « tout comportement, attitude et/ou pratique qui affecte négativement les droits fonda- 5
mentaux des femmes et des filles, tels que le droit à la vie, à la santé, à l’éducation, à la dignité et à l’intégrité physique ».
3.2 Renforcement des droits des femmes

Différentes dispositions du Protocole de Maputo trai-


tent de l’égalité entre l’homme et la femme. Ainsi,
l’article 2 interdit toute forme de discrimination des
femmes. L’article 3 reconnaît à toute femme le droit
au respect de sa dignité, à la reconnaissance et à
la protection de ses droits humains et légaux, lui
confère une protection contre l’exploitation, les trai-
tements dégradants et contre toute forme de violence,
notamment la violence sexuelle, tandis que l’article
4 affirme son droit à la vie, à l’intégrité physique et
à la sécurité de sa personne. Les articles 6, 7 et 8
traitent de la situation juridique de la femme, en
particulier dans le mariage, et de l’égalité d’accès
à la justice. L’article 9 reconnaît le droit de partici-
pation des femmes à la vie politique.

Le projet sectoriel « Renforcement des droits des


femmes » contribue avec ses partenaires de coopé-
ration dans beaucoup de pays africains à faire en
sorte que les femmes puissent jouir de leurs droits
humains et participer activement à la mise en œuvre
des processus de réformes nécessaires dans leurs 3.3 Droit à la santé et en matière de
pays. Il s’appuie pour cela sur les dispositions reproduction
précitées du Protocole de Maputo et se concentre
sur les domaines thématiques suivants : (1) réformes Le projet sectoriel « Promotion de la santé reproduc-
juridiques et leur application dans la vie quotidienne, tive » contribue à l’application des droits des fem-
(2) violence fondée sur le sexe, (3) participation mes définis dans le Protocole de Maputo, notamment
politique et leadership féminin et (4) droits des à leur protection contre la violence sexuelle (arti-
femmes dans des sociétés d’obédience islamique. cles 3 et 4), contre les pratiques traditionnelles
néfastes (article 5) et à leurs droits en matière
Les diverses expériences acquises par les projets de de santé énoncés dans l’article 14. Ces derniers
coopération ont contribué, dans quelques pays africains englobent en particulier le droit à des informations
partenaires de la CD allemande, à l’élaboration de adéquates, accessibles et à des coûts abordables
projets bilatéraux ayant pour objectif spécifique de sur la santé (reproductive). Le projet sectoriel sou-
promouvoir l’égalité entre hommes et femmes (p. ex. tient et conseille des projets bilatéraux de la CD
en Egypte, Éthiopie, Malawi et Zambie) ou à une allemande et d’organisations partenaires ainsi que
prise en compte renforcée de la question des droits le BMZ dans leurs efforts pour faciliter aux jeunes
des femmes en tant que thème transversal dans les et en particulier aux jeunes femmes l’accès à des
projets et programmes déjà en cours. informations et à des services de santé reproductive.
En outre, le projet coopère avec des projets et pro-
grammes de la coopération technique (CT) allemande

6
soutient des institutions publiques et des organisa-
tions non gouvernementales dans l’application
de ces droits. La stratégie du programme inclut par
exemple la formation, la prestation de conseils, la
diffusion de textes de lois ainsi que le financement
de projets de promotion des droits des femmes et
d’élimination de la violence et de la discrimination
fondées sur le sexe. Il s’agit ici de droits économiques
et sociaux, tels que le droit à l’éducation et à la
formation, de droits en matière de reproduction, ainsi
que de questions se rapportant au droit matrimonial,
aux droits des veuves, à la violence domestique et
aux MGF.

3.4 Protection contre l’exploitation

Le commerce des enfants et des femmes à des fins


d’exploitation sexuelle et de travail forcé est une
violation des articles 3 et 4 du Protocole de Maputo
et constitue une forme grave de violence contre les
femmes. L’article 11 souligne en outre la protection
dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive, particulière conférée aux femmes par le droit
par exemple en matière d’éduction sexuelle, de pré- international humanitaire, et notamment par la
vention du VIH dans les écoles et de contraception Convention de Genève et ses protocoles additionnels,
d’urgence au Cameroun, Burkina Faso et Tanzanie5. et la spécifie davantage en réclamant leur protec-
Toutes ces questions sont étroitement liées aux tion de toutes formes de violence, du viol et de
rôles différents des hommes et des femmes et aux toutes autres formes d’exploitation sexuelle.
risques respectifs des deux sexes liés en rapport
avec la sexualité et la planification familiale. Le projet sectoriel « Lutte contre le trafic des fem-
mes » a réalisé une étude sur la traite des êtres
Outre les droits liés aux fonctions reproductives et humains en Éthiopie, Kenya, Ouganda, Tanzanie et
les autres droits mentionnés plus haut, le Protocole Nigeria. Elle signale des lacunes d’information et
de Maputo proclame dans son article 12 le droit des recommande des actions concrètes dans ce domaine.
femmes à l’éducation, leur confère dans son article Celles-ci englobent la formation du personnel des
6 une protection contre le mariage forcé avant l’âge ONG, des activités de recherche, la fourniture d’in-
de 18 ans et prévoit avec ses articles 20 et 21 la formations et même des mesures de réhabilitation.
protection des droits des veuves. Les articles 3 et 4 Le renforcement de la société civile joue un rôle
englobent par ailleurs la protection contre la violence très important dans ce contexte.
domestique. Le programme bilatéral de la CT allemande
« Santé sexuelle, VIH/SIDA, droits humains, trafic
d’enfants et travail des enfants » au Burkina Faso

5 Cameroun et Tanzanie n’ont pas (encore) ratifié le Protocole de Maputo (Situation en novembre 2006). 7
3.5 Accès des femmes à la justice

En coopération avec la justice zambienne, avec la


Commission zambienne pour le droit et le dévelop-
pement et avec des ONG intervenant dans les
régions rurales, le projet bilatéral « Amélioration du
statut juridique des femmes et des filles en Zambie »
soutient des réformes en faveur de l’égalité entre
hommes et femmes et entreprend des mesures de
sensibilisation et de formation continue à l’intention
du personnel des tribunaux. Il contribue ainsi direc-
tement à l’application de l’article 8 du Protocole de
Maputo qui enjoint les États d’assurer aux femmes un
Au Soudan6 des organisations locales de la société accès égal à la justice et une protection égale
civile sont encouragées à appliquer des approches devant la loi. La sensibilisation sur les droits des
fondées sur le respect des droits humains. Le projet femmes et des changements de comportement à
sectoriel coopère avec l’organisation internationale l’égard de la discrimination des femmes et du statut
de défense des droits de l’homme « Anti-Slavery de celles-ci dans la famille et la société sont au
International » qui œuvre à renforcer les capacités coeur des activités du projet et contribuent à répondre
d’ONG soudanaises se chargeant d’identifier les vic- aux obligations de l’État zambien découlant des
times du trafic d’êtres humains, de leur venir en articles 2 et 3 du Protocole de Maputo. L’approche
aide et d’établir une documentation sur les cas de de renforcement du pouvoir d’action des femmes
trafic traités. dans la société (social empowerment) vise en partie
à améliorer l’accès des femmes aux tribunaux
A côté des mesures juridiques et policières desti- locaux afin de promouvoir chez celles-ci la confiance
nées à instaurer le droit et la sécurité au Soudan, il en soi, l’esprit d’initiative et la responsabilité. Des
est très important de s’accorder avec des acteurs de femmes sont formées en vue de remplir des fonc-
la société civile pour faire progresser le développe- tions parajudiciaires, d’organiser des ateliers de
ment et la protection des droits humains au niveau sensibilisation et d’offrir des conseils juridiques
local et de maintenir cette question à l’ordre du jour dans leurs communautés7.
pendant tout le processus de paix. L’émergence de
nouveaux conflits et foyers de guerre au Soudan fait
augmenter le nombre d’habitants contraints de fuir
ou d’émigrer ou disposés à le faire. Dans une telle
situation, les femmes soudanaises et les enfants
sont une proie particulièrement facile pour les trafi-
quants de personnes.

8 6 Le Soudan n’a pas encore signé ni ratifié le Protocole de Maputo (situation en novembre 2006).
7 La Zambie a signé le Protocole de Maputo (situation en novembre 2006).
3.6 Réforme du droit coutumier en faveur des Sur diverses questions juridiques, les communautés
femmes et des filles s’efforcent, avec l’aide des anciens des villages et
grâce aux informations fournies sur les droits garantis
En Éthiopie, l’ONG HUNDEE organise dans beaucoup par la constitution, de démystifier les préjugés, de
de communautés de la région d’Oromia des ateliers, se forger une opinion nouvelle et de dégager un
forums et conférences à l’intention des hommes et consensus. Durant les forums qui suivent, des hommes
des femmes et obtient ainsi des résultats impres- et des femmes présentent les thèmes discutés dans
sionnants en termes de changements d’attitudes et une atmosphère respectueuse et s’entendent sur les
de comportements à l’égard des droits des femmes. mesures à prendre pour mieux protéger à l’avenir
HUNDEE collabore étroitement avec d’autres ONG et les droits des femmes et des filles. De nouvelles
institutions étatiques. Avec la coopération de projet règles coutumières sont arrêtées dans le cadre de
GALPO (Gender and Law Programme Oromia), du cérémonies publiques, organisées avec les autorités
projet suprarégional « Appui aux initiatives pour traditionnelles. Celles-ci sanctionnent explicitement
l’abandon des mutilations génitales féminines » et la discrimination des femmes et des filles dans
du projet sectoriel « Renforcement des droits des certains domaines importants, notamment en ce qui
femmes », HUNDEE a pu étendre son programme concerne les MGF, les mariages forcés et précoces.
d’éducation communautaire à un grand nombre de Des représentants de la police et des administrations
villages de la région d’Oromia. locales participent également à ces cérémonies pour
manifester leur approbation et leur soutien à ces
Des centaines de femmes et d’hommes participent efforts de rapprochement du droit coutumier au droit
aux ateliers, y compris des anciens des villages qui officiel.
connaissent bien le droit coutumier. Dans les forums
de discussion, les femmes abordent des thèmes qui
font également partie du Protocole de Maputo, tels
que l’égalité entre femmes et hommes, qui est au
coeur de l’article 2, les droits de propriété, protégés
par le droit de succession énoncé à l’article 21,
l’institution du mariage, dans laquelle l’égalité entre
homme et femme est spécialement stipulée et garantie
par les articles 6 et 7 et les pratiques traditionnelles
néfastes, qui relèvent de l’article 5 et sont interdites
par celui-ci8.

8 L’Éthiopie a signé le Protocole de Maputo, mais ne l’a pas (encore) ratifié (situation en novembre 2006). 9
4. Conclusion

Avec le Protocole de Maputo, l’Union africaine s’est


dotée d’un instrument destiné à remédier à la précarité
de la situation juridique des femmes en engageant les
pays qui l’ont ratifié à prendre des mesures concrètes
en vue d’assurer l’égalité des femmes et des hommes.
Ainsi, il existe pour la première fois un document con-
tractuel qui enlève tout fondement aux critiques qui
prétendent que l’égalité des sexes serait uniquement
une préoccupation des pays du Nord, et que tout effort
en ce sens dans le cadre de la coopération au déve-
loppement constituerait une « ingérence dans la culture
et les traditions » des peuples du Sud. Comme l’ont
montré les exemples précités, tirés de la pratique, la
CD allemande s’est engagée dans quelques-uns des
domaines concernés par le Protocole de Maputo avant
même l’existence de celui-ci. L’entrée en vigueur du
Protocole offre à la CD de nouvelles possibilités de
partager les obligations contractées par les gouverne-
ments partenaires africains et de soutenir leurs efforts
de promotion des droits des femmes. Ainsi, la CD peut
apporter une contribution précieuse en œuvrant pour
que ces droits ne restent pas seulement sur le papier,
mais deviennent un élément bien réel de la vie des
femmes et des hommes.

Texte du Protocole de Maputo et pays l’ayant


ratifié

www.africa-union.org

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Abréviations

SIDA Syndrome d’immunodéficience acquise

UA Union africaine

BMZ Bundesministerium für wirtschaftliche Zusammenarbeit und Entwicklung /


Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement

CD Coopération au développement

MGF Mutilation génitale féminine

GALPO Gender and Law Programme Oromia

GTZ Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit (GTZ) GmbH (Coopération technique allemande)

VIH Virus de l’immunodéficience humaine

ONG Organisation non gouvernementale

CT Coopération technique

11
Deutsche Gesellschaft
für Technische Zusammenarbeit (GTZ) GmbH

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