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Notions du référentiel : lien social, socialisation, solidarité

Chapitre changement et
mécanique/organique, risques sociaux, Etat-Providence, assistance,
solidarités sociales
redistribution

Fiche1 – Les instances d’intégration et de socialisation


(repris en partie du manuel en ligne Brises)

En première a été étudié ce que les sociologues appellent les instances de socialisation, c’est-à-dire les institutions ou groupes qui
transmettent la culture d’une société, ses normes et ses valeurs. Nous allons reprendre l’étude de ces instances, mais sous un angle
un peu différent, pour voir non pas tant comment elles construisent l’individu en le socialisant, mais comment cette construction
produit de la solidarité entre les individus d’une même société. Il y a bien sûr une multitude d’instances d’intégration, mais nous
allons nous concentrer sur les principales : le travail, la famille, l’école et la citoyenneté.

Pour voir les critères de classification des groupes : ici

Partie 1- Le travail , parce qu’il donne une identité professionnelle, un revenu et des droits sociaux,
est le pilier essentiel de l’intégration

Le travail comme activité centrale dans la société, comme activité donnant statut et rôle à l’individu, n’apparaît en tant que tel qu’au
18è siècle, selon certains philosophes comme D.Méda. Sa place sociale s’est considérablement accrue depuis cette époque et le
travail est « le » moyen pour l’individu de se construire une identité professionnelle et sociale, de s’assurer un revenu, et d’obtenir
des droits sociaux.

I. Le travail crée une complémentarité entre les individus : l’analyse de Durkheim

Le rejet de l’analyse libérale de la division du travail


Postulat expliquant selon les libéraux l’apparition de la division du travail : Selon les économistes, la
division du travail peut être analysée comme la réponse à un problème auquel sont confrontés les
individus. La division du travail doit donc être vue comme un construit humain : les individus ayant
intérêt à se partager les tâches afin d’accroître le rendement de la collectivité, ou plus exactement d’être
plus productif que leurs concurrents et de gagner des parts de marché ( les deux visions n’étant pas
contradictoires mais complémentaires, vu les bienfaits de la concurrence ) . Les économistes libéraux
basent donc leur analyse sur l’utilitarisme et l’individualisme méthodologique. Ils partent d’un individu
représentatif, l’homo oeconomicus qui est égoïste et rationnel (comportement naturel à l’homme ). Ils
étudient les actions de cet individu : en recherchant son intérêt personnel, il a intérêt à diviser le travail.
Puis ils agrègent ces comportements individuels afin de faire apparaître la société qui en est le résultat.

Durkheim s’oppose à cette conception en la réfutant sur plusieurs points : ici

A. Les deux formes de solidarité ( 7 et 8 p 388)

Durkheim, comme de nombreux sociologues de son temps, va être frappé par la disparition de l’ordre
social traditionnel qui s’opère sous ses yeux et va se demander par quoi le remplacer.
Il va pour cela s’appuyer sur une analyse développée par F Tonnies qui oppose deux types de solidarité
qui se succèdent : la communauté ou gemeinschaft et la société ou gesellsachft.

Pour l’analyse de Tonnies : ici

Durkheim va reprendre et développer l’analyse de Tonnies , en insistant plus particulièrement sur les
progrès de la division de travail qui témoigne du passage des sociétés à solidarité mécanique aux
sociétés à solidarité organique , dont on peut résumer les caractéristiques par le tableau suivant .

SOLIDARITE MECANIQUE SOLIDARITE ORGANIQUE


OU PAR SIMILITUDE
TYPE DE SOCIETE Sociétés primitives ou archaïques sociétés modernes

TAILLE DE LA COMMUNAUTE restreinte densité forte


PLACE ET ROLE DE l’individualisme est totalement La conscience collective est
L’INDIVIDU inconnu, largement dépassée par les
-l’individu est soumis à la consciences individuelles
communauté - les individus se sont émancipés
-les individus sont semblables des contraintes imposés par la
collectivité:les individus sont
libres
- les individus sont différents et
complémentaires il doivent
prendre conscience de cela pour
concourir au bon fonctionnement
de la société.
PLACE ET ROLE DE LA la communauté préexiste à L’individu préexiste à la
COMMUNAUTE l’individu, en fonction de la communauté, le consensus qui va
tradition, la communauté établit générer la communauté résulte
des valeurs, des règles , un sacré de la différence de
auxquels l’individu doit se l’hétérogénéité de la
conformer complémentarité des individus
TYPE DE DROIT subordination des individus à la le droit perd son caractère
conscience collectif, le droit est répressif, devient un droit
répressif en cas de violation des restitutif qui ne recoure plus
règles édictées par la essentiellement à la punition mais
communauté, car elle se sent à la réparation: droit commercial,
attaquée dans ce qu’elle a de droit civil
plus fondamental : droit pénal;

La question est alors de savoir quelles sont les raisons qui expliquent le passage de la solidarité
mécanique à la solidarité organique.

Pour l’origine de la division du travail (10 à 13 p 389-390): ici

Pour l’analyse de Durkheim des défauts d’intégration : ici

II. Le travail permet de se construire une identité professionnelle

Nous avons vu au chapitre précédent que la division du travail permet à chacun de se rattacher à un collectif intermédiaire entre la
société et l’individu : le « métier », la profession, la catégorie sociale. Par le travail on peut d’une part se reconnaître des semblables,
qui partagent notre profession ou notre situation économique et sociale, et d’autre part se distinguer d’autres personnes, qui exercent
un métier différent, et ont donc d’autres valeurs, d’autres référence, avec qui on peut même être en conflit. Cela peut paraître
paradoxal, mais un individu a besoin de ce double mouvement de différenciation et d’assimilation pour s’intégrer. L’identification à
autrui nous rattache à la société, fait exister le collectif, et la différenciation nous donne une place dans ce collectif. Dans le travail,
cette « place » va se caractériser par un statut social – en quelque sorte le rang du travailleur dans les différentes hiérarchies sociales
(prestige, pouvoir, mais aussi richesse) – et un rôle social – c’est-à-dire l’utilité du travailleur dans l’entreprise et au-delà dans la
société, ce à quoi « il sert ».

III. Le travail assure un revenu et la participation à la société de consommation.

Travailler, plus précisément être actif, s’est s’assurer un revenu, qui est déjà une reconnaissance de l’utilité sociale de ce que l’on
fait. En ce premier sens, déjà, le travail est intégrateur. Mais le revenu permet aussi à l’individu de consommer les biens valorisés
par la société, et donc de s’y faire reconnaître. Si nous consommons tous à peu près les mêmes choses (voitures, logement, loisirs,
vêtements, etc.) ce n’est pas seulement parce que ces biens sont objectivement utiles ou nécessaires, mais aussi parce qu’ils nous
donnent un certain statut social. Pensez à ce que cela peut représenter en termes d’autonomie et d’identité personnelle d’acheter sa
première voiture.

IV. Le travail assure des droits sociaux.

Les droits sociaux sont les prestations sociales constitutives de l’Etat providence dont on reparlera à la deuxième section de ce
chapitre. C’est, par exemple, la possibilité d’une indemnisation pour les salariés qui se retrouvent au chômage. Ces droits sociaux
matérialisent la solidarité entre les individus, et plus encore l’appartenance à la société : c’est bien parce qu’on travaille en France
que l’on bénéficie d’une panoplie de droits et de prestations, qui diffèrent d’un pays à l’autre, chaque société organisant sa sphère de
solidarité.

Conclusion :

Le travail, parce qu’il permet à l’individu d’acquérir un statut social, de disposer de revenus et d’accéder à des droits et des
garanties sociales, est donc devenu un pilier de l’intégration sociale. La nécessité impérieuse (pas seulement matériellement
mais aussi socialement) d’avoir un emploi, la volonté très marquée dans les enquêtes d’opinion de s’épanouir dans son
travail, montrent bien que le travail n’est pas seulement une activité parmi d’autres. Le travail est plus que cela, il est
fortement chargé symboliquement, autrement dit il fait partie du registre des valeurs.

Pour plus de développement : ici

Partie 2 – La famille a un rôle fondateur dans l’intégration

C’est dans la famille que se passe une bonne partie de la socialisation primaire des individus. C’est là d’abord que sont transmises
les normes et les valeurs en vigueur dans la société. Mais la famille est aussi un réseau d’entraide et de solidarité qui contribue à la
cohésion sociale.

I. La famille transmet les normes et les valeurs en vigueur dans la société.

Ce mécanisme de la socialisation familiale a été abordé en classe de première : la famille transmet le langage, les mœurs, les rôles
sociaux (à commencer par ceux de parents et d’enfants !). Nous n’allons pas analyser ce processus ici, mais simplement rappeler son
importance pour bien s’intégrer à la société L’exemple de la langue est le plus parlant (si on peut dire !) : comment ne pas se sentir
étranger dans une société si on n'en parle pas la langue ? Comment interagir avec les autres si on ne peut se comprendre ?

II. La famille est le lieu d’activités communes.

C’est vrai évidemment pour les activités quotidiennes, comme les repas par exemple. Ces activités donnent lieu à un partage des
tâches à l’intérieur de la famille, un peu comme le travail est divisé dans l’entreprise, qui organise des rôles familiaux (qui prépare le
repas, qui s’occupe des tâches ménagères, des courses, des démarches administratives, etc.). Les loisirs pris en famille permettent
aussi de tisser des liens de socialisation . Enfin, la famille peut aussi être un lieu d’activité économique, comme dans les familles
d’agriculteurs traditionnelles ou chez les ouvriers du textile au début du 19ème siècle (les « canuts » lyonnais par exemple).

III. La famille constitue un réseau de solidarité.

Il est évident que la famille implique un ensemble d’obligations et de droits réciproques permanents entre ses membres, tant sur le
plan légal que sur le plan affectif. C’est notamment la relation entre parents et enfants, bien plus durable que la relation de couple par
exemple, ou encore la relation entre grands-parents et petits-enfants, avec ce qu’elle implique souvent en termes d’échange de
services ou de transferts financiers. Mais quel est l’impact de ces liens sur l’intégration ? Comme le travail, la famille est un
« échelon intermédiaire » entre la société et l’individu, où celui-ci peut prendre place, donner du sens à sa présence parce qu’elle
s’insère dans un tissu de relations de proximité. La famille est en fait un « lieu », un espace de partage où la solidarité prend une
dimension concrète. La famille est souvent, pour l'individu, le premier recours en cas de « pépin », mais aussi un recours pour
organiser au mieux sa vie matérielle (par exemple, la garde des enfants par les grands-parents, occasionnellement ou régulièrement).

Partie 3- Le rôle de l’école

Avec la famille, l’école joue un rôle important dans la socialisation des futurs citoyens. Elle contribue donc à l’intégration sociale
des membres de la société, en transmettant des normes et des valeurs, mais aussi en favorisant l’épanouissement individuel et en
préparant l’entrée dans la vie active.

I. Le rôle traditionnel de l’école : la transmission d’une culture commune.

L’ « école républicaine », celle qui s’est construite au cours de la 3è République, en particulier avec les lois de Jules Ferry rendant la
scolarité obligatoire, est d’abord celle qui a comme objectif de « fabriquer des bons français ». Elle a imposé la langue française au
détriment des langues régionales de manière très systématique (et vous savez depuis la classe de première combien la langue est un
élément essentiel de la culture d’une société). Elle a valorisé la science et la raison, et à travers elles, l’idée d’une culture universelle
dépassant les particularismes religieux. Elle a diffusé tout un ensemble de valeurs patriotiques (les grandes dates de l’histoire de
France, les « grands hommes », le drapeau français, la Révolution française, etc) qui ont contribué à construire réellement la Nation
française : les enfants, une fois passés par l’école, avaient à la fois une langue, des références culturelles et des racines historiques
communes, quelle que soit leur origine sociale, régionale, religieuse ou ethnique. On mesure à quel point ce fonctionnement était en
effet intégrateur.

II. La préparation à la vie active.

L’école prépare à l’entrée dans le monde du travail en dispensant des qualifications et en les validant par des diplômes. On retrouve
dans cette fonction utilitaire de l’école un peu la même fonction intégratrice que la division du travail : donner une place à chacun en
lui donnant une identité professionnelle. Le diplôme, c’est la reconnaissance de capacités et donc d’une sorte « d’utilité sociale »,
mais c’est aussi le début de l’appartenance à un monde professionnel.

III. La construction des individus.

L’école doit permettre à l’enfant de développer sa personnalité, de s’épanouir, donc de construire son identité personnelle, par
définition différente de celle des autres enfants. Cela peut paraître paradoxal de dire que la construction de l’identité individuelle
concourt à l’intégration sociale, mais le paradoxe n’est qu’apparent. Emile Durkheim avait déjà souligné que l’individu était
nécessairement une construction sociale : ce n’est que dans un cadre social, par opposition avec les autres et plus généralement dans
l’interaction avec les autres que l’on peut affirmer une personnalité propre.

Conclusion :

L’école rencontre aujourd’hui des difficultés dans sa mission intégratrice, mais ces difficultés, largement évoquées dans les médias,
ne doit pas conduire à sous-estimer le rôle de l’école dans la cohésion sociale. Le développement de la scolarité obligatoire jusqu’à
16 ans, le prolongement et la démocratisation des études font que le poids de l’école dans le processus d’intégration s’est
considérablement renforcé au cours du 20ème siècle.

Partie 4 – Le rôle de la citoyenneté

I. Qu’est-ce que la citoyenneté ?

La citoyenneté est d’abord politique. On peut dire que c’est la capacité à être membre d’une communauté politique et, à ce titre, à
participer à la prise des décisions. Ces décisions sont celles qui concernent la vie en société et en particulier la façon de régler les
conflits surgissant entre les membres de la société. La citoyenneté s’exerce au travers d’un certain nombre de droits (égalité
juridique des citoyens, droit de vote, etc…) et de devoirs (défense du pays, financement des dépenses collectives, etc).

II. En quoi la citoyenneté est-elle intégratrice dans une société démocratique ?

Chaque citoyen, au-delà de toutes les différences qu’il peut avoir avec les autres citoyens, est dépositaires d’une parcelle de
légitimité. A ce titre, il dispose des mêmes droits et devoirs que les autres, et il est appelé à les exercer concrètement. C’est cette
égalité entre les individus et l’implication dans le gouvernement de la société qui est intégrateur. La Nation se veut intégratrice de
ses membres au-delà de leurs différences religieuses, ethniques, ou de genre (homme/femme). Elle transcende donc tous les
particularismes au nom des valeurs universelles (égalité, démocratie, liberté). Enfin, pour conclure, on peut remarquer que si
l’exercice traditionnel de la citoyenneté politique semble aujourd’hui en déclin, il y a sans doute des formes nouvelles d’exercice de
cette citoyenneté : quand on voit le nombre d’associations s’accroître, le nombre de gens qui s’impliquent bénévolement, par
exemple, dans les Restos du Cœur, on peut penser qu’il y a là de nouvelles formes de participation, qui sont essentiellement
politiques

Partie 5- Le rôle de la protection sociale

Le développement de la protection sociale et des solidarités collectives est caractéristique du 20 ème siècle, surtout dans sa deuxième
moitié, dans les pays développés. C’est l’Etat qui en a été l’artisan, d’où son appellation, Etat providence, pour signifier que l’Etat,
donc la solidarité nationale, allait prendre en charge les individus, un peu comme auparavant, on se confiait à la providence divine
et à l’église.
I. Le développement de l’Etat-Providence

Il faut comprendre d’abord pourquoi l’Etat providence s’est créé, en réponse à quels besoins. Nous pourrons voir ensuite quelles
sont les grandes logiques qui président au développement des Etats providence et quelle typologie on peut faire, dans la mesure où
les formes qu’ont prises les solidarités collectives sont variées.
Une vidéo d’écodico de BNP Paribas sur l’Etat-Providence : ici

A. L’Etat-Providence est un système de redistribution des revenus visant à protéger les individus contre les risques
sociaux
Pour mieux comprendre cette définition de l’Etat providence, il est nécessaire d’abord de clarifier la notion de risque social. Ensuite,
nous pourrons voir en quoi consiste concrètement la « protection sociale » avant d’examiner les mécanismes de redistribution des
revenus qu’elle implique.

1. Définition des risques sociaux

Les risques sociaux peuvent être définis comme des évènements incontrôlables provoquant soit des dépenses importantes pour
l’individu (la maladie ou l’accident, par exemple), soit une diminution sensible de ses revenus habituels (chômage, cessation
d’activité, par exemple). Ces risques ont bien sûr toujours existé : la vieillesse ne date pas d’aujourd’hui (même si beaucoup plus de
gens l’atteignent aujourd’hui qu’avant) ! Mais dans une société traditionnelle, c’est essentiellement la famille, dans une moindre
mesure la paroisse (c'est-à-dire l’Eglise), qui assurent cette prise en charge des individus subissant des risques sociaux. Les liens de
dépendance sont alors très forts, en particulier entre les enfants et les parents. La révolution industrielle et les transformations de la
société qui l’ont accompagnée ont bouleversé ces solidarités traditionnelles : l’urbanisation et la faiblesse des rémunérations des
travailleurs imposent la réduction de la taille des familles, la taille des logements rend impossible la prise en charge de parents âgés,
etc Parallèlement, les individus, se différenciant de plus en plus, revendiquent une autonomie personnelle grandissante : ils préfèrent
pouvoir s’adresser à une entité abstraite, l’Etat providence, expression de la solidarité collective, plutôt que de dépendre de leur
famille, par exemple.

Le rique vieillesse par écodico de BNP Paribas : ici

2. Définition de la protection sociale

La protection sociale est donc un système qui offre aux individus une protection collective, déshumanisée (car administrative) contre
les risques sociaux. Cette protection sociale a aussi comme avantage d’être (ou du moins c’est son objectif) universelle, c’est-à-dire
de concerner l’ensemble des personnes vivant sur le territoire national. Concrètement, la solidarité s’exprime à travers le
financement de la protection sociale : tous les citoyens sont appelés à financer les dépenses de protection sociale, indépendamment
de leur situation personnelle face aux divers risques sociaux. Ainsi, un salarié sans enfant paie des cotisations pour financer les
allocations familiales, et un travailleur peu exposé au chômage ou à la pauvreté contribue néanmoins au financement de l’UNEDIC
ou du RMI. Mais tous en profitent selon leurs besoins le moment venu, quand ils sont malades, au chômage ou trop vieux pour
continuer à travailler.

3. La redistribution des revenus

La protection sociale se traduit par une importante redistribution des revenus. Cette redistribution est d’abord horizontale, c’est-à-
dire indépendante du revenu des personnes. C’est le cas des remboursements maladie, par exemple : les personnes en bonne santé,
qu’elles soient riches ou pauvres, financent par leurs cotisations les dépenses des personnes malades, qu’elles soient riches ou
pauvres. Mais elle peut aussi être verticale, c’est-à-dire redistribuer l’argent des plus riches vers les plus pauvres. C’est le cas
notamment du RMI qui est financé par les impôts payés par l’ensemble des Français, et notamment les plus riches, mais dont les
prestations sont réservées aux ménages les plus modestes.

Une vidéo d’écodico de BNP Paribas sur les risques sociaux : ici

B. Deux types de solidarité mis en œuvre par l’Etat-Providence


On distingue en général deux sortes d’Etats providence, en fonction de la logique qui préside au système de protection sociale mis en
place. Après avoir présenté les deux logiques possibles, et pour les illustrer, nous essaierons de caractériser le système français en
fonction de ces deux logiques.

1. La logique de l’assurance

Chaque actif cotise proportionnellement à son revenu et il reçoit des prestations proportionnelles à ses cotisations. Pour les
personnes qui ne travaillent pas, il faut envisager un système d’aide sociale particulier. Ici, il n’y a donc pas a priori de volonté de
réduire les inégalités, la redistribution s’effectuant entre actifs en bonne santé et malades, entre actifs et retraités, entre actifs sans
enfant et actifs ayant des enfants, etc. Le versement des prestations est « sous condition de cotisation », c’est-à-dire qu’il faut avoir
cotisé pour en bénéficier. On parle parfois de « système bismarkien », du nom du Chancelier Bismark, qui mit en place le système
d’assurances sociales en Allemagne à la fin du 19ème siècle.

2. La logique de l’assistance

La protection sociale est un système redistributif visant à assurer une plus grande égalité entre tous en couvrant les besoins
considérés comme « de base ». Dans ce type de système, tous les individus sont couverts quelle que soit leur situation
professionnelle (c’est le principe d’universalité) ; les prestations dépendent des besoins et non du montant des cotisations, elles sont
même parfois « sous condition de ressources », c’est-à-dire que la prestation décroît avec le niveau de revenu, ce qui accroît l’effet
redistributif du système (les plus riches cotisent plus et perçoivent moins). Le système est géré par le service public et financé par
l’impôt : la participation au système doit être obligatoire pour qu’il y ait redistribution des revenus, sinon les plus riches, qui sont en
quelque sorte les « perdants » dans cette logique, refuseraient d’y participer. On parle parfois de système beveridgien, du nom de
Lord Beveridge qui publia pendant la seconde guerre mondiale à Londres un rapport célèbre sur le « Welfare State » (Etat
providence), et qui inspira notamment le système de protection sociale britannique d’après guerre. ( 4 p 203 )

Une vidéo d’écodico de BNP Paribas présentant les deux logiques : ici

3. Le système français

En France, comme dans d’assez nombreux pays, le système mis en place aujourd’hui tient un peu des deux logiques, assurance et
assistance.

• La protection sociale est en principe liée aux cotisations sociales versées : pour bénéficier de prestations, il faut avoir cotisé,
c’est-à-dire avoir travaillé. C’est l’activité qui est à la source de la protection sociale. On cotise pour chacun des « risques »
(vieillesse, maladie, maternité-famille, chômage, accidents du travail). Tout assuré social a droit aux prestations sociales, c’est-à-
dire à des revenus versés quand les conditions requises sont remplies (allocations familiales, remboursement de frais de maladie,
etc…).On retrouve donc ici la logique de l’assurance.
• Mais depuis peu, grâce à la C.M.U. (Couverture Maladie Universelle), des personnes non assurées sociales peuvent
bénéficier d’une couverture sociale en cas de maladie, ce qui n’était pas le cas auparavant. La protection sociale est donc maintenant
en principe « universelle », ce qui la rapproche de la logique d’assistance. De même, le système assure aussi une fonction
redistributrice : les prestations ne dépendent souvent pas des cotisations. Ainsi, un père de famille assure le droit aux prestations à
son épouse si elle est inactive et à tous ses enfants mineurs. Un célibataire ayant le même salaire que ce père de famille paiera la
même cotisation mais disposera de beaucoup moins de prestations (pas d’allocations familiales, beaucoup moins de remboursements
de frais de maladie, etc). La redistribution se fait surtout des célibataires vers les familles et des actifs vers les personnes retraitées.
Enfin, depuis le début des années 1970, se sont développées des prestations sous condition de ressources, comme par exemple les
« bourses de rentrée scolaire». On est ici tout à fait dans une logique d’assistance.
• Par ailleurs, le système français se caractérise aussi par ce qu’on appelle le paritarisme : les institutions qui gèrent la
protection sociale sont distinctes de l’Etat (La Sécurité sociale pour la maladie, la vieillesse et la famille, l’UNEDIC pour le
chômage). Leur budget est supérieur, en montant, à celui de l’Etat. Elles reçoivent les cotisations et versent les prestations. La
Sécurité sociale et l’UNEDIC sont gérées par les partenaires sociaux : cela signifie que leurs conseils d’administration sont
composés, en principe, pour un tiers de représentants des employeurs, pour un tiers de représentants des salariés et pour le dernier
tiers par des représentants de l’Etat. Autrement dit, la Sécurité sociale, l’UNEDIC, ce n’est pas la même chose que l’Etat. Ce sont
des Administrations publiques au même titre que l’Etat et les Collectivités territoriales.

Un exemple par écodico de BNP Paribas , le financement des retraites : ici

Pour les différences de système entre pays (p214) : ici


Notions du référentiel :lien social, intégration,
universalisme/ communautarisme
Chapitre changement et solidarités individualisme,
sociales universalisme/communautarisme/corporatisme

Fiche 2 – La cohésion sociale en crise ?

Comme à la fin du 19ème siècle, quand Durkheim écrit la « division du travail social »notre société est confrontée à la question de la
cohésion sociale. Après avoir présenté l’analyse du précurseur Durkheim, et ses principaux apports, nous nous intéresserons à la
crise du lien social aujourd’hui. Les institutions traditionnellement créatrices de lien social
(famille, religion, syndicat) comme les outils (le travail) connaissent actuellement de profonds bouleversements dans la société
française (et plus largement dans l’ensemble des sociétés industrielles). Ces mutations ne mettent-elles pas en péril la cohésion
sociale en affaiblissant voire en brisant les liens qui unissent les membres d’une société.

Partie 1 – Le travail condition nécessaire et suffisante pour créer du lien social ?

I. Le développement du chômage peut créer une perte de lien social

A. Le chômage crée l’exclusion

A Gorz écrit : « le travail désigne aujourd’hui cette activité fonctionnellement spécialisée et rémunérée en raison de son utilité au
système social. Aussi longtemps que le fonctionnement du système social, sa production et reproduction exigeront du travail
humain, le travail, si réduit que soit le temps qu’il occupe dans la vie de chacun, sera indispensable à la pleine citoyenneté » .Les
individus qui sont privés d’emploi ne peuvent participer à la production de la société et par cette participation ne peuvent « acquérir
sur la société des droits et des pouvoirs ».
En effet, comme le dit D.Schnapper , nos sociétés sont fondées sur la production et la consommation . Or la production nécessite du
travail, nos sociétés sont donc basées sur le travail. Ceci va générer un cercle vicieux qui va renforcer l’exclusion du chômeur.

B. Le cercle vicieux du chômage

« si le pire survient et que l’on connaît une longue période de chômage, alors se manifeste la crise du sens dans toute son ampleur:
le chômeur, déjà exclu du cercle professionnel, s’exclut progressivement de ces autres sphères de sens que sont les relations
amicales, les projets, les loisirs, et ne peut même plus s’évader dans la consommation. Surtout plus le temps passe, et plus il perd à
ses yeux sa valeur personnelle, plus se brouille la direction de sa propre vie »; l’individu perd ses relations sociales et le risque
s’accroît que l’individu tombe dans ce que R Castel a appelé : « la zone de désafilliation (qui) conjugue l’absence de travail et
l’isolement social » .Il est donc nécessaire face à ce risque d’essayer de réinsérer les individus dans la société , en leur donnant les
moyens financiers qui leur permettront de ne pas tomber dans le dénuement , mais aussi en leur proposant des stages de réinsertion
qui faciliteront le retour sur le marché du travail . C’était tout l’objectif du RMI.

Pour plus d’informations :

II. Mais ce n’est pas automatique

A. Le travail n’a pour objectif de créer du lien social


Le travail n’a pas été inventé dans le but de voir des individus rassemblés réaliser une oeuvre commune. Dès lors, le travail est,
certes, un moyen d’apprendre la vie en société, de se rencontrer, de se sociabiliser, voire d’être socialement utile, mais il l’est de
manière dérivée ». En effet le but du travail, en particulier dans l’analyse libérale, est de satisfaire ses besoins matériels, non pas de
générer une relation sociale.

B. Le travail peut ne pas créer du lien social

On voit bien que le travail n’est pas capable d’assurer du lien social, puisque c’est la crise du travail qui est à l’origine de l’exclusion
comme le constate R Castel: « quel peut être le destin social d’un jeune homme ou d’une jeune femme - ces cas commencent à se
présenter - qui après quelques années de galère devient Rmiste à 25 ans ». La question est d’autant plus grave que les capacités
d’exclusion du marché du travail semblent se concentrer sur les populations défavorisées. On peut ici opposer deux modèles:
- durant les 30 glorieuses les populations non qualifiées issues de l’exode rural ou de l’immigration ont pu obtenir un emploi, car
dans le cadre du fordisme les entreprises avaient besoin de salariés solides physiquement pour travailler à la chaîne , c’était alors la
seule qualité qu’on leur demandait . Ces populations ont pu s’intégrer au mode de vie dominant par les augmentations de salaire qui
leur ont permis d’acquérir les biens typiques de l’american way of life , ce qui leur a permis de fournir des débouchés aux entreprises
qui ont pu embaucher. On avait alors un cercle vertueux de l’intégration par le travail.
- Au contraire aujourd’hui les qualités requises par les entreprises ont beaucoup évolué « connaissances et savoir-faire
spécialisé sont, certes, plus que jamais nécessaires pour occuper certains emplois, mais en règle générale, cela ne suffit plus: la
valorisation de la compétence technique suppose une capacité de mise en situation , des compétences sociales telles que le langage,
la flexibilité comportementale, l’intuition stratégique , tout ce qui permet d’agir au sein d’un système social différencié, de participer
à des activités collectives nécessitant des formes élaborées de coopération . (...) Or les compétences sociales sont, par nature, plus
difficiles à identifier et à évaluer et pratiquement impossibles à formaliser dans des diplômes ou des qualification reconnues ».
Dès lors, le marché du travail devient beaucoup plus sélectif, et les populations défavorisées qui présentent mal, qui ont un langage
moins recherché, risque d’être exclues du marché du travail , ce qui renforcera le risque d’exclusion sociale . On assiste alors à un
cercle vicieux : plus l’individu est intégré à la société, appartient à une catégorie favorisée plus ses chances d’obtenir un emploi
seront élevées, et inversement. Quand le marché du travail devient demandeur, la file d’attente pour trouver du travail s’allonge, et
les entreprises sélectionnent les individus qui sont les plus conformes à leur souhait. Si les catégories défavorisées ont une telle
probabilité d’être au chômage c’est que la file d’attente est longue, et que leur espoir de retrouver un emploi demeure réduit tant que
ceux qui sont devant dans la file d’attente n’ont pas retrouvé un emploi.
Pour plus de développement :

Partie 2- La famille : un groupe régulateur en crise ou en adaptation continuelle ?

Pour un texte de Martine Segalen , spécialiste de la famille

Le discours sur la famille mêle sans toujours s’en rendre compte les paradoxes et les contradictions :
• d’un premier point de vue qui remonte au début de la révolution industrielle la famille est en crise , elle s’est coupée de
la communauté, elle a perdu la majorité de ses fonctions, elle s’est donc appauvrie. Dés lors cela peut déboucher sur deux discours
contradictoires :
- selon certains elle ne sert plus à rien, elle est condamnée à disparaître sous sa forme actuelle, il faut réinventer une
famille différente.
- Au contraire selon d’autres il faut revenir au modèle familial traditionnel (lequel ? ) car la famille est la cellule de
base de la société ; la crise de la famille équivaut alors à la crise de la société.

• d’un second point de vue la famille demeure aujourd’hui le seul point d’ancrage d’une société en crise . Les individus
investissent énormément dans la famille :

- Selon un sondage la croix la famille est la valeur la plus importante (58 % des personnes interrogées loin devant
l’argent (6 %) la réussite (5 %).
- Selon P Broussard (le monde du 25 09 1994) : « Les adolescents ces 6 millions de 13 - 20 ans dont on prétend
qu’ils ne croient plus en rien, considèrent bien la famille comme le plus sûr des refuges, contre les bourrasques de
l’époque. Par gros temps, elle demeure le seul point d’ancrage qui vaille, un îlot d’affection et de sécurité .

I. La famille en crise

A. Constat

Constat : Comme l’indique F Aballea Jusqu’aux années 70 un modèle caractérise les sociétés industrielles:
• jeune âge au mariage des conjoints (24,5 pour les hommes en 72)
• nombre d’enfants assurant le renouvellement des générations (supérieur à 2.1 enfants par femme)
• taux de divorces faibles.

Une remise en cause de la norme traditionnelle ? :

• Par rapport à ce modèle familial considéré comme la norme, la maternité solitaire, le concubinage, le divorce sont considérés
comme déviants. D’ailleurs les politiques d’aide aux familles au logement ont été conçues par rapport à ce modèle.
• Mais à partir des années 70 tous les pays européens quelque soit leur culture, leur tradition, leur religion connaissent une
rupture. Le modèle dominant semble alors entrer en crise:

Pour les chiffres : ici

Conclusion : Le cercle des familles se rétrécit, et l’instabilité des couples atomise de plus en plus de foyers

B. Les déterminants

On peut donc selon de nombreux auteurs parler de crise de la famille, elle résulte de déterminants divers mais convergents :
• Cette crise de la famille semble s’inscrire dans un mouvement général de sécularisation et de privatisation de la vie
conjugale et de dénégation de la légitimité de toute autorité à légiférer en matière de rapports personnels.
• elle est en cohérence avec l’état d’une société caractérisée par le salariat, donc la perte de fonctions économiques et
patrimoniales de la famille (cf. la thèse de Talcott Parsons).
• Elle résulte aussi de la perte d’influence de la famille dans les processus de socialisation des enfants avec le
développement du système éducatif.
• Elle reflète enfin la montée de l’individualisme, l’exacerbation de l’autonomie des personnes et de l’égalité des sexes, la
contestation de l’autorité.

Mais cette crise de la famille n’est pas sans avoir des effets sur l’intégration des individus dans la société.

C. Les répercussions sur l’intégration des individus

1. L’analyse durkheimienne

On peut reprendre l’analyse de Durkheim dans laquelle la famille occupe une place essentielle dans le processus d’intégration des
individus dans la société.
Le concept d'intégration va servir de fil directeur à l'explication de ces résultais, et la famille va fournir à Durkheim le modèle réduit
de la société. La famille protège du suicide, puisque les gens mariés se suicident moins que les personnes seules, célibataires. veuves
ou divorcées. Mais le lien lui même entre un homme et une femme n’est pas l'essentiel. Tout tient à la taille de la famille, comme le
montre un dossier copieux de statistiques complémentaires. Famille nombreuse, famille solide, famille solidaire, famille cohérente,
voilà le noyau de l'intuition durkheimienne : la
famille relie fortement les uns aux autres les individus qui la composent. Elle les intègre, et, du même coup, les protège.
L'intégration est une fonction fondamentale, au sens biologique de ce terme. Une société, et il peut s'agir pour Durkheim aussi bien
d'une famille, d'une nation, d'une religion, d'un village, n'existe que dans la mesure où elle maintien: son unité contre les
différences .individuelles. Et une société protège d'autant plus du suicide qu’elle est plus cohérente
SOURCE : C Baudelot et R Establet, le suicide , l’évolution d’un fait social, économie et statistiques , 1984.

Pour étudier l’analyse durkheimienne : ici

2. rupture du lien familial et exclusion .

Comme l’indique C Martin dans « l’exclusion : l’état des savoirs » : « la rupture familiale contribue au risque d’exclusion :
• non seulement du fait de l’appauvrissement qu’elle engendre,
• 0mais plus fondamentalement encore du fait de l’isolement, de la perte de sociabilité, de soutien et d’intégration qu’elle
provoque.
• Ne pas appartenir à un tissu de relations familiales, à un réseau de sociabilité et de solidarité privée est ainsi construit comme
un risque : un risque solitude en quelque sorte ».

Constat : Ce risque solitude s’accroît :


• avec l’âge,
• avec l’insuffisance des moyens matériels (un tiers des familles monoparentales font l’objet de mesures de revenu minimum,
elles représentent 8 % de la population mais 20 % des bénéficiaires du RMI, les personnes seules représentant quant à elles
60 % des bénéficiaires),
• avec la perte du réseau familial

Conclusion : il joue donc comme un cumul de handicaps.

II. Une crise à relativiser

La crise de la famille qui fait aujourd’hui les gros titres des journaux en particulier en raison de la démission des parents qui serait à
l’origine de la violence des jeunes doit être relativisée. En effet :
• le réseau d’entraide familial n’a jamais été aussi vivace,
• les processus de déstructuration des familles sont accompagnés de processus de recomposition,
• enfin le célibat, la famille monoparentale peut résulter d’un choix qui ne se traduit pas toujours par une perte du lien social.

A. Un réseau familial bien vivant

Contrairement à ce qu’affirmait Parsons en 1955 :


• l’évolution économique n’a pas fait disparaître la famille élargie en l’isolant de son réseau de parenté.
• Bien au contraire il semble que la solidarité familiale joue à plein en temps de crise :
- une personne de plus de 60 ans sur trois aide financièrement son entourage familial.
- Les grands-parents assurent ainsi une fonction redistributrice, et se substitue à la défaillance des mécanismes de
protection sociale.
- Les grands-parents se consacrent aussi à la garde des petits enfants (un tiers des enfants de moins de trois ans sont
gardées par les grands-parents) .
- Le réseau de parenté constitue donc un groupe intermédiaire qui a 2 fonctions essentielles :
une fonction de protection : la parenté protège l’individu contre les risques de la vie sociale, en
apportant une aide financière, une disponibilité en temps
une fonction d’insertion dans laquelle la parenté se mobilise en faisant jouer son capital relationnel afin
d’insérer l’individu dans l’environnement social en lui trouvant un travail, un logement

On assiste à :
• un développement de ces solidarités familiales depuis le début des années 80, avec la crise de l’Etat-Providence qui a
tendance aujourd’hui à désinvestir le social en se reposant sur les solidarités familiales.
• Mais cette évolution n’est pas sans risques :
- En effet, on constate que plus le niveau de vie est élevé, plus les aides à la parenté sont variées et fréquentes.
- On risque donc d’observer un accroissement des inégalités si l’Etat se désinvestit trop ; les familles les plus fragiles
(ouvriers , employés ) ayant la plus forte probabilité d’avoir un de leurs membres frappés par le chômage ou
l’exclusion et n’ayant pas les moyens financiers d’assumer cette charge .

B. La recomposition des familles

• Selon H Tincq : « les divorces sont trois fois plus nombreux aujourd’hui qu’au début des années 60. (Mais) après le
divorce on se remarie ou, le plus souvent, on cohabite. Cela donne les fameuses familles recomposées c’est à dire les
situations d’après divorce quand le couple est multiplié par deux et que les enfants ont deux foyers de référence.
• Comme l’explique M Segalen « plutôt que soustraction, il y a alors abondance de parents. L’enfant ne dispose plus d’un
père mais de deux pères, un père biologique et un père social » ».

Conséquences : On peut donc dire que la famille semble faire preuve d’une certaine capacité d’adaptation et d’inventions de
nouveaux modèles.

C. L’invention de nouvelles formes familiales

Au moment où on observe un développement des divorces, un effondrement de la fécondité ( d’ailleurs à relativiser d’après Le
Bras ) , on constate symétriquement l’invention de nouvelles formes familiales

1. la question de la filiation est aujourd’hui débattue

- jusqu’à une époque récente, les droits et les devoirs qui y étaient rattachés relevaient du mariage qui confondait le
lien biologique et le lien social.
- Les filiations sont aujourd’hui dissociées puisqu’on peut être élevé par le compagnon de sa mère ; certains pères
sociaux militent donc afin de voir reconnu dans la loi un lien avec les enfants qu’ils ont élevés.
- En même temps, le développement des techniques de la reproduction assistée et les progrès de la biologie ouvre des
débats sur la filiation qui ne sont pas véritablement tranchés

2. la question du couple évolue aussi

- l’impossibilité de former certains couples est vécue comme une injustice (cas des homosexuels ) ;
- les catégories touchées par cette exclusion ont donc revendiqué une reconnaissance de leur vie de couple par un
contrat auquel seraient associés des droits fiscaux, d’héritage , de responsabilité mutuelle .

3. Le PACS une solution ? :

Le PACS est moralement révolutionnaire et oppose 2 conceptions antinomiques de la famille :


• la première considère que :
- la famille est une structure à composition fixe qui joue un rôle essentiel de reproduction sociale et qui doit donc être
protégée contre la tendance des individus à vouloir s’émanciper de leurs devoirs
- Les partisans de ce courant considèrent que le PACS ne va faire qu’aggraver la crise de la famille et risque, à
terme, de mettre en danger la relation de filiation, si les familles pacsées obtiennent, comme certains le demandent ,
le droit à l’adoption conjointe et à l’assistance à la procréation
• le second courant considère :
- au contraire, que la désaffection à l’égard de la famille et les multiplications des formes familiales sont les
symptômes d’une crise de la famille que l’on doit prendre en compte et à laquelle on doit apporter des solutions
sous peine de voir la société déstabilisée.
- Pour les tenants de ce courant, le PACS n’est que la reconnaissance légale d’une situation de fait .

Conclusion :

Parler aujourd’hui de crise de la famille comme un fait accompli n’est pas aussi évident que l’on pouvait a priori le penser :
• Certes les indicateurs démographiques sont dans le rouge, certes les signes d’un trouble profond se multiplient. Mais la
famille apparaît plus que jamais comme la valeur de référence, au plan individuel comme au plan collectif. Nous assistons
aujourd’hui à la disparition d’un modèle (celui qui a domine durant les trente glorieuses)
• mais le nouveau modèle qui est en train de se construire n’a pas encore imposé sa cohérence. Ces flottements se traduisent
donc par la recherche de nouveaux équilibres .
• On retrouve alors le véritable sens du terme crise qui correspond pour reprendre les termes de Schumpeter un processus de
destruction créatrice :
- aujourd’hui nous vivons une période de remise en cause d’un modèle qui n’apparaît plus adapté aux évolutions de
la société,
- et les individus inventent, par un processus de tâtonnements comportant des essais et des erreurs de nouvelles
formes familiales qui se substitueront à celles qui existent .

Partie 3- La crise de l’Etat-Providence (p 204-206)

On parle aujourd’hui beaucoup de crise de l’Etat providence, mais qu’est-ce que cela veut dire ? D’abord que le fonctionnement de
la protection sociale pose problème. Pendant les années de forte croissance, l’enrichissement de la société permettait de financer des
prestations sociales toujours plus grandes et l’on pouvait penser – naïvement, sans doute – que cela permettrait de réduire les
inégalités, de permettre à tous l’accès à la société de consommation et la protection contre les risques de la vie. Aujourd’hui, la crise
économique rend les ressources plus rares et l’on découvre les difficultés qu’a l’Etat providence à atteindre les objectifs qu’on lui
avait assignés.
Mais la crise de l’Etat providence signifie aussi que, face à ces difficultés de fonctionnement, celui-ci doit se transformer, et que la
nature de cette transformation, ce sur quoi elle doit déboucher, fait débat dans nos sociétés contemporaines. L’Etat providence
s’est construit sur un certain consensus : c’était aux pouvoirs publics de prendre en charge des fonctions de solidarité et de
distribution traditionnellement dévolues à d’autres (familles, Eglises, …), mais que ceux-ci ne pouvaient plus remplir compte tenu
de l’évolution de la société. Toutefois, on se demande aujourd’hui jusqu’où doit aller le rôle de l’Etat, et où commence la
responsabilité individuelle. Et nombreux sont ceux qui pensent qu’une protection collective trop étendue entraîne des effets
pervers.

La crise financière (2 p 204)

Il y a crise financière de l’Etat providence parce que le financement de la protection sociale est de plus en plus difficile, sous l’effet
conjugué de la hausse des dépenses et du ralentissement des recettes lié au ralentissement de la croissance.

A. La hausse des dépenses sociales


La hausse des dépenses de protection sociale est la conséquence du vieillissement de la population et de la montée du chômage :

- L’allongement de l’espérance de vie, qui est une bonne chose en soi, accroît toutefois la part des personnes âgées
dans la population. Il faut donc dépenser plus pour les retraites (voir aussi le paragraphe 24 de ce chapitre), mais aussi plus pour la
santé : on a généralement plus besoin de soins médicaux à 70 ans qu’à 20 ans ! De plus, ceux-ci se sont renchéris avec le progrès
technique et les découvertes médicales. Ainsi, la consommation médicale en France (soins et médicaments) est-elle passée de 100
milliards d’euros en 1995 à 147,6 milliards en 2004 (Source : France, portrait social 2005-2006, INSEE, 2005).
- Par ailleurs la montée du chômage accroît les besoins d’indemnisation, ainsi que les dépenses de solidarité avec les
plus pauvres (voir le paragraphe 23 de ce chapitre). On le voit, tout concourt à une hausse des dépenses de protection sociale.

B. Les recettes augmentent peu

Les recettes de l’Etat providence, par contre, marquent le pas.

- C’est d’abord la conséquence du ralentissement économique : le taux de croissance annuel moyen du PIB a
pratiquement été divisé par deux depuis la fin des « Trente Glorieuses », et contrairement aux dépenses, les recettes ne peuvent guère
augmenter plus vite que la richesse nationale.
- les prélèvements obligatoires servant à financer les prestations sociales sont encore beaucoup calculées en fonction
des salaires (les fameuses « charges sociales »). Or, depuis les années 80, avec la montée du chômage et l’austérité salariale, les
salaires constituent la catégorie de revenu qui augmente le moins vite. C’est d’ailleurs pour cela qu’a été instituée la CSG
(Cotisation Sociale Généralisée) qui pèse non plus sur les seuls salaires mais sur l’ensemble des revenus des ménages.

I. La crise d’efficacité (6 p 205)

Un deuxième élément de la crise de l’Etat providence est sa difficulté croissante à atteindre les objectifs qu’il s’était donnés.

A. Une faible réduction des inégalités

L’Etat providence actuel réduit peu ou mal les inégalités

• On s’aperçoit tout d’abord que le « filet » de la protection sociale « a des trous », c’est-à-dire qu’une partie de la population
ne bénéficie pas du système de protection et reste exposée aux risques sociaux. Le système français, bâti dans les années 50,
est adapté pour protéger les travailleurs stables et leurs familles.
• Mais les jeunes chômeurs, les chômeurs en fin de droits, les mères célibataires ne pouvant pas cotiser, ne bénéficiaient pas
des prestations. Il a fallu la création du RMI et de la CMU pour corriger un peu cette défaillance
• Mais le système de protection sociale redistribue parfois « à l’envers » de ce qui était prévu, et profite plus aux riches
qu’aux pauvres. C’est par exemple le cas des dépenses maladie. En effet, les personnes de milieu favorisé vivent plus
longtemps et surtout ont plus spontanément recours aux soins médicaux : ils profitent donc plus de la couverture maladie
que les plus pauvres

B. Un gaspillage d’argent public

Les dépenses de protection sociale sont mal régulées ce qui conduit à un gaspillage de l’argent public. Quand on dit que les dépenses
sont « mal régulées », cela signifie que l’on n’arrive pas à les contrôler, c’est-à-dire à sélectionner celles qui sont justifiées au regard
des objectifs que l’on poursuit. C’est tout particulièrement le cas des dépenses de santé. Comme l’assurance maladie les rembourse
aux patients, ceux-ci n’ont aucun intérêt à en limiter l’usage (elles ne leur coûtent rien, et de toute façon, les malades sont rarement
en position de juger de la pertinence des soins qu’ont leur propose). Mais les professions médicales n’ont pas non plus intérêt à
freiner les dépenses de santé qui constituent leur source de revenu. On a ainsi une envolée des dépenses, sans rapport forcément avec
l’efficacité médicale.

II. La crise de légitimité (5 p 205)

La crise de légitimité de l’Etat providence est une interrogation sur la justification morale et politique des systèmes de protection
sociale. Jusqu’où l’Etat doit-il prendre en charge les individus ? Doit-il se substituer aux mécanismes de solidarité traditionnels ?
Et à trop vouloir protéger les individus contre les risques de la vie, ne va-t-on pas les déresponsabiliser ? On a là une rediscussion
des objectifs de la protection sociale. Par ailleurs, et dans le même ordre d’idée, se pose aussi la question de la rationalité
économique des dépenses de protection sociale.

A. Le risque de déresponsabilisation individuelle

On reproche souvent à l’Etat providence de développer une culture de l’assistance, de faire perdre aux individus les sens de leur
responsabilité. Dès lors que la société procure une aide en cas de difficulté, on n’a plus à se soucier de risques que l’on court, on se
repose sur l’idée que la collectivité interviendra en cas de malheur. Par exemple, la gratuité des secours en haute montagne incite les
touristes à prendre de plus en plus de risques inconsidérés. De même, pourquoi un travailleur chercherait-il un emploi payé au SMIC
s’il peut bénéficier sans travailler d’allocations d’un montant voisin du SMIC. Au-delà de cet effet pervers sur le comportement des
individus, on peut dénoncer ici un recul du lien social dans la mesure où les individus ne pensent plus qu’à leurs droits sur la société
(et donc sur les autres) et oublient les devoirs qu’ils ont envers elle (et donc envers les autres). C’est en cela que l’on peut parler de
déresponsabilisation.

B. Un affaiblissement de la protection sociale

La protection sociale peut paradoxalement affaiblir le lien social. Il y a un risque, que certains dénoncent, d’affaiblissement du lien
social engendré par le système de protection sociale : l’Etat ayant pris en charge la protection des individus, ceux-ci se sont dégagés
des liens et des solidarités traditionnelles - notamment les solidarités familiales et de voisinage. C’est potentiellement une forme
d’individualisme triomphant qui se développe : dès lors que l’on a payé nos impôts, nous ne nous sentons plus responsable d’autrui
(pourquoi m’occuper de mon voisin puisque l’Etat a mis en place un système qui est précisément sensé pourvoir à ses besoins ?).
Cela peut expliquer en partie l’exclusion : ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ne sont plus protégés par le système, ne
trouvent plus aucun secours dans la société, et sont renvoyés à leur responsabilité individuelle sur un mode très culpabilisant.

C. Des dépenses rationnelles ?

1. Une conception libérale

C’est une des questions cruciales qui est invoquée pour remettre en cause l’Etat providence. Toutes les ressources utilisées pour
financer les prestations sociales font défaut aux dépenses qui assurent la compétitivité de l’économie, sa capacité d’innovation et
donc de croissance. Une forte critique adressée par les économistes libéraux à l’Etat providence est que les sommes ainsi détournées
de l’investissement ralentissent la croissance économique et donc la capacité à financer la protection sociale. Nos sociétés modernes
vivraient « au-dessus de leurs moyens », plus soucieuses qu’elles sont de dépenser leurs richesses plutôt que de les produire.

2. Qui peut être critiquable

On voit qu’on assiste à une remise en cause assez radicale de la solidarité collective. Que peut-on en penser ? Il y a
incontestablement des dérives de l’Etat providence, mais les résultats obtenus dans les pays en pointe pour le recul de la protection
sociale publique, comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, laissent sceptiques. Dans ces pays, en effet, des coupes claires ont été
opérées dans les budgets sociaux. Dans le même temps, les inégalités se sont fortement accrues, le nombre des gens sans protection
sociale s’est fortement accru, ce qui se traduit par un recours plus difficile au système de soins et par des conditions de vie de plus en
plus précaires pour une partie croissante de la population, y compris parfois celle ayant un emploi.

Une vidéo d’écodico de BNP Paribas sur la crise de l’Etat-Providence : ici

Pour la crise du lien social fondé sur la religion : ici

Partie IV – Les raisons de cette évolution

I. La montée de l'individualisme rend plus difficile le fonctionnement des instances d'intégration sociale
(repris de brises)

Tout le monde semble s’entendre aujourd’hui pour dire que les sociétés modernes sont individualistes – on dit même parfois que la
civilisation occidentale a « inventé » l’individualisme. Mais la signification exacte de cette montée de l’individualisme n’est pas
toujours très claire. De même, on convient généralement de ce que cet individualisme menace la cohésion sociale, mais sans préciser
par quels mécanismes. C’est donc à ces questions que nous allons essayer de répondre maintenant. Nous montrerons aussi que
l’individualisme n’est pas forcément un phénomène négatif, même du point de vue de l’intégration sociale.

• Les liens familiaux fragilisés par l’individualisme. La réduction de la taille des familles, conséquence des divorces et du plus
petit nombre d’enfants, diminue de manière mécanique le nombre de personnes avec qui l’individu a des liens familiaux. Cela
signifie que la solidarité familiale sera limitée à un nombre réduit de personnes. La diminution du nombre de mariages et la hausse
des naissances hors mariage montrent aussi ce qu’on peut appeler une désinstitutionnalisation de la famille : elle est de moins en
moins une institution normée (toutes les familles ont les mêmes formes), et repose de plus en plus sur les choix des individus. Rester
ensemble ne va plus de soi, et le lien familial est plus fragile. La socialisation et le contrôle social qu’exerçait la famille, c’est-à-dire
transmettre des normes et des valeurs et veiller à leur respect, sont plus difficile à exercer, parce que, dans une société individualiste,
la tolérance et l’épanouissement personnel sont devenu primordiaux.
• L’école face aux comportements calculateurs. Nous avons vu plus haut le rôle de l’école dans la construction d’une culture
commune. Mais du fait de l’importance du diplôme dans l’accès à l’emploi, les familles développent des stratégies scolaires vis-à-vis
des diplômes : choisir la bonne filière, le bon lycée, la bonne option, la bonne université, etc. Le calcul l’emporte de plus en plus sur
le rapport gratuit à la culture : l’élève veut bien travailler, mais à condition que « ça rapporte ». Ces comportements sont
compréhensibles dans la mesure où l’accès à l’emploi est de plus en plus difficile, mais ils vont à l’encontre de certains objectifs de
l’école. L’égalité des chances, par exemple, est remise en cause par la différenciation précoce des parcours scolaires. De même, la
diffusion d’une culture commune est parfois sacrifiée au profit de l’acquisition de compétences « utiles » pour le cursus scolaire et
l’intégration professionnelle.
• L’engagement citoyen est confronté aux calculs d’intérêt. La crise de la citoyenneté politique, qui se manifeste surtout par le
développement de l’abstention, peut être analysée comme une conséquence de l’individualisme. Dans une société ou les individus
ont accès à un certain confort matériel, les citoyens sont moins intéressés par les affaires publiques, qui ne les concernent pas
directement. Déjà au 19ème siècle, Alexis de Tocqueville prédisait que la démocratie serait un jour confrontée à l’indifférence des
citoyens : est-on en train de vivre ce phénomène ? Il faut d’ailleurs le rapprocher du comportement de « passager clandestin » qu’on
a étudié dans le cas des conflits sociaux. Cependant, l’individualisme n’est pas l’égoïsme, et il n’est pas forcément négatif. Dans le
langage courant, on tend parfois à assimiler l’individualisme et l’égoïsme, mais c’est abusif. Alors que l’égoïsme est le fait de faire
passer avant tout son intérêt personnel, l’individualisme consiste en un développement dans la société des droits et des
responsabilités individuelles, favorisant l’initiative et l ‘indépendance des individus. Mais on peut être individualiste et altruiste, si
l’on se soucie des autres par une inclination de sa propre volonté, pas au nom d’un devoir social. De plus, la montée de
l’individualisme n’est sans doute pas aussi dangereuse qu’on veut parfois le croire. Par exemple, les liens familiaux, s’ils se
transforment, restent souvent extrêmement vivaces : les liens intergénérationnels sont encore très forts, l’enfant devenant une valeur
centrale de la famille. Ils se développent même avec l’allongement de l’espérance de vie des grands-parents. De même, si la
participation politique décline, l’investissement citoyen reste fort mais sous des formes renouvelées, notamment dans des
associations humanitaires dont le caractère politique est évident.
• On le voit, si la montée de l’individualisme complique beaucoup la mécanique de l’intégration sociale, c’est sans doute
surtout parce qu’il l’oblige à s’adapter à une nouvelle mentalité, à de nouvelles valeurs.

II. Universalisme, communautarisme et cohésion sociale : de qui doit-on être solidaire ? (repris de Brises)

Un autre défi auquel doivent faire face les sociétés modernes est la montée du communautarisme : la nécessité du lien social ne
semble plus aller de soi aujourd’hui, et il y a une tendance à se replier sur la communauté ethnique ou religieuse, la région, ou même
sur la sphère privée (soi-même, la famille). Alexis de Tocqueville avait déjà envisagé ce repli des individus sur des appartenances
intermédiaires et le délitement du lien politique et social national dans les sociétés démocratiques modernes. Nous allons tenter
d’expliquer cette mutation et d’en montrer les dangers potentiels.

• Le modèle de l’individualisme universaliste. Le modèle de cohésion sociale qu’appliquent les sociétés modernes est
fondamentalement basé sur l’individualisme. En effet, il s’est construit sur la fin des solidarités intermédiaires (famille, religion,
ethnie, territoire, …), affaiblies par les mutations sociales comme l’urbanisation, la déchristianisation, la réduction de la taille des
familles. Le développement d’un lien politique national, d’une culture et d’une protection sociale nationales a renforcé ce
mouvement d’individualisation en même temps qu’il s’appuyait dessus. Tout se passe comme si aujourd’hui le lien social se tissait
directement entre l’individu et l’ensemble de la société représenté le plus souvent par l'Etat ou les Adminsitrations publiques, ce qui
permet d’un point de vue positif d’émanciper la personne des vieilles attaches issues de la société traditionnelle. Il y a aussi une
forme de rationalisation de la solidarité, dont on recherchera l’efficacité et dont on discutera les buts. On est dans ce qu’on appelle
un individualisme universaliste : « individualisme » parce qu’on met en avant les droits individuels, « universaliste » parce que ces
mêmes droits sont reconnus à tout le monde.
• Les limites d’un universalisme trop abstrait. L’inconvénient de ce modèle de solidarité est qu’il débouche sur une pratique
« froide » du lien social, parce qu’anonyme et administrative. Les prestations sociales, par exemple, ne s’accompagnent certainement
pas d’autant de chaleur humaine, de liens affectifs, que l’entraide familiale ou de voisinage. De même, quand on paie ses cotisations
sociales ou ses impôts, on fait un acte de solidarité, mais qui peut ne plus être perçu comme tel, ni par soi, ni par ceux qui en
profitent, parce qu’il passe par l’interface de la Sécurité Sociale ou de l’Etat. A la limite, cette anonymisation du lien détruit le
sentiment de solidarité parce que les individus se sentent dispenser personnellement du devoir d’entraide dès lors qu’il est assumé
collectivement. Ce mouvement est renforcé aujourd’hui par l’affaiblissement des identités nationales dans un contexte de paix
durable (les conflits aident à « souder » les communautés nationales !) et de mondialisation économique et culturelle.
• Le communautarisme et la recherche d’un lien social moins abstrait. A l'opposé du mouvement d’universalisation et de
rationalisation du lien social que nous venons d’évoquer, on constate aussi une tendance inverse de reconstitution de liens
communautaires, basés sur l’appartenance, sur l’identification de l’individu à un groupe intermédiaire. On trouve ainsi, par exemple,
des médias de type communautaire (« Pink TV », « Filles TV »). Vous avez aussi entendu parler des revendications régionalistes
(Corse, Pays Basque, Lombardie, …) : utilisation de la langue régionale comme langue administrative ou langue d’enseignement (ce
qui discrimine évidemment ceux qui ne sont pas originaires de la région), autonomie financière qui remet en cause la redistribution
fiscale entre régions et donc la solidarité nationale. Le développement des signes d’appartenance religieuses ostensibles (on pense
bien sûr au voile, mais ce n’est pas le seul exemple) est également l’indice d’une montée du communautarisme religieux. Ces
mouvements peuvent être vus comme l’expression d’une forme d’individualisme : les individus affichent leurs particularités pour
marquer leur autonomie vis-à-vis de la société (c’est surtout vrai pour les identités minoritaires). En ce sens on peut parler
d’individualisme communautaire. Mais ce sont aussi des formes de lien social moins abstraites, peut-être aussi plus spontanées, et
qui tissent souvent des solidarités de proximité. Il est par exemple plus facile de se fabriquer une identité en marquant son
appartenance à un groupe clairement différencié des autres. Et des mouvements de solidarité de voisinage (en cas de catastrophe
naturelle par exemple) sont plus ressentis comme des gestes personnalisés.
• Mais le communautarisme peut déboucher sur une remise en cause de la cohésion sociale. Le communautarisme menace le
lien politique, car si on cultive les différences entre les groupes constituant la société, on met forcément à mal l’idée de citoyenneté
qui se fonde justement sur les points communs et non les différences entre individus. Dans les cas extrêmes, on peut arriver à ce que
les groupes aient des représentations politiques distinctes. Un autre danger du communautarisme est qu’il peut limiter l’ampleur de
la solidarité en la réservant au groupe (un parti politique français demande par exemple des systèmes de sécurité sociale séparés pour
les immigrés et les Français).

Chapitre changement et solidarités Notions du référentiel : exclusion, pauvreté, anomie,


sociales déviance

Fiche 3 – L’exclusion, la question centrale du XXI° siècle

Introduction :

Comme l’indique S Paugam dans l’exclusion : l’état des savoirs : « En France l’exclusion est devenue au cours des dix dernières
années, une notion familière presque banale, tant il en est question dans les commentaires de l’actualité, dans les programmes
politiques et dans les actions menées sur le terrain (...). L’exclusion est désormais le paradigme à partir duquel notre société prend
conscience d’elle-même et de ses dysfonctionnements, et recherche, parfois dans l’urgence et la confusion des solutions aux maux
qui la tenaillent. La communauté scientifique peut ,à juste titre, relever le caractère équivoque de cette notion si diffuse qu’elle en
perd toute signification et souligne les incohérences du débat qu’elle suscite ». Il semble que cette citation résume en partie toutes les
difficultés à définir le terme exclusion :
• c’est un mot d’usage récent :
- il apparaît dans les année 60 pour caractériser la situation d’une population identifiée comme faisant partie du
quart-monde qui malgré la forte croissance économique des années 60 n’arrive pas à s’intégrer au modèle de
consommation qui se développe alors.
- Puis ce terme disparaît pour réapparaître au début des années 80 mais en prenant un sens différent : l’exclusion
résulte désormais de la dégradation du marché de l’emploi et d’affaiblissement des liens sociaux.
• C’est un terme équivoque, mal ou peu défini et dont en plus la définition évolue au cours du temps.
• C’est un terme qui est utilisé par des acteurs sociaux différents pour caractériser des réalités n’ayant que peu de
points communs ; et porter des jugements sur les populations concernées antinomiques ( des victimes de la société ou
des parasites sociaux)
• C’est un terme qui est assimilé à des mots décrivant des réalités différentes : les exclus contrairement à ce qui est
souvent affirmé ne sont pas des marginaux.

L a distinction exclu, marginal et déviant : comme l’indique D Schnapper :


• Le marginal vit en marge de la société mais il est dans la société , l’exclu lui se trouve en dehors .
L’exclu ne peut être non plus assimilé sans risque au déviant : on retrouve ici un jugement de valeur
considérant que les exclus les pauvres sont , comme l’écrivait Chevallier , des classes laborieuses donc
des classes dangereuses

Partie1 – Pauvreté et déviance : des concepts différents

I. Définitions et mesures de l’exclusion .

Comme l’écrit P Rosanvallon dans la nouvelle question sociale tous les phénomènes d’exclusion comportent la même leçon : «
l’approche statistique classique est inadéquate à leur compréhension (...) :
• Cela n’a aucun sens d’essayer d’appréhender les exclus comme une catégorie, ce sont les processus d’exclusion qu’il
faut prendre en compte.
• La situation des individus concernés doit en effet être comprise à partir des ruptures des décalages et des pannes qu’ils ont
vécus
Conséquence : Il ne sert donc pas à grand chose de compter les exclus :
• Cela ne permet pas de les constituer en objet d’action sociale.
• L’important est d’abord de bien analyser la nature des trajectoires qui conduisent aux situations d’exclusion en tant qu’elles
sont chaque fois les résultantes d’un processus particulier ».
La méthode à utiliser : La compréhension de l’exclusion nécessite donc avant tout :
• de multiplier les analyses biographiques pour mieux saisir comment les exclus sont arrivés dans la situation dans laquelle ils
se trouvent.
• Il faut étudier précisément les trajectoires, les ruptures qui de la précarité ont pu à terme faire tomber l’individu dans
l’exclusion .
• On se rend alors compte qu’aujourd’hui l’exclusion résulte d’un faisceau de causes dont l’essentielle ( mais pas la seule : cf.
la solitude des personnes âgées qui se sentent abandonnés , cf. les paysans étudiés par P Bourdieu qui ont l’impression
d’avoir perdu leur vie quand leurs enfants ne veulent pas prendre leur suite ) semble bien être la perte de l’emploi.

Pour plus de précisions


Conséquences : On peut donc penser que l’exclu :
• n’est pas seulement celui qui n’a pas un revenu suffisant pour s’intégrer au mode de vie moyen de la population,
• et donc que les mesures de traitement social de l’exclusion, telles que le RMI, aussi essentielles soient-elles ne permettront
pas à elles seules de réinsérer les individus dans la société.

La dimension économique de l’exclusion par BNP Paribas : ici

II. La déviance

A. Un concept difficile à définir

Selon HS Becker la déviance a reçu plusieurs définitions qui sont plus contradictoires que complémentaires et qui contribuent à
entretenir le flou sur cette notion :
• une première approche de la déviance est statistique : est déviant tout ce qui s’écarte par trop de la
moyenne, cela n’explique ni comment est définie la déviance, ni de quoi elle résulte.
• Une deuxième approche définit la déviance comme quelque chose de pathologique révélant
l’existence d’un mal social. Cette conception n’est pas sans poser des problèmes : quel mal, quelle
origine. Cela conduit souvent à reprendre le jugement profane qui considère que la déviance ne vient
pas du corps social, mais de l’individu.
• une troisième approche , celle des fonctionnalistes , que seraient déviants, dysfonctionnels les
éléments qui remettent en cause la stabilité , l’équilibre d’une société . Cela suppose qu’il y a accord
de tous les membres de la société sur les fonctions qui assurent la stabilité, ce qui n’est pas
généralement le cas.
• Une quatrième approche serait de considérer comme déviants les individus qui ne respectent pas les
normes définies par le groupe. Ceci suppose qu’il existe un accord sur les normes.

• selon Becker: Est déviant celui que la société étiquette comme déviant parce qu’il ne correspond
pas aux normes que la société a édicté. Becker démontre que l’individu qui est désigné par la
société comme déviant n’a pas forcément transgressé les normes de la société, ce n’est pas lui qui
rejette la société, c’est la société qui le rejette.

B. L’analyse de Merton

Merton dans son analyse distingue deux éléments :


• La société définit des objectifs légitimes qui sont hiérarchisés en fonction de la valeur que la
société leur accorde, les individus cherchent donc à atteindre ces objectifs mais alors se pose le
problème des moyens que l’on peut utiliser pour y arriver
• Comme pour les objectifs Merton considère que la société définit des moyens légitimes pour
atteindre les buts valorisés, moyens qui ne remettent pas en cause l’équilibre de la société.

Se pose alors le problème de la congruence entre les objectifs légitimes et les moyens
légitimes dont disposent les individus
- soit les individus peuvent atteindre par des moyens légitimes les buts valorisés par la société et
l’équilibre est alors maintenu
- soit la société n’est pas capable d’assurer la congruence entre moyens et objectifs légitimes, alors
les individus qui peuvent atteindre les objectifs légitimes par les moyens légitimes vont adopter un
comportement qui les conduits à utiliser les moyens les plus efficaces pour atteindre leurs buts
même si cela doit se faire en dehors du cadre défini par la société . La société devient alors instable
et présente des phénomènes d’anomie (attention la définition de l’anomie au sens de Merton est
différente de celle de Durkheim ).

Certains individus adoptent alors un comportement : l’innovation : ceci correspond au comportement


déviant selon Merton :
- la société incitant les individus à valoriser plus les objectifs légitimes (la réussite sociale par
exemple) que les moyens légitimes pour les atteindre l’individu va utiliser les moyens qui lui
semblent les plus efficaces , seul le résultat final étant pris en compte .
- Ce comportement selon Merton est caractéristique de la société américaine qui valorise tellement
la réussite sociale qu’elle conduit les individus à contourner les normes qu’elle a pourtant définies.

Pour les 5 types d’adaptation des individus : ici

C. L’analyse interactionniste de la déviance

Pour une critique de l’analyse de Merton de la déviance : ici

1. Une création de normes

Il paraît donc important de savoir comment et par qui sont créées les normes :
• Becker considère qu’elles sont le fait de véritables croisés qui veulent extirper le mal, le vice de la
société, qui considèrent que le mauvais fonctionnement de la société résulte de l’absence de
normes. Ils vont alors définir des normes qui correspondent à leur vision de la société qui semble à
Becker intransigeante.
• Une fois la norme fixée, il faut déterminer des individus, des populations qui se situent en dehors
de la norme et qui seront alors considérées comme déviantes, qui seront stigmatisées pour leur
non-conformité ou mis en dehors de la société .
• l faut donc faire respecter les normes,ce qui nécessite la création d’un corps de professionnels qui
font respecter les règles, qui par leur action déterminent une population déviante a priori.

2. Les répercussions du processus de stigmatisation : La théorie de l’étiquetage


On peut alors se demander à quel point le fait d’être défini comme déviant ne conduit pas l’individu à
adopter un comportement déviant ? C’est la théorie de l’étiquetage qui considère que :
• l’on devient délinquant quasiment par héritage social. Le criminel se trouve en présence de
systèmes de valeurs concurrents, et il va construire sa personnalité en prenant en compte les
opinions des autres à son égard.
• Le simple fait d’appartenir à un milieu social où règne la délinquance va lui permettre de se
construire une identité par réaction et en intégrant les attentes de ceux qui littéralement lui collent
une étiquette de mauvais garçon.
• Le déviant est ainsi celui qui est désigné comme tel par le reste de la société conformiste.

Pour un exemple de déviance : les bandes dans les banlieues (cf dossier 4 p 208-209) : ici

Partie 2 – Les solutions mises en œuvre en France

I. Le Revenu Minimum d’Insertion :une réponse utile mais limitée à l’exclusion

A. Présentation

Le 1er décembre 1988 la France se dotait d’une nouvelle loi sur le traitement de la pauvreté et de l’exclusion qui était l’expression
d’une volonté collective de renforcer la cohésion sociale. Cette loi reposait sur deux logiques complémentaires :
• assurer un revenu minimum aux plus démunis qui permet aux allocataires de couvrir leurs besoins fondamentaux, mais
dont en même temps les modalités d’application sont suffisamment restrictives pour ne pas être désincitatives au travail : le
RMI est ainsi nettement inférieur au salaire minimum (ceci relève de la logique méritocratique).
• Réinsérer les individus dans la société en leur donnant des moyens financiers leur permettant de restaurer leur image
sociale, mais surtout en leur donnant une formation qui devrait déboucher à terme sur un travail . L’allocataire est donc, de
ce point de vue obliger de faire des stages démontrant sa volonté de sortir de l’exclusion . On retrouve ici l’idée
traditionnelle selon laquelle les pauvres ont des efforts à faire.

Pour les publics touchés : ici

B. Un constat ambigu

1 - les effets positifs

La perception du revenu minimum a permis aux allocataires de couvrir un certain nombre de besoins essentiels :
• La sécurité matérielle a été complétée par l’amélioration importante de la couverture maladie qui bénéficie désormais à 97
% des Rmistes. La création de la CMU a permis de rendre universelle la prise en charge de la couverture maladie.
• L’ouverture des droits a, de surcroît, permis aux allocataires d’améliorer leurs conditions de logement.
• il semble aussi que le RMI ait renforcé la solidarité familiale.
• Mais surtout le RMI a permis aux allocataires, selon B Perret et G Roustang: « de disposer d’argent (ce qui) dans notre
société est une composante essentielle du statut personnel. Pouvoir payer, au lieu d’utiliser des bons alimentaires, change
l’image des Rmistes pour eux-mêmes et leur entourage.
• Grâce au RMI, certains peuvent posséder à nouveau ou pour la première fois un carnet de chèques, signe visible de
l’intégration économique sinon sociale. »
Remarque : en 1999 a été votée la loi créant la Couverture Maladie Universelle qui est destinée à favoriser l’accès aux soins des
plus démunis et donc à garantir une couverture aux 6 millions de personnes qui avaient renoncé à se soigner faute de ressources
suffisantes.

2 - les limites .

Néanmoins le RMI n’a pas véritablement atteint ses objectifs qui étaient de réinsérer par le retour à l’emploi l’individu dans la
société :
• En effet une majorité de Rmistes ne sont pas sortis du RMI, par exemple en 1991, seuls un tiers des allocataires inscrits un
an plus tôt ont un emploi ou suivent une formation
• Ceci entraîne une forte augmentation du nombre d’allocataires qui est passé de 335 000 en 1998 à près de un million
aujourd’hui.

Conclusion : On peut alors en conclure que le RMI qui devait correspondre à une période transitoire de la vie d’un individu est
entrain de s’inscrire dans la durée : quand on devient Rmiste on a une forte probabilité de le rester.

Les explications : Cette absence de perspective d’avenir pour les allocataires résulte de la faillite du système d’insertion qui est due
principalement à trois raisons :
• manque de mobilisation des acteurs locaux ( entreprise, collectivités locales , élus) en faveur de l’insertion qui s’est
parfois traduite par la non dépense des sommes affectées à l’insertion . Ainsi le taux d’insertion varie de 30 à 80% selon les
départements.
• paradoxalement on observe aussi une insuffisance des moyens affectées à la formation : la formation représente seulement
20 % de l’allocation elle devrait au minimum en représenter 60 % . Dés lors les stages sont des stages parkings qui n’offrent
pas véritablement de formation et qui ne débouchent pas sur un emploi.
• L’allocataire est aujourd’hui obligé de suivre des stages pour s’insérer mais en contrepartie l’Etat n’a aucune
obligation d’insertion de l’individu il y a de fait selon Perret et Roustang « une certaine inégalité entre les deux parties » .
L’insertion ne pouvant être réalisée tant qu’un nombre insuffisant d’emplois est créé.

Finalement on peut se demander avec Roustang et Perret si l’allocation n’avait pas pour but de freiner la dérive de l’illégalité comme
le dit un Rmiste « si on ne l’avait pas, on serait où, au bord de la révolution ? ».

II. Vers une activation du RMI : Le Revenu Social d’ Activité (RSA)

Pour une présentation du Revenu Minimum d’Activité proposé par le gouvernement Raffarin : ici

A. Le constat établi par M Hisrch pour justifier la création du RSA

M.Hirsch note :
• le nombre de Rmistes n’a pas diminué
• pour un Rmiste, il n’est pas toujours intéressant financièrement de reprendre un travail
Pour l’analyse de M.Hirsch : ici

B. Qu’est ce que le RSA ?

Le RSA est une prestation qui se substitue et transforme le RMI, l’API et, le cas échéant, d’autres minima sociaux, les systèmes
d’intéressement des minima sociaux et la PPE. La substitution permet la simplification et la transformation permet l’efficacité.
Juridiquement, c’est une prestation sociale qui :
– remplace le RMI, l’API et, le cas échéant, d’autres minima sociaux, en l’absence de revenus d’activité ;
– complète les revenus d’activité en fonction de la composition de la famille quand un ou plusieurs membres de la famille
travaillent, en remplaçant la PPE.
Le RSA offre à ses bénéficiaires un complément de revenu qui s’ajoute aux revenus d’activité quand la famille en perçoit, pour leur
permettre d’atteindre un niveau de ressources qui dépend de la composition familiale et du montant des revenus du travail.
L’allocation perçue est égale à la différence entre ce revenu garanti et les ressources du foyer.
Contrairement au RMI qui est une allocation différentielle, le RSA est un dispositif dont le montant diminue chaque fois que les
revenus augmentent mais dans une proportion moindre que cette augmentation, garantissant ainsi une progression régulière des
ressources globales du ménage. Il s’agit en substance de permettre aux bénéficiaires de cumuler les revenus tirés du travail et une
fraction de prestation sociale en faisant en sorte que les revenus du travail soient le socle des ressources.

Pour en savoir plus :

C. Les objectifs du RSA

Selon M Hirsch les objectifs du RSA sont :


 « Le RSA sera incitatif au retour à l’emploi ?donnera de la visibilité aux personnes sans emploi sur l’évolution de leur
revenu en cas de reprise d’emploi.La création du rSa doit permettre, pour les personnes exerçant une activité faible ou
nulle,quelle que soit la situation de départ, que le produit de chaque nouvelle heure travaillée puisse améliorer le revenu
final de la famille en supprimant les « effets de seuil ».Il s’agit de rendre le retour à l’emploi ou l’augmentation du temps de
travail financièrement intéressants, tout en les facilitant par un meilleur accompagnement.
 Le RSA augmentera le soutien financier à destination des ménages pauvres qui travaillent à temps partiel ou de façon
intermittente et ne touchent pas aujourd’hui la PPE. Pour les personnes avec une activité professionnelle à temps partiel ou
discontinue, la prestation doit garantir que les ressources globales permettent de franchir le seuil de pauvreté avec une
quotité de travail plus faible qu’aujourd’hui tout en créant les mécanismes d’accompagnement permettant d’accéder à des
emplois de meilleure qualité.
Le rSa assurera un soutien financier à destination de tous les ménages à revenus modestes. Pour les personnes avec une activité
professionnelle à temps plein ou proche du temps plein, il permet d’assurer un complément de revenu significatif et adapté à la
configuration familiale.
 Le RSA rendra les systèmes de prestations sociales de soutien aux revenus plus compréhensibles par les citoyens. Pour
tous, la création du RSA permet de simplifier le système des aides et de rendre l’ensemble plus lisible pour les
bénéficiaires, les revenus plus prévisibles pour les familles, les transferts plus faciles à expliquer et à solliciter pour les
accompagnants sociaux. »
 Le RSA réduira le nombre d’interlocuteurs pour les familles en situation de pauvreté.
 Le RSA préviendra les ruptures dans les parcours d’insertion professionnelle en évitant l’entrée et la sortie dans des
prestations cloisonnées.
 Le RSA mettra fin à la stigmatisation des bénéficiaires de minima sociaux en les rendant bénéficiaires d’une prestation
large, plus universelle.
Pour tous, il accroîtra les incitations à sortir du secteur informel et luttera contre le travail dissimulé, au bénéfice des salariés
concernés. »

III. La nécessité d’une politique plus préventive .

Cette idée d'un continuum allant de l'intégration à l'exclusion et sur lequel peuvent se dessiner des zones de sécurité (maximale), de
fragilité et d'insécurité (maximale), avec des lignes de glissement et de rupture, a été approfondie récemment par R. Castel
Son hypothèse est que toutes les situations sociales aujourd'hui problématisées expriment un mode particulier de dissociation du lien
social, qu'il appelle la désaffiliation. La désaffiliation sociale est, dans l'hypothèse-de Castel, l'effet ou la résultante de la,
conjonction de deux processus : un processus de non-intégration par le travail (et dans le monde du travail) d'une part, et un
processus de non-insertion dans les réseaux proches de sociabilité familiale et sociale.
Le croisement de ces deux axes (Intégration-non-intégration par le travail et Insertion-non-insertion dans des réseaux de relations
sociales) permet alors de distinguer les diverses zones suivantes entre lesquelles les frontières sont poreuses et qui désignent
plusieurs types de statuts sociaux (voir schéma ci-dessus) :
- zone d'autonomie (intégration + insertion) : les "intégrés-insérés" (statut social le plus favorable)
- zone d'individualisme sans attaches (intégration sans insertion) : les "individualistes-autosuffisants"
- zone de vulnérabilité (intégration et insertion miniminales) ; les "vulnérables »
- zone d'assistance (non-intégration + insertion) : les "assistés"
- zone de désafiiliation maximale (non-intégration + non-insertion) : les "exclus" (statut social le plus défavorable).
En savoir plus : ici

A travers l’analyse de R Castel on se rend bien compte que les mesures telles que le RMI pour nécessaire qu’elles soient ne sont en
aucun cas suffisantes , elles devraient être couplées avec des mesures préventives qui auraient pour objectif de ne pas faire tomber
les individus dans l’exclusion (ou plus exactement dans la désaffiliation pour parler comme Castel).

Pour l’analyse de P.Rosanvallon : ici