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La critique de la conception libérale par Durkheim

• « il ne croit guère au rôle joué par le calcul rationnel dans la vie


sociale ». Il rejette donc le postulat de l’homo oeconomicus : « La
division du travail ne met pas en présence des individus mais des
fonctions sociales. » ( Durkheim ).
• il remet en cause l’idée que la société est seulement le résultat des
comportements individuels des individus sans véritable lien, ne
recherchant dans le contact avec les autres que leur intérêt
personnel. « Si la division du travail produit la solidarité, ce n’est pas
seulement parce qu’elle fait de chaque individu un échangiste,
comme le disent les économistes ; c’est qu’elle crée entre les
hommes tout un système de droits et de devoirs qui les lient les uns
aux autres d’une manière durable. »( Durkheim). La division du
travail n’affecte donc pas que des intérêts individuels et
temporaires.
• les économistes croient que la division du travail est le résultat
conscient de la rationalité individuelle. Elle serait donc « un
construit humain au sens économique du terme, c’est-à-dire une
élaboration volontaire imaginée par des innovateurs et consacrée
par le marché » ( D.Clerc ). Durkheim considère au contraire que la
division du travail est le produit largement inconscient de la société.
En effet, comme l’indique R.Nisbet : « Dire que les hommes se sont
partagés le travail et ont attribué à chacun un métier propre afin
d’augmenter l’efficacité du rendement collectif, c’est supposer les
individus différents les uns des autres et conscients de leurs
différences avant la différenciation sociale. En fait, la conscience de
l’individualité ne pouvait pas exister avant la solidarité organique et
la division du travail. La recherche rationnelle d’un rendement accru
ne peut expliquer la différenciation sociale, car cette recherche
suppose justement la différenciation sociale ». Durkheim reproche
donc aux économistes libéraux de faire de la conséquence la cause.
On se rend compte que ce sont deux analyses de la société qui
s’opposent ; chez les libéraux, la société est un produit de la volonté
humaine, résultat d’une démarche intentionnelle ; au contraire, chez
Durkheim : « La société s’autoproduit sans intention initiale. »
( D.Clerc ) : « Les hommes marchent parce qu’il faut marcher et ce
qui détermine la vitesse de cette marche, c’est la pression plus ou
moins forte qu’ils exercent les uns sur les autres. (... ) La civilisation
se développe parce qu’elle ne peut pas se développer ; une fois qu’il
est effectué, ce développement se trouve généralement être utile
ou, tout au moins il est utilisé ; il répond à des besoins qui se sont
formés en même temps, parce qu’ils dépendent des même causes,
mais c’est un ajustement après coup. » ( Durkheim ).
• les économistes néo-classiques considèrent donc que la destruction
des liens sociaux traditionnels qui étouffent les individus et les
empêchent donc de révéler leur rationalité est un pré-recquis à la
division du travail. Une fois que celle-ci se sera imposée, il ne
subsistera entre les individus qu’un lien social marchand qui
présentera l’avantage d’assurer l’autonomie des individus, tout en
les rendants interdépendants et en leur apportant le bien être
matériel. Durkheim, au contraire, considère que : « le laisser-faire
tend à produire les crises sociales contemporaines qui font craindre
une guerre entre les possédants et les autres. » Le principale
reproche qu’émet Durkheim à l’encontre des libéraux sur ce point
est de sacrifier la solidarité, le lien social à la liberté individuelle, en
considérant que l’autorégulation du marché résoudra tous les
problèmes. Cette analyse est selon Durkheim beaucoup trop
optimiste.
Durkheim est très sévère vis-à-vis de la conception libérale de la division
du travail. Il ne faut pas pour autant en conclure que Durkheim sous-
estime les effets de la division du travail. Au contraire, il lui accorde une
place essentielle, mais il en donne une vision très différente de celles des
économistes