MARS 2016 / n°215 / 1,70 €

ANNÉE SOMBRE POUR EÉLV, MAIS
NOTRE AVENIR NOUS APPARTIENT
Certains se réjouissent de la situation difficile dans laquelle se
retrouve notre mouvement : il est tellement plus facile de voir la
paille dans l’œil du voisin que la poutre dans le sien. Certes, nous
ne pouvons pas dire que nous ayons été très lisibles dans notre
stratégie, déchirés entre deux visions : être « dedans » ou être
« dehors ».
En d'autres mots, participer ou non au gouvernement alors
que nous l’avions quitté deux ans auparavant et qu’aucune évolution dans les politiques nationales ne pouvait nous faire espérer un
véritable tournant écologique et social. Le choix de notre exSecrétaire nationale de rejoindre le gouvernement s’est fait
contre l’avis du mouvement EÉLV. On conçoit bien, évidemment, la
difficulté de résister à l’appel du pouvoir ou, peut-être, à l’envie de
pratiquer la politique des petits pas ; mais là où le bât blesse, c’est
que la décision se devait d’être collective et Emma Cosse aurait dû
s’y soumettre.
Même s’il a à son actif de timides avancées, nous savions déjà
que nous ne pouvions faire confiance à ce gouvernement, tant les
promesses ont été bafouées, tant les politiques menées sont antilibertés publiques et antisociales. Avec la loi sur le travail, François
Hollande piétine une fois de plus les valeurs que devrait porter la
gauche : jamais ces dernières décennies nous n’avons vu une telle
dérégulation du marché du travail.
Notre force était d’être un parti pas comme les autres, de
« faire de la politique autrement ». Qu’en est-il aujourd’hui ?
Aujourd’hui, il nous faut reconstruire, retrouver la confiance ;
souhaitons que notre prochain congrès en juin soit l’occasion
d’une refondation profonde de notre mouvement.
D’ores et déjà, nous vous invitons à réserver votre journée du
samedi 28 mai 2016 : nous aurons un Congrès fédéral décentralisé,
au cours duquel seront discutées les motions d’orientation et élus
les délégués au Congrès national et au Conseil fédéral.
Pour conclure, je reprendrai les propos de notre nouveau
secrétaire national David Cormand, qui appelle à nous rejoindre
toutes celles et tous ceux qui veulent faire de l’écologie politique
un mouvement indépendant et libre, qui veulent participer à la
construction d’un projet de société alternatif.

Le travail ne manque pas : retroussons-nous les
manches au lieu de nous lamenter sur notre sort.

33, Avenue Carnot

Brigitte Monnet
Coporte-parole
EÉLV Franche-Comté

Sommaire
P 1 : Édito
P 2 : Bimestriel
P 3-4 : 9 et 10 janvier 2016 : Conseil fédéral d’EÉLV
P 4-5 : Emmanuelle Cosse au gouvernement
P 5 : Où trouver EELV au plus près de chez soi ?
P 6 : Conférence-débat : Comment retrouver le goût de
l’avenir ?
P 7-8 : Un second mandat ?
P 9 : Sexisme à l’Assemblée
P 10-11 : La méthanisation en Franche-Comté
P 12-13-14 : Science et écologie
P 14 : Comment recevoir La Feuille Verte ?
P 15-16 : Notre-Dame-des-Landes
P 16 : Brèves

P 17-18 : Piqûre de rappel contre l’amnésie
P 19-20 : Petite chronique wallisienne (6)
P 21-22 : Un mois, émois, et moi
P 23 : Bulletin d’adhésion
P 24 : En bref !

Bimestriel

C'ÉTAIT TROP BEAU ?...

2

Souvenez-vous : il fut un temps, pas si lointain
(disons jusqu'à fin 2012, début 2013, si mes souvenirs
sont bons), où La Feuille Verte – ou ce qu'il en restait –
lançait des SOS à répétition : tout le monde semblait se
désintéresser de son sort et plus personne, ou presque, ne
lui proposait d'articles. Les appels au secours ont-ils fini
par payer ? Toujours est-il que tout d'un coup, « c'est reparti » : les propositions ont afflué, à tel point que le
Comité de Lecture a fini par décider de limiter à 20 le
nombre mensuel de pages – décision qu'il n'a en fait jamais appliquée, puisqu'on a vu paraître quantité de numéros à 24 ou 26 pages ; record battu deux fois de suite,
en octobre et novembre 2014, avec 28 pages ! Bref,
La Feuille Verte se portait plutôt bien et n'accusait pas ses
vingt ans (en novembre dernier), même si elle était en
droit de s'interroger sur l'intérêt quelque peu émoussé
que semblaient lui porter ses lecteurs, en tout cas parmi
les adhérents d'EÉLV (1).

Était-ce trop beau ? C'est hélas la réflexion
qu'on peut se faire aujourd'hui. Car entre-temps est arrivé
– patatras ! - ce qu'il faut bien appeler la dérouillée des
dernières élections régionales. Et qui dit débandade dit
aussi faillite, ou quasiment. En tout cas, EÉLV-FC, qui a vu
fondre ses ressources financières, n'a plus les moyens
(entre autres) d'entretenir un mensuel. Raison pour laquelle vous avez remarqué – si vous faites partie de ceux
qui s'en préoccupent encore – l'absence de Feuille Verte
en février, le Conseil politique régional (CPR) du 16 janvier
ayant décidé, par mesure d'économie, de transformer
notre canard en bimestriel, qui paraîtra donc, en théorie,

en janvier, mars, mai, juillet, septembre et novembre. Il a
même été proposé (mais pas accepté) de supprimer carrément la version papier et de ne fabriquer plus qu'une
« e-Feuille Verte » (!), ou encore d'accompagner le journal
papier, toutes les 3 ou 4 semaines, d'une sorte de niouzeletter... à laquelle personne ne semble croire vraiment…

Ça a même failli être pire : quasiment jusqu'à la
date limite, les contributions pour ce numéro, bien
qu'elles aient eu deux mois au lieu d'un seul pour mûrir,
ne se sont pas franchement bousculées, et on se voyait
déjà éditant une Feuille Verte étique (mais bien sûr toujours éthique !), qui semblait nous ramener à des temps
que nous pensions révolus. En fin de compte - on aurait
dû s'en douter –, les propositions d'articles sont arrivées
tardivement, mais abondamment, si bien que vous avez
entre les mains un numéro « normal ».
Demeure donc (et ce n'est pas rien) la question des
finances, qui ne concerne pas seulement La Feuille Verte.
Allez, on va faire preuve d'un optimisme plus que jamais
nécessaire en cette sinistre période : on va dire que ce
n'est qu'une mauvaise passe et que ça ira mieux bientôt.
Oui, c'est ça, bientôt.
Pour le Comité de Lecture,

Gérard Roy

(1) Cf. Toujours là, le petit canard, in Feuille Verte
n°212, novembre 2015.

9 et 10 janvier 2016 : Conseil fédéral d'EÉLV

SURRÉALISTE !
Il m’est arrivé une chose étrange le deuxième weekend de janvier : j'ai eu le sentiment d’avoir atterri sur une
planète où le FN ne serait pas une menace et où les échos
des attentats de 2015 se seraient en grande partie estompés.

En effet, comment expliquer la longue litanie des
représentants du Conseil statutaire ânonnant des réponses
aux recours portés à l’encontre de la constitution des listes
pour les élections régionales – élections qui, rappelons-le,
avaient eu lieu un mois avant ?
Comment comprendre les empoignades exacerbées
sur le nombre de délégués par région au Conseil fédéral ?
Comment supporter la ribambelle d’orateurs (et
d’oratrices) dont l’impérieuse volonté de monter à la tribune paraît augmenter en même temps que l’insignifiance
du contenu de leur discours ?
Comment, alors que l’oxygène politique nous
manque dramatiquement, nous préoccuper une fois de
plus de... réforme statutaire ?

vaccinale… et applaudi debout, en signe de solidarité, les
manifestants de Notre-Dame-des-Landes.
Heureusement, quelques temps forts ont marqué
positivement ce week-end et permis de reprendre pied
dans la réalité : le bilan de Sandrine Rousseau sur les élections régionales
en Nord-Pas-deCalais-Picardie et
son analyse de la
montée du FN
comme phénomène de société,
et surtout les
différents temps
organisés sur la
question de l’état d’urgence.
Il a été question de prévention de la radicalisation
avec Sarah Turine, échevine écologiste de Molenbeek,
d’état de droit avec Laurence Blisson, secrétaire générale
du Syndicat de la Magistrature, d’opposition à la déchéance de nationalité avec Françoise Dumont, présidente
de la Ligue des Droits de l’Homme (je sais, nous devrions
dire « droits humains » …). Les débats sont d’une autre
portée et d’une autre richesse lorsque nous ouvrons nos
portes au lieu de rester entre nous !
En tout cas, le vote d’une motion demandant la levée de l’état d’urgence n’en paraît que plus éclairé… Rien
que pour cela il fallait sans doute y être, à ce Conseil fédéral (1).

Philippe Chatelain

Nous avons, il est vrai, fait le point sur l’état financier du parti, certes préoccupant mais pas aussi dramatique que d’aucuns se plaisent à le dire.
Nous avons également voté des textes non clivants
sur les suites de la Cop 21 ou la réévaluation de l’obligation

(1) Lors dudit Conseil fédéral, Emmanuelle Cosse
nous a annoncé qu’en raison d’un désaccord profond avec
la ligne politique majoritaire au sein d’EÉLV, elle remettait
son mandat de Secrétaire nationale et se préparait à entrer au gouvernement ; ce choix politique, difficile à comprendre pour les délégués au CF, serait néanmoins respectable et permettrait d’envisager dans la clarté la continuité au bureau national…

3

Vous l’avez compris, c'est là pure fiction :
Mme Cosse nous a gratifiés d’un discours sur l’espoir et le
rassemblement des écologistes, sans oublier quelques
piques en direction d’un gouvernement... qu’elle a depuis
rejoint ! Autant un choix politique aurait pu se comprendre,
autant - n’en déplaise à Éric Alauzet et quelques autres profiter du statut de Secrétaire Nationale d’EÉLV pour négocier un ministère contre l’avis de la grande majorité des
adhérents de ce même parti est tout simplement indécent !
(Et encore, j’ai en réserve d’autres qualificatifs moins édulcorés…)

Note du Comité de lecture :
Interviewé le 12 février par L'Est républicain, Éric
Alauzet, député EÉLV de Besançon, approuve l'entrée
d'Emmanuelle Cosse
dans le gouvernement. « On est de
retour, voilà, c’est
bien », dit-il, et il
considère que l’erreur « n’est pas
d’être revenu aux
affaires mais de les
avoir quittées il y a
deux ans ». Comme il le précise lui-même : « On n’est
pas les seuls ; partout à gauche, on se déchire sur la
question de la stratégie et des alliances. Ça explose. »
Ce qu'illustre, entre autres, la note de cet article...

Emmanuelle Cosse au gouvernement...

...AU PLUS MAUVAIS MOMENT
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Que Jean-Vincent Placé ait enfin obtenu son maroquin n'a rien de très étonnant : il était tellement pathétique
à quémander depuis si longtemps sa sucette (ou son susucre, comme on voudra) en récompense de toutes ses
manifestations de soutien inconditionnel au chef de l'État !
Mais l'entrée d'Emmanuelle Cosse au gouvernement a été
davantage un choc pour les militants écologistes, elle qui
semblait en phase avec les militants d'EÉLV dans sa critique
encore récente des dérives sécuritaires de Valls.
Emmanuelle Cosse croise Christiane Taubira qui,
elle, a démissionné du gouvernement pour rester fidèle à
ses valeurs, à sa conscience. On peut disserter sur sa démission tardive, mais au moins elle a fini par reprendre sa liberté de parole et de critique en refusant de cautionner plus
longtemps une détestable orientation politique (1).

Il est difficilement compréhensible de venir au

secours d'un gouvernement empêtré dans la déchéance de nationalité et la prolongation de l'état
d'urgence, alors que tous les spécialistes du terrorisme disent que cela ne sert à rien pour protéger les
citoyens. Par ailleurs, la quasi-totalité des ONG de
défense des droits de l'homme (LDH, Amnesty, etc.) a
dénoncé le risque d'atteintes graves aux libertés individuelles et collectives.
Comment comprendre aussi la participation à
un gouvernement qui, avec 700 000 chômeurs de plus
depuis 2012, est en échec sur sa politique économique
et sociale et qui pourtant ne veut pas en changer ? Et
cela malgré les indicateurs économiques, qui sont tous
au vert : baisse de l'euro, pétrole pas cher, taux d'intérêt voisins de zéro. Et au moment même où le gouvernement propose une remise en cause sans précédent .

du droit du travail, qui provoque la colère de tous les syndicats

Cerise sur la gâteau, l'ex-Secrétaire nationale
d'EÉLV accepte le poste de ministre du logement, antérieurement occupé par Cécile Duflot. Rappelons tout de
même que la loi ALUR, qui avait pour objectif de faciliter
l'accès de tous au logement, en particulier les plus démunis, a été consciencieusement détricotée par Manuel
Valls. Cela en dit long sur le cynisme de Hollande et la
naïveté (?) d'Emma Cosse, qui n'est là que pour cautionner une politique qu'elle avait par ailleurs contestée.
Tout le monde a compris qu'à un peu plus d'un an
de la présidentielle, Hollande et Valls ne changeront pas
d'orientation, libérale au plan économique et autoritaire
au niveau politique, qui désespère tant le peuple de
gauche. De toute façon, un an, c'est trop court pour mener
la moindre politique publique. Il ne reste donc qu'une

seule explication à ce revirement d'Emmanuelle Cosse :
privilégier une aventure individuelle – être ministre une
fois dans sa vie – en abandonnant la participation à un
projet collectif. Les militants d'EÉLV ont quelques raisons
d'être amers.

Gérard Mamet

(1) Je recommande la lecture du petit livre de
Christiane Taubira, Murmures à la jeunesse, édition
Philippe Rey.

5

Conférence-débat

COMMENT RETROUVER LE GOÛT DE
L’AVENIR ?
Le 11 février, au grand Kursaal, à Besançon, environ
350 personnes étaient réunies à l'appel d’initiateurs du
manifeste pour la primaire des gauches et des écologistes.

de la confrontation : une nécessaire rupture.
Michel Wieviorka s'est efforcé de souligner l'impasse
d'un débat restreint et de montrer que l'époque
n'était pas prérévolutionnaire, autrement dit qu'il
apparaissait peu probable qu'un discours de totale
rupture soit aujourd'hui audible. Pour autant, il n'en
reste pas moins des questions vives qui appellent un
renouveau des idées.

On sort d'une telle soirée à la fois encouragé par l'importance du public dans cette période

Barbara Romagnan a assuré une introduction
moins centrée sur l’enjeu d'une primaire que sur la difficulté d'être socialiste aujourd'hui face aux déceptions
engendrées par la politique du président et ses postures
autour de l’état d'urgence et de la déchéance de nationa-

6

lité. Elle a ensuite laissé la parole à Michel Wieviorka,
sociologue, directeur d’études à l’ÉHESS (École des Hautes
Études en Sciences Sociales), en insistant sur l'intérêt pour
les politiques de se confronter aux discours des intellectuels.

Lui non plus n'a pas centré son propos uniquement sur la primaire, pas plus qu'il n'a souhaité endosser
un costume d'expert ou d'autorité pour indiquer de manière solennelle la voie à emprunter.
On retrouvera sur http://
wieviorka.hypotheses.org/631 un billet assez proche de
son discours, qui contenait un point essentiel : la nécessité du débat et du conflit. Il n'y a pas de débat sans conflit,
c'est-à-dire sans confrontation des points de vue dans le
respect de ceux qui les énoncent. La gauche meurt de ne
plus débattre.
En ce sens, la primaire n'a pas pour première fonction de
désigner un candidat, un porteur de projet, mais de tracer
les lignes d'un projet à travers un débat.
Les questions venues de la salle ont souligné à la fois
l'intérêt pour la démarche et une sorte de scepticisme
quant à son aboutissement, sujet que l'orateur n'a surtout
pas esquivé.
Il existe une volonté de débat mais se font jour ici ou là
des exclusives (sans le PS par exemple, comme si le PS
était un bloc) ou des affirmations quant à l'issue même

morose et par l'envie de débattre qui s'est dégagée
du jeu des questions-réponses, et marqué par le caractère incertain du processus.
Il se dessine pourtant une perspective, un pari pour
tout dire, qui paraît infiniment plus porteur que la
répétition de nos querelles intimes.

Quelques jours plus tard, une réunion de
personnes intéressées par la démarche a rassemblé
un peu plus d'une trentaine de personnes : hommes
et femmes du monde de la culture, du monde associatif, militants du PS, d'EÉLV ou d'Ensemble (une des
composantes du Front de Gauche). Les échanges ont
confirmé un besoin quasi viscéral de débattre, d'ouvrir les fenêtres. Après les annonces du gouvernement sur la réforme (?) du code du travail, les participants furent assez unanimes à considérer comme
urgent de tracer une autre voie, les militants socialistes n'étant pas parmi les moins vigoureux à fustiger
les choix du président.
Si, comme lors de la conférence de Michel
Wieviorka, certains ferment la porte à toute participation à la primaire d'un membre du trio HollandeValls-Macron, chacun se retrouve sur l'idée de l’élaboration d'une plate-forme : sinon un programme, du
moins un socle à partir duquel pourrait s'organiser le
choix du candidat. Des idées, puis une femme ou un
homme pour les porter. En quelque sorte, une perversion nécessaire de la logique de la présidentielle.
Des groupes de travail vont être constitués à cette fin.

Michel Boutanquoi

Un second mandat ?

SUPPLIQUE AU GÉNÉRAL-PRÉSIDENT
DE LA RÉPUBLIQUE

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Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo
Loin de moi, Monsieur le Général-Président,
l'idée de vous dicter votre conduite. Mon seul souci est
d'essayer d'envisager un avenir à la gauche dans ce pays.
Vous nous obligeriez si vous renonciez à vous présenter
pour un second mandat.
À 14 mois de l'échéance, c'est peu dire que votre
bilan n'est pas mirifique. On cherche ici et là quelques
mesures qui rehausseraient l'inventaire en cours, mais
soit elles sont noyées dans des logiques technocratiques
qui les transforment en usine à gaz, tel le « compte pénibilité », soit elles restent largement en deçà des annonces, tel le « compte personnel d'activité », soit encore
elles manquent totalement leur cible, tels les « contrats
de génération ». Et de toute façon, elles disparaissent
sous les nuées de vos renoncements : de la réforme fiscale aux trente-cinq heures, les digues sont en voie de
rupture.
Je n'ignore en rien le caractère parfois injuste
d'un regard rétrospectif qui liste plus les échecs que les
avancées, mais en dernier ressort, vous ne pouvez pas ne

pas prendre en compte le sentiment qui domine : une
défiance généralisée à votre égard comme à l'égard de
votre caporal-chef, dont les mouvements de menton se
veulent républicains.

Vous et vos gouvernements successifs avez
glissé tranquillement dans une dérive libérale sur le plan
social et économique, et désormais dans une dérive
droitière sur le plan moral. Faute de réussir sur la question du chômage, vous vous êtes engouffrés, sous le
coup de l'émotion, dans une opération politique très
mitterrandienne pour piéger vos adversaires, croyant
vous ouvrir ainsi le chemin d'une réélection. Il faut avoir
renoncé à tout idéal, à tout vocabulaire un tant soit peu
socialiste pour vous être commis dans cette entreprise
profondément amorale.
Jusqu'ici, on observait un président qui cherchait
à « faire président » au gré de son art éculé de la synthèse et qui suscitait une déception de plus en plus
amère. On pouvait essayer de comprendre combien
vous étiez marqué par une sorte d'inaptitude à cerner la

fin d'un monde, celui de la croissance ; une sorte d'incapacité à penser le monde à faire naître, ce dont témoigne
votre inculture en matière d'écologie. Aujourd'hui, on est
face à un général-président qui se sert d'une réalité insoutenable pour porter atteinte à une certaine idée de
l’État et de la République ; un général-président qui tient
plus ou moins en laisse son caporal-pitbull dont les yeux
révulsés et la bave des certitudes catastrophiques aux
lèvres doivent maintenir le sentiment de peur, le contraire même d'une lutte assurée contre ce qui nous menace. D'urgence en déchéance, vous avez définitivement
rompu avec votre élection de 2012. Votre dernière trouvaille politique, débaucher la secrétaire d'EÉLV pour la
nommer au poste occupé naguère par Cécile Duflot alors
que la loi Alur reste presque lettre morte, signe un peu
plus une fin de règne inscrite dans la décomposition et
les combinaisons politiciennes . Laissons à Emma ses illusions. À votre égard, il n'y en a plus aucune.

8

Quatre ans après votre élection, la gauche est
en miettes et le FN aux portes. Certes, la totalité de la
responsabilité ne vous incombe pas, mais vous aurez
contribué ardemment à obscurcir l'avenir : votre parti est
déchiré, le Front de gauche éclaté et EÉLV dans une
phase d'agonie avancée.
Il ne nous reste finalement que l'appel à une primaire comme fragile tentative pour repeindre l'horizon
aux couleurs d'une nouvelle espérance. Ce n'est, à mes
yeux, ni une tentative de vous légitimer ni une occasion
de vous exclure. Cela ouvre un possible incertain, vulnérable dans l'orage de nos convictions malmenées et de
nos appartenances désenchantées. Si vous êtes honnête
avec vous-même, avec votre passé, vous savez que cette
primaire ne vous concerne pas, qu'elle ne peut pas vous
concerner.

Je vous en conjure : laissez la gauche rebâtir
une maison sobre et accueillante, ouverte et chaleureuse, loin des postures sans lendemains, des rodomontades des uns et des autres, des hommes ou femmes
providentiels qui lisent leur destin fantastique dans l'horoscope de leurs chimères ; laissez la gauche repenser
demain, donnez-lui la chance de se renouveler à travers
le débat. Renoncez à prétendre à un second mandat
pour ne pas la condamner à la faillite.

À défaut d'un véritable héritage, léguez-nous au
moins cela.
Respectueusement.

Michel Boutanquoi

Dessin publié avec l’aimable autorisation de
Charlie Hebdo

Sexisme à l'Assemblée

PAMELA ET LES DÉPUTÉS
Mardi 19 janvier 2016, à l'Assemblée. En France,
donc, au XXIe siècle !

des oies à la purée de maïs ! Non au gavage des lèvres
et des seins au Botox ! #PamelaAnderson

Un grand moment de représentation nationale a
eu lieu à Paris ce jour-là, où les députés recevaient
Pamela Anderson,
actrice et militante de la
cause animale.
La star canadienne, venue
soutenir
un
projet de loi de
la députée écologiste Laurence Abeille contre le gavage, n’a pas laissé
les parlementaires insensibles.
Eux qui, comme tous les
mâles de leur génération
(1), ont dû passer quelques
heures devant la télévision,
admirant Pamela courir en
bikini sur une plage de
Malibu et rêvant d’être à la
place du blessé vers qui
accourait la lifeguard de la
beach patrol...
Eux qui sont des élus de la
nation, des représentants
des citoyens, qui exercent la
souveraineté nationale, qui votent les lois…
On aurait pu penser qu’ils avaient conçu une
forme de gratitude envers Pamela Anderson pour ces
jolis souvenirs d’adolescence, et donc qu’ils écouteraient le message qu’elle venait leur délivrer - pour ses
arguments éthiques et philosophiques, s’entend. Et
puis, éventuellement, on pouvait espérer que nos représentant nationaux avaient une haute idée leur fonction.

- #Pamela "n'y connaît rien. Pas de silicone
dans le foie gras. Qu'elle continue à courir. Ça nous
rappellera des souvenirs" @patrick_ollier
https://twitter.com/patrick_ollier
Nous avons donc, d’un côté, une ex-actrice qui
a mis sa notoriété au service d’une cause, qui parcourt
le monde depuis 20 ans contre la chasse aux phoques,
contre la fourrure, pour la protection des baleines,
contre toutes les formes de maltraitance animale, avec
PETA (2), Sea Sheperd ou la FBB (3), et de l'autre,
quelques individus qui pensent rester dans les mémoires grâce à des vannes de piliers de bistrots. Lequel de ces deux types de personne est-il le plus digne
de fréquenter l’Assemblée nationale ? Douloureuse
question...

Chère Pamela, un conseil : présente-toi au
Congrès en 2017 ; non seulement tu y seras à ta place,
mais lors de ta prochaine visite à Paris, tu y seras aussi
bien
traitée
que
le
fut
Arnold
Schwarzenegger. Sacré Arnold the Governator, aux
formes avantageuses pourtant tout aussi modifiées
que celles de Pamela, mais pour qui on déroule le tapis rouge à l’Assemblée nationale et qui peut se prêter
à une séance de pose au sein même de l’hémicycle
sans que personne ne s’en offusque ! Au contraire, nos
chers députés, émus, se battaient presque pour une
photo avec Arnie. Mais Arnold est un homme et un exgouverneur : il est des leurs…

Martine Landry

Haute idée dont ils ont donné la mesure (ce
n'était hélas pas la première fois, ni sans doute la dernière...) dans ces messages, ces dizaines de tweets,
d’une élégance et d’un humour que l’on ne soupçonnait
pas chez nos élus :
- #PamelaAnderson Une dinde gavée au silicone
parade à l'assemblée contre le gavage des oies... Quelle
farce ! Qui en sera le dindon ?
- @Bleu_Gironde Oui au gavage des canards et

(1) Ah ! ben non : moi, je savais même pas qui c'était...
[Note du réviseur]
(2) People for the Ethical Treatment of Animals.
(3) Fondation Brigitte Bardot.

9

Transition énergétique

LA MÉTHANISATION EN FRANCHE-COMTÉ
La méthanisation est un procédé biologique qui
permet d'obtenir un gaz combustible, le méthane, à partir
de la fermentation anaérobie (1) de déchets organiques.
Cette technique, utilisée un peu partout dans le monde
depuis le début du 20e siècle, permet d'éliminer et de
valoriser certains déchets. On parle aussi de la production
de biogaz qui est une forme d'énergie renouvelable. Mais
attention à ne pas oublier les préoccupations agronomiques et environnementales !

Un secteur en développement
Il y a en Franche-Comté une dizaine d'installations
de méthanisation à la ferme, dont celle de la ferme biologique de They (Haute-Saône), de M. Devillair, qui a été
construite en 2011. On compte aussi deux installations
pour traiter les boues des stations d'épuration (dont celle
de Besançon) et trois liées à des fromageries, sans compter une vingtaine en projet ou en construction.

10

Les équipements de méthanisation sont des installations classées soumises à déclaration ou autorisation
(selon la taille) et à contrôle périodique. Cette réglementation se justifie par les risques qui y sont liés : pollution,
circulation de véhicules, émanations, explosions…
L'ADEME, les services de l'État et la Chambre d'Agriculture
sont chargés d'étudier la faisabilité des projets et la conformité à la règlementation.
Le pouvoir méthanogène varie beaucoup selon les
substrats. Ainsi, une tonne de lisier de porc ne produit que
quelques m3 de gaz alors qu'une tonne de déchets de
céréales en produit jusqu'à 350 m3. Le gaz méthane peut
être valorisé de quatre manières différentes :
- injection dans le réseau de gaz naturel quand la
proximité le permet,

- utilisation directe par combustion : chauffage,
séchage du foin, etc.,
- cogénération : production simultanée de chaleur et d'électricité,
- transformation en carburant GNV (Gaz Naturel
Véhicule).

Préoccupations agronomiques et environnementales
Dans le cadre de Franche-Comté Nature
Environnement, un guide de réflexion a été élaboré pour
aider les associations ou les élus à donner un avis sur les
projets de méthanisation. L'idée générale retenue a été
qu'il ne fallait pas se préoccuper seulement de questions
énergétiques, mais qu'on devait aussi tenir compte des
impératifs agronomiques, comme la préservation du
taux d'humus des sols, et écologiques, en évitant les
épandages excessifs de nitrates et de phosphates contenus dans les digestats de méthanisation (2).
En effet, selon la célèbre loi de Lavoisier - « Rien
ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » -, la part
de carbone transformée en méthane n’est plus disponible pour enrichir le sol en humus et les quantités
d’azote et de phosphore sont exactement les mêmes à
l’entrée et à la sortie de la méthanisation. Celle-ci ne
permet en aucun cas de résoudre la question des excédents d’azote et de phosphore, qui se retrouvent intégralement dans les digestats. Il est donc recommandé de
maintenir une fertilisation mixte (digestats et fumier sur
paille), moins lessivable et plus durable, indispensable à
la préservation des eaux souterraines, des rivières et des
sols.

La fertilisation avec les digestats est intéressante
quand elle remplace les engrais chimiques. Mais les
règles d'épandage de ces fertilisants très solubles doivent être très strictes pour éviter qu'en zone karstique,

ils ne se retrouvent dans les eaux souterraines et les rivières.

Attention aux dérives !
La production de gaz doit être réalisée à partir de

déchets organiques, qu’ils soient uniquement d’origine
agricole ou en mélange avec d’autres déchets (gazons,
graisses usagées…). Nous refusons la méthanisation réalisée à partir de cultures dédiées, avec les mêmes arguments
que ceux de notre refus des agrocarburants en général. Il
ne doit pas y avoir de concurrence, dans l’utilisation des
surfaces cultivées, entre production à des fins énergétiques
et production alimentaire. Cette dernière doit toujours rester prioritaire.
Les matières organiques provenant d’une zone
extérieure au territoire d’épandage des digestats entraînent, automatiquement, une augmentation des quantités
globales de nitrates et de phosphates apportées au sol. Il
peut en résulter des excédents que le territoire est incapable d’absorber, avec les risques d'aggravation des pollutions d'origine agricole.
L’utilisation du biogaz doit se substituer à une
énergie fossile. On doit privilégier une utilisation sur

place, sur l’exploitation ou à proximité. En aucun cas
cette production ne doit servir de prétexte à de nouveaux besoins. Si on crée un nouveau besoin, comme le
chauffage d’une serre par exemple, on n’avance pas vers
la transition énergétique. Quand c'est possible, l’injection dans le réseau de gaz naturel est aussi une solution
intéressante.
Pour éviter les transports, gourmands en énergie, tant des matières à méthaniser que des digestats, il
faut privilégier l’installation d’unités modestes « à la
ferme » ou des projets collectifs, aux dimensionnements
liés aux capacités d’épandage dans des projets de fertilisation mixte. Les sols ne peuvent pas s’adapter aux
quantités à épandre. Aussi la dimension des projets doit
s’adapter à la nature des sols, à la surface réellement
disponible pour l’épandage et aux besoins en fertilisants.

Gérard Mamet

(1) Anaérobie : sans oxygène, à l'abri de l'air.
(2) Digestats : nom donné aux résidus de méthanisation.

Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté
(33, Avenue Carnot 25000 Besançon)
Directeur de publication : Gérard Roy
Comité de lecture : Michel Boutanquoi, Gérard Mamet,
Gérard Roy, Suzy Antoine, Françoise Touzot
CPPAP: 0518 P 11003
Maquette : Corinne Salvi Mise en page : Suzy Antoine
Imprimé sur papier recyclé
Par les soins d’Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté
ISSN 1169-1190

11

Science et écologie

DESTRUCTION NON CRÉATRICE,
CARBURANTS SOLAIRES,
VIRUS EBOLA ET MALADIE DE LYME
La science pour éclairer les choix de l'écologie politique.
La réflexion politique pour développer la critique de la science.

1. La vague d'innovation actuelle détruit
plus d'emplois qu'elle n'en crée

12

La vague actuelle d'innovations tourne autour du
numérique, mais pas seulement. Les avancées touchent aussi les matériaux, l'énergie, la biologie moléculaire, la génétique, etc. D'après la théorie de la
« destruction créatrice » de l'économiste Joseph
Schumpeter, quand une nouvelle technologie remplace
une ancienne, elle permet de faire mieux et moins cher.
Mais l'impact sur l'emploi est immédiat. Dans les
vagues d'innovations passées, dans les secteurs émergents, de nouveaux emplois étaient créés, plus nombreux et mieux rémunérés. Le problème, c'est que la
phase actuelle d'innovations détruit beaucoup plus
d'emplois qu'elle n'en crée. Ainsi, Le Bon Coin, qui
fonctionne avec moins de 300 personnes, remplace
10 000 agents immobiliers, Amazon entraîne la destruction de centaines d'emplois dans les librairies traditionnelles. Et on ne voit pas très bien quels seront les domaines de création des nouveaux emplois. Il y a bien
chaque année dans le monde un million de plus de
chercheurs en R & D (Recherche et développement),
mais c'est beaucoup moins que le nombre d'emplois
détruits. (La Recherche n° 508, février 2016, pp. 72-75)

Commentaire : Certains pensent que, pour
faciliter la création de nouveaux emplois, il faudrait
simplifier la réglementation. Néanmoins, tous s'accordent sur l'importance de la formation et de la recherche fondamentale de haut niveau. Mais cela ne

répond pas à la menace du chômage technologique. Le
chercheur américain Randall Collins (1) définit le chômage technologique comme « le mécanisme par lequel
les innovations en matière d'équipement et d'organisation du travail permettent d'économiser de la main
d'œuvre : produire plus à un coût inférieur et avec moins
de travailleurs ». Collins ajoute que « la substitution des
machines et des ordinateurs au travail humain est un
processus potentiellement sans fin ». Or c'est le secteur
des services, qui emploie déjà 75 % de la population active aux États-Unis (2), qui est le plus affecté par les technologies de l'information. Dans ces conditions, Collins
envisage la possibilité d'un chômage structurel de 50 %
de la population en âge de travailler, dès 2040, dans les
pays développés. Au moment où le gouvernement et le
Medef veulent défaire la loi sur les 35 heures, cela repose donc avec une très grande acuité la question de la
réduction du temps de travail.

2. Des carburants solaires pour la transition
énergétique
En ces temps de réchauffement climatique, l'énergie solaire apparaît comme une solution. Son exploitation par l'homme revêt deux principales formes : les procédés photovoltaïques (transformation de la lumière en
électricité) et les procédés photothermiques (le rayonnement est transformé en chaleur, par exemple dans un
chauffe-eau solaire). La difficulté vient de son caractère
intermittent et il est donc nécessaire de la stocker. Une
troisième forme d'exploitation directe de l'énergie solaire
est prometteuse : la transformation de l'énergie solaire
en carburant, ce qui résout en même temps la question
de son stockage.

L'hydrogène gazeux est le plus simple des carburants solaires et il peut être obtenu par électrolyse de l'eau. Mais
son stockage reste compliqué. D'autres recherches visent
à fabriquer directement des carburants carbonés tels que
les hydrocarbures ou le méthanol, à partir du CO2, en
cherchant à imiter la photosynthèse (3). (Pour la Science
n° 459, janvier 2016, pp. 57-63)

Commentaire : Les recherches sur la production
directe de carburants carbonés n'en sont qu'à leurs premiers balbutiements. Les rendements énergétiques sont
encore trop faibles, autour de 0,1 %, c'est-à-dire inférieurs
à ceux de la photosynthèse. Un rendement énergétique
global de 10 %, qui est l'objectif des chercheurs, est considéré comme plausible. Pour y arriver, il faudrait mobiliser
de nombreuses ressources humaines et matérielles, dans
le cadre de collaborations internationales. Dans ces conditions, les carburants solaires pourraient trouver leur place
dans la transition énergétique.

3. Les débuts prometteurs du vaccin contre
Ebola
Depuis le début de l'épidémie, 28 635 personnes
ont été infectées par le virus Ebola et 11 314 décès dénombrés. La maladie a un taux de décès élevé mais qui
varie selon les 5 souches de virus identifiées. Elle est modérément contagieuse : son mode de transmission par les
fluides corporels (sueur, sang, etc.) rend efficace une stratégie d'isolement des malades. Mais devant la gravité de
la situation observée pendant l'été 2014, la communauté
internationale a lancé une coopération de grande ampleur
(OMS, ONG, ONU, pays donateurs). Les laboratoires qui
travaillaient déjà sur cette maladie ont rapidement mis au
point des candidats vaccins qui ont d'abord été testés sur
des cellules et des animaux. Entre avril et juillet 2015, le
plus avancé des vaccins, rVSV-Ebov, a été testé sur
7 500 personnes. Les résultats montrent qu'il offre une
bonne protection contre le virus sans provoquer d'effets
secondaires importants. (La Recherche n° 507, janvier
2016, pp. 51-54).

sans doute parce que les populations concernées se déplaçaient beaucoup et que les autorités ont tardé à
mettre en place un contrôle strict. C'est « l'urgence de
santé publique de portée internationale » à un moment
donné qui a stimulé la recherche sur les vaccins. Le vaccin protège non seulement les personnes vaccinées,
mais aussi celles qui ne l'ont pas été en coupant la circulation du virus dans la population. Comme le virus circule
toujours dans la faune sauvage, notamment chez les
chauves-souris, cette épidémie ne sera pas la dernière. Il
est donc très important de disposer d'un ou de plusieurs
vaccins efficaces.

4. Maladie de Lyme : les outils pour améliorer
le diagnostic sont pourtant là
La maladie de Lyme, ou borréliose, est transmise
par des tiques. Selon l'Institut de Veille sanitaire, la
France compte 27 000 cas nouveaux par an mais, selon
les associations de malades, ce nombre serait largement
sous-estimé. Le symptôme classique est une tache rouge
sur la peau, ou érythème, qui disparaît en quelques
jours. C'est une maladie facile à guérir au stade précoce
à l'aide d'antibiotiques adaptés. Par contre, sans traitement antibiotique précoce, la situation se complique.
Des symptômes très variés – articulaires, musculaires,
neurologiques - apparaissent. Le problème, c'est que
l'affection n'est pas toujours facile à diagnostiquer.
D'abord, la morsure de la tique peut passer inaperçue,
parce qu'elle injecte une substance anesthésiante. Ensuite, les tests ne détectent pas tous les cas. En France, il
y a 5 espèces de bactéries responsables de la maladies
et les tests commercialisés ne précisent ni leur spécificité ni leur sensibilité. (Pour la Science n° 460, févier 2016,
pp. 14-16)

Commentaire : La maladie de Lyme pose un

Commentaire : L'épidémie, qui a démarré en
Guinée en décembre 2013, a pris une grande ampleur,

grave problème de santé publique et la Franche-Comté
est particulièrement touchée. Il y a une certaine méconnaissance de la maladie dans le monde médical. Les
tests, basés sur la détection d'anticorps spécifiques, sont
parfois réalisés trop tôt ou ne correspondent pas toujours à la souche de bactérie concernée. Il y a ainsi près
de 20 % de faux négatifs. L'information du public est

13

insuffisante : chaque fois qu'on se promène dans un endroit susceptible d'abriter des tiques, il faudrait s'examiner et enlever les tiques le plus tôt possible, car les
risques de transmission augmentent avec la durée d'attachement de la bestiole. La ministre de la Santé a été
alertée à plusieurs reprises sur la gravité de l'épidémie
par des parlementaires francs-comtois sans qu'il en résulte, à ce jour, des actions adaptées et efficaces. Pourtant, des techniques sont disponibles pour détecter les
différents microorganismes transmis par les tiques, mais
il faudrait qu'elles soient généralisées.

(1) Immanuel Wallerstein, Randall Collins,
Machael Mann, Georgi Derluguian, Craig Calhoun, Le
Capitalisme a-t-il un avenir ? La Découverte, novembre
2014.
(2) Dans les pays avancés, le travail agricole ne
représente plus que 1 % des emplois et les industries manufacturières 15 %.
(3) La photosynthèse est le processus utilisé par
les plantes vertes pour fabriquer de la matière organique
(sucres, graisses, protéines) à partir du CO2, en utilisant
l'énergie lumineuse.

Gérard Mamet

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Nous avions lancé un appel à l’aide dans La Feuille Verte de janvier. Nous le réitérons dans ce numéro.
Malheureusement, le nombre d'abonnements payants demeure désespérément bas et bien insuffisant, dans les conditions
actuelles, pour assurer la pérennité de notre canard. Si vous êtes aussi attachés que nous à la continuité de La Feuille Verte,
il n'y a pas 36 solutions : abonnez-vous, réabonnez-vous, faites (ré)abonner les gens autour de vous, « placez » des numéros
partout où vous pouvez ! N'ayons pas peur des banalités quand elles disent vrai : pour une publication (sans la moindre publicité, bien sûr), l'abonnement, c'est le nerf de la guerre.

Le Comité de lecture de La Feuille Verte

Notre-Dame-des-Landes

NON A L'EXPULSION DES PAYSANS,
OUI A LA PRÉSERVATION DE
LA BIODIVERSITÉ
On entend sans cesse le gouvernement et le Medef
dire qu'il faut économiser l'argent public ; et pourtant, à
Notre-Dame-des-Landes, Manuel Valls continue de soutenir un projet d'aéroport coûteux, inutile et destructeur
de terres agricoles. Le 13 janvier, les militants de la Confédération paysanne du Doubs ont manifesté leur soutien
à leurs collègues de Loire-Atlantique menacés d'expulsion.

Le samedi 23 janvier, un rassemblement de soutien a eu lieu aussi à Besançon, à l'appel du collectif bisontin contre NDDL, avec le soutien d'EÈLV. Le jugement
est tombé le 25 janvier : il a décidé l'expulsion dans un
délai de deux mois, mais sans astreinte.

En finir avec les grands projets inutiles
Un acte de solidarité
Ce jour-là, 4 paysans et 11 familles étaient jugés
devant le tribunal de Nantes pour avoir refusé de quitter
leurs terres. Ils risquaient l'expulsion immédiate, la saisie
et la séquestration de leur bétail et de leurs biens et une
astreinte pouvant aller jusqu'à 1 000 euros par jour.
Une quarantaine de militants et sympathisants de
la Conf' 25 se sont retrouvés, au même moment, au rond
point d'Étalans, pour organiser un barrage filtrant avec
une dizaine de tracteurs et pour distribuer une information aux automobilistes de passage sur cet endroit stratégique entre le Haut-Doubs et Besançon. Cet acte de solidarité a été assez bien accepté par les personnes de passage.

Il a été largement démontré que ce projet était
ancien, basé sur l'hypothèse d'une progression complètement surestimée du transport aérien. Il existe déjà un
aéroport international à Nantes, qu'il suffirait de rénover. Le coût de la rénovation serait 8 à 10 fois moindre et
cela éviterait la destruction de 1 700 ha de terres agricoles et de zones humides remarquables, très riches en
biodiversité.
La ville de Nantes peut être reliée à Paris en deux
heures par le train, beaucoup moins gourmand en énergie. Ce sont les lobbies du bétonnage qui cherchent à
imposer ce type de projet. La terre est précieuse et elle
doit être réservée autant que possible à l'alimentation
humaine. Les paysans de Notre-Dame-des-Landes, qui
respectent la terre et l'environnement, veulent pouvoir
continuer de vivre de leur travail, soutenus par des dizaines d'associations.

Dernier rebondissement : un référendum
Si le gouvernement est à l'écoute des citoyens,
s'il veut se conformer aux engagements de la COP 21 qui
vient de se tenir à Paris, il doit renoncer à ce projet inutile, qui augmenterait encore les émissions de gaz à effet
de serre. Après le remaniement gouvernemental,
François Hollande a annoncé un référendum local pour

15

trancher la question. Problème : on ne sait pas quel sera
le périmètre du vote, peut-être le seul département de la
Loire-Atlantique. Mais le conseil de ce département a déjà
annoncé qu'il refusait de l'organiser. C'est encore une façon de tergiverser.
Les forces en présence sont assez bien identifiées :
d'un côté, les partisans des GPI (1) qui sont sous
l'influence du lobby des grandes entreprises de BTP
(Bouygues, Vinci…) et qui, sous prétexte de croissance et
d'emplois, sont prêts à faire n'importe quoi, même de
l'inutile (alors qu'il y a tant à faire en matière de transition
énergétique) ; de l'autre, des paysans qui veulent continuer à vivre de leur travail et des défenseurs de l'environnement qui veulent préserver une zone remarquable pour
sa biodiversité. Référendum ou pas, il est plus que temps
de mettre un terme définitif à ce projet déraisonnable (2).

(1) Grands Projets Inutiles.
(2) Et comme si ça ne suffisait pas, voilà qu'on apprend, par le Canard enchaîné, que l'État a tenu secret un
rapport de la DREAL remis en 2014 au préfet de région et
préconisant l'extension de l'aéroport actuel plutôt que la
construction d'un nouveau !

Gérard Mamet

Brèves
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ON VIT UNE ÉPOQUE FORMIDABLE
1) Selon un article du Canard enchaîné, chaque
année, dans le monde, 12 millions de tonnes de matières plastiques finissent dans l’eau. On estime que
960 000 tonnes de débris plastiques se sont conglomérées en cinq immenses dépotoirs flottants. Le plus grand
se trouve dans le Pacifique, et il est épais de 30 mètres.
Tout ce bon plastique n’est pas perdu pour tout le
monde : oiseaux, tortues, phoques s’étouffent en l'ingérant. Mais ce n’est pas tout : il s’émiette en minuscules
fragments qui se mélangent au plancton. Et qui mange
le plancton ? Poissons, huîtres, coquillages filtreurs…
Une étude récente menée sur les espèces pêchées dans la Manche a montré que les plus
« plastiqués » étaient le merlan bleu, le grondin rouge,
et certaines soles. Quand on songe que ce plastique
contient lui-même du bisphénol, des phtalates…
Y a pas à dire : le plastique, c'est fantastique !
2) Le magazine Auto plus a testé la consommation réelle des autos les plus vendus en France. Ils ont
testé des modèles lambda, non préparés, sur route, sans
soufflerie, bref sans tricherie. Du coup, ils ont mesuré
une consommation plus élevée de 37,2 % que celle annoncée par les constructeurs ! Et les voitures françaises

sont parmi les plus tricheuses.
3) Actuellement, les déplacements à vélo ne représentent en France qu’un peu plus de 3 % du total
(87 km par an et par Français). Le Club des villes et territoires cyclables a calculé que la Sécurité sociale pourrait
économiser le montant de son déficit annuel (plus de 14
milliards d’euros) si ce pourcentage montait jusqu’à 15 %
(300 km par an et par personne). (Ville et vélo, mai 2015)
Voir à ce sujet :
http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/
avantages_sanitaires_du_velo_version_assemblee_du_17_dece
mbre.pdf
ou (version courte) :http://tinyurl.com/hn62mno

Michèle Greif

Piqûre de rappel contre l'amnésie

LA BATAILLE D'EINAUDI (1) : LES DÉRIVES DE
LA RÉPUBLIQUE
En ces temps de questionnement sur la
République, ses valeurs et ses renoncements, ses silences appuyés et ses représentations, sur ce qu 'elle
voudrait bien paraître par rapport à ce qu'elle est, un
récent petit livre du Bisontin Fabrice Riceputi sur les
aléas de la construction de notre Histoire est à la fois
passionnant et instructif. Le sous-titre du livre annonce
déjà le propos : « Comment la mémoire du 17 octobre
1961 revint à la République » après plus de trente ans
de « dissimulations systématiques de la part des autorités françaises, sans que l'alternance politique de 1981
ne change profondément les choses », comme le précise Gilles Manceron dans la préface.
Cette enquête retrace le parcours complexe d'un
chercheur citoyen, Jean-Luc Einaudi (auteur de La
Bataille de Paris en 1991), pour faire reconnaître un
massacre oublié et les obstacles auxquels il s'est heurté.

trés le 17 octobre 1961 et les jours qui ont suivi représentent une des pages d'un passé colonial dont l'opacité
officielle a creusé en silence une fracture dans toute
notre société. Sous prétexte de préserver l'unité nationale, cette opacité perpétue cette fracture entre
Français par la distinction de traitement qu'elle opère.
Le Préfet de police Maurice Papon estimait à
l'époque avoir défendu Paris sans violence contre les
terroristes du FLN. Il ne reconnaîtra en fin de compte
que deux morts, alors que le
nombre réel de victimes
durant cette opération de
« maintien de l'ordre » par
une police armée contre un
défilé pacifiste reste inconnu, bien qu'estimé à plus de
200 morts, « noyés par
balles », victimes de matraquages mortels, de strangulations ou de tortures - faits
relatés par de nombreuses sources, y compris dans la
police.

Le parcours d'un chercheur citoyen

Elle pose aussi la question de la construction
d'une Histoire officielle et de sa contestation, comme
celles de la consultation des Archives nationales ou de
l'élaboration des manuels d'histoire. Elle montre de plus
à quel point un dispositif d'exception peut permettre
des dérapages. Ce qui n'est pas sans écho avec la situation actuelle.

À l'époque, c'est la mise en place d'un acte
anticonstitutionnel, un couvre-feu après 20 h 30 visant les seuls « Français musulmans d'Algérie », qui
avait provoqué la manifestation réprimée. Ainsi, déjà
par le passé, on savait instrumentaliser des dispositions
exceptionnelles discriminatoires mettant en danger les
libertés et la cohésion sociale.
Un crime d'état laissé dans l'oubli
Les massacres de manifestants pacifistes perpé-

Outre l'opposition du principal ordonnateur de
ces basses œuvres, la recherche de la vérité d'Einaudi a
rencontré aussi celle de l'Université, qui lui a refusé
toute aptitude à la recherche comme à quiconque
n'ayant pas le statut de chercheur. Force est de constater que cette défense corporatiste, crispée autour du
fétichisme des diplômes, passe avant la reconnaissance
argumentée des faits. Einaudi, éducateur, ne verra ainsi
son travail pris en considération que beaucoup plus tard.
Au procès de Maurice Papon, à Bordeaux, pour
concours actif à la déportation de Juifs, Einaudi fut appelé pour témoigner de la continuité dans les agissements du Préfet à travers ses différentes fonctions. Toutefois, c'est surtout la plainte pour diffamation formulée
ensuite par Papon lui-même contre Einaudi pour avoir
évoqué, lors du procès de Bordeaux, des faits couverts
par l'amnistie de 1962 qui donneront au récit d'Einaudi
son véritable impact. Si tout portait à croire que Papon
sortirait vainqueur de cette confrontation étant donné
cette prescription, Einaudi obtint la relaxe, ce qui revenait à faire reconnaître Papon comme l'organisateur de

17

cette répression. Et cela à force de témoignages et grâce
au concours d'archivistes qui ont soutenu Einaudi, mais qui
en paieront le prix par la suite.

À Besançon, un collectif d'associations (2) appelle
chaque année, le 17 octobre, à un rassemblement en souvenir de ces événements tragiques . Des fleurs sont lancées symboliquement à cette occasion dans le Doubs depuis le pont Battant. Pour le cinquantenaire, en 2011, une
plaque a été posée avec la participation de la ville au coin
gauche du pont, côté quai Vauban. Toutefois, incroyable
mais vrai, le texte de cette plaque est gravé sur une pierre
dont les marbrures mouchetées le rendent quasiment illisible.

En effet, ces archivistes témoignèrent en sa faveur,
mais verront de ce fait leur carrière compromise, pour
avoir brisé la loi du silence, par une « mise au placard » jusqu'à leur retraite, d'où personne, de droite
comme de gauche, ne les sortira malgré des demandes
réitérées, ni n'ouvrira les archives comme promis.

Le difficile accès aux archives et l'histoire officielle

18

Il faut préciser qu'en 1979, Papon, Ministre des Finances sous Giscard, avait soigneusement fait en sorte que
le délai de consultation de certaines archives soit allongé
de 60 à 100 ans, au nom de la raison d’État, sauf dérogation exceptionnelle dont ne bénéficiera pas Einaudi. Par
ailleurs, la destruction d'archives durant ce délai, ainsi que
la prescription ou l'amnistie, permettront difficilement que
l'on revienne sur les versions officielles du « roman national ».
L'ensemble de ces pressions réduit considérablement l'accès à la compréhension des faits et le dialogue
nécessaire entre les histoires de chacun de son vivant et
l'Histoire retenue par les manuels scolaires, en particulier
autour du fait colonial, consubstantiel à la République. La
lecture de ce livre est l'occasion de mesurer à quel point
cette « tendance lourde à l'occultation du savoir favorise
une incapacité plus ou moins consciente à reconnaître ce
que l'on sait et à en tirer les leçons », comme le précise
Fabrice Riceputi. Il ne s'agit pas de repentance, mais de
reconnaissance de ce qui s'est passé, afin de ne pas répéter les mêmes erreurs. Or, depuis les attentats de 2015, on
voit réapparaître implicitement dans certaines décisions
une stigmatisation à peine retenue. Même si cette grille de
lecture doit en croiser d'autres, rien ne sert de l'éluder, car
un pays qui ne fait pas les comptes de son passé est un
pays qui ne cesse de le payer.

« À la mémoire des Algériens Victimes de la répression lors d’une Manifestation Pacifique le 17 octobre
1961 à Paris »

Thierry Lebeaupin

(1) : La Bataille d’Einaudi Comment la mémoire du
17 octobre 1961 revint à
la République de Fabrice
Riceputi, Éditions Le Passager clandestin, 2015.

2) : Ce collectif est formé par CISIA, CDDLE, l'association À la rencontre de Germaine Tillion, LDH, CIMADE,
MRAP, Pastorale des migrants, CCFD Terre Solidaire du
Doubs, Survie, Terre des hommes, FSU, Solidaires, PG25,
PS, PCF, EELV, NPA, les Alternatifs...

De la Franche-Comté à Wallis-et-Futuna

PETITE CHRONIQUE WALLISIENNE (6)
Une nouvelle fois, je vous emmène sur l'archipel de Wallis-et-Futuna, le territoire français le plus
éloigné de la métropole, à la rencontre d'une terre et de ses habitants.

À peu près au moment du bouclage de cette
Feuille Verte, le 22 février, le Président de la République,
Falakiko Hollande, nous rendra visite, avant de rejoindre
la Polynésie Française. La dernière visite présidentielle fut
celle de Valery Giscard d'Estaing en 1979, il y a trentesept ans. Et c'est la première fois qu'un président de la
République en exercice foule le sol de Futuna... Évènement historique, donc. Notons encore que François
Hollande sera ici le lundi 22 février, puis le dimanche 21
en Polynésie : petite facétie de la ligne de changement de
date !...

préoccupation n°1 est celle de l'explosion de l'obésité
et du diabète. À Wallis, 60 % de la population est en
situation d'obésité selon la classification OMS, 87 % en
surcharge pondérale et 19 % des habitants souffrent
de diabète. Les complications liées sont nombreuses :
hypertension artérielle et maladies cardiovasculaires,
insuffisance rénale chronique, risque accru de certains
cancers (sein, colon, prostate), problèmes articulaires,
moindres défenses immunitaires…

19
Mais aujourd'hui, c'est de santé que je souhaite
vous parler, l'archipel étant confronté à un défi considérable dans ce domaine.

Une espérance de vie inférieure de sept ans
à celle de la métropole
Depuis la nuit des temps, en Polynésie, ce sont les
plantes, le recours aux guérisseurs et à des cérémonies
permettant d'éloigner les temonio (esprits mauvais) qui
permettaient de lutter contre les maladies. Ces pratiques
n'ont pas disparu, le recours aux plantes médicinales
reste en effet très habituel dans le quotidien des familles
wallisiennes et la peur des temonio est toujours présente.
Aujourd'hui, l'Agence de Santé définit la politique
de santé, gère un hôpital et trois dispensaires, fournit les
médicaments et gère les actions de prévention. Les soins
sont gratuits et il n'existe pas ici de médecine libérale. Les
dépenses de santé par habitant sont à Wallis les plus
basses d'Outre-Mer, à égalité avec Mayotte.
Mais ce n'est pas l'équipement médical, ni même
l'éloignement des plateaux techniques très pointus de
Nouméa ou de métropole, qui posent problème ici. La

Ces chiffres sont les plus élevés de l'ensemble du
territoire national. Aujourd'hui, selon l'INSEE, l'espérance de vie d'un Wallisien, hommes et femmes confondus, est de 75,8 ans. Elle est en métropole de 82,8
ans.
Si elle atteint des records ici, cette réalité est
hélas partagée : selon un rapport de la Cour des
Comptes de juin 2014, obésité et hypertension ont
doublé en outre-mer entre 1980 et 2010.

Régime soda-chips-corned beef
C'est bien sûr l'évolution des modes de vie et de
consommation qui est en cause. Mais il existe aussi
des prédispositions génétiques qui remontent aux
temps anciens : dans ces îles soumises aux aléas climatiques (cyclones) et ces territoires isolés, ne survivaient que ceux qui pouvaient stocker assez de calories
pour résister aux famines récurrentes. Une sélection
naturelle s'est donc opérée, mais cette force devient
aujourd'hui une faiblesse face à l'abondance alimentaire et à la baisse des besoins énergétiques.

L'arrivée des Américains pendant la guerre du
Pacifique (1) a été le point de départ d'une véritable révolution dans l'archipel. Alors que l'agriculture vivrière et le
troc régissaient la vie économique locale, les Américains
ont introduit la monnaie en rétribuant la population pour
les aider à construire routes et infrastructures. Et au passage en introduisant coca, corned beef, alcool et cigarettes…

Après le rattachement de Wallis-et-Futuna à la
France en 1961, l'administration s'est développée et avec
elle l'emploi salarié.
Péni, Kika et Florence travaillent au service Prévention Santé de l'hôpital. Pour elles, c'est bien l'évolution des
modes de vie qui est au cœur du problème :

20

« Le changement est net depuis les années 1985.
Aujourd'hui, les gens ont un salaire, ils achètent dans les
supermarchés beaucoup de sodas, du poulet congelé, du
corned beef, du riz, du pain, pas de légumes et peu de
fruits. On mange moins de taro et d'ignames, mangues et
bananes pourrissent souvent sur les arbres et les gens
achètent des pommes et des oranges...
Autrefois, lorsque les hommes préparaient le 'umu
(2), tout le monde prenait ses repas ensemble. Maintenant
chacun mange quand il a faim. Les enfants partent à
l'école les sacs plein de sachets de Twisties (chips).
Avant, on marchait beaucoup, aujourd'hui tout le
monde a une voiture. Et puis il y a la télé, internet, les jeux
vidéo... »

Alain Sœur, Directeur de l'Agence de Santé, le
reconnaît :
« Nous intervenons trop tard et nous manquons
de professionnels compétents : pas de médecin de santé publique, pas de diététicienne ni de psychologue ou
psychiatre ! Une des difficultés aussi, c'est que les personnes font preuve de fatalisme : c'est Dieu qui décide
de notre sort. Et il n'y a pas encore de prise de conscience chez les habitants des graves conséquences du
surpoids. Pas beaucoup plus chez les responsables politiques et/ou économiques du territoire. »
Alain Sœur le constate, le système économique
de l'archipel est contre-productif : les revenus du territoire sont constitués des taxes issues des produits
d'importation. Les élus n'ont donc pas intérêt à développer une production locale (pêche, fruits, légumes,
volaille, porcs) , alors qu'il faudrait réorienter la consommation des habitants vers les produits locaux, qui
sont sains et goûteux. Ici, pas d'intrants en agriculture
ni de ciguatera dans le poisson (3).
Tout reste à faire, donc.
François Hollande sera-t-il sensible au charme
voluptueux des Wallisiennes ? Entendra-t-il la demande de leur député, Napole Polutélé, bien décidé
semble-t-il à solliciter des moyens supplémentaires
pour faire face à cette « urgence sanitaire », comme il
la nomme ?
L'avenir le dira. Ou pas.

Françoise Touzot

(1) Cf. La Feuille Verte, septembre 2015 : Pendant la
Seconde Guerre mondiale, Wallis devient une base
arrière américaine (1942-1944).
(2) Four traditionnel du Pacifique.

Une évolution tristement classique donc, mais ici
tout s'est passé très vite. En quarante ans, les modes de
vie ont été radicalement bouleversés.
Face à cette situation, l'équipe du service Prévention Santé propose quelques supports aux personnes diabétiques : ateliers culinaires, information sur la maladie et
le traitement, organisation de journées « marche », travail
en groupe pour motiver des patients souvent peu conscients des conséquences du surpoids. Mais face à
l'ampleur de la tâche, les professionnelles avouent leur
découragement, leur sentiment de n'être qu'une goutte

(3) Intoxication alimentaire par le poisson contaminé
par une algue présente dans les récifs coralliens.

UN MOIS (1), ÉMOIS, ET MOI
Breloques. David Bowie avait refusé d'être fait

PS. Et aussi, chez nous, un ministère des Pro-

commandeur de l'ordre de l'Empire britannique – un
peu comme s'il avait dédaigné la Légion d'honneur –
parce qu'il « ne compren[ait] vraiment pas à quoi ça
sert ». Et trois ans plus tard, même refus de l'anoblissement par la Queen. Respect.

messes tenues ? Bah non, faut quand même pas exagérer .

Retour. Jean-François Copé veut désormais
« faire de la politique autrement ». Si ça lui réussit aussi
bien qu'aux Verts, on ne devrait pas entendre parler de
lui trop longtemps.

Lettres. Selon un communiqué officiel, les
Coréens du Nord, après le tir de « fusée » par Pyongyang
début février, ont pu admirer « la vapeur fascinante du
satellite de la Juche striant le ciel bleu et clair au début du
printemps, à la veille de la fête de l'étoile qui brille ».
Avec Sarko, les Français ont un écrivain ; avec Kim Jongun, les Nord-Coréens ont un poète.

Vroum. Aux États-Unis, en 2015, la consommation d'essence a augmenté de 3 % et les ventes de pickup et de SUV (ces 4x4 « urbains » pour emmener les
chiards à l'école au coin de la rue) ont bondi de 15 %.
La faute, paraît-il, à la chute des prix du pétrole. Peutêtre un peu aussi à la connerie des acheteurs, non ?

Virée. Je n'éprouve aucune sympathie particulière pour Fleur Pellerin, bonne élève de la classe PS.
Mais que dire alors des malotrus qui l'ont débarquée
comme une malpropre du ministère de la Culture, en
plein examen d'un texte de loi qu'elle défendait ?

Sacerdotaux. Vous avez vu les photos de la
réconciliation « historique » (à Cuba !!!) entre les
Églises catholique et orthodoxe ? Y a pas de doute,
entre François et Cyrille, c'est bien le second qui avait le
plus beau chapeau !

Multifonctions. Laurence Rossignol est désormais ministre de la Famille, de l'Enfance et des Droits
des Femmes. Il était prévu d'ajouter « des Couchesculottes, la Serpillère et de la Cocotte-minute », mais ça
tenait trop de place sur le papier à en-tête.
Cool. Les Émirats Arabes Unis font encore plus
fort, en nommant des ministres (femmes, et voilées,
bien sûr !) du Bonheur et de la Tolérance. À ce niveau
d'aberration, on devrait bientôt voir un ministère saoudien du String et du Fist Fucking.

Arsenal. Après les États-Unis, la Serbie et le
Yémen, c'est la Suisse qui abrite la plus forte densité
d'armes au monde ! Terminées pour moi les virées chasselas-malakoff entre Nyon et Lausanne.

Indulgent. Dans une interview au Monde, début
janvier, Nicolas Hulot se dit « frappé par l'indigence des
partis politiques sur la question du climat ». Seulement
sur cette question-là ?!

Nuls. Le snobisme anglomane des pubeux ne
connaît pas de limites. Record (provisoirement) battu par
ceux d'Alstom, dont la dernière campagne proclame :
« Alstom is France. We are Alstom. Designing fluidity. »
En soi, c'est déjà très, très con (normal, c'est de la pub).
Mais ça l'est encore plus quand on parvient à lire la minuscule traduction bien planquée dans un coin : « Alstom
is France » est traduit par « Alstom est en France ».
Même pas un niveau de 6e !

21

Ingrat. Condamné pour le détournement massif,

Travail. Non seulement la droite se réjouit, mais

pendant 26 ans, de dons des fidèles, le curé de Saint-Lizier
explique qu'il piquait ces fonds « par peur de manquer ».
Faut dire que le Seigneur ne se foule guère pour assurer la
subsistance de ses serviteurs.

même la CFDT (!!) fait les gros yeux : il y en a encore
pour douter que la loi d'El Khomry est une vraie loi de
droite ?

Urne. Les cendres du défunt créateur de la célèbre

a finalement relaxé Orelsan, les textes vulgaires, violents et misogynes du rappeur sont le « reflet d'une
génération révoltée ». C'est vraiment prendre pour des
cons les gens de ladite génération.

cafetière italienne Bialetti ont été déposées dans... une
cafetière. Heureusement qu'il n'était pas l'inventeur du
godemiché !

Insultant. Selon la cour d'appel de Versailles qui

Gérard Roy

À foison. Ségolène Royal, ministre des Chasseurs

22

et autres nuisibles, déclare qu'en France, « le loup prolifère ». C'est évidemment faux, puisque l'ONCFS (2) en a
compté 282 en 2015 contre 301 en 2014. Mais même si
c'était vrai, ce ne serait pas grâce à elle, sous le règne grandiose de qui 40 loups sont déjà morts depuis juillet dernier. Ce qui prolifère, dans la Grande Hollanderie, c'est le
foutage de gueule.

(1) Oui, bon, maintenant, c'est deux mois. Mais
franchement, « Deux mois, émois, et moi », ça le fait
pas , hein ?
(2) Office national de la Chasse et de la faune
sauvage – appellation qui me fait toujours rire. Jaune...

Reçus fiscaux
Toute personne ayant adhéré ou versé un don à EELV-Franche-Comté en 2015 recevra un reçu fiscal au cours du
mois de mars.
Au début de l’année 2015, nous avons quitté l’ancien système informatique qui gérait les données au niveau national pour un autre, plus performant et correspondant aux exigences actuelles de la CNCCFP (Commission nationale des
Comptes de Campagne), qui contrôle les comptes des partis politiques ainsi que ceux des candidats ayant fait une campagne électorale. L’aspect des nouveaux reçus sera probablement différent de celui que vous connaissiez auparavant.
Les personnes ayant payé par carte bancaire recevront leur reçu de la part du national, comme à l’accoutumée.

Suzy Antoine

23

En bref !

Samedi 23 janvier :
500 personnes à
Nantes déambulent
contre les expulsions à
Notre-Dame-desLandes.

Dimanche 24 janvier :
des militants antinucléaires des deux côtés du Rhin se sont
rassemblés à
Fessenheim.
« Inquiets » des
risques que présente
la centrale électrique,
ils réclament l'arrêt
définitif des deux réacteurs les plus anciens de France dans
les plus brefs délais.

Samedi 30 janvier : manifestation contre la prolongation de
l’état d’urgence à Besançon.

33, Avenue Carnot / 25000 Besançon / 03 81 81 06 66 / http://franchecomte.eelv.fr/

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