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2 JEUDI 21 AVRIL 2011

RCEA

La route de la honte

Supplément RCEA

SURVIVANT Quatorze ans après cet accident, et tant d’autres, « rien n’a changé » s’indigne Laurent Marsan

La rage devivre après avoir frôlé lamort

« ON SE DONNE LA MAIN ET ON SE DIT QU’ON VA S’EN SORTIR ».
« ON SE DONNE LA MAIN ET ON SE DIT QU’ON VA S’EN SORTIR ». Laurent Marsan (ici avec sa femme et l’une de ses filles à l’hôpital de Moulins) ne comprend pas
pourquoi, « à part des radars et des panneaux, rien n’a changé en quatorze ans ! Je ne comprends pas pourquoi l’État s’est désintéressé de cette route alors qu’il en a
aménagé d’autres, bien moins fréquentées et bien moins accidentogènes. C’est bien qu’il n’y a pas eu de volonté de résoudre ce problème ». PHOTO : DR

Survivre à l’accident, c’est vivre avec des séquelles ir- rémédiables, et hanté par la culpabilité. Une famille cantalienne en a fait la dou- loureuse expérience : « Il y a la vie avant et la vie après ».

TÉMOIGNAGE

Elsa Charnay

elsa.charnay@centrefrance.com

e n’ai qu’une seule

vie ». La chanson de Gérald de Pal­

m as r ésonn e au

quotidien dans la tête de Laurent Marsan. Comme un mantra pour canaliser

un esprit incessamment

«J

EXORBITANT

Plus de 300.000 €. Entre les frais médicaux et les incapacités temporaires et permanentes, ce type d’accident coûte très cher à la société, les conduc- teurs reconnus responsa- bles ne pouvant pas payer ces sommes.

tou rm en t é. Depuis c e 6 janvier 1997 et cet acci­ dent sur la RCEA, à Cres­

s an g es, d ans l’Alli e r :

« D’une extrême violence. Il y a la vie avant et la vie après ». Et quatorze ans après, « cet accident, c’est comme un chewing­gum

que tu étires à l’infini. Tu as un gros bout dans la bouche et il s’affine au fur et à mesure que tu l’al­

longes ». Un mort, treize blessés. Dernier jour des vacances.

Laurent, sa femme Sophie, et leurs quatre enfants,

rentrent à Saint­Jacques­ des­Blats, dans le Cantal, à bord du J5 qu’il conduit. Laurent aperçoit soudain, face à lui, « un véhicule de neuf places couché, qui glisse avec sa remorque, en travers des deux voies. J’ai hurlé “non” en écra­ sant le frein ». Même à

« 60­70 km/h », le choc est

inévitable : un mor t et treize blessés. Hospitalisation et réédu- cation. Fracture et luxation de la hanche, nerf sciati­

que endommagé, Laurent est opéré et hospitalisé à Moulins, puis en centre de

rééduca tion, jusqu’en avril. Avec Louison, 4 ans, jambes et fémurs brisés. Zoé, 2 ans, souffre de con­ tusions. Léa, 4 mois, est indemne. Plus grièvement blessé (jambe et bras cas­ sés, fracture ostéo­ménin­ gée entre les yeux), Simon,

5 a n s, e s t t r a n s f é r é Clermont­Ferrand, où il sera plongé quinze jours dans le coma et hospitali­ sé cinq mois. Sa mère, So­ phie, polytraumatisée, de­

t r e i z e

v r a

à

s u b i r

interventions chirurgicales (pieds, jambes, œil, etc.) avant de retrouver figure humaine. Insomnies. Les nuits sans sommeil ont com­ mencé à l’hôpital pour Laurent. Elles perdurent. Quelques mois après l’ac­

cident, Sophie se battait pour réapprendre à mar­ cher et Louison vivait ali­ tée. Laurent, lui, face à Si­ mon, se sentait « heureux de le revoir, mais si triste

de le découvrir abîmé, le visage écrasé ». Avec la conviction qu’il ne serait plus le même : « L’acci­ dent l’a irrémédiablement changé ». L’an dernier, Si­ mon, malgré des pertes cognitives consécutives à l’accident, a décroché son bac. « Une immense fier­ té ». Culpabilité. Au début,

entouré par la famille et les amis, le père a fait face pour gérer un quotidien familial totalement boule­ versé. Puis il a commencé à « sombrer ». Dépression pos t ­ t rauma tiqu e. Un classique : « Je me repro­ chais de ne pas avoir mis les phares et visé le bas­ côté. J’avais le volant et leur vie entre les mains. Qu’est­ce que je n’ai pas fait pour empêcher ça ? » Une culpabilité que plu­ sieurs séances de psycho­ thérapie n’ont pas permis d’effacer totalement. Reconstruction. L’acci­ dent, un film que Laurent s’est repassé en boucle pendant des mois et des

mois. Peu à peu, « les sou­ v eni r s s’ émou s s en t ». Aujourd’hui, il reste « des images ». Et des passages à vide, mais toujours sui­ vis d’une féroce envie de remonter la pente : « C’est comme au flipper. Tu as une balle gratuite et il s’agit d’en faire quelque chose ». Laurent, institu­ teur, a repris le chemin du travail. Sa femme, institu­ trice aussi, n’a, elle, pu re­ commencer à travailler qu’à mi­temps : « Elle se couche de très bonne heu­ re pour encaisser les jour­ nées et la fatigue de la gestion de la classe, alors que ses jambes et ses arti­ culations la font souffrir ». Pression. « Ê tre à la hauteur », d’Emmanuel Moire, est également une chanson qui remue les sens de Laurent Marsan, qui va bientôt fêter ses 50 ans : « Je ressens une réelle pression pour rem­ plir ma partie gratuite ». Comme c’est le cas pour beaucoup d’accidentés de la RCEA (voir page 12) .

 

LE BILLET

Stop

ou encore

Les

Bourbonnais

le savent, la Route Centre Europe

Atlantique est un piège mortel, une roulette russe sur laquelle vous jouez avec votre vie. Parce qu’ils ont peu de goût à rouler comme

on

tourne un barillet,

ils ont pris la sage habitude d’emprunter des itinéraires bis, qui

se transmettent

d’automobiliste

à

automobiliste,

de

vieux Bourbonnais

à

nouvel arrivant.

Quand je me suis installée dans l’Allier, la RCEA s’imposait d’évidence pour circuler. On m’en

a

vite dissuadée.

est aujourd’hui grand temps que

Il

les

pouvoirs publics,

l’État au premier chef,

prennent les mesures d’aménagement qui s’imposent pour stopper l’hécatombe. L’annonce de la mise

en

concession de la

RCEA dans l’Allier et la Saône-et-Loire mettrait fin à un sinistre feuilleton

de

quarante ans.

Si, le 29 juin

prochain, le feu vert

est

donné pour la

mise en concession

de

la RCEA, un

nouveau chapitre

s’ouvrira. Enfin

heureux. Pour les

dix

ans à venir,

au

moins, le

département de l’Allier ne serait plus dans la demande, mais dans l’action, avec deux corollaires essentiels : une construction génératrice d’économie et donc

d’emplois et la perspective de tirer enfin un trait sur cette transversale meurtrière. Alors, croyons-le, la vilaine cicatrice disparaîtra pour faire place à une artère alimentant le cœur battant

du

département,

irriguant de mille vaisseaux sa prospérité future.

 

Sandrine Thomas

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SupplémentLa route de laRCEAhonte

RCEA

SOPHIE. Polytraumatisée, la femme de Laurent a subi treize opérations. « Elle a dit stop.
SOPHIE. Polytraumatisée, la femme de Laurent a subi treize
opérations. « Elle a dit stop. Ce n’était plus tenable ». PHOTO : DR
LOUISON. La fillette de 4 ans a eu les jambes et les fémurs brisés. Elle
LOUISON. La fillette de 4 ans a eu les jambes et les fémurs
brisés. Elle a dû rester alitée plusieurs mois . PHOTO : DR
SIMON. Le garçonnet de 5 ans a été évacué vers Clermont, plongé dans le coma,
SIMON. Le garçonnet de 5 ans a été évacué vers Clermont,
plongé dans le coma, puis hospitalisé cinq mois. PHOTO : DR
CHOC FRONTAL. La désincarcération de Sophie a commencé vers 18 h 40 : « Elle
CHOC FRONTAL. La désincarcération de Sophie a commencé vers 18 h 40 : « Elle a duré jusque vers minuit. Interminable, se souvient Laurent Marsan. Il y a un avant et un après l’accident. J’ai été mis
hors de cause par la justice, mais je me sens responsable par rapport aux miens. J’avais le volant et leur vie entre les mains. Qu’est-ce que je n’ai pas fait pour empêcher ça ? » PHOTO : JEAN-MARC SCHAER
À LA CASSE. Les épaves des deux véhicules qui sont entrés en collision sur la
À LA CASSE. Les épaves des deux véhicules qui sont entrés en collision sur
la RCEA le 6 janvier 1997, à Cressanges, dans l’Allier. PHOTO : DR
6 janvier 1997, à Cressanges, dans l’Allier. PHOTO : DR “ Faut­il qu’un ministre soit tué

Faut­il qu’un ministre soit tué pourmettre la RCEA en 2 x 2 voies ? Il n’y a pas encore assez de morts ? ,,

De l’internaute, Wil03

AVANT L’ACCIDENT. Laurent, Simon, Louison et Zoé lavent le J5 à bord du- quel ils
AVANT L’ACCIDENT. Laurent, Simon, Louison et Zoé lavent le J5 à bord du-
quel ils partiront en vacances. C’était le temps de l’insouciance. PHOTO : DR

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RCEA

SupplémentLa route de laRCEAhonte

INFRASTRUCTURE La RCEA, dont le tracé a été imaginé en 1954, est l’une des rares liaisons transversales

De l’Atlantique à l’Europe centrale

Lille Paris Strasbourg Rennes Nevers Autoroute ou route à 2 x 2 voies Clermont- Lyon
Lille
Paris
Strasbourg
Rennes
Nevers
Autoroute ou route
à 2 x 2 voies
Clermont-
Lyon
Route à 2 voies
Ferrand
Toulouse
Marseille
68
MulhouseMulhouse
La RCEA entre
Montmarault
et Molinet (Allier)
BelfBelfortort
ALLE-
ALLE-
44
MontbéliarMontbéliardd
MAGNE
MAGNE
49
21
BesançonBesançon
NantesNantes
58
25
18
Montceau-
Montceau-
CholetCholet
PoPoitiersitiers
les-Mines
les-Mines
39
36
SUISSE
MoulinsMoulins
Chalon-
Chalon-
GenèveGenève
71
MontluçonMontluçon
sur-Saône
sur-Saône
86
LaLa SouterrSouterraineaine
03
Paray-
Paray-
le-Monial
le-Monial
MâcMâconon
BellacBellac
Bourg-
Bourg-
74
en-Bresse
en-Bresse
Tunnel
Tunnel
ConfConfolensolens
01
GuérGuéretet
du Mont-
du Mont-
16
Blanc
Blanc
ITALIE
CognacCognac
LimogesLimoges
S
S -Junien
t t -Junien
RoRoyanyan
63
87
73
AngoulêmeAngoulême
38
33
24
15
43
Ph. CHAPELLE
07
26
05
BorBordeauxdeaux
Photo :
LA MONTAGNE
P. COUBLE

La RCEA a été imaginée en 1954. Un demi-siècle écoulé et cet axe transversal souffre toujours de son aménagement. Pourtant cet itinéraire est très prisé car il constitue l’une des très rares transversales qui ouvre la façade atlantique à l’Europe centrale.

Pierre Raynaud

E lle s’appelle Rou te

Na tion al e 7 9 d ans

l’Allier, RN 145 dans

la Creuse, RN 141 en Cha­ rente. Mais tous les habi­ tants des départements traversés par cet axe le dé­ signent par quatre lettres :

RCEA. Le tracé primitif de la Route Centre Europe At­ l an ti q u e a ém e r g é en 1954, sous l’impulsion de Louis Escande, député­ maire de Mâcon, de Geor­

ges Rougeron, président du Conseil général de l’Al­ lier, et des Chambres de commerce et d’industrie de Bordeaux et Genève. Il s’agissait alors de promou­ voir un axe touristique en­ tre ces villes… Mais l e t ra fic li é aux échanges économiques s’est vite révélé prédomi­ nant, avec l’intensification des liaisons entre les pays européens, et notamment « le développement des échanges de marchandises entre l’Espagne et le reste

de l’Europe », souligne l’Association pour la Route Centre Europe Atlantique (ARCEA).

La RCEA permet d’éviter les zones aux reliefs élevés

L’itinéraire, pratiquement gratuit sur sa totalité, est très prisé par les transpor­ teurs routiers. La RCEA, l’une des rares grandes liaisons transversales, ouvre la façade atlantique depuis Royan, Nantes et Bordeaux vers le sillon rhodanien via Chalon­sur­

Saône et Mâcon. Elle irri­ gue au­delà l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et l’Euro­ pe centrale. Sa position stratégique, au nord du Massif Central, en fait un axe privilégié pour les trajets de longue distance, en particulier pour les transpor ts de marchandises. Il permet d’éviter les zones aux re­ liefs élevés, qui entraînent des consommations de carburant plus importan­ tes et des difficultés de cir­ culation en hiver. L a RCEA a t ou t p ou r plaire. Sauf sa configura­ tion. Les tronçons à deux voies ne peuvent plus ab­ sorber l’explosion du trafic

de ces dernières décen­ nies, alors que dans le même temps, les promes­ ses de l’État d’aménager en quatre voies cet axe sont souvent reportées. La

mise à quatre voies dans l’Allier et la Saône­et­Loire est en route depuis une trentaine d’années. A pei­ ne 30 % de cet itinéraire est en deux fois deux voies aujourd’hui…

est en deux fois deux voies aujourd’hui…  “ En Creuse, une quatre voies. En Haute­Vienne,

En Creuse, une quatre voies. En Haute­Vienne, une quatre voies. Le seul point noir, l’Allier. Encore… ,,

De l’internaute, Albatros03

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La route de la honte

Supplément RCEA

RCEA

CHANTIER Roger Brérot et Henri Lainé, deux enfants de Montbeugny, se rappellent des travaux de la RCEA

« C’était invivableavec le trafic routier »

Roger Brérot et Henri Lainé sont nés à Montbeugny. Ils n’ont jamais délaissé leur village natal, traversé par un flot incessant de poids lourds. La RCEA a désen- gorgé le bourg de ces ca- mions. Henri Lainé se rap- pelle du chantier. Alors agri- culteur, il a perdu quatre hectares.

Pierre Raynaud

D e son ancienne ex­ ploitation agricole, Henri Lainé aperçoit

son dernier tracteur, un Utility rouillé, posé dans un champ. Mais il ne voit pas le tracé de la RCEA, distant de 800 m. Il le de­

vine : « J’écoute le trafic et

p

odeurs des gaz d’échappe­ ment des poids lourds ». Son grand­père s’est ins­ tallé en 1914 au lieu­dit

« Couzai », à l’écar t de

Montbeugny. Profession agriculteur. Le fils, puis le petit­fils, ne se sont pas écartés de l’amour de la terre, des sillons frais et impeccablement tracés en parallèle, comme un en­ fant puni fait ses lignes. Henri Lainé, né dans la maison familiale le 7 avril 1934, reprend l’activité en 1961. Soixante­dix charo­ laises, 60 hectares et « un

peu de betteraves pour engraisser les bêtes ».

a r f oi s j e r e s pi r e l e s

« Quand je voyais tous ces mètres cubes de terre retournés, ça me faisait mal au cœur »

Le tracé de la RCEA a

coupé ses terres. Quatre hectares amputés de son exploi ta tion en 1977 :

« Q u a n d j’ a l l ai s v oi r l’avancée des travaux et que je voyais tous ces mè­ tres cubes de terre retour­ nés, ça me faisait mal au cœur. Et dire que le tracé devait initialement passer par Chapeau ». Il récupère 1,5 hectare lors d’un re­ membrement. Mais il perd au change. L’aménagemen t de la RCEA le prive d’une sour­

c e p ou r a b reu v e r s on

cheptel : « J’ai multiplié les demandes pour instal­ ler une canalisation et ain­ si récupérer l’eau dans le

fossé. J’ai bataillé, mais ils ont refusé ».

L e t rac é l’h andic ap e

doublement. Ses terres, d’un seul tenant, se re­ trouvent scindées par le bitume des deux voies de la RCEA : « Pour emmener les vaches de l’autre côté de la route express, il fal­ lait désormais passer par

la rou te de Neuilly­le­ Réal ». À pied et dans son

MONTBEUGNY. Henri Lainé ne trace plus des sillons frais et n’est plus le capitaine d’un
MONTBEUGNY. Henri Lainé ne trace plus des sillons frais et n’est plus le capitaine d’un tracteur secoué par des vagues de terre.
L’agriculteur de Montbeugny est à la retraite. Le tracé de la RCEA a amputé son exploitation de quatre hectares en 1977. Locataire
d’une partie de ses terres, il sera indemnisé et récupérera 1,5 hectare lors d’un remembrement. PHOTO : JEAN-MARC SCHAER

sarrau, il guide son chep­ tel au milieu des klaxons :

« Je n’avais pas de bétaillè­ re, alors des dizaines de bêtes sur une route pas très large, ça crée forcé­ ment des embouteilla­ ges ». La RCEA, dont les tra­ vaux de la section Che­ milly­Montbeugny ont dé­ buté en 1978, jette des vaches sur la rou te de Neuilly, mais limite le tra­ fic incessant des poids lourds dans le cœur de la commune. Roger Brérot, qui habite rue de Dijon, s’en rappelle : « L’intensité du trafic routier, c’était in­ vivable et elle posait de gros problèmes de sécuri­ té ».

« À partir de Montmarault, les camions klaxonnaient et nous doublaient »

Commerçant puis artisan

durant trente­deux années

à Moulins, il longe chaque

jour la future RCEA : « Je suivais ainsi l’avancée des

t r a v a u x d e l a Sui s s e ­

Océan. C’est ainsi qu’on appelait la RCEA à l’épo­

que ». La deux voies a dé­

s engo rg é la commun e

d’une partie de ses poids lourds, mais Roger Brérot milite farouchement pour la quatre voies :

« On rentrait, un soir, de chez des amis, à Néris­les­ Bains. À partir de Mont­ marault, les camions nous klaxonnaient et nous dou­

blaient. Quand on respec­

te les limitations de vites­ se sur cet axe, on est d’un

r idicul e. En a r r i v an t, j’étais lessivé. J’en aurai

pleuré. Je l’évite désormais

à tout prix. »

pleuré. Je l’évite désormais à tout prix. »  “ Le pire dans tout ça, c’est

Le pire dans tout ça, c’est que les terrains pour la mise à 2 x 2 voies sont achetés depuis plus de 30 ans ,,

De lafouine03

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RCEA

La route de la honte

Supplément RCEA

TÉMOIGNAGE Son mari, qui reliait Besançon à Moulins chaque nuit depuis six ans, s’est tué dans son camion

« La RCEA, c’est la route de la mort »

Le mari de Nelly, chauffeur routier de 49 ans, est l’une des nombreuses victimes de la RCEA. Une route classée parmi les plus dangereuses de France lors du Grenelle de l’Environnement.

Elsa Charnay

elsa.charnay@centrefrance.com

choc d’abord. L’in­

crédulité ensuite. Puis

souffrance. La colè­

re. La culpabilité. Et le vide abyssal laissé par l’absence perpétuelle d’un

mari et d’un père. 7 heures, jeudi 14 mai 2009. Le téléphone sonne

c h ez l e s Ju r y, d an s l e Doubs. Le fils décroche. À l’au tre bou t du fil, les transports Jeantet, l’entre­ prise qui employait Alain, 49 ans. Le camion que conduisait leur chauffeur avait percuté, dans la nuit,

à hauteur de Coulanges,

deux poids lourds station­ nés le long de la RCEA. Alain avait été tué dans son camion. Sur une route qu’il empruntait toutes les nuits depuis six ans.

L

e

la

Monotone et fatigant

« Il partait vers 20 h 30

de Besançon. Il se rendait

à Moulins avec un semi­

remorque chargé. Il dor­ mait un peu avant de re­

trouver un collègue de Châtellerault (Vienne). Ils échangeaient les remor­ ques et Alain rentrait vers 7 heures », se souvient sa veuve. Un itinéraire et une manœuvre réglés comme du papier à musique. Mais un trajet « monotone et fatigant. Mon mari s’en plaignait. Il ne se passait

p as un e s em ain e s ans

qu’il me dise qu’il avait vu un camion couché sur la

chaussée. Un jour, il avait été accroché par un autre camion. Souvent, il me ra­ contait “Il y a encore eu

camion. Souvent, il me ra­ contait “Il y a encore eu “ Je prends cette route

Je prends cette route depuis des années. À chaque fois, je me demande si ça ne va pas être mon tour… ,,

De l’internaute, All03

TUÉ DANS SON CAMION À LA DÉRIVE. Le poids lourd de couleur blanche que conduisait
TUÉ DANS SON CAMION À LA DÉRIVE. Le poids lourd de couleur blanche que conduisait Alain, cette nuit de mai 2009, a percuté
deux autres camions en stationnement le long de la RCEA. Depuis, sa famille peine à remonter la pente : « J’ai tout le temps peur
que la mort frappe à nouveau. Quand je croise un camion, je l’imagine dedans », confie Nelly, sa veuve. PHOTO : SÉVERINE TRÉMODEUX

TRÈS CHÈRE INSÉCURITÉ ROUTIÈRE

100 TUÉS Dans l’Allier et la Saône­et­Loire entre 2005 et aujourd’hui

Et près de 370 blessés, dont plus des 2/3 grièvement.

20 MORTS Par an sur ces 250 km

En moyenne, entre l’Allier (qui paie le plus lourd tribut) et la Saône­et­Loire. Seulement 30 % des tronçons sont actuellement en deux fois deux voies.

1.254.474 € Le coût d’un tué sur la route

Frais médicaux et sociaux (secours, convalescence, etc) ; coûts matériels (véhicules, etc) ; frais généraux (experti­ se, justice, etc), mais aussi perte de leur production fu­ ture et de production potentielle de leur descendance.

135.526 € Pour un blessé hospitalisé

Et 5.421 € pour un blessé léger (Sécurité routière).

un accident cette nuit”. Ça l’avait marqué ». Mais pas au point de de­ mander à son patron de changer d’itinéraire : « Ce boulot, il l’avait choisi par­ ce que ça lui permettait d’avoir une meilleure hy­ giène de vie après un in­ farctus ». Et parce que la paye suivait : « Ça le fati­ guai t e t je savais qu’il trouvait la route dange­ reuse. Moi, ça me tracas­ sait à cause des accidents. Je lui ai suggéré de rouler sur Besançon, mais il di­ sait “Encore trois ans, his­ toire de rembourser le crédit” ».

« Quand

je croise

un camion,

je l’imagine

dedans »

Depuis, la tranquillité s’en est allée. « On y pense tout le temps. C’est un tel choc. Ma dernière, âgée de

22 ans, vient d’avoir une

fille. C’est tellement injus­ te qu’il ne puisse pas la

connaître. C’est le plus dur pour mon gamin de

25 ans. Ils étaient très pro­

ches. Ils travaillaient en­ semble. Il a du mal à re­ monter la pente. Quand il allait vraiment mal, il m’a même dit “Je vais rejoin­ dre mon père. Il m’a t­ tend” ». D’une voix étranglée par l’émotion, Nelly dit tenir

l e coup pou r s es d eux

filles et son fils. Et pour sa

petite­fille. « Je vois un psy, ça m’aide. Je culpabi­ lise car les gamins sont malheureux. J’ai tout le temps peur que la mort frappe à nouveau. Quand je croise un camion, je l’imagine dedans ». Nelly sait que dans l’Al­

lier, il est très difficile de faire une pause : « Les

c h a u f f e u r s n’ o n t p a s d’autre choix que de s’ar­ rêter sur des endroits de fortune. Qu’ils fassent des aires pour que les usagers soient en sécurité ! ». Elle se demande « ce qu’ils at­

t e n d e n t p o u r l a 2 x 2 voies ? La vie n’a pas de prix. Il n’arrête pas d’y avoir des accidents. La RCEA, c’est la route de la mort. Les gens qui habi­ tent là­bas ne la prennent même pas ! Il faut vrai­ ment faire quelque chose. On ne peut plus laisser les vies se perdre comme ça ». Depuis l’accident, Nelly a pris la RCEA. Une seule fois : « Je voulais venir à l’endroit où mon mari est mort, mais je n’ai pas osé m’arrêter. Je n’avais pas envie de risquer moi aussi ma vie avec la circulation qu’il y a ».

JEUDI 21 AVRIL 2011 7

La route de la honte

Supplément RCEA

RCEA

ACCIDENT Dans la nuit du 13 au 14 mai 2009, le camion conduit par Alain Jury a percuté deux poids lourds

Tué dans son camion à la dérive

DANS LE SENS MOULINS-MÂCON. Alain Jury rentrait sur Besançon quand, à hauteur de Coulanges, son
DANS LE SENS MOULINS-MÂCON. Alain Jury rentrait sur Besançon quand, à hauteur de Coulanges, son camion est entré en collision avec deux autres garés le long de la RCEA. En percutant l’arrière du
premier, sa cabine s’est arrachée. La violence du choc a plié en portefeuille ce premier camion, qui s’est retrouvé pris en sandwich entre l’autre et celui d’Alain Jury, tué dans l’accident. PHOTO : S. TRÉMODEUX
TRANSPORT. De pièces métalliques. PHOTO : S. TRÉMODEUX
TRANSPORT. De pièces
métalliques. PHOTO : S. TRÉMODEUX
POMPIERS. Pendant plusieurs heures, les pompiers de Saône-et-Loire ont désencastré deux des trois camions. PHOTO
POMPIERS. Pendant plusieurs heures, les pompiers de Saône-et-Loire ont
désencastré deux des trois camions. PHOTO : SÉVERINE TRÉMODEUX
NETTOYAGE. L’accident s’est produit à 2 h 30. Une des deux voies a été fer-
NETTOYAGE. L’accident s’est produit à 2 h 30. Une des deux voies a été fer-
mée à la circulation entre Dompierre et Molinet. PHOTO : SÉVERINE TRÉMODEUX

EN SANDWICH Entre deux camions

Un choc d’une grande violence

EN MORCEAUX. La cabine s’est arrachée et écrasée. PHOTO : S. TRÉMODEUX
EN MORCEAUX. La cabine s’est arrachée et écrasée. PHOTO : S. TRÉMODEUX
COLLISION. Comme chaque nuit, les chauffeurs étaient arrêtés comme ils le pouvaient, le long de
COLLISION. Comme chaque nuit, les chauffeurs étaient arrêtés comme ils le pouvaient, le long de la RCEA, en l’ab-
sence d’aires de repos, en nombre insuffisant, dans l’Allier. PHOTO : SDIS 71

8 JEUDI 21 AVRIL 2011

RCEA

SupplémentLa route de laRCEAhonte

DÉBAT PUBLIC (1) Habitants et usagers de l’Allier et de la Saône­et­Loire se sont exprimés pendant trois mois

Le non à la concession roule en tête

Autoroute payante ou pas ? L’État, maître d’ouvrage des travaux, voulait miser sur « une construction collec- tive » du projet d’accéléra- tion de la mise à 2 x 2 voies de la RCEA. Réponse au plus tard le 29 juin.

Elsa Charnay

elsa.charnay@centrefrance.com

F aut­il faire, ou non, une autoroute à péage pour achever rapide­

ment l’aménagement de la RCEA dans l’Allier et la Saône­et­Loire ? Tous les projets importants d’équi­ pement ou d’aménage­ ment du territoire (ligne à grande vitesse, centrale, autoroute…) sont soumis au débat public. Le but : permettre à tous ceux qui le souhaitent de s’informer sur le projet, de donner leur avis, et de proposer des améliora­ tions ou des alternatives. Une façon, aussi, d’éclai­ rer la ministre de l’Écolo­ gie dans sa prise de déci­ sion.

1 S’informer. Le débat public sur l’accéléra­

tion de la mise à 2 x 2 voies de la RCEA s’est tenu dans l’Allier et la Saône­ et­Loire entre le 4 novem­ bre 2010 et le 4 février 2011. Il a été géré par la Commission du débat pu­ blic, neutre et indépen­ dante. Pour que les habitants des deux départements, mais aussi les usagers, soient informés, de nom­ breux documents présen­ tant le projet de conces­ sion (coût, emplacements et tarifs prévisionnels des péages, impacts, calen­ drier, etc), ainsi que son alternative (continuer les travaux au rythme des en­ veloppes de l’État), ont été gratuitement mis à leur disposition : envoi à domi­ cile, expositions, site In­ ternet, réunions publi­ q u e s… L e s e nj e u x e n termes de sécurité routiè­ re ­ la RCEA est parmi les quatre plus meurtrières de France ­, mais aussi de dé­

EN SAÔNE-ET-LOIRE. Le projet de concession a été hué durant toute la durée du débat
EN SAÔNE-ET-LOIRE. Le projet de concession a été hué durant toute la durée du débat public (hormis par certains habitants et élus,
ainsi que par les chefs d’entreprise). Arnaud Montebourg, le président du Conseil général, a mis en cause la légalité de la transforma-
tion d’une nationale en autoroute, en l’absence d’itinéraires de substitution dignes de ce nom. PHOTO : JEAN-MARC SCHAER

veloppement économique et démographique, ainsi

que d’environnement, ont été expliqués. Pour ou contre ? À la

2 seule condition d’être

argumentés, tous les avis sur la transformation de la nationale en auto­ route à péage ont été pris en compte. La Commis­ sion a enregistré et re­ transcrit nommément les propos tenus dans le ca­ dre des réunions publi­ ques, mais aussi transmis par écrit via les cahiers

d’acteurs ou Internet. La synthèse que la Commis­ sion a fournie à la minis­ tre de l’Écologie rassemble notamment ces avis.

3 Proposer. Au cours du débat, durant lequel les

par ticipants se sont majoritairement pronon­ cés con tre l’au torou te pa yan t e, mais pou r la quatre voies (lire ci­con­ tre) , de nombreuses pro­ positions de particuliers ou d’élus, ont été faites, comme financer la mise à deux fois deux voies de la RCEA avec des fonds euro­ péens, ou encore via des partenariats public­privé. Cer tains ont même été plus loin, comme Gérard Voisin (député­maire UMP de Charnay­les­Mâcon) et Arnaud Montebourg (pré­ sident PS du Conseil géné­ ral de Saône­et­Loire), en formulant de véritables contre­projets budgétisés et planifiés. Les deux élus suggèrent de financer les travaux d’une route ex­ press à deux fois deux voies à 110 km/h par les camions, via l’écotaxe. Ils ont fourni le détail de ces alternatives, qui ont été transmises à la ministre en charge du dossier. Et les services de l’État ont étu­ dié leur faisabilité. La plupart des rares (une dizaine par an) projets soumis au débat public sont poursuivis, parfois améliorés. Mais il arrive aussi qu’ils soient aban­ donnés et qu’un contre­ projet soit choisi à la place du projet initial…

è À VOTRE AVIS

Pensez-vous que le débat public a servi à quelque chose ?

 
que le débat public a servi à quelque chose ?   ANDRÉ PROST THIERRY VALENTIN JEAN-CHARLES
que le débat public a servi à quelque chose ?   ANDRÉ PROST THIERRY VALENTIN JEAN-CHARLES
que le débat public a servi à quelque chose ?   ANDRÉ PROST THIERRY VALENTIN JEAN-CHARLES

ANDRÉ PROST

THIERRY VALENTIN

JEAN-CHARLES LAUMAIN

Mâcon (71)

Deux-Chaises (03)

Gilly-sur-Loire (71)

Oui. Les citoyens ont pu donner leur avis, notamment ceux qui seraient pénalisés par la concession. J’ose maintenant espérer que le principe d’un homme, une voix, sera respecté par les pouvoirs publics. Le débat a aussi fait bouger des positions, même d’élus de droite, qui sont maintenant contre la concession.

Oui, on nous a certifié que tous les échangeurs entre Montmarault- Mâcon/Chalon seront maintenus. En soutenant le maintien de celui de Deux-Chaises, j’ai défendu deux professions, restaurateur, la mienne, et routiers, qui bénéficient d’un parking de cent camions devant mon commerce.

Le grand public n’était pas informé. Le débat a servi à éclairer la population. J’ai aussi été interpellé par le raccordement direct de Bourbon-Lancy. On a eu une commission qui collait au terrain entre les réunions. On a pu voir les positions opposées des deux départements, qui découlent de tissus urbains différents.

départements, qui découlent de tissus urbains différents. “ C’est une véritable honte ! La vie de

C’est une véritable honte ! La vie de toutes ces personnes brisées pour une histoire d’argent, alors qu’on dépense si inutilement à tous vents… ,,

de l’internaute, Nat

JEUDI 21 AVRIL 2011 9

SupplémentLa route de laRCEAhonte

RCEA

DÉBAT PUBLIC (2) Les discussions se poursuivent d’ici la décision finale, les dés ne sont pas encore jetés

Toutes les voix pour la quatre voies

Deux tiers des participants au débat public sont oppo- sés à l’autoroute payante, mais tous veulent vite une 2 x 2 voies. En attendant la décision de l’État, les discus- sions se poursuivent pour éviter des recours.

Elsa Charnay

elsa.charnay@centrefrance.com

L’ opinion est majori­ tairement hostile à l’aménagement de la

RCEA en autoroute payan­ te, mais unanimement fa­ vorable à l’achèvement ra­ pide des travaux de mise à deux fois deux voies. C’est l’un des enseignements du déba t public, qui s’es t tenu, dans l’Allier et la Saône­et­Loire, entre no­ vembre et février.

La Commission nationa­

le du débat public, organi­

satrice de la consultation,

a rendu publiques ses

conclusions. Elles ont été transmises à la ministre de

l’Écologie pour l’aider

dans sa prise de décision

et dans les modalités de la

concession au privé, si elle

retient cette option.

« Le débat

a donné lieu

à une très large

expression »

Une très large expres­ sion. 250 à 300 partici­ pants se sont déplacés à chacune des douze réu­ nions, dont une moitié d’élus, soit plus de 3.000 personnes : « Nous avons comptabilisé 700 avis, 23 cahiers d’acteurs, 150 con­ tributions, 300 délibéra­

tions et 16.000 visites sur

le site Internet. Le débat a

donc, et c’est rare, donné

lieu à une très large ex­ pression ». Des questions de fond. Le débat, qui a confirmé

la nécessité de l’achève­

Le débat, qui a confirmé la nécessité de l’achève­ “ Les hautes autorités viennent dans l’Allier

Les hautes autorités viennent dans l’Allier en hélicoptère, c’est moins dangereux! ,,

De l’internaute, Will

DANS L’ALLIER. Les élus de tous bords ont fait des concessions et se sont mobilisés
DANS L’ALLIER. Les élus de tous bords ont fait des concessions et se sont mobilisés pour faire avancer la concession. Une partie de
l’opinion les a suivis, même si, au fur et à mesure des réunions publiques, de plus en plus de voix se sont élevées : l’État a souvent
été malmené et accusé de ne pas laisser de vrai choix en ne présentant qu’une alternative. PHOTO : PIERRE COUBLE

ment rapide de la mise à deux fois deux voies de la RCEA, a surtout concerné des points précis : « Le péage, ses impacts finan­ ciers, les accès à l’infras­ tructure, ou encore les iti­ néraires de substitution ». Et les questions de fond ont été identifiées : « Le trafic, les problèmes de

nature juridique et finan­ cière, l’importance des iti­ néraires de substitution ». Encore beaucoup à faire. « Dans l’hypothèse où le maî tre d’ouvrage, soi t

l’État, donnerait suite à

son projet, le débat a per­ mis de pointer ses engage­ ments, les questions qu’il conviendra d’approfondir

e t c ell es auxqu ell es il

s’ a gi r a d e r ép ond re à

court terme » ( voir ci­con­ tre ). Et en attendant les

é v e n t u el s t r a v a u x d e l’autoroute ou de la route express (*), il s’agira de

« renforcer la signalisation,

mettre en place de nou­ velles aires d’arrêt, traiter les abords pour favoriser les manœuvres d’urgence, adapter les équipements

pour limiter la surgravi­ té, etc. » Poursuite des discus­ sions. Des propositions al­

ternatives à l’autoroute ont été présentées en fin de débat et l’Allier a tenu à leur examen : Arnaud

Montebourg, président so­ cialiste du Conseil général de Saône­et­Loire et Gé­ rard Voisin, député UMP

de Charnay­les­Mâcon, voudraient, par exemple, que les travaux de la route express soient financés grâce à l’écotaxe pour une réalisation avant 2018.

Les dés ne sont pas en­ core jetés. Ces projets im­ pliquent, qu’avant toute décision, l’État procède à des études et expertises contradictoires. Des esti­ mations ont mis à jour une variation de coût im­ portante entre les contre­ propositions et les calculs de l’État, notamment sur une sous­estimation par les premières des frais d’entretien, du montant de l’écotaxe, et donc de celui de l’emprunt et du délai de remboursement.

è À VOTRE AVIS

Le débat public a-t-il servi à quelque chose ?

 
Le débat public a-t-il servi à quelque chose ?   JOËL DARGES PHILIPPE GOUDIER VALÉRIE BONVARLET
Le débat public a-t-il servi à quelque chose ?   JOËL DARGES PHILIPPE GOUDIER VALÉRIE BONVARLET
Le débat public a-t-il servi à quelque chose ?   JOËL DARGES PHILIPPE GOUDIER VALÉRIE BONVARLET

JOËL DARGES

PHILIPPE GOUDIER

VALÉRIE BONVARLET

Dompierre-sur-Besbre (03)

Bourbon-Lancy (71)

Cressanges (03)

Je ne sais pas si ce débat va servir à quelque chose, mais il faut vraiment que les choses changent vite, car les accidents vont continuer. Le débat était plus que nécessaire : cette route est devenue trop dangereuse. J’essaye d’éviter de la prendre quand je le peux uniquement pour des raisons de sécurité.

Ce débat n’a servi à rien. Ça a été un débat de bout de chandelles. Ils se tirent tous dessus et n’en font qu’à leur tête. Qu’elle soit payante s’ils veulent, mais qu’on ait une bonne route ! Quand on voit comment on est desservi par la RCEA : je mets moins de temps pour faire Mâcon/Annecy que Mâcon/Bourbon-Lancy.

Le débat a été enrichissant. C’est dommage que pour Le Montet-Cressanges, il ait eu lieu une fois les travaux terminés. Je pense que nos remarques serviront à ceux concernés par la suite de ces travaux. Une fois concédé, cet axe et ses abords seront peut-être mieux entretenus.

Les discussions se pour­ suivent aussi autour du c o û t p r é vi si o n n el d e l’aménagement des itiné­ raires bis, ainsi que du po­ sitionnement des péages. Les dés ne sont donc pas encore jetés.

Présidentielle

et recours

Recours dissuasifs. Et même si Nathalie Koscius­ ko­Morizet décidait de la transformation de la RCEA en autoroute payante, son éventuel successeur après l a p r ésid en ti ell e 2012 pourrait abandonner cette solution. Sans compter que, d’ici là, d’éventuels recours contentieux dis­ suaderaient fortement les exploitants potentiels de l’autoroute.

(*) L’État proposait soit la mise en concession pour réaliser la deux fois deux voies d’ici 2018, soit la poursuite des travaux au rythme des finances de l’État (route express d’ici trente à qua­ rante ans). L’achèvement des tra­ vaux est estimé à 950 millions d’euros pour la deux fois deux voies et 1,1 milliard pour l’auto­ route (avec péages et mises aux normes).

A AMÉLIORER

La présidente de la Commission du débat public Claude Brévan a rappelé qu’à la lumière des expertises, la concession au privé n’est pas illégale : « Mais il faut affiner le projet en prenant en compte les demandes, exigences et conditions émises dans les deux départements :

maintien des diffuseurs existants, déplacement de l’échangeur de Montbeugny et prise en compte de celui avec la RN 7 à Toulon-sur-Allier ainsi que le maintien de Deux-Chaises, lutte contre les nuisances, création d’aires pour les camions, engagement de ne pas achever la RN 7 via une concession au privé… » En revanche, les positions financières du maître d’ouvrage, un temps accusé d’avoir majoré les coûts, ont été confortées. Les expertises ont écarté la possibilité de la mise en place d’uniquement deux péages à Montmarault et à Mâcon.

Les expertises ont écarté la possibilité de la mise en place d’uniquement deux péages à Montmarault

10 JEUDI 21 AVRIL 2011

RCEA

La route de la honte

Supplément RCEA

CONCESSION AU PRIVÉ L’Allier et la Saône­et­Loire ne parlent pas d’une seule et même voix

Il faut accepter de payer une autoroute

En cédant sa réalisation à une société d’autoroute pri- vée, la RCEA, dans sa ver- sion sécurisée à 2 x 2 voies, pourrait ouvrir dès 2018.

Sandrine Thomas

sandrine.thomas@centrefrance.com

P our accélérer la mise

d e u x f o i s d e u x voies, l’État propose

de confier le financement, la réalisation, et l’exploita­ tion de la RCEA à une so­ ciété d’autoroute avec une ouverture en 2018. Sinon il faudra compter (encore) plusieurs dizaines d’an­

nées…

Vite, en une seule fois !

1 Créée en 1973, la Route

Centre Europe Atlanti­ que (RCEA) est l’un des

rares axes routiers permet­ tant de réaliser des trajets transversaux en France et vers le reste de l’Europe. Elle relie Royan à Chalon­ sur­Saône et Mâcon sur l’autoroute A6. Elle est prolongée au­delà par le réseau autoroutier de l’est de la France. À l’heure actuelle, à pei­ ne 30 % des 250 km de la por tion Mon tmaraul t­ Ch alon ­M âcon son t à deux fois deux voies. Si,

e n t r e 1 9 8 9 e t 2 0 0 9 , 911,6 millions ont été in­ vestis, soit en moyenne 43,4 millions par an dont 27,2 par l’État et 15,3 mil­ lions par les collectivités, les besoins de finance­ ment pour achever la mise à deux fois deux voies de l’ensemble de l’itinéraire s’élèvent encore à 1,1 mil­ liard d’euros. Si les inves­ tissements se poursuivent

à ce rythme, les travaux ne

pourraient être achevés avant plusieurs dizaines d’années. C’est l’argument majeur répété à l’envi par les dé­ fenseurs du projet d’auto­ route. Le recours à la con­

c e s s i o n p e r m e t t r a i t d’achever la mise à deux

fois deux voies dans un délai court et en une seule fois, en anticipant la parti­ cipation financière des

à

TRAFIC. Jusqu’à 15.000 véhicules/jour sur la RCEA dans l’Allier. Avec un taux de croissance de
TRAFIC. Jusqu’à 15.000 véhicules/jour sur la RCEA dans l’Allier. Avec un taux de croissance de 5 %, elle pourrait supporter, en 2018,
un trafic de l’ordre de 24.000 véhicules par jour. PHOTO : PHILIPPE BIGARD

usagers. Une mise en ser­ vice serait alors envisagea­ ble en 2018. La sécurité ou 660

2 morts de plus ? Ces cinq

dernières années, 100 personnes ont trouvé la mort sur la RCEA. Le plus souvent des conducteurs en transit dans l’Allier, dé­ partement central que l’on traverse après avoir effec­ tué plusieurs centaines de kilomètres : Vendéen se rendant dans l’Ain, Portu­ gais retournant en Allema­ gne… Atteint de somno­

lence, l’au tomobilis te quitte son axe pour s’en­ c as t re r d ans un poids lourd sur la voie opposée. La RCEA a tout du piège fatal avec son absence de barrière de sécurité, de sé­ parateur central, ses cour­ bes sans visibilité… L’aménagemen t de la RCEA p a r un e soci é t é d’autoroute, avec un sépa­ rateur central, permettrait d’améliorer la sécurité routière de manière signi­ ficative, en limitant les conséquences dramati­ ques des collisions fronta­ les. Mais en ne comptant que sur les pouvoirs pu­ blics, la quatre voies ne sera pas terminée avant 2040, voire 2050. C’est­à­ dire au rythme actuel, 660 morts supplémentaires rien que pour l’Allier.

3 Barrières de péage. Un système de péage dit

ouver t serait mis en place avec six barrières de péage régulièrement espa­ cées, trois dans l’Allier et trois dans la Saône­et­Loi­ re. Avec ce système, l’usa­ ger ne paierait pas en en­ trant sur l’autoroute, mais s’acquitterait d’un péage forfaitaire par tronçon. Ce système permettrait aussi de maintenir la quasi­to­ talité des échangeurs ac­ tuels, fortement utilisés pour les déplacements lo­ caux, domicile­travail no­ tamment, de dispenser de péage de nombreux trajets locaux et d’éviter d’instal­ ler des gares de péage à chaque échangeur.

è À VOTRE AVIS

Ils militent pour la mise en autoroute à péage entre l’Allier et la Saône-et-Loire

 
à péage entre l’Allier et la Saône-et-Loire   YVES TURQUET PHILIPPE TREYVE BERNARD ÉCHALIER
à péage entre l’Allier et la Saône-et-Loire   YVES TURQUET PHILIPPE TREYVE BERNARD ÉCHALIER
à péage entre l’Allier et la Saône-et-Loire   YVES TURQUET PHILIPPE TREYVE BERNARD ÉCHALIER
à péage entre l’Allier et la Saône-et-Loire   YVES TURQUET PHILIPPE TREYVE BERNARD ÉCHALIER
à péage entre l’Allier et la Saône-et-Loire   YVES TURQUET PHILIPPE TREYVE BERNARD ÉCHALIER

YVES TURQUET

PHILIPPE TREYVE

BERNARD ÉCHALIER

JEAN-LUC BURLAUD

JEAN-MARC NESME

Habitant de Thiel-sur-Acolin

CCI de Moulins-Vichy

Président CCI de la Saône-et-Loire

Habitant de Moulins

Député-maire UMP de Paray-le-Monial

Je suis absolument favorable à la concession. J’habite à 100 mètres de la RCEA. Avec l’avancée du débat public, les gens sont de plus en plus pessimistes pour la concession. Mais c’est pourtant la seule solution pour bénéficier d’une deux fois deux voies, au plus vite.

La concession est la seule façon réaliste pour la mise rapide de cet axe à quatre voies. L’écotaxe, qui reste un projet, doit financer des modes alternatifs à la route… Donc, Arnaud Montebourg fait fausse route. Tout autre itinéraire conduirait nos départements dans le mur.

Demain la RCEA sera un atout. Aujourd’hui, c’est un handicap ! 51.000 entreprises du ressort des CCI de l’Allier et de Saône-et-Loire militent pour la concession. Elle leur permettra de gagner en compétitivité et d’attirer de nouvelles sociétés, créatrices d’emplois.

J’emprunte régulièrement la RCEA pour mes trajets professionnels. Il y a trop d’accidents et un trafic monstre de poids lourds. La priorité pour cet axe, c’est sa mise à quatre voies. Concession ou pas, je m’en moque un peu. Il faut le faire et vite pour en finir avec cette route de la mort.

Je me rallie à la concession par réalisme. La proposition d’Arnaud Montebourg exclut l’Allier, ce qui pose le problème de la continuité territoriale. Dire non à la concession, c’est aussi priver l’État des taxes qui seront payées par le concessionnaire.

JEUDI 21 AVRIL 2011 11

La route de la honte

Supplément RCEA

RCEA

CONTRE Des voix s’opposent à la concession au privé et plaident pour la gratuité de la deux fois deux voies

L’État a bien un milliard pour Neuilly

Les opposants au projet ne sont pas contre l’autoroute mais réclament sa gratuité. Et déplorent l’absence d’équité par rapport à d’autres départements.

Sandrine Thomas

sandrine.thomas@centrefrance.com

L es participants au dé­ bat public sur la mise à deux fois deux voies

de la RCEA sont à 65 % hostiles au projet d’auto­ route payante entre Mont­ marault et Mâcon.

1 Déjà payée. À l’issue du débat public, 65 %

des avis étaient défavo­ rables au projet d’autorou­ te payante entre Montma­ rault et Mâcon. Parmi les principales critiques : l’ab­ sence d’équité par rapport aux autres départements. Pourquoi les usagers lo­ caux devraient­ils payer pour cet itinéraire créé en 1973, qui n’a jamais reçu

les faveurs ni les crédits de son gestionnaire (l’État, N.D.L.R.), trop occupé par le dé veloppemen t des autoroutes et des nationa­ les Paris­province ? Et cet argument coup de grâce :

« l’État est prêt à mettre

un milliard pour une auto­ route couverte de 1,5 km entre la Porte Maillot et la Défense à Paris, pour les habitants de Neuilly. Le milliard dont on a besoin pour la RCEA ». Pour les opposants à une autoroute payante (12,70 € estimés pour traverser l’Allier et la Saône­et­Loi­

re), « les contribuables des deux départements ont suffisamment payé, via les impôts locaux et natio­ naux, les aménagements effectués sur la RCEA ces dernières années ». Et ris­ quent de devoir encore payer si, en cas de péage, un certain nombre de ca­ mions décident de se ra­ battre sur les routes dé­

p a r t em e n t al e s, q u’il

faudrait alors remettre à niveau.

CONVICTION. 65 % des participants au débat public sur la RCEA sont hostiles au projet
CONVICTION. 65 % des participants au débat public sur la RCEA sont hostiles au projet d’autoroute payante entre Montmarault dans
l’Allier et Mâcon dans la Saône-et-Loire. PHOTO : JEAN-MARC SCHAER

2 Contre-projet… politi- que. Si l e p r ésid en t

communiste de l’Allier, Jean­Paul Dufrègne, fait preuve de pragmatisme dans ce dossier, il n’en est rien de son voisin de Saô­ ne­et­Loire, le socialiste Arnaud Montebourg, tou­ jours à l’affût d’un bon coup politique : « Nous ne tomberons pas dans le piège d’un chantage mor­ bide ». Il me t aussi en avant le fait que la Saône­ et­Loire ne dispose pas d’un itinéraire alternatif à la future autoroute payan­ te.

Arnaud Montebourg a

donc présenté un contre­

p roj e t : l a r é ali s a tion

d’une voix express limitée

à 110 km/h financée en

partie par la part départe­ mentale de l’écotaxe due à la Saône­et­Loire. Un fi­ nancement sur vingt ans

p o u r d e s t r a v a u x s u r

six ans.

3 Déjà écartée. C’es t l’autre argument mas­

sue des opposan ts :

l’idée d’une au torou te payante avait été écartée par l’État en… 1998. Le préfet de Saône­et­Loire d’alors, Joël Gadbin, avait constaté que les conclu­ sions n’étaient pas favora­ bles à la mise en conces­

s i o n d e l a R C E A . L e

rapport de l’époque poin­ tait alors du doigt : « La principale difficulté juridi­ que réside dans la trans­ formation d’une infras­

truc ture gra tui te pour l’usager, en partie réalisée et ouverte à la circulation, en infrastructure à péage […] Le système de péage ouver t ne respecte pas complètement le principe de proportionnalité, sauf pour le transit de longue distance ». Comme le con­ seiller d’État honoraire Daniel Chabanol l’a fait au cours du débat public, le rapport pointait déjà les risques juridiques d’une gratuité pour le trafic lo­ cal.

è À VOTRE AVIS

Ils militent contre la mise en autoroute à péage entre l’Allier et la Saône-et-Loire

 
à péage entre l’Allier et la Saône-et-Loire   BERNARD BACDELPEUCH MARIE-JOSÈPHE DUBOIS DOMINIQUE
à péage entre l’Allier et la Saône-et-Loire   BERNARD BACDELPEUCH MARIE-JOSÈPHE DUBOIS DOMINIQUE
à péage entre l’Allier et la Saône-et-Loire   BERNARD BACDELPEUCH MARIE-JOSÈPHE DUBOIS DOMINIQUE
à péage entre l’Allier et la Saône-et-Loire   BERNARD BACDELPEUCH MARIE-JOSÈPHE DUBOIS DOMINIQUE
à péage entre l’Allier et la Saône-et-Loire   BERNARD BACDELPEUCH MARIE-JOSÈPHE DUBOIS DOMINIQUE

BERNARD BACDELPEUCH

MARIE-JOSÈPHE DUBOIS

DOMINIQUE LOTTE

DANIEL COFFIN

GÉRARD BARICHARD

Habitant à Yzeure

Habitante à Yzeure

Maire PS de Gueugnon

Comité de défense du rail Montluçon

Habitant de Bessay-sur-Allier

À mon avis et à mon grand regret, nous n’allons pas y couper à la concession… Je suis favorable à la gratuité dans le Bourbonnais. Déjà, lorsqu’on se déplace en voiture dans le sud du pays, on paie. Et bientôt, il faudra aussi sortir son porte-monnaie pour les déplacements est-ouest.

Si le gouvernement a décidé de mettre la RCEA en concession, il le fera et il ne va pas tenir compte de l’avis de qui que ce soit. L’application de la demande de ne pas faire payer les locaux sera au bon vouloir du concessionnaire, comme les tarifs.

Nous sommes d’accord sur le fond mais, il y a une douzaine d’années, les études étaient déjà défavorables à la concession. Et là, l’État nous fait la même proposition… Irréaliste à l’époque, aujourd’hui, comme par enchantement, ce serait possible !

Quelle est cette malédiction qui frappe notre région et notre secteur bourbonnais ? Pour une utilisation gratuite, il faudrait attendre quarante ans ? Les Bourbonnais ont déjà financé les aménagements, notamment entre Le Montet et Moulins et les ouvrages d’art.

J’espère que la concession sera remise en question. Je ne crois pas que des sorties seront accessibles avant les péages pour éviter de payer. C’est pour mieux faire avaler la pilule. L’État ne veut plus payer pour ses routes. La RN 7 en sait quelque chose…

12 JEUDI 21 AVRIL 2011

RCEA

La route de la honte

Supplément RCEA

URGENTISTE Pour le docteur Charles­Noël Camard, l’accident ne s’arrête pas lorsque la circulation redémarre

Survivre, c’est vivre à jamais meurtri

Les chiffres taisent la réalité des blessures les plus lour- des. Des semaines, voire des mois d’hospitalisation pour les polytraumatisés. Et des vies bouleversées.

Elsa Charnay

elsa.charnay@centrefrance.com

D onner un maximum

de chances aux acci­

dentés de la route,

notamment à ceux dont le pronostic vital est engagé. Le docteur Charles­Noël Camard, urgen tis te au Samu 03, est formel (*) :

« La médicalisation préco­

ce permet d’améliorer les chances de sur vie. Les personnes grièvemen t blessées ne supportent pas l’improvisation des se­ cours et des soins d’ur­

gence ».

« Des séquelles psychologiques toujours importantes »

Organes vitaux projetés. L’évolution des protec­ tions rendant les voitures

plus résistantes aux chocs,

c o n n aî t d e s limi t e s :

« Même si conducteurs et passagers sont ceinturés, les chocs atteignent les or­ ganes, qui sont projetés. Deux voitures qui se per­ cu ten t fron talemen t à 90 km/h, c’est comme se

p r e n d r e u n m u r à

180 km/h. Quand les per­ sonnes s’endorment, l’ab­ sence de réflexes aggrave les conséquences. La tech­ nique a ses limites ». Assurer la survie. « Dans l e d ép a r t em en t, nou s sommes confrontés à des accidents extrêmement

graves, notamment lors des chocs frontaux », sou­ vent sur la RCEA. Pour les équipes du SMUR, la prise en charge des blessés doit

ê t r e h i é r a r c h i s é e :

« D’abord assurer la survie en stoppant les saigne­ ments, réanimer, soutenir la circulation et la respira­ tion. Ensuite, évaluer la pertinence d’une prise en charge spécialisée ». Limiter les séquelles. La prise en charge dans des services spécialisés, voire hyperspécialisés, permet

« d’envisager des séquelles les moins lourdes possi­

bles. L’endroit où la victi­ me sera évacuée est dicté par le traumatisme » : pla­ teau technique de proxi­ mité ou hôpitaux spéciali­

s és. « Pou r donn e r un

VIES BRISÉES

En moyenne. Une person- ne est blessée et hospita- lisée tous les deux jours, après un accident de la route dans l’Allier.

AIDE MÉDICALE D’URGENCE. Pour le docteur Charles-Noël Camard, « la médicalisation précoce permet d’améliorer les
AIDE MÉDICALE D’URGENCE. Pour le docteur Charles-Noël Camard, « la médicalisation précoce permet d’améliorer les chances de
survie. Les personnes grièvement blessées ne supportent pas l’improvisation des secours et des soins d’urgence ». PHOTO : PH.BIGARD

maximum de chances aux traumatisés, nous avons besoin de filières de soins dédiées ». Réadaptation longue.

« L’accident ne s’arrête pas

lorsque la circulation re­ démarre ». Pour les blessés les plus lourds, ce sont des semaines, voire des mois d’hospitalisation, de réé­ ducation, de réadaptation. Vies brisées. « Le poly­ traumatisé, confié à un centre spécialisé, doit en­ suite se réadapter à la vie, à son travail qui doit par­ fois être aménagé. Des bouleversements majeurs l’attendent, même après avoir été consolidé. Parfois tétra ou paraplégique, am­ puté d’un membre, il doit

chang e r d e m é ti e r, d e maison, de vie ». Avec des conséquences dramati­ ques, comme l’explosion de la cellule familiale.

« Ces accidents ont tou­

jours des séquelles psy­ chologiques importan­ tes ». Dons d’organes. « On réanime avant toute chose

pour sauver les patients ». Mais un médecin garde toujours à l’esprit que, même en cas de mort cé­ rébrale, un cas désespéré est un donneur potentiel :

« Il faut que le corps s’en

sorte le mieux possible. L’autre dimension de la réanimation, c’est le don d’organes. Et non l’achar­ nement ».

(* ) Pa tien ts sou f fran t d’au moins deux traumatismes graves, nécessitant une prise en charge lourde (traumatisme crânien et fracture du fémur, par exemple). Déclenchée par le SAMU, l’équi­ pe médicale du service mobile d’urgence et de réanimation (SMUR), composée d’un méde­ cin, d’un infirmier et d’un ambu­ lancier, apporte aux blessés les soins d’urgence sur place, et défi­ nit le service le plus adapté pour le recevoir et assure son trans­ port dans de bonnes conditions.

et assure son trans­ port dans de bonnes conditions. “ Acteur des secours et présent sur

Acteur des secours et présent sur les lieux des accidents, je manifeste mon ras­le­bol ,,

De l’internaute, Ja03

JEUDI 21 AVRIL 2011 13

SupplémentLa route de laRCEAhonte

RCEA

CHAQUE MINUTE COMPTE. Pendant que les pompiers dégagent la victime, l’équipe médicale la prend en
CHAQUE MINUTE COMPTE. Pendant que les pompiers dégagent la victime, l’équipe médicale la
prend en charge. Dans un choc frontal, chaque minute compte, car les organes vitaux sont souvent
atteints. PHOTO : JEAN-MARC SCHAER
URGENCE ET RÉANIMATION. Un équipement polyvalent pour intervenir, le plus rapidement possi- ble, dans les
URGENCE ET RÉANIMATION. Un équipement polyvalent pour intervenir, le plus rapidement possi-
ble, dans les meilleures conditions de sécurité. À la fin de l’année dernière, de nouveaux véhicules,
plus modernes, ont été achetés par le Centre hospitalier de Moulins. PHOTO : SÉVERINE TRÉMODEUX
SAUVER DES VIES. L’équipe médicale du Service médical d’urgence et de réanimation (SMUR) est composée
SAUVER DES VIES. L’équipe médicale du Service médical d’urgence et de réanimation (SMUR) est composée d’un médecin, d’un infirmier et d’un ambulancier. Ils assurent, 24 heures/24 et 365 jours/an, la
prise en charge des détresses et urgences vitales, dans un périmètre de plus de quarante kilomètres autour de Moulins : « La médicalisation précoce permet d’améliorer les chances de survie. Les person-
nes grièvement blessées ne supportent pas l’improvisation des secours et des soins d’urgence », analyse le docteur Camard. PHOTO : JEAN-MARC SCHAER
DE JOUR… Les polytraumatisés nécessitent une prise en charge lourde. Puis ils sont transférés vers
DE JOUR… Les polytraumatisés nécessitent une prise
en charge lourde. Puis ils sont transférés vers les servi-
ces les plus adaptés. PHOTO : PHILIPPE BIGARD
… COMME DE NUIT. Ici à Montbeugny, où une femme et ses enfants se trouvaient
… COMME DE NUIT. Ici à Montbeugny, où une
femme et ses enfants se trouvaient entre la vie et la
mort. PHOTO : JEAN-MARC SCHAER
DRAGON 63. L’hélicoptère de la Sécurité civile évacue les blessés dans un état critique vers
DRAGON 63. L’hélicoptère de la Sécurité civile évacue les blessés dans un état
critique vers Lyon, Clermont-Ferrand… pour une meilleure prise en charge de
leurs multiples traumatismes. PHOTO : PHILIPPE BIGARD

14 JEUDI 21 AVRIL 2011

RCEA

SupplémentLa route de laRCEAhonte

POMPIERS Jean­Pierre Masson et Claude Schwartzmann, retraités, restent marqués par leurs interventions

Cette route ne laisse aucune chance

« MARRE DES BELLES PAROLES ». Les deux retraités ne décolèrent pas en regardant la
« MARRE DES BELLES PAROLES ». Les deux retraités ne décolèrent pas en regardant la RCEA dont la mise à 2 x 2 voies n’avance pas : « Alors que tout est prévu pour une 2 x 2 voies, on a juste vu des
portions s’ouvrir, des inaugurations, mais pour une deux voies ». PHOTO : PHILIPPE BIGARD

Les accidents, et plus particulièrement sur la RCEA, Jean- Pierre Masson et Claude Schwartzmann, pompiers retraités, ne s’y sont jamais faits : « Cette route continue à faire de trop nombreuses victimes ». Eux ne l’empruntent jamais.

Elsa Charnay

elsa.charnay@centrefrance.com

C laude Schwartzmann, pompier retraité, n’a jamais oublié ce jour

où il s’est retrouvé avec

une fillette dans les bras :

« Elle m’a demandé “Pour­

quoi maman ne me ré­ pond pas ?” Les mots ne sont jamais sortis. Je n’ai pas osé lui dire que sa ma­ man était morte. C’était trop dur ».

1 « En colère ». C’était il y a plus de vingt ans,

mais cet accident, l’ex­ capitaine du centre de se­ cours de Moulins ne l’a ja­

mais oublié. « Plus que les blessures et le sang, quand je vois encore une famille

d écim é e su r l a RCEA,

comment voulez­vous que je ne sois pas en colère ? En tren te ans, rien n’a

bougé ». Claude Schwartz­

mann ne veut jeter la pier­ re à personne : « Même si nos élus se démènen t,

c’ es t un ax e n a tion al.

Deux voies avec le trafic qu’il y a et le nombre de camions en circulation,

c’est une catastrophe ! ».

2 « Un carnage ». Un avis que partage son ancien

collègue pompier Jean­ Pierre Masson : « Cette route continue à faire de trop nombreuses victi­ mes ». Le major se sou­ vient des départs pour un accid en t su r l a RCEA, « plus que sur une autre route, car on ne savait ja­ mais ce qu’on allait trou­ ver. On se préparait tou­ j o u r s a u p i r e . À u n

carnage. Des gens coincés dans la tôle, des morts, des blessures très graves ». « Le boulot des pompiers

c’est notamment de per­ mettre aux équipes médi­ cales des SMUR d’accéder aux victimes. Souvent, il faut les désincarcérer sans abîmer la moelle épinière. Toujours des interventions très techniques, où il faut faire très vite parce que des vies sont en jeu ».

« Un carnage. Des gens coincés dans la tôle, des morts, des blessures très graves »

3 « Impressionnant la nuit ». Quand les acci­

dents sur viennent la nuit, les interventions sont

« moins évidentes et plus

impressionnantes. Il y a

des éjectés, des gens épar­ pillés. Savoir combien il y

a de personnes dans et

hors de la voiture, les re­ trouver ». Dans le silence de la nuit, les pleurs et les cris des accidentés sont encore plus pénétrants.

« Même si on se dit que

ces cris, c’est la vie ».

Sans compter les risques pour les secours : « J’ai été arrêté cinq mois après avoir été accroché par un camion alors que j’inter­ venais sur la RCEA », se souvient Claude Schwartz­ mann.

4 « On ne s’y fait pas ». Les soirs de dé­

parts en vacances, une certaine appréhension ga­

gnait Jean­Pierre Masson :

« On savait qu’il allait y

avoir des accidents, sur­ tou t sur la RCEA. On a b e a u e n v o i r t o u t l e temps, on ne s’y fait pas ».

Au retour, j’avais une rage en moi de voir que ça

ne changeait pas, d’enten­ dre les belles paroles et que rien n’aboutisse. Alors que tout est prévu pour

une 2 x 2 voies, on a juste

vu des portions s’ouvrir, des inaugurations, mais pour une deux voies ». « Aires saturées ». Le

5 refus de l’État de met­

tre en cause les infras­ tructures fait bondir les deux pompiers qui ont suivi toutes les étapes du chantier : « Les gens de­ vraient faire des pauses. Mais sur la RCEA dans l’Allier, ils s’arrêtent où ? Le peu d’aires qu’il y a est déjà saturé de camions. Avec une famille, on a be­

soin de s’arrêter dans un endroit où les enfants ont la place de courir, où les adultes peuvent boire un café. À part à Toulon, dans notre secteur, il n’y a que des cabanes de jardin en rase campagne ! ». Jean­Pierre Masson et Claude Schwartzmann sa­ vent que « les accidents les plus graves sont les chocs frontaux. Sans mu­ ret central, la RCEA ne laisse aucune chance, n o u s n e l a p r e n o n s plus ».

aucune chance, n o u s n e l a p r e n o n

Cinq morts en 36 heures ! On fait quoi contre cette route. Elle est monotone, on y somnole… ,,

De l’internaute, D.

JEUDI 21 AVRIL 2011 15

SupplémentLa route de laRCEAhonte

RCEA

DIOU. Un poids lourd avait pris feu ce matin-là sur la RCEA. Le risque majeur
DIOU. Un poids lourd avait pris feu ce matin-là sur la RCEA. Le
risque majeur : une explosion. Il faut sauver les occupants,
mais aussi protéger l’environnement. PHOTO : PHILIPPE BIGARD
MONTBEUGNY. Les huit occupants des deux voitures ont été blessés, nécessitant l’intervention des pompiers d’une
MONTBEUGNY. Les huit occupants des deux voitures ont été
blessés, nécessitant l’intervention des pompiers d’une dizaine
de centres de secours de l’Allier. PHOTO : PHILIPPE BIGARD
DOMPIERRE. Encore un choc frontal. Pour que l’équipe médi- cale du SMUR atteigne les victimes,
DOMPIERRE. Encore un choc frontal. Pour que l’équipe médi-
cale du SMUR atteigne les victimes, les pompiers ont découpé
la tôle. Les secours coordonnent leurs efforts. PHOTO : PH. BIGARD

SURACCIDENT Volontaires et professionnels du Service départemental d’incendie et de secours sur le qui­vive

Prévenir les risques et éviter le carnage

De violents face-à-face au milieu d’une circulation par- ticulièrement dense. Les in- terventions des secours sur la RCEA impliquent des pré- cautions particulières.

Elsa Charnay

A gir vite. Hiérarchiser les p rio ri tés pou r donner aux blessés

« le maximum de chances

de s’en sortir ». Une victi­ m e d’ a c c i d e n t , c’ e s t

« aussi précieux qu’un

bébé ». Pour le lieutenant­ colonel Rodriguez, officier

communication du SDIS de l’Allier, les interven­ tions des pompiers sur la RCEA impliquent des pré­ cautions particulières :

« C’est une voie rapide. La

première des nécessités est de sécuriser notre in­ ter ven tion : évi ter aux pompiers d’être blessés et parer au suraccident ». Et quand les victimes sont incarcérées, « un véhicule de secours routier, équipé du matériel de découpe et de quoi éteindre un incen­ die, est envoyé ». La désin­ carcération est une inter­ v e n t i o n « l o u r d e e t délicate ». Plus particuliè­ rement quand des poids lourds sont impliqués. Sans compter l’impact psychologique : « L’acci­ dent est sidérant. C’est un carnage avec des images de guerre. Pour les secours aussi, le risque de dépres­ sion est réel », résume le docteur Rosati, médecin­ chef adjoint du SDIS.

MISSION DÉLICATE. Sauver les autres sans se mettre en danger. Éviter les suraccidents. Pour les
MISSION DÉLICATE. Sauver les autres sans se mettre en danger. Éviter les suraccidents. Pour les pompiers, intervenir sur une voie rapide suppose de revêtir des gilets
haute visibilité et de mettre en place un balisage spécifique, avant d’accéder aux blessés, souvent incarcérés. Il s’agit d’écarter les tôles, puis de les découper, avant
d’extraire les victimes dans les meilleures conditions. En janvier et février, les pompiers sont intervenus sur dix accidents sur la RCEA. Dont deux mortels. PHOTO : PH. BIGARD
DOMPIERRE. Au coucher du soleil, le choc frontal avait fait ce jour-là sept blessés. Une
DOMPIERRE. Au coucher du soleil, le choc frontal avait fait ce jour-là sept
blessés. Une trentaine de pompiers de l’Allier et de la Saône-et-Loire étaient
intervenus. PHOTO : PHILIPPE BIGARD
MONTBEUGNY. Sept blessés dans deux collisions à quelques heures d’intervalle. PHOTO : SÉVERINE TRÉMODEUX
MONTBEUGNY. Sept blessés dans
deux collisions à quelques heures
d’intervalle. PHOTO : SÉVERINE TRÉMODEUX
ESPOIR. En regardant l’hélicoptère de la Sécurité civite quitter Pierrefitte- sur-Loire, les pompiers espèrent que
ESPOIR. En regardant l’hélicoptère de la Sécurité civite quitter Pierrefitte-
sur-Loire, les pompiers espèrent que le blessé survivra. L’accident avait déjà
fait deux morts… PHOTO : PHILIPPE BIGARD

16 JEUDI 21 AVRIL 2011

RCEA

La route de la honte

Supplément RCEA

ROUTIERS LaRCEA est un passage obligé pour Germain Noël, chauffeur à l’international, pour livrer du laiton

Une taxe à l’année comme en Belgique

AIRE DE PIERREFITTE-SUR-LOIRE. Après avoir pris des nouvelles de sa famille, c’est la pause cigarette
AIRE DE PIERREFITTE-SUR-LOIRE. Après avoir pris des nouvelles de sa famille, c’est la pause cigarette pour Germain Noël avant de reprendre la route de la Haute-Sa-
voie. Chauffeur à l’international, il a parcouru 517.000 kilomètres en trois années. PHOTO : PHILIPPE BIGARD

EN CHIFFRES

12 %

La part du trafic des poids lourds sur les nationales françaises non concédées au privé. Elle peut dépasser 50 % sur la RCEA entre Montmarault et Chalon-sur-Saône/Mâcon.

52,8 %

C’est la part du trafic poids lourds sur l’année 2010 atteint en jours ouvrés au point de comptage de Dompierre, soit 6.408 camions.

7,4 %

Le nombre de poids lourds enregistrés sur la RCEA est cependant en hausse importante de 7,4 à 18,1 % en 2010, selon les sections.

7.516

La part de poids lourds qui empruntent chaque jour, du lundi au vendredi, la section Dompierre-sur-Besbre/ Saône-et-Loire, sur un trafic total de 15.713 véhicules. 6.408 sont enregistrés entre Moulins et Dompierre, 4.493 entre Montmarault et Moulins.

49 %

La part de marchandises transportées par les routiers qui correspond à des machines, des véhicules et des produits manufacturés. Le transport de denrées alimentaires représente 17 % du transit.

La RCEA, c’est la route des poids lourds. Un passage obligé pour Jésus 27, le nom de cibi de Germain Noël. Ce chauffeur à l’internationale ne craint pas l’aménagement actuel de cet axe de transit. « Pour la sécurité de tous et comme en Belgique », il milite pour une taxe à l’année ouvrant à volonté les autoroutes de l’Hexagone aux routiers.

Pierre Raynaud

kilom è t res

parcourus en trois années. Absent du

cocon familial dans l’Orne du lundi au vendredi, par­ fois même jusqu’au same­ di. Trois mariages, neuf enfants et l’absence rom­ pue « avec les petits » par téléphone, lors des pauses su r les ai res de repos. C’est la vie d’un chauffeur routier à l’international. Celle de Jésus 27, son nom

de cibi. Parce qu’il porte la

b a r b e

s e s

vingt ans, que Noël est son nom d e famill e e t qu’il est natif de l’Eure. Selon ses horaires de passage dans la région pa­

risienne, Germain Noël opte pour la Nationale 6,

« très tranquille car per­

sonne ne la prend », ou la

RCEA pour conduire son

5

17.000

d e p u i s

poids lourd de 440 che­ vaux vers Cluses, en Hau­ te­Savoie, ou dans la ré­ gi on pi ém on t ai s e, en Italie. À raison de deux fois par semaine. Au dé­ part de l’usine de laiton KME, à Boisthorel, dans l’Orne, il ravitaille en bar­ res de laiton des entrepri­ ses spécialisées dans la ro­ binetterie et les coudes. Au retour, il charge son poids lourd de limaille pour la fondre en Nor­ mandie et la transformer en barre.

« Visibilité réduite »

Germain Noël affiche au compteur entre 3.400 et 4.000 km par semaine. Il n’est jamais chez lui : « Je passe plus de temps dans ma cabine qu’à la maison.

C’est le plus dur. Je me rattrape avec le téléphone. Les retrouvailles du week­

end sont toujours un mo­ ment de fête ». Car le reste de la semaine n’est pas une franche rigolade. Des journées de conduite de 9 heures et un jour par se­

m a i n e d e d e u x f o i s

10 heures, avec des cou­

pures : « Sans une bonne condition physique, on ne fait pas ce boulot ». La RCEA, ses portions à quatre voies, à deux voies, ses cuvettes, son manque de visibilité et ses acci­ dents mortels à répéti­ tion : « On voit pas trop

mal le tracé dans nos ca­ bines. Ce n’est pas tou­ jours le cas des automobi­ li s t e s. J e l e s ai d e, e n me t tan t le cligno tan t, pour leur indiquer un dé­ passement possible. Mais certains nous doublent avec une visibilité très ré­ duite ». C h a u f f e u r d e p ui s l e

21 janvier 1980, Germain

Noël enregistre « quelques accrochages et une très grosse frayeur ». Survenue dans l’Orne dans un choc f r on t al a v ec un a u t re

poids lourd : « Le gars en face, il s’est endormi. J’ai été projeté dans la cabine. Le visage en sang et un os fracturé, je m’en suis très bien sorti ». Il ne considè­ re pas la RCEA comme un

axe accidentogène.

« Le visage en sang et un os fracturé, je m’en suis très bien sorti »

« Je n’ai pas d’angoisse particulière à prendre cet itinéraire. Les routiers sont habitués à circuler sur des routes à deux voies. On li­ mite les sections autorou­ tières pour une question de coût. Mon patron paie 1.000 € par mois pour les parties d’autoroute incon­ tournables. La RCEA man­ que cependant de por­ tions à quatre voies plus longues. Pour doubler un autre poids lourd dans

une montée, c’est la croix et la bannière ». La ban­ nière, c’est aussi sur les coups de 19 heures pour trouver un coin de bitume sur les aires de repos. Pour passer la nuit ou simple­ ment casser la croûte :

« Entre Moulins et Bourg­ en­Bresse (184 km), il n’y a jamais une place libre après 19 heures. C’est no­ tre point noir ». La RCEA, c’est la route des poids lourds. Avec des pointes journalières qui atteignent 7.500 camions sur certaines portions.

Parfois plus de 50 % du trafic, alors que la moyen­ ne n’excède pas 12 % sur le réseau national : « L’État p eu t limi t e r l es poids lourds sur les nationales. Pour la sécurité de cha­ cun, il faut mettre en pla­ ce une taxe à l’année pour contraindre les camions à circuler sur les autoroutes. En Belgique, les routiers paient 8 € par jour et font autant de kilomètres sou­ haités. En France, c’est 1.000 € par mois pour les por tions autoroutières obligatoires ».

mois pour les por tions autoroutières obligatoires ».  “ Vous séparez les deux voies par

Vous séparez les deux voies par un petit muret comme à Fos. Garanti, les accidents, ce sera fini ,,

De l’internaute, Cocomecanic

JEUDI 21 AVRIL 2011 17

SupplémentLa route de laRCEAhonte

RCEA

GENDARMERIE Le colonel Martzinek, patron des gendarmes de l’Allier, veut avant tout « sauver des vies »

Pleins phares sur la prévention

Radars, surveillances par hélicoptère, contrôles… Les gendarmes ont la RCEA à l’œil. Pour éviter des acci- dents, ils ont « doublé, voire triplé les patrouilles ».

Elsa Charnay

elsa.charnay@centrefrance.com

g e n d a r m e

n’est pas préparé pour annoncer

le décès d’un fils, d’une

«U n

fille, d’une épouse, d’un

mari. C’est la chose la plus dure qui soit. Ce sont des

m o m e n t s q u e l ’ o n

n’oublie jamais ».

Peu d’accidents corporels, beaucoup de morts

Le colonel Martzinek, patron des gendarmes de

l’Allier, sait que derrière les uniformes de ses fem­ mes et de ses hommes, il y

a d e s ê t re s hum ain s :

« Lors de certains acci­ dents, ils sont confrontés

à des images de guerre.

Comme fin août 2010, où en deux jours, deux fa­ milles ont été décimées sur la RCEA, avec, sur cinq morts, trois enfants tués. La cellule psychologique de la gendarmerie s’est déplacée, ce qui est assez rare ». Sur la RCEA et ses 90 km dans l’Allier, il y a peu d’accidents corporels :

IMPRESSIONNÉ. « Quand je suis arrivé dans l’Allier et que j’ai observé le flot de
IMPRESSIONNÉ. « Quand je suis arrivé dans l’Allier et que j’ai observé le flot de véhicules, notamment de camions, j’ai soudain eu
l’impression de partir vers la Turquie, sur la Route de la soie »… PHOTO : JEAN-MARC SCHAER

treize en 2009, dix en 2010 et trois en 2011, mais six ont été mortels en 2009, sept l’an dernier et déjà deux cette année. Face à une telle hécatombe, le colonel a décidé d’un plan d’attaque, il y a un an :

« Les causes des acci­ dents sont majoritaire­ ment les fautes de com­ p o r t e m e n t ( a v e c beaucoup d’endormisse­ ments), très rarement la vitesse et encore moins l’alcool ou les stupéfiants. On a donc décidé de dou­ bler, voire de tripler les patrouilles pour être sur cet axe en permanence. Nous avons fait intervenir les réservistes, l’hélicoptè­ re et des véhicules banali­ sés. Et quand les conduc­ teurs voient du bleu et font des appels de phare, ce n’est pas grave. Au con­ traire, si ça permet d’atti­ rer leur attention et d’évi­ t e r l’ a c ci d e n t , n o t r e mission de prévention est réussie. Mon but sur cette route, c’est avant tout de sauver des vies ». Et l’État, qui souhaite que cette route soit concé­ dée, a récemment déployé des moyens : « Les mesu­ res passives, comme la pose de panneaux ou de bandes sonores, ont per­ mis de faire baisser les ac­ cidents. Et quatre nou­ veaux rada rs de rniè re génération, qui sont capa­ bles de faire la différence entre les voitures et les ca­ mions, viennent d’être implantés »…

 LES GENDARMES DE L’ESCADRON DÉPARTEMENTAL DE SÉCURITÉ ROUTIÈRE VEILLENT CONSTATS CONTRÔLES P our déterminer
 LES GENDARMES DE L’ESCADRON DÉPARTEMENTAL DE SÉCURITÉ ROUTIÈRE VEILLENT
CONSTATS
CONTRÔLES
P our déterminer les
éventuelles respon-
sabilités, les gendar-
mes procèdent aux
constatations lors des
accidents. Sur la RCEA,
les fautes de comporte-
ment sont la principale
responsable des pertes
de contrôle.
Les gendarmes de l’escadron
départemental de sécurité
routière (BMO d’Yzeure et de
Vichy et peloton autoroutier de
Montmarault) effectuent
régulièrement des contrôles.
PHOTO : PHILIPPE BIGARD
PHOTO : PHILIPPE BIGARD
VERBALISATION
HÉLICO
L’infraction la plus
souvent constatée
sur la RCEA par les
motocyclistes est le
non­respect des
distances de
sécurité : moins trois
points et 135 €
d’amende.
L ors des chassés-
croisés des vacan-
ces scolaires, la RCEA
est surveillée depuis
l’hélicoptère de la
gendarmerie. Les
fautes de comporte-
ment des conduc-
teurs (non-respect
des distances de sé-
curité, dépassements
dangereux…) sont
dans la ligne de
mire.
PHOTO : PHILIPPE BIGARD
PHOTO : JEAN-MARC SCHAER

18 JEUDI 21 AVRIL 2011

RCEA

SupplémentLa route de laRCEAhonte

SIGNALISATION Les agents de la Direction interrégionale des routes sécurisent les abords des accidents

Le danger, ce sont les bouchons

Les agents de la DIR se tien- nent toujours prêts à inter- venir. Ils sont chargés de sé- curiser les accidents notam- ment lorsque des bouchons se forment. Ils multiplient le danger.

Leïla Aberkane

leila.aberkane@centrefrance.com

T o u s l e s j o u r s , l e s agents de la Direction in t e r r é gion al e d es

routes nationales Centre­ Est (DIR) font place nette. Pa r e ­ c h o c s, a nim a u x morts, pneumatiques… ils ramassent tout ce qui peut encombrer la chaussée et provoquer des accidents. Toute la journée, l’hiver et l’été, de 5 h 30 à 20 h 30, deux patrouilles sillonnent la RCEA (*).

« Nous installons un véhicule équipé d’un panneau d’information »

« Nous veillons à ce que rien sur la route mette les

a u t om o bili s t e s e t l e s

chauffeurs en danger »,

e x p li q u e C h r i s t o p h e Audin, che f du Cen t re d’exploitation et d’inter­ vention de la direction in­ terrégionale des routes

RALENTIR. Une équipe de la DIR Centre-Est est basée à Yzeure, une autre à Pierrefitte
RALENTIR. Une équipe de la DIR Centre-Est est basée à Yzeure, une autre à Pierrefitte pour intervenir en urgence sur la RCEA. Sur un accident, leur première tâche est
de signaler l’accident aux automobilistes. Une fois les personnes blessées évacuées et les véhicules dégagés, ils doivent nettoyer la route avant de rouvrir la
circulation. PHOTO : JEAN-MARC SCHAER

Centre­Est (DIR). Les agents de la DIR qui veillent se tiennent tou­ jours prêts à intervenir sur

la RCEA lorsque les pom­ piers ou les gendarmes

appellent leur PC, à Yzeu­ re, pour les informer d’un accident : « Le chef part en éclaireur pour déclen­ cher les moyens adaptés à

l’importance de l’acci­ dent ». Souvent, ce n’est

p a s g r a n d ­ c h o s e : u n

poids lourd en panne, une voiture sur le bas­côté… Parfois, c’est un accident

plus grave : « Le danger, ce sont les bouchons qui se forment de part et d’autre.

Il y a un risque de sur­ac­

cident. Pour l’éviter, nous

ins tallons un véhicule équipé d’un panneau d’in­

formation. On le déplace au fur et à mesure de la résorption ou de l’aug­ mentation du bouchon ».

Déviation

Selon la gravité de l’acci­

dent, du nombre de véhi­ cules accidentés sur la

chaussée, les agents met­ tent en place une dévia­ tion.

« Cela peut prendre d’un quart d’heure à une heure, précise Christophe Audin. Il faut qu’il y ait un itiné­ raire bis. Il faut se rensei­ gner pour savoir si sur cet itinéraire, il n’y a pas de

travaux pour que les voi­ tures circulent sans pro­ blème. Et il faut calculer si le temps de mise en place de la déviation n’est pas plus long que la résorp­ tion du bouchon ».

(*) La DIR s’occupe aussi de la RN 7. Les agents sont aussi char­ gés de nettoyer les aires de repos, les toilettes et vider les poubelles.

LES AGENTS DE LA DIR SUR TOUS LES FRONTS

 
SÉCURITÉ COUP DE BALAI

SÉCURITÉ

SÉCURITÉ COUP DE BALAI

COUP DE BALAI

A lertés d’un accident sur la RCEA par les gendarmes

Les agents de la DIR sont les derniers à quitter les lieux d’un accident. La chaussée doit être vite balayée et propre avant de pouvoir rouvrir la route à la circulation. PHOTO : PHILIPPE

ou les pompiers, les agents de la DIR interviennent en coordination avec eux. Instal- lés à Yzeure, ils sont en quel- ques minutes sur les lieux de l’accident. Leur mission est d’en sécuriser les abords et de mettre en place éventuel- lement une déviation.

PHOTO : JEAN-MARC SCHAER

BIGARD

BALISAGE BOUCHONS

BALISAGE

BOUCHONS

BALISAGE BOUCHONS

Lors d’un accident, les gendarmes de la brigade motorisée assurent la circulation. Les agents de la DIR balisent la chaussée pour guider les automobilistes et assurer la sécurité.

L es accidents et les travaux peuvent engendrer des ra-

lentissements ou des bou- chons sur la route. Cela aug- mente les risques de sur-accident. Pour les limiter, une des premières actions

des agents de la DIR est de signaler le bouchon aux automobilistes. Cent cinquan- te mètres avant le bouchon, ils positionnent un véhicule équipé d’un panneau lumi- neux d’information et le dé- placent en fonction de la ré- sorption ou de l’allongement

PHOTO : PHILIPPE BIGARD

du bouchon. PHILIPPE BIGARD

JEUDI 21 AVRIL 2011 19

SupplémentLa route de laRCEAhonte

RCEA

PAUSE Problème quand on veut s’arrêter sur la RCEA, il faut patienter avant de pouvoir faire une halte

Elle manque d’aires pour souffler !

ARRÊT. Les deux aires de Pierrefitte-sur-Loire peuvent accueillir 85 poids lourds. Le soir, presque toutes
ARRÊT. Les deux aires de Pierrefitte-sur-Loire peuvent accueillir 85 poids lourds. Le soir, presque toutes les places sont occupées. PHOTO : PHILIPPE BIGARD

Où s’arrêter quand on roule sur la RCEA ? Les aires de repos et les parkings sont beaucoup plus rares que les camions et les voitures qui y circulent.

Leïla Aberkane

leila.aberkane@centrefrance.com

I l est midi. C’est l’heure

c reus e. E t Ra ymond

casse la croûte, derrière

le volant de son camion.

Sur l’aire de repos de Pier­

refitte­sur­Loire, le long de

la RCEA, ce n’est pas en­

core l’affluence.

« À l’heure du déjeuner, ça va. Il n’y a pas grand

m o n d e. O n n e s e b a t

pas ! ». Raymond n’a donc

pas eu à jouer des coudes pour faire une place à son camion au milieu d’une aire semi­déserte. Mais, en fin d’après­midi, passé 19 heures, c’est une autre affaire : « Il ne faut pas ar­ river trop tard. Sinon, c’est plein ! C’est évident que sur cette RCEA, vu le trafic de camions et de voitures, il n’y a pas assez d’aires de

repos ». Jean­Michel acquiesce :

« Entre Moulins et Cha­

lon­sur­Saône, il n’y a que celle de Pierrefitte et le centre routier de Toulon­ sur­Allier. C’est beaucoup

trop juste ». Et cela oblige les routiers

à anticiper. « Oui, il ne

faut pas se louper, rajoute

Yvon, arrêté sur le parking de Thiel­sur­Acolin. Le problème, c’est qu’on ne peut pas rouler plus de quatre heures et demie d’affilée. Donc comme il n’y a pas assez d’aires de repos et que les parkings le long de la RCEA sont

petits, soit on calcule bien son coup, soit on continue

à rouler jusqu’à ce qu’on

trouve un endroit pour se poser, au risque de dépas­ ser les quatre heures et demie et d’être à l’amen­ de. Et parfois, on est obli­

gé de s’arrêter là où on en n’a pas besoin ».

« On ne peut pas luttercontre la somnolence »

Lorsqu’on commence à s’endormir au volant, cela « ne sert à rien de lutter » explique le docteur André Marcuccilli, responsable de l’unité de pneumologie et du laboratoire du sommeil au Centre hospitalier Mou- lins-Yzeure. « Il faut s’arrê- ter ».

Comment expliquez-vous le phénomène de somnolen- ce au volant ? Les troubles de la vigilance les plus fré­ quents que nous voyons sont liés aux apnées du sommeil. Ces arrêts respi­ ratoires surviennent pen­

MÉDECIN. André Marcuccelli.
MÉDECIN. André
Marcuccelli.

dant le sommeil et empê­ chent de descendre dans le sommeil profond qui est le sommeil récupéra­ teur. C’es t la première cause de somnolence dans la journée.

Il y a aussi le fait que les g ens do rm en t moins :

dans les années soixante, on dormait en moyenne 8

à 9 heures. Aujourd’hui,

c’est 6 à 7 heures. Certains

médicaments favorisent aussi l’endormissement.

Si on commence à somno- ler au volant, on a combien de temps pour s’arrêter ?

20 heures, Francis, rou­ tier, vient de s’arrêter pour passer la nuit, sur un dé­ gagement, entre Moulins et Deux­Chaises. Le par­ king est petit (une quin­ zaine de camions peuvent s’y ga re r ) e t comple t :

« C’est tout le temps com­

me ça, lâche Francis. Ha­

bituellement, je préfère m’arrêter pour la nuit sur une aire de repos. Il y a

plus de place et c’est tran­ quille. Les parkings au

b o rd d e l a RC EA s o n t

bruyants. Je dors mal ». Pour les automobilistes, c’est encore plus difficile de faire une pause : « Ce n’est pas facile de trouver

On ne peut pas lutter con­ tre la somnolence. Ce n’est pas possible. Si on est au volant, il faut s’arrêter tout de suite parce que l’en­ dormissement peut être immédiat.

S’arrêter et se reposer combien de temps ? Un quart d’heure suffit. C’est su f fisan t pour tomber

dans le sommeil profond. C’est tout à fait bénéfique. Mais pour les apnéiques, cela ne sert à rien. Le jour comme la nuit, lorsqu’il dort, il fait des apnées.

Propos recueillis par Leïla Aberkane

un endroit pour faire une pause pipi ! sourit Jacques, sur l’aire de Pierrefitte. Nous sommes partis de Guéret avec ma femme et une amie. On a pris la RCEA à Montmarault et mes passagères commen­

çaient à s’impatienter ! » Ludovic, 2 7 an s, f ai t Montluçon/Mâcon toutes les semaines. Il a garé sa voiture derrière un ca­ mion, sur un dégagement, et fume une cigarette :

« S’arrêter là, au bord de la route, ce n’est pas la pana­ cée mais bon, je me dé­ gourdis les jambes cinq minutes. Cette route est fatigante. Elle n’est pas large, il y a beaucoup de

t ra fic e t b e aucoup d e

poids lourds. Il faut tou­ jours être super­concen­ tré. Quand on prend la RCEA, c’est comme faire de l’apnée. On respire une

f oi s a r r i v é à d e s tin a ­ tion ».

  « Il ne faut pas arriver trop tard. Sinon, c’est plein »
 

« Il ne faut pas arriver trop tard. Sinon, c’est plein »

RAYMOND PINOL. Routier

RAYMOND PINOL. Routier

RAYMOND PINOL. Routier
   

Les inconscients, ce sont aussi eux qui tuent sur les routes. Arrêtez de ne penser qu’à vous, vous n’êtes pas tout seul sur les routes. “ ,, ,,

De l’internaute, JC

20 JEUDI 21 AVRIL 2011

RCEA

SupplémentLa route de laRCEAhonte

ÉQUIPE. Une partie des trente-trois salariés de l’entreprise Chauvin, basée à Yzeure et qui s’étend
ÉQUIPE. Une partie des trente-trois salariés de l’entreprise Chauvin, basée à Yzeure et qui s’étend à Tronget et Cusset, appréhende de se déplacer sur la RCEA. Car ils connaissent souvent l’issue…

DÉPANNEUR Dominique Chauvin, quinze ans de métier, s’inquiète de l’évolution du trafic autour de Moulins

Bientôt ce sera deux morts par semaine

Pas une semaine ne se passe sans que le dépan- neur Dominique Chauvin n’ait à intervenir sur un ac- cident, plus ou moins grave, sur la RCEA.

Elsa Charnay

elsa.charnay@centrefrance.com

L e dépanneur Domini­ que Chauvin in ter ­ vient sur « 80 % des

gros accidents de poids lourds entre Molinet et Montmarault et 50 % de ceux qui impliquent des voitures ». La problématique d’une route à deux voies totale­ ment inadaptée au trafic qu’elle supporte, le patron de l’entreprise de dépan­ nage bourbonnaise ne la connaît que trop : « Des créneaux de dépassement insu f fisan ts, d es g ens énervés d’attendre des ki­ lomètres et des kilomètres pour doubler… Sur cette route, plus qu’ailleurs, on n’a pas droit à l’erreur ».

900 poids lourds et 9.000 voitures dépannés chaque année

Enfant déjà, Dominique connaissait particulière­ ment bien la RCEA. Son

p è r e a é t é p e n d a n t

vin g t an s g end a rm e à Moulins : « Dans les an­ nées 80, il n’y avait pas en­

core le contournement de Moulins et je me souviens

EN CHIFFRES

900 poids lourds

dépannés chaque année, par l’entreprise, sur l’Allier, la Saône-et-Loire, la Nièvre et le Cher

9.000 voitures

prises en charge

PROFESSIONNEL. Le dépanneur Dominique Chauvin intervient sur « 80 % des gros accidents de poids
PROFESSIONNEL. Le dépanneur Dominique Chauvin intervient sur « 80 % des gros accidents de poids lourds entre Molinet et Mont-
marault et 50 % de ceux qui impliquent des voitures ». PHOTOS : PHILIPPE BIGARD

qu’énormément de ca­ mions se renversaient ». Quand il travaillait chez Mercedes ensuite, « on avait carrément pour con­ signe de ne pas la prendre. On nous faisait passer par Cosne ». Le dépanneur craint que « comme l’A77 avance à grands pas, le trafic va en­

co re au gm en t e r. Av ec l’ouver ture de Magny­ Cours, puis de Villeneuve, Paris sera bientôt à à pei­ ne plus de 2 h 30. Quand les véhicules vont arriver au rond­point du Larry, qui est déjà un entonnoir, ils ne vont pas compren­ dre. Ça fera comme en 1996, quand le contourne­

ment de Moulins a ouvert, mais en s’arrêtant au sud, où tou t es l es voi tu res s’empilaient là ». Il prévient : « Si la RN 7 poursuit son développe­ ment et que rien n’est fait sur la RCEA, ce ne sera pas deux morts par mois, mais deux par semaine ». Et les souvenirs maca­

bres de remonter : « Les accidents, ça fait partie du travail et de cet axe rou­ ti e r. No t r e r ôl e, c’ e s t d’ouvrir la route et de la dégager au plus vite, en toute sécurité. Mais même si on apprend à vivre avec, toute cette accumulation, ce n’est pas bon ». Ni pour lui, ni pour « ses gars. Au niveau psycholo­

gique, nous sommes tous touchés. Les dépanneurs sur la route, avec les voi­ tu re s, l e s vic tim e s, l e sang… Et tous les salariés, jusqu’aux secrétaires, car nous accueillons les fa­ milles qui veulent com­ prendre. Voir les voitures. Elles sont désemparées. Là, même si ce n’est pas notre métier, nous les as­ sistons. Nous les aidons avec leur assurance par exemple ».

« Être là pour eux »

Dominique Chauvin n’a jamais oublié la venue de cette grand­mère « pour récupérer les jouets des gamins. Sa fille était hos­ pitalisée entre la vie et la mort. Son gendre et ses petits­enfants avaient été t u é s d a n s l’ a c ci d e n t. Quand elle a trouvé la console de jeux, elle s’est effondrée. Dans la mesure du possible, on essaie de ne pas les emmener jus­ qu’aux épaves des voitu­ res. Et d’être là pour eux ».

épaves des voitu­ res. Et d’être là pour eux ».  “ Nous avons Vulcania, mais

Nous avons Vulcania, mais pas de 4 voies pour la RN 79. Des choix ont été faits. Comment rattraper ce retard ? ,,

De l’internaute, Albatros

JEUDI 21 AVRIL 2011 21

SupplémentLa route de laRCEAhonte

RCEA

INTERVENTIONS La moitié des accidents sur lesquels l’entreprise est appelée surviennent sur la RCEA

Unepriorité : rouvrirla routeauplus vite

CONTRE-LA-MONTRE. Les secours et les soins d’urgence ne souffrent pas l’improvisation : « Cha- que
CONTRE-LA-MONTRE. Les secours et les soins d’urgence ne souffrent pas l’improvisation : « Cha-
que minute compte pour sauver des vies. Chaque geste est important pour gagner du temps et de
la place pour que les équipes médicales du SMUR et les pompiers atteignent les blessés. Les aider
à
remplir leur mission, c’est aussi le rôle du dépanneur », souligne Dominique Chauvin. PHOTO : DR
PASSION. « J’exerce ce métier depuis seize ans avec passion. Devoir intervenir rapidement procure une
PASSION. « J’exerce ce métier depuis seize ans avec passion. Devoir intervenir rapidement procure
une certaine dose d’adrénaline : remonter la file de voitures et de camions sur la RCEA pour arri-
ver au plus vite sur les lieux de l’accident. Dégager tout ce qui encombre pour que la route puisse
être rouverte à la circulation… ». PHOTO : DR
MATÉRIEL SPÉCIFIQUE. Les interventions des dépanneurs sont parfois très techniques et nécessitent beaucoup de
MATÉRIEL SPÉCIFIQUE. Les interventions des dépanneurs sont parfois très techniques et nécessitent beaucoup de matériel : « Il faut qu’on évacue tout ce qui gêne la circulation, les glissières de sécurité,
les voitures, les camions, mais aussi leur marchandise par exemple. Il arrive que ce soit des animaux. Il y a toujours beaucoup d’imprévus auxquels il faut faire face. Ce type de dépannages peut prendre
des heures et demande une bonne collaboration entre tous. À force de se voir sur la RCEA, où les sociétés de dépannage sont les seules entreprises privées à intervenir, on finit par bien se connaître et
savoir ce que chacun doit faire ». PHOTO : JEAN-MARC SCHAER
EN SÉCURITÉ. « Depuis 2005 que la DIR intervient, notre travail est facilité et notre
EN SÉCURITÉ. « Depuis 2005 que la DIR intervient, notre travail est facilité et notre protection as-
surée. Quand j’ai commencé ce métier, on se balisait nous-mêmes et on travaillait sous la sur-
veillance des gendarmes. Ma première expérience d’accident sur la RCEA, en 1996, a donné lieu
à
un suraccident. Ma dépanneuse avait été percutée ». PHOTO : JEAN-MARC SCHAER
POIDS LOURDS. « Quand des poids lourds sont impliqués, il est parfois très difficile d’accéder
POIDS LOURDS. « Quand des poids lourds sont impliqués, il est parfois très difficile d’accéder au
chauffeur incarcéré. Une fois, nous avons monté les pompiers sur un plateau de dépannage pour
qu’ils puissent le désincarcérer à hauteur. L’équipe médicale du SMUR a aussi travaillé depuis le
plateau. On l’a ensuite descendu pour l’évacuer ». PHOTO : PHILIPPE BIGARD

22 JEUDI 21 AVRIL 2011

RCEA

La route de la honte

Supplément RCEA

PRAGMATIQUE Le président communiste du Conseil général J.­P. Dufrègne a pris position pour la concession

« On ne peut plus revenir en arrière »

Jean-Paul Dufrègne est un pragmatique. Le président du Conseil général de l’Al- lier s’est prononcé en faveur de la concession autorou- tière en 2018. Sous condi- tions. Et a dû expliquer sa prise de position… dans ses propres rangs.

INTERVIEW

Sandrine Thomas

sandrine.thomas@centrefrance.com

mise en concession

autoroutière accélérera

am én a g em en t en

deux fois deux voies de la Route Centre Europe At­

lan tique (RCEA ) en t re Montmarault et les em­ branchements de l’A6, à Mâcon ou à Chalon­sur­ Saône, soit un tronçon de

240 kilomètres.

« L’aménagement sera terminé en 2018 avec ce scénario. Si on ne concède pas la RCEA, ce sera qua­ rante ans de plus », projet­ te le président communis­ te du Conseil général de l’Allier.

Un communiste qui se pro- nonce pour la mise en con- cession de la RCEA au privé, il fallait du pragmatisme dans ce dossier ? Si j’étais dans le moule tradition­ nel, je ne serais sans doute pas à la place où je suis. Je me suis prononcé pour la concession autoroutière en 2018. Sous condition de gratuité pour les locaux et de maintien des échan­ geurs actuels, car on ne peut plus se permettre d’attendre. Mais ce n’est pas pour autant que je suis un fervent défenseur de la privatisation des routes. La question aujourd’hui, c’est de savoir si on accep­ te d’attendre trente an­ nées de plus pour que la mise à 2x2 voies devienne réalité, ou bien de bénéfi­ cier d’un axe sécurisé en 2018 ? J’ai pris mes res­ ponsabilités, sans aucun état d’âme. Et pourtant, je reconnais que ma position

a dérouté dans mon pro­

pre camp. Si tous n’ont pas compris, ils ont res­ pecté ma prise de posi­

tion.

Arnaud Montebourg, le président socialiste de la Saône-et-Loire voisine, est pourtant farouchement op-

posé à la concession et pro- pose d’autres solutions… Plusieurs contre­projets existent. La Saône­et­Loire propose de reverser sa

p a r t d é p a r t em e n t al e

d’écotaxe pour une route

n a t i o n a l e e x p r e s s à

110 km/h. Moi, je m’y re­

fuse catégoriquement. Hors de question de payer les nationales avec l’ar­ gent qui doit rentrer dans les caisses du Départe­

ment. D’autant que nous attendons avec impatien­ ce cette écotaxe pour fi­ nancer le contournement

L

a

l’

DÉCIDÉ. « Mon engagement en faveur de la concession au privé a dérouté jusque dans
DÉCIDÉ. « Mon engagement en faveur de la concession au privé a dérouté jusque dans mon propre camp, il a fallu que j’explique
[…] J’ai pris mes responsabilités, sans aucun état d’âme ». PHOTO : PHILIPPE BIGARD

sud­oues t de Vichy. Si

l’État n’a pas les moyens

et au cas où la concession

ne pourrait pas se faire, il

existe également la possi­ bilité d’un partenariat pu­ blic­privé.

« Au pied du mur »

Mais sans la prise de posi­ tion de l’Allier en faveur de la concession, jamais il n’y aurait eu de débat pu­ blic. Nous avons permis de donner un véritable coup de projecteur sur cet axe classé parmi les quatre plus meurtriers de France, dont la RN7 qui se trouve aussi dans le Bourbonnais. Quelle que soit la décision

de la ministre le 29 juin, il

y au r a un a v an t e t un

après. Après ce débat pu­ blic qui a mobilisé, l’État

ne peut pas revenir au point de départ. Si la pro­ position de concession de Dominique Bussereau, le ministre des Transports de l’époque, ne tient plus, l’État devra proposer une au t re solu tion. On n e comprendrait pas qu’il ne

le fasse pas quand dans le

même temps, ce même État est prêt à injecter un milliard pour une auto­ route couverte de 1,5 km entre la Porte Maillot et la Défense à Paris, pour les habitants de Neuilly. Le milliard dont on a besoin pour la RCEA… Les pou­ voirs publics sont mainte­ nant au pied du mur.

Pourquoi l’Allier en est-el- le encore à réclamer des fi- nancements alors qu’en Creuse, la RCEA est désor- mais une quatre voies entiè- rement sécurisée et gratui- te ? Les élus de l’Allier sont-ils moins performants ?

Je n’hésite pas à le dire :

les différentes majorités qui se sont succédées à la présidence du Conseil gé­ néral de l’Allier n’ont pas fait avancer ce dossier.

L’Allier qui appartient à l’Auvergne, a aussi pâti des choix de l’ancien pré­ sident de Région Valéry Giscard d’Estaing qui avait fait de l’A75 et de l’A71, ses seules priorités.

Quels sont maintenant les enjeux ? Dans sa configu­ ration actuelle, cette route est un sérieux handicap pour le développement économique et démogra­ phique. Ce que nous de­ mandons, c’est juste d’être au même niveau, d’avoir les mêmes chances, que les autres départements,

ni plus ni moins.

Nous devons nous pré­ parer à l’arrivée de cette autoroute et à la perspec­ tive de la Ligne à grande vitesse. Nous attirerons alors des activités écono­ miques qui créeront des emplois et donc des fa­ milles dans l’Allier qui fait

partie des sept départe­ ments français à continuer à perdre des habitants.

JEUDI 21 AVRIL 2011 23

SupplémentLa route de laRCEAhonte

RCEA

INVENTAIRE Une étude dans l’Allier pour évaluer leur impact sur les professionnels, les victimes et les familles

Comment annoncer un tel décès ?

La criminologue Annerachèl Van der Horst dirige une étude sur la gestion des grands accidents de la route. Cet inventaire de la réalité du terrain est actuel- lement réalisé dans l’Allier.

Elsa Charnay

elsa.charnay@centrefrance.com

L’ Institut de prépara­ tion à l’administra­ ti o n g é n é r a l e d e

l’université d’Auvergne (*) a choisi l’Allier comme terrain d’études : sur la RCEA, axe très fréquenté, les acciden ts on t pour grande cons tan te leur mortalité. Et le réseau rou­ tier du département est particulièrement dense (présence d’une autorou­ te, nombreuses départe­ mentales). Sous la direction de la criminologue Annerachèl Van der Horst, un état des lieux es t ac tuellemen t dressé, pour permettre aux intervenants profes­ sionnels sur les grands ac­ cidents d’évaluer la néces­ sité de revoir ou d’adapter les protocoles.

Quel est l’intérêt majeur de cette étude ? Les grands accidents sur la voie pu­ blique ont un impact im­

CRIMINOLOGUE. Annerachèl Van Der Horst dirige cette étude de terrain, dont les observations-in- terprétations seront
CRIMINOLOGUE. Annerachèl Van Der Horst dirige cette étude de terrain, dont les observations-in-
terprétations seront restituées en mars 2012. Autour d’elle, un comité de pilotage, notamment
composé du préfet de l’Allier, du président du Conseil général, du patron des pompiers et de celui
de l’escadron de sécurité routière, d’un médecin légiste du Samu, etc. PHOTO : PHILIPPE BIGARD

portant dans notre socié­

t é ,

professionnels que pour les victimes et leur famille. Leur prise en charge im­ plique une mobilisation de s truc tures diverses comme les pompiers, les équipes médicales des services d’urgence et de

p o u r l e s

t a n t

réanimation, les gendar­ mes… Quel est le cadre lé­ gal de chacun des interve­ n an t s ? Comm en t c e s interventions sont­elles structurées ? Comment s’organise la prise en char­ ge des victimes et de leur famille, ainsi que celle des professionnels ? Cette étu­

d e d esc rip ti ve veu t, à l’aide d’analyses de cas, offrir un aperçu de la réa­ lité.

L’organisation du secours à personne et l’aide médica- le d’urgence sont pourtant déjà soumises à un protoco- le… Un référentiel com­ m u n d a t e e n e f f e t d u

2 5 juin 2 0 0 8. Mais l es grands acciden ts de la

route impliquent aussi l’intervention des forces de l’ordre pour la sécuri­ sation des lieux, les cons­ tatations et l’éventuelle

p roc édu re judici ai re.

L’étude que nous propo­ sons s’attache à éclaircir les relations entre chacun, dans leur complexité et leur singularité. Le carac­ tère létal de la plupart des grands acciden ts de la route fait émerger un nou­ veau type de victimes : les proches du défunt.

La prise en charge de la détresse des familles est-elle adaptée ? Face à une telle violence, elle pourrai t peut­être être inhibée par une procédure plus adap­ tée, recevant l’adhésion de tous. Les recherches en psychologie invi ten t à penser la violence du dé­ cès comme facteur de dé­ clenchement d’un deuil compliqué, voire patholo­ gique. La question du sens est au centre. Quand il y a perte de sens, inhérente au contexte de l’accident,

il y a trauma. Les familles

auraient voulu voir la scè­ ne pour poser des images, comprendre, accompa­ gner… Faut­il leur autori­

ser l’accès sur les lieux de l’accident ? Si oui, avec quel encadrement ? Com­ ment annonce­t­on un tel décès ? Peut­on dire à une mère qu’elle ne peut pas voir le corps de son fils

parce qu’il est trop abîmé, ce qui suscite fantasmes et ruminations négatives ? Qui sont les profession­ nels les plus à même de prendre en charge ces fa­ milles ?

Et les professionnels, com- ment vivent-ils la violence de ces événements ? Après la semaine noire sur la RCEA en août 2010, cer­ tains n’étaient pas bien du tout. La gendarmerie a dû activer sa cellule de sou­ tien psychologique. Sur certains grands accidents, des pompiers volontaires intervenaient pour la pre­ mière fois. Ces interven­ tions si complexes et si singulières ont, pour eux aussi, un impact impor­ tant…

(*) L’IPAG a ouvert à Clermont­ Ferrand, en 2004, le seul master français de sécurité publique, qui prépare notamment aux diffé­ rents métiers (police, gendarme­

rie, armées, etc.) en balayant les problématiques nationales et in­ ternationales dans ce domaine. Annerachèl Van der Horst est l’une des inter venantes de ce master.

CHOC DES IMAGES. Chaque été, les mêmes drames sur la RCEA, les mêmes Une qui
CHOC DES IMAGES. Chaque été, les mêmes drames sur la RCEA, les mêmes Une qui racontent ces familles décimées sur la route des vacances. Insoutenable. PHOTO-MONTAGE : JEAN-MARC SCHAER

24 JEUDI 21 AVRIL 2011

JEUDI 21 AVRIL 2011 25

L’hécatombe sur la Route Centre Europe Atlantique depuis janvier 2010 10 janvier 2010 Toulon-sur-Allier Un
L’hécatombe sur la Route Centre Europe Atlantique depuis janvier 2010
10 janvier 2010
Toulon-sur-Allier
Un automobiliste s’encastre contre un poids
lourd. Les trois occupants de la voiture
(19, 23 et 26 ans) sont tués.
11 janvier 2011
Toulon-sur-Allier
17 avril 2010
Montbeugny
Le directeur de la clinique de Moulins, âgé
de 67 ans, trouve la mort dans une collision
frontale avec un poids lourd.
AutunAutun
Le monospace d’une famille fait un écart
8 juillet 2010
Génelard
et s’écrase contre un poids lourd.
L’automobiliste, 28 ans, son ami, 33 ans
et sa fillette de 3 ans sont tués.
Sa femme, 33 ans, et leurs trois autres
enfants de 9 mois, 5 ans et 9 ans, sont
blessés.
Une automobiliste de 60 ans perd le
contrôle et va percuter un camion.
Son père de 89 ans et elle sont tués
sur le coup.
14 janvier 2011
Blanzy
LLeee CreCCrer usouusots t
26 août 2010
Besson
Deux camions entrent en collision
frontale. Un des deux chauf-
feurs, âgé de 27 ans, est tué.
Un poids lourd en accroche un autre qui
quitte sa trajectoire. Une voiture arrivait
en face. Le père, 37 ans, sa fille de
9 ans et son fils de 13 ans sont tués.
La maman est grièvement blessée.
25 avril 2010
St-Vincent-Bragny
Une voiture et une camionnette entrent en
collision frontale. Le conducteur de la voiture,
79 ans, est tué ; la conductrice de la camion-
nette, 50 ans, grièvement blessée.
MMMooonn tceau-ttceau-ceau-
lesles-Mine-Miness
MoulinMMoulinsoulinsli
16 mai 2010
Ciry-le-Noble
18 octobre 2010
Saint-Victor
La remorque d’un car se détache et va percu-
Une collision frontale entre une fourgon-
nette et un poids lourd fait un mort, le
DDiiigggoinn
passager de la fourgonnette, au niveau
du contournement de Montluçon.
ter un mini-bus transportant de jeunes
footballeurs. Un accompagnateur de 46 ans
est tué, trois joueurs grièvement blessés,
treize plus légèrement.
Paray-Paray-
Allier
le-Monial
MâconMâcon
MontluçonMontluçon
14 avril 2010
Molinet
28 juin 2010
Deux-Chaises
1 er juillet 2010
Neuilly-le-Réal
20 avril 2010
Vérosvres
Le corps d’un motard de 28 ans
est retrouvé de l’autre côté de la
glissière, déformée par le choc.
Une camionnette heurte un poids lourd et
va percuter une voiture. L’automobiliste,
78 ans, est mort. Sa passagère et le
conducteur de la fourgonnette sont
L’automobiliste se déporte sur la gauche et va
s’encastrer contre un poids lourd. Le conduc-
teur de la voiture, 50 ans, est mort.
Sa femme, 43 ans, sa fille, 7 ans, et les deux
passagers du poids lourd sont blessés.
Un couple d’octogénaires doit emprunter la
RCEA pour rentrer chez lui. A une intersection,
leur voiture est traînée sur une quinzaine de
blessés.
Vichyichcc y
mètres par une bétaillère. Le conducteur, 80
ans, et sa femme, 83 ans, sont tués sur le
coup.
10 janvier 2011
Molinet
25 août 2010
Tronget
Un conducteur de 36 ans décède dans une
collision avec un poids lourd chargé de
bovins, qui arrive en face.
18 mars 2010
Davayé
Le père de famille fait un écart, un poids
lourd venait en face. L’automobiliste, 36
ans et son bébé de 21 mois sont morts.
La maman, 32 ans, et leur autre enfant
Deux poids lourds face à face.
Les chauffeurs de 38 et 48 ans
sont tués sur le coup.
de 6 ans sont blessés.
Infographie : L. Chazal

26 JEUDI 21 AVRIL 2011

RCEA

La route de la honte

Supplément RCEA

PRÉFET Pour Pierre Monzani, le recours au privé offre des garanties de livraison en 2018 pour la quatre voies

« Un turbo dans le moteur de la RCEA »

Le préfet de l’Allier, Pierre Monzani, roule pour la con- cession autoroutière et ne prend pas les chemins de traverse. La RCEA à quatre voies, c’est une réalité en 2018 avec le recours au privé : « La concession, c’est un turbo dans le moteur de la RCEA ».

INTERVIEW

Pierre Raynaud

La RCEA figure tristement

dans le palmarès des quatre itinéraires les plus dange- reux de France. En atten- dant un éventuel double- ment des voies, comment l’État tentera-t-il de limiter les accidents meurtriers ?

Les Bourbonnais ne sont jamais, ou presque, impli­ qués dans les accidents g ra v e s su r l a RCEA. Il s’agit d’automobilistes, étrangers à notre départe­ ment, qui effectuent de longs trajets. Les fautes de conduite s’expliquent par l’endormissement et par un manque de vigilance, certainement provoqué par la fatigue. L’accidento­ logie de la RCEA est donc atypique. Les recettes classiques (contrôles vitesse et alcoo­ lémie) pour lutter contre

les accidents ont été inef­ ficaces. J’ai fait intervenir une cellule parisienne de

la gendarmerie pour me­

ner un audit sur la sécuri­

té routière dans l’Allier. Ils

ont privilégié “le réveil des

conducteurs”.

« Les recettes classiques pour lutter contre les accidents ont été inefficaces »

Comment se matérialise

concrètement la méthode “réveil des conducteurs” ? Davantage de gendarmes pour contrôler la vitesse ou l’alcoolémie, c’est un cautère sur une jambe de bois. Il fallait donc agir sur l’infrastructure : des ban­ des rugueuses et des bar­ rettes sonores sur le bitu­

m e p o u r r é v eill e r l e s

conducteurs, 15 km de zo­ nes de dépassement rem­ placés par une ligne blan­ che continue, des balises en plastique au milieu de la chaussée et des pan­ neaux qui alertent sur la dangerosité de l’axe. On a fait dans l’efficacité avec cette batterie de me­ sures et deux nouveaux radars. Les accidents mor­ tels ont diminué sur la

PIERRE MONZANI. « Davantage de gendarmes pour contrôler la vitesse ou l’alcoolémie, c’est un cautère
PIERRE MONZANI. « Davantage de gendarmes pour contrôler la vitesse ou l’alcoolémie, c’est un cautère sur une jambe de bois pour
la RCEA. Il fallait agir sur l’infrastructure pour limiter les accidents mortels ». PHOTO : PHILIPPE BIGARD

RCEA, mais je ne crie pas victoire, car des familles entières ont été décimées. Je ne peux pas baisser les bras face à de tels drames. On a tapé juste avec les moyens qui étaient les nô­ tres. J’ai obtenu un plan d’urgence de 400.000 € pour financer ces équipe­ ments de sécurité.

« Un délai assuré »

En septembre, vous décla- riez dans nos colonnes :

« Pour tenir l’échéancier 2018, le débat public ne doit pas se heurter à une posi- tion politique de la Saône- et-Loire. Raté ! La livraison de la deux fois deux voies pourrait-elle être différée ? Le pack Allier est resté so­ lide, a toujours poussé dans le sens de la conces­ sion autoroutière, malgré quelques tensions, ce qui est normal avec une équi­ pe politique plurielle. Les avis sont plus partagés en Saône­et­Loire. Mais la majorité est du bon côté, au final. La RCEA en deux fois deux voies sera livrée dans les temps avec la conces­ sion. C’est un turbo dans le moteur de la RCEA ! Un financement classique, à travers les programmes de modernisation des itiné­ raires routiers (PDMI), aurait certainement été contrarié par les aléas qui pèsent sur le budget de l’État. En faisant intervenir le privé, on s’assure des garanties dans le délai de livraison.

« Je ne crie pas victoire, car des familles entières ont été décimées sur cet axe »

L’État ne versera plus un centime dans le doublement de cet axe. Peut-on espérer, que dans les prochains PDMI, davantage de crédits seront affectés à la RN 7 ? La contribution de l’État s e ra tou t d e m êm e d e 350 millions dans la con­ cession. J’ai toujours été un combattant pour l’Al­ lier. Je me battrai donc pour la RN 7. Cet axe est aussi prioritaire que la RCEA. Je m’ e f fo rc e rai d’obtenir plus de crédits dans les PDM I pour le doublement complet de cette route nationale et pour la réalisation indis­ pensable des contourne­ ments de Varennes, Ville­ neuve et Bessay.

JEUDI 21 AVRIL 2011 27

La route de la honte

Supplément RCEA

RCEA

EN 1993 Pierre­André Périssol, alors député­maire, a fait le forcing auprès du ministre des Transports

« Attentionàne pas être des Gaulois ! »

Se priver de la concession, c’est s’amputer d’une RCEA à quatre voies à un horizon proche, estime le maire de Moulins, Pierre-André Péris- sol. Il met en garde : « At- tention à ne pas être les seuls Gaulois en refusant cette alternative ! »

INTERVIEW

Pierre Raynaud

Après des décennies de

crédits insuffisants déblo- qués pour la RCEA, l’État n’a-t-il pas opté pour la voie de la facilité avec la mise en concession du tronçon Mont- marault/Saône-et-Loire ? Cette section n’échappe pas à la règle. La conces­ sion au privé est la voie choisie partout en France pour des projets routiers similaires. Attention à ne pas être les seuls Gaulois en refusant cette alternati­ ve ! Dans ce cas, il faudra attendre notre tour. Et il n’interviendra que dans une trentaine d’années, au mieux. Pourtant, on re­ v i e n t d e l o i n a v e c l a RCEA…

Elle avait été menacée

sous le gouvernement Balla-

dur. Un député de l’Allier avait sauvé la tête de cet axe… 1993, C’est une éta­

PIERRE-ANDRÉ PÉRISSOL. « Le gouvernement Balladur s’interrogeait en 1993 sur le maintien ou pas de
PIERRE-ANDRÉ PÉRISSOL. « Le gouvernement Balladur s’interrogeait en 1993 sur le maintien ou pas de son projet d’aménager la
RCEA en deux fois deux voies ». PHOTO : JEAN-MARC SCHAER

p e c h a r ni è r e p o u r l a

RCEA. Le gouvernement s’interrogeait sur le main­ tien ou pas de son projet d’aménagement en deux

fois deux voies. Je suis in­ tervenu auprès de Bernard Bosson, alors ministre de l’Équipement, pour obte­ nir un tronçon à quatre voies entre Dompierre et Digoin. Cette réalisation a tout changé. Plus person­ ne ne s’est posé de ques­ tion ensuite sur la nécessi­

t é o u n o n d e c e t t e

transversale. Elle est pri­ mordiale pour l’Allier. On intéresse aujourd’hui à crédit les entrepreneurs pour Logiparc 03, à Mont­ beugny. Avec une RCEA à quatre voies aux pieds de la zone logistique, on atti­ rera les entreprises.

Si la concession est confir-

mée en juin pour la RCEA, il faudra s’atteler à sa jumel- le, la RN 7… En cas de feu vert pour la mise en con­ cession, la RN 7 deviendra la priorité. Notamment le tronçon entre Moulins et la Nièvre. Car le trafic aug­ mentera avec une RCEA à quatre voies, et les auto­ mobilistes seront nom­ breux à sortir à l’échan­ geur de Toulon, pour se diriger vers Paris. Il faut se mobiliser tout de suite !

EN 1995 Gérard Dériot, alors président du Département, avait fait adopter une motion pour la concession

« La RCEA pourrait déjà être en 4 voies »

La concession autoroutière n’est pas une idée nouvelle pour le sénateur de droite, Gérard Dériot. Il l’avait ré- clamée en 1995. Cette hypo- thèse a été écartée. Avec regrets, car « la RCEA à qua- tre voies serait terminée aujourd’hui ».

INTERVIEW

Pierre Raynaud

Le consensus politique

prédomine dans l’Allier pour la mise en concession auto-

routière de la RCEA. Une mobilisation des élus n’était- elle pas envisageable plus tôt ? Alors président du Conseil général, j’ai fait adopter en 1995, déjà à l’unanimité, une motion pour demander la mise en concession autoroutière. Avec deux conditions : le maintien des échangeurs

et la gratuité pour le cabo­

tage. Mes homologues de la Creuse et de la Saône­ et­Loire en avaient fait de même.

Tous les élus avaient déjà compris les intérêts d’une

RCEA à quatre voies. Il n’y

a pas d’idéologie politi­

que. On privatise ou pas, ce n’est pas la question. On désenclave l’Allier, on

GÉRARD DÉRIOT. Le sénateur de droite s’oppose à l’idéologie politique sur le dossier de la
GÉRARD DÉRIOT. Le sénateur de droite s’oppose à l’idéologie politique sur le dossier de la RCEA : « On privatise ou pas, ce n’est pas
la question. On désenclave l’Allier, on limite l’hécatombe routière, on dynamise l’économie, voilà les enjeux ». PHOTO : PHILIPPE BIGARD

limite l’hécatombe routiè­ re, on dynamise l’écono­ mie, voilà les enjeux.

Des enjeux qui sont tou-

jours d’actualité. À vous écouter, la RCEA devrait déjà être à quatre voies… C’est une certitude. Mais la Direction nationale des routes a refusé de donner suite à nos motions. On a perdu au minimum sei­ ze ans. La RCEA serait ter­ minée aujourd’hui. Ce

dossier a été relancé par le président de la Républi­ que lors de son déplace­ ment à Saint­Pourçain, en 2008. Trois mois après, une délégation plurielle de l’Allier se rendait à l’Ély­

sée…

Lors du débat public, des

intervenants ont dénoncé le cadeau royal fait par l’État au futur concessionnaire, car des aménagements ont déjà été réalisés et payés… La

concession n’est pas une nouveauté. Le tronçon

Montmarault­Bizeneuille

est déjà concédé. Sans ces liaisons déjà aménagées,

la part de l’État dans le

p r oj e t d e c o n c e s si o n (275 millions) ne serait

pas la même. La facture serait beaucoup plus lour­ de.

28 JEUDI 21 AVRIL 2011

RCEA

SupplémentLa route de laRCEAhonte

MONTBEUGNY Le maire bataille pour que l’échangeur qui permet au trafic de passer dans le bourg soit fermé

« Je ne veux plus des poids lourds »

CIRCULATION. À vol d’oiseau, le lotissement des Bruyères, à Montbeugny, n’est qu’à quelques mètres du
CIRCULATION. À vol d’oiseau, le lotissement des Bruyères, à Montbeugny, n’est qu’à quelques mètres du trafic de la RCEA. PHOTO : PHILIPPE BIGARD

À Montbeugny, ce n’est pas la bataille contre le bruit lié au trafic de la RCEA que mène le maire mais celle, dans le cadre du projet de mise en concession, de la fermeture de l’échangeur pour empêcher les poids lourds de passer par le bourg.

Leïla Aberkane

leila.aberkane@centrefrance.com

L e maire fait parfois le gendarme. Un arrêt municipal interdit aux

poids lourds de traverser le bourg de Montbeugny. Guy Charmetant est obligé de le leur rappeler.

Les chauffeurs ne sont pas censés quitter la RCEA pour aller vers Moulins en coupant par Montbeugny. « Ils ont toujours une bon­ ne raison de passer par le bourg… », sourit le maire Guy Charmetant. Mais la bataille que mène le maire de Montbeugny ne se si­

  « Je ne connais pas de personnes qui auraient déménagé de Montbeugny à cause
 

« Je ne connais pas de personnes qui auraient déménagé de Montbeugny à cause du bruit de la RCEA »

GUY CHARMETANT. Maire de Montbeugny

GUY CHARMETANT. Maire de Montbeugny

GUY CHARMETANT. Maire de Montbeugny
   

tue pas sur le terrain du bruit : « Les vingt­trois lots du lotissement des Bruyè­ res (le plus proche de la RCEA), se sont vendus en vingt­six mois… Et je ne connais pas de personnes qui auraient déménagé de Montbeugny à cause du bruit de la RCEA. Lorsque des personnes me contac­ tent pour avoir un terrain et me demandent s’il y a du bruit, je leur dis “venez voir, venez écouter si vous t r o u v e z q u ’ i l y a d u bruit” ». À Montbeugny, le problè­ me, c’est surtout l’échan­ geur à la sortie du village, qui permet aux automobi­ listes et aux routiers de quitter la RCEA et de se

rendre à Yzeure et Mou­ lins en coupan t par le bourg de la commune. Un échangeur dont le maire réclame la suppression :

« Il avait juste été créé pour des travaux. J’ai de­ mandé lors du débat pu­ blic sur la RCEA, qu’il soit fermé ».

Pour un échangeur

En échange, le maire de­ mande la création d’un échangeur un peu plus loin sur la RCEA, « au ni­ veau du pont sur la route Moulins/Chapeau ». Il permettra d’accéder à une route d’environ 1,7 ki­ lomètre (qu’il faudra cons­ truire) qui rejoindra la fu­ t u r e p l a t e ­ f o r m e logistique, Logiparc 03 (*) :

« Nous avons modifié la car te communale pour aménager ce Logiparc. Il ne reste plus qu’à la pré­ senter au Conseil munici­ pal et à la voter. Aupara­ vant, je veux simplement des certitudes sur la sup­ pression de notre échan­ geur actuel et la création

de ce nouveau tronçon de route. Je ne freinerai pas le projet mais on ne doit pas avoir les inconvénients que représente la circula­ tion des poids lourds sur la commune ».

(*) Le Logiparc s’étendra sur 184 hectares sur Montbeugny, Toulon­sur­Allier et Yzeure.

184 hectares sur Montbeugny, Toulon­sur­Allier et Yzeure. “ Il y a deux ans, au mois de

Il y a deux ans, au mois de mars, mon beau­frère a laissé sa vie sur la même route, le même village… ,,

De l’internaute, Pseudo ali-85

JEUDI 21 AVRIL 2011 29

SupplémentLa route de laRCEAhonte

RCEA

è À VOTRE AVIS

Quels sont les avantages et inconvénients d’habiter près de la RCEA ?

 
et inconvénients d’habiter près de la RCEA ?   LIONEL THÉVENET ÉLIANE HALUSZEZAK MICHEL ROUX
et inconvénients d’habiter près de la RCEA ?   LIONEL THÉVENET ÉLIANE HALUSZEZAK MICHEL ROUX
et inconvénients d’habiter près de la RCEA ?   LIONEL THÉVENET ÉLIANE HALUSZEZAK MICHEL ROUX
et inconvénients d’habiter près de la RCEA ?   LIONEL THÉVENET ÉLIANE HALUSZEZAK MICHEL ROUX
et inconvénients d’habiter près de la RCEA ?   LIONEL THÉVENET ÉLIANE HALUSZEZAK MICHEL ROUX

LIONEL THÉVENET

ÉLIANE HALUSZEZAK

MICHEL ROUX

JEAN-PIERRE THUAULT

CHRISTIANE COURTOIS

47 ans, lotissement les Bruyères

50 ans, route de Lusigny

57 ans, rue de l’Agriculture

63 ans, route de l’Agriculture

51 ans

Il y a malheureusement plus d’inconvénients que d’avantages. Quand il y a des pics de circulation l’été, j’aimerais bien pouvoir dormir les fenêtres ouvertes. Mais le bruit nous réveille. C’est surtout le trafic des camions qui fait du bruit. Comme il y en a beaucoup…

Là où j’habite, la RCEA ne me dérange pas. En revanche, ma mère habite route de Thiel dans une maison ancienne qui n’a pas de double vitrage et là, il y a beaucoup de bruit. La RCEA, je ne la prends pas parce qu’elle est trop dangereuse. Il y a trop de camions.

J’habite dans le bourg et beaucoup de camions sortent de la RCEA et passent par là pour aller à l’aérodrome. Ça fait du bruit et de la poussière. En plus que ce soient les camions ou les voitures, ils vont vite. Sinon, la RCEA elle ne me dérange pas. Je ne la prends jamais.

Depuis ma maison, j’entends comme un ronflement selon l’orientation du vent. Cela fait une résonance. Nous vivions beaucoup dehors mais depuis quelques années, on est mieux à l’intérieur. Cette route reste un atout. Je l’utilise beaucoup pour aller à Châtel.

Je suis présidente du comité des fêtes et la RCEA n’a rien apporté de direct aux associations si ce n’est faciliter l’accès à Montbeugny. L’accès direct au bourg a des avantages pour le commerce, l’élevage. Et des inconvénients : le trafic soulève la poussière.

Une butte comme rempart au bruit du trafic de la RCEA

Une butte comme rempart au bruit du trafic de la RCEA AMÉNAGEMENT. À quelques mètres des

AMÉNAGEMENT. À quelques mètres des terrains de football, la mairie a aménagé une butte en terre d’une centaine de mètres de long et de six à sept mètres de hauteur, le long de la RCEA : « Nous l’avons construite en 2006 contre le bruit du trafic, notamment le passage des poids lourds », explique le maire Guy Charmetant. Nous aimerions la prolonger encore un peu mais nous ne sommes pas, pour l’instant, propriétaires des terrains ». Si des haies d’arbres n’empêchent pas le bruit de se propager, une épaisseur de terre est un bon rempart contre le bruit.

une épaisseur de terre est un bon rempart contre le bruit. è À VOTRE AVIS Quels

è À VOTRE AVIS

Quels sont les avantages et inconvénients d’habiter près de la RCEA ?

avantages et inconvénients d’habiter près de la RCEA ? VALÉRIE DEVAUX PAULA BARBOSA STÉPHANE ROOSE 41
avantages et inconvénients d’habiter près de la RCEA ? VALÉRIE DEVAUX PAULA BARBOSA STÉPHANE ROOSE 41
avantages et inconvénients d’habiter près de la RCEA ? VALÉRIE DEVAUX PAULA BARBOSA STÉPHANE ROOSE 41

VALÉRIE DEVAUX

PAULA BARBOSA

STÉPHANE ROOSE

41 ans

30 ans, rue des Bruyères

33 ans, rue des Bruyères

Nous avons un hôtel-restaurant et chaque jour, nous recevons de nombreux clients. L’échangeur est primordial pour notre activité et pour les touristes qui peuvent faire une halte. S’il est supprimé, cela sera très préjudiciable à notre hôtel-restaurant et pour le commerce en général.

Côté bruit, je ne suis pas du tout embêté. La RCEA passe au loin mais la maison est bien isolée ! Cette route, je ne l’emprunte pas souvent vu le nombre d’accidents qu’il y a. Mais si elle est aménagée en 2 x 2 voies, peut-être que je la prendrai même pour venir à Moulins.

Les avantages, j’avoue que je ne les vois pas bien… J’entends le bruit du trafic quand le vent vient de notre côté. Mais cela ne nous empêche pas de laisser les fenêtres de notre maison ouvertes. En fait, je pense qu’on ne fait plus vraiment attention au bruit qu’il y a.

ne fait plus vraiment attention au bruit qu’il y a. “ Personne ne s’inquiète de l’état

Personne ne s’inquiète de l’état psychologique du chauffeur, traumatisé à vie !!!! ,,

Internaute, Fouidibette

30 JEUDI 21 AVRIL 2011

RCEA

SupplémentLa route de laRCEAhonte

COMMERCES Le trafic, notamment de poids lourds, est une aubaine pour les commerces au bord de la RCEA

Flux de camions et afflux de clients

DÉJEUNER ET DÎNER. Le restaurant d’Oscar Laporta à Vitry-en-Charollais vit principalement du trafic des poids
DÉJEUNER ET DÎNER. Le restaurant d’Oscar Laporta à Vitry-en-Charollais vit principalement du trafic des poids lourds. Les routiers représentent 90 % de sa clientèle. PHOTO : PHILIPPE BIGARD

Du monde sur la route, ce sont des clients dans les commer- ces qui bordent la RCEA. Le routier d’Oscar Laporta, à Vitry-en-Charollais, sert parfois jusqu’à trois cents couverts par jour. Et la chambre d’hôtes de Florence Codemo-Jouan, à Paray, n’a guère de mal à accueillir des voyageurs.

Leïla Aberkane

leila.aberkane@centrefrance.com

S ans les routiers, son restaurant serait vide comme la remorque

d’un camion qui vient de décharger. Sur les coups de midi et à l’heure du dî­ ner, son restaurant est plein. « Au déjeuner, je peux monter à 70/80 cou­ verts. Le soir, j’en fais en­

tre 150 et 200 ». Le flux de

c ami on s e t, d an s un e moindre mesure, d’auto­ mobilistes qui empruntent

la RCEA, alimente le res­ taurant routier d’Oscar La­ porta, à Vitry­en­Charol­

d e

Paray­le­Monial. « Sans cette route, c’est certain, je ne vivrais pas ! C’est grâce aux gens de passage et aux routiers

l

a

i

s

,

à

c ô t é

  « Beaucoup de gens s’arrêtent pour passer une nuit »
 

« Beaucoup de gens s’arrêtent pour passer une nuit »

FLORENCE CODEMO-JOUAN. Elle a ouvert une chambre d’hôtes au bord de la RCEA

FLORENCE CODEMO-JOUAN. Elle a ouvert une chambre d’hôtes au bord de la RCEA

FLORENCE CODEMO-JOUAN. Elle a ouvert une chambre d’hôtes au bord de la RCEA
     

que je travaille ». D’autant que les routiers ne s’arrê­ tent pas uniquement pour manger. « Nous avons un parking qui est surveillé par des caméras et un gar­

dien. Nous avons égale­ m e n t d e s d o u c h e s » . Autant de raisons pour les routiers de faire une halte chez Oscar et y passer la nuit.

70 % des clients

D’ailleurs, les chauffeurs représentent 70 % de la clientèle du restaurant.

« Nous avons aussi des re­

présentants commerciaux,

d e s mi ni ­ b u s d e t r a ­

vailleurs saisonniers qui font le Portugal/La Suisse. On est très bien placé jus­ t e à c ô t é d’un éch an ­ geur ». Le restaurant em­

ploie quinze personnes. Ses clients ne sont pas des routiers. Florence Co­ demo­Jouan, originaire de la région parisienne, s’est installée à Paray­le­Mo­ nial, il y a trois ans e t demi. Dans sa maison si­ tuée sur une départemen­ tale parallèle à la RCEA, elle a aménagé une pièce pour en faire une chambre d’hôtes de quatre places :

« Pour l’instant, cela me permet d’avoir un revenu complémentaire ». Une chamb re qui n’a

guère de mal à trouver des hôtes : « C’est sûr, le fait

d’être à côté de la RCEA a des avantages. Beaucoup de gens qui traversent la France pour partir en va­ cances s’arrê ten t chez moi. Souvent juste pour

passer la nuit. Pour eux c’est pratique de ne pas avoir à rentrer dans Paray. Du coup, du mois d’avril au mois de juin, il y a ré­ gulièrement du monde ». L’été, ce sont les touris­ tes qui prennent le relais. Paray­le­Monial attire des pèlerins de toute la France

p o u r l e c u l t e d u S a ­ cré­Cœur (*). Une aubaine aussi pour la chambre d’hôtes de Florence Code­ mo­Jouan.

(*) Au XVII e siècle, le Christ se­ rait apparu à sainte Marguerite­ Marie, née à Vérosvre (à côté de Paray) et religieuse au monastère de la Visitation.

de Paray) et religieuse au monastère de la Visitation. “ Nous ne vous oublierons pas. Vos

Nous ne vous oublierons pas. Vos amis prendront soin de la petite Tiffany. Reposez en paix ,,

De l’internaute, pseudo Dede03

JEUDI 21 AVRIL 2011 31

SupplémentLa route de laRCEAhonte

RCEA

è

À VOTRE AVIS

Quels sont les avantages et les inconvénients de vivre à côté de la RCEA ?

 
les inconvénients de vivre à côté de la RCEA ?   RENÉ DESSERT ANA DUPONT PAUL
les inconvénients de vivre à côté de la RCEA ?   RENÉ DESSERT ANA DUPONT PAUL
les inconvénients de vivre à côté de la RCEA ?   RENÉ DESSERT ANA DUPONT PAUL
les inconvénients de vivre à côté de la RCEA ?   RENÉ DESSERT ANA DUPONT PAUL
les inconvénients de vivre à côté de la RCEA ?   RENÉ DESSERT ANA DUPONT PAUL

RENÉ DESSERT

ANA DUPONT

PAUL COGNARD

ROBERT

EDMOND WALCZAK

74

ans

41

ans

69

ans

74

ans

67

ans

C’est bien d’avoir cette route. Je vais voir mon fils dans l’Ain, je suis rapidement sur l’autoroute avec la RCEA juste à côté. Paray est aussi bien desservi. Quant au bruit, personnellement j’entends plus le passage du train que les voitures et les camions de la RCEA.

Je travaille à Digoin, je vais souvent

Il y a une circulation intense et il y a

À vol d’oiseau, j’habite à 800 mètres de la RCEA et parfois selon le sens du vent, j’entends le trafic mais ça ne me dérange pas. J’étais mécano pendant quarante ans. La seule chose qui m’embête, c’est si un jour les gens du coin doivent payer pour y rouler.

Pour les gens d’ici qui doivent l’emprunter, la RCEA est une bonne chose. Avant que la déviation soit créée, il y avait du bruit jour et nuit pour les riverains. C’était le défilé incessant entre Moulins et Charolles. Cela créait aussi de la pollution. La déviation a fait beaucoup de bien.

à

Charolles, et pour moi c’est très

eu beaucoup de morts sur cet axe. De Mâcon à Paray, c’est impossible de doubler. C’est une route dangereuse. Mais je pense que pour

pratique d’habiter juste à côté de la RCEA.

La proximité de cette route

a

été un critère pour nous installer

le développement de l’industrie et de l’économie, ça ne peut être qu’un

ici. Elle ne perturbe pas plus que ça

la

vie de notre famille.

bien.

Paray­le­Monial est à un carrefour de la RCEA

Paray­le­Monial est à un carrefour de la RCEA TRONÇON. Dans la Saône­et­Loire, la RCEA forme une

TRONÇON. Dans la Saône­et­Loire, la RCEA forme une patte­d’oie. Au niveau de Paray­le­Monial (près de 10.000 habitants), la route se divise en deux. Une voie va vers Mâcon, l’autre branche conduit les automobilistes vers Montceau­les­Mines. Mais jusqu’en 1995, la route coupait le bourg : « Nous avons pris la décision de réaliser une déviation au nord de la ville de Volesvre à Vitry, détaille le maire Jean­Marc Nesme. Le long de cette déviation, nous avons aménagé un parc économique de 110 hectares, sur lequel 70 à 80 entreprises se sont installées ».

è

À VOTRE AVIS

Quels sont les avantages et les inconvénients de vivre à côté de la RCEA ?

 
les inconvénients de vivre à côté de la RCEA ?   ÉRIC PLURIEL PAUL DUCAROUGE MARTHE
les inconvénients de vivre à côté de la RCEA ?   ÉRIC PLURIEL PAUL DUCAROUGE MARTHE
les inconvénients de vivre à côté de la RCEA ?   ÉRIC PLURIEL PAUL DUCAROUGE MARTHE
les inconvénients de vivre à côté de la RCEA ?   ÉRIC PLURIEL PAUL DUCAROUGE MARTHE
les inconvénients de vivre à côté de la RCEA ?   ÉRIC PLURIEL PAUL DUCAROUGE MARTHE

ÉRIC PLURIEL

PAUL DUCAROUGE

MARTHE GRENOT

RICHARD PLAA

JEAN CHEMY

44

ans

62

ans

72

ans

54

ans

72

ans

L’inconvénient, ça pourrait être le bruit. Mais notre maison est un peu en retrait de la route. Le principal avantage, c’est d’être bien desservi. Pour aller vers Digoin et Montceau-les-Mines, c’est pratique. Il faut surtout que la RCEA continue d’être gratuite pour nous.

La RCEA, c’est vraiment bien ! J’ai beaucoup roulé pour mon métier et au début, je ne l’avais pas… Il fallait être patient. D’un point de vue économique, cette route est une grande chance pour Paray. Je suis pour cette route et pour la mise en concession.

Avant, la maison était entourée de prés. Il y avait juste une petite route. Mais je suis née là, dans la ferme où je vis au bord de la RCEA. Alors depuis le temps, le bruit du trafic, je m’y suis habituée. Et maintenant il ne me gêne absolument pas.

Cette route est nécessaire à la vie économique et culturelle du Charollais. Désenclaver cette partie de la Bourgogne est nécessaire à la survie de la dernière industrie : le tourisme. Si elle devient payante, elle laissera les communes traversées sur le bord de la route

J’habite aux “Mouillargues” près de la route et elle crée des nuisances sonores. Cela fait quarante ans que j’habite ici et avant la construction de la RCEA, c’était la campagne. En revanche grâce à la RCEA, beaucoup de commerces se sont montés le long de la route.

32 JEUDI 21 AVRIL 2011

RCEA

SupplémentLa route de laRCEAhonte

32 JEUDI 21 AVRIL 2011 RCEA S u p p l é m e n t

JEUDI 21 AVRIL 2011 33

SupplémentLa route de laRCEAhonte

RCEA

JEUDI 21 AVRIL 2011 33 S u p p l é m e n t L

34 JEUDI 21 AVRIL 2011

RCEA

SupplémentLa route de laRCEAhonte

MODERNISATION DE L’AXE Les entrepreneurs favorables à la concession autoroutière pour désenclaver l’Allier

1.300 emplois perdus depuis 2008

LE PAL À SAINT-POURÇAIN-SUR-BESBRE. Le site touristique le plus fréquenté de la région accueille 500.000
LE PAL À SAINT-POURÇAIN-SUR-BESBRE. Le site touristique le plus fréquenté de la région accueille 500.000 visiteurs par an. Ce qui le place au 5 e rang des parcs d’attractions français. Le principal poten-
tiel de développement du Pal se situe dans la région lyonnaise, qui constitue un réservoir d’un million de personnes. Le Pal souffre donc du sous-dimensionnement de la RCEA. PHOTO : J.-MARC SCHAER

La RCEA devrait être un atout économique. Elle de- meure un handicap et ne joue pas à plein son rôle d’attractivité des territoires. La faute à un aménagement poussif en quatre voies, qui donne des suées aux ac- teurs économiques de l’Al- lier et de la Saône-et-Loire.

Pierre Raynaud

L’ Allier et la Saône­et­

Loire doivent affron­

ter des problémati­

ques similaires : enclave­ m e n t , d i f f i c u l t é s économiques et baisse dé­ mographique.

La RCEA, aménagée en deux fois deux voies, de­ vrait lever ces nombreux handicaps. Les Chambres de commerce et d’indus­ trie de l’Allier et de la Saô­ ne­et­Loire se position­ nent sans concession pour la mise en concession autoroutière de la RCEA. Jean­Michel Chavarochet­ te, président de la CCI de Moulins­Vichy, est clair :

« Toute réalisation à un

horizon lointain (2045 au rythme actuel des crédits d’État) entraînerait une marginalisation économi­ que durable de l’Allier.

1 L’attractivité. La com­ pétitivité d’un territoire

dépend souvent de son accessibili té. À dé fau t d’une autoroute dans l’est de l’Allier et dans l’ouest de la Saône­et­Loire, les acteurs économiques mi­ sent sur une RCEA à qua­ tre voies dans les plus brefs délais :

« Sans infrastructure rou­ tière moderne, non seule­ ment les entreprises per­ dent en compétitivité mais la difficulté à accueillir de nouvelles entreprises, atti­ rées par des territoires mieux desservis, ne per­ met pas de régénérer le tissu industriel existant ». Sur ces cinq dernières an­ nées, une seule implanta­ tion d’ en t rep ri s e em ­ ployant plus de 70 salariés

a vu le jour sur le bassin

Moulins/Dompierre­sur­

Besbre.

« L’enclavement contraint le

développement »

« Lorsque la conjoncture est difficile, l’économie lo­ cale en paie un lourd tri­ but : 1.300 emplois sala­ riés perdus depuis 2008 sur les secteurs de Mou­ l i n s e t D o m p i e r r e » . L’ouest de la Saône­et­Loi­ re et tout le nord de l’Al­ lier, le long de la RCEA, font partie, selon les CCI, des zones qui ont perdu en France le plus d’em­ plois salariés privés en

2007­2008.

2 Une position centrale mal exploitée. L’écono­

mie de l’Allier est ma­ joritairement tournée vers la région Rhône­Alpes,

premier client et fournis­

seur : « Permettre au dé­ partement d’être relié à cette région par un axe autoroutier performant est essentiel à son dévelop­ pement ». L’Allier, à cause de la RCEA et de la RN 7 pas aménagées intégrale­ m en t en qua t re voi es, n’exploite pas à fond sa position géographique centrale. « On bénéficie pourtant d’un positionnement stra­ tégique exceptionnel en France et en Europe ce qui nous offre l’opportuni­ té de dynamiser l’écono­ mie, en particulier en di­ r e c ti o n d e s a c ti vi t é s logistiques ». Les collecti­ vités et les CCI s’y prépa­ rent avec des projets de villages étapes et de zones d’activités ambitieuses :

Logiparc 03 à Montbeu­ gny, zone de la Loue à Montluçon, du Château d’eau à Montmarault, etc.

3 Érosion démographi- que. L’Allier fait partie des sept départements

français qui perdront des habitants ces trente pro­ chaines années : 337.700 habitants en 2040 contre 343.100 aujourd’hui. L’en­ clavement ne facilite pas l’implantation de nouvel­ les familles. C’est un scé­ nario noir pour les entre­ preneurs. « C’est le signe d’une fai­ ble attractivité du territoi­ re, mal desservi par des axes routiers performants

et sûrs. Ces perspectives démographiques, avec toutes leurs conséquences notamment en terme de r e s s o u r c e s e n m a i n ­ d’œuvre (tranche 20­59 ans : ­18 % en tre 2007 et 2040) ou de transmis­ sion d’entreprises, mon­ trent l’importance des ac­ tions à entreprendre pour améliorer l’attractivité de l’Allier. L’enclavement contraint le développe­ ment ».

L’enclavement contraint le développe­ ment ».  “ Mortelle la RCEA le restera tant que le

Mortelle la RCEA le restera tant que le ferroutage n’allégera pas le trafic entre est et ouest ,,

De l’internaute, Nic

JEUDI 21 AVRIL 2011 35

La route de la honte

Supplément RCEA

RCEA

EN CHIFFRES

22,5

1.300

1,6

En pourcentage, le poids de l’emploi

Le nombre d’emplois perdus depuis 2008 sur les secteurs de Moulins et Dompierre :

En pourcentage, la baisse de la population bourbonnaise entre 2007 et 2040. L’Allier fait partie des sept départements à perdre de la population.

18

En pourcentage, la baisse de la tranche d’âge 20-59 ans entre 2007 et 2040, une conséquence désastreuse notamment pour les ressources en main-d’œuvre.

industriel dans l’Allier (18 % au niveau national) : « Il faut améliorer la

compétitivité des entreprises de ce secteur (Sagem, Bosch, Ligier, etc.) ».

11.560

Le nombre d’entreprises que représentent les deux Chambres de commerce et d’industrie de l’Allier.

« La RCEA à quatre voies est capitale pour l’économie et l’emploi ».

6.000

Le nombre d’emplois de la logistique et des transports dans l’Allier et en Saône-et-Loire, deux activités appelées à se développer avec la RCEA à 4 voies.

appelées à se développer avec la RCEA à 4 voies. CCI DE MOULINS-VICHY  Pour le

CCI DE MOULINS-VICHY Pour le président Jean­Michel Chavarochette, il faut se préparer dès maintenant

« La RCEA à 4 voies dopera l’économie »

L’Allier ne veut pas devenir une rése