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Il n’y a d’autre voie que le combat syndical

Quelle est la place du syndicat dans la société, force d’appoint ou force


décisive ? Le droit de grève et les libertés syndicales sont reconnus par
la Constitution, l’OIT et le BIT. C’est par les grèves que les travailleurs
détiennent une force sociale. L’épreuve de force sociale, d’ampleur
nationale, a voulu faire de la grève de véritables purges sociales :
révoquer les grévistes et les remplacer. Le Snapap a déposé auprès du
BIT à Genève une plainte contre le gouvernement pour infraction aux
lois du travail et le non-respect des conventions internationales. Le
gouvernement a mis en avant une répression d’une rare violence,
frappant tout ce qui bouge ou manifeste. Il a inventé la répression
judiciaire. Le droit de grève est bafoué par la justice qui n’est plus confiée aux juges, priés d’obéir et
de se taire. C’est inadmissible ! Là est la question, une belle question pour le Conseil constitutionnel.
Les syndicats autonomes
Ils sont les représentants authentiques des salariés, leur principale fonction est celle de leur porte-
parole et de défenseurs de leurs intérêts. Les impulsions et les initiatives sont venues de leurs bases
qui ne se sont pas résignées à la condition infantile que leur réservait le gouvernement. Les
syndicats libres sont l’indispensable contrepoids aux abus du pouvoir. Ses leaders authentiques,
combatifs et responsables, sont apparus dans les grèves menées par les médecins et les
enseignants et ont affirmé leur identité. Ils se sont révélés d’une étoffe résistante et persévérante.
Leur vigilance ne doit pas être relâchée à aucun moment ; au contraire, elle doit être redoublée à
l’égard du pouvoir. Ils ont été entendus lorsqu’ils ont appelé les salariés à refuser la résignation, la
passivité, l’acceptation des maux qu’ils subissent. Ils refusent la mise au pas des syndicats
autonomes, leur neutralisation par le pouvoir qui veut leur imposer sa volonté. Les syndicats
autonomes gardent leur fonction originelle de force d’impulsion démocratique, le contrôle contre
l’injustice et l’arbitraire, et de protection des salariés. Ils n’acceptent pas de se laisser enfermer dans
des contraintes qui limiteraient leur action. C’est un syndicalisme de protestation et de contestation.
Seul le dialogue préalable à la décision doit devenir plus que jamais la règle essentielle. Il est
l’émanation réelle de la volonté des travailleurs, le moteur et l’instrument de la promotion sociale. Les
médecins et les enseignants veulent connaître le pourquoi des décisions qui les concernent, veulent
être consultés et associés à leur élaboration. Le droit à la santé est durement entamé, menacé dans
ses fondements-mêmes.
L’unité des syndicats autonomes
Les syndicats autonomes sont une grande école de vie, de fraternité et de solidarité. Ils sont un
instrument de libération des salariés. Les derniers mouvements sociaux ont fait la preuve concrète
de l’efficacité et de l’exigence de l’unité et de la démocratisation dans l’action. Les syndicats libres
sont restés unis et ont été les décideurs et les acteurs de leurs luttes. L’unité, la démocratie, la
liberté, la justice sociale, apparaissent autant une aspiration des salariés que la condition essentielle
de leur engagement et de l’efficacité de leur action. La démocratie syndicale doit résulter de
l’établissement d’un véritable débat interne afin d’accroître la capacité d’information, de réflexion et
de rassemblement autour des syndicats autonomes. Le mode de fonctionnement et les méthodes de
direction de cette nouvelle centrale syndicale doivent répondre à cette exigence. Il faut qu’à travers
les instances de cette union s’exprime et soit véritablement prise en compte la diversité qui compose
cette organisation. L’indépendance que les salariés recherchent dans une telle organisation
syndicale qui les a accompagnés efficacement dans leurs luttes est à ce prix. Cette réflexion
indispensable sur la réalité de ce qu’est et pense la diversité du monde du travail ne peut être que le
résultat d’un véritable débat démocratique. L’avenir du syndicalisme est fonction de la capacité des
syndicats libres à porter ce débat pour devenir une centrale syndicale puissante et déterminée que
les salariés souhaitent. Cette centrale veut créer avec ceux qui veulent un espace syndical unitaire
une unité d’action concrète, un effort de recherche de convergences, une volonté constante de
dépasser les blocages, de faire front ensemble dans le dialogue et l’enrichissement réciproque.
L’utilité et la nécessité de cette centrale doivent mieux apparaître. Les syndicats agissent dans le
même sens, se retrouvent ensemble, cherchent tout ce qui peut les rassembler. Il n’y a d’autre voie
que le combat syndical, et il faut agir dans ce sens. C’est un combat pour les libertés qui concerne
non seulement les salariés mais tous les démocrates. Il faut élargir les espaces de liberté afin de
permettre à la conscience populaire de se développer, aux forces sociales de jouer leur rôle.
La cécité du pouvoir est frappante
Il ne reste au pouvoir qui a renoncé à tout effort de réflexion et fait uniquement confiance à la force, à
l’argent et à ses intérêts, son mépris des idées puisqu’il n’est pas en mesure de comprendre la
société qu’il est censé gérer ni lui apporter le projet dont elle a besoin. Quel projet ? Quel avenir pour
les jeunes, les femmes, les chômeurs, les retraités ? La capacité à résoudre les questions sociales,
donc à assurer la concorde entre les citoyens est faible. L’avenir n’appartient ni à ceux qui se
cramponnent à des privilèges injustifiés ni à ceux qui caressent l’illusion de conserver longtemps
encore le pouvoir. Le gouvernement a choisi son camp, celui des injustices sociales maintenues, de
l’argent et des inégalités aggravées. L’idéologie sécuritaire lui permet de trouver une cohérence pour
combattre les dirigeants syndicaux socialement repérés. Il porte une lourde responsabilité dans la
détérioration du climat social. Il est plus préoccupé d’assurer et de préserver des situations de rente
et de monopole que de promouvoir les libertés. Il se refuse à la négociation, préfère la dérive
antisyndicale. Il est clair qu’il ne peut vivre en harmonie avec le peuple : œuvrer pour que tous les
Algériens, hommes et femmes, soient regardés et traités comme égaux en droits et en devoirs.
Chacun et chacune constatent l’échec de la politique du pouvoir en examinant l’école, l’emploi, les
logements, la santé. Le monde du travail a exprimé le ras-le-bol à l’égard d’un système politique
dépassé.
La politique sociale est injuste et inefficace
Les salariés ressentent l’absence de liberté syndicale comme la privation d’un droit naturel, comme
une humiliation qui est contraire à la dignité humaine. Quand des catégories de gens gagnent en un
mois ce que les salariés ne gagnent même pas en un an, il faut voir dans un tel écart de revenus un
danger pour la paix sociale. Qu’a fait le gouvernement pour atténuer les inégalités et les injustices
sociales ? Comment se fait la répartition du revenu national ? Qui a la part du lion ? Pourquoi ? Les
inégalités sociales sont excessives, l’éventail des salaires est très large, les riches sont toujours plus
riches et puis il y a les pauvres qui observent l’insolence du luxe, le non-respect de la dignité du
travail, des valeurs humaines et du sens de la vie, qui demandent la satisfaction de leurs
revendications les plus légitimes. Le contraste est saisissant entre l’avalanche de bienfaits pour les
privilégiés et la rigueur imposée aux salariés. Privilèges c’est, disent les dictionnaires Littré et
Robert : « Un droit particulier accordé à une catégorie d’individus en dehors de la loi commune ». Il
faut prendre en compte les énormes disparités sociales qui mènent le pays à la léthargie et
conduisent les salariés à supporter à eux seuls les poids des charges et des sacrifices. Le
gouvernement a oublié de prévoir pour ces derniers leur place pour le banquet de la vie. Augmenter
les salaires bas et moyens, c’est appliquer la politique de l’accordéon qui réduit les inégalités par les
deux bouts. Les gros salaires peuvent se priver de leur superflu pour aider ceux qui n’ont pas un
revenu minimum garanti pour vivre. Il ne s’agit même pas de justice sociale, tant la situation est
scandaleuse, mais d’obtenir les conditions minimales d’existence. Il est inconcevable, inacceptable
que le smig ne soit pas indexé sur le coût de la vie. La tétine vide que l’on tend au bébé pour le
calmer un moment, est-ce la solution entre la faim et le biberon ? Inflation et hausse galopante des
prix se conjuguent. Les prix augmentent, alors que le niveau de vie de la population ne cesse de se
dégrader. On ne peut masquer la réalité de l’inflation qui sacrifie le pouvoir d’achat. L’augmentation
des salaires ne sert à rien, si l’inflation qui est à 5,5% reprend le gain obtenu. Les salariés sont déçus
et amers, rien n’a changé à leur situation avec les augmentations des salaires annulées par l’inflation
et la cherté de la vie. Le pouvoir d’achat fond du fait de l’inflation. Il s’agit de ne pas pénaliser les
femmes dans leur emploi et dans leur carrière. Dans ce pays qui se fracture, craque de partout, le
silence des intellectuels sur le plan social témoigne-t-il de leur indifférence, de leur incompréhension,
de leur impuissance, ou de la satisfaction d’eux-mêmes ? Celui qui n’a pas développé en lui-même la
capacité de compatir, de ressentir la souffrance d’autrui, est un être malheureux.
Alger, le 30 avril 2010

Par Maître Ali Yahia Abdenour


Source : El Watan, édition du 02/05/2010