Vous êtes sur la page 1sur 235

y/Prix

: 60

oonttmos

AUTEURS

CÉLÈBRES

Edouard

LOGKROY

,'ILE

.IBRAIRIE

RÉVOLTÉE

PARIS

MARPON & FLAMMARION

E. FLAMMARION,ÉDITEUR 86, H0> RACINI, FRtS I.'OD*ON

L'ILE

RÉVOLTÉE

EMILECOLIN IMPRIMERIEDE LAONY

L'ILE

EDOUARD

LOCKROY

RÉVOLTÉE

PARIS

LIBRAIRIE MARPON ET FLAMMARION E. FLAMMARION,ÉDITEUR RUK RACINE,26, PRÈSl/ODKON

TOUJdroitJréservés»

L'ILE

RÉVOLTÉE

LES NAVIRES

Il

a autant de diversité entre les bateaux

y

qu'entre

qui

les hommes. Les bateaux composont une société

a son aristocratie, sa bourgeoisie

travaillent, les autres se

sur les mers comme des badauds

portont ci vont, tout de noir habillés, avec la mine

déjeunes

de tons verts ou bleus

des ouvriers, ou de couleurs

venir do l'uniforme des soldats.

et sa

plôbo.

Les uns

battent; les autres flânent

sur le boulevard

différents costumes. Ceux-

pimpante

des Italiens. Ils

gens en tenue de bal; ceux-là sont peints

qui rappellent le bourgeron

sombres, qui

font sou-

A la façon

dont ils se saluent

quand

ils se ren-

contrent, on devine leur profession,

quel monde ils appartiennent.

exerce le métier

et l'on sait à

qui

bourgeois qui

voyage au long

pavillon les premiers quand ils aperçoivent un vais-

leur

Le prolétaire ou le

de caboteur

cours baissent humblement

2

L'ÎLE RÉVOLTÉE

seau de l'Etat. Le vaisseau

seulement

répond

par

un

mouvement de sa flamme, poli, mais sec. Au-

quand défend un

le hasard

port

qui

Alors il s'incline sur l'Océan;

il abaisse

jusqu'au niveau des vagues, et subite-

gros coup

de canon

je

vous présente

semble

qui mes res-

la

disposition des voiles,

coque,

de la mâture ne disent

seulement

pas Le Hollandais

sur l'eau avec des allures d'her-

poussée des tempêtes

à la

les formidables

goélette frêle

petit

trement se conduit le même vaisseau

le met nez à nez avec la citadelle

de guerre.

son

ment il lâche un

dire:

pavillon

« Belle dame,

»

pects. La forme de la

l'inclinaison

la profession, mais la nationalité.

ventru se

cule de foire, opposant

promène

un avant aplati par

qu'il a reçus

On devine une

et longue qui s'en va sautillant

comme une

de Londres. Toutes ces voiles

coups de poing

dans ses luttes avec la mer du Nord.

Anglaise en voyant une

de vague en vague

dans les rues

jeune miss de pavé en pavé

indiquent un bateau

déployées, malgré la

gagner

américain. Cet autre

pressé

de

bourrasque,

de

est si sale

origine turque.

l'argent : c'est un citoyen

et si puant,

Le Maltais

oeil

navires de

qu'on ne peut

porte

ouvert qui regarde

douter de son

au-dessous de son

l'horizon.

ou de Brème

de

beaupré un grand

Les lourds s'avancent

quatre cents chevaux,

pipe sur l'Océan.

gonflent

lancelles

Hambourg

si lentement malgré leurs machines

qu'ils

ont l'air de fumer leur

qui se

les ba-

A leurs ailes d'oiseaux

aux moindres brises, on reconnaît

espagnoles.

Ils sont là,

pressés les uns contre le3 autres, trou-

formidables, parqués dans un port de

peau d'êtres

LBS NAVIRES

3

mer, navires de pèche

teurs, baleiniers, ne dirait-on

et navires de commerce, cabo-

gens qui se reposent

lasses de

fatigués le

antipodes

cuivre de

les va-

bateaux à vapeur, bateaux à voiles ;

la

de braves

pas

finie?

tendre la toile, pendent

long des mâts. Des

sont

Leurs grandes vergues,

algues

journée

comme des bras ramassées aux

plaqués de

encore dans les

prises

leurs carènes. L'effort a brisé les cordages;

peurs salines ont rouillé

leurs

et délassant

basses, leurs membrures

fait

les ancres. Et ces travail-

contre le quai, suant le goudron,

la vase molle des marées

énormes dont l'Océan a

chacun va retrouver, a sa société ». Là, les

s'appuient

enfin, sur

toutes le3 côtes.

point;

craquer Ils ne se mêlent

comme on gros bateaux

des

ayant d'un armateur

dit vulgairement,

qui

ou des

se sont enrichis dans le commerce

grains, reluisants,

peints à neuf, soit le buste

à

ange tout doré,

ressemble invariablement

pauvres gens sale3,

mal

odeurs. Plus là, paraissant

épices

à l'avant soit un

qui

M. Guizot. Ici, les caboteurs et les bateaux dépêche,

prolétaires

peints,

loin,

marcher à la file comme un couvent en promenade,

quelque pensionnat de goélettes»

de ce monde,

et qui exhalent de mauvaises

yoles

de

plaisance et, çà

et

sua fala

Ils ont leur

ou un

paysan

de pêche qui

temps et gagne

les

Habent

destinée,

comme

les livres, comme les hommes. N'est-ce pas un sala-

rié de nos fabriques bateau

ce pauvre

nos campagnes, laboure la

jour

le

mer par

jour?

Ce

de

tous les

gros brick, qui guette

chaussures, pour porter des cuirs en Californie et des lingots en

nent aura besoin d'or et la Californie de

sa vie au

le moment où le vieux conti-

4

L'ÎLE RÉVOLTÉE

Europe,

poste facteurs ruraux?

ville, en voyant

suspectes, nade au côté ? Tous les

dans la vie,

gredin qui s'embusque

n'est-il pas un

point

spéculateur?

agile

Les bateaux-

et

n'ont-ils

la mine

pressée sergent de des

des

Qui ne reconnaîtrait un

un garde-côte flâner prè3

grèves

en tête et la caro-

la flamme tricolore

divers

personnages nous les retrouvons

qui

arrête

que

nous

coudoyons

: le

dans le

port dans les criques des mers

leur

désertes et demander

d'affaires, [le soldat.

propre, toujours

épingles,

cheur

sance, c'est un « gommeux.

remorqueur dame. Comme elle

longues barques

filles, vendues

les passants,

le

soir, pour

la bourse ou la vie ;

le rentier,

l'homme

Ce bateau

mince, toujours

tiré

à quatre

et dont les voiles ont la raideur et la blan-

[verni, toujours

d'un faux col, ce n'est point un yacht de plai-

»

est

portefaix et la frégate grande devant ces

dédaigneuse,

marchande,

pauvres

leur commerce va

les vaisseaux

passe,

de la marine

à la criée quand

Comme elle est (1ère, superbe,

revêche,

et comme elle vous a des airs de duchesse I

la taille? Ne dirait-on

Le

mal ! Comme elle salue gracieusement

de 00 et les vaisseaux de 120, ces hommes de son

mondel

escarpée,

Qui

donc oserait lui prendre

est prête

à faire comme Lucrèce et à

On a

pas qu'elle

mourir

d'amener son pavillon?

plutôt que

connu des frégates mal.

qui se défendaient

se raconte à bord,

cependant

prodigieusement Dans les histoires de mer

il est souvent

nation des matelots presque de sentiments

qu'on

question de l'âme du navire. L'imagi-

a doué de vie, de volonté et

cet être qui les porte aux

LES NAVIRES

5

extrémités du monde, et

qui,

à travers l'uniformité

de l'étendue, sait retrouver le chemin du

pleurent les familles

dans le3

tendent

petit port

ils l'en-

le vent

inquiètes. Cet être, gros temps, quand

gémir

les

fait

bois

grincer

cordages, ou que

des

plaintes aiguës

l'Océan arrache au et sinistres. Ils le

des tempêtes; hale- comme un

qui joue

sentent frissonner à

l'approche ter en se colletant avec les

vagues ;

plier, des eaux. Ce n'est un

assemblage

lutteur, sous l'effort

gigantesque

plus alors, dans ces moments

quelconque souffre comme c'est comme

comme eux, un soldat

graves,

de pièces de bois,

eux, et qui

eux une victime

qui

c'est quelqu'un qui comme eux combat;

de la tourmente;

défend sa vie sur le champ

de bataille infini des mers.

L'ÎLE RÉVOLTÉE

GÈNES

L'Italie est en feu. Gênes en ébullilion. Garibaldi

s'est emparé la

parti,

d'hommes. On ne sait encore ce

de deux navires

dans le

Il est

port. la Sicile. Il a avec lui un millier

départ

qu'il

est devenu.

a réveillé l'Italie en sur-

nuit, pour

La nouvelle de ce

à

saut. La surprise a d'abord été profonde. Personne

ne s'attendait

que mille hommes,

pareille audace. Qui pouvait penser

à

d'un

peine armés, tenteraient, un

royaume?

Cela ne s'était vu

jour, la conquête

que de chevalerie. avaient seuls,

Encore étaient-ils

encore

dans les contes de fées et dans les romans

Astolphc, Roland ou Aquilan-le-Noir

jusqu'à présent,

protégés

fait de ces

coups-là.

par des armei enchan-

des magiciens. Garibaldi

à demander la bénédiction du

tées et par les sortilèges

n'a pas même songé

Pape. Ala surprise

siasme, l'inquiétude. On n'a point de nouvelles cer- taines de Garibaldi.

a succédé l'enthousiasme; à l'enthou-

Au moment où

notre goélette jette l'ancre, nous

et sa mort. ont été et coulés à

apprenons en même temps son départ

Le3 deux navires, assurent les journaux, rencontrés par les frégates napolitaines

GÊNES

7

fond devant le

Garibaldi a été retrouvé

port deMarsala. Le cadavre de

grève par des pê-

petit

sur la

cheurs. Les cléricaux racontent elle-même conduisait les

Vierge

taines,

dans ses bras.

un miracle:

la»

(régates napoli-

montée sur un nuage et tenant l'enfant Jésus

Le soir, les nouvelles sont différentes :

ne se serait pas mêlée de l'affaire ; Garibaldi

la Vierge

serait,

en Sicile, mais à Rome. Il aurait détrôné

non

point le Saint-Père

que croire. Le plus sage

c'est ce que font les Génois.

et proclamé

la

République. est de ne croire

On ne sait . à rien, et

plus grande

plus cruelle à supporter. naux

à Paris, dans le cabinet de l'Empereur,

dans la

confiance au télégraphe.

Le télégraphe ment. On souhaite des faits positifs,

incontestables.

Sicile. Tant de choses différentes

L'anxiété devient

d'heure en heure et

plus aux jour-?

soit

On ne se fie

qui reproduisent

des nouvelles fabriquées

soit à Rome,

plus

inventent.

arrive

de

chambre du cardinal Antonelli. On n'a

On attend

Les

journaux

qu'un

navire

ne veut plus croire qu'un

émue, grouille

étagées

sur les

sur la

gradins

ont été racontées, témoin oculaire.

sur le

qu'on

La

môle. Les maisons

population,

tout le jour

montagne, comme d'un

amphithéâtre,

les arbres

l'horizon. L'illustre

habillé en

port, forme de salière,

des spectateurs

regardent la mer

clochers blancs

démesurés, se haussent

toutes leurs fenêtres. Les grands

d'arlequins

des

par et noirs, qui ont l'air

par-dessus

jardins pour mieux interroger

Doria, lui-même,

Neptune,

parait

qui

domine le

debout sur un tombeau en

s'intéresser aux événements. Ses yeux vagues

8

L'ÎLE RÉVOLTÉE

sont tournés vers la rade : il attend

de Garibaldi. Sur tous les murs, des affiches. Les unesannoncent

que

des concerts et des

lieu au bénéfice des

des nouvelles

des souscriptions sont ouvertes ; les autres

représentations

songé

« insurgés

encore à se demander

que

théâtrales auront

siciliens ». Personne

s'il y avait eu une

à

croire, cepen-

n'a

insurrection en Sicile. Tout

dant, que jusqu'à été absolument

quête, on fait médie.

on

porte

l'arrivée des. a Mille », la Sicile a

paisible. Peu importe. On souscrit,

de la

musique et

l'on joue la co-

Les

noirs sont du côté de la France. Que

si les Bourbons

points

ferait le

de Naples étaient renversés,

tionnelle marchait sur Rome? Son attitude,

semble

cieux de Paris est

Ils donnent à entendre

ce qu'il a commencé. Ils montrent à l'Italie

rée, enthousiaste, frémissante,

et un martinet. — «

contentez-vous de la Lombardie : sinon, le fouetl »

Cela révolte mestiques

souverain de Décembre? De

dans les affaires italiennes, lui. l'inventeur de la

litique colère, c'est devoir l'humiliation du

qui ajoute à la

gouvernement de Bonaparte

et si l'armée insurrec-

déjà,

offi-

et ridicule. peut défaire

régéné-

verges

une poignée

sage,

de

mademoiselle!

par les do- se mêle le

inquiétante. Le langage des journaux

menaçant, impolitique

que l'empereur

Soyez

bien

l'opinion des Tuileries I Puis, de

quel

: être ainsi traité

quoi

droit intervient-il

po-

de « non-intervention

»? Ce

gouvernement

Garibaldi, populaires. Les colères

de Victor-Emmanuel

obligé de réprimer

L'amour-propre

éclatent.

obligé les manifestations

national est froissé.

de désavouer

Napoléon III semble n'avoir voulu réveiller

GÊNES

9

l'Italie

Autre

à Rome,

que pour lui ordonner

sujet d'inquiétude

de se rendormir.

: une armée se rassemble

dont la France favorise le recrutement. Un

général

qui doit-elle opérer?

français la commande : La Moricière. Contre

Le lendemain de notre arrivée,

émoi dans la ville. Trois cents

pontificaux.

jeunes gens

s'engager Comment le

gouver-

les

Ils vont

pas assez d'énergie pour

Un journal, il

Movimento, pu-

s'occuper

cesse, pen-

On lit

de Garibaldi.

des catastrophes pro-

grand

passent conduits par un prêtre.

dans les zouaves

nement italien n'a-t-il

arrêter au passage?

blie un article intitulé lAllarmal Gênes

dant une heure, de

sur tous les visages l'effroi

chaines.

Cela n'empêche ni la comédie, ni la musique. Qui

la musique, en Italie? Le

Toutes les

:

soir,

La salle est

spectatrices ont des

et

verts, rouges sont habillées de

pourrait empêcher

à déborder.

au théâtre, grand ballet patriotique.

pleine rubans aux couleurs italiennes

blancs. Toutes blanc, de rouge

empêche thousiasme semble en avoir fait

les danseuses

et de vert. Cette orgie de tons crus

d'être

jolies.

des perruches.

L'en-

oeuvres politiques.

chaque pirouette

à l'his-

les unes et les autres

Les ballets, en Italie, sont des

entrechat

Chaque

une

toire

de Villafranca, lan l'Inauguration

ballet en un acte. A Gênes, on danse l'Italie

est une allusion ;

personnalité. Les sujets appartiennent

contemporaine

: on a donné à Turin le Traité

ballet en deux tableaux ; et à Mi-

du réseau Lombardo-Vénitien,

dé-

livrée.

Dès les

des cris s'élèvent du

premiers pas,

par-

Viva Gari-

terre, formidables:

Viva la l-'berlal

10

L'ÎLE RÉVOLTÉE

baldi!

mettent à crier aussi. Tout le monde hurle.

femmes

tourés de

Les

loges,

au bout de

quelque temps,

se

Les

en-

agitent

leurs mouchoirs. Des

bouquets

la salle en

les becs de

de la

coulisses, des est atteinte en Elle roule en

Ce n'est rien : on la

rubans tricolores, traversent

les verres

des

sifflant comme des obus. Ils éteignent

gaz;

rampe; trous ronds.

gros

pleine poitrine.

poussant

relève. Tout à

ils brisent

quinquets

ils font, dans la toile des

un

Une figurante

On la croit traversée.

cri, sur le parquet.

on n'entend

que

des

plus que tout le monde à

coup, bruits de baisers. On croirait

s'embrasse : Point. C'est le

sa

façon. danseuses des baisers

public qui applaudit Les Italiens aiment mieux

que

aussi expressif

trois

envoyer des diamants. Ils disent

et que

c'est beaucoup

Point de nou-

aux

c'est

que moins cher. Deux

velles de Garibaldi. taires se rassemblent

laissera-t-on partir? Trouveront-ils un navire

les

jours,

jours se passent.

Qu'est-il

pour

capitaine

devenu? Des volon-

l'aller

d'un

rejoindre. Les

pour

paquebot arrivé

napolitains Ces vais-

transporter?

Le

le malin raconte avoir vu des vaisseaux

croiser devant Messine et devant Palerme.

seaux ont-ils coulé les bateaux

veillent-ils seulement les bords de l'Ile

où Garibaldi et ses soldats sont pris comme une

volée d'oiseaux dans un filet? Les événements les

çus.

gens y chargés de

attention,

l'éteindre.

garibaldiens? sur-

triangulaire

plus graves

passent inaper-

La veille de notre arrivée, un incendie éclatait

franc. Peu de

firent

dans les docks du

port même parmi ceux qu'on avait

GÊNES

lt

Les docks du port franc sont gardés par cinq cent

quatre-vingt-dix

Bergamasques.

d'Italie,

Bergame,

Je

fournil des em-

ployés au port C'est un

de

Constantinople

glais. Ces docks sont entourés de hautes murailles inac-

cessibles. Deux

Les docks

comme

l'ignore.

seule entre toutes les villes

franc de Gênes. Pourquoi?

privilège qu'a Bergame.

Bergamasques, et Gibraltar

Gènes appartiennent aux Turcs

aux

aux An-

Bergamasques

nuit. Un

couchent dans les

docks

les y enferme

Chaque Bergamasque passe

pendant la

troisième Bergamasque

poche.

à son tour la nuit dans

gar-

Bergamasque n'a d'ail-

fatigant. Le malheur est que, s'il de-

et^mpo^rte_le3_clefs_d_ans_8a

lesdôcks

dien des clefs. Ce métier de

leurs rien de

vient nécessaire d'entrer dans les docks

heures du soir, il faut quelquefois courir chez

cent

mettre la main sur celui

; chaque Bergamasque

est à son tour

passé neuf

avant

cinq

de

quatre-vingt-sept

Bergamasques qui peut ouvrir la porte. les deux

Quand l'incendie éclata,

sonnèrent

Bergamasques

prisonniers

cri d'alarme. Soldats,

courut. On se trouva en face des murailles

tesques qui protègent les magasins. Impossible

diriger efficacement les pompes.

les cloches et poussèrent le

pompiers, peuple,

tout ac-

gigan-

de

— 11nous faut les clefs, dit un colonel.

On partit aussitôt à la recherche des clefs.

Les

Bergamasques

de la ville ronflaient comme

des bienheureux

eux. On le3

dans leurs lits. On montait chez

l'un après l'autre :

interrogeait

— Avez-vous les clefs?

Non, elles doivent être chez un tel.

12

L'ÎLE RÉVOLTÉE

On courait à l'adresse

indiquée ; même réponse ;

tel, à

Les clefs? Elles doivent être chez un

l'autre bout de la ville.

Et, pendant éclataient;

l'espace de grandes

s'effondraient,

criaient

ce temps, les tonneaux

de pétrole

dans

magasins

risonniers

les barils d'eau-de-vie lançaient

'

flammes bleues, les deux gardien

et

allaient être rôtis.

qu'ils

On arriva, enfin, chez leBargamasqueporte-clefs.

Qui demandez-vous?

— Le

Bergamasque 1

— C'est inutile.

dit le

concierge.

— Comment inutile? maison?

Est-ce qu'il n'est pas à la

— Il l'a

— Et où est-il allé?

— 11 est allé

quittée,

hier.

rejoindre Garibaldi I

— El les clefs? — Il doit les avoir dans sa poche. Il ne les quitte

jamais.

On

finit, je crois, par

enfoncer les

portes.

Il

eut

y

quantité kde

aiment à

marchandises perdues et un gardien

des Génois, c'est

qu'ils

en montées, descentes,

a, de tout

temps,

de fer carrées.

comme des

bergamasque rissolé. Un trait

assis sur des barres de

fer. La ville étant toute

etc., l'autorité

rampes De tout temps aussi, les Génois se sont assis sur ces

rampes,

fait sceller dans les murs des

ponts, passerelles,

caractéristique parler politique

et de

tout temps, se balançant

perchoirs,

oiseaux sur leurs affaires publiques.

de leur faire perdre cette habitude : il a ordonné

ils ont causé là des

Le roi Victor-Emmanuel a tenté

GÊNES

13

qu'on plaçât

des bancs çàet là, devant les rampes.

Génois ont vu dans la cons-

à leurs

la nuit.

Malheureusement, les

truction de ces bancs une atteinte

privilèges.

Victor-Emmanuel a fait

Cette fois, les Génois les ont

Victor-Emmanuel s'est fâché. 11 a déclaré

d'un mois de

portée Ils ont brûlé les bancs pendant

replacer

jetés

prison quiconque

peur.

d'autres bancs.

à la mer. Alors,

plus

touché

passible toucherait aux

bancs. Les Génois ont eu

aux bancs, mais ils ont continué à s'asseoir sur les

barres de fer. C'est sur. ces barres de fer et devant

Ils n'ont

ces bancs vides, bras croisés et la

aujourd'hui, le bruit

que, les jambes pendantes,

cigarette aux lèvres,

ils

les

écoutent,

des révolutions lointaines.

Une

grande

passion remplit

toutes ces têtes.

Nous nous étions arrêtés

ville, sur l'autre versant de la

domine une large vallée traversée

rivière bleue. Là, se trouve une

d'auberge, Elle est habitée

tori de ce

toir est assise

qui a de beaux yeuxnoirs

était six heures. Les muratori

un soir, en dehors de la

montagne,

par

d'où l'on

une belle

masure, décorée du nom

Au

fille de seize

ans,

et de belles lèvres

rouges. arrivèrent à la

petite

et où l'on donne à boire et à

par

manger. un muratore, et tous les mura-

comp-

quartier y prennent leurs repas.

une grande jeune

11

file et s'assirent silencieusement devant les tables

de bois. Alors la

jeune fille remplit de vin un grand

dit

les muratori s'embrassèrent. Le lendemain, nous mettions à la voile. Nous al-

verre

posé

devant elle ; elle tendit le bras et elle

d'une voix forte : Alla liberla del mondo ! Tous

lions à la recherche de Garibaldi.

14

L'ÎLE RÉVOLTÉE

LA TORTUE

Le soir,

comme nous perdions de vue la côte

vague.

Un matelot

plomb,

le ciel aussi.

l'un de l'autre. La

pas

signala tout à coup

une planche»,

sarde, la meréiait couleur de

Il était difficile de les

petite

une seule

distinguer

brise qui enflait nos voiles ne soulevait

quelque chose à tribord. — a Tiens 1

dit le

capitaine.

Ce n'est

point

une

planche, dit un matelot,

c'est une grosse futaille vide.

Une masse noire

flottait à peu de distance de

plat,

parfois rond.

monde,

Ce n'est ja-

épave

au

naufrage. Mât brisé,

on

débris

croit rencontrer le

nous. Parfois cela semblait

Poutre ou tonneau? On ne savait. Tout le

intrigué, se pencha sur le bastingage.

mais sans émotion qu'on rencontre une

large. L'épave

d'aviron

dernier survivant d'une

qui

hommes

pour leur raconter !e crime de la mer.

atteste le

ou de

gouvernail,

lutte mortelle, un témoin

un navire et des

erre au hasard, cherchant

leur dire le nom d'une victime et

LA TORTUE

15

Un matelot grec se tourna vers nous.

C'est une tortue

Le

— Voulez-vous

qui

dort, dit-il.

capitaine haussa les épaules.

nous donner

le Grec.

la yole, nous irons

la pêcher? reprit

La

fut mise à flot. Deux Grecs y descen-

prit les rames, qu'il

où il

se mit à

manier,

de Venise. L'autre se tint, à genoux, les

fit

fila

droit d'abord, puis, subitement,

à s'approcher

de la tortue par

dormait à la surface de l'eau.

bruit, elle eût

pu s'éveiller et plonger.

silencieusement sur la mer. Quand

tortue, l'homme qui

goélette.

cette scène.

le ciel

La tortue

décou-

yole dirent. L'un

debout, comme les gondoliers

alla se

placer à l'avant,

bras oroisés. La

un crochet, de façon

derrière. La tortue

Au moindre

La

elle fut à

se tenait à l'avant étendit les bras.

Nous suivions curieusement des

yole

yole glissa

peu

de distance de la

yeux

ciel ou, plutôt,

La mer se confondait

semblait s'étendre jusqu'à

endormie, la

paient leurs silhouettes

gris-perle.

avec le

la

et les deux hommes

barque

noires au milieu de ce fond

On croyait assister aux ombres chinoises

coup, plon-

près

sur

en l'air

du théâtre de

L'homme

gea

Séraphin. de l'avant se baissa tout à

les deux mains dans l'eau, saisit la tortue

et, d'un violent effort, la retourna

réveillé,

se mit à agiter

queue

L'nnimal,

quatre gros moignons

voyait

sa

grande

de la

le dos.

ses

tie. On

s'ouvrait et se refermait

et son énorme tête apla-

sans dents, qui

bouche, avec fureur.

Les Grecs l'amarrèrent à la

yole

au

moyen d'une

proie.

corde, et ils revinrent

vers nous avec leur

16

L'ÎLE RÉVOLTÉE

La tortue

avait un mètre

cinquante de longueur,

sem-

voit chez les

et noire; même

roula

environ.

blable à ces

marchands

pace; des membres. comme une

A part la taille, elle était exactement

petites tortues d'eau qu'on

d'aquariums. peau rugueuse

Mômes dessins sur la cara-

agilité

même

On la bissa sur le pont, où elle

grosse pierre.

elle

Étonnée, d'abord, sous son

blindage elle se hasardaà

d'aiguilles;

puis,

fixèrent sur nous, farouches.

regards

se vit

enfonça sa tête et ses pattes

d'écaillé et resta immobile. Puis

avancer son nez percé de deux trous

ses petits yeux

parurent

et se

se3

La tortue

porta successivement. et elle relira

Elle

brusque-

à

à droite et à gauche,

entourée d'ennemis,

quelques

ment sa tête. Au bout de

minutes, elle s'enhardit

une seconde fois. On

lire dans ses

regarder tout l'étonnement

yeux

ture.

meil? Comment ne dormait-elle

sur l'eau? Qu'était-ce touraient, immobilesî

expression quand il entre dans le

trouve

pour formé par

regarde; aveuglé. Nous ne

que Qu'était-il arrivé? Qui

croyait lui causait celte aven- l'avait tirée de son som-

plus tranquillement

ces adversaires

qui

a celle môme

l'en-

que Le taureau

cirque et qu'il se

première la Quadrilla.

la

fois au milieu du cercle

Il s'arrête;

il beugle;

il

non point furieux encore, mais étonné et

bougions point.

La tortue sembla

prise

de colère. Son oeil eut un

Sa

queue s'allongea

droite et

et poussèrent sur le

en

carapace, qui glissa bruyamment

pont.

Ses deux bras eurent un geste

d'un subit mouvement éclair d'escarboucle.

raide. Ses deux jambes se tendirent

avant la

bois sonore du

LA TORTUE

17

de rago.

ouvrant

Elle avança furieusement

la tôle comme

sa bouche édentée.

pour mordre,

Un des Grecs

s'approcha.

Il lui tendit une grosse

et

la saisit entre

broyée.

que un matelot réussit à lui

et

la tortue cher-

bûche

qu'il La tortue se jeta

ses mâchoires.

avait coupée dans les bois, en Sardaigne.

bûche

sur cette La bûche fut

Comme lo Grec se relirait

un coup lourdement;

chait de nouveau à mordre,

appliquer se retourna

de corde sur la tôle. La tortue

mais alors,

voyant

le

et comprenant

passa

peut-être

subitement de l'of- disparut encore une

nombro de ses ennemis,

l'inutilité du combat, elle

fensive à la défensive. fois sous sa cuirasse.

Sa tête

« — Il faut la tuer, dit le capitaine,

nous en ferons

de la soupe. Tuer la tortue n'était

»

pas abîmer

point

facile. Le Greo ne vou-

vendre.

la Ut

lait

D'autre

trop ce temps, la tortuo était là, inerte. Elle avait com-

pris

invisible,

et elle se cachait,

les écailles, qu'il espérait à ce

part, nous nous opposions

qu'on

conseil. Pendant

souffrir. Les matelots tinrent

le danger,

sous sa forteresse.

invulnérable

et

« Il faudrait, dit le barreur,

à l'heure,

l'obliger à montrer et ma foi, la tête

une

grande

scie à

et la

sa tête, comme tout

dehors, couper Un de* Grecs alla chercher

main. L'autre

tendit à la tortue.

le cou. »

Grec reprit

la bûche broyée

La tortue

vit le piège et ne re-

mua

pas.

— Elle « renâcle»,

dit le capitaine. Les matelots

rirent. Le Grec essaya de fourrer

sa bûche sous la cara-

'

18

L'ILE RÉVOLTÉE

pace et de piquer

Il la

mouvement. Elle était décidée à ne pas

membre dehors. On convint de faire silence et d'attendre.

minutes s'écoulèrent. Le Grec

la bûche en

tue, pensant n'avoir

saire,

entre ses mâchoires

et donna un violent

peau forte et épaisse grincer

à

Les

sif. La bouche s'ouvrit une dernière fois pour mordre.

Le petit

puis

la

présenta, de nouveau,

la tortue. Il la

queue.

frappa

sur le dos.

pas

un

sur la

La tortue ne fit

frappa

risquer un

Quelques

l'agitant

avec force. Celte fois, la tor-

qu'à

un seul adver-

plus affairé

sortit

la tête et saisit la bûche

précipita de scie. On entendit la en se fendant. La tête,

plancher

du menton.

brusquement

Le second Grec se

coup

moitié détachée,

jambes

heurta le

s'allongèrent

regarda

d'un mouvement convul-

encore, effaré et

noir

sanglant,

jaillit

de

Ce fut

aupara-

ber-

oeil nous

se ferma à demi. Un flot de

sang comme une source d'un rocher.

qui, pour lit la mer et

un instant

carapace tout. La malheureuse bête

vant, avait

ceuses, était morte,

les vagues pour

— A la marmitel dit le capitaine.

Ce soir-là, l'équipage

mangea de la soupe à la

Anglais.

des

On

tortue. On se serait cru au café

Deux

jours après,

lueurs rouges

croyait

bombes,

nous vîmes à l'horizon

comme des lueurs d'incendie.

suivre dans le ciel la trace lumineuse des

et sur ce fond éclatan'. se détachait

la

silhouette noire de

Les lueurs rouges annonçaient baldi.

quelques frégates

embossées

Palerme et Gari-

TRINACR1A

19

TRINACRIA

de mur

gigantesque qu'on appelle

dresse au milieu du ciel comme un

loin, sur la mer, à la tombée de la

les côtes et les

celle formidable colonne noire. Son ombre s'al-

que longe indéfiniment sur Ie3 vagues. Cela est bizarre

montagne, la lune monte

Jamais je n'oublierai l'aspect de ce

le

pan

Monle-Pelegrino. Il se

obélisque.

nuit, qui

De

mêle

de la Sicile

nuages, on n'aperçoit

Les pentes

pic.

Et

et presque effrayant.

de la

vues aincrf, ont

dans le ciel, le long

semble

un arbre.

l'air à

quand

de cette hauteur sombre

qui

à

percer le zénith, on dirait qu'elle grimpe

Toutes les montagnes

façon

apparaissent

et toutes les Iles de l'ar-

étranges. Elles ont

Quelquefois

terribles.

ont des formes

chipel napolitain

une

à elles de sortir de l'eau.

riantes;

elles

C'est toule une famille d'Iles

parente

quelquefois

particulières : proche

qui

habite

Elle est

type

et d'un

de la famille d'Iles, sa voisine,

différente cependant.

la

moins pure de lignes, moins gracieuse,

moins

parfait. « de race ». Elle se

mer de Grèce;

Pour tout dire, celte famille a moins

Peut-être a-t-elle plus d'originalité.

avec

plus

de hardiesse

elles-mêmes ont je ne

présente aux passants

Les petites

et d'inattendu.

20

L'ÎLE RÉVOLTÉE

sais

allure

quelle

escarpée qui

qu'il

donne à réfléchir.

pas plaisanter

On sent tout de suite

avec elles. On

inspiraient aux anciens. d'aulrcfoissn'aimait

ver seul au

blait et il invoquait

ne faut

comprend

la terreur atroce qu'elles

point

à so trou-

Le navigateur

milieu de

ces rochers sinistres. Il trem-

les dieux quand

il voyait se

et l'en-

immense,

toutes ces Iles graves

croyait pris

les nues, n se

dio*ser les unes après les autres a l'horizon,

fermer dans un cercle

dont les tètes arrêtaient

dans un piège par

de n'être

près

qu'il regrettait

des êtres formidables. C'est alors

point mort dans sa

patrie,

yeux

de sa ville nalalo, sous les

la flèche d'un ennemi.

la

que pousse le pieux

tempête

au milieu au ciel, du fils de enlevé du

des remparts

de

On se souvient du cri de douleur

Énée

ses lares, ou frappé par

il est assailli Tyrrhénienne.

quand

par

de la mer

Il lève les mains

le javelot

il envie ceux qu'a transpercés

Tydée. Il reproche

champ du Simoïs et

de bataille.

près

pieux Énée, en

tragiques

à Vénus de l'avoir

Il voudrait reposer sur les bords

remparts

détruits

d'Ilion. Le ces lies

prière, apercevait

des

faisant sa

; il venait de les voir se lever au milieu

au-dessus des tempêtes, leurs

de la mer et dresser,

pics affilés comme des lances.

Elles sont traîtresses

et

inquiétantes.

Presque

du

toutes étaient volcans, autrefois. Elles

feu par toutes

lançaient

leurs bouches.

De loin, on voyait

les vagues. La mer

ces incendies sorlirde l'eau. On entendait des bruits

de tonnerre s'embrasait,

s'élever de dessous

violemment secouée. Les flots se heur-

taient en écumant. C'était terrible.

Qu'est-ce qui se

TRINACRIA

21

entre ces lies? Qu'est-ce qu'elles se disaient

effrayantes? des Titans étaient en

prison, au

sous la gibbositô

de

entendait se

qu'on des hurlements de

le poid»

la terre.

passer

la

passait

avec ces voix

On racontait

que milieu de la Méditerranée,

leurs montagnes. C'étaient eux

plaindre,

colère. Tantôt ils

et

gronder, et pousser

essayaient de soulever

oui pesait sur eux. Tantôt ils creusaient

Parfois on

parune De toutes ces lies

croyait

voir leur tête énormo

ouvertureet lancerdes flammes contreleciel.

qui environnaient

l'Italie,

plus pleine de terreurs était lu Sicile : mont bossue

et

de Prométhée.

vader, soulevait

voyait

cans.

gouffres étaient alors des personnagesqui aboyaient.

La Sicile entendait

et de

de

fers

Là (était

Ulysse avait vu la Sicile et il était revenu à Ithaque,

terrifié. La terre y était chaude encore du

tonnerre

Prouerpine. des ombres.

couvrait la

d'un de3 frères

s'é-

pour

On le

gigantesque qui

prison ses efforts

Le géant, dans

parfois

par

l'Ile tout

entière.

vomir du feu La Sicile était

toutes les fissures des vol-

de gouffres, et les

de Charybde

bordée

le dialogue tragique

croyait peuplée

en Sicile

Scylla.

On la

de monstres et le dieu des en-

magiciennes. C'est

que avait enlevé du

royaume

apparaissait et qu'il

une des

portes

qui

avait

de

ro-^

coup

les

foudroyé

les Titan3, et

chers aigus les

semblaient s'enfoncer

jusque la terre, les arbres échevelés

collines, de bataille formidable oMeux.

qui trouaient

la surface unie des mersT

les vallées noires

qui

dans les entrailles de

que la tempête le

tout

tordait

champ

montagnes fracassées,

au sommet des

rappelait où avaient

combattu les

22

L'ILV. RÉVOLTÉE

l'HYSlONOMIKMODERNE

La Sicile a été convoitée et

qui habitent

conquise par tous les

Méditerranée.

Carthagi- les Nor-

peuples

Elle l'a été

au bord de la

par les Sicules, les Grecs, les

les Goths, les Arabes,

nois, les Romains,

mands, les Allemands, les

les

Angevins, les Espagnols,

des

pays riches;

Français. attirent ces voleurs

Ils sont

pour vastation. Tout

demander

armée sur la

C'est le malheur

ils

qu'on appelle les conquérants.

pillage

l'éternité voués au

et à la dé-

se croit en droit de leur

monarque la bourse ou la vie et de leur mettre une

gorge. Combien de fois la Sicile n'a-t-elle

guet-apens?

été vic-

pas Son histoire n'est

time de ces

longue

armée. Presque tous les brigands

qu'une et à main l'ont dé- S'il

sang.

peuples

suite de vols avec effraction

connus

où les

valisée. Cent fois elle a été inondée de

existait quelque demander

part un tribunal

aux rois de leurs vic-

pussent toires, quel

elle pas au juge d'instruction? Durant toute l'anti-

compte dossier énorme la Sicile ne remettrait-

PHYSIONOMIEMODERNE

23

et tout le moyen

âge,

elle est

saignée

à blanc

quitô

ses voisins,

comme Fualdès

sur la table de la

a blé, Car-

; les

Espagnols la

par maison Bancal. Rome en fait un

thage

lent ; les Normands

rançonnent

rait-il

procureur général? reur

Où est-il

tice? Chaque conquérant

lui demande

; les

la ravagent Napolitains

pas matière à un beau

qui plaidera

grenier

des vivres. Les Arabes la vio-

l'assassinent. N'y au-

réquisitoire pour un

procu-

opprimées?

jus-

leur rendre

pas-

les Ro-

les chré-

pays

quatre temples qui

la mer.

que

de

Mais, hélas I où est-il le

la cause des nations

qui doit

ce tribunal

a laissé des traces de son

des

des

temples,

Les Grecs ont construit

sage. mains des routes, les Sarrasins

tiens des églises. Il s'ensuit que

où toutes les architectures

ressemble à Athènes,

depuis près

de trois

avec ses

tours, la Sicile est un

se coudoient.