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BULLETIN

DE

L’UNION

DES

PHYSICIENS

841

Encore à propos du principe de l’action réciproque

par Liliana CIASCAI Université Babes-Bolyai - 3400 Cluj-Napoca Roumanie

lciascai@hiphi.ubbcluj.ro

RÉSUMÉ

Le principe des actions réciproques crée, par ses applications, des difficultés sérieuses, non seulement pour les élèves mais aussi pour les étudiants en physique (troi- sième année universitaire). Les difficultés concernent l’identification des interactions et l’analyse des situations physiques dans un référentiel galiléen. Nous illustrons ci-dessous une telle situation.

Dans un article publié dans le Bulletin de l’Union des Physiciens, A. GIBAUD et M. HENRY [1] décrivent par une expérience de pensée, l’interaction entre une personne et un pèse-personne. L’ensemble se trouve dans un ascenseur au repos, en mouvement rectiligne uniforme ou accéléré.

Les auteurs cités montrent que l’avantage de cette expérience de pensée réside dans les références à l’expérience personnelle de l’étudiant et notamment aux sensations éprouvées lorsqu’il se trouve dans un ascenseur.

Continuons donc cette expérience de pensée et, en exagérant, supposons que l’as- censeur soit en chute libre dans le vide.

Analysons ce problème du point de vue d’un observateur situé dans un référentiel en repos par rapport à la Terre : sur la personne qui se trouve dans l’ascenseur en chute

: sur la personne qui se trouve dans l’ascenseur en chute libre (situation physique 1), s’exercent

libre (situation physique 1), s’exercent son poids P et la force exercée par le pèse-per-

son poids P et la force exercée par le pèse-per- sonne sur la personne F S

sonne sur la personne F S/P :

ou :

P = F S/P + - F += P S/P F 0 S/P =
P
=
F S/P +
-
F
+=
P
S/P
F
0
S/P =
/ P : ou : P = F S/P + - F += P S/P F

mg

(1)

mg

(2)

(3)

Le même résultat aurait été obtenu pour un ascenseur en chute libre avec vitesse ini- tiale verticale (situation physique 2), horizontale ou faisant un angle quelconque (situa-

Vol. 95 - Mai 2001

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PHYSICIENS

842 BULLETIN DE L’UNION DES PHYSICIENS Figure 1 : L’ascenceur en mouvement de chute libre. tion

Figure 1 : L’ascenceur en mouvement de chute libre.

tion physique 3) ou encore satellite de la Terre (situation physique 4). Pour ce dernier cas, intéres- sons-nous à un corps situé dans un satellite de la Terre ayant une trajectoire circulaire de rayon

h . Si nous considérons que l’attraction gravi-

tationnelle est la force centripète sous l’action de

laquelle le corps tombe continuellement vers la

R T +

terre, la vitesse de ce dernier est : v

R pesanteur à la surface de la terre de rayon R T .

= R

T

g + h T
g
+
h
T
la surface de la terre de rayon R T . = R T g + h

, où g représente l’accélération de la

En ce cas, si g h est la valeur de l’accélération gravitationnelle à l’altitude h au-des-

sus de la surface de la Terre

à l’altitude h au-des- sus de la surface de la Terre R S S S T

R
S

S

S

T

g

h

=

g

f

R

T

R

T

+

h

p

2

V
W

W

W , a l’accélération centripète, v la vitesse du
X

, a l’accélération centripète, v la vitesse du X satellite et F S / C la

satellite et F S/C la réaction du support sur le corps :

mg

h

-

F

SC/

== ma

m

v

2

(

R

T

+

h

)

mg

R

T

2 R

R

T

-

F

S C

/

=

mg

2

T

h

()

R

T

+

2

h

()

+

2

F

S/C =

0

(4)

(5)

Dans toutes ces situations, la force exercée par le pèse-personne sur la personne est nulle et donc nulle aussi est la force exercée par la personne sur le pèse-personne. Pour un observateur situé dans un référentiel inertiel, la personne, le pèse-personne et l’as- censeur sont dans la situation d’un corps sur lequel ne s’applique qu’une seule force, le propre poids.

Nous avons proposé aux étudiants ces situations physiques en pensant à l’article de L. VIENNOT [2] qui montre les difficultés rencontrées par les élèves pour identifier le poids comme étant la seule force qui agit sur les balles d’un jongleur en divers points de trajectoires rectilignes ou curvilignes dans le cas de mouvements de chute libre.

Le tableau ci-contre présente les résultats obtenus dans une expérimentation réali- sée en 1996 et répétée en 1999. Elle portait sur des étudiants de physique âgés de 21 ans (troisième année universitaire) qui devaient analyser les situations mentionnées ci-dessus dans un référentiel inertiel.

Le problème soumis aux étudiants a été :

Faisons une expérience de pensée : une personne se trouve dans un ascenseur et décide de vérifier son action de contact avec un pèse-personne dans les situa- tions suivantes : l’ascenseur en chute libre (situation physique 1), en chute libre avec vitesse initiale verticale (situation physique 2), horizontale ou faisant un angle quelconque (situation physique 3) ou encore satellite de la Terre, ayant une trajec-

Encore à propos du principe de l’action réciproque

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toire circulaire de rayon R T +

Analysez ces situations du point de vue d’un observateur situé dans un référentiel

en repos par rapport à la Terre.

Les réponses que nous avons sélectionnées ont été :

h (situation physique 4), dans le vide.

ont été : h (situation physique 4), dans le vide. R1 : La chute libre (

R1 : La chute libre (a = g) est une succession d’états où le pèse-personne et la per- sonne n’interagissent pas. R2 : Les situations où l’ascenseur aurait les mouvements mentionnés dans les situa- tions physiques 2, 3 et 4 sont identiques à la première situation analysée.

Année

Effectif

Pourcentage des étudiants ayant donné la réponse R1

Pourcentage des étudiants ayant donné la réponse R2

scolaire

des étudiants

1996-1997

46

71,73 %

6,52 %

1999-2000

24

29,16 %

4,16 %

On peut constater que les deux échantillons sont nettement différents en ce qui concerne les réponses relatives à la première situation analysée (chute libre de l’ascen- seur) et que le pourcentage des étudiants reconnaissant que les situations 2, 3 et 4 sont identiques à la première analysée est presque le même.

Nous pouvons expliquer ce résultat :

La première situation analysée (chute libre de l’ascenseur) est une situation physique fermée et familière. Les deux échantillons se sont différenciés par leur habileté dans la résolution de problème. Cette compétence est en régression dans l’apprentissage de la physique en Roumanie.

Face aux autres situations physiques analysées les étudiants inventent des accéléra- tions, mobilisant ainsi leurs conceptions. D’autre part, s’il leur est demandé de résoudre le problème pour un observateur dans un référentiel non inertiel, beaucoup d’entre eux inventent alors des forces : il s’agit là du thème d’une autre étude !

Ces dernières situations constituent donc des situations problèmes.

CONCLUSION L’enseignement de la physique en Roumanie a, pendant ces dernières années, pro- posé aux élèves de résoudre de plus en plus de problèmes, les confrontant ainsi avec plus de situations particulières en oubliant que les acquisitions doivent porter sur des démarches et non sur des résultats.

BIBLIOGRAPHIE

[1]

GIBAUD A. et HENRY M. Le principe des actions réciproques. BUP, octobre 1996,

[2]

vol. 90, n° 787, p. 1465-1473. VIENNOT L. Bilans des forces et lois des actions réciproques. Analyse des difficul- tés et enjeux didactiques. BUP, juil.-août-sept. 1989, vol. 83, n° 716, p. 951-971.

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Liliana CIASCAI