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NOUS ENTREPRENONS

UN COLLOQUE ENTRE AMIS


par J. KR ISH N AM U R TI.

ans quelques jours nous aurons des discussions ici, mais nous pourrions les
commencer ce matin. Toutefois, si vous vous livriez des assertions et si
jen faisais de mme, si vous vous obstiniez dans vos opinions, vos dogmes,
vos expriences, vos connaissances et si je mobstinais dans les miennes, il ny aurait
pas de vraie discussion parce que nous ne serions, ni vous ni moi, assez libres pour
nous interroger intrieurement. Discuter de ces questions cela nest pas partager des
expriences personnelles, cela ne comporte aucun partage, cest voir la beaut dune
vrit qui nappartient ni vous ni moi. Elle est simplement l.
Pour discuter intelligemment, il faut une qualit non seulement daffection mais
aussi dhsitation. Tant quon nhsite pas, on ne peut pas sinterroger. Sinterroger
veut dire hsiter, comprendre par soi-mme, dcouvrir pas pas; et quand on le fait,
on na besoin des conseils de personne, on ne demande personne de rectifier ou de
confirmer cette dcouverte. Mais tout cela exige beaucoup dintelligence et de
sensibilit.
Jespre ne pas vous retenir de poser des questions. Nous entreprenons un
colloque entre amis. Nous naffirmerons rien, nous ne chercherons pas nous
dominer les uns les autres. Chacun parlera dune faon dtendue, dans une
atmosphre damiti et de camaraderie, en cherchant dcouvrir son propre monde
intrieur. Mais je vous assure que ce quon dcouvre a trs peu dimportance.
Limportant est de dcouvrir, aprs quoi on passe. Il est nuisible de demeurer avec ce
quon a dcouvert, car alors lesprit se bloque, ne fonctionne plus. Mais si lon meurt
ce quon a trouv linstant mme de la dcouverte, on peut vivre la faon dont
court un fleuve abondant.
Saanen, Suisse, 10e causerie publique,
le 1er aot 1965
Co lle c te d Wo rks, Vo l. XV