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A. de Ivánka La connaissance intuitive chez Kant et chez Aristote In: Revue néo-scolastique de

La connaissance intuitive chez Kant et chez Aristote

In: Revue néo-scolastique de philosophie. 33° année, Deuxième série, N°31, 1931. pp. 381-399.

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de Ivánka A. La connaissance intuitive chez Kant et chez Aristote. In: Revue néo-scolastique de philosophie. 33° année, Deuxième série, N°31, 1931. pp. 381-399.

: 10.3406/phlou.1931.2626 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/phlou_0776-555X_1931_num_33_31_2626

L'intuition chez Kant et chez Aristote

XVI

LA

CONNAISSANCE

INTUITIVE

CHEZ KANT

ET CHEZ

ARISTOTE

381

L'étude que nous présentons ici s'inspire d'une pensée fo rmulée par plusieurs philosophes, et dont il n'est guère besoin de souligner l'intérêt. L'analyse méthodiquement poursuivie de notre connaissance discursive aboutirait nécessairement à une forme de connaissance plus parfaite, à la connaissance intuitive. Celle-ci serait le fondement de l'autre, c'est-à-dire que seule la supposition d'une connaissance intuitive, une et intégrale, rendrait intelligible l'existence et justifierait l'exercice de notre connaissance discur sive, laquelle se compose d'éléments divers (données sensibles, raisonnement intellectuel) et procède par actes successifs. Il nous faut bien plutôt expliquer pourquoi nous nous sommes bornés, dans ce travail, aux systèmes d'Aristote et de Kant, étant donné les divergences profondes qui les séparent, quant au mode et à la valeur de notre connaissance. Plutôt que de se limiter à deux auteurs seulement et qui sont à tel point différents, n'eût-il pas été préférable — se demandera-t-on — d'examiner cette pensée sous toutes ses formes, c'est-à-dire dans toutes les théories de la connaissance? On en aurait dégagé les éléments communs et ob tenu de la sorte une idée qui tînt compte de tous les aspects de la question. Au contraire beaucoup de traits caractéristiques du pro-

mier stade d'un ordre nouveau qu'Aristote aurait commencé à introduire dans

son dernier cours de morale, mais ne serait pas arrivé à réaliser de façon comp

lète?

les faire considérer comme des exposés

renouvellement. Il en résulte que souvent ses derniers ouvrages, non seulement sont inachevés, mais se présentent sous l'aspect de développements mal ajustés les uns aux autres. L'Ethique à Nicomaque est bien du nombre. Quant à la composition générale du traité, M. M. croit que les livres litigieux V, VI et VII appartiennent originairement à l'Ethique eudémienne; mais, comme il n'a jusqu'ici exposé ses vues à ce sujet que de façon fragmentaire et occasionn elle,dans des comptes rendus ou dans des études consacrées à d'autres quest ions, il n'y a guère moyen de s'y arrêter ici.

Tout ce que nous savons,

en effet, sur l'origine

toujours en

de ses traités doit nous

voie de formation

et

de

382 ,

André de

blèmc devront nécessairement échapper, semble-t-il, en restre ignant la recherche d'une manière aussi arbitraire. Mais un examen plus approfondi de la question nous fera voir que ces deux systèmes philosophiques, quelles que soient d'ailleurs leurs divergences, envisagent ce pioblème de la même manière. Car tous deux, dans leur théorie de la connaissance, maintiennent une distinction foncière entre les données sensibles d'une part et

l'acte du raisonnement intellectuel d'autre part. Les autres systèmes philosophiques, au contraire, tendent à réduire la connaissance en

tière

C'est ainsi que l'atomisme ancien et l'empirisme moderne ne voient dans la connaissance que l'association des impressions sen sibles, physiques. Pour eux, la valeur de la connaissance ne dépasse pas celle de la sensation. De même le rationalisme, tel que le pro fessent Descartes et Leibniz, envisage la sensation comme une perception confuse, différant de la perception rationnelle par le degré de clarté seulement. La perception comporterait une forme imparfaite (sensation) et une forme parfaite (raison), mais ne comp orterait pas de degrés essentiellement distincts. Tous ces systèmes ne doivent donc pas recourir à un autre mode de connaissance pour unifier deux éléments qu'ils ont, à si bon compte, essentiellement identifiés. Seule la théorie affirmant que dans notre activité cognit ivela pensée ou la raison est essentiellement distincte de la sen sation devra chercher le point de coïncidence de ces deux formes de notre perception. Elle le trouvera dans la connaissance intui tive. Or, parmi les grands systèmes philosophiques, seuls ceux d'Aristote et de Kant, comme nous l'avons déjà dit, interprètent notre connaissance de la sorte. Nous pouvons donc légitimement aborder le problème en nous attachant à leur manière de voir. Il va de soi que la manière dont ces deux systèmes envisagent les éléments de ce problème et la solution qu'ils y apportent diffèrent. Il faudra, pour apprécier avec justesse les différences dans leur façon de concevoir la connaissance intuitive, analyser d'abord la manière dont ils se représentent notre connaissance discursive et retracer les raisons qui, logiquement, les ont conduits à admettre et à définir la connaissance intuitive.

à l'un de ces deux principes.

* * «

sibles

Comme on le sait, d'après Kant ce sont les impressions sen (die Empfindungen) *) qui constituent le donné immédiat,

*) Die Fâhigkeit (Receptivitàt) Vorstellungen durch die Art, wie wir von

L'intuition chez Kant et chez Aristote

383

l'pbjet direct de notre 'connaissance. L'ordre dans lequel ces im

pressions

pas être lui-même une impression *). C'est là une des thèses pr

imordiales

et celle de l'espace, dans lesquelles toutes nos impressions nous sont données, sont donc subjectives. Il nous est impossible de nous figurer même des impressions sensibles qui ne soient accompagnées de ces, intuitions. Or cette impossibilité prouve que ces intuitions sont la condition subjective de la perception et non la perception elle-même, ce qui est perçu.

'Les mathématiques sont indépendantes de l'expérience, leurs axiomes étant fondés sur les formes pures de la perception. Cette

valeur « à priori » confirme la doctrine de la subjectivité des intui tions d'espace et de durée. Car ces formes de la perception sont naturellement indépendantes des perceptions elles-mêmes, elles les précèdent dans notre connaissance, elles sont la condition même de leur ordre. La possibilité d'appliquer les mathématiques aux objets sensibles prouve, une fois de plus, le caractère subjectif de ces deux formes de la perception. Etre dans l'espace, être dans le temps, sont par conséquent les formes que doit prendre le donné sensible, pour s'adapter aux conditions du sujet connaissant. Mais les impressions sensibles, bien que organisées de cette manière par les formes à priori de la réceptivité perceptive (Recep- tivitàt der Eindriicke : Sinnlichkeit) n'ont cependant pas de valeur cognitive, tant qu'elles ne sont pas élevées, par un acte de sponta néitéintellectuelle (« Spontaneitat der Erkenntnisse » : Verstand) à la sphère de la pensée, c'est-à-dire de l'aperception consciente.

s'imposent à nous est déjà subjectif, car cet ordre ne peut

du système kantien. Les deux intuitions, celle du temps

sans que

nous en ayons conscience, cet état n'est qu'un fait physique et ne

En effet, tant que notre sensibilité seule est affectée,

GegenstàndSn afficiert werden, zu bekommen, heisst Sinnlichkeit (33). Die Wir- kung eines Gegenstandes auf die Vorstellungsfâhigkeit, sofern wir von dem-

selben afficiert werden, ist Empnndung (34) [les nombres ajoutés aux citations

de la

Raison Pure » de Kant] . ') In der Erscheinung nenne ich das, was der Empnndung korrespondiert,

die Materie derselben, dasjenige aber, welches macht, dass das Mannigfaltige der Erscheinung in gewissen Verhâltnissen geordnet werden kann, nenne ich

se rapportent aux pages de la seconde édition (de

1787) de la «Critique

die Form der Erscheinung. Da

ordnen, und in gewisse Formen gestellt werden kônnen, nicht selbst wiederum Empnndung sein kann, so ist uns zwar die Materie aller Erscheinungen a poster iori gegeben, die Form derselben aber muss zu ihnen insgesamt im Gemùte a priori bereit liegen (34).

das, worinnen sich die Empnndungen allein

384

'André de foanka

rentre pas encore dans la connaissance comme un de ses éléments. Il faut donc que chaque perception, pour devenir vraiment cognit ive, soit accompagnée d'un acte de l' autoconscience intellec

tuellel). d' Même cela ne suffit pas encore ; car les actes successifs autoconscience accompagnant les impressions ne constitueraient qu'une autoconscience intermittente et fragmentaire ; ils ne per

mettraient

actes successifs 2). Il faut que le même acte intellectuel qui rend

les impressions conscientes, les perçoive comme nécessairement, comme essentiellement liées 3). Seul ce lien, réunissant une impres sionà l'autre, permet de constater l'identité du moi conscient dans les perceptions d' successives, qu'il réunit dans l'identité d'un seul

autoconscience. En effet dès que ce lien existe, la repro

acte

duction d'une perception antérieure ne constitue plus un acte dis parate avec la perception actuelle qui lui disputerait la place dans

la conscience ;

l'identité du moi conscient, aussi bien dans l'acte présent que dans l'acte antérieur 4). La connexion universelle de toutes nos impres

sionsest donc une condition indispensable de leur perception intel lectuelle 5). Cependant, cette connexion est l'œuvre de l'intellect seulement : la perception sensible ne peut jamais nous la donner, elle ne peut nous en fournir que des éléments 6). Les rapports de

pas de constater l'identité du moi connaissant dans ses

car alors toutes les perceptions sont unies dans

*) Das « Ich denke » muss aile meine Vorstellungen begleiten kônnen ; denn sonst wiirde etwas in mir vorgestellt werden, was gar nicht gedacht werden

kônnte, welches ebensoviel heisst, als : die Vorstellung wûrde entweder unmôg-

lich, oder fur mich nichts sein

2) Dièse Beziehung (à savoir de la sensation au « moi » conscient) geschieht also dadurch noch nicht, dass ich jede Vorstellung mit Bewusstsein begleile,

8ondern dass ich eine zu der anderen hinzusetze und mir der Synthesis dcrsclben bewusst bin '( 133) .

dass ich das Mannigfaitige der Vorstellungen in einem

(131-32).

') Nur dadurch,

Bewusstsein begreifen kann, nenne ich dieselben insgesamt meine Vorstellungen ;

denn sonst wiirde ich ein so vielfarbiges, verschiedenes Selbst haben, Vorstellungen habe, deren ich mir bewusst bin (134).

*) Nur dadurch, dass ich ein Mannigfaltiges gegebener Vorstellungen in

einem Bewusstsein verbinden kann, ist es môglich, dass ich mir die Identitdt des Bewusstsein8 in diesen Vorstellungen selbst vorstelle (133). ') Das erste reine Verstandeserkenntnis also, worauf sein ganzer iibriger

Gebrauch sich griindet

Einheit der Apperception (137). 8) Allein die Verbindung (conjunctio) eines Mannigfaltigen ùberhaupt kann niemals durch Sinne in uns kommen (129).

als ich

ist der Grundsatz der urspriinglichen synthetischen

L'intuition chez Kant et chez Aristote

385

succession, de coexistence, etc., qui résultent de la sériation tem porelle et spatiale de nos perceptions, ne constituent pas des con

nexions nécessaires ;

connexion intellectuelle pour pouvoir prendre conscience de la suc

cession.

au contraire,1 il faut supposer d'abord une

Cependant s'il existe une connexion nécessaire et univers

elleentre nos impressions, elle ne peut se trouver que dans ces rapports, car seuls ils relient toutes nos impressions. Donc, si notre

intelligence doit percevoir nos impressions comme liées entre elles par des connexions nécessaires, afin de pouvoir en prendre con

science,

elle ne peut d'autre part établir des connexions toutes

nouvelles,

purement intellectuelles, et n'ayant rien de corrélatif

dans les données des sens. Elle pourra seulement percevoir ces

rapports de manière à ce qu'ils deviennent des connexions nécess aires, par la façon même dont elle les perçoit. Or, le seul moyen d'y arriver, est de concevoir ces rapports comme l'expression d'un rapport existant entre nos impressions, en dehors même de leur succession ou de leur coexistence dans notre perception, et qui soit la raison en vertu de laquelle nous percevons un tel rapport. Il faut supposer par conséquent que les impressions sont la repré

sentation

perception de ces impressions et du rapport qui les unit. L'unité

d'un objet

qui par sa nature même rend compte

de

la

de l'objet auquel nous rapportons les impressions sensibles, ex

plique

l'union intellectuelle de ces impressions ; union sans la

quelle

elles ne pourraient être connues. Dès que nous concevons

ces impressions comme représentant un ordre existant réellement

dans l'objet qui se trouve à l'origine de nos impressions, le rap port perçu devient une connexion nécessaire *). Pour percevoir nos impressions dans une connexion nécess aire, il faut par conséquent les objectiver ; en d'autres termes, la forme de la perception intellectuelle est l'objectivation. C'est pourquoi l'intelligence, la faculté de la connaissance (« Vermôgen

der Erkenntnisse », 137), est aussi appelée

par Kant : faculté de

l'objectivation des impressions (« Vermôgen den Gegenstand sinn-

*) Wir finden, dass unser Gedanke von der Beziehung aller Erkenntnis auf ihren Gegenstand etwas von Notwendigkeit bei sich fùhre, da namlich dieser als dasjenige angesehen wird, was dawider ist, dass unsere Erkenntnisse nicht aufs Geratewohl oder beliebig, sondern a prion auf gewisse Weise bestimmt sind, weil, indem sie sich auf einen Gegenstand beziehen sollen, sie auch notwen- diger Weise in Beziehung auf diesen untereinander ùbereinstimmen, d. i. die- jenige Einheit haben miissen, welche den Begriff von einem Gegenstande aus- macht (pages 104-05 de l'édition première — de 1781).

386

'André de Ivanka

licher Anschauung zu denken », 75). Connaissance du. donné et objectivation du donné, ne sont qu'un seul et même acte de l'i ntelligence vu sous deux aspects différents. Les connexions intel lectuelles de nos impressions sont l'objectivation des rapports exis tant entre nos impressions dans la sériation temporelle. Les con cepts intellectuels exprimant les formes de ces connexions, les

catégories, sont l'objectivation conceptuelle des différents types de rapports pouvant exister dans la sériation temporelle tant des im pressions elles-mêmes que dans leur ordre d'ensemble. La percept ionimaginative de l'aspect formel de ces types de rapports, le

« Schema » comme Kant l'appelle, est

donc le « tertium compa-

rationis » qui permet de subsumer un rapport donné entre des

impressions concrètes, sous un rapport intellectuel *), et en con

séquence

les différentes formes des rapports temporels. C'est ainsi qu'aux différentes catégories de la Quantité : Unité, Pluralité et Totalité, correspond le « nombre » comme moyen de mesurer et de saisir une grandeur quelconque. C'est la répétition

imaginative de l'unité perçue qui, à la perception actuelle de cette unité, joint la perception de la série temporelle constituée par les réitérations déjà passées, de cette même perception. De même : Aux catégories de la Qualité : Réalité, Négation, Limitation, correspond la perception du temps comme rempli ou vide d'impressions. A la catégorie de Substance, correspond la per

ception

en lui. A la catégorie de Causalité, répond la succession d'un réel à un autre, dès que le premier est posé. A la catégorie de Dépen dance mutuelle, répond la simultanéité de l'existence ou de la non- existence d'un réel avec celle d'un autre. A la catégorie de la Poss ibilité, répond la concordance des rapports entre des réels avec les conditions du temps (à savoir : que deux contraires ne peuvent exister en même temps). A la catégorie de l'Existence, répond le réel donné à un moment déterminé. A la catégorie de la Nécessité, le réel donné est perçu en tout temps 2).

de les objectiver. Ces

« Schemata » ne

sont

donc que

d'un réel qui persiste inaltéré dans les changements perçus

was einerseits mit der Kate-

gorie, andrerseits mit der Erscheinung in Gleichartigkeit stehen muss, und die Anwendung der ersteren auf die letzte môglich macht (177). Dieses Dritte sind

welche die

allgemeine Bedingung enthalten, unter der die Kategorie allein auf irgend einen Gegenstand angewendet werden kann (179). 3) Pour bien faire ressortir la différence fondamentale qui sépare Kant d'Aris-

die sogenannten Schemata, formale Bedingungen der Sinnlichkeit

*)

Es ist klar, dass es

ein Drittes geben musse,

L* intuition chez Kant et chez Aristote

387

Le principe fondamental de la perception intellectuelle — à savoir que les impressions doivent être conçues comme étant néces sairement toutes liées entre elles — s'exprime d'après la diversité des connexions possibles, dans une quantité de propositions. Telles les suivantes : Toute impression doit être une grandeur étendue. Toute impression doit avoir une intensité. Tout ce qui subit un changement reste aussi inaltéré ; car dans tout changement, il y a un élément qui demeure inchangé. Tout changement descend comme effet d'une cause antérieure, etc. Pour être perçues inte llectuellement, les impressions^ doivent donc être conçues comme soumises à ces lois. Par là, on comprend comment ces" lois s'appliquent nécessai rement, universellement à tout ce qui est objet de notre connais sance; encore qu'elles ne soient pas contenues logiquement dans le concept même de ce qui nous est donné, comme le concept de cause par exemple dans celui d'un changement quelconque (Cr. d. 1. R. P.2 13). Ainsi se résout pour Kant, le problème des jugements synthétiques à priori. Mais par la même raison, ces lois ne valent que pour les objets de notre connaissance subjective. En effet, puisqu'elles sont l'objectivation des rapports fondés sur la forme

tote, dans la manière dont le premier établit les catégories, il fallait insister sur la valeur qu'ils accordent aux « schemata ». En effet Kant dans son exposé de la « Transcendentale Deduction der reinen Verstandesbegriffe » (aussi bien dan» la première édition que dans la seconde) pourrait faire croire (quelques comment ateursl'ont compris de la sorte) qu'il déduisait les catégories des diverses formes

logiques du jugement.

tion», la méthode suivie pour établir les catégories. Les connexions que notre

intelligence établit entre nos impressions par ces catégories quand elle se forme un concept objectif de ces impressions, sont nécessairement analogues aux con nexions que notre intelligence constate entre nos concepts, quand il en forme un jugement. (« Derselbe Verstand, und zwar durch eben dieselben Handlungen, wodurch er in Begriffen vermittelst der analytischen Einheit die logische Form eines Urteils zu Stande brachte, bringt auch, vermittelst der synthetischen Ein heit des Mannigfaltigen in der Anschauung ûberhaupt, in seine Vorstellungen einen transzendentalen Inhalt », 105). Mais ce serait mal comprendre cette ana logie que de croire que les catégories résultent des formes différentes des juge ments. Au contraire, si de telles formes de rapports logiques existent entre nos concepts, c'est parce que la synthèse des impressions dans l'élaboration du concept s'est faite suivant ces mêmes formes. Conclure des formes du jugement

Il est vrai que c'est là, chez

Kant, la

« voie de l'inven

aux catégories,

strict une déduction.

faden der Entdeckung der reinen Verstandesbegriffe » et celle qui suit : « Deduct ionder reinen Verstandesbegriffe » .

c'est conclure de l'effet à la

cause.

Ce n'est donc pas au sens

Aussi Kant appelle-t-il cette partie de son système : « Leit-

388

André de Ivanka

de notre perception sensible, elles sont subjectives comme cette forme elle-même, et n'ont de valeur que pour une intelligence qui comme la nôtre, reçoit le matériel de ses connaissances par le moyen de la perception sensible seulement x). On n'a pas le droit cependant, de regarder la forme de notre perception sensible comme la seule possible 2). Ainsi pour une intelligence qui per cevrait les objets de sa connaissance dans l'acte même de l'auto-

conscience (c'est-à-dire pour une intelligence intuitive) les catégor iesn'auraient aucune valeur 3). C'est ici que nous rencontrons pour la première fois chez Kant le concept de l'intelligence intuitive. Ce n'est encore qu'un con cept problématique, destiné à nous faire comprendre, la subject ivité de notre manière de connaître, en lui opposant une autre manière de connaître dont l'existence est au moins possible. Quel motif avons-nous d'attribuer à cette connaissance intui tive, sinon une existence réelle, au moins une valeur égale à celle des formes de notre connaissance? Car nous pouvons voir dès maintenant que la valeur de ce postulat, même s'il était indi spensable pour sauvegarder la légitimité de notre connaissance tout entière, ne peut être que subjective ; puisque la valeur de -notre connaissance aussi n'est que subjective. Le but de notre activité cognitive ne peut être atteint qu'au moment où l'ensemble de nos impressions est transformé intégrale- ment, en une unité conceptuelle adaptée à la connaissance intel

lectuelle.

Il s'agit donc non seulement de relier les impressions

par les catégories, mais de les concevoir quant à leur essence par

ticulière

dans une unité intellectuelle qui nous fasse saisir intelle

ctuellement,

même le côté matériel du donné de notre connaissance.

léter,

A première vue

l'on pourrait croire que la raison doit comp

dans ce sens, l'unité intellectuelle établie par les catégo-

') Allein von einem Stûcke konnte ich im obigen Beweise doch nicht abstra-

hieren, namlich davon, dass das Mannigfaltige fiir die Anschauung noch vor der Synthesis des Verstandes und unabhângig von ihr gegeben sein musse (145).

denn man kann von der Sinnlichkeit doch nicht behaupten, dass sie '

die einzige môgliche Art der Anschauung sei (310).

') Denn durch das Ich, als einfache Vorstellung, ist nichts Mannigfaltiges

gegeben

Ein Verstand, in welchem durch das Selbstbewusstsein zugleich ailes

Mannigfaltige gegeben wiirde, wûrde anschauen; der unsere kann nur denken

Wollte ich mir einen

Verstand denken, der selbst anschaute

so wûrden die Kategorien in Ansehung

und muss in den Sinnen die Anschauung suchen

2)

".

eines solchen Erkenntnisses gar keine Bedeutung haben (145).

L'intuition chez Kant et chez Aristote

389

ries. Mais la raison ne s'occupe pas directement des impressions

particulières ; son objet lui est fourni par l'intelligence, tout comme l'objet de celle-ci est fourni par les impressions 1). A supposer même que la raison réussisse à établir, d'une manière suffisante et logiquement irréprochable, cette unité rationnelle, elle ne réa liserait qu'une des deux conditions requises pour l'unité complète de notre connaissance. En effet elle donnerait alors un système cohérent des règles qui président à l'intelligence, mais sans nous indiquer encore le moyen de subsumer intégralement les données sensibles sous les règles de l'intelligence 2). Mais, — il est import antde le remarquer en vue de la comparaison à établir sur ce point avec la doctrine d'Aristote — cette unité que la raison tend à établir dans les règles de l'intelligence, n'est pas une unité intel

lectuelle

vertu de

même entrevoir 4). L'intellect demande seulement que, de tout ce qui est condi tionné, on puisse remonter à une condition. Sans doute, la série des conditions conditionnées nous amène finalement à l'incondi tionné,l'absolu, renfermant la totalité des conditions qui déter minent et constituent la série des conditionnés telle que nous la percevons ; mais ceci est un postulat de la raison seulement. C'est précisément en rapportant les règles de l'intelligence au concept de l'inconditionné que la raison établit son unité systématique 5). Car la nature particulière de la raison lui fait concevoir ses objets comme nécessaires ; sans quoi, elle ne peut en aucune façon les

;

c'est une unité d'un

ses principes à

elle,

autre ordre et que l'intelligence en

ne saurait jamais ni

réaliser 3) ni

') Der Verstand macht fur die Vernunft eben so einen Gegenstand aus, als die Sinnlichkeit fiïr den Verstand (692). 2) Sie (die Vernunft) sucht die grosse Mannigfaltigkeit der Erkenntnisse des

Verstandes auf die kleinste Zahl der Principien (allgemeiner Bedingungen) zu bringen und dadurch die hôchste Einheit derselben zu bewirken (361).

auf den Verstand, um den mannigfaltigen Erkennt-

*) Die Vernunft

geht

nissen desselben Einheit a priori durch Begrifîe zu geben, welche Vernunfteinheit heissen mag und von ganz anderer Art ist, als sie von dem Verstande geleistet werden kann (359). 4) So bezieht sich demnach die Vernunft auf den Verstandesgebrauch ihm die Richtung auf eine gewisse Einheit vorzuschreiben, von der der Verstand \einen Begriff hat und die darauf hinausgeht, aile Verstandeshandlungen in An- sehung eines jeden Gegenstandes in ein absolutes Ganzes zusammenzufassen (383). 5) (Die Vernunft) sucht die synthetische Einheit, welche in der Kategorie gedacht wird, bis zum Schlechthinunbedingten hinauszufuhren.

um

390

André de ïvanka

connaîtreelle ignore1).ceOrpostulat.l'intelligence n'a pas ce besoin, cette exigence,

La « Dieu »

inconditionné, absolu, sous les trois rapports que tout objet donné a nécessairement, à savoir : 1° d'être contenu dans la conscience d'un moi connaissant, 2° d'être rattaché par les catégories à tous les autres objets réels, 3° d'être déterminé positivement ou néga tivement, par tous les prédicats entitatifs possibles. De plus, la raison nous oblige à penser des séries de conditions ultérieur ementconditionnées, comme si elles tendaient vers l'inconditionné. Elle répond ainsi à un besoin qui existe indépendamment de notre connaissance intellectuelle, dans notre nature rationnelle, celui de penser l'absolu et d'y rapporter les objets de notre connaissance. En effet, la connaissance intellectuelle, l'intelligence peut se réaliser complètement sans ces trois idées ; ou plutôt, ces idées conçues comme objet d'une connaissance intellectuelle, contre disent immédiatement aux règles de l'intelligence, laquelle de mande que tout objet soit ultérieurement conditionné (les « Anti nomies »). En fait, notre nature morale réclame ces trois idées comme des conditions nécessaires, rendant possible son existence et son développement par l'action 2). L'unité systématique que la raison imprime aux objets de notre connaissance en les rapportant à l'absolu, n'est donc pas, même pour Kant, une condition subjective de leur connaissance intellectuelle, comme l'étaient les règles de l'intelligence. Cette unité n'est pas non plus un perfectionnement de l'unité intellec tuelleque les règles de l'intelligence y ont introduit. En réalité cette unité n'est que le moyen de mettre nos connaissances en rapport avec les principes de la moralité. Même si, comme il a été dit précédemment, la raison n'était

raison forme les idées du

(Dieu

« Moi

»,

du

« Monde »,

et

de

étant : ens realissimum,) pour avoir un corrélatif

') Die Vernunft kann ailes nur a priori und als notwendig oder gar nicht

erkennen (803). Sie geht von dem Grundsatze aus, dass sich die Reihe der Bedin- gungen (in der Synthesis der Erscheinungen, oder auch des Denkens der Dinge

zu dem bedingten

Erkenntnisse des Verstandes das Unbedingte zu finden, womit die Einheit des-

selben vollendet wird (364). 2) Die letzte Absicht der weislich uns versorgenden Natur bei der Einrich- tung unserer Vernunft ist eigentlich nur aufs Moralische gestellt (829).

Les

iiberhaupt) bis zum Unbedingten erstrecke (356) sie sucht

Les citations

qui suivent

sont prises de

la

« Kritik der Urteilskraft » .

nombres se rapportent aux pages de l'édition de 1790. '

V intuition chez Kant et chez Aristote

391

que l'achèvement des règles de l'intelligence, et l'intégration comp lète de l'unité établie par les connexions des catégories, elle ne réaliserait de ce fait que la moitié seulement de l'unification que requiert la perfection de notre connaissance. Car les axiomes de l'intelligence que la raison ramènerait à l'unité d'une manière par faite ne contiennent que la règle générale, suivant laquelle tous les objets de notre connaissance doivent nécessairement être reliés, par les diverses formes des catégories, suivant les rapports perçus entre nos impressions. Les termes de la connexion des catégories, c'est-à-dire les ob

jets

leur être spécial et individuel. Le principe de causalité par exemple, constate seulement que, à chaque changement dans l'état d'un ob jet quelconque, un autre changement doit précéder comme sa cause. Mais ce principe ne détermine ni la qualité ni les condi tions particulières du changement antérieur ; il nous faut les cher cher pour chaque cas particulier dans l'expérience. La connexion seule est donc nécessaire, tandis que les déterminations particul ièresdes objets liés entre eux — par exemple : à tel changement correspond précisément tel autre, comme sa cause — sont des faits empiriques, et par conséquent contingents au point de vue de la règle de l'intelligence. Nous ne pouvons déduire ces faits que par l'observation réitérée de la succession d'un effet donné à une cause déterminée. Or le lien établi entre tel effet et telle cause,

reliés par cette connexion, ne sont pas par là déterminés dans

bien que nous

pourra jamais atteindre au caractère de nécessité du principe de

causalité lui-même. Jamais il ne sera, en son essence particulière, concevable pour l'intelligence, toujours il restera empirique. Mais l'unité de notre connaissance demande que ces con

nexions

objets — contingents et accidentels du point de vue de l'intell igence— puissent être comprises en vertu de quelque autre prin cipe universel, comme réalisant une unité nécessaire et systémat

ique1).

La seule forme qui permette de ramener à une unité nécess aire une diversité quelconque, dont les éléments ne sont pas reliés

l'ayons vu vérifié dans tous

les cas observés, ne

empiriques entre les objets et les divers états des mêmes

') Es miissen (fiir das Empirisch-Einzelne) doch auch Gesetze sein, die zwar, als empirische, nach unserer Verstandeseinsicht zufallig sein mogen, die aber

doch

faltigen als notwendig angesehen werden mûssen. XXVI.

aus einem, wenngleich uns unbekannten Princip der Einheit des Mannig-

392

'André de

par la causalité, c'est la finalité. En effet, dès que les parties d'un

tout ne

externes et que le tout n'est pas un effet de la coopération

causes,

qu'un ordre inverse à celui de la causalité ; en d'autres termes, l'existence du tout ne sera possible que si les parties vérifient pré

sont pas causées dans leur être concret,

il

ne

nous

est possible de

par des causes

de ces

nous figurer entre ces parties

cisément

telles dispositions et telles qualités, c'est-à-dire à la con

dition

que le tout soit la fin des parties ')• De la sorte, les parties

ne déterminent pas le tout, mais le tout détermine les parties, elles s'y ramènent. Nous devons par conséquent supposer — afin de

pouvoir les intégrer dans l'unité systématique de notre connais sance— que tous les faits empiriques qui dans leur existence par ticulière ne sont pas déterminés par le principe de causalité, le

sont au moins par la finalité. C'est l'ensemble, le tout du monde, qui comme fin ultime de toutes les réalités, exigera précisément et tel objet particulier et tel état et telle condition de cet objet, parce que cet objet est une de ses parties. Outre cette raison générale de supposer la finalité comme prin

cipe

causalité,

déterminant de ce qui est contingent au

il

y

a dans

le domaine

la

de notre connaissance un cas

point de

vue de

qui nous contraint d'admettre le même principe. C'est celui des

êtres vivants. Il ne s'agit plus seulement ici de faits contingents

ne pouvant être compris dans un ordre systématique

suppose la finalité ; mais -chez eux nous voyons une activité- con crète qui suit ce principe : tel est bien le cas des êtres vivants. En eux le tout détermine manifestement les parties. Chaque organe est constitué et conformé en vue de la fonction qu'il exerce, en vue de l'ensemble du vivant. Le but — la forme complète — est devenu en eux une force motrice qui dans le développement organique dirige la matière d'une manière différente de celles que suivraient les forces organiques agissant seules. Cette même force dirige les fonctions assurant la conservation du vivant, dont l'organisme est constitué ; elle imprime aux éléments corporels des réactions qui s'opposent, parfois d'une manière évidente, aux lois de la causa-

si

l'on

ne

die Môglichkeit der Teile (ihrer Beschaffenheit und Ver-

nur so

geschehen, dass die Vorstellung eines Ganzen den Grund der Môglichkeit der Form desselben und der dazu gehôrigen Verknûpfung der Teile enthalte (349-350). Der Begriff von einem Objekt, sofern er zugleich den Grund der Wirklichkeit dieses Objekts enthâlt, heisst Zweck XXVIII.

bindung nach) als vom Ganzen abhângend vorstellen, so kann dieses

*) Wollen wir uns

L'intuition chez Kani et chez Aristote

393

lité que ces éléments suivent par eux-mêmes *). Plus encore que les faits empiriques en général, les êtres vivants nous obligent donc à admettre qu'il est impossible de concevoir l'ensemble des objets de notre expérience comme une unité parfaite et cohérente, sans recourir à la finalité, comme au principe de détermination pour le* détail des objets. Cependant l'efficacité réelle d'un but, n'est concevable pour nous, que par l'opération d'une intelligence agissant en vue de ce but. Il nous est en effet impossible de nous figurer qu'un tout non

encore existant puisse agir sur ses parties et prédisposer la matière dont il sera formé à prendre la forme complète, à moins de con cevoir la forme parfaite existant dans une intelligence, laquelle se la propose comme fin de son opération. Admettre la finalité comme principe de détermination des objets, c'est supposer en même temps, qu'ils sont produits par l'opération d'une intelligence 2). L'idée d'une intelligence créatrice, opérant selo^ le principe de finalité, est par conséquent une condition nécessaire pour l'unité complète de notre connaissance 3).

Il

est évident que

cette idée

est subjective, car le concept

même de l'efficacité d'une fin, par l'opération d'une intelligence, est déduit de notre manière d'agir, et rien ne nous permet d'affi rmerqu'une telle manière d'agir existe réellement hors de nous. Le seul motif nous le faisant supposer, c'est qu'il n'y a pas pour nous d'autre manière possible de ramener à un principe universel ce qui est contingent dans l'ordre causal. Sous ce rapport cette idée ne diffère en rien des trois idées de la raison qui, par leur réduction à l'absolu, réunissaient dans une unité systématique les séries de données fournies par l'intelligence. Or le besoin de rame nerla détermination du détail des objets à un principe universel et

') Ein organisiertes Wesen ist also nicht bloss Maschine, denn die hat ledig-

lich bewegende Kraft, sondern^es besitzt in sich bildende Kraft, und zwar eine

solche, die es den Materien mitteilt, welche sie nicht haben (sie organisiert) (292-93). Es ist namlich ganz gewiss, dass wir die organisierten Wesen und deren innere Moglichkeit nach bloss mechanischen Principien der Natur nicht einmal zureichend kennen lernen, viel weniger uns erklâren konnen (337).

ùber die Moglichkeit jener Dinge und ihre Erzeugung nicht

anders urteilen,

wirkt, mithin ein Wesen denke, welches nach der Analogie mit der Kausalitat eines Verstandes produktiv ist (333).

Dingen in einem ur-

sprûnglichen Verstande als Weltursache suchen (354).

2) lch kann

s)

als wenn ich mir zu

dieser eine Ursache,

die nach Absichten

Wir miissen den obersten Grund zu alien solchen

394

André de lvan\a

systématique, n'est pas une condition pour la connaissance intel lectuelle des objets, celle-ci ne demande que la valeur universelle des catégories ; mais elle est un besoin de la raison, au même titre que le besoin d'unifier les règles de l'intelligence dans une unité systématique en les ramenant à l'absolu. Le concept satisfaisant à ce besoin est donc également subjectif dans les deux cas. Il y a toutefois une différence fondamentale entre les trois

idées de l'Ame, du Monde et de Dieu comme être premier d'une part, et l'idée d'un intellect créateur, opérant suivant le principe de la finalité d'autre part. Le motif nous faisant supposer l'exi

stence des premières idées,

comprendre les règles de l'intelligence dans une unité systémat ique.Leur fonction est précisément de ramener les règles de l'i ntelligence à une unité, qui ne nous est donnée nulle part sinon dans le besoin.de notre raison même. Or dans le cas de l'intelligence créatrice, ce motif se trouve dans notre connaissance empirique, bien que l'idée que nous croyons avoir le droit d'en déduire soit subjective : notamment le

fait que dans notre connaissance, il y a des objets donnés qui ne peuvent être suffisamment expliqués par la causalité seule *). L'idée même de l'explication de certains objets par l'action d'une intell igence opérant en vue dune fin, a beau être subjective, ces objets étant inexplicables par le principe de causalité, ils fournissent par le fait même l'occasion de concevoir cette idée subjective.

c'est la

tendance de notre raison à

Or ce qui rend possible cette idée,

c'est

la nature même de

notre connaissance intellectuelle. Car notre intelligence qui, en s

ubordonnant

xpérience, recompose dans la connaissance l'unité de l'objet exté rieur en reliant par les catégories les données isolées 2), ne peut com prendre un tout donné sinon comme causé par la combinaison de

les données spéciales sous les règles générales de l'e

*) Es verhâlt sich mit dem Begriffe eines Naturzwecks zwar ebenso, was die Ursache der Môglichkeit eines solchen Prâdikates betrifît, die nur in der Idee iiegen kann ; aber die ihr gemâsse Folge (das Produkt selbst) ist doch in der Natur gegeben, und der Begriff einer Kausalitât der letzteren, als eines nach Zwecken handelnden Wesens, scheint die Idee eines Naturzwecks zu einem konstitutiven Princip desselben zu machen, und darin hat sie etwas von alien anderen Ideen Unterscheidendes (345). 2) Unser Verstand hat die Eigenschaft, dass er in seinem Erkenntnisse z. B. der Ursache eines Produkts, vom Analytisch-Allgemeinen (von Begriffen) zum Besonderen (der gegebenen empirischen Anschauung gehen muss ; wobei er also in Ansehung der letzteren nichts bestimmt, sondera dièse Bestimmung fur die

L'intuition chez Kant et chez Aristote

395

1 efficacité causale de

ses parties *). Ainsi un objet dans lequel

le

tout détermine les parties, doit nécessairement échapper à la com préhension de notre intelligence. La dernière raison de ce fait est la séparation dans notre connaissance de la faculté primaire de perception, la sensibilité, d'avec la faculté de connaissance object ive, l'intelligence ; en d'autres termes, la passivité de notre con naissance.

Notre activité intellectuelle se borne à introduire un ordre à priori dans un matériel donné par ailleurs ; voilà pourquoi il y a, dans notre connaissance, cette différence profonde entre ce qui est nécessaire (c'est-à-dire ce qui dans le donné s'adapte à cet ordre de manière à pouvoir en être déduit) et ce qui est contingent (c'est- à-dire ce qui dans le donné ne s'y adapte pas entièrement). L'objet d'une intelligence qui joindrait à l'acte de la pensée celui de la perception, trouverait dans son autoconscience même le lien unis sant ces perceptions, sans devoir recourir pour cela aux connexions des catégories. L'objet perçu par une telle intelligence ne serait ni nécessaire (c'est-à-dire suffisamment déterminé par ces connexions) ni contingent (c'est-à-dire exigeant une détermination ultérieure), mais il serait simplement réel 2). Par conséquent seule l'intell igence qui dans l'acte de l' autoconscience même percevrait la total ité de ses objets, c'est-à-dire une intelligence intuitive, est capable de concevoir en une unité complète et intégrale, ce qui pour nous inévitablement se partage en deux éléments hétérogènes : le néces saire et le contingent. L'unité de 1* autoconscience intuitive suffit à unir les éléments de la connaissance, pour elle il n'est pas nécess aire de les relier par les connexions des catégories ; ni par con-

Urteilskraft von der Subsumption der empirischen Anschauung Begriff erwarten muss (348).

') Nach der BeschaflFenheit unseres Verstandes ist

unter den

ein reaies Ganze der

Natur nur als Wirkung der konkurrierenden bewegenden Krâfte der Teile anzu- sehen (349). 2) Wâren zu dieser ihrer (se. der Erkenntnisvermôgen) Ausiibung nicht zwei ganz hétérogène Stiicke, Verstand fur Begriffe, und sinnliche Anschauung fur Objecte, die ihnen korrespondieren, erforderlich, so wûrde es keine solche Unter- scheidung (zwischen dem Môglichen und Wirklichen) geben (340). Fiir einen Ver- stand, bei dem dieser Unterschied nicht eintrâte, wùrde es heissen : aile Objekte, die ich erkenne, sind (existieren) ; und die Môglichkeit einiger, die doch nicht existieren, d. i. die Zufâlligkeit derselben, wenn sie existieren, also auch die davon zu unterscheidende Notwendigkeit, wurde in die Vorstellung eines solchen Wesens gar nicht kommen konnen (341-42).

396

'André de îvanka

sequent de recomposer l'unité de l'objet perçu en unissant ses éléments suivant les catégories. L'intelligence intuitive perçoit la partie dans le tout, et non pas comme notre intelligence le tout par ses parties *). Avec l'usage des catégories cesse nécessaire mentl'acte de l'intelligence qui en est le fondement : l'objectiva- tion des données perçues. Inversement, les catégories ne sont rien d'autre que l'application de cet acte aux rapports établis dans nos impressions. Dès que la connexion des éléments de la connaissance ne demande pas un acte spécial de l'intelligence, mais qu'elle est

donnée par

prenant ces éléments dans l'unité immédiate de son propre acte, il n'y a plus lieu de rapporter cette connexion à un objet extérieur

pour fournir une raison de

Pour une intelligence de

identique à l'objet perçu ; elle ne connaît pas comme la nôtre les objets par l'impression reçue passivement dans ses facultés de per ception sensible. Notre intelligence rapporte les impressions don nées dans sa passivité sensible à un objet comme à une cause extra subjective de ce qui est présent dans la conscience ; alors qu'une intelligence intuitive est, par son autoconscience même, la cause de ces objets 3). En elle, la dualité d'objet représenté et de repré sentation subjective cesse et se fond dans l'unité d'une activité intellectuelle qui est à la fois pénétration spirituelle et production réelle 4).

l'unité de l' autoconscience intuitive elle-même com

sa

ce

nécessité et de son

universalité 2).

genre, la

perception de l'objet est

') Nun kônnen wir uns aber auch einen Verstand denken, der weil er nicht

wie der unsrige diskursiv, sondern intuitiv ist, vom Synthetisch-Allgemeinen (der Anschauung eines Ganzen als eines Solchen) zum Besonderen geht d. i.

vom Ganzen zu den Teilen,

Zufâlligkeit der Verbindung der Teile nicht in sich enthâlt (348-49).

a) Derjenige Verstand, durch dessen Selbstbewusstsein zugleich das Mannig-

der also und dessen Vorstellung des Ganzen die

faltige der Anschauung gegeben wiïrde

Synthesis des Mannigfaltigen zu der Einheit des Bewusstseins nicht bedûrfen,

deren der menschliche Verstand, der bloss denkt, nicht anschaut, bedarf (p. 139

wùrde einen besonderen Aktus der

de la

a Cr.

d.

1.

R.

P.2 »).

*) Derjenige Verstand, durch dessen Selbstbewusstsein zugleich das Mannig-

faltige der Anschauung gegeben wûrde, ein Verstand, durch dessen Vorstellung

zugleich die Objekte dieser Vorstellung existierten

(Cr. d. 1.

R. P.2,

138-39).

*) Unsere Anschauungsart, die darum sinnlich heisst, weil sie nicht ursprung-

lich, d. i. eine solche ist, durch die selbst das Dasein des Objekts der Anschauung gegeben wird (und die, soviel wir einsehen, nur dem Urwesen zukommen kann (Cr. d. 1. R. P.2, 72). Wollte ich mir einen Verstand denken, der selbst anschaute (wie etwa einen gôttlichen, der nicht gegebene Gegenstânde sich vorstellte, son-

L'intuition chez Kant et chez Âristote

397

La question se po'se pour nous de savoir si la nature de notre connaissance, et cette opposition entre causalité et finalité dans notre intelligence, sont des arguments suffisants pour supposer l'existence objective d'une intelligence intuitive? Intelligence dans laquelle, comme nous le décrivions précédemment, ces oppositions se concilient. La solution de ce problème dépend de cet autre : Le fait de notre connaissance, telle que toute notre expérience nous la montre, est-il un argument suffisant pour supposer une existence objective en dehors de notre connaissance, un « en soi » des objets de notre expérience? L'objet modifié par les formes subjectives de la perception et de la pensée existe-t-il hors de notre connaissance? Evidemment, la connaissance intuitive, intégrale et pénétrant l'e ssence des objets, parce qu'elle les cause dans l'acte même de sa connaissance — à supposer qu'il y ait une existence objective des objets — est nécessairement la forme de perception qui répond à cette réalité, comme notre connaissance humaine, partielle, et mod ifiant par ses conceptions subjectives l'objet de sa perception, répond aux objets empiriques *) (p. 391). Il est vrai que les données des sens ne contiennent en elles-mêmes nul rapport à un objet ultérieur, dont elles seraient la représentation 2). Un tel rapport est produit par notre intelligence, et sa conception se fait suivant les règles subjectives des catégories. Notre intelligence opère un pas sage de l'effet à la cause lorsqu'elle conclut des impressions qui existent en nous comme de données à l'existence d'un objet qui par son action sur notre faculté perceptive nous les « imprime ». Il se peut que le concept même d'un objet existant hors de notre

dern durch dessen Vorstellung die Gegenstânde selbst zugleich gegeben oder

hervorgebracht wûrden)

effet, à l'idée d'une intelligence créatrice ;

lligence

conception préconçue de la fin), comme il semblait tout d'abord; mais un intel

lect dont l'activité cognitive est identique à son opération créatrice.

blosse

(Cr.

d.

1.

R.

P.2,

145). Ainsi aboutissons-nous, en

n'est pas une

inte

et cependant ce

créatrice opérant par le moyen de sa connaissance (c'est-à-dire par la

Da es aber doch wenigstens môglich ist, die matérielle Welt als

')

Erscheinung zu betrachten, und etwas als Ding an sich selbst (welches nicht Erscheinung ist) als Substrat zu denken, diesem aber eine korrespondierende intellektuelle Anschauung (wenn aie gleich nicht die unsrige ist) unterzulegen (Kritik der Urteilskraft, 352). 2) Durch blosse Anschauung wird gar nichts gedacht, und dass dièse Affek- tion der Sinnlichkeit in mir ist, macht gar keine Beziehung von dergleichen Vorstellung auf irgend ein Objekt aus (Cr. d. 1. R. P.2, 309).

398

André de Ivanka

connaissance et indépendamment d'elle, soit un concept purement subjectif, et que la manière dont nous envisageons les données

sensibles dans notre connaissance, quelle que soit d'ailleurs leur portée, n'est pas fondée sur la nature et les conditions de ces données, mais sur un besoin particulier (peut-être moral) de notre nature subjective. Mais aussitôt que nous avons adopté une telle

manière de voir, il nous faut supposer une réalité objective,

« en soi

position puisse n'être que subjective, cependant elle est nécessaire, comme* le fondement de toute notre connaissance, et comme la

justification du rôle qu'elle remplit. La forme que prend notre connaissance vis-à-vis de ces objets est 1' intellection, la perception intellectuelle par la pensée. Il nous faut donc pour légitimer cette forme, supposer qu'elle est le moyen adéquat de saisir spirituellement ces objets. Aussi les règles de notre intelligence s'imposent-elles à nous, avec une valeur nécess aire et universelle. Or ce qui donne valeur à ces règles concer nantles objets de notre expérience, c'est précisément le fait qu'au cune chose ne peut être pour nous donnée ou représentation intel lectuelle, sans être soumise à ces règles et reliée par les catégories au reste de nos connaissances. Par conséquent, pour pouvoir re garder cette forme de la connaissance comme légitime, nous devons postuler que la perception intellectuelle s'étend à tout objet pos

» des objets perçus pour la justifier *). Quoique cette sup

un

sible

se trouvent des objets échappant à la compréhension intellectuelle suivant les règles des catégories, il nous faut supposer encore que cela provient non du fait qu'ils soient inintelligibles en eux-mêmes, mais de ce que la forme de connaissance intellectuelle qui est nôtre, n'est pas la plus parfaite possible. L'opération consistant à rendre intelligible le matériel donné, à rendre intellectuellement compréhensible ce qui ne s'impose d'abord à nous que comme un état affectant notre sensibilité, pré cisément parce qu'elle ne peut jamais se réaliser intégralement dans notre connaissance, suppose qu'il existe une intelligence, dans la

quelle

termes, l'opération qui tend à saisir intellectuellement les choses,

de la connaissance. Néanmoins, si dans notre connaissance

cette opération se trouve intégralement réalisée. En d'autres

*) Gleichwohl und dabei immer vorbehalten, dass wir eben dieselben Gegen- stânde auch als Dinge an sich selbst, wenngleich nicht erkennen, doch wenigstens mùssen denken kônnen. Denn sonst wiïrde der ungereimte Satz daraus folgen, dass Erscheinung ohne etwas ware, was da erscheint (Cr. d. 1. R. P.2, XXVI-XXVIl).

Programme des cours de l'Institut

399

suppose leur intelligibilité intégrale. Par conséquent, l'idée d'une intelligence intuitive devient une idée nécessaire pour notre intel ligence, non seulement pour unifier systématiquement ses règles, comme les idées de la raison, mais déjà pour légitimer leur appli cation aux données sensibles ; et cela, non seulement comme un complément final, mais comme une condition élémentaire de son activité. Cette activité dont la fonction est d'élever le donné à la région de la pensée, suppose par chacun de ses actes, l'existence d'une activité connaissante d'une autre espèce, dans laquelle la pensée est la raison même qui fait exister les objets, dans laquelle l'acte de penser les objets est identique à l'existence de ces objets, eux-mêmes. Ce sera donc une idée subjective, mais une idée dont la sub jectivité ne sera pas plus grande que celle de notre activité de connaissance tout entière ; une idée qui se retrouve au fond du moindre acte de connaissance comme sa condition nécessaire.

Karpe-Gécz (Hongrie).

André DE IVANKA.

(A suivre).

de

XVII

PROGRAMME DES

l'Institut

Supérieur

de

COURS

Philosophie

Année académique 1931-1932

Première année *)

Eléments de métaphysique, par L. MARCHAL, 2 h. toute l'an née. — Idem en langue flamande par J. BlTTREMIEUX. — Introduc tionà la psychologie et éléments de psychologie rationnelle, par A. Fauville, 2 h. toute l'année. — Idem en langue flamande par

pensés

x) Les étudiants qui ont reçu une formation équivalente en tout ou en partie des Cours de première année.

peuvent être dis