Vous êtes sur la page 1sur 12

A l’attention du président du conseil de paris et du chef du bureau RMI

Madame, monsieur,

C’est avec étonnement et consternation que je viens de lire votre « Avis de suspension du RMI » dont je fais
l’objet.

Vous désirez que j’aille au pseudo « bilan de compétence », qui n’en est pas un d’ailleurs, encore un nom qui
veut tromper son monde, comme si cela avait un quelconque rapport avec moi, mon travail artistique ou mes
démarches.
J’ai été à un pré-entretien chez Artemisia, n’y croyant pas trop mais me disant qu’il y aurait peut-être quelque
chose d’intéressant. Dans un premier temps, on me remet des photocopies de liste d’ « objectifs », de
« méthodes » et de termes comme : « faisabilité » « plan d’action » « évoluer » « chercher un autre emploi »
« me convertir » « obtenir un diplôme », et avec ça, l’on m’a servit tout un discours pré-formaté, sans aucune
possibilité de conversation possible, ce à quoi j’apprends qu’on veut me kidnapper tous mes mercredi
pendant 4 mois… Pour faire quoi au juste ? Rien de bien concret, tout cela ressemble juste à un acte de
présence. Avec des réunions de groupe, ce que je refuse, je ne suis pas ancien alcoolique ou pervers sexuel.
Aussi la question qui me vient : Qu’ai-je fait de mal pour qu’on veuille me faire pointer une fois par
semaine ? Pour moi, cela s’apparente à de la liberté conditionnelle, et aucun juge ne m’a condamné à ça.

Surement que ce pseudo stage pourra aider certains artisans ou des gens travaillants dans le spectacle vivant.
Mais moi, je suis artiste plasticien, encore faut-il comprendre de quoi il s’agit là.
Je ne vends pas de choux ou de navets, je ne réalise pas des « produits culturels »,non, je suis plasticien,
comme Modigliani, par exemple, qui disait qu’il devait disposer de tout son temps de cerveau disponible, et
qui ne concevait pas de travailler dans un magasin de chaussures pour gagner sa vie, par exemple.
En France, ce qui n’est pas le cas de certains pays du nord, il n’y a pas de statut financier pour nous.
Les acteurs, comédiens, décorateurs ou ingénieurs du son ou des lumières peuvent prétendre à un statut
d’intermittent du spectacle. Moi je ne le peux pas, je dois me contenter du minimum, soit un RMI, et ce, sans
statut autre que celui de RMIste, ce qui n’est pas très valorisant d’ailleurs. Minimum qui me permet
uniquement de survivre et non de vivre… Et vous voulez me retirer cette survie ?

Je ne peux pas faire n’importe quel petit boulot pour gagner ma vie : je n’en suis pas capable, dû notamment
à mon caractère colérique. Je vais voir un psy deux fois par semaine depuis 4 ans, je me connais assez bien
maintenant.

Sachez que je ne fais pas parti de ces personnes qui touchent un RMI et ne font rien de leur vie.

Je travaille beaucoup, j’ai un BAC+3 accordé à Paris8, j’ai participé à différentes expositions, notamment à
Vichy où j’étais exposé parmi Picasso, Alechinsky, Arp, Lewitt, Nemours et tant d’autres… ou bien encore à
l’espace Pierre Cardin sur les Champs Elysées, entre autres.

Pour ma visibilité, j’ai crée de toute pièce un site internet (avec un ami développeur) très riche en contenu,
que tout le monde trouve formidable, et j’ai aussi un compte myspace music et un compte youtube.
J’ai aussi participé au festival international VIDEOFORMES ou mis en vente des livres d’artistes à la
librairie de Beaubourg, par exemple.
Aujourd’hui, je n’ai rien à montrer puisque je travaille sur mes différents projets, et que tant qu’ils ne sont
pas finis, cela ne sert à rien que j’aille voir galeries ou autres lieux d’art et d’exposition.
Je réalise un album audio, accompagné de vidéos et d’une série de photos, un projet très ambitieux, qui
arrivera probablement à terme cette fin d’année, sur lequel je travaille depuis 4 ans, ce qui n’est évidemment
pas énorme puisque je réalise tout moi-même.
Et je travaille aussi sur d’autres projets, tout aussi intéressants.
Je reprend l’une de vos remarques « Or dans le cadre du RMI, l’allocataire doit participer à des actions en
vue de son insertion et de son autonomie financière »…
C’est bien en ce sens, figurez-vous (ce n’est pas pour mon plaisir personnel), que je commence à réaliser des
chartes graphiques pour des sites internet…
Et mon référent vous à joins une copie d’une facture de 715€, gagné en coréalisant un site pour une artiste
plasticienne.

Je crois donc qu’au vu de tout ce que je viens de dire, on peut bien parler d’actions en vue de mon insertion
et de mon autonomie financière, et cela fait d’ailleurs près de 10 ans que j’y travaille. C’est un travail de
fond, lent certes, mais lorsque je vendrais mes œuvres comme elles le méritent, je n’aurais aucun problème à
payer des impôts, et je rembourserais largement ce que l’état m’aura prêté.

Pour le court terme et dans le cadre du prochain RSA, je compte faire plus de réalisations graphiques
rémunérées.

Sachez que je passerais devant touts les commissions qu’il faut puis devant le tribunal si nécessaire pour
faire valoir mes droits et pour pouvoir survivre jusqu’à mon ascension.

Veuillez agréer, madame, monsieur, mes salutations distinguées.


Paris, le 14 février 2010

Bureau du RSA
A l’attention de XXX XXX

Madame, c’est avec regret, bien évidemment, que j’ai appris la décision de l’équipe pluridisciplinaire
demandant une suspension de 100 € de mon RSA.

Permettez-moi d’abord de m’étonner de n’avoir reçu votre lettre qu’en courrier simple et non en courrier
recommandé, ce qui aurait pu être dommageable.

Je vous joins à nouveau ma précédente lettre qui me semble déjà bien explicative.

Je vais donc ici m’attarder plus sur cette fameuse phrase qui est l’objet du litige :
« Dans le cadre du RMI, l’allocataire doit participer à des actions en vue de son insertion et de son autonomie
financière. »

Excusez-moi, mais il me semble que je fais ce que vous me reprochez de ne pas faire, et cela ressemble donc
à un dialogue de sourd, où la finalité est plus la suppression du minima social pour un grand nombre
d’artistes plasticiens que la volonté d’aide, d’accompagnement, et surtout de soutien, personnalisé des
individus. Une sorte de nouvelle chasse aux sorcières.
Et je vous le redis Artemisia ne correspond en rien ni à mes attentes, ni à mes besoins, et va s’avérer
totalement contre productif.

Que fais-je donc pour accéder à mon autonomie financière ?

Tout d’abord, je vois régulièrement un psy, car en effet, caractère colérique, passages dépressifs, paranoïa et
angoisses notamment, n’aident pas à aller de l’avant. Et cela fait au moins 4 ans que j’ai commencé ce
travail, ce n’est pas miraculeux non plu et cela est laborieux.

Ensuite, je suis plastiquement parlant, très productif, je crée beaucoup, et ce dans différents domaines. Et
non, je n’ai toujours pas finit mon projet principal. Sachez qu’a ce jour, il y a 50mn d’audio, 11 vidéos et une
série de photos qui sont finis pour ce projet, mais il manque quelques vidéos et 20mn d’audio. Je ne peux pas
me permettre de bâcler mes œuvres pour satisfaire une aide sociale. Et je n’ai pas de raison d’aller chercher
une galerie sans cet incroyable travail que je réalise tout seul.
Et je vous épargne de mes nombreuses autres œuvres que je réalise conjointement à cette principale comme
des dessins, un autre projet audio, des photos, des vidéos diverses des peintures ou des écrits.

Je participe à des concours, comme celui prochainement de la biennale de Cachan, par exemple.

J’ai participé à l’exposition « 53ème salon des arts du Bourbonnais » en Avril 2009, à Vichy.

J’ai réalisé une charte graphique pour un site internet en décembre 2009 (cf. facture jointe)

Je cite encore votre lettre : « Les prestations préconisées (…) n’ont pas été suivis. »
Donc, si je comprends bien, si l’on me demande d’aller à un stage de plomberie, je ne peux pas refuser ?
Quelles ont été les différentes propositions ? Je n’ai eu aucun choix, en gros, c’est Artemisia ou rien.
Tout ce dont j’ai besoin (et tout ce dont ont besoin les autres artistes plasticiens) ne m’a pas été proposé dans
le cadre de mon RMI, à savoir :
- La mairie de Paris possède des lieux d’exposition, ce qu’il nous manque cruellement, hors aucun lieu ne
m’a été proposé
- Aucun appel à une candidature de la ville de Paris ne m’a été proposé, pour un expo, une réalisation
d’affiche ou je ne sais quoi.
- Aucun rendez-vous avec quelqu’un chargé de la culture à Paris ne m’a été donné.
- Aucun agent d’art ne m’a été proposé.
Je m’arrête là mais il pourrait y avoir nombreuses propositions et/ou aides intéressantes pour moi ou les
autres artistes plasticiens, pouvant faciliter grandement leur ascension social et leur autonomie financière.

Sachant que je suis plus ou moins au seuil de pauvreté, que je suis donc dans une situation précaire, où la
plus grande quantité de mon argent passe dans mon travail d’ailleurs, si vous me retirez le rsa, j’appelle cela
de la non assistance à personne en danger. Et je rappelle encore une fois qu’il n’y a pas de statut d’aide
financière pour les artistes plasticiens, au même titre que le statut d’intermittents du spectacle, par exemple,
ou dans d’autres pays du Nord de l’Europe.

Bien sûr, je conteste toute suppression de mon RSA, ainsi que cette suspension partielle de 100€, que je
ferais parvenir au président du conseil général.
Et si cela est nécessaire, je suis prêt à passer devant la commission pluridisciplinaire.

Je terminerais en citant la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme :

« Article 23:
3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’a sa famille
une existence conforme à la dignité humaine, et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection
sociale. »

Et désolé, mais même si cela vous dépasse, je travaille, oui, je suis même investit à 100%, et mon métier
s’appelle : artiste plasticien.

Je vous pris d’agréer, Madame, mes salutations distinguées.


Partie masquée par une
bande blanche collée en
oubliant le mot "mécénat".
Voir page précédente pour la
phrase complète.
A l’attention de Monsieur le Président du Conseil Général de Paris

OBJET : Contestation de la décision de la suppression de mon RSA

Paris, le 19/04/2010,

Monsieur,

Par la présente je viens vous informer de mon parfait désaccord avec la décision de la suppression de mon
RMI/RSA, dont la raison invoquée est :

La prestation préconisée n’a pas été suivie.

Or, il se trouve que la définition du terme « préconisé » n’a jamais été « obligatoire » mais « recommandé ».

Aussi, je ne vois pas comment la décision de suspension pourrait être prise parce que je n’ai pas voulu faire
la seule et unique prestation que l’on m’a « recommandé ». Je rappelle que je me suis rendu à un pré-
entretien chez Artemisia, et cela ne me convenait pas pour les raisons invoquées dans ma 1ère lettre au
bureau du RMI.
D’ailleurs, dans ce pré-entretien, la responsable d'Artemisia m’a clairement dit que c’était une démarche
volontaire et pas obligatoire. Et figurez-vous que j’ai enregistré cet entretien avec mon dictaphone…

Dans une lettre datée du 19 janvier 2010, le bureau du RSA note : « l’allocataire doit participer à des actions
en vu de son insertion et de son autonomie financière ». Je pense m’être assez étendu sur ce sujet dans
mes différents courriers, et c’est pour cela à mon sens que ce motif n’est pas inscrit sur la décision de
suppression de mon RSA. Manifestement, tous les moyens sont bons pour justifier une décision arbitraire.

Dans ma lettre du 14 Février 2010, par exemple, je parle d’un concours auquel j’ai participé pour exposer à
la biennale de Cachan, et bien sachez que j’ai été retenu, et que la ville éditera un catalogue notamment.
Dire que je ne fais rien en vu de mon autonomie financière est une contre-vérité.

De plus, dans le courrier de la direction de l’action sociale, de l’enfance et de la santé, en date du 19 Janvier
2010, on me propose d’être entendu par l’équipe pluridisciplinaire pour « vous expliquer, accompagné si
vous le souhaitez, de la personne de votre choix ».
Dans ma lettre du 14 février 2010, je marque noir sur blanc : « Et si cela est nécessaire, je suis prêt à
passer devant la commission pluridisciplinaire. » Cela me semble assez clair. Or, la décision de
suspension a été prise sans me convoquer devant cette commission. Passer devant la commission pour me
défendre : un droit dont on m’a allègrement spolié.

J’ajouterai que je n’ai jamais eu le moindre problème avec mon « référent » RMI, je me suis rendu à toutes
ses convocations.
Mais cela fait près d’un an que je n‘ai reçu aucune convocation, et pour cause : mon référent m’a fait savoir
qu’il partait et aucun autre ne semble m’avoir été attribué...
De plus, celui-ci m’avait demandé si je voulais passer devant la « commission technique de validation »
pour expliquer ma situation et mes démarches notamment, et ceci est clairement inscrit dans mon contrat
d’insertion en date du 18.11.08 : passage en CTV demandé.
Demande qui elle non plus n’a jamais abouti.

Pour toutes ses raisons, je demande l’annulation de la décision de suppression de mon RSA .
Faute de quoi je saisirais le tribunal administratif afin de mettre en évidence :
1) des erreurs qui relèvent à mon sens d’erreurs de procédures flagrantes
2) des décisions injustifiées et arbitraires
3) une décision qui relève de la non assistance à personne en danger

Dans la lettre reçue de la direction de l’action sociale, de l’enfance et de la santé, sous-direction de l’insertion
et de la solidarité, en date du 30 mars 2010, il y avait la phrase suivante : Le RMI n’a pas vocation à se
substituer au mécénat.
Phrase à moitié recouverte de « typex » puisque manifestement hors sujet.
Manifestement, le RMI n’a pas vocation non plus à soutenir les gens qui sont dans la plus grande détresse
financière de ce pays. Le RSA n’a pas vocation à empêcher les futures élites culturelles de demain de
tomber dans le caniveau et de ne pouvoir s’en relever.

Je vais me retrouver sans ressource autre que quelques petites factures de temps en temps, ce qui ne peux
pas, bien évidemment, me faire survivre.
Comment pouvez-vous mettre ainsi les plus nécessiteux dans une misère encore plus grande, sans
ressource pour se nourrir, ou payer leur électricité par exemple ?

La suspension de mon RSA entrainera aussi le non renouvellement de ma CMU, je ne pourrais plus
me soigner et aller voir mon psychiatre, ce qui m’est nécessaire pour les raisons invoquées dans mes
courriers.
Le but est-il de créer un exclu de plus, un « perdu » de plus ?
Sans parler des transports gratuits...
Le RMI est le seul fil qui me retient du côté « actif » de la vie.
Mes précédentes lettres sont bien écrites, argumentées, justes, et à chaque fois on me répond comme si
elles n’avaient pas été lues.

Pour finir je tiens à redire mon indignation face à cette politique de droite menée contre les Rmistes artistes,
par le PS à Paris. C’est une véritable honte, cela ressemble vraiment à une chasse aux sorcières.
Sachez que je n’ai manqué à aucun devoir électoral, je me suis toujours rendu aux urnes.
Je suis un électeur comme un autre et ma voix n’a pas moins d’importance que celle d’un autre. Et je dirais
même que ma voix pourrais prochainement en avoir plus qu’un autre.
Effectivement, être artiste n’a pas que des inconvénients et vous donne un espace de parole.

Veuillez agréer, Monsieur, mes sincères salutations.

Centres d'intérêt liés