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Images politiques?

Formes Vives

AZ : Internet n’en reste pas moins un espace et un
outil incontournable, il est important que des initiatives ou des structures y soient présentes dans
une volonté, tout d’abord, de partage et de réseau.
Sans pour autant faire de cette présence une priorité et y consacrer trop d’énergie et trop de temps.
NF : On ne pousse pas à être à tout prix sur Internet, mais on pousse à le faire bien ! On aime
faire des gifs animés ! Et on a un blog depuis un
paquet d’années. Si ce n’est pas être connectés !
Je trouve que l’on peut sentir dans votre travail typographique une grande exigence de rigueur dans le
procédé, comme c’est le cas avec la Montilla où vous
avez vectorisé la calligraphie de la metteuse en scène
Leonor Canales. Comment amenez-vous ce souci
«macrotypographique» dans votre travail ? Et quelle
importance accordez-vous à la «microtypographie» de
manière générale ?
NF : On aime quand c’est singulier, souvent c’est plus
juste.
AZ : La typographie n’est peut-être pas ce qu’il y a
de plus «visible» dans notre production et pourtant
nous lui attachons beaucoup d’importance, c’est un
sujet d’intérêt à part entière. Elle participe grandement à la qualité de l’objet final et peut accompagner, voire lui donner, son originalité.

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Dans le même sens, pensez-vous qu’il existe une
portée politique, au sens militant, de mettre en valeur le
gris de texte par «le micro» ?
AZ : Étonnante dernière question. Pour moi le gris
du texte est un critère visuel parmi d’autres, mais je
ne politiserai pas la typographie, au-delà d’une volonté de produire des objets portant en eux une part
de générosité et d’attention.
NF : Il faut bien mettre en page…

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Formes Vives. 2013. «Affiche pour l’école d’arts plastiques
de Fontenay-sous-bois».

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Formes Vives

Formes Vives. 2013. «Carte postale «Je n’oublie pas le 28 juin 1969».
Brest. Editions Ultra.

54 Images politiques? La Suisse 55 Images politiques? La Suisse Les symboles de l’affiche politique en Suisse .

». . LUFF.56 Images politiques? La Suisse Burson-Marsteller. 57 Images politiques? La Suisse Notter + Vigne 2009. 2006. «Forza ! Die Schweizer Bauern bleiben dran. Lausanne. Schweizer Bauern. «Lausanne Underground Film & Music Festival». Zurich.

Images politiques? 59 La Suisse Images politiques? La Suisse LE POLITIQUE ENJEUX PRATIQUE 58 .

. 26 La confrontation entre Max Bill et Jan Tschichold permet de voir avec un certain recul la manière dont s’est pensé le graphisme en Suisse à cette époque-là. Il rajoute également que la Nouvelle Typographie est une des causes qui provoqua l’avancée du nazisme en Allemagne. elle ne convient qu’à la publicité et aux petits imprimés» et que «c’est témoigner d’un zèle trop juvénile de jeter par-dessus bord les vieilles règles avec dédain. 25 Tschichold répond alors que la Nouvelle Typographie laissait trop de côté les usages traditionnels de la typographie en refusant par exemple les alinéas pour les paragraphes. et étant engagé dans une perspective militante. «Un artiste comme Bill ne se rend peut-être pas compte de ce que coûte à tous les travailleurs la mise en application des méthodes de production rationalisées.). mettant en avant la notion de justesse stylistique. l’abandon d’une modernité équivalait à une régression politique. en plus du fait que la querelle allait refaire son apparition avec différents protagonistes. (. développant son travail sur de nombreux champs artistiques.. soit la rigueur.22 Le designer déclare ainsi que «La Nouvelle Typographie n’est sans doute pas dépassée. comme en témoigne son investissement dans le journal Information dans les années 1930. comme sa volonté d’ordre. une issue très contemporaine ? À la suite de la seconde guerre mondiale. de plus en plus sceptique par rapport qu’entretiennent les ouvriers du livre avec les machines d’impression. 24 61 Images politiques? La Suisse Pour Bill. comme évoqué lors de la publication de «Über Typografie» en 1946.60 Images politiques? La Suisse Le débat entre Max Bill et Jan Tschichold. à propos de l’aspect trop rationalisé du travail. le systématique et le géométrique. 23 Sa déception par rapport au mouvement que le graphiste allemand a lui-même lancé est également une réponse à peine voilée à Max Bill. de vouloir être autrement et moderne». mais comme il a été prouvé. régional). alors extrêmement critique de son retournement de situation. morale et bourgeoise dans le sens d’une critique du style Heimat (pseudo-local. le typographe Jan Tschichold commence à douter lui-même du courant de la «nouvelle typographie» et de la nouvelle modernité typographique apparue et développée notamment grâce à lui. à cause de son «attitude intolérante. sa prétention à la domination». concision. Le designer allemand ajoute également une critique dans l’absence de dimension de classe que prennent les propos de Max Bill. promu alors par l’artiste suisse. celles de l’humanité «civilisée» déclare alors Jan Tschichold. au fil du succès du style .

L’exposition «L’étranger à l’affiche. ou même encore européennes. dans la mesure où il s’agit d’un des premiers du genre en Suisse. et élu au Conseil national. L’affiche électorale est donc un prolongement de l’af- . législatives. 63 Images politiques? La Suisse Ce regard de l’époque de l’après-guerre nous permet de mieux comprendre l’essence de l’affiche électorale de nos jours. puis l’art concret. afin de démontrer qu’une maison d’édition populaire n’est pas synonyme de mauvaise qualité 29.»28 Jan Tschichold. présidentielles. séparant l’esthétique des questions sociales. Influencé par le Bauhaus. l’affiche électorale est propre aux grandes élections.27 La dimension propre du débat graphique est intéressante. s’affichant ostentoirement dans le cadre d’une campagne politique. en Suisse. entre un idéal fondamentalement humaniste de la profession et une autre vision. si présent dans les affiches politiques depuis plus d’un siècle.62 Images politiques? La Suisse international. car il reflète également une vision autocritique de la représentation graphique du pays lui-même. Max Bill repose la responsabilité du designer sur lui-même en déclarant en 1964 : «ce sont les connaissances du graphiste et sa conception du monde. Alors qu’il fut politicien lui-même. Altérité et identité dans l’affiche politique suisse 1918-2010» en est un bon exemple31. lorsqu’on se promène dans les rues de Genève. engagé et propre à créer le débat. Le designer gardera cette ligne tout au long de sa carrière professionnelle comme lorsqu’il contribue comme premier typographe chez Penguin Books de 1947 à 1949. Alors que dans des pays comme la France. pour ce qui est de la période contemporaine du moins. ardent défenseur du design graphique comme outil critique subversif. On retrouve ce schéma également dans les grandes aires urbaines de la confédération. Cette querelle oppose malgré elle une vision morale du graphisme et du graphiste. de la démocratie directe à la représentativité la plus locale. comme en témoigne la présence récurrente de l’altérité construite sur la figure de l’étranger. On retrouve ainsi dans l’affiche politique suisse plusieurs caractéristiques propres au système helvétique. voit dès l’écriture de «La Nouvelle Typographie» en 1923. «La Nouvelle Typographie» serait donc trop publicitaire pour l’un ou alors en constante amélioration pour l’autre. comme notamment à Zürich et Bâle. qui décident en définitive de la part de responsabilité qu’il pourra endosser. il n’est pas rare de croiser sur son chemin plusieurs dizaines d’affiches à caractère électoral pour une votation à venir. sur son «identité» construite sur une base «hypernationaliste»30. Ainsi. ainsi que l’ampleur de et la rigueur de sa conscience. le système politique suisse nous conduit à croiser nos regards quasi quotidiennement sur un élément citoyen. le graphiste-typographe comme le serviteur de buts sociaux orienté vers une fonction.

Cependant. l’obsession très helvétique de la figure politique basée sur le faux idéal de «l’homme de la rue» comme clou de l’accumulation de spectacles est un regard désabusé sur l’idéal archétypal de la Suisse comme «îlot» conservé entre hypermodernité économique 32 et traditions. lui montrer une certaine continuité dans cette sombre époque. 1942. généralement un politicien pris en image avec un contact direct avec la population. Apparaît alors le caractère du politicien «ami du peuple»34. La pensée de l’affiche politique se reflète alors dans la «paix du travail». Ainsi l’affiche qui se met en avant uniquement par le visage du politicien chercher à rassurer le citoyen. est forcément synonyme d’un certain degré de célébrité mais apparaît également comme un modèle d’homoeconomicus vainqueur et garantisseur du professionnalisme et de la prospérité. Ce statut d’être au milieu de la foule.64 Images politiques? La Suisse 65 Images politiques? fiche politique. en ce sens qu’elle possède un caractère officiel et fait naturellement parti du paysage graphique suisse et des habitudes de ses habitants. sous sa toute haute mission de représentativité. comme ce fut le cas pour la photo du Conseil fédéral en 2008. À cela s’ajoute la figure du visionnaire35. caractérisé par ses tendances à la neutralité en évitant soigneusement le conflit33. soit la somme des conventions collectives de travail passée entre syndicats et patronat depuis 1937. inspirant la confiance dans le progrès. La Suisse . Cette stratégie du héros Anonyme. «Die Freudin fürs Leben».

La figure si mythique du Che Guevara est détournée de son aspect militant classique pour devenir un symbole économique parmi d’autres. Avec Conseil fédéral. dans un pays profondément marqué par son histoire de milice où il a été longtemps de bon ton d’être un haut gradé dans la société civile. Loyola» que «la meilleure des subversions ne consiste-t-elle pas à défigurer les codes. «Hoffnung und widerstand». Fourier. On retrouve également ce fin esprit de subversion37 pour le travail effectué par le designer pour le «Schauspielhaus» de Zurich avec Gregor Huber. Quelques exemples graphiques Roland Barthes déclarait en 1971 dans son ouvrage «Sade. Museum für Gestaltung Zürich. orné de cercles ou d’étoiles tagués ou encore d’un autre message «Die linke ins museum» qu’on pourrait traduire par la «gauche dans le musée».66 Images politiques? La Suisse 67 Images politiques? La Suisse nous renvoi à la figure du militaire. même si ce constat touche plutôt les cantons alémaniques que les Romands. 2008 «Image officielle du Conseil fédéral». Cornel Windlin. Zurich. plutôt qu’à les détruire ?»36. Un bon exemple de l’application de ce principe peut se retrouver chez le designer zurichois Cornel Windlin pour son travail pour le «Museum für Gestaltung» de Zurich. . 1998. rappelant l’aspect consumériste du graphisme.

les graphistes s’intéressent à la création dans un sens large en s’intéressant aux procédés spécifiques de la réalisation d’images. avec une imagerie très fouillée. Ainsi. Rote Fabrik . 2013. les deux designers remplissent donc d’une part leur mandat. à s’interroger par lui-même. l’approche radicale est ici reflétée par le schéma du cercle. si propre à l’œil. «Entre les deux». Cornel Windlin. et le 296 sur les rapports entre la ville de Tanger et son rapport à son passé utopiste où cohabitaient Jack Keroauc et Allen Ginsberg un temps. En isolant les symboles propres aux sujets qu’ils exploitent.68 Images politiques? La Suisse 69 Images politiques? La Suisse une apparente simplicité. Fabrikzeitung. où l’on retrouve Gregor Huber et Ivan Sterzinger. 2008-2010 «Schauspielhaus Zurich». en se spécifiant dans un des domaines à chaque édition. mais avec également le théâtre du Schauspielhaus. à leur vécu. Burroughs. Zurich. ramenant les Zurichois à leur histoire. le numéro 265 se spécialise dans le cut-up de William S. L’interrogation des symboles politiques est également très présente dans le travail des Zurichois de Glashaus38. le collectif Glashaus amène le spectateur par la démarche du graphiste à se demander pourquoi et comment ce signe est présent et quel est finalement le sens des images auxquelles nous sommes confrontés dans notre quotidien. Dans le cadre du journal mensuel de la Rote Fabrik à Zurich. mais également poussent le spectateur à réagir. en le dépassant. par exemple. Zurich Glashaus. En s’accaparant ces symboles et en les réutilisant dans un mandat graphique.

1962. Londres. 2008. CND. The New York Times 71 Images politiques? La Suisse Ken Garland. «Surge Protector». «Aldermaston to London easter 62».70 Images politiques? La Suisse Fogelson-Lubliner. New York. .

décrivant l’aspect trop corporatiste d’une telle démarche. comme symbole d’opposition au conflit qui opposa les deux pays. nous pouvons voir que les critiques formulés par Ken Garland viennent plutôt de sa gauche. comme ce fut 73 Images politiques? La Suisse le cas de son ami écrivain Ken Campbell. . se retrouve le travail du duo Fogelson-Lubliner40 pour le New York Times. en donnant au signe de la paix crée en 1958 par Gerald Holtom une lisibilité et une rationalité maximale. en créant des graphiques «sceptiques face aux graphiques». comme ce fut par exemple le cas dans le cadre d’un article sur le changement climatique. sous les mains de Garland. Londres. la visualisation de données serait selon le collectif Metahaven «son propre spectacle»39. contrebalançant dans la rue les peintures des peintres abstraits des années soixante. mais quelque chose qui est simplement présent. 1964.72 Images politiques? La Suisse Critiqué pour son aspect trop simplificateur. en donnant une illusion de compréhension sans toutefois changer grand-chose. La contribution du designer anglais au graphisme politique reste néanmoins importante.42 Ken Garland. entraînant avec lui de nombreuses réactions sur l’utilité du graphisme. Pour l’historien de l’art David Mellor. Un autre exemple est la transformation du drapeau de l’Irak en drapeau des Etats-Unis. en réalité il s’agit d’un moyen subversif de détourner le regard et de s’interroger dessus. L’Anglais est l’un des premiers à appliquer une méthode rigoureuse de pensée dans ce champ du design. Ken Garland dénonce dès 1964 les dérives du design graphique livré au seul marché économique. comme en témoigne son travail pour la lutte antinucléaire. Avec le manifeste «First Things First». «first things first». L’activisme politique est pour Ken Garland non pas une nécessité. Au contraire de l’infographie sérieuse. le «Peace» est devenu un symbole environnementaliste fort. Nous croyons imaginer une infographie sur la guerre.41 Cinquante ans après la publication du premier manifeste et de sa copie en 2000 par le magazine Adbusters. où certains lecteurs ont confondu illustrations et information . avec de nombreuses sympathies mais avec également beaucoup de réserves. c’est un moyen de jouer sur les symboles et les codes.

74 Images politiques? 75 La Suisse Images politiques? La Suisse COMMANDE ACTION CHOIX .

77 Images politiques? La Suisse Ce qui est frappant en comparaison avec les autres partis suisses. un publicitaire germano-suisse zurichois membre du parti et de l’agence de communication Goal à Dubendorf. Si à la base le mouvement se voulait être défenseur des paysans. faisant de tous les autres mouvements une opposition politique forte au niveau médiatique. avec une radicalité qui évoque sans aucun doute les codes des partis d’extrême droite des années 1930 à jusqu’à nos jours45. représenté au Conseil national avec plus de 54 députés sur 20043. Les affiches sont pensées par Alexander Segert. Les affiches de l’UDC font faire part des idéaux du parti d’une manière très grave. choses à laquelle les différents acteurs de la vie démocratique suisse ne sont pas habitués. L’UDC est un parti politique suisse fondé en 1971 et étant actuellement le premier du pays. dont l’un d’entre eux chasse manifestement de l’endroit rouge un mouton noir. dans un entretien donné au magazine français «Les Inrockuptibles» 46. étant surnommé «parti agrarien» dans les médias helvétiques. Le parti agrarien propose donc une imagerie auxquelles les autres mouvements politiques ne savent pas comment répondre. Cette désormais célèbre affiche montre dans sa moitié un champ rouge. c’est que simplement. brutale. à vouloir prendre par les «tripes» plutôt qu’à la réflexion. grâce à des clichés racistes comme le corbeau ou le mouton noir. l’agenda. La communication du premier parti politique suisse lui permet. vers ses priorités. dans sa communication. de déplacer le centre de gravité politique. Sur cet espace. comme peuvent le prouver les nombreuses copies de l’affiche «aux moutons noirs» originellement parue en 2007. Un bon exemple d’affiche est celle proposée pour l’Initiative populaire fédérale «Pour le renvoi des étrangers criminels» lancée le 10 juillet 2007. . En soi. La dimension graphique de l’UDC fait passer le champ de l’affiche politique dans le conflit. avec une croix. brise les règles politiques du consensus et de la collégialité tout helvétique. sont les exemples les plus marquants de l’application d’un contexte politique particulier sur l’influence de la mise en place d’une forme graphique. En 2010. dans la banlieue de Zurich. UDC. se référant au drapeau suisse. le créateur dit vouloir s’intéresser «à l’estomac plutôt qu’au cerveau». on aperçoit des moutons blancs. idéalement vouloir choquer la personne confrontée à l’image.76 Images politiques? La Suisse Les affiches politiques produites par l’Union Démocratique du Centre. l’UDC. le mouvement est aujourd’hui conservateur et libéral. en allant chercher un large électorat grâce à une doctrine populiste en faisant l’utilisation de préjugés haineux à l’égard des étrangers44. ses idées.

2007. zurich. Zurich.78 Images politiques ? La Suisse Goal. «Stop. Ja zum Minarettverbot». . «Pour plus de sécurité». 79 Images politiques ? La Suisse Goal. Union Démocratique du Centre. Union Démocratique du centre. 2009.

Ainsi aussi de nombreux partis souvent qualifiés ont repris ce code. . comme couleur de peau ou comme symbole. Sur la partie supérieure de l’affiche. Les codes de l’agence Goal sont donc devenus symboles de la Suisse. «Pour plus de diversité». c’est le cas du POP Suisse49. on ne peut que déplorer la pauvreté visuelle qui en découle. Dressé comme un missile. quitte à jouer de la confusion. Un autre exemple vient de l’affiche pour soutenir l’initiative sur l’interdiction des minarets en 2009. du tout pour nous. «Le jeu» de l’affiche se fait dans l’interprétation que nous faisons du mouton noir. c’est le cas du NPD allemand et de la Lega Nord en Italie48. avec un message discret «Ma maison . Ainsi. qui reprend exactement la même structure d’affiche en mettant en avant un mouton blanc se faisant éjecter de la surface rouge représentée par le drapeau suisse. dont notamment par le Front National en France50. jaune et noir. différents mouvements d’extrême droite ont repris ces codes . comme pays xénophobe et refermé sur lui-même. Cette symbolique de la peur a été également copiée de nombreuses fois. en l’inversant . La tension identitaire étant une source «d’instrumentalisation politique» par le parti agrarien. évoquant une Suisse plurielle et multiculturelle. le minaret évoque sans aucun doute l’amalgame fait entre islam. terrorisme international et prosélytisme religieux.notre Suisse». Les reprises de l’affiche ont été nombreuses et témoignent de l’impact politique majeur qu’à effectuer l’affiche «au mouton noir». et portant sur lui un ruban avec le logo du parti agrarien.80 Images politiques? La Suisse Au bas de l’affiche se trouve le message «Pour plus de sécurité» et le logotype de l’UDC. Le slogan «Pour plus de sécurité» est également détourné . Le symbole du «mouton noir» est donc pris comme élément graphique de l’exclusion. Si l’on peut saluer une certaine oppo- 81 Images politiques? La Suisse sition au joug de l’UDC dans le domaine de la création graphique. Pour le rapporteur spécial de l’ONU au racisme. Dans la zone rouge se retrouvent ainsi un mouton brun. parti ouvrier populaire. nous apercevons une femme voilée à laquelle se retrouvent des minarets sur un sol constitué du drapeau helvétique. l’affiche prétend dénoncer le risque «d’islamisation» de la Suisse. à savoir la copie simple et formelle des codes déjà existants. À travers les symboles de la burka et du minaret. il s’agissait vraisemblablement d’un contenu xénophobe et pour la ville de Genève «une imagerie génératrice d’intolérance et d’exclusion»47.

82 Images politiques? GRAPHISTES La Suisse 83 Images politiques? La Suisse COMMANDITAIRE .

84 Images politiques? Unia 85 Images politiques? Unia Le syndicalisme et les formes Un entretien avec Unia .

Unia 87 Images politiques? Unia Au sein du siège d’Unia. Lucas Dubuis. . porte-parole francophone et interviewé.86 Images politiques? Au sein du siège d’Unia.

mais la présence d’identités graphiques pour des grands groupes financiers comme LGT ou bien encore la banque CIC me fait m’interroger. L’association est principalement active dans 89 Images politiques? Unia le domaine de la construction. ce qui en fait le plus grand groupe syndical interprofessionnel de Suisse. celui de la communication. Si lors des actions du groupe. de la FTMH. basé à Zurich. et de la FCTA. tout en cherchant à se renforcer dans le domaine tertiaire. comme notamment Syndicom. En effet. soit allant de l’ouvrière en usine. Unia cherche donc globalement à améliorer les conditions de travail de plus d’un million de personnes par le renforcement de la législation du travail et des fameuses conventions collectives. de la caissière ou encore d’un employé de «call center». en raison de sa charte graphique qui m’intéressait comme système qui s’applique à l’ensemble des publications de l’association que l’on soit pour une publication à Genève ou pour Berne.88 Images politiques? Unia Ce qui m’intéresse en allant interroger le porte-parole d’Unia. Ce n’est pas un mal en soi. syndicat de l’industrie du bâtiment. des transports et de l’alimentation. on retrouve cette forte marque de l’étendard et de l’omniprésence du rouge. soit en soi. Issu principalement de la fusion en 2004 du SIB. Le syndicat actif dans le domaine privé regroupe aujourd’hui plus de 200’000 membres. un des principaux syndicats en Suisse. de l’industrie ainsi que dans les arts et métiers. le groupe se démarque par une base graphique particulièrement uniforme et soignée dans la mise en forme des textes. pour Fédération suisse des travailleurs du commerce. le syndicat est un acteur clé de la politique suisse. on remarque que l’association possède une charte graphique très forte. avec une typographie bâton bien placée. j’ai pris la décision d’aller interroger ce syndicat plutôt qu’un autre. c’est la relation qu’entretient la base militante et active du groupe avec les graphistes. Peut-on accepter de travailler comme graphiste pour un mandat qui demande une certaine prise de position. comme c’est le cas dans la publication «L’Événement syndical» pour la Romandie ou encore et en Suisse alémanique avec «Work». disponible sur son site. Cette idée de charte graphique construit sur la notion de bulle. créée par le bureau Ivony : Krügel. Malgré toutes les polémiques que traverse ce groupe. et cela me pousse à regarder d’un peu plus près l’exemple de ce grand groupe politique qu’est Unia. comme pour un syndicat par exemple. comme notamment pour sa capitalisation en bourse. Fédération suisse des travailleurs de la métallurgie et de l’horlogerie. Il cherche à défendre les intérêts de tous les travailleurs . un comportement assez classique pour un syndicat. tout en n’ayant aucune hésitation à accepter des mandats pour des entités qu’un autre commanditaire combat ? Etrange paradoxe. n’est pas sans me rappeler le système qu’avait développé Ken Garland pour le CND (Campaign for Nuclear Disar- . Cette agence de design graphique n’est pas spécialement dédiée au graphisme militant comme le montre son portfolio.

Extrait de la charte graphique. 2014. Unia 91 Images politiques? Unia. Unia . 2014.90 Images politiques? Unia. Extrait de la charte graphique.

Mettons que le secrétaire syndical qui veut organiser une mobilisation dans une entreprise. couleur historique des syndicats et cette idée de bulle. Il y avait la FTMH. avec les expériences faites du SIB. avec l’idée d’imposer une image. Genève… On retrouve toujours votre présence forte. et deux autres plus petits syndicats. l’histoire Unia. avec une unicité en implantant l’identité dans toutes les régions. je trouve que dans votre charte graphique. avec le rouge. un syndicat de l’industrie. c’est que malgré qu’on soit à Berne. D’un autre côté. il y a un fort héritage d’une certaine tradition graphique suisse. souvent dans les mêmes locaux. avec des gens qui venaient de fédérations syndicales différentes qui ont dû se mettre ensemble. avec une grande rigueur et je trouvais intéressant ce fait. il faut qu’il puisse très rapidement travailler sur une template word en remplissant les cases. L’idée a été de fusionner ces quatre syndicats en un seul. Et pour l’identité. ça 93 Images politiques? Unia crée de l’espace et visuellement ça avait pas mal d’impact. Alors ça peut être soit un bloc rouge avec le petit coin qui représente la bulle ou . la Fédération suisse des travailleurs de la métallurgie et de l’horlogerie. Comment vous mettez en place votre identité visuelle par rapport à vos diverses sections cantonales ? Lucas Dubuis : Il faut rappeler qu’Unia a été fondé en 2004. il y avait le SIB. disait une nouvelle identité visuelle (NDR : créée par Ivony : Krügel). Alors c’est typiquement quelque chose que nous avons repris dans l’identité visuelle d’Unia. et encore un autre syndicat. alors son identité très forte déjà. c’est «on est ensemble». par rapport au «cliché militant» avec justement l’utilisation de clips-arts de Word. car ça allonge les manifs. je ne peux pas m’empêcher que cette structure graphique reste dans la continuation d’un certain idéal consensuel évitant tout conflit. Alors qui disait une fusion. dans les manifestations avec ce fameux logo. Après. le but c’est de pouvoir mettre en oeuvre ça très facilement en unifiants les tracts. C’était un important changement. une mise en page très brut… Il y a aussi une idée pratique. qui était un collectif du tertiaire. avec ses longues lettres. la FCTA. donnant une forte présence dans les manifs… Tu distribuais 150 drapeaux et tu avais l’impression d’avoir plus de monde. syndicat de l’industrie du bâtiment. Ce sont des modèles word avec toujours l’idée de bulle qui revient.92 Images politiques? Unia mament) avec le fameux logo «de la paix» de Gerald Holtom. des services. et qu’avant ça on avait quatre fédérations syndicales qui avaient chacune une identité. qui a n’importe quoi à communiquer. qui a une info à faire distribuer. une identité la plus forte possible. un qui s’appelle Unia déjà. toute subversion… Ce qui m’intéressait avec votre charte graphique. notamment l’utilisation de «clips-arts préférés»… Justement. L’idée était aussi de faire arrêter les gens avec un certain nombre de réflexes.

Et puis. on utilise des fontes très imposantes qui «affirment». Soit. Je pense par exemple à l’initiative 1:12 avec les fameux hamburgers ou dans le camp bourgeois avec «la saucisse». récemment avec Guillaume Tell et l’arbre d’Hodler. Ca traduit notre manière de faire : le rouge c’est une couleur effectivement historique. L’identité visuelle participe de cette volonté.94 Images politiques? Unia alors une sorte de container noir qui contient du texte… Ca dépend du texte que l’on va dire. on voit que vous ressortez clairement. Les gens vont se trouver trompés sur la marchandise ! Il faut que design se rapproche de plus en plus du contenu. c’était une affiche que je trouvais très réussie car elle ne laissait personne indifférent. car ce n’est pas rationnel d’avaler une telle quantité de nourriture. il ne faut pas oublier que nous sommes le premier syndicat suisse. Et c’est également toujours la crainte. à relativiser bien sûr par rapport à d’autres départements émanant du privé. l’idée d’inégalité dans les richesses. La communication à Unia a donc été mise en avant par rapport à l’extérieur. de plus simple. Dans l’exemple du hamburger. le succès d’une initiative pourrait reposer sur une image forte. c’est toujours la question entre le contenu et le contenant… Les deux y participent. Oui. ce qui montre quelque part une certaine réussite de l’identité visuelle… Oui ça nous donne de la visibilité. typiquement l’UDC. elle avait réussie à synthétiser en une image. qui ont crée un vrai débat national… Après on ne va pas communiquer dans les mêmes formes de langages. il y en a qui gagnent tellement qu’ils peuvent s’acheter des hamburgers gigantesques. facilement imprimable. un certain idéal qu’on retrouverait dans une affiche largement exposée. En même temps. Typiquement. il faut réussir à ne pas être inaperçu. . sans toutefois pouvoir les manger. Les hamburgers étaient quelque chose de plus combatif. C’est clair que nos adversaires. et donc qui va forcément pourrir… Alors que voilà les gens qui ont un appétit normal en mangent un et sont rassasiés. arrivent à imposer des images fortes dans leurs campagnes… Par exemple. toute la problématique. avec également d’importants moyens financiers. car lorsque tu crée une nouvelle organisation. Tu ne peux pas vendre quelque chose de mauvais avec un bel emballage. On montre donc le contraste dans la métaphore alimentaire. il est vrai. en s’imposant dans les médias et dans la rue. au département de communication d’Unia. évidement. mais aussi agressive. pour un tract noir/blanc. 95 Images politiques? Unia C’est vraiment une question de communication. je trouvais intéressant l’idée que dans le contexte suisse. avec notre logo qui s’est très vite imposé. Lorsqu’on voit les photos de manifestations. En même temps. pour des raisons éthiques mais aussi le message que l’on doit faire passer est plus compliqué qu’un message populiste. par exemple les moutons noirs.

Affiche «Légaliser les saucisses à rôtir» 97 Images politiques? Unia Comité interpartis. Affiche «12x plus de salaire. ça suffit.96 Images politiques? Unia Comité interpartis. 2013. 2013. 1:12 oui ! .

L’effet de l’affiche était donc un peu cassée. parfois depuis les années nonante… Pour revenir à l’exemple de l’hamburger. Ils développent aussi leurs supports pour cette campagne. plus agres- . L’Union Syndicale Suisse a souvent une communication assez lisse. c’est très difficile. c’est assez basique mais assez efficace. ou on contraire. Bon. je me demande si beaucoup de gens ont compris… C’est un slogan très alémanique. D’ailleurs. avec des gens qui participent au groupe de conception du matériel de campagne. Est-ce inquiétant ? Effectivement. concernant l’affiche «Saucisse». Quand on voit ces affiches. NDR). on avait plutôt une communication plus «catchy». il est vrai que cela dénotait… Après. notre affiche contre les vols des rentes. Chez Unia. beaucoup sont vraiment ennuyeuses…. il faut dire que synthétiser un discours politique sur une affiche. et aussi avec la coordination organisée par l’USS (Union Syndicale Suisse). si on arrive à passer des messages avec humour. Dans ce sens. Oui. De nouveau. car cela peut tomber à plat. justement. même si nous avons perdu la votation sur les shops. très classique. est-ce qu’il existe des réunions entre syndicats. Mais bon… Il est vrai que la communication politique mériterait parfois d’être un peu dépoussiérée. très institutionnelle. On a eu dans le passé des différences entre la campagne de l’USS et la campagne d’Unia. qui ne marchait pas tellement en Romandie… Il s’agissait plus d’un délire d’agence de communication plutôt que de la communication politique. l’idée de la saucisse mangée au milieu de la nuit comme le montrait l’affiche s’est fait beaucoup contredire. et des fédérations membres (Unia fait partie de l’USS. on peut aussi voir l’arrivée d’un ton un peu humoristique dans le champ politique. avec des discussions à l’interne d’Unia. il y a souvent la reproduction de mêmes modèles. qui était justement un peu plus « pop- 99 Images politiques? Unia uliste» avec l’idée du Conseil fédéral qui voulait baisser le taux de conversion du deuxième pilier. Est-ce que vous trouvez ça plutôt inquiétant. Et ça peut être contreproductif dans un certain côté. car cela amène des personnes par forcément intéressées à la politique. presque informatif. partis politiques où vous discutez des formes graphiques qui vont être mises en place ? Oui. et donc baisser les retraites avec la même épargne… On dénonçait ça comme du vol et on avait fait quelqu’un qui vole un porte-monnaie dans un sac à main. ça serait pas mal mais la chose politique ne se prête pas tellement au «drôle». nous avons fait ce travail pour la campagne sur le salaire minimum qui démarre maintenant. On avait été affiché partout et on avait gagné avec un taux très important… Bien sûr l’affiche n’est pas le seul facteur mais c’était un message très simple… On dit «on vous vole» et on met quelqu’un qui vous vole.98 Images politiques? Unia Dans la fameuse affiche «Saucisse».

Le Courrier… Est-ce c’est expliquer par une certaine différence culturelle. d’une action. sur les faits et gestes d’un tel. comme Gauche Hebdo. Nos graphistes maisons sont donc «gardiennes du temple». Les articles courts font plus penser au «Blick» effectivement. il est vrai que c’est plus agressif. Maintenant. respect de l’interligne… C’est assez précis ! (rires) Oui. nos deux graphistes sont très rigoureuses sur le sujet. Et aussi à l’externe. Et puis. on va dire. Elle a développée le concept mais il est mis en application à l’interne par nos graphistes. mais je n’en sais pas plus. Nous sommes dans l’affirmation des idées que dans l’attaque des idées des autres. Existe-t-il des designers en interne ou fonctionnez-vous uniquement avec Ivony : Kruger ? On ne travaille plus avec cette agence de communication. ce qui faisait une multitude d’affiches dans les cantons. lorsqu’on mandate de temps en temps. Souvent pour le même objet. je verrai très vite des choses évidentes qui serraient fausses mais sur la précision. même s’ils sont financés par nous. journal d’Unia romand. un côté un peu «tabloïd». on trouve une identité plus proche des journaux de genre classique. alors qu’avec «L’Evénement». Bien sûr. la communication du syndicat. de manière pas très polémique. le fond rejoint la forme ! Il y a aussi une différence 101 Images politiques? Unia d’approche. . presque proche du «Blick». Elles sont à Zurich et cela représentation pour les deux un postes à 100 %. l’USS… Avec des messages simples. en essayant de trouver des solutions originales. mise en forme des textes. Pour «L’Evénement syndical» on est vraiment plus dans la réflexion. où l’identité visuelle avait été réalisée par une agence de communication. des objets simples. parfois pour leur communication. Le ton est différent et dans ce sens la ligne éditoriale du «Work» colle bien à leur graphisme. ce qui nuisait à la lisibilité. ou c’est juste lié aux graphistes en charge ? C’est surtout lié à la ligne éditoriale ! Chez «Work». Les externes doivent donc appliquer notre charte graphique de manière rigoureuse. dans le sens. c’est plus facile à faire que des objets plus complexes ou il y aurait des enjeux différents pour les différents syndicats. ce sont elles qui sont très pointues sur le respect des règles et qui sont plus «aptes» à analyser un document mandaté. on essaye de trouver un slogan collection pour tous les syndicats. plus lié à l’anecdotique.100 Images politiques? Unia sive. On ressent dans la publication «Work». «L’Evénement syndical» et le «Work» sont indépendants d’Unia. Comment structurez-vous à Unia vos rapports à vos graphistes. plusieurs syndicats développaient leurs supports. Les régions mandatent aussi des graphistes. le journal d’Unia alémanique. des attaques. Pour les deux journaux.

Unia . Extrait de la publication «Work».102 Images politiques? Unia Unia. 2011. Extrait de la publication «L’Evénement syndical». 2014. 103 Images politiques? Unia.