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Le songe d'une poétique philosophique (Les rêves de Descartes) Author(s): Gilbert Boss Source: Dialectica, Vol.

Le songe d'une poétique philosophique (Les rêves de Descartes) Author(s): Gilbert Boss Source: Dialectica, Vol. 47, No. 2/3 (1993), pp. 199-216 Published by: Wiley Stable URL: http://www.jstor.org/stable/42971458 Accessed: 17-02-2016 03:11 UTC

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Le songe d'une poétique philosophique

(Les rêves de Descartes)

GilbertBoss*

Summary

This paper onthe philosophicalpoetics ofDescarteshasthe following sections:

The paradox of philosophical creation.

The place of

1.

2.

3. Thethreedreams.

4.

5.

6.

7.

8.

9. Whodreamed?

Olympica inDescartes'work.

Knowledge, dreamand reality.

Science,poetry andwisdom.

Scholastic philosophy and poeticalphilosophy.

The philosophical valueofDescartes'dreams.

Themethodofmethod.

1

Il y a dans l'histoirede

la philosophiequelques figures de philosophes tout

à fait remarquablespour leur capacité d'inaugurer de nouveaux mondes où toutela pensée va désormaisse déployer naturellement.Ainsi furent Platon, Descartes et Wittgenstein. Ils ouvrentdes époques de la pensée, mobilisent

aussitôtl'attentiondu monde philosophique, suscitentla controverseet im- posent à leursadversairesmêmeune certainemanièreinhabituellede poser

les questions. Surleur doctrine, ilse fondedes écoles

gent,

un style dans la façon de poser et d'aborderles

oriententla philosophie. Or leur personnalité a quelque chose de paradoxal. D'un côté, ce espritsrigoureux, trèshabiles logiciens ou mathématiciens,épris de

de précision, adversairesfarouchesde touteformed'obscurantisme.De l'au-

qui les déforment, lesfi-

enseignement. C'est surtouten proposant

autant qu'elles diffusentleur

problèmesque ces penseurs

sontdes

clartéet

*

Canada

Dialéctica

Université

Laval, Facultéde Philosophie,

Pav.F.-A. Savard,Québec,P.Q., G1K 7P4,

Vol. 47, N°2-3 (1993)

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GilbertBoss

un enthousiasme qui paraît les conduireà l'extrême

tre, ilssont emportéspar

opposé de ce

inspiration venue d'ailleurs, transgressant en apparence

néairedu discours,qui se dépasse dans un silence,

étourditla logique et l'emporte dans son vertige. Pour rendre hommage à la mémoirede FernandBrunnerdans un numéro

de Dialéctica, une réflexionsur ce paradoxe me paraîtappropriée,puisque

notreami avaitun intérêt passionnépour ce double aspect de la penséephilo-

sophique, notammentdans la

du métaphysicienpuisse

deux

exigencess'impliquentmême, c'est ce que les initiateursde ce numéro

doiventavoirvoulu manifester.

grandsinaugura-

d'entre eux,Descartes,passe dans le langage courant

premier traitde leurcaractère.Ils se laissentenflammerd'une

la

progression li-

un paradoxe,

s'abîmedans

grande

traditionde Platon. Or, que la passion

rigueurdiscursive,que

les

s'allierà l'amour de la

Des trois philosophesque

l'un

j'ai citéscommemodèles des

teursde la pensée,

pour représenter moinsdirectement l'opposition intimedes deux traitsde ca-

ractère supposés

tionfaitsans silence, de la

sien» l'idée de clartéet de distinction, la rigueurmathématique, la froideur purement rationnelleou calculatrice.Certes, les lecteursde Descartessavent

que les figures du fou, du rêveur, des génies

œuvres,

continuedu raisonnement mathématique.Apprenons donc de lui comment la rigueur de la dialectiquephilosophiques'apparente ou non à l'inspiration

poétique.

leurêtrecommuns.Alors que l'enthousiasmede l'inspira-

conteste partie de l'image de Platon; l'abîme dans l'impossible figure de Wittgenstein; on retientsurtoutsous l'adjectif «carté-

bons ou mauvais, traversentses

mêmesi c'est poury êtreexorciséesau profit de la marcheassuréeet

2

Pourdes raisons qui doivent paraître difficilementsondablesaux partisans

de la pure rationalité abstraite, Descartes a tenuà présenter ses grandes œu- vressous la formede genèses à traversune histoire. Ainsi, le Discours de la Méthodefait précéder les essais de cetteméthoded'une histoireou fablebio-

cheminerlentementvers l'acquisition de

la maîtriserationnelle.Et dans les Méditations, c'estencoreun itinéraire,plus

condensé, de six jours (qui

que l'auteurnous présente et nous propose. La raison

devient pas indifférentet ne s'en détache

donc devoirêtre

graphique, où l'onvoitle philosophe

peuvent se détendreen six semaines,

paraît

.)

acquise dans un parcoursqui ne lui jamais totalement.

Si le

plus

hautachèvementde la philosophie conservela tracedu chemin

qui yconduit, on ne s'étonnera pas que Descartesait gardé dans ses papiers les

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vestiges des étapes déterminantesde son proprevoyage philosophique.Or,

premièresexpériences décisives qui marquent la décou-

parmiceux-ci, les

verteheureusedes voiesde la philosophie ontun intérêttout

particulierpour

trouve que Descartesa noté justement l'événement qui re-

présente à ses yeux l'illumination inaugurale,foudroyante, dontl'éclaira pro- jeté sa lumièresurla carrièredu philosophe. En effet, dans un manuscritde jeunesse, les Olympiques, il racontela nuit inaugurale où sa véritélui est ap-

parue, et dontla description nous estconservée par la paraphraseapparem- menttrèsdirecteet fidèlede Baillet.

Ou bien, faut-ilcroire que Descartes n'aurait pas conservé ces témoi- gnages de soninitiation philosophique à cause de la valeur théoriquequ'il leur accordait, maisseulement pour des raisonssentimentales?Car il peuty avoir

notre sujet.

Et ilse

des égarementsheureux, ou simplement touchants. Voire, on peut conserver

le témoind'une erreuren

écritsn'auraientétédestinés qu'à l'usage toutà fait privé de Descartes, etalors

on concevraitmal que cetauteursoucieuxde la manièredontil se

en public,plus secret que négligent de laisservoirses brouillons, n'ait pas pris

garde

de mourir, maisilmentionnel'événementdans sa premièrepublicationphilo-

sophique, en marquant dans le récitdu Discours de la Méthode de presque

vingt ans postérieur, la date décisivedu séjour dans son poêle. La vraisemblancene nous interditdonc pas de considérerce récitcomme s'agrégeantlégitimement au corpusphilosophique de Descartes, au mêmeti-

tre que d'autresœuvres posthumes, telles que les importantesRèglespour la Directionde l'Esprit, la Recherchede la Véritéou les EntretiensavecBurman.

Il y a d'ailleursune relationde

anticipant la philosophiecartésienne, l'autrela reparcourantrétrospective- ment.

guise d'avertissement.Dans cette hypothèse, ces

présentait

de n'enrienlaisser paraître.Or, nonseulementilne lesdétruit pas avant

,

symétrie avec ces derniers, l'un de ces textes

En soi, il

n'y auraitaucun inconvénientà prendre au sérieuxun textede la

d'un philosophe,auquel on retrouvedes référencesindirectesdans

jeunesse

d'autresœuvresde

devoirl'excluredu domainede la philosophie. Il s'agit en effet, non pas seule-

esquisses

dansla premièreMéditation,parexemple, maisd'une interprétation de rêves qui paraît êtrecommandée par ceux-ci, de l'expression d'un momentd'en- thousiasmeou de délire,plutôtque de calme réflexionrationnelle. Bref, c'est le préjugé de la distinctionradicaleentrele rêveet la veille, l'enthousiasmeet la raison, la poésie et la philosophie, les chaînesrassurantesdu discourset le

mentde la description de songes, commeon pourra en retrouverdes

la maturité,si, dans ce cas, sa naturemême ne

paraissait

vertige du silence,qui susciteici la réticence. Néanmoins,puisque nous vou- lons justement sonderla justification de cette opposition, il convientde faire

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au contraire l'hypothèse inversede la pertinencepossible d'une formed'en- thousiasme pour la raisonmême.

3

On sait que, au soirde la Saint-Martinde 1619, s'étantcouché

après

avoir

découvertles fondementsd'une science admirable, Descartes fittrois rêves, dont les deux premiers furentdes cauchemars, tandis que le dernierlui pré-

senta aussitôtune perspectiveagréable.

on voitDescartes rencontrerdans la rue des fan-

marcher penché surla gauche, à cause d'une faiblesse

tômes qui l'obligent à

qu'il éprouve de leurfaitau redresser, ildevientle jouet

diriger vers l'église du collège. Il oublie de saluer

croise, ne parvientpas à réparer cetoubli à cause du vent qui le pousse. Une

autre personnel'appelle pour lui remettreun melon apparemment venu de l'étranger. D'autres se joignent au groupe, sans subirles influences qui obli- gent Descartesà se tenir penché. Il se réveille, sentla douleurau côté droit, et se retourne. Après avoirréfléchiaux bienset aux maux, il se rendortet tombedans un

nouveau cauchemar, où un coup

les yeux, ilvoitdes étincellesdans sa chambre, s'assurede bien voir, et s'expli-

de tonnerrele réveilleen sursaut.Ouvrant

Dans le premiersonge,

côté droit. Malgré sa honte, ilne parvientpas à du vent, se réfugie dans un collège etchercheà

v i e n t p a s à du v e n t , se

se

se

une connaissance qu'il

que le phénomènepar un caractèreétincelantde ses yeux dans la nuit. De nouveau calme, il se rendortet faitun troisièmerêveoù les livresvont

jouer le rôle principal. Il commence par

poésies, qu'il

trouverun livresursa table, sans sa-

c'est un dictionnaire,qui

voir qui l'y a mis.Il

pourra luiêtreutile.Un autrelivre surgit aussitôt mystérieusement, un recueil

de

un versd'Ausone: « Quod vitaesectaboriter?

inconnu qui luimontreun poème

comme excellent.Descartes lui dit connaîtrecetteautre idylle d'Ausone et

pouvoir la retrouverdans le recueildes poètes qu'il a remissurla table.A la demandede l'inconnuconcernantla provenance de ce livre, illui répondqu'il

n'en sait rienet

rieusement.Le dictionnaire reparaît alorsà l'autreboutde la table,et, le feuil-

letant, Descartes remarquequ'il

poème «Est

trerà sonvisiteurun plus beau encore,commençantpar « Quod vitaesectabor iter?» Tombantalorssurdes gravures, il remarqueque le livreest beau, mais n'est pas celui qu'il pensait connaître.A ce moment, la scène disparaît et le

l'ouvreet se réjouit de voir que

ouvreau hasard pour y lire quelque chose. Il tombealorssur

» A ce moment apparaît un « Est etnon» , etle luivante

commençantpar

qu'un

autreétait

apparu

n'est

plus

et avait redisparu toutaussi mysté-

entier.Il se metalorsà rechercherle

.», mais, ne pouvant le retrouver, il propose d'en mon-

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rêvese terminesans que Descartesse réveille.Il

s'il s'agissait d'un songe

prend de

des sciences, le recueilde

poème

se pose

que

la

c'est un

question de savoir

songe,

et entre-

ou d'une vision, conclut

l'interpréter dans son sommeil:le dictionnaire signifie l'ensemble

poésie, l'unionde la sagesse

et de

la philosophie, le personnesage.

réveilleetcontinueles

« Quod vitaesectaboriter? .», le bon conseil d'une

Il se demandealorss'ilrêveencoreou s'il médite, se

interprétation: les poètes rassemblésdans le recueil signi-

yeux

fientla révélationet l'enthousiasme

poème « Est etnon », le vraietle fauxdans les scienceshumainesou profanes.

La réussitede son interprétation le convainc que l'esprit de vérités'estrévéléà lui. Restent pourtant les gravures,qui trouventleur explicationplus tard, quand un peintre vientluirendrevisiteetmanifesteainsile caractère prophé- tique de ce dernierrêve.

ouvertsson

qu'il peut espérerpour

lui-même, le

Quant aux deux premiersrêves,

il

les rapporte au passé. Quoique irrépro-

le

pousse

vers

chableaux yeux des hommes, il n'est peut-êtrepas sans défautsau regard de

l'esprit de vérité; d'où sa peur. Le melon signifie les charmesde la solitude,

maisselondes soucis trophumains, le vent, le mauvais géniequi

l'église où ilvoulait aller, maisoù l'entréelui estinterditeà cause de ce mau-

vaisvent.Dans le second

surlui et le terrorised'abord.

songe, c'est la foudrede l'esprit de vérité qui s'abat

4

Après cette paraphrase de la paraphrase

de Baillet, il ne me reste

qu'à

continuerd'imiterle mouvementde ce texteen poursuivant à mon tourl'in- terprétation etdes rêveset de l'interprétation de Descartes, dans le mêmees- prit, s'ilest possible, au risqueque cet esprit ne soit pas celuide vérité qu'a cru

recevoirle rêveur même, à tortou à raison. Mais, selon notre hypothèse,quel

qu'il soit, cet esprit ne doit

ne soientabordés

qu'en dernier lieu, la clé décisive se

puisque nousl'avons déjà

aperçue, ilest possible de faireaussitôt quelques re-

marques surl'ensembledes troisrêves.

Ils ont évidemmentun lien avec la découvertedes fondementsd'une science admirablele jour précédent, du moins si on les envisage dans leur

suite. Lorsque Descartes se dirige vers

mauvais géniesqui l'assaillent,

vérité qu'il cherche refuge: l'ensembledes sciences humaines, et au milieuou au sommetde celles-ci, la sciencedivineou absolue. Dans cette perspective,

le second rêve, où la foudreest le seul acteur,s'interprète naturellement

pas

êtrerefouléa priori.

L'ordrecartésienvoudraitici que les

premierssonges

trouvantdans le troisième. Toutefois,

l'église du collège

pour se sauverdes

privilégiés de la

c'est dans deux lieuxsociaux

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comme l'apparition éblouissantede la lumièrela plus vivede la connaissance. Enfin, nous savons que le mondedes livresdu troisièmerêve représente celui

des sciences, de la sagesse et de la philosophie.

Si un même thèmerassembleces

rêves, une autrestructureleurestcom-

mune

réalité.C'est d'abord la

longe dans une douleur correspondante au

second rêve, en réveillant Descartes,

chambre. Enfin, dansle dernier songe, le réveilestcommedédoublé: le

se termined'abord pour laisser place à

le dormeurse distancie déjà de son rêvesans se réveiller,puis Descartesse ré-

veillefinalementsans interrompre la méditationcommencéedans une sorte de rêveméditatif. Ce rapport entrele rêve et la réalitéfaità chaque fois l'objet d'une ré-

flexion particulière. Dans le premiercas, des deux possibilités, soit que la dou- leurréelle explique le rêve, soit que le rêverende compte de la douleur, Des-

carteschoisitaussitôtla seconde, sans même envisagerapparemment la pre-

mière,qui ne pouvaitpourtantpas lui échapper. Il se retourne certes, voulant

son action paraît démentirson inter-

prétation. Mais il fautnoteraussi que c'est pour passer du côté gauche au

droit,c'est-à-dire,symboliquement, du mauvais au bon, et que l'action

donc pas uniquement une raison physique. Après le second rêve, Descartes s'assure

qu'il estbien réveillé, en ouvrant

etrefermantalternativementles yeux eten examinantsa chambre pour voirsi

les objets sontbien ceux qu'il

pas

çues étantendormiou éveillé.Ce statut paraît donc lui importer en tant que tel.On peutremarquerqu'ici également, Descartesne choisit pas d'expliquer son rêveen supposantl'impact réelde la foudresursa maisonou dansle voisi- nage, bien qu'il se soitassuré qu'il avait effectivementvu les étincellesétant éveillé, mais qu'il l'explique au contrairecomme un mouvementvenantde

l'intérieurde son êtreet se projetant à l'extérieur, dans la réalité, la lumière sortantde ses yeux. La foudre paraît donc le traverser pour arriverdans sa

chambre, venantdu

Enfin, dans le dernier songe, la question de l'étatde sommeil, de rêveou d'éveilse pose par deuxfois. D'abord, il s'agit de reconnaîtrele songe comme teldans le sommeil même, à la finde la scène. Ensuite, au réveil, la question de savoirsi l'interprétation commencéeen dormantest songe ou méditation n'est pas résolue, maiscetteindétermination n'empêchepas la poursuite de la méditation.C'est donc la méditation qui faiticile lienentrele rêveetla réali-

également. Dans les trois cas, il y a un

prolongement du rêvedans la

faiblesse physique causée par les fantômes qui se pro-

réveil.Puis le coup de tonnerredu

luilaissevoirl'effetde la foudredans sa

songe

l'activité d'interprétation,par laquelle

ainsi supprimer la

douleur, de sorte que

n'a

sait s'y trouver.Son principal souci ne semble

êtrede savoirs'ila bienvu les étincelles, maisde déterminers'illes a per-

rêve, et non de l'extérieur.

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té, en tant qu'elle trouveson

conde. Il fautd'ailleurs remarquer un autre rapport décisifentrele songe

réel, à savoirl'annonce chiffréede la venue du peintrepar

livre. Or, non seulementla directionva à nouveau du rêveà la réalité,mais, par la distance temporelleplus grande, ce derniertraitauthentifieaussi l'in-

terprétationspontanée des deux premiers rêvesdans leur rapport au réel, vu qu'ici, le délai meten évidence ce mouvementdu songe à la réalité.

origine dans le premierpour passer dans la se-

etle

les gravures du

Il est vrai que, pour l'instant, même si Descartes assure qu'il n'avait pas

participé aux beuveriesde la Saint-Martin, ni même bu de vin

mois,

couverte, dont Baillet nous dit

thousiasmen'est-il pas jusqu'ici la seule justification de l'étrange idée d'attri-

buerau rêvela priorité surla réalité,plutôtque

significationthéorique

rêves

quel Descartes litson destinde philosophe.

depuis

ces rêveset leur interprétation sontfaitsdans l'enthousiasmede sa

des

dé-

qu'il dura encore quelques jours. Or cet en-

l'inverse?De

toute manière, la

pas

ce

que

ces

est encore bien mince, et l'on ne voit

peuventsignifier d'autre qu'une sortede signe très personnel dans le-

5

Or, si cette importance du rêve pour le philosophe est signifiée dans les rêves eux-mêmes, il fautrevenirà leurcontenu pour en découvrirle sens.

situation étrangepar rap-

port aux autres personnages. Il constatelui-même - etc'estundes aspects ef-

frayants de ce qu'ily vit - la différencede conditionentreluietlesautres.Tous

Le premiersonge

déjà metDescartes dans une

ses mouvementssontcommandés par la rencontre d'esprits, manifestesaussi sous la formede vents,qui l'obligent à marcher penché, le poussent, lui font

fairedes pirouettes, le précipitent et le retiennentlà où les autresmarchentet

se

aux déchaînementsd'élémentssubtils qui emportent le rêveur. Pourtant, Des-

cartesestau cœurde la ville, dans les

Pourquoi ce qui l'effraiele plus n'est-il pas la présenced'esprits dans ce lieu familier, maisau contrairele fait qu'il estseul à les percevoir età en êtreaffec-

té? Peut-êtreces esprits ne sont-ils pas

cartes, de sorte que l'étrangeté estbien l'indifférenceavec laquelle les autres

vivent parmi eux sans inconvénient apparent. Or il

savons.Les esprits du fauxne s'arrêtent pas pourtant aux portes du collège, ils

yaccompagnent Descartesdans ce domainedes sciences, sansêtre perçuspar

les gens du lieu. En outre,l'espritqui blesse Descartes dans le songe l'atteint

dans son corps réel aussi bien, et le

bonou du mauvais, sibien que l'inventeurdes fondementsde la scienceadmi-

tiennent tranquillementdebout,

continuentleurvie normale, indifférents

rues,puis

dans le

collège, devant l'église.

étrangers au lieu, aux yeux

de Des-

s'agit de science, nous le

songe lui-mêmelui vientdes esprits, du

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rabie paraît se trouverdu faitde cettedécouverte emporté dans unmondeau- quel les autresne participentplus. Il se trouveenferméseul dans un rêve comme dans un melon aux charmesdouteux.

Si c'estun génie malin qui l'habite, alorssonrêven'est qu'un délire parrap-

port

réelle. Sinon, si c'est l'esprit de vérité qui se manifeste, alors son rêve doit

à la réalitédes autres, et il convientde subordonnerle rêveà l'évidence

commanderla réalité.Or le deuxième songe révèle que la lumièreauthenti- que vientde l'intérieur pour se répandre surles objets du monderéel.Seule-

ment,jusqu'ici, cetteaffirmationdu songe est effrayante,parce qu'elle ren-

réalitésans justification. apporte enfin l'explication. Tout y devient expli-

versele rapport du rêveà la

C'est

le troisièmerêve qui

cite trèsdirectement.Le songe apporte au savantles outilshabituelsde la science, à savoirles livres.Et plusencore, illuioffredes livresau second degré

en quelque

bliothèques. D'abord un dictionnaire, résumédes sciences, condenséde tous

collège qui réap-

paraît,disponible,utile,utilisable,prêt à s'ouvriret à livrerson explication.

Ensuiteun recueilde

s'ouvremainte-

nant, en tant que demeurede la Sagesse. Et

on le faitavec les livressacrés quand on veutles interroger dans une situation

incertaine:il l'ouvreau hasard poury lirece

trouve

en effetun conseilde sagesse: quel cheminsuivredansla vie?A vrai dire, c'est

même plutôt sa proprequestion,

maisaussi de la philosophie et de la sagesse. C'est l'églisequi

rassemblantles poètes, le monde de la fiction,

les livres savants,symbole de la science «profane».

sorte:des recueils, des résumésdu mondedes livres, des livres-bi-

poésies,

C'est le

Descartes agit d'ailleurscomme

que

le livreluidira.Et il

y

semble-t-il,qu'il y voitreflétée.

réconcilier; Descartesestmaintenantinstalléchez

Tout promet donc de se

lui, les livresviennentà luiet lui répondent. Et le visiteurinconnului apporte

encoreun texte, sans troubler Descartes,qui

familier:ilsaitoù retrouverle poème de l'inconnu.Il n'est pluspenché sous le

souffledes esprits malins pendantque

l'aise maintenantdans le mondeoù l'invitel'autre.Cetteharmonien'est pour-

tant pas entière. L'inconnu,qui surgit de nulle part, demande d'où vientle

livre que

vons. Et

constatéle fait, comme si cetteconditionétaitassez naturelleaux livres.Au

contrairele visiteur paraît venird'un mondeoù l'onestimenormal d'indiquer

la provenance

personnages va affecterleurrelation.Descartesne parvientjamais à luimon-

trer qu'ilpossède biendansses livresce qu'ilprétendy avoirtrouvéou pouvoir

seulementles livres disparaissent et reviennent, maisilsse mo-

difientdans l'intervalle.C'est toutela bibliothèquequi devientmouvanteet

y

se sentdans un environnement

les autresse tiennent droits, maisilestà

le rêveurva feuilleter.Il est apparu sans origineconnue, nous le sa- Descartes ne s'est pas posé de question à cet égard, il a simplement

des livres.Or cettedifférencede statutdu livre pour les deux

trouver.Non

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donc peu fiable pour le rêveur,lorsqu'il

communeavec son interlocuteur.Par là, d'une manièremoins dramatique, la rupture entrele rêveuretles autresse reproduit dans ce songe.Malgré les pre-

mières apparences, il n'y a peut-êtreplus de sciencecommuneaux deux per- sonnages.

entreeux. Descartesvientde trou-

veutl'utilisercomme une référence

Pourtant, ilresteuneformede

dialogue

ver le poème révélateur lorsque l'inconnu apparaît et lui présente un

poème. Apparemment, il y a accord entre eux, ils ontles mêmes références, même si, nous l'avons vu, cela ne se vérifie pas entièrement.C'est en effetun poème du même poète que lui apporte etluivante l'inconnu, commeuncom-

autre

plément à sa première découverte.Poursuivantle même jeu, après l'échec de la recherchede ce poème, Descartesrevientà sa première découverte et, imi- tantson interlocuteur, affirmeson proprepoème plus beau encore.Ce com-

paratif metainsien lumièreun momentde nu apparaît commetentantde substituerà

concurrence sous-jacent. L'incon- la pièce découverte par Descartes

une autre,qu'il lui vante, et Descartesrevientà la sienne,qu'il persiste à esti- mer supérieure. Mais pas plus qu'il n'est parvenu à montrercommentle poème préféré de son interlocuteurse trouvaitdans son livre, ilne réussità lui fairevoirle sien propre.

Quelle estdonc la complémentarité ou l'opposition entreles deux textes? La préférence de Descartesva à une question, et en un sens, à la questionpar

excellence, du moins pour celui qui recherchela sagesse. Quelle voie suivreen

la vie? N'est-ce point la

«oui etnon» de son interlocuteur, c'estune formede réponseétrange,qui pa-

raît comporter à première vue le

Ou plutôt, c'est la formela

c'est-à-direde la réponse. Comme la question de Descartesestla question es- sentielle, le «oui et non» de son visiteur paraît êtrela formemême de la ré-

ponse, son schéma, la réponsepour elle-même.

questionqui

conditionnetoutesles autres?Quant au

la question.

mêmeélémentd'hésitation que

plus condensée de l'affirmationet de la négation,

Dans ce

cas, on comprendque la questionposée par Descartesamèneune

réponse, et qu'à la questionpar excellencefasseécho la réponsepure. Il est

normalaussi que l'inconnuvanteson texte, carn'est-ce pas progresserque de

passer de la question à la réponse?Seulement,ensuite, le jeu paraît se défaire. Au lieu de retrouverla réponse dans son propretexte, Descartesfinit par en

revenirà sa question età sa

à la réponse. Il

creson interlocuteuretà luimontrerson poème. Contrairementà l'insistance surla réponse, la préférencepour la question ne paraîtpas consoliderles li-

vresou la bibliothèque.

préférenceoriginellepour

la

questionparrapport

n'est pas étonnant que là non plus, ilne réussisse pas à convain-

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Il fautavouer que ce goûtpour la question est étrange, car la recherchede

la science paraît êtrecelledes solutions, de tellesorte que les

en vue des

dans ce rêveun jeu entredeux poèmes, il y en a un autreaussi entredeux li-

vres.Et de même que les deux formules symbolisent deuxformesde discours ou d'attitudesde l'esprit, de mêmeles deux livres symbolisent deuxformesde

connaissance:les

phie, de l'autre.Et on retrouveentreeux un même jeu d'apparitions etde dis-

paritions, de

tourà tourl'attentionde

s'intéresseimmédiatement qu'au recueilde poésie. Or il y a entreles deux poèmes etles deuxlivresunlien que Descartesétablit.Le dictionnaire symbo- lise la science, le discernementdu vraiet du faux, c'est-à-diredu oui et du

non, le choixdes

gnements de la sagesse, et prodigue comme l'un

fondamentaleau sujet du cheminà suivredans la vie. En un sens, il estvrai

que la poésie ne répond

tionentrele réelet

du non, et maintenantainsi ouvertela question.

Certes, le oui etnonest présentégalementparmi les conseilsdu recueilde poésie, mêmesi Descartesne met jamais la maindessus dans les exemplaires

qui se présentent à lui. Cependant

sente pas en premier lieu au

le plaidoyer en faveurde la science, même de la part de son avocat, ne se fonde pas surun articledu dictionnaire, maissurun poème. Ainsi la subordi- nationentreles deux poèmes se retrouve-t-elleentièremententreleslivres.La réponse a son origine dans la question, de même que la sciencene se justifie

que par la philosophie ou la sagesse.

problèmes soient

solutions, etnond'abord pour eux-mêmes.Or précisément, s'il y a

sciences profanes, d'une part, et la sagesse avec la philoso-

complémentarité et de concurrence, où les deux livresattirent

Descartes,quoique différemment, car le rêveurne

bonnes réponses. Le recueilde

poésie comprend les ensei- de ses conseilsla question

à rien, avec son mode de discours fictif, où la distinc-

l'irréelest brouillée,empêchant la cristallisationdu oui et

il

s'y

situeà un

rang

inférieuretilne se

pré-

que

philosophe. Il estd'ailleursintéressantaussi

6

Malgréquelques

bizarreries, inévitablesdans un rêve, les songes cartésiens

offrentune

philosophie etla science. Mais,justement, les aspectsplus bizarressontinsis- tants.S'il fallaitconclureseulement que les solutions dépendent de la manière

donton pose les problèmes,que la science a son origine dans des réflexions

philosophiques,qui n'y verrait passablement de bon

s'agit de développer la questionpour elle-même, de placer la philosophie du côté de la poésie plutôtque de la science, la propositionparaît moinsraison- nable.

théorie plausible des rapports entrela question et la réponse, la

sens? En revanche, s'il

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Le songe d'une poétiquephilosophique

209

enseigne-

l'identificationde la poésie à la philosophie,

mentsdu rêve. Commençonspar

ou plutôt, commedit Descartes, à la philosophie età la sagessejointes ensem- ble. La thèseestsi consciente que l'opposition entrela poésie etla science, en- trela fictionet la raison, est clairement reprise et réaffirmée.La sagesse est bien du côté des poètes, non pas en tant qu'ils deviendraientraisonnableset

abandonneraientleurs

contraireen tant qu'ils s'abandonnentà

l'inspirationpoétique et qu'ils ne font

même que «niaiser». Ceux-là même formulentdes «sentences plus graves, plussensées, et mieux expriméesque celles qui se trouventdans les écritsdes

philosophes». Il y a dans cetteaffirmationdeux pointsétranges: d'une partl'opposition

entreles

thèsede l'identitéentrela poésie etla philosophie; d'autre part l'attributionà

bon sens, clarté), au moment

la

mêmeoù l'on oppose la poésie à la scienceentenduecommela discipline de la

distinctionnetteentrele vraiet le faux.

Pourtant, dans son interprétation, Descartes retientbien ces

imaginationspour réfléchir sobrement, mais au

philosophes etles poètes

des

dans une

proposition destinéeà expliciter la

poésie

propriétés de la raison (gravité,

Pourla première contradiction apparente, elle peut se résoudreaisément.

Il

a d'un côtéceux qui s'attribuentle nomde philosophes, et qui ne sont que des

savantsde second ordre, adonnés à la discussion

guant entrele vraietle fauxdans un discours scientifiqueproliférant, tendant

à la systématisation extérieuredu dictionnaire, mais fondamentalementdé-

pourvus de réelle question directriceou d'inspiration. De l'autre, ce sontles philosophes-sages, souvent masqués sous la figure du poète,parlant à travers une formede délire, de plaisanterie, de jeu de l'imagination, confondant ap- paremment le vraietle fauxdans le plaisir de niaiser, de feindre, etremontant

ainsiaux questions fondamentales qu'engendrent l'enthousiasmeet

tion. Pourquoi faudrait-ilen effet qu'en

ailleurs, en médecine par exemple,

où ceux

tresde l'arteten usurpent le nom, ne sont pas toujours ceux qui

vraiment? D'ailleurs, à l'inverse, cacherle

puis le sage philosophe dans le

manièrede s'avancerbien caché?

suffitde

distinguer entredeux sortesde philosophies etde philosophes.

Il

y

technique,logique,

distin-

l'inspira-

philosophie, il n'en aille pas comme

qui

se

présentent commeles maî-

le connaissent

poète sous le vulgairephilosophe,

poète, ne voilà-t-il pas aussi une excellente

Quant à la deuxième apparence de contradiction, elle conduità des ré-

flexions plus complexes,quoique, en un premiertemps, son éclaircissement

puisseprofiter de ce que nous venonsde remarquer au

entrele philosophe savantet le philosophepoète. S'il est vrai que le monde des sciencesdu dictionnaire,rempli de distinctions précises de termes, sou- cieuxde clartéet de rigueurlogiques superficielles, en se révélantutile pour

de la distinction

sujet

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GilbertBoss

chercherdans son système des réponsesquelconques au furet à mesuredes

besoins, ne livre pas les questionsqui permettraient de parcourir son laby- rinthesans s'yégarer etsans peut-être mêmeoublier qu'on s'y est perdu, alors ce mondedes réponses a une déficiencede sens, fautede se référeraux vraies

questions, dont

que

de science, l'habitantde la

provenanceexacte,qui se définità l'intérieurdu

viennent d'ailleurs, ilsse fontetse modifientselon des lois qui échappent aux

bibliothécaires, aux copistes, aux glossateurs,pour qui l'origine d'un livreest

le rayon ils l'onttrouvé

l'origine lui est extérieure, antérieuremêmeau souci prosaï-

de la distinction logique superficielle entrele oui etle non. Pourl'homme

bibliothèquelabyrinthique, tousles livresontune

labyrinthe. Pourle poète, ils

pour la première fois.

Toutefois, le philosophe

ne

peutpas

renoncer simplement à distinguer en-

vraieméthode.Il y a certesdes dis-

trele vraietle faux.Au contraire, s'ilsubordonnele oui etle nonà la question,

ce n'est pas pour leurrefusertoute valeur, mais pour parvenir aux véritables

distinctions:le choixdu vrai chemin, de la

tinctions qu'il vaut mieuxne pas faire, si au lieu d'aboutirà éclairerle

blème, elles

qu'à la prolifération aléatoiredes distinctions.Mais d'autressontessentielles

pour

qui

bien différemmentdes distinctions engendréespar la simpledispute scolaire

entrele oui et le non. Dans le jeu auquel

des livres, il s'agit

s'établiticientreles deux sortesde philosophes.Seulement, ellesnaissent

pro-

égarentl'esprit dans un vaintravail qui ne conduità riend'autre

éviter justement de rester perdu dans le labyrinthe, et notammentcelle

propos

de repérer des textes, de les situer, de s'assurerde leur

se laisse allerle rêveuravec son interlocuteurà

. Descartes,qui se croyait aussi habile que toutautreà cet exercice,y

s'en

sagesse, c'estla question même.Il n'est pas étonnantdans

affliger d'ailleurs.Le seul texte qu'il dé- le renvoieà lui-mêmeen lui re-

échoue maintenant, sans guère

couvredans le livre, dans le livrede

tournantsa question, vu que

ce cas que l'essentiel - etc'estde cela qu'ils'agit - ne se trouve plus danslesli-

vres.Sans douteles livresse renvoient-ilsles unsaux autres, etmêmele recueil de poésie peut contenirdes renvoisau dictionnaire.Mais toutcela estacces- soire parrapport au mouvement parlequel la vraie poésie pointe versune ori-

gineétrangère au monde du livre.

mécanismede l'écrit poétique, Descartes le reconnaît parfaitement, et

etd'ex-

sa-

pliquer du même coup pourquoi

divinitéde l'enthousiasmeet

la forcede l'imagination fontsortirles semencesde sagesse

té etde brillant que ne

effet que nous avonsen nous les semencesde la sagesse,l'important estde les

se trouveen

vants qui contientla sagesse. Car,affirme-t-il, la

Ce

ilsaitle décriretrès précisémentlorsqu'ils'agitd'interpréter son songe

c'est

la poésie plutôtque

les

ouvrages

avec plus de facili-

peut le fairela raisondes philosophes. S'il

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Le songe d'une poétiquephilosophique

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amenerà germer. Que faitle philosophe savant dans ce but? Il analyse et

classe les graines, chercheà voirà quelle plante chacune correspond, décrit

ces structures

une telleactivité suppose que les semencesont déjà germé et que les plantes

sont disponibles en vue de cette description.Ensuite, ilfautencoreexaminer sila description a quelque utilité pour faire germer à nouveau les graines. As- surément, il peuty avoiren elle une formede vérité. Même, il paraît facileà

première vuede le vérifier,puisqu'il suffitde comparerl'objet etsa description pour constaterles différenceséventuelles. Seulement, sait-on si l'objet se donne toujours aussi innocemment qu'