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La crise du lien social basé sur la religion

III - VERS UNE SECULARISATION DE LA SOCIETE ?

INTRODUCTION : UN VILLAGE BRETON EXEMPLAIRE

Exemple de compréhension : Y Lambert a étudié un village breton


(Limerzel)qui est caractéristique de la civilisation paroissiale :

• le catholicisme y constitue un système totalisant d’attitudes et


de certitudes à la fois religieuse morales , sociales et politiques
inculquées dés l’enfance dans la famille à l’église, à l’école . Comme
le dit Y Lambert : « la paroisse a souvent été une institution locale
totale qui ne se contentait pas du soin des âmes mais qui encadrait
toute la vie des individus dans un lieu donné ».
• Le catholicisme y fournit les repères qui ordonnent toute la vie
quotidienne, qui règlent les relations entre hommes et femmes, entre
dominants et dominés , et qui définissent le rapport au travail , à la
vie , à la souffrance , à la mort.
• Le catholicisme y unifie la société villageoise, la met en ordre
fait que chacun reste à sa place . C’est une religion de la crainte et
de la miséricorde accordée au pécheur repentant. L a fidélité
religieuse est vécue sous le contrôle vigilant du clergé à la fois
comme la condition d’accès au salut après la mort, et comme le
moyen de réussir sa vie , d’écarter les maux et d’attirer les faveurs
du ciel sur les récoltes , la famille , la santé.

Conclusion : On comprend dés lors que dans ce contexte la pratique


religieuse soit très élevée ,avant 1930, chaque dimanche l’église est
pleine comme un oeuf . Mais en 1930 et 1958 cette civilisation paroissiale
s’écroule.

A - UNE CRISE DU RELIGIEUX

Constat : Cette crise du religieux est observable à plusieurs niveaux :

• le taux de pratique religieuse s’est effondré: aujourd’hui seuls


10 % des hommes et 16 % des femmes ont une pratique religieuse
régulière, la pratique occasionnelle tourne autour de 2O % . La
pratique est d’autant plus faible que l’âge diminue : 21 % des 60 ans
et plus ont une pratique régulière 8 % des 25-39 ans
• Les églises se vident donc , en un certain sens on pourrait dire
heureusement car l’église doit faire face à une crise des
recrutements et n’aurait pu assumer la charge qu’elle supportait
dans les années 30 .En effet le nombre d’ordination de prêtre n’a
cessé de chuter passant de 1000 par dans les années 50 à une
centaine durant les années 80-90.

Conséquence : L’institution est donc en crise :

• la population n’accepte plus d’être encadrée par des prêtres qui


déciderait à sa place quelle doit être la conduite à suivre dans tous
les domaines de la vie.
• Un nombre croissant de français considère que l’église ne doit pas se
mêler comme elle le fait de questions qui relèvent de la conscience
individuelle .

Conclusion : Peut on dire pour autant que l’on assiste comme le pensait
A Comte à une sécularisation de la société et que les prêtres devenus
inutiles vont être remplacés par des savants ?

B - OU UNE REDEFINITION DES CROYANCES ?

Il semble que la vision qui a été donnée plus haut doive être relativisée sur
plusieurs points :

• Contrairement à l’exemple du village breton qui a été donnée


dans l’introduction , de nombreuses régions françaises n’ont
jamais été christianisés en profondeur . :
- Ce sont les régions que le chanoine Boulard appelle pays de
mission .
- Ces régions ont donc été les premières à perdre les signes
d’appartenance religieuse dés que le pouvoir de contrainte de
l’église a été limitée .
- On ne donc peut véritablement pas parler de
déchristianisation. Ceci relativise l’image traditionnelle
uniforme de la France fille aînée de l’église .
• On assiste à une situation paradoxale :
- Seuls 10 % des français sont pratiquants réguliers ,
- mais 67 % des français se déclarent catholiques, une
majorité important est baptisée et est enterrée
religieusement.
- 23 % seulement se déclarent sans religion .
- Comme l’indique F Champion : « l’appartenance religieuse
constitue un point d’attache historique et un héritage familial à
transmettre ».
• Les Français sont donc majoritairement croyants mais ils
vivent différemment leur croyance :
- ils ne veulent plus d’une religion publique , ils vivent la
croyance sur un mode privé sans les contrainte
imposées par l’institution .
- F Champion écrit « tout se passe comme si le christianisme
avait cessé d’être un système globalisant et unifié, à prendre
en bloc, pour devenir un ensemble de pièces détachées, offert
aux libres compositions personnelles, aux adhésions sélectives
à un nombre limité de croyances, de pratiques, de
prescriptions. Ce système de religion à la carte signifie le refus
d’une institution régulatrice des pratiques et des croyances, le
refus d’une orthodoxie, au profit du principe de la souveraineté
individuelle. »

Conclusion : On assiste non pas à une fin du religieux , mais bien


au contraire à un développement des croyances parallèles qui
selon Y Lambert ont les caractéristiques suivantes :

• elles sont libres,


• individuelles ,
• diffuses,
• subjectivement articulées à la science (astrologie, télépathie, vie
extraterrestre)
• plutôt immanentes,
• non culpabilisantes
• et d’orientation mondaine y compris dans leur rapport à l’au-delà ».

Conséquences : Face au développement de ces croyances la


catholicisme a été obligé d’évoluer sous peine d’être marginalisé ( par
exemple l’église soutient le développement des mouvements
charismatiques, avec tous les risques de dérapage qu’ils comportent )