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SEMINAIRE MANU

CONNAISSANCE ET PROTECTION DES OISEAUX

ORGANISE PAR LA SOCIETE D’ORNITHOLOGIE DE POLYNESIE

9, 10, 12 Novembre 1993, Punaauia - Tahiti


SEMINAIRE MANU
CONNAISSANCE ET PROTECTION DES OISEAUX

ORGANISE PAR LA SOCIETE D’ORNITHOLOGIE DE POLYNESIE

9, 10, 12 NOVEMBRE 1993


Punaauia - Tahiti
Sommaire

Préface...................................................................................................................... 4

Discours de Madame Haamoetini LAGARDE, Ministre de l’Environnement..... 5

Discours du Président de la Société d’Ornithologie de Polynésie......................... 6

COMMUNICATIONS

Thème 1. : L’AVIFAUNE DE POLYNESIE : ORIGINALITE, MENACES


MONNET (C.), THIBAULT (J.-C.) - Stabilité et changements intervenus au cours du
20ème siècle chez les oiseaux terrestres nicheurs de Tahiti (Polynésie)..................... 10
MEYER (J.Y.) - Dispersion de Miconia calvescens par les oiseaux dans les îles de la
Société..................................................................................................................... 27
R. SEITRE (R.), SEITRE (J.) - Causes de disparition des oiseaux terrestres de
Polynésie francaise.................................................................................................. 43

Thème 2. : L’AVIFAUNE DE POLYNESIE : ORIGINALITE, PROTECTION


RINKE (D.) - Restoration of islands: the most promising technique to preserve birds
in Polynesia............................................................................................................. 44

Thème 3. : CONNAISSANCE DES OISEAUX TERRESTRES


Mc CORMACK (G.), KÜNZLE (J.) - Le 'ura ou lori de Rimatara (Vini kuhlii): sa
répartition passée, son statut actuel, et les priorités pour sa protection.................... 56

Thème 4. : PROTECTION DES OISEAUX TERRESTRES


LIEBERMAN (A.), KUEHLER (C) - Lory breeding program at the Zoological
Society of San Diego................................................................................................ 69
CHABOT (G.) - Protection de l’avifaune terrestre en Polynésie française................ 72

Thème 5. : CONNAISSANCE DES OISEAUX MARINS ET LIMICOLES


BRUNER (P) - Influences on the past and present distribution patterns of pacific
golden-plover (Pluvialis fulva)................................................................................. 76
Mc CORMACK (G.) - Une méthode simple d'estimation du taux de ponte des
oiseaux de
mer...................................................................................................................... 81
RAUST (P.) - L'avifaune marine de Tetiaroa............................................................ 91

ARIIOTIMA (A.) - Oiseaux de paille ou oiseaux de plumes? ou quel apport de la


Tradition, aujourd’hui?............................................................................................ 99

RECOMMANDATIONS DU SEMINAIRE....................................................... 100


ANNEXE : La Société d’Ornithologie de Polynésie.............................................. 101
PREFACE

Le 1er Séminaire Manu, sur la connaissance et la protection des oiseaux organisé par
la Société d’Ornithologie de Polynésie s’est déroulé les 9, 10 et 12 novembre 1993 au
Musée de Tahiti et des Iles à Punaauia.

Une douzaine de communications ont été présentées par des chercheurs de qualité
venus de plusieurs pays étrangers, ainsi que par des ornithologues amateurs de
Polynésie. Certains des articles présentés ici sont des références désormais
fondamentales pour comprendre l’évolution de ces espèces et leurs relation avec leur
environnement.

Mais au delà du coté purement scientifique de ces interventions aujourd’hui


rassemblées dans cet opuscule, il me parait important de rappeler l’impact de cette
manifestation au niveau des mass média qui a permis à un large public d’être
sensibilisé aux problèmes de protection de nos espèces d’oiseaux endémiques.

Enfin si le Ministre chargé de l’Environnement et de la Recherche Scientifique ne


peut que se féliciter de la réussite d’un tel séminaire et de la publication de ses actes,
il n’en est pas moins aussi Ministre de la Culture et de l’Artisanat Traditionnel et
c’est à ce titre qu’il faut rappeler que les oiseaux de notre fenua font partie de notre
patrimoine culturel tant leur place est grande dans la tradition orale ou la vie
culturelle contemporaine.

Si des initiatives comme celle ci n’oublient pas cette dimension particulière il est
certain que la mobilisation des populations locales pour la protection des espèces de
la faune aviaire menacée n’en sera que mieux réalisée et que les résolutions préparées
en atelier de travail et votées à la fin du séminaire porteront pleinement leurs fruits.

C’est le souhait que j’exprime pour l’avenir de la survie de nos oiseaux.

Patrick, Tahiata. Howell


Ministre de l’Environnement,
de la Culture, de l’Artisanat Traditionnel
et de la Recherche Scientifique.
DISCOURS DU MINISTRE DE L'AGRICULTURE,
DE L'ENVIRONNEMENT ET DE LA CONDITION FEMININE

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,

Pourquoi ce séminaire sur les oiseaux ; ces animaux qui vivent autour de nous
dont on remarque plus facilement les méfaits (les fruits attaqués) que les bienfaits ?

Or, nous avons hérité de nos ancêtres des sites archéologiques, témoins de notre
civilisation passée et que nous défendons farouchement.

Nous admettons également que certaines espèces marines, abondantes dans le


passé, soient maintenant protégées car elles étaient en voie d'extinction, comme les
tortues, les langoustes qui ont été surpéchées pour notre alimentation.

Mais les oiseaux ! on ne les mange pas, seuls leurs oeufs sont consommés dans
certains atolls mais de moins en moins car il y en a de moins en moins à récolter.

En fait on pense aux oiseaux quand ils commencent à disparaître car on a alors le
sentiment "qu'il manque quelque chose".

Aux Gambiers par exemple les oiseaux de mer avaient pratiquement disparus au
début des années 80 par suite de l'empoisonnement des poissons. A Rangiroa,
certains îlots qui étaient peuplés de vini avec leur cri particulier deviennent
silencieux.

Or ce que nous devons savoir, c'est que les oiseaux sont également un héritage
que nous avons reçu et dont nous sommes redevables envers nos enfants. Ce que nous
ignorons également c'est que certaines espèces n'existent qu'en Polynésie, dans
quelques îles et pour certaines dans une seule île. Pour ces espèces endémiques nous
sommes comptables vis à vis de l'humanité.

Le but de ce séminaire est de faire le point sur les espèces en voie de disparition
et de proposer des mesures pour les protéger.

Un monde sans oiseau est un monde triste. Cet effort contribuera également au
développement du tourisme.

Je salue les organisateurs et les participants de ce séminaire et je souhaite que


vos travaux soient fructueux pour le devenir de nos oiseaux.

Je vous souhaite bon courage. Maururu et Faito ito.


DISCOURS DU PRESIDENT
DE LA SOCIETE D’ORNITHOLOGIE DE POLYNESIE

Madame le Ministre de l’Environnement,


Mesdames,
Messieurs,

Les amateurs d'oiseaux ont plutôt l'habitude de se taire et d’écouter que de


parler. Néanmoins en tant que président de la Société d’Ornithologie de Polynésie,
c’est à moi que revient le redoutable honneur d’ouvrir ce séminaire.

D’abord permettez moi de dire quelques mots sur la Société d'Ornithologie de


Polynésie: C’est une jeune association puisqu’elle a été créée en 1990 par quelques
amateurs passionnés par les oiseaux de ce fenua.
Sa jeunesse explique son manque d’expérience et il faudra être indulgent avec
les organisateurs de ce séminaire.

Ainsi un de nos regret et de ne pas pouvoir faire bénéficier de la traduction


simultanée nos invités anglophones c’est la raison pour laquelle je tacherai de ne pas
aller trop vite et je souhaite que nos intervenants en fassent autant. La réciproque est
évidemment valable.

Mais passons à la question que chacun peut se poser:


Pourquoi s’intéresser aux oiseaux ?
Alors que les dinosaures envahissent les écrans de Tahiti rappelons nous que les
oiseaux sont peut être les êtres les plus proches de ces animaux fabuleux bien plus
que les reptiles actuels d’après certains scientifiques et finalement qu’il vaut mieux
pouvoir les admirer en chair et en os que sous forme d’images de synthèse ou
naturalisés dans un musée comme dans l’exposition ou les entendre chanter dans la
nature.

Mais surtout la bonne santé de la faune aviaire est le meilleur indicateur du bon
état de notre environnement.

Qu’est qui caractérise cette avifaune ?


L’avifaune terrestre de Polynésie ne compte que 30 espèces:
1 canard - 1 râle - 1 limicole - 9 pigeons - 3 loris - 2 salanganes - 4 martins-
chasseurs - 1 hirondelle - 2 fauvettes - 4 monarques.
Mais qui dans la salle a déjà vu:
- un ptilope (u’upa)...
- une fauvette (o’tatare)......
- un monarque (omama’o).........
Mais derrière cette courte énumération se cache une fabuleuse richesse avec 15
espèces uniques au monde et environ 40 sous-espèces endémiques, c’est à dire qui ne
vivent qu’en Polynésie, ou dans un seul archipel, ou dans seule île, ou même dans une
seule vallée.
On voit là que des oiseaux dont l’aire de répartition est si réduite sont
extrêmement menacés par toute agression qui pourrait modifier leur habitat.
Tous les archipels de la Polynésie sont listés comme zone d’endemisme aviaire
par le Conseil International pour la Protection des Oiseaux. Mais surtout ces zones
sont classées dans les catégories où la situation est critique ou urgente.
Nous avons donc vis à vis de nos enfants et du reste de la communauté mondiale
une énorme responsabilité.

Leur ancien statut et son évolution


Les travaux des archéologues ont permis de montrer que la première intrusion de
l’homme dans les îles est vraisemblablement responsable de l’extinction de 2 râles, 1
marouette, 1 poule sultane, 2 gallicolombes dont 1 géante, 1 ptilope, 1 carpophage, 2
loris, 1 gobe-mouche et 1 étourneau soit 12 espèces.
10 espèces ont encore disparu entre l’arrivée des découvreurs européens et au
cours du 19ème siècle dont les deux seules vraies perruches de Polynésie orientale.
3 espèces nous ont quitté au 20ème siècle et pour certaines depuis moins de 10
ans; citons leur nom pour mémoire - Ptilinopus mercierii - Acrocepalus c.
longirostris - Pomarea i. fluxa.
Ainsi c’est presque 50% des oiseaux qui peuplaient les îles polynésiennes avant
l’arrivée de l’homme qui ont définitivement disparu.
Quant à la répartition de ces espèces, la peau de chagrin que l’on observe
aujourd’hui n’est pas le reflet de la situation antérieure mais le résultat d’extinction
localisées comme celle de Vini peruviana des Iles des la Société au début de ce siècle.

Les menaces
Une telle hémorragie n’est pas un simple phénomène naturel inscrit dans
l’évolution des espèces.
Il est très clair que les influences de l’homme et de ses activités en sont la cause
première.
Les ornithologues ont identifié depuis longtemps ces influences néfastes:
- les destructions des habitats : surpâturage, feux et défrichements, aména-
gements, reboisements;
- la chasse et le piégeage;
- les introductions d’oiseaux : compétition, prédation, maladies aviaires;
- les introductions de mammifères : rats, chats;
- les dérangements
Les oiseaux menacés
Sur les 30 espèces de l’avifaune terrestre de Polynésie, 16 sont citées comme
menacées dans le livre rouge des oiseaux menacés des régions françaises d’outre mer
publié par le C.I.P.O.
Je les citerai car elles devraient faire l’objet de toute notre attention au cours de
nos travaux: Ducula galeata - Butorides striatus - Gallicolumba rubescens - Ducula
pacifica - Aerodramus l. Leucophaeus - Acrocephalus c. Postremus - Pomarea
mendozae mira - Aechmorhynchus cancellatus - Gallicolumba erythroptera -
Ptilinopus huttoni - Vini peruviana - Pomarea m. Mendozae - Pomarea mendozae
nukuhivae - Pomarea nigra - Halcyon godeffroyi - Vini ultramarina.

Les programmes et leur évaluation


En 1989 l’ornithologue J.-C. Thibault a élaboré un programme pour la
conservation des oiseaux de Polynésie dans lequel il proposait un certain nombre
d’actions à entreprendre:

- Les contrôles et enquêtes sur le terrain


11 espèces sont concernées - 8 ont fait l’objet de travaux au cours des 4
dernières années.
Ceci est encourageant et certaines populations sont désormais mieux connues -
Vini peruviana -Vini ultramarina - Vini kuhlii - Ptilinopus huttoni - Ducula galeata -
Halcyon gambieri.
A ce niveau il y a une réelle coopération avec des organismes extérieurs au
territoire dont nous nous félicitons.
Au cours des dernières années et aussi curieux que celà puisse paraître de
nouvelles espèces ont été décrites dans des îles où elles étaient inconnues jusqu’ici. Je
pense à Gallicolomba erythroptera à Rangiroa et au bécasseau des Tuamotu dans 2
nouvelles îles.
De plus l’observation des migrateurs apporte parfois des surprises.

- Les réintroductions et les renforcements de populations


3 espèces étaient concernées. Pour l’une d’elles une translocation a été réalisée
et doit être renouvelée pour renforcer cette population initiale. Il faudra en poursuivre
le suivi et évaluer les résultats.
C’est certainement là une action d’avenir qui doit être étendue à un plus grand
nombre d espèces: Ducula - gallicolomba - Halcyon.
Nous aurons également l’occasion d’aborder ce sujet avec le cas du ’ura de
Rimatara.

Aucun renforcement de population qui viserait Vini peruviana, seule espèce


élevée en captivité, n’a été réalisé.
Dans ce cas il faudrait envisager l’intérêt réel de cette opération tant que le
piégeage et le trafic perdure.
- La gestion des réserves
Il en existe plusieurs en Polynésie souvent oubliées des autorités.
Ce n’est que récemment que le comité de gestion de Scilly a été mis en place.
Pour les oiseaux, les îles de Motane et Eiao aux Marquises sont primordiales.
Nous en parlerons avec le programme de restauration d îles.

- La création de nouveaux espaces protégés


7 sites sont concernés tant à Tahiti que dans les archipels.
La partie terrestre de Scilly a été classée.
Le cas de Tetiaroa doit être étudié très rapidement.
Mais il faudra aussi penser à des zones de Tahiti et de Rangiroa.

Enfin le cas des oiseaux de mer mérite notre attention : Contrairement aux
oiseaux terrestres, l’avifaune marine de Polynésie est assez riche et des découvertes
récentes aux îles Australes nous montrent qu’il y a encore du travail de prospection à
faire.
Elle a aussi une importance économique non négligeable car elle est encore
essentielle à la détection des bancs de poissons dans le cadre de la pêche
traditionnelle.
C’est aussi dans certaines îles une attraction que l’exploitation touristique met en
danger.

Des travaux de recherche appliquée mériteraient d’être, soit poursuivi, soit


initiés en archéozoologie ou pour les maladies aviaires.

Il ne faut pas oublier également les action d’information dont ce séminaire est un
élément et la formation de spécialistes locaux qu’il faut intensifier.

Voici donc les sujets de réflexion que je soumet à notre assemblée.


Je déclare ouvert le séminaire manu.
STABILITE ET CHANGEMENTS INTERVENUS
ème
AU COURS DU 20 SIECLE CHEZ LES OISEAUX TERRESTRES
NICHEURS DE TAHITI (POLYNESIE)
1 2
Par C. MONNET , J.-C. THIBAULT
1
Instutut Français de Recherche Scientifique pour le Développement en Coopération, Centre
O.R.S.T.O.M. de Tahiti, B.P. 529, Papeete, Tahiti, Polynésie française.
2
Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement, B.P. 1013, Papetoai,
Moorea, Polynésie française; (adresse actuelle : Parc Naturel Régional de Corse, B.P. 417, F-20184,
Corse, France.)

RESUME

La répartition des oiseaux terrestres de Tahiti au début de ce siècle et de nos jours est présentée ici
accompagnée de cartes. Trois catégories peuvent être reconnues: (i) les espèces dont la répartition
diminue en raison de modifications de leurs habitats (Héron vert), (ii) les espèces stables ou en
augmentation, comprenant des espèces locales et introduites autrefois et (iii) des espèces
nouvellement introduites (Tourterelle striée, Bulbul à cul rouge, Zostérops et Tangara cramoisi).
Cependant, en raison de la faiblesse des effectifs de leurs populations, deux espèces, le Carpophage
du Pacifique et le Monarque de Tahiti, sont à la limite de l'extinction même si leur répartition n'a
pas changé au cours de ce siècle.

MONNET (C.), THIBAULT (J.-C.). Stability and changes during the 20th century in the breeding
land-birds of Tahiti (Polynesia).

Summary. - The distribution of the Tahitian land-birds at the beginning of the century and now is
presented here together with maps. Three categories may be recognised: (i) species with a declining
distribution due to changes in habitats (Green-backed Heron), (ii) stable or increased species,
including local and formerly introduced species and (iii) newly introduced species (Zebra Dove,
Red-vented Bulbul, Silvereye and Crimson-backed Tanager). Moreover, due to their low population
numbers, two species, the pacific pigeon and the Tahiti Monarch, are on the verge of extinction
even if their distribution has not changed notably during this century.

Introduction

Comme dans les autres îles de Polynésie, l’avifaune de Tahiti a connu de


nombreuses extinctions, d’abord au moment de l’arrivée des Polynésiens et dans les
siècles qui ont suivi (chasse + introduction), puis de celle des Européens aux 18-19e
siècles (chasse + introduction).
ème
Au début du 20 siècle il y a peu de changements, mais on note une
modification accrue des habitats à partir des années 1960: lotissement des côtes,
rectification des rivières, suppression des ripisylves, développement des pistes,
défrichements dans l’intérieur. Un autre aspect important est l’arrivée de Miconia
dont on aura l’occasion de reparler.
Le but de ce travail est de présenter les modifications qui ont pu intervenir, entre
le début du siècle et maintenant, dans la composition de l’avifaune terrestre
reproductrice et d’esquisser la répartition actuelle des différentes espèces.

Méthodes

L’île de Tahiti a une superficie de 1042 km2 et une altitude maximale de 2241m.
Entre septembre 1920 et avril 1923 la Whitney South Seas Expedition (WSSE)
est restée 9 mois à Tahiti collectant des spécimens pour l’American Museum of
Natural History (AMNH) de New-York.
L’un des membres Ernest Quayle a pris des notes d’une valeur exceptionnelle,
consignées dans ses carnets de terrain. Il séjourna plusieurs jours, parfois des nuits,
dans chacune des vallées visitées. Il mentionne 19 vallées dont nous avons pu en
identifier 15. Entre 1986 et 1991, 14 de ces vallées furent visitées, la quinzième
(Vaiote) ayant été visitée en 1971, n’a pas été prise en compte.
Nous comparerons à l’aide de cartes la distribution des oiseaux terrestres
reproducteurs dans ces 14 vallées en 1920-1923 et en 1986-1991.
Figure 1a
25 autres vallées furent également visitées en 1986-1991; avec un total de 39
vallées visitées, on peut présenter la distribution actuelle de l’avifaune.
Figure 1b
Le total du temps passé dans les 14 vallées est équivalent entre les deux
périodes, 1920-1923: 39 jours, 1986-1991: 41 jours.
Notre unité géographique pour la cartographie est la vallée définie par ses crêtes;
la forme des anciens volcans de l’île et de la presqu’île donne une distribution
régulière des vallées autour d’un axe central. La superficie totale des vallées étudiées
au cours des deux périodes représente 331 km2 et celle des vallées étudiées en 1986-
1991, 640 km2 (61% de la surface de Tahiti).
Pour la plupart des espèces nous présentons une carte pour chaque période, mais
comme la WSSE n’a pas toujours noté toutes les observations d’oiseaux introduits,
pour certains nous présentons seulement la distribution actuelle.
Enfin, nous nous limitons aux espèces clairement établies: entre 1988 et 1992 on
relève la présence de 4 nouvelles espèces (Streptopelia chinensis, Passer domesticus,
Paroaria coronata et Euplectes orix) qui ne seront pas prises en compte.

Résultats

Butorides striatus - héron vert - Figure 2


Il y a des différences significatives quand on compare (i) les mêmes vallées entre les
deux périodes et (ii) la proportion de vallées occupées entre les deux périodes. Ceci
reflète un déclin dans sa répartition.

Egretta sacra - aigrette des récifs - Figure 3


Il n’y a pas de différences significatives quand on compare (i) les mêmes vallées
entre les deux périodes et (ii) la proportion de vallées occupées entre les deux
périodes.

Anas superciliosa - canard à sourcil - Figure 4


Il n’y a pas de différences significatives quand on compare les mêmes vallées entre
les deux périodes. Quayle écrivit qu’il était rare, exterminé par le busard des roseaux
introduit 36 ans auparavant. Cependant, le canard à sourcil a récemment accru son
aire de distribution.

Circus approximans - busard de Gould - Figure 5


Introduit vers 1885. Il n’y a pas de différences significatives quand on compare (i) les
mêmes vallées entre les deux périodes et (ii) la proportion de vallées occupées entre
les deux périodes.

Gallus gallus - coq bankiva


Rarement mentionné par la WSSE dans ses journaux, certainement à cause du peu
d’intérêt pour cette espèce. Entendu et vu dans l’ensemble des 39 vallées pendant la
période 1986-1991, mais il n’a pas toujours été possible de différencier les volailles
domestiques maronnes du coq bankiva.

Porzana tabuensis - marouette fuligineuse - Figure 6


Il n’y a pas de différences significatives quand on compare (i) les mêmes vallées
entre les deux périodes et (ii) la proportion de vallées occupées entre les deux
périodes.
Cependant l’espèce a été notée dans sept autres localités pendant la période 1971-
1985 (Mont Mara’u, Arue, Papeno’o, Taravao, Vaihiria, Pic Vert et Atimaono).

Columba livia - pigeon biset


Introduit pendant le vingtième siècle. Probablement à cause du peu d’intérêt pour
cette espèce, il a été rarement mentionné par la WSSE. De nos jours il est localisé
dans les villes et les zones côtières ouvertes (cocoteraies).

Geopelia striata - tourterelle striée - Figure 7


Introduite à Tahiti vers 1950 dans le district de Paea. En 1971-1974, elle occupait
seulement la plaine côtière et les parties basses des vallées de Papara sur la côte sud à
Arue au nord en passant par la côte ouest. En 1986-1991 son aire de répartition
couvrait toutes les zones côtières de l’île principale et de la presqu’île ainsi que les
vallées cultivées.
Ptilinopus purpuratus - ptilope de la Société - Figure 8
Il n’y a pas de différences significatives quand on compare (i) les mêmes vallées
entre les deux périodes et (ii) la proportion de vallées occupées entre les deux
périodes.

Ducula pacifica - carpophage du Pacifique - Figure 9


Il n’y a pas de différences significatives quand on compare (i) les mêmes vallées
entre les deux périodes et (ii) la proportion de vallées occupées entre les deux
périodes.
Cette espèce est cependant restée rare tout au long du vingtième siècle et limitée aux
vallées de la Papeno’o et de Hitia’a.

Aerodramus leucophaeus - salangane de la Société - Figure 10


Il n’y a pas de différences significatives quand on compare (i) les mêmes vallées
entre les deux périodes et (ii) la proportion de vallées occupées entre les deux
périodes.
Elle a été vue dans cinq autres vallées en 1971-1975 (Papeno’o, Punaru’u, Fautaua et
Vaihiria) et en 1984 (Taharu’u). Cette espèce semble n’avoir jamais été abondante au
cours du vingtième siècle et sa répartition sporadique limitée à l’île principale.

Halcyon tuta - martin-chasseur de Polynésie


Cet oiseau n’a pas été observé par la WSSE, ni par nous. Collecté par Wilson en
1904, il a été vu récemment par Holyoak en 1973 dans le village de Mataiea.

Halcyon venerata - martin-chasseur vénéré - Figure 11


Il n’y a pas de différences significatives quand on compare les mêmes vallées entre
les deux périodes; mais il y a des différences significatives quand on compare la
proportion des vallées occupées entre les deux périodes. Il était présent dans un plus
grand nombre de vallées en 1986-1991, et ceci reflète un accroissement récent.

Hirundo tahitica - hirondelle de Tahiti - Figure 12


Il n’y a pas de différences significatives quand on compare (i) les mêmes vallées
entre les deux périodes et (ii) la proportion de vallées occupées entre les deux
périodes. Cependant leur nombre est toujours resté faible (rarement plus de un à
quatre couples ensembles).
Elle a été vue en bord de mer à cinq endroits différents de la presqu’île (Anaotu,
Vaitutaepua’a, Taura, Anaihe et Vaitoto) entre 1986 et 1991.

Pycnonotus cafer - bulbul à ventre rouge - Figure 13


Introduit à Tahiti à la fin des années 1970. En moins de dix années il a conquis
presque toutes les zones côtières de la grande île et de la presqu’île, ainsi que des
régions de l’intérieur jusqu’à une altitude de 1500 m.

Acrocephalus caffer - fauvette à long bec - Figure 14


Il n’y a pas de différences significatives quand on compare (i) les mêmes vallées
entre les deux périodes et (ii) la proportion de vallées occupées entre les deux
périodes. Elle n’a jamais été trouvée dans la presqu’île.

Pomarea nigra - monarque de Tahiti


Il n’y a pas de différences significatives quand on compare (i) les mêmes vallées
entre les deux périodes et (ii) la proportion de vallées occupées entre les deux
périodes. Cependant, il est devenu récemment plus rare au mont Mara’u où il était
encore commun dans les années 1970.

Zosterops lateralis - zostérops à poitrine grise - Figure 16


Introduit vers 1937. Encore peu commun dans les années 1950, il était devenu
abondant dans les années 1970. En 1986-1991 il a été noté dans toutes les vallées
visitées.

Ramphocelus dimidiatus - tangara cramoisi - Figure 17


Introduit dans les années 1930. En 1947 il était confiné aux jardins et aux zones
cultivées des villages de Puna’auia, Pa’e’a et Taravao. En 1986-1991 son aire s’est
étendue au nord de l’île (Mahina) et il a été vu à Hitia’a.

Estrilda astrild - astrild à bec de corail - Figure 18


Introduit entre 1098 et 1919. Les observations par la WSSE sont trop clairsemées
pour être prises en compte; nous ne savons pas si cette espèce était rare ou si elle
n’était pas systématiquement notée par la WSSE. En 1986-1991, il a été trouvé dans
20 localités sur l’île principale et la presqu’île.

Emblema temporalis - astrild australien -Figure 19


ème
Introduit à la fin du 19 siècle. Les observations par la WSSE sont trop peu
nombreuses pour être prises en compte. En 1986-1991 il a été trouvé dans 12 localités
sur l’île principale et la presqu’île.

Lonchura castaneothorax - munie à gorge brune - Figure 20


ème
Introduit à la fin du 19 siècle. Les observations par la WSSE sont trop peu
nombreuses pour être prises en compte. En 1986-1991 elle a été trouvée dans 15
localités sur l’île principale et la presqu’île.
Acridotheres tristis - martin triste - Figure 21
Introduit entre 1908 et 1915. Il n’y a pas de différences significatives quand on
compare (i) les mêmes vallées entre les deux périodes et (ii) la proportion de vallées
occupées entre les deux périodes.

Discussion

La méthode utilisée est bonne, sauf pour les introduits (défaut de relevés de
Quayle) et Porzana tabuensis (méthode de prospection inadéquate). Depuis le
passage de la WSSE il n’y a pas eu d’extinction parmi les oiseaux locaux, ni les
introduits. On n’a pas noté de colonisation non plus depuis un autre archipel. Enfin la
composition faunistique de la presqu’île était aussi pauvre dans les années 1920 que
maintenant.

On peut reconnaître 3 catégories d’espèces:

1°) espèce dont la répartition est en régression. Butorides, a) par rapport à


1920-1923, b) par rapport aux années 1970 où, par exemple, il était commun dans la
Punaru’u avant que la ripisylve ne soit rasée. L’effectif de sa population est estimé à
seulement 100-120 individus.

2°) Espèces dont la répartition est stable:


(i) espèces introduites (circus approximans, Gallus gallus, Estrilda
astrild, Emblema temporalis, Lonchura castaneothorax et Acridotheres tristis),
(ii) espèces ayant supporté des changement d’habitats (Anas
superciliosa, Egretta sacra, Ptilonopus purpuratus, Halcyon, Hirundo tahitica et
Acrocephalus caffer). Ainsi en dépit du drainage des marais Anas se maintient bien,
profitant du développement des bassins d’élevage de chevrettes (Macrobrachuim
rosenbergii).
(iii) espèces rares et localisées (Porzana tabuensis, Ducula pacifica,
Aerodramus leucophaeus, Halcyon tuta et Pomarea nigra). Depuis un siècle Ducula
pacifica se maintient avec des effectifs très faibles. Chassé autrefois, il serait
intéressant de savoir si ce sont les prédations de Circus approximans qui
maintiennent son effectif à un niveau aussi bas. La localisation d’Aerodramus
leucophaeus semble être en relation avec Acridotheres tristis comme le montre
l’exemple de la répartition de A. ocistus aux îles Marquises. Il est certain que
ème
Pomarea nigra était abondant au début du 19 siècle (Peale). Son récent déclin au
mont Mara’u pourrait être en relation avec les problèmes que la forêt y a connus au
moment des cyclones de 1983, puis son remplacement par Miconia.

3°) Espèces introduites depuis les années 1940. Geopelia a achevé sa


colonisation de Tahiti et Mo’orea en moins de 40 ans. En moins de 10 ans le Bulbul a
colonisé le littoral de Tahiti et les forêts secondaires de l’intérieur jusqu’à 1500 m. Le
Zostérops a colonisé les Iles de la Société, Makatea et les Australes en moins de 30
ans. Le Tangara a été plus lent, en 50 ans il est loin d’avoir colonisé tout le littoral.

ème
En conclusion, les changements intervenus dans l’avifaune locale durant le 20
siècle ont été moins importants que durant les siècles précédents. La plupart des
oiseaux locaux occupent depuis longtemps des habitats modifiés directement ou
indirectement par l’homme et ils sont aptes à coexister avec l’avifaune introduite
actuelle, les espèces les plus sensibles (perruches) ayant disparu depuis longtemps.
Enfin Ducula et Pomarea sont probablement proches de l’extinction même s’il n’y a
pas eu de changement important dans leur répartition.
DISPERSION DE MICONIA CALVESCENS
PAR LES OISEAUX DANS LES ILES DE LA SOCIETE

Par J. Y. MEYER (doctorant) 1,2


1 Laboratoired'Ecologie Végétale, Centre ORSTOM de Tahiti, B.P. 529, Papeete, TAHITI
2 Adresseactuelle : Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive, CNRS de Montpellier,
1919 route de Mende, B.P. 5051, 34033 Montpellier cedex 01, FRANCE.

RESUME

Miconia calvescens (Melastomataceae) est la peste végétale la plus importante de l'île de Tahiti
(Archipel de la Société, Iles du Vent). Introduite en 1937 comme plante ornementale, elle a été
déclarée "espèce nuisible" en Polynésie Française depuis 1990. Elle touche aussi les îles
avoisinantes de Moorea (Iles du Vent) et de Raiatea (Iles Sous le Vent) et a été introduite aux îles
Hawaii dans les années 1970 où elle fait partie de la liste des 86 pestes végétales de cet archipel (C.
SMITH, 1985).
En formant des couverts monospécifiques denses, M. calvescens représente une menace directe
pour la flore des îles hautes (plus de 620 espèces indigènes dont 44 % d'endémiques dans les îles de
la Société, J. FLORENCE, 1987).
H. GAUBERT & A. VARNEY (1992) ont montré que deux oiseaux consomment les baies de M.
calvescens à Tahiti, constituant ainsi des disséminateurs potentiels de cette plante envahissante. Il
s'agit des passeriformes Zosterops lateralis (Zosterops à poitrine grise ou "vini à lunette") et
Pycnonotus cafer (Bulbul à ventre rouge). Le Zosterops à poitrine grise a été introduit à Tahiti en
1937 où il est devenu actuellement l'oiseau terrestre le plus abondant, occupant tous les types
d'habitats. Capable de voler sur de très longues distances, il a colonisé l'ensemble des îles de la
Société et a même atteint les îles des Australes et des Tuamotu (J.-C. THIBAULT & C. MONNET,
1990). Le Bulbul à ventre rouge a été introduit à Tahiti en 1979 où il est actuellement très abondant
en zone littorale. Il aurait été signalé à Raiatea en 1992 (Association Te Manu, 1993).
G.A. SMATHERS & D E. GARDNER (1979) ont suggéré que l'invasion des forêts naturelles à
Metrosideros polymorpha (Myrtaceae) par l'espèce introduite Myrica faya (Myricaceae) à Hawaii
est lié à la distribution de Zosterops japonica. Existe-il également une relation entre l'abondance de
Miconia calvescens et celle de Zosterops lateralis ? L'importance du rôle joué par les oiseaux dans
la propagation et l'extension de M. calvescens dans les Iles de la Société (Tahiti, Moorea et Raiatea)
a été discutée.

MEYER (J.Y.) Bird-dispersion of Miconia calvescens in the Society islands

Summary. - Miconia calvescens (Melastomataceae) is the major plant pest of Tahiti (Society
Archipelago, Winward Islands). Introduced in 1937 as an ornemental plant, it has been declared
"noxious species" in French Polynesia since 1990. M. calvescens forms dense monotypic stands,
becoming a direct threat to the high islands flora (over 620 native species including 44 % endemics
in the Society Islands, J. FLORENCE, 1987).
It has already invaded the islands of Moorea (Winward Islands) and Raiatea (Leeward Islands) and
was introduced in the Hawaiian Islands in the seventies where it is part of the 86 plant pests of the
archipelago (C. SMITH, 1985).
Two birds were observed feeding on the fruit of M. calvescens in Tahiti (H. GAUBERT & A.
VARNEY, 1992) and can be considered like potential dispersal agents for the seeds of this invasive
plant. Those passerines are Zosterops lateralis (Gray-backed silvereye) and Pycnonotus cafer (Red-
vented Bulbul). The Silvereye was introduced in Tahiti in 1937 where it became the most abundant
terrestrial bird, occuping all the ecological habitats. This long-distance flying bird colonized the
whole islands of the Society Islands, even reaching the Austral and Tuamotu archipelagoes (J.-C.
THIBAULT & C. MONNET, 1990). The Red-vented Bulbul was introduced in Tahiti in 1979
where it is now very abundant on the coastal zone. It was first reported in Raiatea in 1992 (Te Manu
Association, 1993).
G.A. SMATHERS & D E. GARDNER (1979) suggested that the pattern of invasion of firetree
(Myrica faya, Myricaceae) in 'ohi'a native forest (Metrosideros polymorpha, Myrtaceae) in Hawaii
was correlated with the distribution of the Japanese white-eye (Zosterops japonica). Is there also a
strong relationship between the abundance of Miconia calvescens and the populations of Zosterops
lateralis ? We will discuss the exact role played by birds in the extension and the dispersion of M.
calvescens in the Society Islands (Tahiti, Moorea and Raiatea).

AVANT-PROPOS

Cette communication s'inscrit dans la partie intitulée "l'Avifaune de Polynésie:


Originalité, Menaces" du 1er Séminaire Manu (Connaissance et Protection des
Oiseaux de Polynésie orientale). Elle s'appuye essentiellement sur une étude effectuée
à TAHITI par Helène GAUBERT (VAT au Centre ORSTOM de Tahiti entre 1990 et
1992) en collaboration avec Albert VARNEY (Garde-Nature à la Délégation à
l'Environnement) ainsi que sur des résultats personnels obtenus lors d'une mission
effectuée en juillet 1993 à RAIATEA avec A. VARNEY.

INTRODUCTION

L'une des caractéristiques des communautés insulaires réside dans leur grande
fragilité face aux perturbations extérieures. Cette sensibilité se traduit par l'abondance
et la réussite d'espèces introduites, qu'elles soient végétales ou animales. Ainsi,
l'avifaune insulaire terrestre polynésienne composée de 30 espèces comprend autant
d'espèces indigènes que d'espèces introduites (THIBAULT & MONNET 1993). De
même, le nombre de plantes étrangères en Polynésie française s'élève à environ 1700
contre 950 plantes indigènes (J. FLORENCE, comm. pers.). Certaines de ces espèces
"exotiques" se révèlent être des colonisateurs très efficaces dans les îles, voire parfois
de véritables "pestes". Elles représentent alors une menace directe ou indirecte pour la
flore et/ou la faune indigène. L'exemple le plus spectaculaire dans les îles de la
Société est sans aucun doute celui de Miconia calvescens.
MICONIA CALVESCENS : UN CAS TYPIQUE D'INVASION BIOLOGIQUE

Cette Mélastomatacée originaire d'Amérique Centrale et introduite à Tahiti en


1937 comme ornementale est devenue, en moins d'un demi-siècle, la plante
envahissante la plus importante de l'île de Tahiti. Déclarée "espèce nuisible en
Polynésie française" par Arrêté territorial en mars 1990, Miconia calvescens touche
également les îles avoisinantes de Moorea (Iles Du Vent) et de Raiatea (Iles Sous le
Vent) et menace l'ensemble des îles hautes de Polynésie Française. Egalement
présente dans les îles hawaiiennes (Oahu, Maui et Hawaii), où elle a été introduite
dans les années 1970, elle fait partie de la liste des 86 pestes végétales de cet archipel
(SMITH 1985).
A Tahiti, M. calvescens s'est répandu, à partir de 2 sites d'introduction (le Jardin
Botanique de Papeari et la Station Agricole du plateau de Taravao), dans toute la zone
humide (> 2000 mm/an) de basse et moyenne altitude (10 m-1300 m) pour recouvrir
actuellement environ 2/3 de l'île. En formant des couverts denses monospécifique qui
remplacent progressivement la série de végétation naturelle, M. calvescens constitue
une menace directe pour l'écosystème forestier des îles de la Société: modification
des transferts en eau et en éléments minéraux du sol, changement du régime de
lumière et d'humidité, plus grande instabilité des sols favorisant des glissements de
terrain, disparition enfin de la flore indigène riche et originale (environ 625 plantes
locales et un taux d'endémisme de 44% dans l'Archipel de la Société selon J.
FLORENCE, 1987). Cette envahisseur représente également un danger pour tous les
oiseaux indigènes terrestres. En effet, la formation de véritables "forêts de miconia"
entraîne d'une part la disparition des plantes fruitières dont les diaspores (fruits ou
graines) sont habituellement consommées par ces oiseaux, et d'autre part la
raréfaction de leurs lieux de nidification. A titre d'exemple, la destruction de la
végétation littorale et son remplacement par M. calvescens reduit considérablement
l'habitat du Héron vert de Tahiti ou A'o (Butorides striatus) qui habite exclusivement
les ripisylves formées de Purau (Hibiscus tiliaceus). De même, l'étouffement par M.
calvescens de massifs de bambous condamne la fauvette à long bec ou 'Otatare
(Acrocephalus caffer) qui y niche presque exclusivement.

LES OISEAUX CONSOMMATEURS DE FRUITS DE MICONIA CALVESCENS

Avec une reproduction sexuée prolifique (3 à 4 saisons de fructification par an


selon BIRNBAUM 1989) mais avec une grande variabilité inter-individuelle et intra-
individuelle dans la floraison et la fructification (GAUBERT 1992) et un étalement
sur 2-3 mois de la maturation des fruits (MEYER en prép.), M. calvescens produit des
fruits de façon quasi-permanente pendant toute l'année. On peut compter plus de 200
panicules d'infrutescences sur les plus gros arbres reproducteurs, soit environ 100 000
fruits. Les fruits sont de petites baies de couleur pourpre-noir à mâturité, de 0,6 cm de
diamètre environ et contenant chacune entre 100 et 200 graines millimétriques
(BIRNBAUM 1989, MEYER en prép.). Du fait de leur caractéristiques (taille et
couleur), les fruits de M. calvescens sont très attractifs pour les oiseaux frugivores qui
ont en plus la possibilité de les consommer toute l'année.
Une étude effectuée en 1992 par H. GAUBERT et A. VARNEY a permis de
mettre en évidence les consommateurs de fruits de M. calvescens à Tahiti.
L'abondance des oiseaux a été mesurée dans 3 stations d'observation (Belvédère,
Taravao, Mahina). La méthode consiste à installer un point d'écoute où tous les
oiseaux entendus ou vus dans un rayon de 100 m sont notés et identifiés pendant 20
minutes (Figure 1). Les résultats montrent clairement l'abondance de Zosterops
lateralis (Zosterops à poitrine grise ou Vini à lunette) et d'autres espèces introduites
dans les stations étudiées. Quelques espèces endémiques des Iles du Vent ont été
observées: Ptilinopus purpuratus (Ptilope de la Société ou 'U'upa) et Halcyon
venerata (Martin-Chasseur Vénéré ou Ruro) dans les stations de Mahina et Taravao,
Hirundo tahitica (Hirondelle de Tahiti ou 'Ope'a) au Belvédère.
La pose d'un filet de 2,5 m de haut sur 6 m de long a permis de capturer 56
oiseaux de 5 espèces différentes, toutes introduites: Zosterops lateralis, Pycnonotus
cafer (Bulbul à ventre rouge), Acridotheres tristis (Martin triste ou Merle des
Molluques), Estrilda astrild (Astrild à bec de corail), Lonchura castaneothorax
(Munie à poitrine brune). Les oiseaux ont été enfermés 15 minutes dans un sac afin
de récolter leurs excréments (Figure 2). Le comptage et l'identification des graines
extraites des fecès démontrent que seuls les deux passeriformes Zosterops lateralis et
Pycnonotus cafer ont consommés des fruits de M. calvescens. Ils peuvent donc être
considérés comme des disséminateur potentiel de cette peste végétale (GAUBERT &
VARNEY 1992). Quels sont ces oiseaux ?

Zosterops lateralis: un colonisateur actif


Passereau de petite taille (13 cm selon THIBAULT & RIVES 1975a), à tête
jaune, au dessus vert, aux flancs rosés et à la poitrine grise (d'où il tire son nom
commun de "Zosterops à poitrine grise"), il est facilement reconnaissable à son cercle
orbital blanc (d'où son nom tahitien de "Vini à lunette" et son nom anglais de "Silver-
eye" selon PRATT et al. 1987).
Originaire de Tasmanie et d'Australie sud-orientale (appelé aussi "Tasmanian
White-eye" selon MAYR, 1965), le Zosterops à poitrine grise a été introduit à Tahiti
en 1937 par Eastham GUILD en provenance de Nlle Zélande. GUILD, membre de
l'American Ornithologist's Union aurait lâché "environ 10 000 oiseaux de 50 à 55
sortes différentes" entre 1930 et 1940 à Tahiti (JOUANIN 1962). Ce passereau qui
est passé inaperçu à Tahiti jusqu'en 1960, est actuellement l'oiseau terrestre le plus
abondant, occupant tous les types d'habitat : jardins, plantations, voire cocoteraie à
Bora Bora, forêts secondaires (ou anthropisées) des vallées, forêt naturelle de nuage
("cloud forest"). C'est d'ailleurs la seule espèce d'oiseau terrestre fréquemment
rencontré au dessus de 1500 m. Noté au sommet de l'Orohena à 2241 m (HOLYOAK
& THIBAULT 1984a) alors qu'en Nlle Zélande, il ne dépasse pas 1100 m, limite de
la zone alpine.
Ses facultés de colonisateurs sont connues depuis longtemps (MAYR 1965):
vers 1850, il aurait franchi un fossé de 2000 km entre la Tasmanie et la Nlle Zélande
où il est devenu l'oiseau chanteur le plus courant. Il est noté pour la première fois en
1856 à Wellington et a réussi à coloniser très rapidement ("like wildfire", MAYR
1965) toutes les îles voisines de la Nouvelle Zélande dans les décennies qui suivirent:
Lord Howe, Norfolk (essai d'acclimatation), Kermadec, Chathams, Snares,
Aucklands, Campbell, Macquarie. Présent aussi aux Fiji (sauf Lau Archipelago),
Tonga, Nlle Calédonie, Nlles Hébrides (JOUANIN 1962, MAYR 1974). Capable de
voler sur de très longues distances, il a colonisé l'ensemble des îles de la Société en
l'espace de 30 ans (Figure 3) et a même atteint les îles des Australes et des Tuamotu
(THIBAULT & MONNET 1990).
Les raisons du succès de Zosterops lateralis tiennent à la fois à son
comportement social (il se déplace en bandes de plusieurs dizaines d'individus), un
régime alimentaire varié "généraliste" (petits fruits et graines, nectar, insectes,
chenilles de papillons), une saturation rapide en effectif dans les îles à surface réduite
ce qui les pousse à migrer ailleurs et peut-être un appauvrissement de l'avifaune
indigène (niche écologique vacante suite à l'extinction d'oiseaux indigènes selon
THIBAULT 1988). Ils ont pû occuper des îles où l'on trouve en général peu de
généralistes et surtout des spécialistes, ce qui facilite l'invasion par une autre espèce
par manque de compétition (GILL 1971).

Pycnonotus cafer : une espèce agressive


Il existe peu de données sur cet oiseau de taille moyenne (20 cm selon
THIBAULT & RIVES 1975b) reconnaissable par sa crête noire et une queue noire à
extrémité blanche, rouge en dessous (d'où son nom commun de "Bulbul à ventre-
rouge" ou cul-rouge). Originaire d'Inde ("bulbul" signifiant petit oiseau en indien, S.
HASAN comm. pers.), il a été introduit aux îles Hawaii, Fiji, Tonga, Samoa, et dans
la Société (Figure 4 et PRATT et al., 1987).
Le Bulbul à ventre rouge a été introduit à Tahiti en 1979 (en provenance de
Hawaii) où il est actuellement très abondant dans toute la frange littorale de Tahiti-
Nui et Tahiti-Iti (THIBAULT & MONNET 1993), notamment dans les zones
habitées et agricoles. En 1982, il était bien distribué à Papeete et dans sa banlieue,
Tiperui, Papara, Pic Rouge (HOLYOAK & THIBAULT 1984b). Noté jusqu'à 1500 m
d'altitude au Mt Marau (THIBAULT & RIVES, op. cit.), il pénètre dans les vallées
mais n'est jamais trouvé en forêt.
Frugivore occasionnellement insectivore, cet oiseau très bruyant est considéré
dans les îles de Polynésie comme "a serious agricultural pest" (PRATT et al., 1986).
A Tahiti, il s'attaque aux fleurs et fruits cultivés, notamment la vanille (J.-P. MALET,
comm. pers.). Espèce agressive, très territoriale, en compétition avec Acridotheres
tristis (Merle des Molluques ou Martin triste) qu'il semble supplanter, le Bulbul
menace de coloniser toutes les Iles hautes de la Société: déja présent à Moorea
(THIBAULT & RIVES, op. cit.), il aurait été signalé à Raiatea en 1992 (TE MANU,
1993).

LE ROLE DES OISEAUX DANS L'EXTENSION DE MICONIA CALVESCENS


SMATHERS et GARDNER (1979) ont suggéré que l'invasion des forêts
naturelles à Metrosideros polymorpha (Myrtaceae) par l'espèce introduite Myrica
faya (Myricaceae) à Hawai'i est lié à la distribution de Zosterops japonicus
("Japanese White-eye" selon PRATT et al. 1987). En effet, ce passereau est le
consommateur le plus fréquent de fruits de Myrica faya à Hawai'i (WOODWARD et
al. 1990). Existe-il également une relation entre l'accroissement démographique de
Zosterops lateralis et celui de Miconia calvescens, introduits presque simultanément
en 1937, comme le soulignent J.-C. THIBAULT et C. MONNET (1990)? Quelle est
l'importance du rôle joué par les oiseaux dans la propagation et l'extension de M.
calvescens dans les Iles de la Société ? L'étude de la situation dans les îles au stade de
début d'invasion (Moorea et Raiatea) permet de fournir quelques réponses.

Le cas de Moorea (Iles du Vent)


Les principales zones envahies par M. calvescens sont situées sur les pentes et
les sommets des plus hauts sommets de l'île (Mt Tohiea à 1207 m, Mt Rotui à 899 m,
Mt Mouaputa à 860 m, Mt Tautuapae à 769 m et Mt Mouapu à 762 m) où la
pluviométrie dépasse 2500 mm/an. On retrouve également des petites populations à
basse altitude dans le Domaine d'Opunohu (MEYER 1993) et au pied du Mt Tearai
(770 m). Z. lateralis, actuellement très abondant dans toute l'île de Moorea, aurait été
noté pour la première fois en 1971 (HOLYOAK & THIBAULT 1984a). Cette période
coïncide avec les premières observations de M. calvescens sur le Mt Mouaputa
(MEYER 1993). Moorea étant située à seulement 18 km de Tahiti, l'introduction de
M. calvescens par l'intermédiaire de Z. lateralis est tout-à-fait envisageable.
Cependant le rôle du vent et de l'homme ne sont pas à négliger: la présence de
M. calvescens le long de la piste menant au Col des Trois Cocotiers, par exemple,
souligne l'importance du rôle de l'homme dans la propagation de la plante (en
l'occurrence les randonneurs transportant des graines collées dans les crampons de
leurs chaussures).

Le cas de Raiatea
Située à environ 180 km de Tahiti, Raiatea est l'île la plus faiblement touchée
par l'invasion de M. calvescens. Les zones envahies sont peu nombreuses (environ
240 ha) et bien localisées, essentiellement dans les vallées d'Uturaerae (MEYER, sous
presse). Z. lateralis a été noté à Raiatea pour la première fois en 1972 (HOLYOAK &
THIBAULT 1984a) et signalé juqu'au Temehani à 700 m d'altitude (THIBAULT
1974). La plus faible extension de M. calvescens à Raiatea est-elle expliquée par une
plus faible aptitude à la dispersion des graines comme le suppose H. GAUBERT
(1991) ?
Avec A. VARNEY (MEYER & VARNEY 1993) Nous avons essayé de mesurer
l'abondance des oiseaux dans 6 stations d'études situées dans des zones envahies
(Figure 5). La méthode consiste à identifier les espèces présentes et à estimer le
nombre d'individus par espèce (à l'oeil nu, à la jumelle et à l'écoute) dans un rayon de
100 m autour de la parcelle d'étude de 100 m2. Les observations ont été effectuées
entre 8h et 16h pour une durée d'observation variant entre 4 à 7 heures par station.
Les résultats (Figure 6) soulignent l'absence de Pycnonotus cafer et la présence
de Z. lateralis, parfois abondant, dans toutes les stations d'observation (exceptée la
station Boubée). Il est difficile d'avoir le nombre exact de Z. lateralis du fait de sa
grande mobilité, de son activité permanente et parce qu'il se déplaçe parfois en
bandes dont le nombre d'individus peut varier entre 3 et plusieurs dizaines. Nous
avons également noté la présence de nombreux Alcyon tuta (Martin-chasseur de
Polynésie ou 'Otatare) et de Ptilinopus purpuratus var chrysogaster, deux espèces
endémiques "typiques des Iles Sous le Vent dont l'aire de répartition vaste et
homogène est comprise entre les zones de basse et moyenne altitude et les régions
élevées" (THIBAULT op. cit.).

Dispersion inter-îles
S'il n'est pas possible de conclure pour Moorea, à Raiatea toutes les
introductions de M. calvescens semblent être d'origine humaine: en effet, M.
calvescens aurait été introduit pour la première fois comme plante ornementale dans
la vallée d'Uturaerae puis avec de la terre en provenance de Tahiti (contenue dans des
pots de plants de caféiers et d'ébénisterie) dans les vallées de Tetooroa et de Faaroa
(MEYER, sous presse). Du fait de l'éloignement important de Raiatea, il est très peu
probable que les graines de M. calvescens soient arrivées par l'intermédiaire d'oiseaux
en provenance directe de Tahiti. De plus, la durée du transit intestinal est en général
courte chez les oiseaux. Elle serait de l'ordre de 2 heures pour Z. lateralis (A.
VARNEY, comm. pers.). M. calvescens n'a pas été signalé dans les autres îles hautes
de la Société alors que Z. lateralis y est présent.

Dispersion intra-îles
D'après H. GAUBERT (1992) et malgré l'abondance de Z. lateralis en Polynésie
française, "les oiseaux n'ont pas constitué le moteur essentiel de l'invasion de cette
peste végétale à Tahiti". En effet, en présence d'arbres plus attractifs comm
Spathodea campanulata (Tulipier du Gabon ou Pisse pisse) ou Psidium cattleianum
(Goyavier de Chine ou Tuava tinito), M. calvescens est délaissé par les oiseaux et ne
constitue pas une nourriture de choix.
Les méthodes de dispersion par simple gravité (barochorie massive), par
hydrochorie (cours d'eau) ou par anémochorie (vent) semblent être les plus communs.
Le rôle des oiseaux, ou d'autre Vertébrés comme les cochons sauvages, les bovins ou
les rongeurs (notamment le Rat polynésien Rattus exulans très abondant en Polynésie
française) dans la dissémination des graines de M. calvescens semble de faible
importance comparé à celui de l'homme: horticulteurs et amateurs de plantes
exotiques, randonneurs sont des agents de dispersion très efficaces ! Le transport de
sol "contaminé" par des graines de M. calvescens lors des travaux d'aménagement,
d'ouvertures de pistes, de reboisement ont favorisés l'extension de cette peste végétale
à l'intérieur des îles.
A Raiatea, plusieurs pieds isolés de M. calvescens ont été découverts à Anatorea
au pied du Temehani Rahi, vers 330 m d'altitude laissant supposer une dissémination
par les oiseaux. Cependant, il s'agit également d'une piste très fréquentée par les
promeneurs...

CONCLUSIONS

Les principales nuisances pour l'avifaune terrestre polynésienne sont la chasse


par l'homme, l'introduction de prédateurs (rats, chats, rapaces) et la destruction et la
modification de l'habitat sous l'action du bétail, des feux et des défrichements, des
aménagements, des reboisements (THIBAULT 1988). M. calvescens est un élément
supplémentaire contribuant à la dégradation du milieu insulaire terrestre et par
conséquent à la disparition d'oiseaux indigènes. En formant des couverts denses
monospécifiques, M.calvescens modifie les règles du jeu de tout l'écosystème
("change the rules of all organisms" selon P. VITOUSEK 1990). Son extension est
facilitée par plusieurs facteurs, notamment l'homme et en particulier par les oiseaux
introduits, comme Zosterops lateralis et Pycnonotus cafer. Ces deux colonisateurs
très efficaces participent activement à la dissémination de M. calvescens intra-île et
parfois à une dispersion inter-île (cas de Moorea ?).
Le cas des Ptilopes de la Société (Ptilinopus purpuratus) reste un sujet d'étude
intéressant. Essentiellement frugivores mais au régime varié, ils ont sû profiter de
certaines introductions de végétaux : ils mangent divers fruits charnus allant de 2 à 17
mm de diamètre provenant autant d'espèces indigènes comme Freycinetia impavida
(fara pepe), Ficus prolixa (ora), Hibiscus tiliaceus (burau) que d'espèces introduites
comme Quinquina sp., Vanilla planifolia (vanira), Psidium guava (tuava), Cananga
odorata (motoi), Albizzia lebbeck (HOLYOAK & THIBAULT, 1984c).
Consomme(ro)nt-ils également les baies de M. calvescens ?

Bibliographie:

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LISTE DES FIGURES

Figure 1 : Abondance des oiseaux dans 3 stations à Tahiti (d'après H. GAUBERT & A. VARNEY
1992)
Figure 2 : Mise en évidence des oiseaux consommateurs de fruits de Miconia calvescens (d'après
H. GAUBERT et A. VARNEY 1992)
Figure 3 : Evolution de la répartition de Zosterops lateralis en Polynésie (J.-C. THIBAULT & C.
MONNET 1990)
Figure 4 : Répartition de Pycnonotus cafer dans le Pacifique (d'après H. D. PRATT et al. 1987)
Figure 5 : Zones de distribution de Miconia calvescens à Raiatea (J.-Y. MEYER, sous presse)
Figure 6 : Abondance des oiseaux dans 6 stations à Raiatea (d'après J.-Y. MEYER & A.
VARNEY)
PROTOCOLE EXPERIMENTAL

COMPTAGE

RESULTATS

nom latin nom français nom anglais nbre oiseaux nbre graines
capturés miconia
Zosterops Zosterops à Silvereye 38 2 053
lateralis poitrine grise
Pycnonotus cafer Bulbul à ventre Red-vented 5 430
rouge Bulbul
Acridotheres Merle des Common Myna 4 0
tristis Molluques
Estrilda astrild Astrild à bec de Common 5 0
corail Waxbill
Lonchura Munie à poitrine Chesnut-breasted 4 0
castaneothorax brune Mannikin

FIGURE 2 MISE EN EVIDENCE DES OISEAUX CONSOMMATEURS


DE FRUITS DE MICONIA CALVESCENS
(d’après H. GAUBERT et A. VARNEY, 1992)
CAUSES DE DISPARITION DES OISEAUX TERRESTRES
DE POLYNESIE FRANCAISE

Par R. SEITRE, J. SEITRE 1


1
Le Bourg, 37370 Marray, France.

RESUME

Entre le 15 novembre 1989 et le 4 avril 1990, nous avons effectué la visite de 28 îles de
Polynésie française afin de préciser les causes de disparition des espèces de l’avifaune terrestre.
Grâce à l’appui de la Marine Nationale, nous avons pu débarquer en particulier sur 7 îles qui
n’avaient jamais fait l’objet d’un recensement ornithologique tandis que d’autres n’avaient pas été
visitées depuis plusieurs décennies.
Nous pouvons ainsi affirmer la présence d’une population saine de Vini peruviana à Bellinghausen,
confirmer la présence de Gallicolumba rubescens à Fatu Huku et ajouter 2 populations jusque là
inconnues de Prosobonia cancellata aux Tuamotu. Nous avons par ailleurs eu l’occasion
d’observer toutes les espèces endémiques à la Polynésie française sauf une, Pomarea nigra.
En ce qui concerne les causes de disparition des oiseaux en général, nous mettons en évidence la
forte influence des animaux introduits, tout particulièrement les rats pour lesquels les connaissances
sont très fragmentaires. Dans certains cas la destruction d’habitat et même la chasse sont à déplorer.
On trouvera à la fin de ce rapport quelques suggestions en matière de conservation qui nous
paraissent prioritaires et même urgentes pour sauver les espèces les plus menacées et les
écosystèmes qui les abritent.

SEITRE (R.), SEITRE (J.). Causes of land-bird extinctions in french Polynesia

Summary. - Between November 15th 1989 and April 4th 1990, we visited 28 islands of French
Polynesia, in order to investigate the différent factors threatening land birds. The French Navy’s
assistance enabled us to explore 7 islands which had never been ornithologically censued and a few
others that had not been visited for decades.
We found a healthy population of Vini peruviana on Bellinghausen, confirmed the survival of
Gallicolumba rubescens on Fatu Huku and discovered two new populations of Prosobonia
cancellata in the southern Tuamotu. We were able during our trip to observe all endemic land birds
except Pomarea nigra.
We think the most important cause of extinction of land birds is related to introduced animals,
especially rats for which knowledge is very sparse. In certain cases, habitat destruction and
poaching are the main factor of disappearance.
We made a number of suggestions in the field of conservation. Priorities are exposed and urgent
measures should be enforced in order to save the most threatened species and their biotopes.

Bibliographie:
SEITRE, R., & SEITRE, J. 1991. Causes de disparition des oiseaux terrestres de Polynésie
française. SPREP occasionnal paper series, N°.8. South Pacific Commission, Nouméa,
Nouvelle- Calédonie, 92pp. (le présent résumé est extrait de cette publication).
SEITRE, R., & SEITRE, J. 1992. Causes of land-bird extinctions in french Polynesia. Oryx, Vol.
28, N°.4 : 215-222.
RESTORATION OF ISLANDS:
THE MOST PROMISING TECHNIQUE
TO PRESERVE BIRDS IN POLYNESIA

By D. RINKE 1
1
Brehm Fund, South Pacific Expédition, Nuku Alofa, Tonga

RESUME

Restauration d'îles: Le meilleur moyen de protéger les oiseaux en Polynésie

Face aux énormes problèmes des oiseaux et de leurs habitats en Polynésie française, qui sont
soulignés par la mention de tous ses archipels dans les catégories situation critique ou urgente des
zones aviaires endémiques du Conseil International pour la Protection des 0iseaux, une action
immédiate pour préserver la bio-diversité est nécessaire.
Je propose de restaurer des îles inhabitées sélectionnées dans chaque archipel pour permettre le
sauvetage des oiseaux et de leurs habitats comme mesure à court terme. La restauration de telles
îles devrait se concentrer sur l'éradication des prédateurs introduits, comme les chats et toutes les
espèces de rats, aussi bien que sur le retrait des chèvres, des moutons et des porcs, dont l'action sur
les habitats indigènes est très destructive.
Les autres mesures de restauration devraient inclure le contrôle des plantes adventices non
indigènes pour permettre une récupération des habitats sur les îles et des translocations, une fois
que les mammifères auront été éliminés.
En général, la flore et l'avifaune insulaires sont caractérisés par une mobilité et une aptitude à une
récupération rapide après des catastrophes naturelles, et une adaptabilité pour la nourriture et les
habitats. Ils recoloniseraient facilement ces îles, sur lesquelles ils existaient autrefois, une fois les
causes de leur disparition contrôlées.
Des mesures à plus long terme devraient aussi être initiées, incluant l'éducation et la protection des
habitats sur les îles inhabitées. Mais ceci prendra du temps. Et le temps est en train de devenir un
facteur crucial pour bon nombre d'espèces en Polynésie française. Nous ne devrions pas attendre
trop longtemps pour agir.

RINKE (D.). Restoration of islands: The most promising technique to preserve birds in Polynesia.

Summary. - Facing the enormous problem of birds and habitats in French Polynesia, which are
highlighted by the listing of all island groups under the critical or urgent categories of EBAs in a
recent ICBP publication, immediate action to preserve the diversity of species is necessary.
I propose to restore selected uninhabited islands within each of the groups to aid recovery of birds
and habitats as a short-term measure. the restoration of such islands should focus on the eradication
of introduced predators, e.g. cats and all species of rats, as well as on the removal of goats, sheep
and pigs, which are very destructive to native habitats.
Other restoration measures could be the control of invasive non-native plants to allow fast recovery
of habitats on islands, and translocations, once mammals will have been eradicated.
In general, island plants and birds are characterized by high mobility, the ability of fast recovery
after natural catastrophies, and adaptibility regarding to food and habitat. They would easily
repopulate those islands on which they formerly occurred, once the causes for their disappearance
are controlled.
Long-term measures including education and protection of habitats on inhabited islands will have to
be started, too. But this take time. And time is becoming a crucial factor for a number of species in
French Polynesia. We should not wait for too long.

Introduction

When comparing remote islands, which are rarely visited by humans, and
inhabited islands, we easily recognize substantial differences in the vegetation, the
composition of their respective faunas and floras, and the numbers of birds, species as
well as individuals, especially seabirds. These differences are obviously a result of
human activities, because the only difference between such islands is the degree of
human impact.
This human impact has reach a level, that some kinds of wildlife are greatly
reduced in numbers, surviving in the remotest places only, and such places are getting
exceedingly rare. Moreover, there is increasing evidence from archaelogical an
paleontological sites throughout Polynesia, that numerous species of birds have
become extinct since the arrival of humans some 2000 or 3000 years ago. The human
race is responsible for these extinctions, either directly by hunting or indirectly by
habitat destruction. It is now in the responsability of us, to reverse these trends.
Otherwise, Polynesia will face another great loss of biodiversity in the near future.

I will present a relatively simple, but very effective technique to preserve


biodiversity in Polynesia. In order to develop the idea, I will have to introduce a few
general principles of island biology.

Adaptations to island life

Most island birds are generalists with regards to their habitats and food. This is
clearly an adaptation to the small area, to which many of these birds are restricted.
Even the largest island in eastern Polynesia, Tahiti, is a tiny speck in the ocean, when
compared to the islands of Melanesia.
My own studies in Tonga clearly demonstrate, that with the exception of two
species of flycatchers, all indigenous Tongan land birds occur in most habitat types
throughout the islands. But even those two flycatchers, the Fiji Shrikebill
(Clytorhynchus vitiensis) and the Tongan Whistler (Pachycephala jacquinoti) are
found in many types of forest, from coastal bush up to mountain rain forest.
Some species use some type of habitat only temporarily, such as the Pacific
Pigeon (Ducula pacifica), which widdely straggles between islands. Others benefit
from agriculture and horticulture. The Wattled Honeyeater (Foulehaio carunculata)
and the Blue-crowned Lorikeet (Vini australis) are much more common on inhabited
islands than remote forested islands, because food and ornamental plants offer rich
nectar sources all year round, while most native plants have flowering seasons.
Eastern Polynesia and Tonga share many genera of birds, the congeneric species
are very similar, not only in morphology, but also in habits and ecology. For example,
the White-collared Kingfisher (Halcyon chloris) is replaced by the Polynesian
Kingfisher (H. tuta) in the east, the Purple-crowned Fruit-dove (Ptilinopus
porphyraceus) by members of the P. purpuratus species group, and the Blue-crowned
Lorikeet by the Ultramarine, the Tahiti-blue, and the Scarlet-breasted Lorikeets.
Most species, again, are generalistic in habitat selection and food. The exception
in eastern Polynesia are Flycatchers of the genus Pomarea, close relatives of the
western Shrikebills, which are restricted to forests. Only severe degradation of habitat
may threaten generalistic species, for example the nearly total destruction of forests
on Rapa: the Rapa Fruit-dove cannot survive from eating just seeds of grasses.

Another oustanding feature of most island bird species is their mobility. I am


coming back to my experiences with birds in Tonga. My colleagues and I saw 4
species (Ducula pacifica, Ptilinopus porphyraceus, Vini australis, Aplonis tabuensis)
flying between islands, sometimes distances of more than 20 km. The occurrence of
single Purple Swamphen (Porphyrio porphyrio), Banded Rail (Gallirallus
philippensis), White-collared Kingfishers, Wattled Honeyeater, Fiji Shrikebill, and
Friendly Ground-doves (Gallicolumba stairii) on tiny isolated islands (distance to
nearest islands up to 20 km) suggests, that these single birds have reached such
islands by crossing the sea.
The similarity of birds in Tonga and eastern Polynesia, again, suggests that
many species in eastern Polynesia also frequently move between islands, crossing
considerable streches of open water. Evidence is growing: The discovery of
Polynesian Ground-doves (Gallicolumba erythroptera) on motus in the Rangiroa
Atoll, and the reported presence of Tuamotu Kingfishers (Halcyon gambieri) on
islands near Niau may be the result of inter-island movements.
Having this high mobility of many island species in mind, we can hardly talk
about « island populations » in birds of Polynesia. Birds on islands within an
archipelago or island group do not form a discrete, isolated unit, but are highly
interconnected with each other by frequent inter-island movements. Such bird species
have been appropriately named « supertramps » by Jared Diamond.
These two adaptations make island birds highly successful in an instable
environment which is often hit by catastrophies, mainly cyclones, occasionnaly
drought.
Polynesian birds can easily leave devastated islands owing to their great
mobility. As generalists they can live on sub-optimal food in poor-quality habitat for
a while. I saw Pacific Pigeons plucking pieces of soft leaves, and even eating flowers.
After a cyclone hit Niuafo’ou in Northern Tonga, Lorikeets ate unripe mangoes and
nectar from weeds near the ground.
Fast recovery after catastrophies is another feature of island species, but we do
hardly notice this anymore, because predators balance the high reproductivity. In a
predator free environment, island species would regain pre-catastrophy numbers
rather fast. It is almost exclusively human impact which prevents post-catastrophy
recovery at present (for example in pigeons and fruit-bats in Samoa, which are
excessively hunted after hurricanes, when their general condition is weak).

The following scenario from the pre-human era illustrates the adaptations of an
island species to its environment:
A cyclone devastated parts of the central Tuamotu Islands, leaving minor
damage on atolls to the east and west. Most birds on some central islands died, with
fruit-doves completely gone from, for example, Tematangi.
After the cyclone the vegetation recovered within a few years, birds on many
islands regained pre-cyclone numbers within a decade. They produced excess
offsprings, which left their overpopulated islands straggling around in search for less
densely populated places. A few fruit-doves « found » Tematangi, which abounded
with fruit because few or even no other frugivores were present after the cyclone.
Within another few years, or a decade, Tematangi had fruit-doves in abundance, if
not another cyclone struck the central Tuamotu.
So this cycle of island life repeated itself again and again, irregularly and
unpredictably, but successfully mastered by the island creatures. This cycle was
disturbed when humans appeared on the scene.

Evaluation of threats to island species

The debate about the decline and extinction of Polynesian birds has finally
resulted in identifying introduced predators as the major threat to island birds.
Introduced diseases may have caused extinctions in the past, but, at present, are not
considered to be of importance. Hunting is a major threat to a few species only, such
as the Marquesas Pigeon (Ducula galeata).
With regards to the adaptability of island species, habitat destruction can only
play its part, if the destruction is on a large scale. On Eiao, for example, introduced
pigs and sheep have largely destroyed the vegetation, with trees only surviving at a
few very steep slopes. On Tahiti, native plants are increasingly replaced by Miconia,
which may eventually cause the extinction of some indigenous species of plants.

Introduced cats, pigs, and European rats (Rattus rattus and Rattus norvegicus)
are blamed for the decline, but in most cases for the local extinction of ground-
dwelling and ground-nesting birds on all islands, to which these mammals have been
deliberately or accidentally introduced. One will hardly find any nesting petrels,
shearwaters, Red-tailed Tropicbirds, terns of the genus sterna, Masked and Brown
Boobies on islands, where one of these predatory species is present.
With regards to land birds, ground-doves are absent from all islands which have
been invaded by either cats or Ship Rats (Rattus rattus). Even some tree dwelling
birds such as the Pomarea flycatchers and the Vini lorikeets cannot coexist with Ship
Rats. This has been clearly demonstrated during a recent survey conducted by Seitre
& Seitre, by the conservation programme for the Rarotonga Flycatcher (Pomarea
dimidiata), concentrating on the control of Ship Rats near flycatcher nest sites, and by
my own studies in Tonga, where Blue-crowned Lorikeets and Fiji Shrikebills (a
flycatcher related to Pomarea) do not coexist with these rats.
Even the Polynesian Rat (Rattus exulans) which had long been exempted for the
predation on birds in Polynesia (contra to the situation in New Zealand), must now be
considered as a serious threat. Thibault & Varney showed that storm-petrels do only
occur on small islets off Rapa, which are free of all mammalian species, including the
Polynesian Rat. Seitre & Seitre found an exclusive distribution of all rat species and
Tuamotu Sandpipers in the Tuamotu archipelago. On Henderson island, predation of
Polynesian Rats on young petrels (genus Pterodroma) resulted in a reproductive
success of nearly zero for the four species of petrels which breed on Henderson. I
found corpses of Herald Petrel (Pterodroma heraldica) chicks with signs of
Polynesian Rat predation on a remote Tongan island.
These relatively new findings are significant with respect to the potential of the
Polynesian Rat to exploit new food sources. It could, under environmental stress,
discover, that other creatures, whether plant parts or animal, are also palatable.
Rats may also be harmful to island birds with respect to competition for food. As
omnivores, they feed on seeds, fruits and other plant materials, insects, snails and
other invertebrates, reptiles and their eggs, birds and their eggs and young, other
small mammals and carrion. Most of these food items are also part of the diet of
indigenous island birds. Since rats normally occur in great densities, they consume
large quantities of food, and, thus, are strong competitors for many birds in Polynesia.
In some conservation programmes for endangered species on islands,
supplemental feeding resulted in an immediate increase in reproductive success in
species, which had not positively responded to other conservation measures.
Although competition for food between introduced rats and island birds has yet to be
proved, it seems to be of importance.

Island life in pre-human times

Having learned about the degree of human impact, and having in mind, the
numerous species and populations of birds became extinct during the period, when
humans colonised the Pacific islands, we can easily imagine, how an island looked
like in pre-human times.
Every island had at least twice the number of land birds, and each of these were
abundant. Steadman postulated after his studies of bird bones from paleontological
sites throughout Polynesia and Micronesia, that every Polynesian island of
considerable size had representatives of the following genera of birds: a flightless
species each of Gallicolumba and Porzana, a species of Porphyrio or Gallinula
(probably also flightless), Gallicolumba, Ducula (possibly two or three species of
different sizes per island), Ptilinopus, Vini (possibly at least two species per Island),
Cyanoramphus, Halcyon, Aerodramus and Acrocephalus; the high islands also
Aplonis and Pomarea.
During these times nests of seabirds were found in nearly every tree, the ground
was perforated by burrows of shearwaters and petrels. Breeding colonies of terns of
the genus Sterna and Boobies were found in open areas, while Red-tailed Tropicbirds
and some petrels prefered more sheltered places on the ground to lay their eggs.
This situation does not exist any more, although some very remote island may
come close to a pre-human state. All islands of considerable size, however, do have
Polynesian Rats, and a number of species are lost forever. we will never have the
chance to experience the original wealth of life on an island. We do, however, have
the technique to restore the general conditions, which had occured on islands in the
pre-human era. And this is exactly what the most threatened species in Polynesia do
need immediately.
Restoration of islands

The New Zealand Department of Conservation has developed the technique of


island restoration facing the unsurmountable problems of habitat degradation and
species extinctions on the mainlands. Some endemic birds (but also reptiles and
insects)survived on small islands off shore, and the reason for their survival were
easily identified: these islands were not invaded by predators and competitors.
As a consequence, the idea was born to bring further off-shore islands into a
near pristine state, to restore the ecological situation which must have existed prior to
human arrival.
Today, restored off-shore islands are the refuges of many endangered species,
which would not have the chance to survive on the big islands.
This situation resembles that in Polynesia. Some species on the bigger islands
are on the brink of extinction, and their complete disappearance is imminent. There
are few chances to control the factors, which have caused their declines, on these big
islands.
Fortunately, Polynesia is rich in small islands, which could be ideal refuges for
species, which could have no future elsewhere. Could be, because for that purpose,
the ecological situation during pre-human times of such islands would have to be
restored.

Ecological restoration can only mean to approach this situation. Atkinson has
recently given a simple definition by saying, that « to restore in an ecological sense
means no more than to put back that has been there at some earlier time. What that
time is, will depend on the kind of biotic community that is identified as of particular
interest ».
In a stricter sense, I will deal with ecological restoration of indigenous
communities, because the theme during this seminaire is the conservation of
endangered birds. With the objective to preserve the endangered birds of eastern
Polynesia, we have to formulate the process, step by step, how to achieve this aim.
The ecological restoration of an island ecosystem consist of two major fields of
activity: the control of invasive animals and plants, and efforts for the recovery of
indigenous flora and fauna.

1) control of introduced predators and competitors, e.g. rats, cats, pigs, and
sometimes dogs, would be the most important first in the restoration of an island
which will be used to preserve one or more rare bird species. Predation has been
identified as the major threat to birds in Polynesia.
It has been convincingly argued, that eradication of the target spesies should be
the ultimate goal. This seems to be more expensive in a short term, but a permanent
control of a predator will on a long term be more costly. More importantly, short term
activities should be given priority over long-term programmes, if possible, because
enthusiasm will decrease with increasing time involved. This will finally be of
disadvantage for the species concerned.
The eradication of mammals has made greqt progress owing to the efforts of the
New Zealand Department of Conservation. The trends clearly show, that the size of
the islands, of which mammals can be eradicated, increases, that the time involved in
each programmes decreases, and that the rate of success approaches the 100% success
rate.
Rats are eradicated by poisoning, cats by either direct poisoning or by poisoning
their preys (rats). Experiments are under way to eradicate cats and rats in one
operation by poisoning rats.
Two other species do certainly affect native birds in eastern Polynesia. The
myna is a severe competitor for food and nest sites, while the Great Horned Owl,
which has been introduced to Hiva Oa, is a powerful predator. Both species show a
strong tendancy to disperse.
In Tonga, mynas are known to eat eggs and nestlings of various species of birds.
In Fiji, they have been observed competing for hollow trees with th Collared lory
(Phygis solitarius). In every case observed, the lories finalli gave up. Facing these
potential threats, a control of mynas and the owl would be desirable on a long term.

2) Control of mammals which are destructive to the vegetation, such as goats, sheep,
pigs, sometines cattle and horses should be under taken as the next step. Among
many others, two islands in the Marquesas, Mohotani and Eiao, as well as Rapa have
suffered severe destruction of th native vegetation by either goats or sheep. This has
caused the extinction of at least one species of bird on Eiao, the Iphis Flycatcher
(Pomarea iphis), and a massive decline of the Rapa Fruit-dove (Ptilinopus huttoni).
These bigger mammals are usually eradicated by hunting, often using dogs.
Dogs however could escape and cause another problem. Therefore it is strongly
recommended to use only male dogs for hunting.
Sheep, goats and pigs are often intentionally released on uninhabited islands,
which are used as « cheap farms ». It would be important to clarify ownerships with
regards to the animals and the land, before a restoration programme can be started.
On inhabited islands, crucial habitats, which are under threat by browsing
mammals, could be fenced for their protection. This has been proposed for the
remaining patches of forest on Rapa. Fencing however, is not very successful in
keeping pigs out.
3) Control of invasive plants may be necessary in cases, where introduced plants
cover large areas in pure stands, which could prevent the recovery of indigenous
vegetation. Among the most dominant introduced plants in Tonga are the guava
(Psidium gujava), Lantana camara, and the guinea grass (Panicum maximum).
Hardly any native Tongan plant survives in pure stands of these weeds.
In general, weeds need sunny areas. Once the native forest has recovered
forming a close canopy, such weeds would barely survive on the forest floor.

4) The recovery of the indigenous flora may proceed without interference, once
those mammals, which are destructive to native plants, will have been removed.
Some species of plants may have become extinct locally. On many coral islands,
Miro (Thespesia populnea) disappeared because it is one of the most useful timber
trees. As part of the restoration of atolls in the tuamotus, Miro should be reintoduced.
Other rare anfd localized species could be transferred from those islands, where
their preservation causes considerable problems to islands,where such threats are
under control, for example Nuku Hiva Palm Peladoxa henryana from Nuku Hiva to
Mohotani.

5) As stated in the first part of my contribution, the recovery of rare and


endangered birds may also be possible without human interference. The great
mobility of many island birds bear the high probality, that an island without alien
predators and competitors will be recolonized of the respective species from nearby
populations. Such species include the lorikeets, fruit-doves, pigeons, ground-doves,
kingfishers and the sandpiper. Members of the genus Pomarea are possibly less
dispersive, and would therefore not colonize islands easily. Translocation would be
necessary, if the decision has been made to restore an island for a Pomarea
flycatcher.
Some islands, which seem very suitable for ecological restoration owing to their
remoteness, may be too far away from islands, where populations of endangered
species still occur. In such case, translocation programmes will have to be conducted
too.

6) Preventive measures should be taken to reduce the risk of re-introduction of alien


fauna and flora onto islands which have been restored.
Visits to restored islands should be controlled, larger boatst should anchor
distant from the shores, so that the rats could not reach the islands. This is especially
important in case that the respective island is used as a tourist destination.
7) Monitoring should be an essential part of every restoration programme, both
during the active phase, and afterwards. This is extremely important in too ways.
Firstly, the programme could have missed an undetected, though important factor,
which hinders the retoration process. Monitoring could help to find the problem, and
measures could be initiated to solve it. Secondly, every following restoration project
will benefit from the experiences, which have been gained from former ventures.

The situation of many forest birds in eastern Polynesia is critical. In order to


preserve as much diversity as possible over the vast range concerned, one (or more)
island(s) per archipelago should be selected for restorationb ecause each of the island
group (Marquesas, Society, Tuamotu and Tubuai Islands) have their indigenous, or
even endemic, species.
I would like to present two case of urgency, in order to demonstrate procedure
and effectiveness of ecological restoration as a conservation technique.

Two cases: ecological restoration in eastern Polynesia

The Tahiti flycatcher (Pomarea nigra) is now exceedingly rare. It survives in


very few valleys on Tahiti, where its only chance of survival would be an extensive
rat control programme around nesting sites. Such a programme would have to be
conducted infinitely, because rat would fast recover, if poisoning and trapping would
be reduced.
The only chance to recover a viable population lies in the transfert of flycatchers
to an island which is free of predators. All species of Pomarea, however, occur only
on high islands. This reduces the number of potential sites greatly, even more so, as
Ship Rat are on most high islands in the Society group, and the eradication on the
larger, inhabited islands would not be feasible.
The only potential site would be the small high island of Mehetia. It is reported
that cats or dogs are present, and also goats, which destroyed the vegetation on a
large extent. However Seitre & Seitre reported that from the sea, the island looks
quite well forested.
I do strongly recommend to start a survey of introduced mammals on Mehetia.
AT the same time, an inventory of birds should be undertaken, because the bird life
of Mehetia is very little known.
If Ship Rats are not present, indeed, the last surviving Tahiti Flycatchers should
be trapped and released on Mehetia, using helicopters for fast transport, if possible.
At hte same time, Polynesian Rats, cats and dogs if present, should be eradicated
by poisoning from a helicopter, and goats should also be removed. The vegetation if
heavily degraded, would recover fast, once goats have diseappeared from the island,
if good tracts of forest still remain.
The restauration of Mehetia could be completed by the transfer of other
endangered east Polynesian wildlife to the island, such as the Moorea Kingfisher
(Halcyon venerata youngi), the Society Islands Pigeon (Ducula aurorae) from
Makatea, and the Polynesian Ground-dove from the Tuamotus. Mehetia also has the
potential of becoming an outstanding seabird colony, with regards to both abundance
and diversity.
The survey and eradication of mammals from Mehetia could be done within a
few months, or even weeks only. I would recommend to ask the New Zealand
Department of Conservation for assistance. A helicopter may be provided by the
army or navy.
The most difficult part, however, would be the capture of the last surviving
flycatchers, if there are any left.

On a long term, a small island such as Mehetia may not be safe enough to
guarantee the survival of the endangered birds of the Society Islands in general, of the
Tahiti Flycatcher in particular. Techniques to restore larger islands are becoming
available, and it should be seriously considered.

The second case could become a model for the conservation of birds on small
coral islands in general. The restoration of an uninhabited atoll in the Tuamotu would
be a low-cost, low-effort venture. Introduced mammals could be eradicated step by
step, motu by motu. Most motus are very small, so that a single poisoning would be
successful.
Atolls have only very low numbers of plant species. All of these plants are
widespread and good dispersers. Pisonia grandis, for example, is dispersed by
seabirds, which carry the sticky Pisonia seeds in their feathers. Seabirds would fast
colonize islands which are free of predators, and would introduce Pisonia, one of the
favouring nesting sites of Red-footed Boobies and Black Noddies.
I choose Rangiroa as an example. The southern chain of motus (motus around
motu Tehare in the west to around Motu Otepipi in the east) could be restored to a
typical Tuamotu in pre-human times. First of all, introduced mammals need to be
eradicated. This chain of motus is distant enough from other motus, that rats would
not recolonize it without human aid.
If invasives plants are present, these should be greatly reduced in order to allow
recovery of the native atoll vegetation. The coconut palm should be considered native
(whether indigenous or not is still debated), and remain. Miro should be restablished.
I have earlier discussed the ability of island birds to move between island easily.
After the removal of introduced predators and low level management of the
vegetation, the island would restore itself to a great extent. Seabirds would repopulate
these motus, the Blue Lorikeet ant the Polynesian Ground-dove would soon become
abundant, and if the Tuamotu Sandpipers have survived on other atolls in the vicinity,
they would return to Rangiroa.
Other species, which have not survived near Rangiroa, could be established by
translocation. The Tuamotu Kingfisher could be « imported » from Niau, and even
young petrels (Pterodroma) or Christmas shearwaters (Puffinus nativitatis) could be
transferred from some remote atolls. Thes would, for breeding, return to Rangiroa.
Once restored, the southern chain of motus of Rangiroa could be of special value
for nature tourism, which, of course, would need to be controlled. It would, however,
provide incentives to the Rangiroan community to preserve wildlife on their island.

There are numerous other atolls and small islands in eastern Polynesia, which
have a potential for restoration in order to preserve bird life in these islands, which
have been rich throughout, but barely survives now on a few remote places.

Outlook

The approach presented above seems rather technical, not involving such
important conservation aspects such as environmental education and the involvement
of local communities.
What I wanted to demonstrate, isthat time is an important factor. If we would
start an educational programme, we would not deal with the actual problem, which in
many cases is the Ship Rat. Local people, who become aware that Ship Rats are
responsible for the decline of their island’s birds, would not be able to tackle this
issue. It is a technical problem, to be solved by experts.
Furthermore, it has been shown in many countries with a strong conservation of
nature movement, that the human attitude towards wildlife changes only slowly.
Local people may, perhaps, in the future, become aware of the problems, but once
they will do so, the subjects of their new awareness, Te Pihiti, the Rupe, or the
’Omama’o, may be gone, forever.

Ideally, while restoring islands to preserve Polynesia’s birds, an educational


programme should be started at the same time. We will then, at some time in the
future, be able, to return some of the species into our surroundings, which hopefully,
by then, will have recovered in their refuges: the islands we restored for them.
This does, however, not only benefit wildlife. The welfare of our natural
environment increases our own quality of life.

References:

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VEITCH et al. 1992. Proceedings of the national predator management workshop. Threatened
Species Occ. Publ. N°. 3, Dept. of Conserv., Wellington, New Zealand.
LE 'URA OU LORI DE RIMATARA (VINI KUHLII):
SA REPARTITION PASSEE, SON STATUT ACTUEL, ET LES PRIORITES
POUR SA PROTECTION.

Par G. McCORMACK, J. KÜNZLE 1


1
Cook Islands Natural Heritage Project, Prime Minister's Departement, P.O. Box 781 Rarotonga,
Cook Islands.

RESUME

Des ossements sub-fossiles et d'autres preuves en provenance des Iles Cook du sud montrent
que le lori de Rimatara (Vini kuhlii), aussi connu sous le nom de kura, était largement répandu dans
ce groupe à l'époque préhistorique et, nous le pensons, il disparut à cause de son exploitation pour
ses plumes rouges. Dans son aire de répartition antérieure on ne le retrouve plus qu'à Rimatara aux
îles Australes, où il était traditionnellement protégé par la Reine et où il est appelé 'Ura.
A Rimatara du 5 au 11 août 1992 nous avons vu/entendu 263 'Ura et estimé la population totale à
environ 905 oiseaux. La ceinture cultivée de l'île, qui représente environ 32% de sa surface, était
l'habitat favori avec 2,2 oiseaux par hectare et abritait 61% de la population totale. L'espèce est
faiblement répandue dans la cocoteraie côtière et les collines centrales et rare dans les zones de
makatea/feo.
Un piégeage préliminaire a permis de capturer Rattus norvegicus et Rattus exulans, mais pas Rattus
rattus. C'est cette dernière espèce qui a souvent été associée au déclin des oiseaux terrestres sur les
îles océaniques et dont on pense qu'elle est responsable de la diminution des effectifs des autres
espèces de loris de Polynésie française.
Nous en concluons que la priorité en matière de conservation est de confirmer l'absence de Rattus
rattus à Rimatara et de mettre en place un programme de quarantaine sévère pour éviter son
introduction accidentelle. Il est aussi suggéré qu'il serait profitable de réintroduire l'espèce sur des
îles appartenant à son ancienne aire de répartition, particulièrement les îles Cook méridionales, pour
établir une population supplémentaire et permettre des recherches sur l'impact de Rattus rattus tant
que ce lori est abondant sur Rimatara.

McCORMACK (G.), KÜNZLE (J.). The 'Ura or Rimatara lorikeet (vini kuhlii): its former range, its
present status and conservation priorities.

Summary. - Fossils and other evidence from the Southern Cook Islands show that the Rimatara
lorikeet (Vini Kuhlii), Known as the Kura, was widespread in the group during prehistoric times,
and we conclude, it was extirpated through exploitation for its red feathers. Within its former
natural range it survives only on Rimatara in the Austral islands, where it was traditionnally
protected by the Queen, and Known as the 'Ura.
On Rimatara during 5-11 August 1992 we saw/heard 263 'Ura and estimated the total population at
about 905 birds. The mixed horticultural belt, about 32% of the island, was the most favoured
habitat at 2.2 birds-per-hectare and it supported about 61% of the total population. The species was
uncommon in the coastal coconut plantations and central hills, and rare in the makatea/feo.
A preliminary trapping located Rattus norvegicus and Rattus exulans, but not Rattus rattus. It is this
species which has been often associated with the decline of forest birds on oceanic islands and is
thought to be causing the decline in the other lorikeets of French Polynesia.
We conclude that the highest conservation priority should be given to confirming the absence of
Rattus rattus on Rimatara, and the implementation of a major quarantine programme to ensure that
it is not accidently introduced. It is also suggested that there would be benefit in reintroducing the
species to islands within its former natural range, namely the Southern Cook Islands, to establish a
reserve population and enable research on the effect on the effect of Rattus rattus, while the lorikeet
is still abundant on Rimatara.

Introduction

Les loris de Polynésie française sont menacés dans leur milieu naturel. Le lori
nonnette (Vini peruviana) ne se rencontre plus que sur cinq îles contre plus d’une
douzaine il y a cinquante ans; le lori des Marquises (Vini ultramarina) ne se rencontre
plus que sur une île contre trois il y a vingt ans (Unitt et Varney 1991); et le lori de
Rimatara (Vini kuhlii) ne se rencontre plus que sur l’île de Rimatara où il est
considéré comme assez commun (Seitre et Seitre 1991), bien que l’on ait pas de
données quantitatives sur son statut.

On pense de plus en plus que la modification principale de l’environnement qui


a conduit au récent déclin des loris en Polynésie française est l’introduction
accidentelle des rats noirs (Rattus rattus) (Seitre et Seitre 1991, Unitt et Varney
1991). Cette espèce qui est la plus arboricole des trois espèces de rats en Polynésie
française a été très largement associée au déclin des oiseaux terrestres dans les îles
océaniques (Atkinson 1985).

Le but de cette étude est de retracer l’extension passée de l’aire de répartition de


Vini kuhlii, de confirmer son statut actuel et de proposer des mesures pour assurer sa
survie et entre autre la possibilité de réintroductions fructueuses vers des îles
appartenant à son aire de répartition passée - entre autre les îles Cook du sud.

Aire de répartition passée et actuelle

Autrefois, dans les îles Cook du sud, les petites plumes rouges du Kura étaient
très prisées pour la parure des gens, les représentations des dieux, les capes et les
coiffes cérémonielles sophistiquées principalement sur Aitutaki, ‘Atiu et Ma‘uke
(Hiroa 1994: 91, 96, 106, 336, 347, 349, 360, 397). Voir figure 1.
Bien que Hiroa (1994: 90, 102) ait signalé qu’une tradition préhistorique récente
rapporte que la population de Aitutaki se rendait sur l’atoll de Manuae pour récolter
les plumes du Kura, il n’existe pas de preuve que le Kura ait été trouvé aux îles Cook
depuis l’arrivée des missionnaires vers 1820. Nous en concluons que le kura était
éteint aux îles Cook en raison de l’exploitation qui en a été faite pour ses plumes
avant l’arrivée des missionnaires plutôt qu’en raison du remplacement de la
végétation indigène par des plantes étrangères ou l’introduction des fusils, des chats
et des rats après l’arrivée des missionnaires.

Des études récentes sur des fossiles et des fouilles archéologiques ont montré
que Vini kuhlii, un lori à la poitrine couverte de plumes écarlates, vivait à Mangaia,
‘Atiu et Aitutaki (Steadman 1985, Steadman 1991). on peut en conclure que l’ancien
Kura des îles Cook était Vini kuhlii (Steadman 1991). Voir Figure 2.

Savage (1962) a résumé sommairement les traditions sur la répartition du Kura,


mais à part l’affirmation selon laquelle il vivait à Rarotonga, il n’y a que peu de chose
à en retenir car il a confondu le Kura avec le Kuramo’o d’Aitutaki. Ce dernier est le
Vini peruviana décrit à Aitutaki en 1899 comme « un animal familier commun des
indigènes » (Townsend et Wetmore 1919) et il est probable qu’il y fut introduit
auparavant à partir des îles de la Société ou des îles Tuamotu du nord. On n’a pas
retrouvé de restes de Vini peruviana, ni fossilisés, ni dans les fouilles ou dans les
objet artisanaux des îles Cook et l’existence de Vini kuhlii dans les fouilles d’Aitutaki
indique que celui ci était le lori indigène de l’île. Les deux espèces n’auraient pas
coexisté sur cette petite île, car elle se seraient trouvées en compétition directe pour la
nourriture et les sites de nidification et on peut en conclure que Vini peruviana a été
introduit après la disparition de Vini kuhlii.

Dans son aire de répartition naturelle Vini kuhlii ne survit plus que sur l’île de
Rimatara en Polynésie française où il était traditionnellement protégé par la reine
(Arii Vahine)(Seitre et Seitre 1991) et où il est connu sou le nom de ‘Ura. Pour
rendre hommage à l’esprit de préservation de la population de Rimatara nous
préférons le nommer lori de Rimatara plutôt que lori de Kuhl.

Hors de sa zone de répartition originelle le lori de Rimatara vit sur Teraina


(Washington) et Tabueran (Fanning) dans les îles de la ligne où il a été introduit
avant 1798 comme animal familier par des travailleurs itinérants tahitiens (Forshaw
1978). Le gouvernement de Kiribati envisage de réinstaller des populations sur ces
îles et un programme de protection est mis au point pour protéger le lori (Craig
Wilson comm. pers.).
Aspects de la géographie de Rimatara

Rimatara est une île à récif soulevé d’environ 3 kilomètres de diamètre et


d’environ 800 hectares de superficie. L’ancien récif surélevé appelé makatea ou feo,
forme un rempart côtier de 16 mètres d’altitude et de 0,5 km de large dans la moitié
nord-ouest de l’île, avec un fossé déchiqueté autour du village de Anapoto. Ce terrain
accidenté est entièrement couvert par la forêt et la brousse indigène. Dans la moitié
sud-est de l’île la makatea est presque entièrement remplacée par une plaine côtière
de sable corallien et de rocaille, en moyenne à 2 mètre d’altitude occupée par la
cocoteraie. A l’intérieur de la makatea et de la plaine côtière on trouve un anneau
discontinu de marais, utilisé régulièrement pour la culture du Taro (Colocasia
esculenta).

Le centre de l’île est une colline volcanique fortement érodée, découpée


radialement, qui atteint 84 mètres d’altitude. Les parties les plus élevées, au dessus de
30 mètres d’altitude, sont couvertes de fougères (principalement Dicranopteris
linearis), de prairies (particulièrement Melinis minutiflora) et d’espèces forestières
introduites (principalement Paraserianthes falcataria). La partie basse des pentes
volcaniques forme la ceinture agricole et est occupée intégralement par les cultures
vivrières et plantée de cocotiers. Cette ceinture fertile couvre environ 250 hectares
soit 32% de l’île.

Répartition et abondance

Entre le 5 et le 11 août 1992, au cours d’une enquête pédestre sur toutes les
routes et des pistes principales de Rimatara, nous avons vu/entendu 263 oiseaux (à
l’exception des doubles comptages). Au cours de enquête nous avons marché
lentement le long de chaque piste et essayé de localiser tous les oiseaux situé jusqu’à
50 mètres de la piste, ce qui était réaliste en zone ouverte, mais plutôt optimiste dans
les zones de végétation dense. Quand les oiseaux étaient vu à proximité de la piste les
observateurs ont souvent passé plusieurs minutes pour déterminé la taille de la troupe,
en se déplaçant parfois de quelques mètres au delà de la piste.

La situation de chaque oiseau a été reportée sur des copies de la carte au 1:10
ème
000 (Service de l’Urbanisme 1988), et quand les principales zone de végétation ont
été identifiées, ces enregistrements ont été regroupé par type d’habitat. Voir Figures 3
et 4.
Les loris étaient communs dans les terrains mixtes de culture et de forêt (2,2 oiseaux
par hectare); moyennement communs dans les villages (1,4), peu communs dans les
collines centrales (0,9) et dans la cocoteraie côtière (0,8); rares dans la zone
makatea/feo (0,6); et absents des marécages. Voir tableau 1.

En estimant la superficie des différents habitats nous avons calculé le nombre


d’oiseaux dans chacun et la population totale. La zone d’horticulture mixte préférée,
qui couvre 32% de l’île abrite environ 61% (550 oiseaux) du total estimé de 905
oiseaux sur l’île.

Des échantillonnages répétés le long de deux transects dans la ceinture horticole


nous a donné une mesure de la répétabilité des comptages. Le long de A1 les
comptages ont été 26, 20 et 20 (à 14h15, 15h25 et 9h25 respectivement) - les chiffres
les plus bas représentant 77% du maximum; et le long de C1 les comptages ont été de
56 et 46 (à 9h50 et 11h05) - le chiffre le plus bas représentant 77% du plus élevé. En
moyenne, et parce que la majorité des transects n’a été échantillonnée qu’une seule
fois les comptages utilisés pour estimer la population ont été plutôt conservateurs.

La méthode est aussi biaisée vers Tableau 2: Taille des groupes


le bas par le comptage comme un Groupe Fréquence
individu unique d’oiseau seulement 1 39
entendu. Les observations ont montré 2 48
que les loris vont typiquement par 3 20
groupe de deux ou trois, la majorité des 4 7
observations d’un individu isolé relève 5 2
de contraintes de temps dans la 6 0
recherche. Voir Tableau 2. 7 0
8 2
9 0
10 1

Le facteur inconnu dans l’estimation de la population est la cartographie des


habitats. Il faudrait faire des mesures supplémentaires pour se rendre compte si les
estimations des habitats sont hautes ou basses.

Plantes alimentaires

Le ‘Ura a été observé en train de se nourrir sur douze espèces de plantes à fleurs,
listées dans le Tableau 3. De plus les habitants nous ont signalé qu’il se nourrit
souvent des fleurs du caféier (Coffea arabica) qui n’était pas en période de floraison
pendant notre visite, et Seitre et Seitre rapportent avoir vu des oiseaux se nourrir sur
des fleurs de Purau (Hibiscus tilaceus) et des bordures de feuilles de Hotu
(Barringtonia asiatica). Dans la plupart des cas le ‘Ura se nourrit du nectar des
fleurs, bien qu’il lèche aussi les tiges des feuilles de certaines espèces (spécia-lement
le Kapokier et le Falcata), et dans le cas des arbres de fer, il apparaît qu’il extrait les
graines du fruit.

Tableau 3: Plantes alimentaires préférées.


Fréquence Espèce de plante à fleur.
33 Inga (Inga Ynga)
18 Bois de Fer (Casuarina equisetifolia)
18 Falcata (Paraserianthes (Albizia) falcataria)
9 Bananier (Musa spp.)
8 Manguier (Mangifera indica)
7 Kapokier (Ceiba pentandra)
6 Cocotier (Cocos nucifera)
3 Hibiscus de Chine (Hibiscus rosa-sinensis)
4 Erythrine fleur de corail (Erythrina
variegata)
3 Pitipitio popa'a (Adenanthera pavonina)
3 Jambosier (Syzygium jambos)
2 Bois Noir (Albizia lebbeck)

Il est intéressant de noter qu’en dehors du cocotier, de l’arbre de fer et du Purau,


toute les plantes alimentaires sont d’introduction récente.

Sites de nidification

Les habitants croient généralement que le ‘Ura niche dans des trous dans les
Hotu (Barringtonia asiatica), Patea (Pisonia grandis) et Falcata (Paraserianthes
falcataria), cependant nous n’avons trouvé personne qui ait réellement vu un nid.
Pendant notre visite nous avons vu un couple d’oiseaux en train de creuser
l’extrémité d’une branche pourrie de Purau, cependant cette activité fut abandonnée
un peu plus tard.

Par contre, Brunner (1972) rapporte que cette espèce ne niche que dans le
cocotiers, et indique que la saison de reproduction s’étend de janvier à mars.

Enquête préliminaire sur les rats

Cette enquête est plus que préliminaire car nous n’avions que trois pièges. Les
rats sont communs dans la décharge principale située à l’ouest de Amaru où nous
avons piégé quatre rats surmulots (Rattus norvegicus), et nous en avons vu un autre à
Mutu’a’ura.
Sur deux pièges-nuits deux rats polynésiens (Rattus exulans) ont été capturés
dans une maison de Mutu’a’ura, et sur quinze pièges-nuits deux ont été pris dans les
plantations agricoles près du village. Aucun rat noir (Rattus rattus) n’a été piégé
pendant notre enquête.

Les habitants considèrent les dégâts causés par les rats comme si rare qu’ils ne
baguent pas les troncs de cocotier comme cela se pratique sur de nombreuses îles du
Pacifique. Ceci est une indication supplémentaire de l’absence du rat noir, étant
donné que c’est l’espèce la plus fréquemment rencontrée dans la couronne de palmes
des cocotiers (Rod Hitchmough comm. pers.). Nous avons souvent trouvé au sol des
fruit de la passion (Passiflora maliformis) et de Mape (Inocarpus fagifer) qui avaient
été rongés par les rats, vraisemblablement de l’espèce Rattus exulans.

Nous sommes donc tentés de conclure que le rat noir (R. rattus) était absent de
Rimatara en 1992, et qu’il s’agit de la raison principale pour laquelle le lori est encore
abondant.

Stratégie pour la préservation

Le lori est vulnérable parce qu’il ne survit que sur une seule île dans son
ancienne aire de répartition naturelle et qu’une modification dans son environnement
pourrait conduire à sa disparition de Rimatara. Le changement le plus destructeur
serait l’introduction accidentelle du rat noir, ou s’il est déjà présent en petit nombre
une modification qui entraînerait son accroissement numérique.

A Rimatara la première priorité en matière de préservation du lori est de


confirmer l’absence du rat noir et de lancer une campagne de quarantaine pour en
prévenir l’introduction. S’il est présent en petit nombre il faut prendre des mesures
pour en assurer l’éradication.

La deuxième priorité serait de suivre la population de loris tous les deux ou trois
ans, en comparant les comptages maximaux le long des trois transects A1, C1 et G1
dans la ceinture agricole. Pendant ces enquêtes il est recommandé que les
observateurs notent la distance estimée de tous les oiseaux par rapport à la piste pour
permettre une plus grande souplesse dans l’analyse des résultats. Quand les oiseaux
sont entendus près de la route les observateurs devraient se déplacer de quelques
mètres dans la végétation pour en noter le nombre, mais ceux entendus plus loin
devraient être pointés comme « H » (un seul entendu).

La troisième priorité serait de rétablir une partie de l’ancienne aire de répartition


du lori en le réintroduisant dans une des îles des Cook du sud.
Sur la base de la disparition du Kura des Iles Cook en raison de la récolte de ses
plumes aux temps préhistoriques, plutôt qu’à cause de modification de son
environnement, comme l’introduction du rat noir, nous avons comparé les milieux
naturels actuels pour confirmer la possibilité d’une réintroduction fructueuse. La
comparaison des flores indigènes et introduites de Rimatara avec celles des îles à
makatea de Mangaia, ‘Atiu et Ma‘uke, montre une grande similarité et nous en
concluons que ce dernières fourniraient une nourriture adéquate et des sites de
nidification pour une réintroduction fructueuse.

Alors qu’on ne le trouve pas à Rimatara, les îles à makatea des Iles Cook
abritent le merle des Moluques (Acridotheres tristis), dont on sait qu’il dérange les
oiseaux terrestres nicheurs. Cependant, le lori nonnette est commun sur Aitutaki
(Wilson 1993, McCormack & Künzle 1992) malgré l’abondance des merles des
Moluques qui y ont été introduits en 1916 (McCormack 1993). En conséquence le
merle ne devrait pas représenter un problème sérieux pour le lori, qui est un nicheur
très discret.

Des essais de piégeage sur Mangaia en novembre 1992 ont permis de prendre 14
rats noirs et 7 rats polynésiens dans trois types de forêts sur 424 pièges-nuits (Rowe
1993). Si le rat noir de l’une ou l’autre des deux îles à makatea celle ci serait choisie.
Malgré tout, dans l’éventualité où le rat noir est présent sur les trois îles à makatea,
une réintroduction associée avec un contrôle des populations de rats pourrait être
engagée pour étudier l’interaction du rat et du lori afin de développer des méthodes
pour en réduire les effets néfastes. Il serait particulièrement intéressant d’entreprendre
cette recherche tant que Rimatara n’abrite pas de rat noir et que le lori y est abondant.

Les oiseaux terrestres des Iles Cook, y compris le merle des Moluques, ne sont
pas porteurs de protozoaires parasites (Steadman et al 1990), comme par exemple
Plasmoduim relictum, agent de la Malaria aviaire qui a causé la disparition de
plusieurs espèces d’oiseaux terrestres aux Iles Hawaii durant ce siècle (van Riper III
et al 1986). Son principal vecteur, le moustique Culex quinquefasciatus, est présent
aux Iles Cook (McCormack 1991) et l’introduction accidentelle du parasite pourrait
être désastreuse pour les oiseaux indigènes, qui manquent vraisemblablement de toute
immunité acquise. Quoique Rimatara où aucun oiseau terrestre, hormis les volailles
(Gallus gallus), n’a été introduit soit probablement indemne de Malaria aviaire, les
loris obtenus pour une ré-introduction aux Iles Cook devraient subir une quarantaine
adéquate.

Bibliographie

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Remerciements

Nous remercions Tom et Ellen Winser (qui ont parrainé l’expédition sur leur yacht Ardevora); le
Premier Ministre des Iles Cook, Sir Geoffrey Henry KBE, et son Cabinet; le Haut-Commissaire de
la République en Polynésie Française; Tere Bishop; Mme Diane McKegg; Albert Varney; Philippe
Raust; Jacques Florence et Bill Sykes. Et aussi les habitants de Rimatara, plus particulièrement
Siméon Tehio qui nous a grandement aidé dans notre travail sur le terrain, et Hirama Hatito qui a
clarifié l’attitude de la communauté vis à vis du ‘Ura.
LORY BREEDING PROGRAM
AT THE ZOOLOGICAL SOCIETY OF SAN DIEGO

By A. LIEBERMAN, C. KUEHLER 1

1
Zoological Society of San Diego, California, U.S.A.

RESUME

Le programme d'élevage des loris de la Société Zoologique de San Diego

La société zoologique de San Diego maintient et présente une des collections les plus variée
d'oiseaux au monde. Une grande partie de cette collection est réservée aux psittacidés - ou
perroquets. Les loris, ou perroquets nectarivores, ont toujours été bien représentés dans cette
collection. D'après un historique récent, 62 espèces de loridés ont été gardées en captivité au zoo de
San Diégo, avec des reproductions dans 41 espèces (cf P.J.). Des reproductions de plus en plus
conséquentes, fiables et réussies ont été obtenues par des techniques de multiplication en captivité
telles des rations alimentaires améliorées, des dessins de volières novateurs, la gestion de la
génétique, l'incubation artificielle, l'élevage manuel et la manipulation des couvées.

LIEBERMAN (A.), KUEHLER (C.). Lory breeding program at the Zoological Society of San
Diego.

Summary. - The Zoological Society of San Diego has maintened and exhibited one of the most
diverse bird collections in the world. A large part of its collection has been dedicated to the
psittacines - or parrots. The lories, or nectar feeding parrots, have always been well represented in
the parrot collection. within recent documented history, 62 species of loriidae have been kept at the
San Diego Zoo, with reproduction in 41 species (see attached). More consistent, reliable, and
successful reproduction has been achieved through such captice propagation techniques as
improved diets, creative aviary design, genetic management, foster parenting, hand-rearing and
clutch manipulation.
LORY HISTORY AT THE ZOOLOGICAL SOCIETY OF SAN DIEGO

Species Scientific name Bred

Black lory Chalcopsitta a. atra yes


Cardinal lory Chalcopsitta cardinalis yes
Bernstein’s black lory Chalcopsitta atra bernsteini yes
W. duyvenbode’s lory Chalcopsitta d. duivenbodei yes
Yellow-streaked lory Chalcopsitta s. sintillata yes
Northwestern Josephine’s lory Charmosyna j. josephina no
E. Josephine’s lory Charmosyna j. sepikiana no
Duchess lorikeet Charmosyna margarethae no
Stella’s lorikeet Charmosyna papou goliathina yes
Papuan lory Charmosyna p. papou no
Red-flanked lory Charmosyna p. placentis yes
W. fairy lorikeet Charmosyna p. pulchella no
Rothschild’s fairy lorikeet Charmosyna pulchella rothschildi yes
Amboina red lory Eos b. bornea yes
Buru red lory Eos bornea cyanothus yes
Ceram red lory Eos bornea rothschildi yes
Black-winged lory Eos cyanogenia yes
Blue streaked lory Eos reticulata yes
Red and blue lory Eos h. histrio no
Moluccan violet-necked lory Eos squamata riciniata yes
Papuan violet-necked lory Eos s. squamata yes
Insular violet-necked lory Eos squamata insularis no
Moluccan violet-necked lory Eos squamata guenbyensis yes
Musk lorikeet Glossopsitta concinna yes
Little lorikeet Glossopsitta pusilla no
Yellow-bibbed lory Lorius chlorocercus no
Purple-naped lory Lorius domicellus yes
Yellow-bached chattering lory Lorius gallurus flavopalliatus yes
Chattering lory Lorius g. gallurus no
Blue-tighed lory Lorius lory erythrothorax yes
Battanta black-caped lory Lorius l. lory yes
Waigu black-caped lory Lorius lory major no
Salvadori’s black-caped lory Lorius lory salvadori yes
Rubie black-caped lory Lorius lory rubiensis no

(continued...)
Species Scientific name Bred

N. Musschenbroek’s lorikeet Neopsittacus m. musschenbroekii yes


S.E. Musschenbroek’s lorikeet Neopsittacus musschenbroekii major no
Solitary lory Phigys solitarius yes
Salawati dusky lory Pseudeos f. fuscata yes
New Guinea dusky lory Pseudeos fuscata incondita no
Scaly-breasted lorikeet Trichoglossus chlorolepidotus yes
Perfect lorikeet Trichoglossus euteles yes
Meyer’s yellow and green lorikeet Trichoglossus flavoviridis meyeri yes
Goldie’s lorikeet Trichoglossus goldiei yes
Solomon Islands coconut lorikeet Trichoglossus haematodus aberrans no
Edward’s lorikeet Trichoglossus haematodus capistratus yes
Forsten’s lorikeet Trichoglossus haematodus forsteni yes
Coconut lorikeet Trichoglossus h. haematodus yes
Blue-faced lorikeet Trichoglossus haematodus intermedius no
Massena’s lorikeet Trichoglossus haematodus massena no
Mitchell’s lorikeet Trichoglossus haematodus mitchelli yes
Swainson’s lorikeet Trichoglossus haematodus moluccanus yes
Black-throated lorikeet Trichoglossus haematodus nigrogularis yes
Rosenberg’s lorikeet Trichoglossus haematodus rosenbergi no
Red-collared lorikeet Trichoglossus haematodus rubritorquis yes
weber’s lorikeet Trichoglossus haematodus weberi no
W. iris lorikeet Trichoglossus i. iris yes
Mt Apo lorikeet Trichoglossus j. johnstoniae yes
Ornate lorikeet Trichoglossus ornatus yes
Varied lorikeet Trichoglossus versicolor no
Blue-crowned lory Vini australis yes
Kuhl’s lory Vini kuhlii no
tahitian blue lory Vini peruviana yes
PROTECTION DE L’AVIFAUNE TERRESTRE
EN POLYNESIE FRANCAISE

Par G. CHABOT 1
1
B.P.5035 Pirae, Tahiti.

RESUME

L’auteur qui n’est pas un scientifique, mais qui a observé les oiseaux dans les archipels de
Polynésie française, propose à partir de son expérience du terrain un certain nombre de mesures
pour la protection des oiseaux. Dans un premier temps il est primordial de motiver les populations
concernées qui sont encore peu sensibles à ces thème de conservation et dont certaines attitudes
sont hautement préjudiciables à la survie des espèces menacées. Il propose que certaines espèces
fassent l’objet d’implantations sur d’autres sites sur le modèle de ce qui a été réalisé pour le Pihiti et
la création d’un parc ornithologique pour la reproduction et la réintroduction dans le milieu naturel.
Il déplore également les introductions d’animaux indésirables comme les rats, chats, chiens,
moutons ou d’autres oiseaux tels le merle ou le bulbul. Enfin il dénonce les trafics d’oiseaux et
appelle à une plus grande vigilance pour le respect des textes réglementaires existants.

CHABOT (G.). Conservation of Land-birds in French Polynesia.

Summary. - The author who is not a scientist, but has observed indigenous birds in many of the
islands of French Polynesia, discuss from his own experience a number of actions to be overtaken
for the conservation of land-birds. Fisrtly it is necessary to motivate the residents of the remote
islands to the topics related to bird conservation, because their behavior is sometime prejudiciable
to the survival of some endangered species. An other proposal is to implement bird-translocations
on suitable sites, as it has been done for the Pihiti, and also to build a zoological garden where birds
could be bred for further release in the wild. He also points the negative impact of introduced
animals such as rats, cats, dogs, sheep and birds as the Mynah and the Bulbul. Lastly he deplores
the trafic of birds and the lack of implementation of the existing regulations.

Après des mois passés en observations à partir de 1987, aux Marquises, dans
les Tuamotu, les Australes, Monsieur Chabot, homme de terrain plus que scientifique,
a occupé les beaux jours d'une modeste retraite, à évaluer les précautions
indispensables à la survie de l'avifaune terrestre.

La protection semble avoir enfin retenu l'attention du Territoire. Des mesures


préconisées au fil des ans ont été entreprises mais, hélas, encore modestes. Leur
lenteur dans l'application, malgré un coût des plus dérisoires, pourrait être jugulée par
une volonté d'agir plus engagée.

Qu'on en juge! Les initiatives suivantes, élémentaires si elles étaient


appliquées, seraient un grand pas dans la continuité des espèces.
Motivation des populations concernées

Certaines espèces de Loris ne subsistent que sur une île telles que Ua Huka
(Marquises), ou Rimatara (Autrales), ou Colombidés à Nuku Hiva (Marquises).

Là, avant les hommes et là, seulement au monde, elles sont une richesse
incommensurable, car l'emblème pour les représentants d'une population locale, au
même titre que le Kiwi en Nouvelle-Zélande ou la feuille d'érable au Canada. Les
habitants en sont conscients et motivés, vite jaloux de détenir un tel trésor historique.
Ainsi, peuvent-ils le faire admirer aux touristes, d'où source de revenus indirects et
motifs à participer à sa protection.

Les loris nichent volontiers dans la cime des cocotiers pourris, morts. Ces
arbres qui ne sont d'aucune utilité, mais ne gênent pas, pourraient être conservés,
voire bagués pour empêcher l'intrusion des rats, ennemis jurés des oiseaux. Des
nichoirs artificiels confectionnés seraient répartis dans la cocoteraie. Des motu,
entièrement la propriété d'un exploitant de coprah amèneraient des touristes, à la
condition expresse que le propriétaire ait la charge de bout en bout de la clientèle,
transport sur le site et hébergement compris. Ainsi aura-t-il intérêt à ce que subsistent
ces espèces en voie d'extinction.

On parle de la disparition progressive à Tahiti du Ptilinopus purpuratus ou


pigeon "u’upa". Frugivore, le figuier banian est son aire de reproduction, chambre à
coucher et garde-manger. Il se nourrit de ses figues.

Antan, dans le figuier banian, majestueux quant à sa taille était un arbre sacré
dans la tradition maorie, couvrant les "marae" de son ombre. On l'a sacrifié dans les
vallées. A l'heure où l'on parle du reboisement de la vallée de la Papenoo, ne serait-il
pas judicieux de penser à replanter quelques centaines d'exemplaires? P. purpuratus
et banians vivent en symbiose.

Les feux de broussailles, moyen élémentaire de nettoyage sur les motu


devraient être interdits car nuisibles à la protection de l'environnement.

L'homme toujours, responsable de tous les maux! Des directives plus strictes
aux gendarmeries locales devraient être données. Ainsi, à Nuku Hiva, les ouvriers des
entreprises de construction des pistes à l'intérieur de l'île, chassent-ils impunément le
pigeon Ducula galeata. Long de 50 à 60 cm, fort de ses deux kilos, gros comme une
poule, il fait un met de choix, bien sûr ! Il ne resterait qu'une quarantaine de couple de
cette espèce.

Monsieur Chabot a même vu un Ptilope, blessé à l'aide d'une carabine par le


père d'enfants qui l'avaient plumé vif, sauf la tête, à Ua Huka !
Ua Pou (Marquises) est l'île où le Lori Vini ultramarina était omniprésent
jusqu'en 1980. Progressivement, il a disparu pour pratiquement s'éteindre vers 1986-
1987. Que s'est-il passé? Naguère, fréquentant les villages d'Hakahetau, Hakahau, il
n'est plus, en quelques années. Les scientifiques ont quelques mal à expliquer. Cet
effacement correspond à de multiples facteurs. L'apparition de l'acacia, véritable fléau
à Nuku Hiva et Ua Pou, dont le Lori Vini ultramarina ou "pihiti" en marquisien,
nectarivore, pourrait consommer les bourgeons. Cet acacia est un véritable désastre
écologique, comme le miconia à Tahiti. Ensuite, la disparition du "pihiti" s'est faite
du Nord au Sud, tout de suite près des deux ports de débarquement, Hakahau et
Hakahetau: les rats, les rats européens qui ont envahi l'île ne seraient pas innocents à
cette disparition. Enfin, pour parachever l'oeuvre de destruction, concomitante, la
mise en place en plusieurs points de dizaines de ruches par un curé défroqué dans le
secteur nord.

Notre lori est nectarivore et se heurte donc aux abeilles, dans la recherche de sa
subsistance. Dans cette lutte acharnée, il a été le grand perdant.

Implantation sur d'autres sites

Les espèces occupaient naguère un ensemble d'îles. Leur présence se résume


désormais souvent à un seul site. Il est donc d'actualité de transplanter quelques
couples. Cela a été fait en ce qui concerne le "pihiti" des Marquises, qui, de Ua Huka
a été réintroduit à Fatu Hiva. Bravo pour cette initiative, à preuve sue tout n'est pas
négatif. Il devrait en être de même du Lori de Kuhl, présent seulement à Rimatara qui
devrait occuper l'île de Raivavae. Pas question de le faire habiter à Tubuai ou Rurutu,
où abonde le merle des Moluques, principal destructeur du Lori Vini peruviana, à
Tahiti, au début du siècle.

L'île de Ua Huka, par la voix de son maire, Léon Litchle, est partie prenante
pour accueillir le pigeon Ducula galeata. Mille mercis à cet édile local, fervent
défenseur de la nature et des valeurs. D'autres ne pourraient-ils suivre son exemple?
Que leur en coûterait-il? Le docteur Paul Zumbiehl, propriétaire de l'atoll de Ahunui,
200 km plein sud de Hao, met aussi son île à disposition.

Bien que ne quittant pas l'archipel, ces sites de reproduction doivent être assez
éloignés du site mère. Les cyclones frappant parfois durement la Polynésie, les dégâts
occasionnés seront ainsi amoindris. A remarquer qu'ils ont lieu pendant la période de
nidification, soit décembre - janvier sous nos latitudes.

Implantation d'un parc ornithologique

Il pourrait rassembler là, la vingtaine d'espèces aviaires terrestres, en voie


d'extinction. Par exemple, adjoint ou au milieu du Jardin Botanique, il agrémenterait
de façon certaine ce lieu touristique. La reproduction serait possible. Bagués, les
oiseaux pourraient être relâchés dans leur milieu naturel, indemne de nuisances. Cela
permettrait de les suivre et de faire des constatations évidentes. Ainsi, la bague
comporte le lieu de naissance et l'année. Cela est important car l'on ne sait combien
vivent ces volatiles. Nos loris sont des psittacidés, et comme tels, devraient atteindre
les trente ou quarante années.

Monsieur Chabot a mal compris l'indifférence du Gouvernement Territorial


qui, en 1987, n'a pas prêté l'oreille à l'invitation du Ministre de l'Environnement,
proposant de couvrir financièrement l'élaboration de ce projet. Maintenant, en période
de vaches maigres caractérisée, il est sûr que cette étude serait plus difficile à réaliser!

Introduction dans le biotope d’espèces indésirables

L'homme toujours, le plus grand des prédateurs, a introduit une faune, tant
aviaire qu'animale qui a complètement bouleversé le biotope. Les chats, de
domestiques devenus errants, les rats européens, plus gros que les polynésiens, les
moutons laissés libres et livrés à eux-mêmes, comme à Eiao par exemple, où ils ont
fait presque complètement disparaître le tissu végétal, les oiseaux, merle des
Moluques et récemment le bulbul indien, le busard des roseaux, rapace insatiable,
sont autant de destructeurs de la faune aviaire terrestre.

Application des conventions de Washington

En 1988, Gwenola Le Serrec, Directrice du bureau "TRAFIC-FRANCE",


rattaché au W.W.F., avait séjourné une semaine aux Marquises, répondant à
l'invitation de M. Chabot. Ce dernier lui avait fait par de tous les problèmes qu'il
rencontrait. Entre autre, il lui avait montré que des trafiquants internationaux
s'intéressaient de très près aux espèces en voie de disparition, endémiques à la
Polynésie. Marcus Dolezal, citoyen américain, avait passé une année à Ua Pou dans
le but de capturer des "pihiti". Un trois mâts américain avait fait relâche à Nuku Hiva
et Ua Huka dans le but de s'approprier aussi cette espèce. Un riche ressortissant
français, domicilié au Brésil, le Docteur Béraud, était parti de Rangiroa avec plusieurs
Loris Vini peruviana.

Gwénola Le Serrec transmettait tous ces éléments à Interpol. Profitant de son


passage, elle faisait adhérer la Polynésie aux conventions de Washington. Désormais,
des textes existent donc, interdisant toute capture, tout colportage, tout trafic de
certaines espèces.

Protection territoriale

Monsieur Chabot souhaitait que l'on désigne au moins un responsable faune -


flore par archipel. Ainsi, résidant dans le milieu naturel, ceux-ci seraient-ils en
mesure d'alerter Papeete dès les prémices d'un danger. Ils auraient le statut de gardes,
avec possibilité de sanctionner. En un premier temps, Monsieur Albert Varney,
monsieur "oiseau Polynésie" était nommé. Nous n'avons qu'à nous féliciter de l'action
bienfaitrice de ce responsable, passionné de surcroît par le monde aviaire. Il est suivi
de M. Sulpice, originaire de Ua Huka qui, à l'instigation du maire Léon Litchle, se
lance dans la grande aventure. Nous aimerions que d'autres dans les îles-sous-le-vent,
Australes ou Tuamotu les imitent.

Bien qu'officier en retraite, Monsieur Chabot déplore que des unités des Forces
Armées exécutent des manoeuvres militaires sur les motu des atolls, où survivent les
derniers spécimens de loris, comme dernièrement à Rangiroa.

On doit préserver ces rares sites de reproduction et l'établissement de zones


protégées ou Parcs Régionaux est absolument indissociable de l'action entreprise.

M. Chabot n'est pas un scientifique. Néanmoins, il pose la question à ceux-ci


de savoir si, butinant les fleurs afin d'en extraire le nectar, les loris des Marquises,
Tuamotu et Australes ne remplissent pas le même rôle que les abeilles en assurant la
pollinisation de la végétation.

Un constat : les loris sont friands des fleurs de bananiers mais respectent les
fruits. On sait qu'en coupant cette fleur, on fait grossir le régime de banane d'un kilo
environ. L'action des loris en détruisant cette même fleur n'est-elle pas d'une certaine
utilité?

Voici donc quelques mesures préconisées pour la protection des oiseaux


terrestres. Vous constaterez qu'elles sont élémentaires, réalisables à moindre frais. Ne
manque que la volonté de les mettre en pratique afin que nous sauvegardions, pour
les générations futures, ce patrimoine irremplaçable.
INFLUENCES ON THE PAST AND PRESENT DISTRIBUTION PATTERNS
OF PACIFIC GOLDEN-PLOVER (PLUVIALIS FULVA)

By P. BRUNER 1

1 Assistant Professor of Biology, Director, Museum of Natural History.


Dept. of Biology,Brigham Young University.- Hawaii, Laie, Hawaii 96762.

RESUME

Facteurs de variation des aires de répartition passée et actuelle


du pluvier fauve (pluvialis fulva)

Des études à long terme à Hawaii et en Alaska ont fait connaître de nombreux points sur la
systématique, la physiologie, le comportement, l'écologie et la répartition du pluvier fauve (kolea en
hawaiien) (torea en tahitien) (Pluvialis fulva). Cette espèce fut collectée pour la première fois en
baie de Matavai, à Tahiti, lors du second voyage de Cook. On retrouve des ossements fossiles de
pluvier à Hawaii remontant à 120 000 ans avant nôtre ère. Leurs aires de répartition ont donc été
établies avant toute influence humaine. Les modifications de l'utilisation des terres depuis l'arrivée
de l'homme ont profondément modifié l'environnement et ont eu par conséquent un effet sur la
distribution et l'abondance des pluviers dans le Pacifique. La création d'espaces ouverts (parcs,
terrains de golf, aéroports, terres cultivées) à Hawaii a créé un "piège" qui a augmenté le nombre de
pluvier dans cette région de leur aire de répartition. De ceci il résulte probablement que l'abondance
des pluviers a diminué dans le Pacifique central et dans le Pacifique sud. La façon dont d'autres
limicoles ont pu être affectés est moins claire.

BRUNER (P.). - Influences on the past and present distribution patterns of pacific golden-plover
(pluvialis fulva).

Summary. - Long term studies in Hawaii and Alaska have revealed much about the systematics,
physiology, behavior, ecology and distribution of Pacific Golden Plover (Kolea in Hawaiian)
(Torea in Tahitian) (Pluvialis fulva). This species was first collected at Matavai Bay, Tahiti, on
Cook's second voyage. Plover are known from the Hawaii sub-fossil record as far as 120 000 BP.
Their non breeding distribution patterns were thus established prior to human influence. Land use
changes since contact have dramatically altered the environnement and have subsequently had an
effect on the occurence and the abundance of plover in the Pacific. The creation of open space
(parks, golf courses, airfields, agricultural lands) in Hawaii has created a "trap" that has increased
the number of plover in this region of their non breeding range. As a result of this phenomenon it is
likely that the plover have decline in abundance in the central Pacific. The extent to which other
shorebirds have been affected is less clear.
Pacific Golden-Plover (Pluvialis fulva) or Kolea in Hawaiian and Torea in
Tahitian are one of the most common shorebirds wintering in the Pacific. Until
recently they were considered a subspecies of Pluvialis dominica, and were
commonly called the American Golden-Plover or Lesser Golden-Plover (Pratt et al.
1987). Studies on the breeding grounds in Western Alaska have shown that P. fulva
and P. dominica are in fact distinct species (Connors 1983, Connors et al. 1993). The
other two members of the genus are the Black-bellied Plover (Pluvialis squatarola)
which also winters in small numbers in the central Pacific and the Greater Golden-
Plover (Pluvialis apricaria) found in Europe.

The remarquable story surrounding the discovery and naming of the Pacific
golden-Plover has only been recently reported (Johnson 1993). Matavai Bay, Tahiti is
the type locality. The first specimens were collected during Cook’s second voyage on
the afternoon of 26 August 1773 by Johann and Georges Foster along with anders
Sparrman. Plovers and other Charadriformes have a long history of occurrence in
Hawaii streching back as much as 1200,000 BP (Olson and James 1982, James 1987).
Presumably plover migratory routes also included French Polynesia during that
period.

Our work on Pacific Golden-Plover in Hawaii has concentrated on site fidelity,


territoriality, physiology, plumage-molt-age relationships and migratory flight ranges
(Johnson et al. 1981, Johnson et Johnson 1983, Johnson 1985). Commencing in 1988
we expanded our study to include investigations of breeding ground fidelity and mate
retention (Johnson et al. 1993).

The purpose of this paper is to put forth the hypothesis that the current
distribution patterns and regional abundance of Pacific Golden-Plover are in part the
result of human modifications of the habitat. These changes began with Polynesian
contact and continue today. I use the term pre contact and post contact to designate
the period before and after the first human settlement of the islands. Paulson and Lee
(1992) note that the wintering P. apricaria in Europe may have been similarly
influenced as a result of the spread of agriculture.

Wintering Pacific Golden-Plover forage in a variety of open habitats in Hawaii


including intertidal shorelines, mud flats, upland grasslands, agricultural fields and
large lawn areas like parks and golfcourses. Barren lava flows and alpine habitat are
less frequently used. Artificial structures such as parking lots and roof tops provide
roosting sites (Johnson and Nakamura 1981).
The amount of open habitat suitable for plovers prior to human contact in
Hawaii was surely much less extensive than what presently exists (Degener 1973;
Carlquist 1980; Wagner et al. 1990). the post contact period has seen dramatic
changes in land use with vast areas formerly brush and forest covered lowlands
cleared for agriculture and urbanisation. The effect of these alterations I believe have
resulted in several changes in plover distribution patterns, local abundance and space
related behavior.

Our work in Hawaii over the last decade revealed that two distinct behavioral
strategies exist in Pacific Golden-Plover. The tactic followed by the majority of the
population (probably 75%) is to establish a foraging territory during the first
wintering season and to steadfastly maintain this precise space in subsequent years
(Johnson et al. 1989). The second strategy, employed by about a quarter of the
population, is to be home ranging on the wintering grounds. In precontact Hawaii,
when suitable plover habitat was much more restricted, it is probable that non-
territorial (home ranging) behavior was much less prevalent. Under space limited
conditions winter foraging territories were likely essential for survival. Thus one
consequence of deforestation and opening up of the lowlands was the decline in
selective advantage of territoriality and the subsequent opportunity for an increase in
the occurrence of non-territorial behavior. This fluxuation of behavioral strategies
may still be occurring. If the disposition towards either behavior (territorial or home-
ranging) is genetically influenced, and there seems to be some indication that it is,
then the gene frequencies for both behaviors are changing in the gene pool and a
classical directionnal evolutionnary shift is occurring. One can reasonably speculate
that the swing towards non-territorial behavior on the wintering grounds can only
proceed to the point where the eventual saturation of suitable space results in the
evolutionary pendulum turning back in the favor of territorial behavior. The driving
selection pressures in this process are therefore the expansion of the population and
the availability of suitable habitat.

This brings us to the question of how these changes in plover habitat in Hawaii
may have influenced present plover populations in the central and southeastern
Pacific. Obviously the absence of statistical data on plover populations in these
regions during precontact as well as much of tht post contact period make it necessary
to be speculative. Nevertheless, I believe an argument can be made that a suitable
habitat for plover increased in Hawaii this would have allowed more juvenile to
successfully locate foraging space and thus over time reduce the flow of plover
having to move further south in order to find available wintering grounds. Our studies
(Johnson et al. 1981, 1989) have shown that juveniles establish themselves and
imprint on either a territory or a home range during their first winter and do not alter
their behavioral choice in subsequent seasons. Return rates for marqued birds has
averaged near 80%! Hawaii, therefore, may be acting as a net or « trap » streched
across the migratory path. The likely result of all this is that plover abundance in post
contact Hawaii must be considerably larger than during the space limited precontact
period. Consequently it may also be true that plover populations in the central and
south Pacific have continually declined in response to these changes in Hawaii.

From the perspective of energetic costs short-stopping in Hawaii rather than


wintering further south should be selected for provided foraging space is not limited.
At present there appears to be an excess of suitable plover habitat in Hawaii. Wether
or not the plover population will eventually expand to fill this void remains to be
seen. This phenomenon is potentially interesting particularly since plover represent
one of the few native species which may have prospered due to man’s alteration of
the island environment.

Other common Pacific shorebirds as Sanderling (Calidris alba) and Wandering


Tattler (Heteroscelus incanus) may have been less effected by the land use changes
which have occurred in Hawaii. They are not known to be territorial on the wintering
grounds and are less frequently seen in man-made habitats such as golf courses and
parks. Ruddy Turnstone (Arenaria interpres) will forage on lawns and agricultural
fields but are not territorial. Their response to increasing habitat may be following the
pattern postulated for plover.

Migratory shorebirds can provide another window through we monitor the


effects of a human altered environment. Pacific Golden-Plover are particularly well
suited for study due to their abundance and ease of censusing. Their territorial
disposition futher aids our ability to track local population trends with considerable
accuracy. Only long term census data will eventually confirn or refute the claim that
plover population and distribution patterns have been significantly influenced by land
use change.

References:

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CONNORS, P. G. 1983. Taxonomy, distribution, and evolution of golden-plovers (Pluvialis
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WAGNER, W. L., D. R. HERBST, AND S. H. SOHMER. 1990. Manual of the flowering plants of
Hawaii. Vol. 1. Univ. of Hawaii Press. Bishop Museum Press. Honolulu.
UNE METHODE SIMPLE D'ESTIMATION
DU TAUX DE PONTE DES OISEAUX DE MER.

Par G. Mc CORMACK 1
1
Cook Islands Natural Heritage Project, Prime Minister's Departement, P.O. Box 781 Rarotonga,
Cook Islands.

RESUME

Les visites des colonies d'oiseaux de mer situées sur des îles retirées sont souvent rares et
courtes. En fonction de l'époque de la visite, en relation avec le cycle reproductif de chaque espèce,
un simple comptage des nids peut donner une impression erronée. Kepler (1978, 1984 et 1990),
utilisant des données publiées sur les rythmes de croissance des nichées a développé une méthode
pour estimer le taux de ponte pour les mois qui précèdent le moment du suivi. De cette façon, une
seule visite, permet d'obtenir l'indication la plus réaliste du statut reproducteur de chaque espèce.
La méthode de Kepler a été simplifiée, pour les étudiants et d'autres non-spécialistes, afin d'être
utilisée sur l'île inhabitée de Takutea aux Iles Cook. Les principaux stades de la croissance des
poussins ont été dessinés pour aider à leur reconnaissance, et les données enregistrées sur des
formulaires standardisés. Les calculs, réalisés étape par étape, ont conduit à la réalisation d'une
représentation graphique des pontes hebdomadaires sur une période de quatre à cinq mois.

McCORMACK (G.). - A simplified system to estimate the rate of egg laying of seabirds

Summary. - Visit to seabird colonies on remote islands are often infrequent and brief. Depending
upon the time of the visit, in relation to the breeding cycle of each species, a simple nest counts can
give misleading impressions. Kepler (1978, 1984 and 1990), using published data on the growth
rates of nestlings, developed a system to estimate the rate of egg-laying for several months prior to
the time of monitoring. In this way, a single visit, was able to provide a more realistic indication of
the breeding status of each species.
The Kepler system was simplified, for college students and other non-specialists, to use on the
uninhabited island of Takutea, Cook islands. The main growth stages were illustrated to aid
recognitin, and the data recorded on standardized record sheets. A step by step approach was taken
to the calculations, which lead to a graphical display of the clutches laid per week over a four or
five month period.

Introduction

L’information la plus importante a obtenir d’une colonie d’oiseaux de mer est le


nombre d’oiseaux en ponte à tout moment de l’année, c’est à dire le taux de ponte.
Cette information est difficile à obtenir pour les colonies d’oiseaux marins vivants sur
des îles isolées et rarement visitées comme Takutea et Suvarrow.
La première opération a réaliser au cours d’une visite est d’estimer le nombre
total de nids occupés pour chaque espèce. Lors de cette opération il est important que
la méthode d’échantillonnage tienne compte des différences de densité des nids pour
chaque espèce en différents endroits de la colonie.

Cet article décrit une méthode d’estimation de l’âge d’une centaine de jeune
oisillons à partir du stade de développement de leur plumage. Une fois ces données
confrontées au nombre de nids occupés pendant la visite, il est possible d’estimer le
taux de ponte plusieurs mois AVANT la visite.

La méthode a été simplifiée afin de pouvoir être utilisée par un grand nombre de
personnes y compris des étudiants, et standardisée de façon que les données
collectées par des groupes différents à des moments différents soient comparables.

Historique et développement de la méthode

En 1962 Dorward a collecté des informations sur les stades d’enplumement des
jeunes des Fous bruns et des Fous masqués sur l’île d’Ascencion. Il a suggéré que
« ce schéma pourrait être utilisé pour faire une estimation rapide de la composition
par classe d’âge des poussins dans une colonie ..... Ainsi une date approximative du
pic de ponte pourrait être calculée plus précisément que le simple enregistrement de
‘poussins plutôt bien développés’. » En 1963, Stonehouse et Stonehouse ont utilisé
huit stades d’enplumement des jeunes de Frégates d’Ascencion pour construire un
graphique du taux de ponte sur deux saisons de reproduction. En 1969 Cameron
Kepler a réalisé des graphiques du taux de ponte de la colonie de Fous masqués de
l’atoll de Kure aux Iles Hawaii.

En 1978 Cameron Kepler utilisa les données disponibles sur les taux de
développement pour estimer le taux de ponte de plusieurs espèces sur l’île de Monito
à Porto-Rico. Il a aussi utilisé cette méthode sur les îles Jarvis (1984) et Caroline
(1990).

La méthode décrite ici, basée sur celle de Kepler, a été simplifiée et standardisée
comme suit:

a. Les jours des stades d’emplumement ont été arrondis à des intervalles
hebdomadaires pour simplifier les calculs. Ceci est réaliste car la durée exacte de
chaque stade dépend de la disponibilité en nourriture, et l’appréciation de la fin de
chaque stade n’est pas exact.
b. Le même système est utilisé pour les trois espèces de fous. La seule différence est
que les Fous à pieds rouges qui niches dans les arbres passent moins d’une
semaine comme juvéniles avant l’envol alors que chez les plus grandes espèces
qui nichent au sol ce stade dure deux semaines.

c. Le même système est utilisé pour les deux espèces de frégates. A l’heure actuelle
il n’y a pas de données suffisantes pour considérer que ces deux espèces de taille
similaire devraient être traitées différemment.

d. Les stades de croissance sont illustrés pour en rendre la reconnaissance plus


facile. Comme dans les tableaux et les graphiques les stades de croissance sont
ordonnés de la droite vers la gauche car il faut les interpréter en remontant dans le
temps: les poussins les plus âgés sont issus de pontes plus anciennes que les plus
jeunes.

e. La méthode de traitement des données brutes et sa mise en relation avec la


population reproductrice à la date de la visite a été standardisée sous la forme
d’un Tableau de Calcul.

f. Des fiches de recueil des données standardisées ont aussi été préparées pour
chaque groupe d’oiseaux de mer.

NOTE: Des fiches de recueil des données ont été prévues pour chacun des trois
groupes d’oiseaux de mer rencontrés sur Takutea, avec les zones d’entrées, les
tables de calcul et les graphiques spécifiques.

Méthode

1. Enregistrez les classes d’âges pour les oeufs ou les poussins dans 100 nids.
Surveillez l’homogéneité des groupes d’âge dans la colonie et échantillonnez
correctement pour éviter des biais dans votre analyse. N’hésitez pas à faire
plusieurs comptages sur 100 nids à différents endroits de la colonie ou de l’île.

Sur la feuille utilisez les codes qui figurent en tête de colonne pour indiquer le
stade. N’utilisez PAS de « marque » ou de « croix ». Quand il y a plus d’un oeuf
ou d’un poussin enregistrez UNIQUEMENT l’individu le plus âgé. Si vous êtes
intéressé par le nombre de jeunes par nid vous pouvez le noter à droite de la
colonne « OEUF ».

Voir la Figure 1 pour les détails des stades de développement pour chaque groupe
d’oiseaux de mer, et la Figure 2 pour un exemple de Tableau de Calcul rempli.
2. a) Additionnez le nombre de nid par colonne de classe d’âge pour obtenir un
sous-total en bas de chacune. Note: quand un nid contient plus d’un jeune, seul le
plus âgé est compté.

b) Additionnez les sous-totaux pour obtenir les totaux de chaque classe d’âge dans
le Tableau de Calcul

3. Si vous avez recensé toutes les classes d’âge dans chacun des nids de la colonie
passez à l’étape 4 ci-dessous. Sinon multipliez le nombre dans chaque classe
d’âge par le nombre total estimé de nids et divisez par le nombre de nids
échantillonnés.

4. Divisez le total de chaque classe d’âge par la durée de ce stade en SEMAINES


pour obtenir une valeur du TAUX DE PONTE pour ce stade, en COUVEES PAR
SEMAINES pour l’ensemble de la colonie.

5. Choisissez une échelle convenable pour le graphique et construisez un


histogramme pour montrer le taux de ponte au cours des mois AVANT VOTRE
VISITE. Si la colonie a déjà fait l’objet d’une visite, utilisez la même échelle
verticale pour permettre une comparaison visuelle directe des résultats
graphiques. Une échelle horizontale en JOURS (intervalle de 2 jours) est fournie
pour convertir l’échelle horizontale en mois avant votre date de visite de contrôle.

Bibliographie:

DORWARD, D.F. (1962) Comparative Biology of the White Booby and the Brown Booby Sula
spp. at Ascencion. Ibis 103b: 174-220.
KEPLER, C.B. (1969) Breeding Biology of the Blue-faced Booby (Sula dactylatra personata) on
Green Island, Kure Atoll. Publications of the Nuttall Ornithological Club Number 8.
KEPLER, C.B. (1978) The Breeding Ecology of Sea Birds on Monito Island, Puerto Rico. Condor
80: 72-87.
KEPLER, C.B. (1984) Jarvis Island Trip Report. Non publié.
KEPLER, C.B., A.K. KEPLER, and D.H. ELLIS. (1990) Part II: Seabirds, Other Terrestrial
Animals, and Conservation in Ecological Studies of Caroline Atoll, Republic of Kiribati. Non
publié.
STONEHOUSE, B. and S. STONEHOUSE. (1963) The Frigate Bird Fregata aquila of Ascension
Island. Ibis 103b: 409-422

Remerciements

Je remercie Cameron Kepler pour son soutien sans faille, Judith Künzle pour ses excellentes
illustrations, les étudiants du collège d’Atiu et le personnel du l’Environnement des Iles Cook pour
leur aide lors des essais sur Takutea et Eddie Saul pour ses commentaires après avoir utilisé le
système sur Suvarrow.
L'AVIFAUNE MARINE DE TETIAROA

Par P. RAUST 1

1
Société d'Ornithologie de Polynésie, B.P. 21098 Papeete, Tahiti, Polynésie française

RESUME

Les oiseaux marins de Tetiaroa ont fait l'objet de plusieurs études au cours des dernières
décennies: en effet il s'agit de la plus importante colonie d'oiseaux de mer de l'archipel des îles du
vent et d'autre part pour certaines espèces Tetiaroa est le seul site de nidification connu dans
l'archipel.
Longtemps protégée par son statut tant culturel que foncier et géographique, Tetiaroa se trouve
confronté au développement des activités humaines (pécheurs, touristes) et les facteurs d'agression
sur les colonies d'oiseaux de mer se multiplient. Aujourd'hui ces populations sont réellement
menacées par ces activités, particulièrement sur l'île aux oiseaux par les dérangements dus aux
visites par les touristes comme le démontrent le suivi de ces colonies au cours de vingt dernières
années. La pérennité de cette faune passe donc par des mesures de protection sérieuses afin de
conserver pour les générations futures une des richesses du patrimoine naturel de la Polynésie. Les
prétextes économiques ne devaient pas être opposés à ces mesures car les activités touristiques elles
mêmes seraient menacées si cette diversité d'espèces qui fait l'intérêt de Tetiaroa devait disparaître à
plus ou moins court terme.

RAUST (P.). - Seabirds of Tetiaroa

Summary. - Seabirds of Tetiaroa island have been surveyed several times along this century: it is
the most important colony of seabirds in the windward group and Tetiaroa is also the only breeding
site known in the group for some species.
Well preserved during a long time due to cultural factors, geographical situation and land status,
Tetiaroa faces now developping human activities (fishing, tourism) and disturbing influences on
seabirds colonies are growing. If no action is quickly engaged, these birds populations are really
threatened, as the analysis of the different surveys conducted along the last 20 years shows the
evidence. Serious conservation measures must be enforced if we really want the survival of this
avifauna. Economical reasons should not be opposed to such decisions and should be negative for
tourism itself if the diversity of the species of birds should vanish in a short time of the Tetiaroa
island.
Figure 1. Ile de Tetiaroa
Introduction

Tetiaroa est un atoll situé à moins de 50 km au nord de Tahiti. C'est un atoll


sans passe, d'accès assez délicat par mer, mais quelques passages à l'est et au sud
permettent à de petites embarcations de gagner le lagon. Sa superficie est de 3500
hectares dont seulement 582 sont émergés. Ces terres forment 12 motu de surface
allant de 211 ha (Tiaraunu) à 2,9 ha (Aie).

Tetiaroa était une dépendance du district de Pare et faisait partie des propriétés
de la famille Pomare. Cet héritage fut vendu au Docteur Williams en 1904 puis fut
acquis par l'acteur américain Marlon Brando dans les années 1960. Il y a installé une
piste d'aviation et un petit hôtel sur un des motu. L'île est rattachée
administrativement à la commune de Arue, mais si les îlots sont propriété privée, le
lagon, les plages et le récif font partie du domaine public territorial.

I - L'avifaune

A) Les espèces présentes


En dehors des oiseaux terrestres (Aigrette sacrée), des migrateurs (Coucou de
Nouvelle-Zélande) et des limicoles, neuf espèces d'oiseaux marins sont présentes sur
l'île et s'y reproduisent:

- Sula leucogaster Fou brun Brown booby


- Sula sula Fou à pieds rouges Red-footed booby
- Fregata minor Grande frégate Great frigatebird
- Fregata ariel Frégate ariel Lesser frigatebird
- Sterna fuscata Sterne fuligineuse Sooty tern
- Sterna bergii Sterne huppée Great crested tern
- Anous stolidus Noddi brun Brown noddy
- Anous tenuirostris Noddi noir Black noddy
- Gygis alba Sterne blanche Common fairy tern

B) La répartition géographique
La majorité des motu inhabités abritent des colonies, il n'y a donc pas une île aux
oiseaux, comme on l'entend dire, mais huit motu (sur 12) plus ou moins utilisés par
les animaux comme sites de reproduction.
Les îles où l'homme s'est installé n'abritent plus de colonies (à l'exception des noddis
bruns) que cette installation soit ancienne ou plus ou moins récente.
C) L'évolution des populations

On n'a pas noté d'évolution majeure dans le nombre d'espèces qui fréquentaient
Tetiaroa au début du siècle (expédition Whitney) et dans les années 1970 (Thibault)
et il semble que les effectifs sont restés importants pendant cette période.

Par contre lors de sa visite en 1989 Thibault signalait que la répartition des
oiseaux marins avait subit des modifications du fait des perturbations humaines ainsi
aucun oiseaux ne nichait plus sur Tahuna rahi alors qu'en 1972-1975 on y avait
recensé Sula leucogaster, Sula sula, Sterna bergii, Anous stolidus et Gygis alba.

Lors de notre visite sur le motu Tahuna iti (l'île aux oiseaux) en 1992 Sula
leucogaster et Sula sula comptaient plusieurs dizaines d'individus (mais inférieur à 50
pour chaque espèce),et lors de la dernière visite de A. Varney en août 1993 moins de
15 S. sula ont été observés et moins de 20 S. leucogaster couvaient ou avaient des
oisillons. La petite colonie de Sterna bergii se maintient à un effectif inférieur à une
centaine de couples et si le nombre de noddis semble stable, curieusement le nombre
des sternes fuligineuses est en augmentation constante depuis 1975 où un couple était
noté, environ 50 comptés en 1992 et plus de 100 en 1993.

Les motu affectés par cette diminution des effectifs nicheurs sont aussi Tahuna
rahi comme signalé plus haut et Aie. Les autres motu moins visités ne semblent pas
avoir vu leurs effectifs évoluer de façon notable.

Evolution des effectifs d'oiseaux nicheurs sur Tahuna iti

1972- 1975 * 1992 ** 1993 ***


- Sula leucogaster < 20 couples < 10 couples
- Sula sula < 20 couples < 15 couples
- Sterna fuscata 1 couple > 50 couples > 100 couples
- Sterna bergii < 100 couples < 100 couples < 100 couples
-Anous tenuirostris < 3000 couples
- Gygis alba < 10 couples

* Thibault
** Raust et Varney
*** Varney
II - Les menaces

A) Naturelles

Ces menaces sont d'ordre météorologiques, qu'il s'agisse des cyclones comme
ceux de 1983 pour lesquels il n'y a pas eu d'études particulières malheureusement ou
des tempêtes tropicales comme celle de 1992 après laquelle nous avons pu nous
rendre sur place et constater des mortalités importantes dépassant vraisemblablement
45% des jeunes et juvéniles chez les fous.

Ces catastrophes submergent certains motu noyant des poussins au sol et le vent
entraîne la mort d'oiseaux coincés dans les branchages. Les bancs de sable comme
motu one peuvent disparaître et les habitats peuvent être détruits comme sur Aie en
1983.

B) Les activité humaines

1 - traditionnelles

* l'agriculture: La plantation des cocoteraies au cours du 19ème siècle a


bouleversé les écosystèmes faisant disparaître les forêts de pisonia favorables à la
nidification des noddis noirs par exemple, mais celle ci s'est limitée aux motu dont la
surface était suffisante pour une bonne rentabilité sauvegardant les îlots de petite
taille (Tahuna rahi). D'autre part les oiseaux de mer colonisent plutôt une frange
littorale étroite coté océan et le long des hoa. L'abandon de la récolte aujourd'hui
permet la reconstitution d'un paysage floristique plus proche de l'état originel qui
pourrait permettre la réintroduction de certains oiseaux terrestres (ptilopes, fauvettes
et martins-chasseurs des Tuamotu)

* la pêche: En mer, les oiseaux marins sont menacés par l'utilisation des
filets dérivants utilisés par certains armements étrangers dans la zone économique
exclusive et au delà des 200 miles, mais ceci ne concerne que les oiseaux qui
s'éloignent suffisamment des îles et pèchent en plongeant.
Du fait de la raréfaction du poisson dans le lagon de Tahiti à cause de la
surexploitation et des pollutions, les pécheurs se tournent de plus en plus vers celui de
Tetiaroa et installent des camps de fortune à terre le temps de leur pêche souvent sur
des motu fréquentés par les oiseaux, causant là un dérangement important qui peut
s'accompagner de la récolte d'oeufs tant pour la subsistance que pour le commerce.
Nous n'avons aucun élément de quantification de ce phénomène.
2 - tourisme

* hôtel Tetiaroa: cet hôtel installé sur le motu a une capacité d'environ 50
personnes. Il n'est accessible que par voie aérienne et se trouve éloigné des motu à
oiseaux. Des excursions sont organisées sur le motu Tahuna rahi depuis environ 20
ans avec un encadrement minimal.

* les "charters": depuis 5 à 7 ans s'est développée une activité de


tourisme à la carte depuis Tahiti vers Tetiaroa, par mer à bord de différents navires de
tailles variées. D'abord réduit à une ou deux unités avec des conditions de confort
spartiate, on voit aujourd'hui un nombre de plus en plus grand de ces charters vers
Tetiaroa avec des capacités de plus en plus élevées allant jusqu'à 150 personnes. Du
voilier qui mettait 5 à 6 heures pour rallier l'île on est passé au catamaran rapide.

Parallèlement l'hébergement sur les navires au mouillage à l'extérieur du récif


s'est déplacé vers des "bases" à terre avec des campements permanents sur des îlots
très proches des colonies voire sur des motu occupés par des oiseaux nicheurs
(Tahuna rahi). En dehors des problèmes juridiques d'occupation du domaine public
ou privé qui ne sont pas notre objet mais qui sous-tendent une situation conflictuelle
dont les motu qui nous intéressent sont souvent l'enjeu, cette situation de pression
accrue se traduit sans équivoque comme nous l'avons montré plus haut par des
dérangements de plus en plus fréquents qui ont pour conséquence de faire fuir les
oiseaux.

Alors qu'au début et jusqu'au milieu des années 1980 les visites avaient lieu une
fois tous les deux jours ou au maximum tous les jours de fin de semaine et duraient
une heure, maintenant c'est plusieurs séries de touristes qui passent dans la journée
entraînant un dérangement permanent.

Le comportement des touristes, peu voire pas encadrés, constaté à chacune de


nos visites et par de nombreux témoins est responsable de graves atteintes à la
tranquillité nécessaire à la reproduction des oiseaux et à l'élevage des jeunes.

Dès l'approche des bateaux les oiseaux adultes s'envolent; sur les plages où les
touristes sont censés devoir rester, les oiseaux au repos (noddis et sternes) sont
automatiquement dérangés. Les visiteurs qui "s'intéressent" aux oiseaux (car
beaucoup ne viennent que parce que l'excursion est comprise dans le prix du forfait
pour la journée ou le week-end) se déplacent vers la lisière de la végétation où
nichent principalement les fous attirés par les jeunes en duvet s'en emparant parfois
pour faire des photos "avec les enfants". Ces oiseaux particulièrement attractifs sont
certainement les plus sollicités (Voir la publicité de l'hôtel Tetiaroa ou les photos
systématiques des "miss Tahiti").
Comme il en reste très peu actuellement "l'intérêt" des visiteurs se tourne
maintenant de plus en plus sur la petite colonie des sternes huppées relativement
plus protégée vers l'intérieur du motu dont les poussins font aussi les frais des photos
avec les enfants. Ces oiseaux sont très stressés par ces manipulations et l'excitation
des parents est extrême avec des comportements de défense actifs et se communique
à l'ensemble des individus semant la confusion.

Les autres oiseaux plus petits, "moins beaux" sont moins sollicités: il s'agit des
noddis bruns, des noddis noirs et des sternes fuligineuses dont les populations sont
stables voire en augmentation malgré les dérangements, les oeufs écrasés par accident
ou le ramassage volontaire.

Les visiteurs en ont ils tiré quelque connaissance sur la vie des oiseaux? on peu
en douter: certainement moins de 5% des gens pourraient citer le nombre de "sortes"
d'oiseaux qu'ils ont vu en l'absence de toute information tant par des panneaux que
par les guides.

3 - autres menaces

* ramassage des oeufs: dénoncé dans un article de presse récent "pour


rentabiliser le prix du voyage" il est difficile d'en évaluer l'impact réel. De toute façon
en plus de la perte en oeufs, il ajoute aux dérangements des oiseaux liés aux activité
humaines.

* dénichage: ceux ci sont apparemment assez courants particulièrement


pour les frégates puisque en 1992 nous avons recueilli à Tahiti trois oiseaux qui
portaient les stigmates de leur captivité (luxation coxo-fémorale, amputation d'une
patte due au lien et aile brisée). Ce n'est que la partie visible de ce problème qui
pourrait affecter jusqu'à un quart des pontes annuelles.

III - Les mesures préconisées

Les visites par les touristes semblent donc être la menace principale pour les
colonies d'oiseaux. Sachant qu'il ne parait pas envisagé de transformer l'île en réserve
intégrale il est souhaitable de proposer des solutions qui permettront de continuer à
exploiter cette ressource sans lui nuire (ou le moins possible).

Nous avons vu que nombre de touristes se rendent sur l'île uniquement que parce
que cette activité est l'attraction quasi exclusive de Tetiaroa, mais souvent sans grand
intérêt réel : il serait donc utile que soient développées des activités de substitution et
que les visites sur l'île aux oiseaux soient réservées uniquement aux personnes
fortement motivées et non aux simples curieux.
A cette effet la visite devrait être précédée d'un véritable briefing pour
augmenter les connaissances des visiteurs et les sensibiliser réellement. En effet nous
avons pu constater que les avertissements oraux fait rapidement au départ des
excursions ne sont pas toujours suivi d'effet une fois sur place.
Les groupes devraient être de petite taille (une demi douzaine de personne)
d'abord pour pouvoir être contrôlés et ensuite pour qu'il puissent bénéficier de
renseignements à la demande.
L'encadrement ne peut être réduit à de simples pilotes de pirogue, d'aussi bonne
volonté soient ils; il est nécessaire qu'ils aient une bonne connaissance de la biologie
des oiseaux pour à la fois informer et protéger.
Il serait souhaitable qu'ils soient indépendants du personnel de l'hôtel et des
charters car il est toujours difficile de contraindre ou de réprimander ses propres
clients (le client est roi).
En ce qui concerne l'accès aux îlots il devrait être interdit et l'observation devrait
se faire à partir de plates-formes situées à une cinquantaine de mètre de la plage ainsi
que l'a suggéré Thibault.

Enfin il faudrait classer en réserve intégrale toute la partie nord de l'atoll qui
héberge encore actuellement les plus importantes colonies de fous et frégates.

Références :

RAUST (P.) & VARNEY (A.), 1992. Rapport de visite sur l’île de Tetiaroa le 03 septembre 1992.
Société d’ornithologie de Polynésie. Papeete. (Non publié)
THIBAULT (J.-C.), 1989. In La Conservation des oiseaux de Polynésie - Rapport adressé à
Monsieur le Ministre de la Santé, de la Recherche et de l’Environnement. Papeete. 33pp.
VARNEY (A.), 1993. Rapport de mission sur l’avifaune de Tetiaroa. Délégation à
l’Environnement. Papeete.

Remerciements

Je remercie particulièrement Cynthia Garbutt et Pierrot de l’Hôtel Tetiaroa qui ont toujours
grandement facilité nos séjours et notre travail sur l’ïle, ainsi que les pilotes de kau pour leur
disponibilité.
Séminaire Manu
Mercredi 10 novembre 93,
"Les oiseaux dans la tradition polynésienne."

Oiseaux de paille
ou oiseaux de plumes ?
ou quel apport de la Tradition, aujourd'hui ?
Aimeho Ariiotima - Département des Traditions

Figer la Tradition est aussi absurde que de la mépriser ; en


faire un oiseau de paille est aussi aberrant que de prétendre qu'elle
appartienne au seul passé. Que peut-elle donc aujourd'hui nous
apporter pour étancher notre soif de savoir, de comprendre pour
mieux préserver ?
A travers la tradition orale : L' ordre définitivement établi
retransmis en 1840, on pourra (re)découvrir que dans la concep-tion
des anciens polynésiens l'ordre des oiseaux était à l'interface du
monde végétal et humain, sur les îles hautes. Et que les grands
arbres, notamment, assuraient une relation oiseaux de mer et
oiseaux terrestres. La notion de biotope est donc très ancienne et
pour ainsi dire beaucoup plus spécialisée. La préservation des
espèces ailées doit donc aller de pair avec la conservation des
niches écologiques mais aussi géographiques. Vivant dans un
contexte multi-insulaire se posera la réalité des lieux oui sont
conplémentaires d'îles en îles et qui peuvent se recouper avec les
"légendes toponymiques".
Une collaboration est possible et souhaitable entre les
spécialistes scientifiques et les détenteurs de savoirs traditionnels
ou de leurs intermédiaires. Mais il faut être conscient que cet
échange qui peut être fécond sera limité à l'espace culturel profa-
ne. Au-delà, on ne peut envisager que des amorces de dialogues
pour envisager des découvertes insoupçonnables.

Novembre 93
Recommandations

I - Les suivis et les contôles de populations doivent, outre les oiseaux eux-mêmes,
inclure l’identification des menaces et des facteurs environnementaux: flore et
faune.
La liste des oiseaux à suivre prioritairement comprend:
• Vini ultramarina, Vini peruviana et Vini Kuhlii
• Ducula galeata
• Gallicollumba erythroptera et Gallicollumba rubescens
• Ptilinopus huttoni
• Halcyon gambieri et Halcyon godeffroyi
• Pomarea nigra

II - Des études sur les espèces de rats présentes dans certaines île doivent être
entreprises, en priorité sur les îles de Rimatara, Ua Huka, Fatu Hiva et Rangiroa.
Des mesures de contrôle et de protection devront être mises en place.

III - Si l’elevage en captivité ou les translocations sont des options valables pour
certaines espèces, la priorité reste cependant la protection des oiseaux dans leur
milieu naturel.

IV - Des travaux de recherche sur les maladies aviaires doivent être entreprises dans
les meilleurs délais : en priorité pour la Malaria aviaire sur les oiseaux introduits
qui en sont les principaux propagateurs.

V - La gestion effective d’au moins une réserve par archipel doit être organisée.

VI - Réaliser un essai de restauration d’île, à moyen terme et à titre d’exemple sur un


site accessible, avant de le reproduire sur les réserves plus difficiles d’accès. Ce
site pourrait être un des « motu » de Rangiroa.

VII - Organiser les actions de protection, les moyens humains et financiers, autour
d’un pivot local, notamment les communes afin d’assurer non seulement leur
information mais surtout leur participation.

VIII - Encourager l’organisation des contrôles, de la surveillance, voire de la


répression par rapport aux réglementations existantes (formation et assermentation
d’agents). Mettre à jour ces réglementations.

IX - Continuer de développer les actions d’information du public dans des domaines


plus ciblés. Formation et participation pour lutter contre des menaces précises
telles que l’introduction des rats noirs ou la consommation du carpophage des
Marquises.

SOCIETE D'ORNITHOLOGIE DE POLYNESIE


"MANU"
B.P. 21098 Papeete - TAHITI

La Société d'Ornithologie de Polynésie (S.O.P.) a été fondée en juillet 1990 par une
dizaine d'amateurs des oiseaux de Polynésie. Depuis cette date la Société a augmenté
le nombre de ses adhérents et a étendu son réseau à l'ensemble des archipels du
territoire. La Société est membre de la Fédération des Associations de Protection de
la Nature "Te ora naho".

Buts de "MANU"

- La protection des oiseaux de Polynésie et de leurs habitats;


- La contribution à l'étude des oiseaux de Polynésie dans leur milieu naturel;
- La diffusion et la promotion auprès du public de toute information relative à la
protection et à l'étude des oiseaux de Polynésie.

Les moyens de "MANU"

- La prise de contact avec des organismes scientifiques internationaux;


- Les publications, les conférences;
- L'organisation et la participation à toutes manifestations;
- La conclusion de conventions d'étude;
- La constitution de banques de données.

La société est administrée par un Conseil d'Administration qui choisit parmi ses
membres un Bureau.
Activités de la Société d'Ornithologie de Polynésie:

- Les membres de la Société d'Ornithologie de Polynésie se réunissent tous les


premiers vendredi de chaque mois à 16h30.

- Rédaction et édition du bulletin de liaison " Te Manu"


- Sorties sur le terrain (observations, photographie, enregistrement sonore...);
- Renseignements du public, soins aux oiseaux sauvages blessés ou égarés, recueil
des dépouilles pour naturalisation (deux membres de la société ont suivi un stage de
taxidermie);
- Accueil de missions ornithologiques sur le Territoire;
- Participation aux Journées de l'Environnement;

Actions en cours pour protéger les oiseaux en Polynésie:

- La Société d'Ornithologie de Polynésie souhaite promouvoir la création de zones


réservées sur des sites particuliers de nidification d'oiseaux particulièrement menacés
par les activités humaines.
- La Société d'Ornithologie de Polynésie a demandé aussi de réviser la législation
visant à protéger les oiseaux en Polynésie en raison de son inadaptation au contexte
actuel.

REMERCIEMENTS

Nous remercions particulièrement :

- La délégation à l’Environnement et le Ministère de l’Environnement de Polynésie


française pour nous avoir permis la réalisation de ce Séminaire et la publication de de
ses Actes;
- La directrice du Musée de Tahiti et des Iles, son personnel et le Ministère de la
Culture de Polynésie française pour notre acceuil dans leurs locaux;
- Les sponsors, et particulièrement la Société Zoologique de San Diego et la
Compagnie Air France;
-Tous les membres du comité d’organisation;

sans qui ce Séminaire n’aurait pas pu avoir lieu.